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dimanche 27 février 2011

Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : le fusil du prince !


Billet qu'on pourrait également sous-titrer : mais que fait la presse ? ou pourquoi ce silence des médias ?

I. Victor-Emmanuel de Savoie avoue : scoop du Fatto Quotidiano !
II. Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : le fusil du prince !
III. Victor-Emmanuel de Savoie / Dirk Hamer : où est la vérité ?


* * *

En lisant le Fatto Quotidiano qui couvre cette histoire, le journal d'hier signale qu'un lecteur aurait réussi à comprendre la parole que dissimulent les derniers mots prononcés par le prince de Savoie à la fin du film, que j'ai retranscrits comme suit :
E poi, non so sé qualcuno qui ha fatto il servizio, chi ha fatto il servizio quando c’erano … inglese, ecc. Carabina, va bene… Pallottola trenta zero tre, trenta zero tre, … di legno… 
Allora, dov’è ‘sto whisky?

Traduction :

Et d’ailleurs, je sais pas si quelqu’un a fait le service (militaire), avez-vous fait le service quand il y avait les … anglais, carabine, OK, cartouche calibre 30/03, 30/03, (crosse) en bois

Alors, il est où, ce whisky ?
Selon le lecteur qui a contacté le site Dagospia, le mot manquant serait ENFIELD, dont il nous dit :
Si tratta del fucile usato nella I e II Guerra Mondiale dall'Esercito Inglese (vedi con Google la voce: Lee-Enfield).
Tale arma fù in dotazione anche all'Esercito Italiano negli ultimi tempi dell'ultima guerra e ancora negli anni cinquanta.
Per funzioni di rappresentanza é a volte utilizzato ancor oggi dalla marina militare.
La misura della pallottola (cioé il calibro) di tale fucile é proprio .303 (millesimi di pollice) altrimento detto "trecentotré inglese", nella conversazione é approssimativamene indicato come "trenta zero tre" tempo (6' 00") .
Il fucile Enfield, diversamente dai fucili oggi in uso ai militari, aveva ancora la calciatura in legno. tempo (6' 04")
Risulta quindi evidente, che l'intercettato parlava dell'arma con cognizione di causa.


Il s'agit d'un fusil utilisé par les troupes britanniques durant la 1ère et la 2ème Guerres mondiales (chercher sur Google "Lee-Enfield"), une arme qui fut également en dotation à l'Armée italienne lors de la dernière Guerre et jusque dans les années 50.
Notre marine militaire l'utilise aujourd'hui encore pour les parades.
Le calibre des balles est bien le 303 (millièmes de pouce), qu'on appelle 303 british, indiqué de manière approximative dans la conversation comme 30-03.
Les fusils Enfield, contrairement aux fusils qu'utilisent à présent les militaires, avaient encore une crosse en bois (6'04").
Il est donc évident que le prince parle de l'arme en connaissance de cause.
Du reste, il est notoire que le prince est un passionné d'armes... Mais en étudiant la chose de plus près, un détail ne cadre pas : le Enfield n'a que 10 balles (dix coups dans un chargeur amovible), alors que le fusil du prince en avait 31 : une carabine semi-automatique munie de son chargeur et de 31 cartouches 7,62 mm.

La chose est confirmée dans le livre que vient de publier Aliberti, intitulé Délit sans châtiment, et par le prince lui-même dans la déclaration qu'il fit le 18 août 1978 à la police :
Vi consegno il fucile con 29 cartucce. Sono titolare di un porto d’armi di cui vi consegno fotocopia.

Je vous remets le fusil et 29 cartouches. Je détiens un port d'armes dont voici une photocopie.
De même, dans un premier rapport de police rédigé par deux agents de Bonifacio :
Al momento della consegna del fucile da parte del principe Vittorio Emanuele, il fucile era bagnato. Il caricatore conteneva ventinove cartucce, e recava tracce evidenti d’acqua. Il bossolo individuato sul Coke da un passeggero e consegnato dal sig. Pende è dello stesso tipo e calibro delle altre cartucce.


Au moment où le prince Victor-Emmanuel nous a remis le fusil, celui-ci était mouillé. Le chargeur contenait vingt-neuf cartouches avec des traces évidentes d'eau dedans. La douille identifiée sur le "Coke" par un passager que nous a remise M. Pende est de même nature et du même calibre que les autres cartouches.
Mais le livre ajoute deux autres détails qui font douter qu'il s'agit bien d'un Enfield :
  1. La perizia balistica ufficiale poté essere effettuata dal professor Ceccaldi, capo-laboratorio della scientifica di Parigi, solo dopo che dal corpo di Dirk vennero estratti frammenti di piombo schiacciati di 4,125 grammi, qualitativamente identici al materiale del nucleo del proiettile calibro 30 MI Hirtenberger.

