dimanche 13 octobre 2019

Le décès de Brahim Bouarram

Il y a trois jours, je n'avais encore jamais entendu parler de Brahim Bouarram. Cela pourra sembler bizarre à des français qui vivent en France, mais cette affaire remonte au 1er mai 1995, et à cette date je vivais déjà en Italie depuis 13 ans.

Or je peux vous assurer que le début des années 90 a été extrêmement mouvementé en Italie, et, par ailleurs, à cette époque Internet n'en était qu'à ses premiers balbutiements, raisons pour lesquelles je n'étais pas vraiment au courant de ce qui se passait en France.

Mon attention était surtout accaparée par le tournant dramatique du début de la décennie 90 en Italie, avec les attentats mafieux à répétition, les assassinats politiques et l'arrivée de Berlusconi au pouvoir. Une période que je connais plus ou moins sous toutes ses coutures.

Du reste, c'est aussi le motif pour lequel j'ai acheté dès sa parution le livre de Fabrizio Gatti, intitulé "Educazione americana", parce qu'il promettait des révélations sur l'implication d'une équipe clandestine de la CIA opérant alors en Italie (et en Europe...) et sur la manière dont elle avait influencé des événements dont nous subissons aujourd'hui encore les conséquences.

D'où ma surprise en lisant le prologue, qui commence ainsi (je traduis) :
Brahim agite ses bras dans l'air comme des ailes. Il ne comprend pas ce qui s'est passé. La peur lui a coupé le souffle. Ses pieds recherchent un appui. Ses mains quelque chose à quoi s'accrocher. (...)
Brahim Bouarram a vingt-neuf ans. Il est né au Maroc. Deux enfants l'attendent à la maison. Or le fleuve emporte leur père au loin. Les eaux troubles comme les nues d'un orage l'ont pris en charge et, déjà, séparent sa vie de son corps...
Une chose totalement inattendue pour moi. J'avais déjà lu le prière d'insérer sans trop comprendre de qui et de quoi il s'agissait : « À Paris, ils jettent dans la Seine un jeune passant, Brahim Bouarram. »

"Ils", ce sont les agents clandestins de la CIA. En proie à la surprise la plus totale, je publie mon premier tweet :


En fait, la seule erreur de ce tweet, c'est d'avoir utilisé le verbe "orchestrer". Mais je n'avais pas encore lu les détails, et si je l'ai utilisé, c'est juste à cause de la phrase du prière d'insérer : « À Paris, ils jettent dans la Seine un jeune passant, Brahim Bouarram. »

Je dois placer ici un préambule, relatif à ma précision : « ...écrit selon la même technique que "Dernière sommation" de @davduf », à savoir qu'il se base sur des faits véridiques. J'avais été frappé par les explications de David Dufresne sur les raisons de son choix du "roman", qui lui a offert une certaine distance pour avoir une plus grande liberté de ton et d'écriture, pour utiliser les ressorts de la fiction afin d'expliquer ce qui s'est réellement passé.


* * *

De longue date Fabrizio Gatti est un journaliste d'investigation très connu en Italie, réputé pour son sérieux et pour la rigueur de ses enquêtes. Il a déjà publié deux livres en France, en 2008 Bilal sur la route des clandestins, ouvrage pour lequel il s'est infiltré plusieurs mois pour suivre les routes de l'immigration du continent africain vers l'Europe, et en 2014 Les routes de la mafia.

Dans le cas de Fabrizio Gatti, qui qualifie aussi son livre de "roman", celui-ci explique comment il a été contacté par sa "source" et quelle fut la genèse de son livre. Qui ne se base pas sur des faits connus mais sur un récit de "Simone Pace", un nom d'emprunt que je nommerai dès à présent Monsieur X pour les besoins de mon raisonnement. Un témoignage per relationem, donc, comme on dit en italien juridique, qui emprunte beaucoup au latin.

Par conséquent, la difficulté pour le journaliste tient à établir la fiabilité de Monsieur X et de sa parole, puisque rien de ce qu'il dit ne peut être documenté. Lorsque Fabrizio Gatti lui demande : « Est-ce que vous fournirez des preuves de ce que vous racontez ? », sa réponse est la suivante :
« Les preuves, c'est quelque chose que vous fabriquez. Les faits réels n'ont pas besoin de preuves. Je vous dirai juste la vérité. Dans toutes les opérations où les États-Unis sont impliqués, la CIA fait en sorte de ne laisser aucune preuve derrière elle. Et lorsqu'il y en a, elles sont éliminées. »
Je n'ai pas encore terminé le livre, j'en suis à la page 295 (sur 486), qui correspond à la fin du deuxième chapitre consacré à la mort de Brahim. Ce qui frappe dans toutes les pages précédentes, hors le cas de Brahim, c'est la précision des noms, des dates, des lieux... et la conclusion de tous les recoupements effectués par Fabrizio Gatti afin de vérifier l'exactitude des déclarations de Monsieur X : tout correspond !

Donc pourquoi douter de son témoignage sur les événements qui conduisent l'un des deux agents américains à pousser à l'eau Brahim Bouarram ? Mais laissez-moi vous résumer :
Il s'agit d'une opération orchestrée par la CIA sous contrôle des services secrets français qui avait comme cible Ali Belkacem afin de le retourner. Monsieur X était l'interlocuteur désigné pour convaincre Belkacem, y compris en l'achetant avec beaucoup d'argent. L'équipe américaine était composée de Monsieur X et de deux opérationnels, qu'il nomme Daniel et Adam, des ex-marines devant servir d'ange gardien au premier. Quant à l'équipe française, elle comprend un certain Monsieur Philippe, officier des services secrets responsable de la mission, Latifa et son père, Omar, un policier qui collabore depuis longtemps avec M. Philippe, ayant fait l'école de police ensemble. Ils hébergent l'équipe de la CIA à Bobigny.

Le lendemain Ali Belkacem se trouve en compagnie de Boualem Bensaïd, mais les consignes sont de ne contacter Belkacem que lorsqu'il sera seul. Monsieur X est surpris de constater qu'ils se trouvent en plein milieu d'une manifestation du FN, ce dont M. Philippe ne les a pas prévenus. Adam, Daniel et Latifa assis à une table, surveillent Belkacem et Bensaïd à la terrasse du café Voltaire, avant de les perdre ensuite dans la cohue, et de voir Belkacem prendre seul le pont du Carrousel. C'est là où le destin de Brahim Bouarram va basculer.

Une altercation aurait eu lieu entre Daniel, Adam et Brahim Bouarram, parce que ce dernier gênait leur passage. À un certain moment Brahim aurait donné un coup de pied dans le tibia à Daniel et se serait enfui. L'américain, fou de rage, l'aurait rattrapé et poussé à l'eau. Fin de l'histoire.
Vu sous cet angle, la première conclusion évidente est que jamais la mort de Brahim Bouarram au Pont du Carrousel ne fut voulue. Je crois même que dans l'esprit de Daniel, l'auteur du geste fatal, pas une seule seconde il n'a dû imaginer que sa "victime" ne savait pas nager. Brahim serait donc un "dommage collatéral", qui s'est juste trouvé au mauvais moment au mauvais endroit.

Ils découvriront ensuite les conséquences de leur acte lors d'un briefing dans l'appartement de Bobigny. M. Philippe reçoit un appel téléphonique l'avertissant que la police est au pont du Carrousel, qu'un jeune homme a été jeté à l'eau et que les témoins parlent de trois hommes aux crânes rasés vêtus de noir. M. Philippe annule immédiatement l'opération, en demandant à Latifa d'accompagner Monsieur X à la gare et aux deux américains de rentrer dare-dare dans leur pays, au cas où il y aurait eu des caméras ou quelqu'un aurait vu leur visage de près.

Au terme de son récit, Fabrizio Gatti demande à Monsieur X s'il ne s'est jamais préoccupé de savoir quelle fut la suite du décès de Brahim Bouarram. Réponse : "Non, j'étais juste un témoin."

Un témoin qui a décidé de ne pas témoigner, rétorque Gatti.

Réplique irritée de Monsieur X :
- « L’opération était coordonnée par un officier français. Monsieur Philippe était le plus élevé en grade. Nous nous trouvions en France, et c'était à lui de rendre son rapport aux autorités judiciaires.
- Mais un innocent a été tué.
- Je ne peux pas exclure que M. Philippe ait fait son devoir.
- Vous vous êtes revus ?
- Non, jamais.
- Et comment aurait-il son devoir ?
- Je l'ignore. Je ne pouvais pas poser de questions... »
Fabrizio Gatti lui montre alors une copie de trois coupures de journal, dont un article de Libération daté du 2 mai 1995. Extrait :
À midi tapante, sur le pont du Carrousel, trois hommes au crâne rasé se détachent de la masse des militants d'extrême droite et descendent rapidement vers les quais.
Il l'informe ensuite de la condamnation de Mickaël Fréminet, en obtenant juste une réaction sibylline :
« Un pauvre type. Je ne vois pas d'autre explication. Mais je ne critique pas pour autant la police judiciaire ou la magistrature. Tout début d'enquête est le moment le plus délicat. Une déclaration ou une information trompeuse peut porter l'enquête criminelle et le procès qui s'ensuit dans une direction ou dans l'autre. "Libération" avait toutefois la bonne info : trois hommes aux crânes rasés. »
M. Philippe a-t-il fait son devoir ? J'imagine que l'occasion était trop belle de faire porter le chapeau au FN ! Comme on dit en italien, oltre al danno, la beffa : non seulement Brahim Bouarram est mort pour rien, mais en plus, on s'est servi de son cadavre pour accuser des innocents (bien qu'il me soit très difficile d'associer les mots FN et innocents)... Je comprends toutefois pourquoi à l'époque Jean-Marie Le Pen dénonça une manipulation des médias et une provocation à l'égard de son parti !

victime du racisme...

* * *

Pour conclure, l'opération Ali Belkacem fut un échec total, puisque lui et Boualem Bensaïd seront impliqués dans les attentats parisiens moins de trois mois plus tard. Comme l'observe Monsieur X : « ...aujourd'hui encore, les français en paient les conséquences. Depuis lors, les terroristes n'ont plus cessé d'attaquer la France. »

Il oublie juste d'ajouter qu'un innocent est mort, un autre a été emprisonné pour un acte qu'il n'a pas commis, et leurs familles respectives ont été détruites par la douleur et l'incompréhension...

Ces nouveaux éléments seront-ils suffisants pour reprendre une enquête ayant probablement laissé derrière elle de nombreuses zones d'ombre ? L'avenir nous le dira...

Grazie a Fabrizio Gatti per il suo lavoro coscienzioso!



lundi 29 avril 2019

I due primi testi tradotti "meccanicamente" al mondo

En français:
La toute première "traduction automatique" produite au monde (1931)
La première "traduction automatique" produite au monde (1931)

In English:
2019: Ninetieth anniversary of Federico Pucci 's machine translation concept

Altri post in italiano su Federico Pucci:
2019: 90° anniversario del concetto di traduzione automatica secondo Federico Pucci (15/09/2018)
Federico Pucci : Pioniere dimenticato della traduzione automatica (18/05/2018)
Il traduttore [elettro]-meccanico secondo Federico Pucci (17/06/2017)
Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica (13/03/2017)

* * *

Quando ho pubblicato lo scoop su Federico Pucci e il suo "traduttore dinamo-meccanico", nel marzo del 2017, ignoravo tutto di lui e di quello che avrei scoperto nei due anni successivi...

Soprattutto, ero ossessionato dall'idea di trovare un giorno la "macchina da tradurre" alla quale Federico Pucci aveva dedicato tutta la sua vita, prima di dover arrendermi all'evidenza che, per tanti motivi, non era mai riuscito a fabbricarla.

Talmente ossessionato che mi era sfuggita una cosa forse ancora più importante della macchina stessa: e cioè che nel suo libro intitolato Il traduttore meccanico, pubblicato a Salerno nel 1931 (Anno IX dell'era fascista!), verosimilmente il primo libro mai pubblicato al mondo su un dispositivo di "traduzione meccanica", sottotitolato "Il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua: Parte I.":


Pucci vi aveva consegnato nero su bianco i due primi esempi di testi tradotti "meccanicamente" (il termine di "traduzione automatica" non era ancora stato coniato) secondo il suo METODO: 1) un brano di Dante tradotto dall'italiano al francese, e 2) un brano di Voltaire tradotto dal francese all'italiano!

Ebbene, anche se pubblicò il suo metodo nel 1931, lo aveva presentato in pubblico per la prima volta nel 1929, all'età di 33 anni. Ed è evidente che ci lavorava già da anni, visto il livello di maturazione della sua idea. Finora non mi sono soffermato abbastanza su queste testimonianze, uniche al mondo, del percorso seguito da Federico Pucci.

Possiamo quindi collocare la genesi del metodo di Pucci quando questi aveva almeno trent'anni, o magari anche meno visto che pubblicò il suo primo libro, intitolato "Manuale di letteratura inglese (Parte 1: I principali scrittori)" nel 1923, all'età di 27 anni!

Ed essendo il Pucci un poliglotta autodidatta eccezionale, che conosceva una trentina di lingue (così come risulta da documentazione della questura di Salerno e dai documenti della censura di Guerra presso l'archivio di Stato di Roma), è ovvio che avrà pensato a lungo al suo METODO di traduzione meccanica, ben prima di spiegarlo dettagliatamente nel suo libro, che fu chiaramente il punto d'approdo di un suo percorso, probabilmente cominciato verso il 1925.

Poi la macchina avrebbe dovuto essere la "traduzione meccanica" del metodo...

Un metodo di cui Pucci stesso ci dice:
«Il primo obbiettivo che mi propongo di raggiungere è quello di permettere a due europei, di diversa nazionalità, di corrispondersi per iscritto, senza che nessuno dei due abbia mai studiato la lingua dell'altro, col solo aiuto del vocabolario, e senza aver fatto alcuno studio speciale, mediante un sistema di chiavi che dovrebbe avere la proprietà di mettere chiunque conosca la grammatica della sola sua lingua, nelle stesse condizioni in cui si trova chi conosce la grammatica di tutte le lingue europee, e cercare possibilmente di estendere il sistema alle principali lingue extra-europee.»
Ed ancora:
«Per poter conseguire risultati pratici, occorre anche che il sistema stesso, o almeno la base del medesimo, oltre ad adempiere la funzione citata, sia così semplice da poter essere appreso con una o due letture da chiunque abbia una cultura elementare, così preciso da impedire gli errori, in cui si potrebbe incorrere per le numerose differenze intercedenti fra le lingue parlate in Europa, così breve da permettere a chi volesse iniziare una corrispondenza con·uno straniero, di fargli tenere in una busta comune, oltre a quanto vuole comunicargli, il sistema di chiavi con la spiegazione delle medesime e con la istruzione circa il loro uso, date nella lingua di chi riceve la lettera, in modo che questi possa, dopo pochi minuti, cominciare a tradurre lo scritto inviatogli ed essere in condizioni di applicare immediatamente il sistema di chiavi nella risposta.»
Quindi:
«Passando dalla teoria alla pratica e dalla sintesi all'analisi presento il prospetto delle chiavi fondamentali, valevoli per le lingue romanze. Vedremo in seguito che, con qualche piccola aggiunta servono pure per le lingue germaniche e per le slave.»
Ma qual è il significato di queste chiavi fondamentali? E qual è il ragionamento che Federico Pucci ha seguito per arrivare a questo risultato?

