dimanche 13 octobre 2019

Le décès de Brahim Bouarram

Il y a trois jours, je n'avais encore jamais entendu parler de Brahim Bouarram. Cela pourra sembler bizarre à des français qui vivent en France, mais cette affaire remonte au 1er mai 1995, et à cette date je vivais déjà en Italie depuis 13 ans.

Or je peux vous assurer que le début des années 90 a été extrêmement mouvementé en Italie, et, par ailleurs, à cette époque Internet n'en était qu'à ses premiers balbutiements, raisons pour lesquelles je n'étais pas vraiment au courant de ce qui se passait en France.

Mon attention était surtout accaparée par le tournant dramatique du début de la décennie 90 en Italie, avec les attentats mafieux à répétition, les assassinats politiques et l'arrivée de Berlusconi au pouvoir. Une période que je connais plus ou moins sous toutes ses coutures.

Du reste, c'est aussi le motif pour lequel j'ai acheté dès sa parution le livre de Fabrizio Gatti, intitulé "Educazione americana", parce qu'il promettait des révélations sur l'implication d'une équipe clandestine de la CIA opérant alors en Italie (et en Europe...) et sur la manière dont elle avait influencé des événements dont nous subissons aujourd'hui encore les conséquences.

D'où ma surprise en lisant le prologue, qui commence ainsi (je traduis) :
Brahim agite ses bras dans l'air comme des ailes. Il ne comprend pas ce qui s'est passé. La peur lui a coupé le souffle. Ses pieds recherchent un appui. Ses mains quelque chose à quoi s'accrocher. (...)
Brahim Bouarram a vingt-neuf ans. Il est né au Maroc. Deux enfants l'attendent à la maison. Or le fleuve emporte leur père au loin. Les eaux troubles comme les nues d'un orage l'ont pris en charge et, déjà, séparent sa vie de son corps...
Une chose totalement inattendue pour moi. J'avais déjà lu le prière d'insérer sans trop comprendre de qui et de quoi il s'agissait : « À Paris, ils jettent dans la Seine un jeune passant, Brahim Bouarram. »

"Ils", ce sont les agents clandestins de la CIA. En proie à la surprise la plus totale, je publie mon premier tweet :


En fait, la seule erreur de ce tweet, c'est d'avoir utilisé le verbe "orchestrer". Mais je n'avais pas encore lu les détails, et si je l'ai utilisé, c'est juste à cause de la phrase du prière d'insérer : « À Paris, ils jettent dans la Seine un jeune passant, Brahim Bouarram. »

Je dois placer ici un préambule, relatif à ma précision : « ...écrit selon la même technique que "Dernière sommation" de @davduf », à savoir qu'il se base sur des faits véridiques. J'avais été frappé par les explications de David Dufresnes sur les raisons de son choix du "roman", qui lui a offert une certaine distance pour avoir une plus grande liberté de ton et d'écriture, pour utiliser les ressorts de la fiction afin d'expliquer ce qui s'est réellement passé.


* * *

De longue date Fabrizio Gatti est un journaliste d'investigation très connu en Italie, réputé pour son sérieux et pour la rigueur de ses enquêtes. Il a déjà publié deux livres en France, en 2008 Bilal sur la route des clandestins, ouvrage pour lequel il s'est infiltré plusieurs mois pour suivre les routes de l'immigration du continent africain vers l'Europe, et en 2014 Les routes de la mafia.

Dans le cas de Fabrizio Gatti, qui qualifie aussi son livre de "roman", celui-ci explique comment il a été contacté par sa "source" et quelle fut la genèse de son livre. Qui ne se base pas sur des faits connus mais sur un récit de "Simone Pace", un nom d'emprunt que je nommerai dès à présent Monsieur X pour les besoins de mon raisonnement. Un témoignage per relationem, donc, comme on dit en italien.

Par conséquent, la difficulté pour le journaliste tient à établir la fiabilité de Monsieur X et de sa parole, puisque rien de ce qu'il dit ne peut être documenté. Lorsque Fabrizio Gatti lui demande : « Est-ce que vous fournirez des preuves de ce que vous racontez ? », sa réponse est la suivante :
« Les preuves, c'est quelque chose que vous fabriquez. Les faits réels n'ont pas besoin de preuves. Je vous dirai juste la vérité. Dans toutes les opérations où les États-Unis sont impliqués, la CIA fait en sorte de ne laisser aucune preuve derrière elle. Et lorsqu'il y en a, elles sont éliminées. »
Je n'ai pas encore terminé le livre, j'en suis à la page 172 (sur 295), qui correspond à la fin du deuxième chapitre consacré à la mort de Brahim. Ce qui frappe dans toutes les pages précédentes, hors le cas de Brahim, c'est la précision des noms, des dates, des lieux... et la conclusion de tous les recoupements effectués par Fabrizio Gatti afin de vérifier l'exactitude des déclarations de Monsieur X : tout correspond !

Donc pourquoi douter de son témoignage sur les événements qui conduisent l'un des deux agents américains à pousser à l'eau Brahim Bouarram ? Mais laissez-moi vous résumer :
Il s'agit d'une opération orchestrée par la CIA sous contrôle des services secrets français qui avait comme cible Ali Belkacem afin de le retourner. Monsieur X était l'interlocuteur désigné pour convaincre Belkacem, y compris en l'achetant avec beaucoup d'argent. L'équipe américaine était composée de Monsieur X et de deux opérationnels, qu'il nomme Daniel et Adam, des ex-marines devant servir d'ange gardien au premier. Quant à l'équipe française, elle comprend un certain Monsieur Philippe, officier des services secrets responsable de la mission, Latifa et son père, Omar, un policier qui collabore depuis longtemps avec M. Philippe, ayant fait l'école de police ensemble. Ils hébergent l'équipe de la CIA à Bobigny.

Le lendemain Ali Belkacem se trouve en compagnie de Boualem Bensaïd, mais les consignes sont de ne contacter Belkacem que lorsqu'il sera seul. Monsieur X est surpris de constater qu'ils se trouvent en plein milieu d'une manifestation du FN, ce dont M. Philippe ne les a pas prévenus. Adam, Daniel et Latifa assis à une table, surveillent Belkacem et Bensaïd à la terrasse du café Voltaire, avant de les perdre ensuite dans la cohue, et de voir Belkacem prendre seul le pont du Carrousel. C'est là où le destin de Brahim Bouarram va basculer.

Une altercation aurait eu lieu entre Daniel, Adam et Brahim Bouarram, parce que ce dernier gênait leur passage. À un certain moment Brahim aurait donné un coup de pied dans le tibia à Daniel et se serait enfui. L'américain, fou de rage, l'aurait rattrapé et poussé à l'eau. Fin de l'histoire.
Vu sous cet angle, la première conclusion évidente est que jamais la mort de Brahim Bouarram au Pont du Carrousel ne fut voulue. Je crois même que dans l'esprit de Daniel, l'auteur du geste fatal, pas une seule seconde il n'a dû imaginer que sa "victime" ne savait pas nager. Brahim serait donc un "dommage collatéral", qui s'est juste trouvé au mauvais moment au mauvais endroit.

Ils découvriront ensuite les conséquences de leur acte lors d'un briefing dans l'appartement de Bobigny. M. Philippe reçoit un appel téléphonique l'avertissant que la police est au pont du Carrousel, qu'un jeune homme a été jeté à l'eau et que les témoins parlent de trois hommes aux crânes rasés vêtus de noir. M. Philippe annule immédiatement l'opération, en demandant à Latifa d'accompagner Monsieur X à la gare et aux deux américains de rentrer dare-dare dans leur pays, au cas où il y aurait eu des caméras ou quelqu'un aurait vu leur visage de près.

Au terme de son récit, Fabrizio Gatti demande à Monsieur X s'il ne s'est jamais préoccupé de savoir quelle fut la suite du décès de Brahim Bouarram. Réponse : "Non, j'étais juste un témoin."

Un témoin qui a décidé de ne pas témoigner, rétorque Gatti.

Réplique irritée de Monsieur X :
- « L’opération était coordonnée par un officier français. Monsieur Philippe était le plus élevé en grade. Nous nous trouvions en France, et c'était à lui de rendre son rapport aux autorités judiciaires.
- Mais un innocent a été tué.
- Je ne peux pas exclure que M. Philippe ait fait son devoir.
- Vous vous êtes revus ?
- Non, jamais.
- Et comment aurait-il son devoir ?
- Je l'ignore. Je ne pouvais pas poser de questions... »
Fabrizio Gatti lui montre alors une copie de trois coupures de journal, dont un article de Libération daté du 2 mai 1995. Extrait :
À midi tapante, sur le pont du Carrousel, trois hommes au crâne rasé se détachent de la masse des militants d'extrême droite et descendent rapidement vers les quais.
Il l'informe ensuite de la condamnation de Mickaël Fréminet, en obtenant juste une réaction sibylline :
« Un pauvre type. Je ne vois pas d'autre explication. Mais je ne critique pas pour autant la police judiciaire ou la magistrature. Tout début d'enquête est le moment le plus délicat. Une déclaration ou une information trompeuse peut porter l'enquête criminelle et le procès qui s'ensuit dans une direction ou dans l'autre. "Libération" avait toutefois la bonne info : trois hommes aux crânes rasés. »
M. Philippe a-t-il fait son devoir ? J'imagine que l'occasion était trop belle de faire porter le chapeau au FN ! Comme on dit en italien, oltre al danno, la beffa : non seulement Brahim Bouarram est mort pour rien, mais en plus, on s'est servi de son cadavre pour accuser des innocents (bien qu'il me soit très difficile d'associer les mots FN et innocents)... Je comprends toutefois pourquoi à l'époque Jean-Marie Le Pen dénonça une manipulation des médias et une provocation à l'égard de son parti !

* * *

Pour conclure, l'opération Ali Belkacem fut un échec total, puisque lui et Boualem Bensaïd seront impliqués dans les attentats parisiens moins de trois mois plus tard. Comme l'observe Monsieur X : « ...aujourd'hui encore, les français en paient les conséquences. Depuis lors, les terroristes n'ont plus cessé d'attaquer la France. »

Il oublie juste d'ajouter qu'un innocent est mort, un autre a été emprisonné pour un acte qu'il n'a pas commis, et leurs familles respectives ont été détruites par la douleur et l'incompréhension...

Ces nouveaux éléments seront-ils suffisants pour reprendre une enquête ayant probablement laissé derrière elle de nombreuses zones d'ombre ? L'avenir nous le dira...

Grazie a Fabrizio Gatti per il suo lavoro coscienzioso!

lundi 29 avril 2019

I due primi testi tradotti "meccanicamente" al mondo

En français:
La toute première "traduction automatique" produite au monde (1931)
La première "traduction automatique" produite au monde (1931)

In English:
2019: Ninetieth anniversary of Federico Pucci 's machine translation concept

Altri post in italiano su Federico Pucci:
2019: 90° anniversario del concetto di traduzione automatica secondo Federico Pucci (15/09/2018)
Federico Pucci : Pioniere dimenticato della traduzione automatica (18/05/2018)
Il traduttore [elettro]-meccanico secondo Federico Pucci (17/06/2017)
Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica (13/03/2017)

* * *

Quando ho pubblicato lo scoop su Federico Pucci e il suo "traduttore dinamo-meccanico", nel marzo del 2017, ignoravo tutto di lui e di quello che avrei scoperto nei due anni successivi...

Soprattutto, ero ossessionato dall'idea di trovare un giorno la "macchina da tradurre" alla quale Federico Pucci aveva dedicato tutta la sua vita, prima di dover arrendermi all'evidenza che, per tanti motivi, non era mai riuscito a fabbricarla.

Talmente ossessionato che mi era sfuggita una cosa forse ancora più importante della macchina stessa: e cioè che nel suo libro intitolato Il traduttore meccanico, pubblicato a Salerno nel 1931 (Anno IX dell'era fascista!), verosimilmente il primo libro mai pubblicato al mondo su un dispositivo di "traduzione meccanica", sottotitolato "Il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua: Parte I.":


Pucci vi aveva consegnato nero su bianco i due primi esempi di testi tradotti "meccanicamente" (il termine di "traduzione automatica" non era ancora stato coniato) secondo il suo METODO: 1) un brano di Dante tradotto dall'italiano al francese, e 2) un brano di Voltaire tradotto dal francese all'italiano!

