mercredi 18 février 2015

Kering : un nom, une marque, un chef-d'oeuvre de création !

2013, changement de dénomination sociale : PPR devient Kering !

Vraiment une belle manière de commémorer le cinquantenaire de la création du groupe Pinault par François Pinault en 1963, devenu Pinault-Printemps-Redoute - PPR - en 1994, et donc, Kering, en 2013.

Façon élégante, aussi, de se démarquer de LVMH, autre géant mondial du luxe qui partageait avec PPR, outre les racines françaises, le fait d'avoir une raison sociale composée par un sigle, un ensemble de lettres initiales.

Or, selon moi, se présenter avec un sigle au lieu d'un nom est peu intelligible et ne reflète pas les ambitions globales d'un groupe à vocation planétaire : LVMH ou PPR ne racontent rien en soi, ce sont des amas de lettres, pire, de consonnes, qui ne "parlent" pas, inexpressives au possible.

Certes, s'agissant de groupes multimarques par excellence, toutes les regrouper sous une seule dénomination est un véritable casse-tête !

Je serais d'ailleurs curieux de connaître le briefing qu'ont dû faire les responsables de PPR aux créatifs de l'agence retenue pour inventer le nouveau nom, cependant certaines lignes directrices ne sont pas difficiles à deviner, il suffit de lire les documents disponibles du groupe :

- Un nouveau nom pour une nouvelle identité
  • Un nouveau nom pour symboliser la manière unique dont le groupe souhaite se positionner désormais : ni changement de périmètre ou d’activité, mais recentrage stratégique autour des pôles Luxe et Sport & Lifestyle.
  • Mais aussi un nouveau nom pour réaffirmer la dimension internationale d'un groupe "intégré et cohérent", tout en faisant référence à ses origines françaises (bretonnes, plus précisément).
  • Et enfin, last but not least, un nouveau nom juridiquement disponible partout dans le monde et sur Internet, caractéristiques désormais impossibles à trouver avec les mots signifiants, ou même partiellement signifiants.
De plus nous parlons d'un groupe déjà connu et mondialement déployé, et non d'une start-up qui fait ses premiers pas. Donc trouver un nouveau nom, c'est dur, mais trouver en plus un nom DISPONIBLE en respectant les critères ci-dessus devient un véritable challenge !

Bien sûr, maintenant que nous savons comment la problématique a été brillamment résolue, ça peut sembler facile, mais essayez un instant de vous mettre dans la peau d'un créatif et de trouver un nouveau nom pour LVMH, vous verrez vite que la chose n'est pas si simple...

Personnellement, en travaillant sur les mots depuis 30 ans, quotidiennement, et en connaissant de près la création de noms de marque, je peux vous dire que je suis bluffé par la beauté et la pertinence de la solution "kering" :
Kering se prononce « caring » et s’interprète comme tel.
(...)
En breton, ker signifie « foyer » et « lieu de vie ». Kering, c’est en fait la maison de famille qui réunit nos marques et nos collaborateurs...
Mais laissez-moi pousser un peu plus loin l'analyse technique du nom, juste pour tenter de vous faire comprendre les défis cachés que dissimule un "simple" nom en apparence.

Mon ami Jean-Philippe Hermand, mathématicien, linguiste et grand inventeur de noms devant l'Éternel, qui compte autant d'années d'expérience en création de noms de marque que moi en traduction, identifie 4 méta-modèles de dénominations (regroupant à leur tour plus d'une vingtaine de modèles) : signifiantes, à composantes signifiantes, formelles, plus les logatomes.

Pour faire très simple, un logatome est une « séquence de lettres ou de phonèmes qui, n'ayant pas de signification, ne constitue pas un mot, mais respecte les séquences habituelles de la langue. »

Google ou Yahoo sont des logatomes, par exemple. C'est donc une piste créative de choix pour résoudre le problème des nouvelles marques, qui ne peuvent plus compter sur l'utilisation de mots signifiants (Apple...), car tout est déjà pris, aussi bien au plan légal que sur le Web, notamment dans près de 120 millions de domaines déjà déposés en .COM.

En ce sens, "kering" est un logatome pur, qui respecte les règles syntaxiques de la langue (de l'anglais plus que du français, du reste, or pour un groupe international, quoi de plus normal ?) mais n'a en lui-même aucune signification précise. Si ce n'est par homophonie : le mot se prononce « caring » et s’interprète comme tel. Un vrai coup de maître, puisque le renvoi à "caring" a des connotations positives aussi fortes que multiples, et pas uniquement sociales : prendre soin (de nos marques, de nos collaborateurs, de nos clients, de nos parties prenantes et de l’environnement)...