Certamente, ho già sottolineato l'originalità del suo approccio e della sua visione, radicalmente diversa rispetto a qualunque altro studio conosciuto in materia, fino a quel momento ed anche in seguito. Si potrebbe definire una visione "utopistica" poichè Pucci aveva in mente, fin dal 1929, una macchina semplice ("Tempo necessario per imparare a tradurre : un minuto"), pratica, poco ingombrante ed "abbordabile": nel 1950 il libro era venduto, da solo, per 150 lire (circa € 2,70 di oggi) ed egli aveva in mente di vendere il libro assieme alla macchina al prezzo di 600 lire (circa € 10,70). Quindi avrebbe dovuto essere una macchina portatile ed economica (450 lire, o poco più di 8 euro di oggi), ed anche se solo immaginata, anticipava la realtà attuale di quasi un secolo.

La prima chiave per comprendere il percorso intellettuale di Pucci sta in alcune idee semplici, che anticipano altri due concetti ampiamente riconosciuti oggi: 1) quello della semplificazione della lingua, e 2) quello del "good enough" nella traduzione.

L'idea principale su cui si fonda il suo metodo è la seguente:
  • innanzitutto, frazionare il discorso in unità minime di senso compiuto, i "monemi",
  • in secondo luogo usare ideogrammi comuni alle lingue per trasferire questa semplificazione frazionata nell'altra lingua,
  • ed infine, il destinatario ricolloca le parole (generate dalla macchina), nell'ordine che si conviene alla lingua "obiettivo", di cui il ricevente è madrelingua.
Si tratta di un metodo al tempo stesso logico e pratico, che si serve di questi ideogrammi (fondamentali e derivati), inventati da Federico Pucci fin dalla fine degli anni 20 per i suoi studi ed il cui unico scopo era mettere in grado le persone (anche di cultura limitata) di trovare, con facilità e nella propria lingua, l'equivalente di parole straniere di cui non conoscevano il significato, lasciandoci una testimonianza eccezionale con le sue tabelle!

Lascio la parola a Federico Pucci:



Tabelle seguite dalle "Norme per l'applicazione pratica delle tabelle":



Pucci passa poi all'applicazione concreta delle sue stesse norme al brano di Dante (p. 27):


usando lui stesso, probabilmente per la prima volta al mondo, l'idea di ricavare la "traduzione automaticamente"!


Ecco la trascrizione del brano di Dante, tratto dalla Vita Nuova:
Ai miei occhi apparve la gloriosa donna della mia mente, la quale fu da molti chiamata Beatrice. Io la vidi quasi dalla fine del mio anno nono. Apparve vestita di nobilissimo colore, cinta ed ornata alla guisa che alla sua giovanissima età si convenia. In quel punto dico veramente che lo spirito della vita cominciò a tremar sì fortemente che apparia nei menomi polsi orribilmente. E vedeala di sì nobili e laudabili portamenti, che si potea dire quella parola del poeta Omero: Ella non parea figliuola d'uomo mortale, ma di Dio.

Poi che furono passati tanti dì, nell'ultimo di questi, avvenne che questa mirabile donna apparve a me vestita di colore bianchissimo, in mezzo di due gentili donne, le quali erano di piu lunga età; e, passando per una via, volse gli occhi verso me e mi salutò molto virtuosamente, tanto che mi parve allora vedere tutti i termini della beatitudine.
Per prima cosa, anche volendo tradurre questo testo nel francese di oggi, non è per niente facile. Quindi vi lascio immaginare la difficoltà di tradurlo "automaticamente" novant'anni fa...



Pucci ci spiega poi come un locutore che non conosce altra lingua che la propria (secondo il titolo stesso del suo metodo), riesca in modo semplice a fare le giuste scelte (cfr. le note da [1] a [5]):


Quindi applicando le sue norme a tutto il brano:


Pucci ne ricava automaticamente la traduzione seguente dall'italiano al francese:



Trascrizione per chiarezza:
À mes yeux apparut la glorieuse femme de ma pensée, laquelle était par bien des personnes appelée Béatrice. Je la vis depuis la fin de mon année neuvième. Elle apparut habillée d'une très noble couleur, ceinte et·ornée comme il se convenait à son très jeune âge. À ce point je dis vraiment que l'esprit de la vie commença à trembler si fortement qu'il apparaissait dans les très petits pouls horriblement. Et je la voyais de si nobles et louables contenances qu'on pouvait dire cette parole du poète Homère : elle ne semblait pas fille d'un homme mortel, mais de Dieu.

Après que tant de jours furent passés, dans le dernier de ceux-ci, il arriva, que cette femme admirable apparut à moi, habillée d'une couleur très blanche au milieu de deux femmes de condition, qui étaient d'un plus long âge ; en passant elle tourna les yeux vers moi et me salua très vertueusement de sorte que il me parut alors de voir tous les limites de la béatitude.
Pucci conclude:
Questa traduzione è abbastanza corretta, è ad ogni modo tale che anche coloro che nelle pubbliche scuole sono nel francese al quarto o quinto anno di studio, la farebbero certamente peggiore, non parliamo poi di coloro che dopo di aver studiato la lingua francese a scuola, ne hanno abbandonato lo studio, sia pure da qualche anno. Ad ogni modo non si tratta di avere una traduzione perfetta, si tratta unicamente di comprendere, e non v'è dubbio alcuno che esista anche un sol francese che non riesca a comprendere il brano esposto. Unica difficoltà sarebbe quella di dover, secondo alcuni, perdere la testa, a sfogliare continuamente il vocabolario, le chiavi fondamentali, le derivate e le pagine dei concetti differenziali. Se il pubblico mi onorerà ancora della sua benevola attenzione, si convincerà invece che la versione avrà luogo molto più rapidamente e molto più agevolmente di quanto si può credere a prima vista...

Poi passa al brano dal francese all'italiano, tratto da Zadig (Voltaire), sempre seguendo il suo metodo.



È intitolato "Le nez d'un mari":
Un jour Azora revint d'une promenade, tout en colère, et faisant de grandes exclamations. Qu'avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? Qui peut vous mettre ainsi hors de vous-même ? Hélas ! dit-elle, vous seriez indigné comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrue, qui vient d'élever depuis deux jours un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux dans sa douleur de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. …Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve, que ce faste de vertus ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence et s'assura autant qu'il le put de sa fidélité par des présents considérables. 
Pucci precisa:
L'italiano·che non conosce il francese non riesce a comprendere che qualche parola isolata, ma il senso gli è del tutto incomprensibile. Né può compreder nulla utilizzando il vocabolario, perchè comincia a trovare parole come: faisant, peut, seriez ecc. che il vocabolario non riporta. Vediamo che cosa succede scrivendo il brano citato col metodo esposto.

Della qualità di questo risultato, "che otterebbe meccanicamente un italiano che non abbia studiato il francese, mediante il sistema di chiavi esposto", Pucci dice che è paragonabile alla versione letterale che otterebbe uno studente francese (non molto bravo) che dovrebbe tradurre in italiano il brano citato:
Il naso di un marito
Un giorno Azora ritornò da una passeggiata tutta in collera, e facendo di grandi esclamazioni. Che avete voi, le (gli) disse Zadig, mia cara sposa? Chi può voi mettere così fuori di voi stessa? Ahimè! disse ella, voi sareste indignata come me, se voi avevate visto lo spettacolo di cui io vengo da essere testimone. Io ho stato consolare la giovane vedova Cosrue, che viene da elevare da due giorni una tomba a suo giovane sposo presso il ruscello che costeggia questa prateria. Ella ha promesso agli dei in suo dolore di dimorare (restare) presso quella tomba, finché l'acqua di quel ruscello scorrerebbe presso.
Eli aveva un amico, chiamato Cador, che era uno di quelle giovani genti a chi sua moglie trovava più di probità e di merito che agli altri, egli lo mise in sua confidenza e si assicurò, tanto che egli lo poteva, di sua fedeltà con un dono considerevole.
Però, per una traduzione che avrebbe dovuto generare un sistema meccanico concepito nel 1929, è assolutamente notevole! A titolo di confronto, ecco la traduzione automatica neuronale di Google, 90 anni dopo...


Sempre a titolo di confronto, ecco la traduzione automatica di Microsoft, decisamente superata da Pucci in termini di qualità...