Ebbene, anche se pubblicò il suo metodo nel 1931, lo aveva presentato in pubblico per la prima volta nel 1929, all'età di 33 anni. Ed è evidente che ci lavorava già da anni, visto il livello di maturazione della sua idea. Finora non mi sono soffermato abbastanza su queste testimonianze, uniche al mondo, del percorso seguito da Federico Pucci.

Possiamo quindi collocare la genesi del metodo di Pucci quando questi aveva almeno trent'anni, o magari anche meno visto che pubblicò il suo primo libro, intitolato "Manuale di letteratura inglese (Parte 1: I principali scrittori)" nel 1923, all'età di 27 anni!

Ed essendo il Pucci un poliglotta autodidatta eccezionale, che conosceva una trentina di lingue (così come risulta da documentazione della questura di Salerno e dai documenti della censura di Guerra presso l'archivio di Stato di Roma), è ovvio che avrà pensato a lungo al suo METODO di traduzione meccanica, ben prima di spiegarlo dettagliatamente nel suo libro, che fu chiaramente il punto d'approdo di un suo percorso, probabilmente cominciato verso il 1925.

Poi la macchina avrebbe dovuto essere la "traduzione meccanica" del metodo...

Un metodo di cui Pucci stesso ci dice:
«Il primo obbiettivo che mi propongo di raggiungere è quello di permettere a due europei, di diversa nazionalità, di corrispondersi per iscritto, senza che nessuno dei due abbia mai studiato la lingua dell'altro, col solo aiuto del vocabolario, e senza aver fatto alcuno studio speciale, mediante un sistema di chiavi che dovrebbe avere la proprietà di mettere chiunque conosca la grammatica della sola sua lingua, nelle stesse condizioni in cui si trova chi conosce la grammatica di tutte le lingue europee, e cercare possibilmente di estendere il sistema alle principali lingue extra-europee.»
Ed ancora:
«Per poter conseguire risultati pratici, occorre anche che il sistema stesso, o almeno la base del medesimo, oltre ad adempiere la funzione citata, sia così semplice da poter essere appreso con una o due letture da chiunque abbia una cultura elementare, così preciso da impedire gli errori, in cui si potrebbe incorrere per le numerose differenze intercedenti fra le lingue parlate in Europa, così breve da permettere a chi volesse iniziare una corrispondenza con·uno straniero, di fargli tenere in una busta comune, oltre a quanto vuole comunicargli, il sistema di chiavi con la spiegazione delle medesime e con la istruzione circa il loro uso, date nella lingua di chi riceve la lettera, in modo che questi possa, dopo pochi minuti, cominciare a tradurre lo scritto inviatogli ed essere in condizioni di applicare immediatamente il sistema di chiavi nella risposta.»
Quindi:
«Passando dalla teoria alla pratica e dalla sintesi all'analisi presento il prospetto delle chiavi fondamentali, valevoli per le lingue romanze. Vedremo in seguito che, con qualche piccola aggiunta servono pure per le lingue germaniche e per le slave.»
Ma qual è il significato di queste chiavi fondamentali? E qual è il ragionamento che Federico Pucci ha seguito per arrivare a questo risultato?

Certamente, ho già sottolineato l'originalità del suo approccio e della sua visione, radicalmente diversa rispetto a qualunque altro studio conosciuto in materia, fino a quel momento ed anche in seguito. Si potrebbe definire una visione "utopistica" poichè Pucci aveva in mente, fin dal 1929, una macchina semplice ("Tempo necessario per imparare a tradurre : un minuto"), pratica, poco ingombrante ed "abbordabile": nel 1950 il libro era venduto, da solo, per 150 lire (circa € 2,70 di oggi) ed egli aveva in mente di vendere il libro assieme alla macchina al prezzo di 600 lire (circa € 10,70). Quindi avrebbe dovuto essere una macchina portatile ed economica (450 lire, o poco più di 8 euro di oggi), ed anche se solo immaginata, anticipava la realtà attuale di quasi un secolo.