Mais il y a plus ! Comme dit Jean-Philippe, c'est également un "hybride", un néologisme à racine transparente à laquelle on accole un logatome court : ker est la racine, bretonne (!), aboutée à ing, suffixe anglais par excellence et signe du gérondif, exprimant « la simultanéité de deux actions, et mettant le verbe au gérondif en situation de complément circonstanciel, de manière, de cause, etc. », ce qui ouvre des possibilités infinies à la signifiance du nouveau terme !

On peut en outre y voir "ring", qui conjugue l'art du pugilat et celui de l'orfèvrerie : Luxe, Sport & Lifestyle !!!

Pour conclure, rien à dire, c'est du grand art ! Ce nom est un chef-d'œuvre de création, et je salue bien bas l'équipe qui en est à l'origine, qu'ils soient assurés de mon admiration.

Ceci étant, s'ils me lisent chez LVMH, j'espère qu'ils seront suffisamment jaloux pour désirer à leur tour "un nouveau nom pour une nouvelle identité" : qu'ils me contactent, Jean-Philippe Hermand, idéateur du plus puissant logiciel de création de noms de marque au monde (je ne crains pas de l'affirmer), est bien capable de les étonner, du genre Buzz l'éclair : vers l'infini et au-delà... 



P.S. Toutefois il faut faire attention au sens du mot dans des langues exotiques, il me semble par exemple qu'en indonésien ou en malaisien "kering" signifie ... sec (pour autant la marque finit "noyée" dans l'impétueux flux de Twitter), mais il y a des fois où, selon les termes et les langues, les résultats peuvent être bien pires (ce fut un tollé en italien :-)

jeudi 30 octobre 2014

30 ans de métier, ça se fête !

Après les 20 ans, me voici, déjà !, à la veille de franchir la barre des trente ans de métier, puisque j'ai fait mes premières traductions en 1985.

1985-2015 : 30 ans de métier et 25 ans de société, genèse et histoire d’une formidable aventure professionnelle ! En même temps que l'occasion de vous souhaiter mes meilleurs vœux pour une nouvelle année 2015 pleine de santé et riche en satisfactions :-)


Et pour fêter ça, rien de mieux que de récapituler le contenu que j'ai produit à ce jour sur le sujet (en tout presque une centaine de billets et documents éparpillés sur plusieurs sources), en commençant par l'actualisation de mon curriculum professionnel sous forme d'infographie :

      

Que de chemin parcouru depuis, de dizaines de milliers de pages traduites et de mois d'interprétation en France et en Italie !

En parallèle, voilà près de 10 ans que j'ai affiné ma connaissance et ma compréhension d'Internet, notamment grâce à ce blog, en commettant des centaines de billets sur les acteurs majeurs du Web.

Une double accumulation d'expérience que j'ai voulu partager dès 2011 en mettant au point des formations au branding / marketing plus particulièrement dédiées aux traducteurs - interprètes, étudiants ou professionnels, notamment en Italie, Mais j'ai en projet pour 2015 de dispenser ces formations aussi dans des universités françaises avec lesquelles je suis en contact :


Le grand saut, by Jean-Marie Le Ray

* * *

Je m'étais déjà livré à cet exercice en janvier 2011, avec le billet Ads & Marketing Translator, que je ne résiste pas à actualiser ici :
Ce blog est né il y a presque dix ans (déjà !), à l'enseigne de la traduction publicitaire et marketing, Adscriptor signifiant à l'origine Ads & Marketing Translator!
Un néologisme avec une double trace signifiante, où l'on a une superposition d'Ad - ou Ads - (Advertisement en anglais, l'équivalent de notre "pub") et de Scriptor, mot latin qui a la même racine que Scriptum (comme dans P.S., l'écrit) ou Scriptura (écriture) et a plusieurs sens en latin : secrétaire, copiste, écrivain, auteur, rédacteur, et même législateur, ou encore historien (celui qui rédige...). Ceci dit, le nom « Adscriptor » a encore d'autres caractéristiques, puisque c'est également un mot qui existe en espagnol (où il qualifie la fonction spécifique d'un professeur, malgré mes recherches je n'ai jamais très bien compris de quoi il s'agit vraiment), formé à partir de deux autres morphèmes existants, un mot et un préfixe latins.
Mais 830 billets plus tard, que d'eau a coulé sous les ponts...

Pour autant l'envie m'a pris de dépoussiérer un peu le filon "traduction" (ne pas confondre avec le tag "laboratoire de traduction", qui recouvre des billets traduits de l'anglais ou de l'italien vers le français), soit une trentaine de billets publiés sur le sujet, dans lesquels je m'efforce de faire un peu le tour de la situation, en évolution permanente.