Per chi è interessato, ho analizzato segmento dopo segmento questa traduzione in questo PDF (in francese), intitolato Traduction mécanique d'un extrait de Zadig par Federico Pucci (1931), giungendo alla seguente conclusione:
Nell'attesa che un'università o un ente autorevole nel campo della traduzione automatica, realizzi finalmente l'importanza di Federico Pucci nella storia della T.A. e decida di intraprendere la costruzione di un prototipo operativo delle diverse tipologie delle sue "macchine per tradurre", una prima tappa, realizzabile fin da subito e senza alcun investimento impegnativo, potrebbe consistere nella ricostruzione di questi che sono i primi due testi tradotti "meccanicamente" , seguendo semplicemente le istruzioni fornite da Pucci stesso! 
Così nacque, novant'anni fa, la traduzione automatica: dalla lungimiranza unica e dal genio di Federico Pucci!



samedi 2 février 2019

Dix questions à Emmanuel Macron

Monsieur le président de la France,

Dans mon précédent billet, intitulé "Gilets jaunes et mensonges d'États", que j'aurais tout aussi bien pu sous-titrer "Lettre ouverte au président de la république française et à son gouvernement" (les majuscules, il faut les mériter...), je dénonçais les violences policières que nous voyons dans notre pays, semaine après semaine, et concluais en vous posant quatre questions :
  1. Racontez-nous d'abord pourquoi le mouvement des gilets jaunes subit une violence effrénée de la part de "forces de l'ordre" censées défendre leurs concitoyen.ne.s au lieu de les envoyer à l'hôpital défiguré.e.s (éborgné.e.s / mutilé.e.s à vie).
  2. Racontez-nous pourquoi vous créez des précédents aussi dangereux contre la liberté de manifester, contre la liberté d'expression, et surtout pourquoi une telle répression, probablement destinée à augmenter ?
  3. Racontez-nous pourquoi vous et votre gouvernement vous enfermez dans une communication fallacieuse, totalement inadaptée à la situation ?
  4. Racontez-nous enfin votre mépris du "pacte civique" que vous invoquez vous-même, Monsieur Macron, en proclamant (un peu sur le même ton que dans votre lettre aux françaises et aux français) :
Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue.
Questions naturellement restées sans réponse. Qui suis-je pour oser prétendre une réponse du président de la France himself ?

Personne ! Pour autant j'aimerais bien vous défier dans un débat. Peut-être pas un grand débat, certes, mais un vrai débat, pour sûr. Ce qui changerait un peu de l'enfumage quotidien auquel on assiste tous médias confondus.

J'entends tout le temps et partout - télé, presse, radio, web, etc. - des journalistes thuriféraires, voire flagorneurs, vanter avec admiration vos prestations débatteuses : il a du talent, il connaît ses dossiers, il mouille sa chemise des heures durant, etc., un vrai florilège de louanges...

Donc, ainsi armé, affronter l'un de vos chers compatriotes ne devrait pas vous faire peur ! Un débat en tête-à-tête Monsieur le président, sans aucun journaliste modérateur qui ne modère jamais rien (ou pire encore, qui charge comme un mulet aux dépens de toute déontologie journalistique qu'il devrait pourtant respecter, du genre Yves Calvi...), juste une conversation entre un primus inter pares et un citoyen lambda, mais qui ne vous laissera aucune échappatoire tant que vous ne répondrez pas précisément à s(m)es questions...

Ce que la plupart des journalistes ne font plus, mais pas tous, loin s'en faut. Le problème est que celles et ceux qui savent encore faire leur travail vous les fuyez, en veillant scrupuleusement à ne pas les rencontrer et, partant, à ne pas vous mettre en obligation de répondre aux questions qui fâchent !

Déjà, si vous répondiez aux quatre questions qui précèdent, ce serait sans aucun doute un grand pas de fait. Mais permettez-moi de préciser encore ma pensée pour mieux dérouler mon questionnaire, après un petit préambule.

J'étais favorable à votre élection Monsieur Macron. Après des décennies d'alternance droite-gauche, qui n'ont fait qu'alterner désastres sur désastres, je pensais que la France avait besoin d'un renouveau que vous pouviez représenter (sûrement pas Le Pen), vous et l'équipe (apparemment jeune et compétente) dont vous vous étiez entouré. Je me suis d'ailleurs gardé de porter un jugement sur vos premiers résultats, en étant convaincu que de profondes réformes - nécessaires et improcrastinables - avaient besoin de temps pour porter leurs fruits.

Et puis en deux mois - depuis le début de la crise avec les gilets jaunes - vous avez perdu toute crédibilité à mes yeux. Je dis bien : TOUTE !

Comme le dit si justement un spécialiste de la sécurité urbaine, Gilles Sacaze, ancien officier du service action de la DGSE, "en matière de gestion de crise, là on coche toutes les mauvaises cases..." :


Ce qui est quand même extraordinaire ! Car soit vous êtes très mal conseillé, Monsieur le président, soit vous n'en faites qu'à votre tête, mais le résultat est le même : DÉSASTREUX !

Monsieur Sacaze, et probablement des millions de françaises et de français avec lui, est incapable de se l'expliquer :
Je ne comprends pas bien, c'est un grand mystère, c'est étonnant, je pense que c'est une impasse, on fracture artificiellement la société... de façon durable... en opposant gilets jaunes à des gendarmes et des policiers qui auraient toutes les raisons de porter le gilet jaune... 
Dans une approche purement théorique, en gros, jusqu'à présent on a observé tout ce qu'il ne fallait pas faire ! 
En termes de gestion de crise pure, en termes de communication, il y a eu une surenchère de mots ... beaucoup de mépris ... ce qui ne peut qu'enfoncer la crise, on ne sort pas de la crise comme ça, il faut répondre politiquement, etc. etc.
Donc je m'interroge, comme lui et d'autres millions de compatriotes (j'ose espérer), plus précisément sur deux points : a) l'aspect manifestement délibéré de votre "stratégie (très) offensive", et b) votre "déni (absolu) de communication"...

a) Votre stratégie d'attaque délibérée

Depuis le début de la crise, RIEN n'a été fait de votre part (par "votre" j'entends vous et votre bande : Castaner et Nuñez, les Dupond et Dupont du maintien de l'ordre, Philippe, Schiappa et les autres...) pour tenter une désescalade de la crise. Bien au contraire !

Les lanceurs de balles de défense, "armes intermédiaires non létales" (dénoncées par des professionnels de santé), portent vraiment mal leur nom, car il suffit de voir les centaines et centaines de vidéos qui circulent sur Twitter pour constater objectivement que 9 fois sur 10 elles servent à attaquer, en visant et en tirant à hauteur d'homme, de façon totalement provocatrice, disproportionnée et injustifiée, et non pas à défendre.

Le Conseil d'État, qui vient de confirmer l'usage du LBD lors des manifestations, a justifié sa décision par le fait que
les conditions d’utilisation de ces armes sont strictement encadrées par le code de la sécurité intérieure, afin de garantir que leur emploi est, d’une part, nécessaire au maintien de l’ordre public compte tenu des circonstances et, d’autre part, proportionné au trouble à faire cesser.
Or malheureusement ces mots restent vides, tout autant que ceux de vos discours (par "vos" j'entends les vôtres et ceux de votre bande : Castaner et Nuñez, les Dupond et Dupont du maintien de l'ordre, Philippe, Schiappa et les autres...), à l'épreuve des faits et des multiples #ViolencesPolicières qui émaillent les manifestations des #GiletsJaunes depuis le début.

On dirait plutôt que tout est fait de votre part pour envenimer les choses. Et mettre à dos de ces derniers la responsabilité de la centaine de blessés graves, voire très graves, que l'on compte depuis un peu plus de deux mois dans leurs rangs est totalement faux et parfaitement irresponsable...