    L'expertise balistique officielle ne put être effectuée par le professeur Ceccaldi, directeur du laboratoire de police judiciaire de Paris, qu'après avoir extrait de la blessure de Dirk Hamer un fragment de plomb écrasé de 4,25 grammes, identique de par sa nature au contenu des projectiles de calibre 30 M1 Hirtenberger.


  2. Il 23 agosto furono fatte immersioni nel punto in cui erano ormeggiati i tre yacht degli italiani: furono recuperati un bossolo con la scritta 30 M1 – 7,62 K – HP (a circa tre metri di profondità)...

    Le 23 août, des plongeurs examinèrent le fond marin là où étaient amarrés les trois yachts des italiens, et récupérèrent, à environ trois mètres de profondeur, une douille portant l'inscription 30 M1 – 7,62 K – HP...
Selon une autre source, dont j'ignore la fiabilité, il s'agirait bien du M1, "puissant fusil de guerre américain" qui aurait été offert à Victor-Emmanuel par ... l'ex-dictateur philippin Ferdinand Marcos !

Quoi qu'il en soit, ces détails font penser que l'on aurait deux fusils différents :
  • Le Enfield dont parlerait le prince, selon le lecteur qui a signalé son intuition au site Dagospia, mais dont le calibre est un "303 british" (30-03 selon le prince), et qui aurait été adapté pour avoir un chargeur de 30 cartouches (du genre Charlton), plus 1 balle engagée dans le canon.
Deux fusils, donc, et non pas un !

Chose d'autant plus étrange que la presse belge ayant couvert l'affaire en son temps, relate par deux fois des incohérences autour de la pièce à conviction :
[La famille Hamer] met notamment en cause, dans un « mémoire » adressé hier à notre rédaction, les longueurs de la procédure, la disparition de preuves, et l'existence d'un « complot » ourdi par la maison de Savoie en vue de nuire à son honorabilité : remplacement au greffe d'Ajaccio de l'arme du drame par une autre carabine ; octroi par le roi Baudouin à son cousin d'un passeport diplomatique lui ayant permis de se réfugier, deux jours après les faits, au Mexique ; cambriolage de la résidence des Hamer en Allemagne et vol de tous leurs documents personnels ; enfin, détournement d'une reconnaissance de dette de 1 million de dollars signée par le prince de Savoie au profit de Dirk Hamer alors que le jeune homme n'était pas encore mort. (AFP et Marc Metdepenningen)
Diverses carences du dossier, la pièce à conviction principale (la carabine du prince) qui disparaît durant des années ; les bateaux de vacanciers italiens témoins (ou acteurs? on ne le saura jamais) du drame, que personne ne retient pour les besoins de l'enquête ; la disparition d'au moins un pistolet (auquel il manque des cartouches) appartenant à un de ces Italiens ; les contradictions entre témoins qui ont entendu deux ou plusieurs autres coups de feu ; les incertitudes des experts ; tout cela a facilité la tâche du défenseur qui a agité le spectre de l'erreur judiciaire. (Jacques Cordy)
Donc apparemment, 33 ans après, le fusil du prince reste encore un mystère !

La chose pourrait sûrement être éclaircie en se replongeant dans les actes de l'époque, mais malheureusement, lorsque l'avocat de la défense s'est adressé au greffe de la Cour d’Assises de Paris pour obtenir une copie du jugement de 1991 [après la publication, en 2006, des enregistrements audio dont nous avons aujourd'hui la vidéo correspondante (voir en P.S.)], quelle ne fut pas sa surprise de découvrir qu'il ne subsistait AUCUNE trace écrite du jugement : RIEN aux archives, DISPARU !

Une déclaration du prince dans sa cellule me revient à l'esprit :
Condamné à six mois avec sursis. Six mois : il y avait une amnistie, ils l’ont même pas transcrit (sur mon casier) !
"Sur mon casier" il ne le dit pas explicitement, c'est moi qui ai interprété en fonction du contexte, mais vu que dans la réalité le jugement semble n'avoir pas même été écrit, les mots du prince peuvent porter à confusion, ne croyez-vous pas ?

En tout cas, que de mystères et d'incohérences dans cette affaire. Je ne pense pas que la Justice en sorte particulièrement grandie...

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1 commentaire:

comparatif mutuelle a dit…

merci pour l'article!