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dimanche 22 janvier 2006

La connaissance inutile

Le titre de ce billet est emprunté à un essai homographe de Jean-François Revel, paru chez Grasset en 1988.

Je cite la quatrième de couverture pour cadrer mon propos :

« Nous vivons et allons vivre toujours plus dans l'ère de l'information, répète-t-on chaque jour. Il est vrai. Jamais autant d'hommes n'ont eu accès à une telle masse d'informations et, plus généralement, de connaissances. Jamais la communication n'a été aussi abondante, aussi rapide, aussi présente partout. Jamais donc, en théorie, les décideurs politiques, économique, sociaux, culturels n'ont travaillé dans de meilleures conditions, depuis les origines de l'humanité. Les opinions publiques disposent de tous les éléments nécessaires pour bien juger les dirigeants et pour s'orienter. Le monde devrait, par conséquent, ne s'être jamais mieux porté qu'aujourd'hui. Or chacun sait qu'à bien des égards il n'en est rien. Pourquoi ? »

- Oui, pourquoi ? !

La connaissance inutile
- Et pourquoi avoir pensé à ce livre quelque 18 ans après l'avoir lu ?

- Parce que j'ai entendu cette semaine, prononcée par Silvio Berlusconi, Président du Conseil des Ministres italien (sorte d'équivalent du Premier Ministre en France), la phrase suivante :

« Le Président du Conseil, par définition, ne peut pas mentir » !!!

Ça fait des jours que je mâche et remâche ces mots en moi, que je me demande quoi en faire ? Étant moi-même traducteur par métier et poète par passion, j'attache une importance viscérale au choix des mots, à leur poids, ou, pour mieux dire, en paraphrasant un fameux slogan, « au choix des mots, au poids du sens ».

Valery Larbaud me revient à l'esprit, dans Sous l'invocation de Saint-Jérôme, qui disait des traducteurs : (chacun de nous a) « près de soi, sur sa table ou son bureau, un jeu d'invisibles, d'intellectuelles balances aux plateaux d'argent, au fléau d'or, à l'arbre de platine, à l'aiguille de diamant, capables de marquer des écarts de fractions de milligrammes, capables de peser les impondérables » !

Donc, pour en revenir à mon sujet, j'ai repensé à l'ouvrage de Revel (ouvrage qui ne prend pas une ride...) parce que, dès l'instant où je l'ai lue, la phrase qui ouvre le livre s'est imprimée en moi de façon indélébile : « La première de toutes les forces qui mènent le monde est le mensonge. »

Oui, voilà l'association qu'ont suscitée en moi les mots de Berlusconi : « Le Président du Conseil, par définition, ne peut pas mentir » = « La première de toutes les forces qui mènent le monde est le mensonge. »

D'où l'inférence, évidente : « La première de toutes les forces qui mènent l'Italie est le mensonge. »

J'aurais beaucoup d'autres choses à dire sur ces mots, sur la démagogie populiste et sur l'irresponsabilité du « bon peuple », or je me limiterai à une citation de mon cru, inspirée d'une phrase dont j'ai oublié l'auteur, mais qui remonte à la Révolution, et plus exactement à la Terreur (si mes souvenirs sont bons, car je cite de mémoire) : « Quand un peuple peut être terrorisé, il l'est ! »

Qui nous donne, appliquée à la réalité d'aujourd'hui :

« Quand un peuple peut être mené en bateau, il l'est ! »





« ... la véritable autonomie que l’homme démocratique peut conquérir, c’est celle qui consiste à comprendre que c’est lui qui, grâce à la liberté et à l’exactitude de l’information, fait l’histoire. » JEAN-FRANÇOIS REVEL


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2 commentaires:

David Cohen a dit…

Les moments les plus intenses d'un peuple, d'une ville, d'une vie, ce sont les moments où ils marquent l'Histoire : révoltes, révolutions, manifestations, opposition, constructions.....
Ce sont parfois des moments tragiques, ce ne sont parfois que des carnavals (au sens propre).

Jean-Christophe a dit…

Merci de nous remettre en mémoire cet auteur…