La prima chiave per comprendere il percorso intellettuale di Pucci sta in alcune idee semplici, che anticipano altri due concetti ampiamente riconosciuti oggi: 1) quello della semplificazione della lingua, e 2) quello del "good enough" nella traduzione.

L'idea principale su cui si fonda il suo metodo è la seguente:
  • innanzitutto, frazionare il discorso in unità minime di senso compiuto, i "monemi",
  • in secondo luogo usare ideogrammi comuni alle lingue per trasferire questa semplificazione frazionata nell'altra lingua,
  • ed infine, il destinatario ricolloca le parole (generate dalla macchina), nell'ordine che si conviene alla lingua "obiettivo", di cui il ricevente è madrelingua.
Si tratta di un metodo al tempo stesso logico e pratico, che si serve di questi ideogrammi (fondamentali e derivati), inventati da Federico Pucci fin dalla fine degli anni 20 per i suoi studi ed il cui unico scopo era mettere in grado le persone (anche di cultura limitata) di trovare, con facilità e nella propria lingua, l'equivalente di parole straniere di cui non conoscevano il significato, lasciandoci una testimonianza eccezionale con le sue tabelle!

Lascio la parola a Federico Pucci:



Tabelle seguite dalle "Norme per l'applicazione pratica delle tabelle":



Pucci passa poi all'applicazione concreta delle sue stesse norme al brano di Dante (p. 27):


usando lui stesso, probabilmente per la prima volta al mondo, l'idea di ricavare la "traduzione automaticamente"!


Ecco la trascrizione del brano di Dante, tratto dalla Vita Nuova:
Ai miei occhi apparve la gloriosa donna della mia mente, la quale fu da molti chiamata Beatrice. Io la vidi quasi dalla fine del mio anno nono. Apparve vestita di nobilissimo colore, cinta ed ornata alla guisa che alla sua giovanissima età si convenia. In quel punto dico veramente che lo spirito della vita cominciò a tremar sì fortemente che apparia nei menomi polsi orribilmente. E vedeala di sì nobili e laudabili portamenti, che si potea dire quella parola del poeta Omero: Ella non parea figliuola d'uomo mortale, ma di Dio.

Poi che furono passati tanti dì, nell'ultimo di questi, avvenne che questa mirabile donna apparve a me vestita di colore bianchissimo, in mezzo di due gentili donne, le quali erano di piu lunga età; e, passando per una via, volse gli occhi verso me e mi salutò molto virtuosamente, tanto che mi parve allora vedere tutti i termini della beatitudine.
Per prima cosa, anche volendo tradurre questo testo nel francese di oggi, non è per niente facile. Quindi vi lascio immaginare la difficoltà di tradurlo "automaticamente" novant'anni fa...



Pucci ci spiega poi come un locutore che non conosce altra lingua che la propria (secondo il titolo stesso del suo metodo), riesca in modo semplice a fare le giuste scelte (cfr. le note da [1] a [5]):


Quindi applicando le sue norme a tutto il brano:


Pucci ne ricava automaticamente la traduzione seguente dall'italiano al francese:



Trascrizione per chiarezza:
À mes yeux apparut la glorieuse femme de ma pensée, laquelle était par bien des personnes appelée Béatrice. Je la vis depuis la fin de mon année neuvième. Elle apparut habillée d'une très noble couleur, ceinte et·ornée comme il se convenait à son très jeune âge. À ce point je dis vraiment que l'esprit de la vie commença à trembler si fortement qu'il apparaissait dans les très petits pouls horriblement. Et je la voyais de si nobles et louables contenances qu'on pouvait dire cette parole du poète Homère : elle ne semblait pas fille d'un homme mortel, mais de Dieu.

Après que tant de jours furent passés, dans le dernier de ceux-ci, il arriva, que cette femme admirable apparut à moi, habillée d'une couleur très blanche au milieu de deux femmes de condition, qui étaient d'un plus long âge ; en passant elle tourna les yeux vers moi et me salua très vertueusement de sorte que il me parut alors de voir tous les limites de la béatitude.
Pucci conclude:
Questa traduzione è abbastanza corretta, è ad ogni modo tale che anche coloro che nelle pubbliche scuole sono nel francese al quarto o quinto anno di studio, la farebbero certamente peggiore, non parliamo poi di coloro che dopo di aver studiato la lingua francese a scuola, ne hanno abbandonato lo studio, sia pure da qualche anno. Ad ogni modo non si tratta di avere una traduzione perfetta, si tratta unicamente di comprendere, e non v'è dubbio alcuno che esista anche un sol francese che non riesca a comprendere il brano esposto. Unica difficoltà sarebbe quella di dover, secondo alcuni, perdere la testa, a sfogliare continuamente il vocabolario, le chiavi fondamentali, le derivate e le pagine dei concetti differenziali. Se il pubblico mi onorerà ancora della sua benevola attenzione, si convincerà invece che la versione avrà luogo molto più rapidamente e molto più agevolmente di quanto si può credere a prima vista...

Poi passa al brano dal francese all'italiano, tratto da Zadig (Voltaire), sempre seguendo il suo metodo.



È intitolato "Le nez d'un mari":
Un jour Azora revint d'une promenade, tout en colère, et faisant de grandes exclamations. Qu'avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? Qui peut vous mettre ainsi hors de vous-même ? Hélas ! dit-elle, vous seriez indigné comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrue, qui vient d'élever depuis deux jours un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux dans sa douleur de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. …Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve, que ce faste de vertus ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence et s'assura autant qu'il le put de sa fidélité par des présents considérables. 
Pucci precisa:
L'italiano·che non conosce il francese non riesce a comprendere che qualche parola isolata, ma il senso gli è del tutto incomprensibile. Né può compreder nulla utilizzando il vocabolario, perchè comincia a trovare parole come: faisant, peut, seriez ecc. che il vocabolario non riporta. Vediamo che cosa succede scrivendo il brano citato col metodo esposto.

Della qualità di questo risultato, "che otterebbe meccanicamente un italiano che non abbia studiato il francese, mediante il sistema di chiavi esposto", Pucci dice che è paragonabile alla versione letterale che otterebbe uno studente francese (non molto bravo) che dovrebbe tradurre in italiano il brano citato:
Il naso di un marito
Un giorno Azora ritornò da una passeggiata tutta in collera, e facendo di grandi esclamazioni. Che avete voi, le (gli) disse Zadig, mia cara sposa? Chi può voi mettere così fuori di voi stessa? Ahimè! disse ella, voi sareste indignata come me, se voi avevate visto lo spettacolo di cui io vengo da essere testimone. Io ho stato consolare la giovane vedova Cosrue, che viene da elevare da due giorni una tomba a suo giovane sposo presso il ruscello che costeggia questa prateria. Ella ha promesso agli dei in suo dolore di dimorare (restare) presso quella tomba, finché l'acqua di quel ruscello scorrerebbe presso.
Eli aveva un amico, chiamato Cador, che era uno di quelle giovani genti a chi sua moglie trovava più di probità e di merito che agli altri, egli lo mise in sua confidenza e si assicurò, tanto che egli lo poteva, di sua fedeltà con un dono considerevole.
Però, per una traduzione che avrebbe dovuto generare un sistema meccanico concepito nel 1929, è assolutamente notevole! A titolo di confronto, ecco la traduzione automatica neuronale di Google, 90 anni dopo...


Sempre a titolo di confronto, ecco la traduzione automatica di Microsoft, decisamente superata da Pucci in termini di qualità...


Per chi è interessato, ho analizzato segmento dopo segmento questa traduzione in questo PDF (in francese), intitolato Traduction mécanique d'un extrait de Zadig par Federico Pucci (1931), giungendo alla seguente conclusione:
Nell'attesa che un'università o un ente autorevole nel campo della traduzione automatica, realizzi finalmente l'importanza di Federico Pucci nella storia della T.A. e decida di intraprendere la costruzione di un prototipo operativo delle diverse tipologie delle sue "macchine per tradurre", una prima tappa, realizzabile fin da subito e senza alcun investimento impegnativo, potrebbe consistere nella ricostruzione di questi che sono i primi due testi tradotti "meccanicamente" , seguendo semplicemente le istruzioni fornite da Pucci stesso! 
Così nacque, novant'anni fa, la traduzione automatica: dalla lungimiranza unica e dal genio di Federico Pucci!