Pages

lundi 10 décembre 2012

Berlusconi V, le retour !

Ce qu'il y a de bien avec Berlusconi, c'est qu'au moins on est sûr de pas se tromper dans les prévisions !
  1. Le jour-même de la création en grandes pompes du dernier parti de Berlusconi, j'annonçais sur mon blog italien l'avortement d'un parti mort-né.
  2. Le jour-même de la démission forcée de Berlusconi, qui s'est enfui comme un voleur il y a un an, je prévenais sur ce blog
Et ils ont raison de s'inquiéter, l'Europe et les grands de ce monde, car la partie n'est pas encore jouée ! Ce n'est pas le genre de personnage à tomber sans réagir, et surtout à tomber tout seul. Car s'il peut entraîner le pays dans sa chute, il le fera volontiers, sans remords ni scrupules et sans l'ombre d'une hésitation. D'autant plus qu'il est aux abois à présent, lui aussi sait qu'il est au bord du gouffre, et par conséquent prêt à faire n'importe quoi dans l'espoir indécent de sauver ce qui peut encore l'être... 
Donc si l'Italie veut regagner sa crédibilité irrémédiablement compromise, et moins encore au plan international qu'en tant que nation, elle a une voie toute tracée : mettre enfin Berlusconi hors d'état de nuire en le frappant d'ostracisme pour l'empêcher de décider quoi que ce soit à quelque niveau que ce soit ! Seules les oubliettes conviennent à un tel énergumène.
D'ailleurs j'avais anticipé depuis longtemps les dangers d'une Italie berlusconienne pour l'Europe, et entendre aujourd'hui (comme hier) que Berlusconi et l'instabilité chronique dont il est porteur menacent autant l'Italie que la construction européenne (c'est M. Schultz, actuel président du parlement européen, qui le dit) ne fait que confirmer la clairvoyance de mon analyse.

Et pendant ces derniers mois de répit, chaque fois qu'un ami français me disait : « Alors, t'es tranquille maintenant, il est bien fini le Berlu », je répondais par une mise en garde : « Ne surtout pas croire cela, parce que dans les coulisses, c'est toujours lui qui tire les ficelles... », et ce pour différentes raisons.

Car même lorsqu'il remporta d'un souffle le vote de confiance (après avoir corrompu je sais plus combien de parlementaires...) du 14 octobre 2011, dans un billet intitulé « Et maintenant, que fera Berlusconi ? », je me lançais « dans un petit exercice de prospective, en essayant de dessiner le tableau de ce qui pourrait se passer dans les semaines et les mois à venir » :
Pour conclure en résumant, voici le programme que planifie probablement Berlusconi dans les mois à venir :

  1. d'abord se blinder au niveau judiciaire en faisant passer en force des lois en sa faveur et pour censurer les voix dissidentes, et
  2. une fois tranquille de ce côté, lancer sa campagne politique destinée à retourner l'opinion publique, une fois de plus, en vue des élections au printemps prochain.
Sauf imprévus d'ici là, et notamment un sursaut de dignité soit des forces qui ne sont pas encore totalement corrompues, soit d'une opinion publique réveillée, soit des deux...

Revivre le cauchemar de 1994 en 2012 serait fatal pour l'Italie, et pour l'Europe, qu'on se le dise !
Je me suis juste trompé d'un an pour n'avoir pas prévu la parenthèse Monti, mais sur le fond de l'analyse ça ne change rien. Au contraire, c'est même pire maintenant, car désormais il est fin prêt à jouer ses dernières cartes en entraînant le pays dans sa chute sans remords ni scrupules, et sans l'ombre d'une hésitation...

* * *

Ne vous y trompez pas, Berlusconi sait pertinemment que cette fois il n'a aucune chance d'être élu prochain chef du gouvernement italien, et d'ailleurs il s'en fout complètement, ce qui l'intéresse c'est de réussir à nommer le plus possible de ses complices au parlement, notamment au sénat, et être ainsi en position de force pour que tout passe par lui : car sans lui, pas de majorité possible, et donc il pourra faire chanter les gouvernants élus en marchandant au cas par cas ses votes contre ce qui l'intéresse vraiment : sa "justice" et ses affaires.