Idem pour le vote de lois et de réglementations liberticides (loi anti-casseurs), pour les centaines et centaines d'arrestations arbitraires, voire préventives, de comparutions immédiates, et pour les milliers de gardes à vue non fondées, y compris le cas de Christophe Dettinger, maintenu en détention provisoire soi-disant pour « empêcher la réitération des faits et une soustraction à la justice » de la part d'une « personnalité extrêmement inquiétante et dangereuse », d'un homme « parfaitement impulsif et totalement déterminé à commettre des actes violents », etc. etc. Sûr que ce sont pas tous des Benalla...

Dernière ineptie en date, vos propres mots, Monsieur le président, qui vous foutez avec arrogance de Dettinger [il n'a pas les mots d'un (boxeur) gitan] et de "Jojo le gilet jaune" sur fond de complot dont on aimerait bien savoir sur quels "faits" réels vous basez vos propos !?

Des mots indignes d'un président de la France ! Donc, c'est vous qui racontez des conneries, et ce serait aux médias de se ressaisir ?

5. Expliquez-moi, Monsieur le président, et expliquez-nous, par la même occasion, ce que signifie "se ressaisir", un verbe que vous aimez bien :
Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue.
Vous incluez-vous vous-même dans ce "chacun" ? Et comment envisagez-vous de vous ressaisir au premier chef dans la situation actuelle ?

Certes vous pourriez me répondre que vous avez lancé le "Grand débat", simple campagne électorale sans le moindre dialogue, mais ce ne serait qu'une insulte supplémentaire à mon intelligence... Ce qui est d'ailleurs le plus gros défaut des gens qui se croient brillants et intelligents, comme vous Monsieur le président, et qui en infèrent que les autres sont des cons ! Malheureusement pour vous, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne...

J'ai d'ailleurs soulevé le problème dans mon précédent billet :
Après vous avez beau jeu d'annoncer en grandes pompes l'enfumage d'un grand débat national !

Mais pour débattre de quoi ? Avec quelle crédibilité ? Car tant que vous n'affronterez pas d'abord publiquement le thème qui fâche des #ViolencesPolicieres, cela revient à affirmer l'absence TOTALE de débat, ainsi bridé à la recette #PenséeUnique + #PolitiquementCorrect + #HypocrisieTotale...
À ce sujet je vous posais trois autres questions :
6. Avez-vous le sentiment d'avoir été élu pour traiter ainsi vos compatriotes ?
7. De quel droit le faites-vous ?
8. Et, surtout, de quel droit vous ne leur donnez aucune réponse lorsqu'ils (elles) vous demandent raison des véritables motifs pour lesquels vous avez détruit leur vie ?

Voyez-vous, Monsieur le président, c'est ce dernier point qui m'indigne le plus, que je trouve d'une violence inouïe : le fait que vous et votre bande évitiez depuis plus de deux mois de dire une parole pour vos compatriotes mutilé.e.s à vie dans leur chair !

Ce qui m'amène au petit b.

b) Votre déni absolu de communication 

Je partage volontiers cette colère d'@EdwyPlenel (@Mediapart) :


Oui, « Maintenant, on a le droit de couper les bras et les mains des opposants politiques avec des grenades explosives, de leur envoyer dans l'œil des #LBD, et PAS UN MOT D'AUCUN membre de ce @gouvernementFR ! »

Non, pas un mot... Des tombereaux de conneries et de discours agressifs mais pas un seul mot d'empathie ! d'excuses ! de regrets !

Un mode de communiquer délibéré autant que délirant, fait de petits mots débiles et dédaigneux, en parlant de tout et de n'importe quoi mais surtout sans jamais s'attaquer au cœur du problème, sans traiter les vrais sujets, en faisant du grand slalom entre propagande grossière et mensonges assumés, chiffres détournés (Castaner et ses quatre blessures à l'œil...), etc. etc.

On a l'impression d'être gouvernés par une bande d'incompétent.e.s irresponsables, déjà en marche pour bien se positionner lors des prochaines élections européennes : mais qu'en est-il vraiment de la France et des souffrances de ses citoyen.ne.s, rien à branler. Voyez avec les russes, Christophe le gitan et Jojo le gilet jaune !

Monsieur le président, je ne vais pas m'étendre davantage pour aujourd'hui, inutile de tirer sur l'ambulance, donc je vous pose sans plus tarder mes deux dernières questions :

9. Mis à part le grand foutage de gueule du soi-disant débat national sans vrais interlocuteurs, quelles sont les mesures et les stratégies que vous vous proposez de mettre en œuvre à court, moyen et long terme pour apporter une réponse POLITIQUE à la crise des #GiletsJaunes ?

Vu ce qui se passe aujourd'hui encore dans les rues de France, c'est mal barré, mais bon, il est sûr que tant que vous ne répondrez pas aux questions (surtout à celles que les journalistes complaisant.e.s ne vous posent jamais, bien se garder de ne pas déranger le chef à la manœuvre), j'espère qu'il y aura toujours des citoyen.ne.s de bonne volonté pour continuer à vous les poser. Et enfin, la dernière :

10. Lorsque, chaque matin, vous vous regardez dans la glace, votre conscience est-elle apaisée d’avoir fait les bons choix la veille, et vous sentez-vous à la hauteur de votre fonction ?


Voilà, dans un souci de clarté, je vous les récapitule sous forme de liste, au moins ça vous laissera tout le temps nécessaire pour préparer vos réponses... si vous avez le courage d'y répondre un jour !


Jean-Marie Le Ray

P.S.

Je ne suis pas de ceux qui pensent et/ou disent que la France est une dictature. La Chine ou l'Égypte, entre autres, sont des dictatures.

D'ailleurs, si j'avais eu le malheur de naître dans de tels pays, je ne crois pas que j'aurais eu le courage de publier un tel billet en sachant que je risquais perpète ou ma vie et celle de mes proches.

Raif Badawi et d'autres comme lui sont des blogueurs courageux, pas moi.
Les #GiletsJaunes pacifiques qui vont manifester chaque semaine en sachant qu'ils risquent gros à cause de l'incompétence irresponsable de nos actuels gouvernants français sont courageux, pas moi.
Alexandre Langlois est courageux, pas moi.
Christophe Dettinger est courageux, pas moi.


Pour autant, c'est justement parce que je suis convaincu que la France n'est pas une dictature mais qu'elle est bien une démocratie, que je ne souhaite pas, Monsieur le président, vous voir impunément plonger notre pays en démocrature comme dans la triste fable de la grenouille...

Il ne manquerait plus que les anglais aient toujours eu raison de nous appeler frogs !

C'est pour tous ces motifs que je me permets de vous interpeller ainsi :

[ Monsieur le président 
Je vous fais une lettre 
Que vous lirez peut-être 
Si vous avez le temps... 

(...) 

S'il faut donner son sang 
Allez donner le vôtre 
Vous êtes bon apôtre 
Monsieur le président 

Si vous me poursuivez 
Prévenez vos gendarmes 
Que je n'aurai pas d'armes 
Et qu'ils pourront tirer ]

Ils ne s'en privent d'ailleurs pas, semaine après semaine !

Boris Vian doit se retourner dans sa tombe. Mais voyez-vous, Monsieur le président, la différence, aujourd'hui, c'est que le déserteur, c'est vous ! Un peu comme les deux faces d'une même médaille... 



vendredi 11 janvier 2019

Gilets jaunes et mensonges d'État


« C’est pourquoi la France est, de toutes les nations, 
une des plus fraternelles et des plus égalitaires. »

*

Drôle de conception de la fraternité, ou, pour mieux dire, de la liberté, l'égalité, la fraternité...

Perso, les samedis passent, chacun avec son lot de mutilés à vie, et ma perception est que le message adressé par nos gouvernants aux françaises et aux français serait plutôt du genre :
« Chers compatriotes, nous voulons absolument être sûrs que le message est clair et qu'il vous entre bien dans la tête... »



*

Ce billet, qui pourrait également s'intituler "Lettre ouverte au président de la république française et à son gouvernement" (les majuscules, il faut les mériter...), naît d'un gros coup de colère, qui n'a d'égale que mon indignation, provoquée par les terribles images de dizaines et de dizaines de françaises et de français estropiés à vie - des jeunes pour la plupart - en raison des violences policières qui émaillent les manifestations des gilets jaunes.