Or vu que je suis en train de préparer une journée de formation sur le marketing pour des traducteurs-interprètes italiens, j'avais besoin de me replonger dans le bain en relisant ce que j'ai écrit, et notamment sur le binôme Google-Traduction (PDF complet, 4Mo):
mais également sur la traduction en général, et sur la communication multilingue en particulier :
En parallèle j’ai traité de la « foule-traitance », (crowdsourcing) de Facebook (7 janvier 2008), en approfondissant sa localisation quelques mois plus tard dans le cadre de mes quelque 90 billets sur le phénomène Facebook, ou encore, dans le genre « boutade », relaté l’épisode sur le traducteur facétieux et l'ego de Sarko (30 avril 2007) (ego bien connu, par ailleurs…), et même les traductions du Petit Prince !

Question terminologie, je me suis essayé à la création d’un moteur de terminologie, Translation 2.0, mis en ligne le 28 mars 2007, et d’un glossaire comptable multilingue : XBRL.name.

Sans oublier une « Réflexion quasi-philosophique poétique sur la terminologie et son évolution souhaitable » (3 juillet 2007) qui vaut ce qu’elle vaut, ainsi que la suite : « Welcome to the Word Century ».

Idem pour mes conseils sur le déploiement de la traduction automatique en entreprise (août 2008) (version italienne), qui m’ont valu d’être contacté il y a quelques mois pour occuper un poste de Directeur en charge du département linguistique d’une grande banque tunisienne : « The Director, Language Services Department (CLSD) will perform under the general supervision of the Vice-President, Corporate Services (CSVP) and will be based in Tunis, Tunisia. »

J’ai décliné pour ne pas imposer un changement de pays à ma femme et mon fils, même si j’étais loin de penser à l’actualité de ces dernières semaines…

Terminons ce récapitulatif par un passage en revue des principales places de marché dédiées aux traducteurs et à la traduction sur le Web : Top 20 of main Translators & Translation Workplaces & Marketplaces (12 novembre 2008).

En conclusion, après avoir annoncé il y a presque 3 ans le compte à rebours (25 février 2008) de Translation 2.0 Open Project - TOP², basé sur une vieille idée d’ontologie de la traduction dans le monde, un projet qui s'est plutôt avéré être un triste poisson d'avril, et après avoir fêté les 20 ans de bons et loyaux services du Studio 92 Snc (27 février 2009), l’été dernier j’ai finalement changé la raison sociale de ma société, aujourd’hui : Translation 2.0 S.a.s.

L’aventure continue dans la traduction, belle
infidèleinconnue !
* * *

Un contenu que j'ai étoffé depuis, de la landing page dédiée (version italienne) aux neuf parcours possibles de création d'une « accroche », en passant par toute une série de billets, dont un triptyque intitulé « Moi et les autres » :
  1. Se (faire) connaître comme traducteur
  2. Le marché mondial de la traduction et les 5 forces de Porter
  3. Identifier MON propre marché de la traduction pour me positionner par rapport à la concurrence
Jusqu'aux récentes pistes de business plan pour traducteurs - interprètes :

Business plan pour traducteurs - interprètes from Jean-Marie Le Ray

Un contenu plutôt riche, donc, agrémenté de deux interviews, l'une en italien avec Massimo Marchiori sur le regretté Volunia (voir en français ici, et là encore), et l'autre avec Dominique Cozette sur le poldo-moldave (a must read !), sans oublier mes digressions sur l'univers conceptuel de la gamification (en anglais) ou sur la sémantique événementielle et sociale ..., qui m'offre une transition toute trouvée pour conclure, puisque je vais tenter d'analyser cette masse de contenus afin d'en extraire le nuage sémantique, à savoir quels sont les concepts les plus fréquemment traités au plan statistique. Naturellement, pour des raisons pratiques, je me limiterai aux articles et documents rédigés en français et dont les liens sont présents dans ce billet. Que je publie en attendant, car l'analyse va me demander du temps, et je l'ajouterai en P.S. lorsqu'elle sera terminée.



P.S. J'ai donc formé un corpus à partir des liens en français du billet, pour un total de 90.968 mots, que j'ai traités statistiquement pour en extraire les 54 termes significatifs ayant plus de 50 occurrences, dont voici le nuage sémantique pondéré :


Et pour être plus clair, je joins le tableau correspondant (dont j'ai éliminé les mots vides) avec le nombre exact d'occurrences :


Tels sont les concepts que j'ai traités le plus souvent dans mes billets dédiés à la traduction. [Début]


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