Sa "justice"

Berlusconi traîne tant de casseroles au cul qu'il est le premier à savoir que tôt ou tard, il finira par être condamné. Jusqu'à présent il a toujours réussi à s'en sortir en pliant le pays à ses intérêts, mais l'Histoire enseigne que même les peuples plus soumis finissent un jour par se réveiller, voire se rebeller...

En attendant sa décision de faire chuter le gouvernement Monti a des retombées immédiates fortement positives - pour lui, ça va sans dire.

À commencer par la mise au placard d'une loi anti-corruption tellement permissive que même un délinquant comme Dell'Utri aurait quand même pu continuer d'être sénateur, mais en vertu de laquelle Berlusconi risquait toutefois de ne plus pouvoir occuper de fonctions "publiques" en cas de condamnation, ce qui serait désastreux pour lui car il perdrait ainsi toutes les immunités dont il jouit encore.

Deuxièmement la campagne électorale des prochaines semaines lui permettra d'invoquer à chaque fois des "empêchements légitimes" (en vertu d'une loi de plus qu'il s'est fait voter) pour ne pas se présenter aux audiences des procès actuellement pendants - celui du Bunga-Bunga et un second où il est question d'écoutes téléphoniques, autre cheval de bataille de sa croisade contre les juges "communistes"... -, en lui permettant ainsi de les retarder sine die, chaque audience qu'il saute étant toujours ça de gagné, en vue de nouvelles prescriptions à l'horizon !

Troisièmement, la mise aux enchères des fréquences télé n'aura pas lieu, ce qui fera probablement perdre un petit milliard d'euros à l'état italien d'une part, et faire faire des économies à Mediaset de l'autre...

Sans compter l'ouverture possible d'une procédure d'infraction contre l'Italie par la Commission européenne, pour n'avoir jamais été capable de libéraliser le secteur télévisé ! En outre, comme l'indique l'actuel ministre du développement économique, une partie des actuelles fréquences TV deviendront des fréquences télécom dès 2015-2016, et la libération de ces fréquences serait un autre atout considérable pour les caisses de l'état.

Donc comme toujours, les décisions de Berlusconi pénalisent fortement le pays, et, de façon inversement proportionnelle, favorisent tout aussi fortement ses intérêts.

Ses affaires

Je pense avoir été l'un des seuls à (ou pour le moins à tenter d') expliquer en quoi la réussite des affaires de Berlusconi est étroitement liée à sa capacité d'influencer les décisions législatives, notamment dans deux billets publiés sur l'Observatoire des médias, dès novembre 2010 et 2011 :


Mais il faudrait aussi mentionner les "liens directs" entre Berlusconi et Vladimir Poutine sur le gaz russe, ce qui alarme les américains depuis un certain temps déjà, autre affaire dont une journaliste italienne de choc, Milena Gabanelli, s'occupera dimanche prochain, émission que je ne manquerai pas de suivre.

* * *

Voilà, je termine ici pour l'instant, il y aurait certainement beaucoup d'autres choses à dire, mais je pense vous avoir fourni assez d'indices pour mieux comprendre quels sont les enjeux qui motivent vraiment Berlusconi, au-delà de ses discours officiels démagogiques et populistes, que les médias toutes tendances confondues se feront un plaisir de relayer.

Toutefois, si vous souhaitez approfondir la situation italienne sans vous contenter des superficialités mainstream, Adscriptor essaiera de reprendre la plume tant que Berlusconi continuera de représenter un danger pour la démocratie. Il joue son va-tout dans les semaines qui viennent, que ça passe ou ça casse. Mais pour l'instant, il nous les casse bien !

Jean-Marie Le Ray



Aucun commentaire: