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vendredi 30 septembre 2016

Des événements qui déclenchent la collecte de données "privées" aux "moments de vie" des internautes...

Ou comment les milliers (de données) se transforment en millions (de moments de vie) et en milliards (de points de contact quotidiens)...

En mars 2008, dans un billet intitulé "Bloc contre bloc, l'internaute au centre...", je décrivais ainsi ces fameux « Data transmission events » :
... je ne parlerai que d'événements pour abréger, mais à chaque fois il faudra bien comprendre qu'il s'agit d'événements déclenchant la collecte de données "privées" sur les usages de l'internaute. Citons, à titre d'exemple, les données collectées :
  • lors des recherches de l'internaute ;
  • lors de ses achats ;
  • lorsqu'il clique sur une pub ;
  • lorsqu'il s'enregistre sur un service ;
  • grâce aux cookies, etc.
Tout cela permettant à qui les possède en bout de chaîne d'obtenir des informations précises sur nos habitudes, nos intérêts, et ainsi de suite. Le graal des publicitaires et des marketers de tout poil, en quelque sorte ! 
On pourra toujours s'interroger pour savoir si ces données sont collectées à notre insu ou non, bien que je me demande franchement quel internaute naviguant régulièrement sur Internet ne serait pas encore au courant !?
Quant au nombre de ces événements, obtenu en divisant les milliards d’événements de données collectées par les différents acteurs sur leurs sites propriétaires et sur les réseaux étendus de régie publicitaire par le total de leurs visiteurs uniques (mesures menées aux États-Unis en décembre 2007 sur le trafic imputable aux quinze plus gros acteurs américains de l'Internet, par le New York Times et comScore), il était déjà assez impressionnant pour l'époque :


  • sur un seul mois, Yahoo! engrangeait 2 520 données uniques par visiteur et se classait en tête loin devant ses concurrents ;
  • Google, qui venait juste d'intégrer Doubleclick, se classait en deuxième position avec 1645 données ;
  • suivaient ensuite Microsoft, Time Warner, AOL, Fox Interactive Media et MySpace (!).

* * *

Déjà, à l'époque, ces chiffres me semblaient faramineux ! Ils laissaient d'ailleurs entrevoir le profilage à venir :
Par conséquent dans cette logique, à terme plus ou moins rapproché, la prochaine étape consistera très probablement à s’éloigner de la catégorisation des annonces pour passer à leur individualisation. En bref :

fini les AdSenses ciblés, vive les AdSenses personnalisés !

Une (r)évolution qui me semble inéluctable, vu les ambitions affichées par Google : à partir du moment où la firme possède une énorme quantité d’informations sur vous et peut en extraire un profilage systématique et significatif, qu’est-ce qui l'empêchera de vous proposer des AdSenses en fonction de vos préférences ?

Concrètement, cela signifie que deux internautes faisant la même recherche sur le même Data Center de Google, à un instant donné, se verront proposer des AdSenses distincts dans les résultats, ciblés sur leurs centres d’intérêts, tous les produits et services destinés a priori à améliorer votre « expérience de navigation », dans le discours bien rodé de Google, servant naturellement à personnaliser les annonces à votre intention, évidemment différentes de celles du voisin.

Avec à plus ou moins long terme aussi, le danger que les résultats fournis deviennent de moins en moins neutres, objectifs, et de plus en plus orientés, pilotés, en fonction des intérêts des parties prenantes...
* * *

Or aujourd'hui, où en sommes-nous ? Et bien non seulement la prévision s'est avérée, mais la réalité va bien plus loin que le scénario imaginé il y a huit ans, avec le programmatique et les "moments de vie" !

Que Mindlytix, start-up française créée en mars 2015 par Luc Tran-Thang et Eric Janvier, spécialisée dans le ciblage en temps réel des utilisateurs pour le marketing et la publicité, décrit ainsi : un "moment de vie" est « une période de 5 à 10 minutes pendant laquelle l’état d’esprit d’un individu, c’est-à-dire ses priorités fonctionnelles et émotionnelles, reste inchangé ».

Une entreprise prometteuse qui vient de lever 1,25 million €. En clair, le programmatique devient le choix du bon message à la bonne personne au bon moment, et concrètement :
la plateforme MindLytix permet, en quelques millisecondes, d’extraire et d’analyser l’« état d’esprit » de chaque consommateur et de répertorier leurs « moments de vie » en adéquation avec les segments marketing des marques.
« Nous souhaitons maintenant que ce message lui parvienne au meilleur moment de sa journée ou de sa vie », explique Luc Tran-Thang, grâce à sa plateforme « qui analyse à la volée des milliards de points de contact quotidiens pour déterminer instantanément l’état d’esprit de chaque consommateur », en étudiant ce qui est commun et dominant durant les 5 à 10 dernières minutes passées sur le web pour donner une réponse sous forme de profil sémantique. « Nous identifions aujourd’hui 150 millions de moments de vie par heure en France » !

Une méthode de mesure qui fonctionne sur le principe des algorithmes de recommandation :
... si l’on regarde ce que les gens font, on a une information plus précise que si on leur demandait. Nous traitons les points de contact à partir des flux d’adexchanges et de DSP sur lesquels nous sommes intégrés. Nous construisons instantanément un profil sémantique du consommateur, qui est le moment de vie. Ce profil est mis en correspondance aux profils recherchés par les annonceurs : leurs segments marketings. L’achat de l’impression est ensuite effectué. Au lieu de segmenter par users, nous faisons une cartographie par moment basée sur le langage naturel, c’est-à-dire la sémantique. Nous analysons les moments sous trois angles : un angle fonctionnel, émotionnel et un angle de disponibilité mentale.
Quant à la privacy, contrairement à Google et consorts qui gardaient les données des mois, « elles ne sont pas conservées plus de 10 minutes » !


Les 10 minutes suffisantes pendant lesquelles l’état d’esprit d’un individu, c’est-à-dire ses priorités fonctionnelles et émotionnelles, reste inchangé, j'imagine !

On n'arrête pas le progrès...


1 commentaire:

Code de la route a dit…

Je ne connaissais pas cette société française mais il était sur que les adsenses allaient encore plus entrées dans nos vies privées et bien au delà de ce que vous pensiez déjà à l'époque.