Qui a affirmé : n'accepter aucune forme de violence ?


Qui a affirmé : n'accepter aucune forme de violence ?


Qui a affirmé : n'accepter aucune forme de violence ?


Qui a affirmé : n'accepter aucune forme de violence ?


Qui a affirmé : n'accepter aucune forme de violence ?


Qui a affirmé : n'accepter aucune forme de violence ?

*

De véritables "blessures de guerre", d'ailleurs dénoncées par un syndicat de policiers :
Monsieur le Premier Ministre,
Depuis le 17 novembre dernier, plusieurs Français ont été gravement mutilés lors de tensions entre nos services et des manifestants gilets jaunes au cours d’opérations de maintien de l’ordre.
Mes collègues se sont engagés dans la police nationale pour protéger la vie de leurs compatriotes. Malheureusement, des citoyens ordinaires, comme nous policiers, vont désormais devoir vivre avec un œil ou une main en moins.
Ces mutilations permanentes semblent avoir été causées par les LBD et les GLI-F4. Jamais sous la cinquième République nous n'avions fait un usage aussi intensif de telles armes contre la foule.
Dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre, l’emploi de ces armes est ordonné par l’autorité administrative. Il s’agit généralement des préfets qui appliquent les orientations du ministre de l’Intérieur.
Il ne m’appartient pas d’apprécier si l’usage de la force ordonnée par l’autorité ministérielle et préfectorale a été proportionné ou non.
Toutefois, il appert que les victimes mutilées sont généralement de simples manifestants pacifiques s’étant retrouvés au milieu des casseurs.
(...)
S’agissant des Gilets jaunes mutilés, alors que certains dommages corporels s’apparentent à des blessures de guerre, je m’étonne que personne, ni dans la classe politique ni chez les people, ne s’en émeuve.
Pour mieux comprendre l'impact sur un visage, il suffit de voir une douille :


Ça c’est une balle de flash-ball. Ca pèse 63 grammes et le caoutchouc est vraiment très dur. Donc quand j’entends balle en mousse je rigole parce que la mousse il faut la chercher. Sur le flash-ball super pro qu’utilise nos forces de l’ordre, ça part à 330 km/h. Donc en pleine poire et partout sur le corps ça fait très mal...
Un journaliste, Florent Marcie, lui aussi touché au visage, témoigne :
Selon moi, aucun de ces tirs au visage n’était justifié par la légitime défense. (...) Qui sont-ils donc ces tireurs consciencieux ? (...) Les tirs fusent sans sommation...
En italien on dit souvent que jamais l'État ne se fera un procès à lui-même (lo Stato non processa se stesso), quant à moi j'espère vivement que tôt ou tard l'État français devra répondre devant une cour de justice, française ou européenne, des exactions qu'il a lui-même commanditées. Car vu le nombre de bavures, il est impossible que ce soit le fait d'actes isolés et individuels ! Du reste, un policier l'avoue : « Tout ce qui est tirs tendus est ordonné par l'autorité hiérarchique et nous obéissons aux ordres... »

Avertissement : à celles et ceux qui voudraient me rétorquer que c'est bien beau de parler des violences policières mais qu'il ne faudrait pas non plus oublier les violences des gilets jaunes, je vous renvoie à tous les médias de France et de Navarre qui racontent à l'unisson (presse, télé, radio et internet confondus) un message aussi simpliste que faux : "l'État c'est les bons, les gilets jaunes c'est les méchants", et passent en boucle Christophe Dettinger le méchant, mais surtout sans jamais montrer la bienveillante gentillesse de Didier Andrieux ! Benalla doit bien rigoler...

Et de même que je m'étais promis de ne plus parler de politique sur ce blog (pour me consacrer à mon métier et à mes intérêts linguistiques), trop c'est trop et je ne peux pas laisser passer certaines choses : car après avoir interpellé directement Emmanuel Macron, son équipe et l'une de ses ministres, sans recevoir aucun retour de leur part, je suis bien obligé d'élaborer seul ma propre réponse à la montagne de questions que je me pose sur cette violence policière extrême et délibérée, ainsi que sur les raisons profondes du silence total, jalousement gardé par le président et tous les membres du gouvernement (les médias mainstream, laissons tomber, ils sont clairement à la botte...), sur ce sujet qui fâche...

Si vous souhaitez vraiment vous informer, suivez le fil du journaliste David Dufresne sur Twitter.

Tout d'abord, écoutons la déclaration poignante d'une proche d'un jeune homme handicapé à vie grâce aux valeurs républicaines vantées à tours de bras et de langues par les thuriféraires sans peurs et sans reproches du chef et du pouvoir en place :



Or l'un des tenants des valeurs de la république répondra-t-il (elle) jamais à cette dame et à toutes les questions justifiées qu'elle pose ?

Quant au président Macron, qui voulait se poser en rassembleur, aura-t-il jamais un minimum d'empathie vis-à-vis de ses concitoyen.ne.s dont l'État a totalement détruit la vie et les rêves d'une France meilleure et plus juste, et dont certain.e.s ont d'ailleurs probablement voté pour lui sans jamais s'imaginer une seconde l'avenir qu'il était en train de leur préparer...

Juste deux ou trois questions, Monsieur Macron :
  • avez-vous le sentiment d'avoir été élu pour traiter ainsi vos compatriotes ? 
  • de quel droit le faites-vous ? 
  • et, surtout, de quel droit vous ne leur donnez aucune réponse lorsqu'ils (elles) vous demandent raison des véritables motifs pour lesquels vous avez détruit leur vie ?
Or vous faites semblant de croire que le problème des violences policières n'existe pas, que la "foule haineuse" (vos propres termes) est seule fautive de ce qui lui arrive, en ne condamnant la violence que de façon partielle, partisane, sans recul et uniquement comme instrument politique, ce qui est en soi une violence. Cachée, certes, mais violence quand même.

« Je dirais même qu’il s’agit là de la pire des violences », observe justement Willy Ortiz.

Et cette violence, c'est vous et votre gouvernement qui en êtes complices et qui la commettez, M. Macron, et certainement pas les gilets jaunes.

Après vous avez beau jeu d'annoncer en grandes pompes l'enfumage d'un grand débat national !

Mais pour débattre de quoi ? Avec quelle crédibilité ? Car tant que vous n'affronterez pas d'abord publiquement le thème qui fâche des #ViolencesPolicieres, cela revient à affirmer l'absence TOTALE de débat, ainsi bridé à la recette #PenséeUnique + #PolitiquementCorrect + #HypocrisieTotale...

Racontez-nous d'abord pourquoi le mouvement des gilets jaunes subit une violence effrénée de la part de "forces de l'ordre" censées défendre leurs concitoyen.ne.s au lieu de les envoyer à l'hôpital défiguré.e.s. (Jamais sous la cinquième République nous n'avions fait un usage aussi intensif de telles armes contre la foule).

Racontez-nous pourquoi vous créez des précédents aussi dangereux contre la liberté de manifester, contre la liberté d'expression, et surtout pourquoi une telle répression, probablement destinée à augmenter ?

Racontez-nous pourquoi vous et votre gouvernement vous enfermez dans une communication fallacieuse, totalement inadaptée à la situation ?

Racontez-nous enfin votre mépris du "pacte civique" que vous invoquez vous-même, Monsieur Macron, en concluant ainsi :
Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue.
Très bien, alors montrez l'exemple et mettez votre parole en pratique. Sous peine de définitivement perdre le peu de crédibilité qui vous reste, Monsieur le président, à vous et votre gouvernement.

Jean-Marie Le Ray


P.S. [mise à jour, 13 janvier 2019] Nous sommes dimanche soir, et partout on nous annonce que demain vous nous ferez connaître, monsieur le président, votre "lettre aux français"...

Je nourris de gros doutes, Emmanuel Macron, sur la crédibilité des mots que vous emploierez pour "motiver" les françaises et les français à participer à l'enfumage de votre grand débat national. Je le répète :
Mais pour débattre de quoi ? Avec quelle crédibilité ? Car tant que vous n'affronterez pas d'abord publiquement le thème qui fâche des #ViolencesPolicieres, cela revient à affirmer l'absence TOTALE de débat, ainsi bridé à la recette #PenséeUnique + #PolitiquementCorrect + #HypocrisieTotale...
Si vous souhaitez répondre sur le fond (on peut toujours rêver), mon blog vous est ouvert, à vous, aux membres de votre gouvernement ou à n'importe qui de votre entourage ayant l'autorité suffisante pour nous expliquer les véritables motifs pour lesquels vous avez commandité (en espérant que ça s'arrête, bien que j'aie peur du contraire) un tel massacre de vos concitoyen.ne.s, et en vertu de quoi
*

P.S. 2. [mise à jour, 14 janvier 2019] Je m'étonne que vous et votre gouvernement n'ayez pas l'intelligence de comprendre seuls que votre Grand débat, qui aurait sûrement pu être bienvenu en d'autres circonstances, restera uniquement le "vôtre" tant que les françaises et les français auront sous les yeux, semaine après semaine, le carnage de compatriotes mutilés à vie par les tirs injustifiés de flashball. Votre silence, votre intransigeance et votre indifférence à tous finiront par se retourner contre vous : une attitude impardonnable et indignes de femmes et d'hommes d'état. Soi-disants...


mardi 2 octobre 2018

La première "traduction automatique" produite au monde (1931)

[Mise à jour, 28/10/2018] La toute première "traduction automatique" produite au monde (1931)

* * *

Cela fait maintenant dix-huit mois que j'écris sur Federico Pucci, et ce billet est mon dix-huitième.

Lorsque j'ai appris l'existence de ce précurseur ignoré de la traduction automatique telle que nous la connaissons aujourd'hui, à part l'incroyable enthousiasme suscité par cette révélation exceptionnelle, mon plus grand étonnement fut de découvrir qu'il publia aussi dès 1931 le premier texte connu au monde en la matière, intitulé « Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua : Parte I. », dont voici la couverture :


Traduction : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue », 1e partie.

Or cette publication précédait de 18 ans celle du "traducteur dynamo-mécanique", objet de mon scoop du 12 mars 2017 !

En allant ainsi de découverte en découverte, je me suis initialement focalisé sur l'existence d'un "traducteur mécanique", à savoir d'une "machine à traduire" dont nous aurions complètement perdu les traces. Le fait que l'inventeur y ait ajouté en 1949 le préfixe "dynamo" signifiant selon moi qu'il avait introduit l'électricité - via une dynamo - afin d'accélérer le fonctionnement de sa machine. En bref, non plus seulement mécanique, mais électro-mécanique. Telle fut mon interprétation, à l'époque. Erronée.

Dans une lettre que j'ai découverte plus tard, où M. Pucci décrit l'évolution de son invention, il nous confirme lui-même la lenteur du traducteur "mécanique" et explique le sens de "dynamo" :
Ces dernières années, l'auteur soussigné s’était proposé d’accélérer la traduction qu’il avait déjà rendue possible auparavant, mais extrêmement lente. (...)
Concernant les traducteurs mécaniques, il convient de noter qu’ils rendaient possible uniquement la traduction mais que le processus était extrêmement lent, du fait qu’ils exigeaient l'utilisation constante du vocabulaire, leur potentiel consistant simplement à mettre quiconque dans les mêmes conditions que quelqu'un qui connaîtrait toutes les grammaires étrangères mais aucun mot de vocabulaire. (...)
J’ai également affronté la question de la traduction électrique, en essayant de répercuter sur le plan de la traduction d’une langue à l’autre la transposition au plan électrique que les allemands avaient réalisé pour la traduction d'une langue donnée en un texte chiffré par le biais de substitutions littérales découlant, comme je l'avais fait au plan théorico-mécanique, de l'application des lois mathématiques relatives au calcul des probabilités. (...)
 
C’est ainsi que je suis parvenu au Traducteur dynamo-mécanique en trois études : 
  1. la première étude, livresque, a consisté en un prospectus servant à rendre possible la traduction à l'aide du vocabulaire (auquel il n’est plus nécessaire d’avoir recours de façon constante, mais seulement dans 15 % des cas pour des langues semblables, et dans 40 % pour des langues d'origine diverse) ; entre mars et avril j’ai publié deux petites éditions du Traducteur dynamo-mécanique à l’usage des italiens (français-italien et anglais-italien, plus une autre édition « anglais-français » à l'usage des français), en mentionnant dans les deux dernières publications la traduction dynamo-mécanique intégrale et la traduction électromécanique déjà réalisée. (...)
  2. la deuxième étape de la traduction dynamo-mécanique introduit le principe du mouvement des mots, il s’agit d’un livre-machine en carton où les mots sont extraits en fonction des mouvements déclenchés de main humaine ; 
  3. dans la troisième étape (électromécanique), le carton est remplacé par le métal et les mouvements ne sont plus impulsés de main humaine mais par l’électricité.
Du reste, toute les indications, à commencer par celles de John Hutchins, seul et unique chercheur de l'histoire de la traduction automatique à mentionner Federico Pucci, conduisaient à une telle interprétation : l'existence d'une machine à traduire, ou pour le moins d'un prototype, qui aurait été présenté au concours d'inventions lors de la Foire Internationale de Paris de 1949.

Pour autant, après avoir parcouru toutes les pistes possibles de recherche pour dénicher un exemplaire de ce "traducteur mécanique", notamment grâce à la rencontre avec la fille et la petite-fille de Federico Pucci, j'en suis arrivé à la conclusion que la « machine à traduire » de M. Pucci n'avait jamais existé !
Malheureusement. Resté seul trop longtemps avec ses idées, et malgré la clairvoyance de sa vision, dès le début il n'est pas parvenu à réunir les ressources financières et techniques nécessaires pour réaliser un prototype fonctionnel de son projet, et pouvoir ainsi breveter une invention qui n’a jamais dépassé le stade conceptuel des dessins, maquettes et descriptifs.
Certes, elle n'a pas existé physiquement, mais M. Pucci avait prévu toutes les déclinaisons possibles de sa machine, destinée à évoluer considérablement au fil des ans.

Tout d'abord, il devait y avoir deux machines par paire linguistique de type AB, une pour chaque sens de traduction : A langue source vers B langue cible, et B langue source vers A langue cible. Ce que M. Pucci nomme plutôt "Traducteurs mécaniques de type A" (de la langue étrangère vers la langue nationale) et "Traducteurs mécaniques de type B" (de la langue nationale vers la langue étrangère), selon les cas, comme le prouve l'intitulé de certains des vocabulaires mobiles mentionnés dans ses publications :
  • anglais - français (1949)
  • francese - italiano (1949)
  • inglese - italiano (1949)
  • italiano - inglese (1950) 
  • italiano - francese (1952)
  • italiano - francese (1958)
  • tedesco - italiano (1960)
Ensuite, chacune de ces machines aurait dû suivre une évolution technologique, en parallèle avec les progrès techniques réalisés dans le temps : machines simples, mécaniques, électriques, phono-électriques, photo-électriques et télé-électriques, et [donnant] naissance à de nombreux autres types composés, dont l'Interprète Électro-mécanique Portable...

L'introduction de l'interprète (portable !) en parallèle au traducteur nous fait comprendre l'ampleur de la vision de M. Pucci :
Pour une machine électrique, le mouvement qui est fait à la main dans le cas présent est effectué par l'électricité ; pour la machine phono-électrique, le vocabulaire mobile comporte trois colonnes, dont les deux premières sont imprimées sur une feuille d'étain, et la troisième est constituée par un disque d'acier tel que celui d'un phonographe, sur lequel le locuteur étranger enregistre la prononciation des termes de sa langue ; près de chaque mot italien se trouve un numéro ; en appuyant sur un bouton, une tête de lecture électrifiée dans un champ magnétique se déplace sur la prononciation enregistrée et lit le mot en langue étrangère, après qu'un mouvement électrique ait procédé aux corrections graphique et phonétique... ; le système télé-électrique suppose deux traducteurs électriques, l'un fonctionnant comme dispositif de transmission, disons à Rome, et l'autre comme dispositif de réception, disons à Londres ; en reliant les deux unités avec un téléimprimeur, le dispositif qui se trouve à Londres effectue les mêmes mouvements que le dispositif de transmission à Rome, pour obtenir à distance la traduction écrite et orale...
*

Donc, jusqu'à parvenir à cette réponse négative - et définitive - sur la réalité physique de cette machine, tellement obnubilé par son existence potentielle, j'en étais passé à côté de l'héritage encore plus extraordinaire que nous a légué M. Pucci : non pas une simple machine à traduire, mais le témoignage datable du premier texte traduit "mécaniquement" dans l'histoire de la traduction automatique : excusez du peu !

J’en ai parlé dès le 2 avril 2017 en décrivant de façon sommaire le livre paru en 1931, dans un billet que j'ai publié sans me rendre compte de l'importance de ce texte...

Il faut dire qu'en mars-avril 2017, j'étais tellement pris sous le feu croisé et incessant des découvertes, et que tout était si neuf qu'il m'était encore impossible d'appréhender et de tracer un cadre global de la situation.

Par conséquent, je n'ai pas examiné le livre dans le détail, je n'en aurais pas eu le temps (d'autant que c'est le plus complet de la série, 68 pages de descriptions), mais je l'ai juste survolé en extrayant tous les passages que je jugeais les plus significatifs : le résultat ici.

J'y présente ce texte de la manière suivante :
Puis il ... [arrive] à une "méthode dérivée" (pour traduire un texte du français à l'italien sans connaître le français), dont la théorie générale est exposée dans les pages restantes, jusqu'à présenter l'exemple (dans les trois dernières pages) de la traduction, selon sa méthode, de ce texte de Voltaire, cité p. 34 et intitulé "Le nez d'un mari" (Zadig) :
Un jour Azora revint d'une promenade, tout en colère, et faisant de grandes exclamations. Qu'avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? Qui peut vous mettre ainsi hors de vous-même ? Hélas ! dit-elle, vous seriez indigné comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrue, qui vient d'élever depuis deux jours un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux dans sa douleur de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. …Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve, que ce faste de vertus ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence et s'assura autant qu'il le put de sa fidélité par des présents considérables. 
M. Pucci précise :
« Un italien ignorant le français ne peut appréhender que quelques mots isolés, mais le sens général lui échappe tout à fait. Pas plus qu'il ne peut le comprendre à l'aide d'un vocabulaire, puisqu'il n'y trouvera pas des mots tels que: faisant, peut, seriez, etc., que le vocabulaire ne rapporte pas.
Voyons donc ce qui se passe en écrivant le texte ci-dessus selon la méthode exposée ici. »
L'italiano·che non conosce il francese non riesce a comprendere che qualche parola isolata, ma il senso gli è del tutto incomprensibile. Né può compreder nulla utilizzando il vocabolario, perchè comincia a trovare parole come: faisant, peut, seriez ecc. che il vocabolario non riporta. Vediamo che cosa succede scrivendo il brano citato col metodo esposto.
Je vous passe les détails, mais voici le résultat « qu'obtiendrait mécaniquement un italien ne connaissant pas le français, grâce au système de clés présenté ici » (p. 43 : quasi certamente, …, otterrebbe la seguente versione letterale, che è la stessa che otterebbe meccanicamente uno italiano che non abbia studiato il francese, mediante il sistema di chiavi esposto) :
Il naso di un marito
Un giorno Azora ritornò da una passeggiata tutta in collera, e facendo di grandi esclamazioni. Che avete voi, le (gli) disse Zadig, mia cara sposa? Chi può voi mettere così fuori di voi stessa? Ahimè! disse ella, voi sareste indignata come me, se voi avevate visto lo spettacolo di cui io vengo da essere testimone. Io ho stato consolare la giovane vedova Cosrue, che viene da elevare da due giorni una tomba a suo giovane sposo presso il ruscello che costeggia questa prateria. Ella ha promesso agli dei in suo dolore di dimorare (restare) presso quella tomba, finché l'acqua di quel ruscello scorrerebbe presso.
Eli aveva un amico, chiamato Cador, che era uno di quelle giovani genti a chi sua moglie trovava più di probità e di merito che agli altri, egli lo mise in sua confidenza e si assicurò, tanto che egli lo poteva, di sua fedeltà con un dono considerevole.
Croyez-moi, pour un système mécanique conçu en 1930, c'est absolument remarquable !
À titre de comparaison, voici la traduction automatique neuronale de Google, près de 90 ans plus tard...


Toujours à titre de comparaison, voici la traduction automatique de Microsoft, résolument hors-concours au niveau qualité...


J'ai analysé de plus près cette traduction, y compris segment par segment, dans ce PDF intitulé Traduction mécanique d'un extrait de Zadig par Federico Pucci (1931), où je conclus par ces mots :
Dans l’attente qu’une université ou un acteur majeur de la traduction automatique dans le monde finisse par comprendre l’importance de Monsieur Pucci dans l’histoire de la TA et se lance dans la construction d’un prototype fonctionnel des différentes déclinaisons de ses « machines à traduire », une première étape, d’ores et déjà réalisable sans aucun investissement lourd, passerait par la reconstitution de ce premier texte traduit « mécaniquement » en suivant simplement les instructions de Monsieur Pucci ! 
(...) il ne devrait pas être impossible de reconstituer le vocabulaire mobile français-italien ainsi que les correcteurs syntaxique et morphologique pour cette paire linguistique. 
Il se pourrait d’ailleurs que l’Université de Salerne soit intéressée pour approfondir les termes d’une collaboration. Si c’est le cas, je ne manquerai pas de leur proposer cette première expérimentation (certains des ouvrages de M. Pucci se trouvant déjà à la bibliothèque provinciale de Salerne) : parvenir à reconstituer 87 ans après - en respectant scrupuleusement les indications de son concepteur - le premier texte traduit « mécaniquement », puis le comparer à la version rapportée ici, publiée dès 1931 ; obtenir une correspondance de 100 % entre les deux textes serait la preuve définitive, un témoignage éclatant et irréfutable de la clairvoyance unique, voire du génie de M. Federico Pucci !
Certes, d'aucuns pourraient m'objecter que M. Pucci aurait très bien pu traduire lui-même cet extrait sans utiliser sa méthode... Or après plus d'un an et demi que j'étudie de très près l'incroyable histoire de Federico Pucci, je suis intimement convaincu qu'il était trop sérieux et intellectuellement trop honnête pour se livrer à ce genre de supercherie.

En grand linguiste qu'il était, jamais il ne se serait exprimé de la sorte, et s'il est aisé de comprendre que c'est lui qui introduit le nom de Zadig à la place du pronom "il" dans la phrase « Qu’avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? » (justement là où Google commet un formidable contresens en traduisant « Que dites-vous »...), passons-lui cette coquetterie sans pour autant remettre en question la qualité de sa méthode et la formidable antériorité de sa vision...

Donc si quelques esprits chagrins persistent à penser que tout ceci n'est qu'une fake news, ce qui serait bien dans l'air du temps, je crois que la meilleure réponse à leur donner serait d'expérimenter ma proposition : en respectant scrupuleusement les indications de son concepteur, reconstituer ce passage pour comparer cette reconstitution et la traduction "mécanique" produite par M. Pucci il y a 87 ans.

Le taux de correspondance entre les deux textes serait la preuve définitive et irréfutable, en positif ou en négatif, du fait que M. Pucci est résolument le précurseur, trop longtemps ignoré, de la traduction automatique telle que nous la connaissons aujourd'hui...

Ad maiora semper !