Facebook Translations = crowdsourcing ?La traduction de Facebook en
crowdsourcing, ou localisation communautaire ? Ouriel Ohayon nous rapporte
ici quelques mots de son entretien avec
Dan Rose lors du
Web3 :
Facebook sera disponible en plusieurs langues dès le premier semestre 2008. Les applications (une minorité je pense en tout cas) seront traduites mais ils veulent surtout stimuler la création d’applications locales...
Or la
localisation d'un site est une opération qui dépend de critères multiples, d'autant plus complexes que le site est complexe, ce qui est très exactement le cas de Facebook.
Donc la première question qui se pose à Mark Zuckerberg, outre le choix des langues à traiter en priorité, c'est quoi localiser, tout ou partie du site ?
Et la deuxième, c'est comment ?
En payant des professionnels, ou en faisant levier sur la vague communautaire pour créer un mouvement de localisation ? Ce que fait déjà
Netvibes avec succès, par exemple :

Voir à ce sujet le
billet de vœux de Tarik Krim pour une bonne année ... 2007 !
Donc, voilà que
depuis fin décembre, Facebook a mis en ligne une page et une appli dédiées :

La capture d'écran rapportée par
Mashable donne une idée de la façon dont l'appli fonctionne avec
l'espagnol comme langue test :

Au moment de la capture, 839 traducteurs avaient déjà traduit + 15 600 segments (chaque segment pouvant être voté par les utilisateurs), et 10 338 phrases anglaises restaient à traduire.
Rodney Rumford nous donne une idée de l'interface de traduction :

Ce qui donnerait
26 000 phrases à traduire par langue si l'on s'en tient à ces chiffres. Soit
un gros millier de pages en
traduction technique professionnelle (pour le détail, je compte par défaut une moyenne de 8 mots par segment et de 200 mots par page, mais en réalité c'est sûrement plus important que ça, comme le montre l'exemple ci-dessus...).
Pour une fourchette de facturation entre 25 et 30 000 euros par langue, toujours si l'on s'en tient à cet ordre de grandeur, disons
un forfait d'1 million d'euros pour quarante langues. Et même si c'était le double, ça reste largement dans les possibilités financières de Facebook, qui dispose au bas mot d'un cash au moins 200 fois supérieur...
Pour autant, le choix d'opter pour une traduction communautaire vs. payante est éminemment stratégique, bien dans la tradition chère à
Zuckerberg de "créer un mouvement" ! C'est également une logique totalement Web 2.0,
expérimentée par Google dans une autre mesure, mais où l'approche participative et l'expertise des foules permettent globalement d'obtenir des résultats largement satisfaisants et constamment susceptibles d'être améliorés.
Facebook n'a d'ailleurs pas complètement écarté l'idée de faire appel à des
professionnels, tel que le rapporte
Brandee Barker, porte-parole de la société :
We will also continue to evaluate more traditional forms of translation services.
Pour l'instant l'appli est uniquement disponible en bêta privée (
Currently the Facebook Translations Application is limited to beta users only), mais il sera intéressant de suivre l'évolution du taux d'implication globale des utilisateurs.
Notamment avec le français. Puisque si l'on compte d'ores et déjà
plus de 1 135 000 utilisateurs de langue française alors que la plateforme n'est pas encore francisée, on peut légitimement se demander combien de nouveaux membres francophones la traduction du site fera gagner à Facebook...
En attendant, juste histoire d'apporter une modeste pierre à l'édifice, le
moteur de terminologie multilingue que j'ai mis au point en
partenariat avec
Primoscrib sera disponible incessamment sous peu, en widget expressément conçu pour
Facebook,
iGoogle, Google Desktop,
OpenSocial et
Netvibes UWA.
Je ne manquerai pas de vous en dire plus dans les jours à venir...
Partager sur FacebookP.S. Et puisqu'il est question du binôme
Facebook + traduction, j'aimerais vous demander votre avis sur une affaire peu banale : j'ai reçu hier un courriel menaçant de Justin Smith m'enjoignant d'effacer dans les 48 heures mon billet
Facebook et marketing viral : 24 conseils pour booster votre présence commerciale.
Si vous suivez mon blog depuis un certain temps, vous n'êtes pas sans savoir qu'
à l'origine Adscriptor est né comme
laboratoire de réflexion et
de traduction de l'anglais (et/ou de l'italien) vers le français, pour partager des ressources anglophones avec un public francophone.
Et j'ai toujours mis un point d'honneur - déontologie oblige - à demander AVANT l'autorisation de traduire aux auteurs des billets que je souhaitais partager. Ce qui m'a d'ailleurs valu quelques refus.
Or dans le cas de ce billet, que j'ai été le
premier à commenter pour me féliciter avec son auteur, j'ai traduit d'impulsion tant j'étais enthousiaste, en demandant à Justin Smith son autorisation non pas
a priori, mais
a posteriori : en effet, je lui ai signalé ma traduction LE JOUR MÊME de la publication de son billet, soit le 9 décembre dernier,
en ces termes :
Hi Justin,
Your post was definitively too brilliant, I translated it...
I beg you pardon if I didn’t ask first your authorization.
I hope my initiative is OK :-)
Jean-Marie
Le jour même il savait que je traduisais son billet, il lui aurait suffi de me signifier son désaccord pour que j'arrête ma traduction (puisque vu la longueur du billet, le travail était loin d'être terminé). Je pointe d'ailleurs vers son blog et son profil Facebook avec 6 liens. Nul ne pourrait donc prétendre que j'ai fait ça à la sauvette, pour vanter une paternité que je n'avais pas...
Par conséquent, je ne sais que penser de ce ton comminatoire un mois après les faits, alors qu'il était au courant depuis le début. À vrai dire, ça m'énerve beaucoup car ça me semble aller à l'encontre de l'esprit du blogging.
Bloguer c'est d'abord partager. Si je blogue en anglais, tous les anglophones peuvent me lire sans avoir besoin de demander l'autorisation. Sinon je fais un blog privé avec accès restreint.
Donc à partir de là pourquoi interdire la lecture de ce que j'écris à celles et ceux qui ne parlent pas l'anglais mais qui pourraient accéder à un contenu de qualité, via la traduction ? D'autant que dans ce cas, la démarche du traducteur est totalement gratuite. Aucun profit ni autre retour financier du travail fourni, si ce n'est le plaisir de faire partager à des locuteurs non anglophones un contenu disponible en libre accès à qui parle anglais.
Franchement j'ai du mal à comprendre la logique de Justin Smith. Je lui ai demandé des explications, nous verrons bien...
Mais d'ores et déjà, si vous avez votre idée sur la question, je suis preneur !
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