Pages

mardi 13 février 2007

Transclusion: Fixing Electronic Literature = TransLiterature

Transclusion : Fixing Electronic Literature = TransLiterature

Titre un peu abscons en apparence, que je vais m'efforcer d'expliquer. Billet enfoui dans mes désirs depuis des mois, qui jaillit ENFIN à la faveur d'une lecture sur l'Agent rank (à quand le Safe rank...), un brevet présenté sur Search Engine Land et qui consisterait à classer les pages en fonction des sources d'informations qui y sont liées, notamment en les scorant d'après la signature numérique de leur(s) auteur(s) :
The present invention provides methods and apparatus, including computer program products, implementing techniques for searching and ranking linked information sources. The techniques include receiving multiple content items from a corpus of content items; receiving digital signatures each made by one of multiple agents, each digital signature associating one of the agents with one or more of the content items; and assigning a score to a first agent of the multiple agents, wherein the score is based upon the content items associated with the first agent by the digital signatures.
Or Bill Slawski conclut son exposé en mentionnant Ted Nelson, l'un des pionniers de l'hypertexte, et en nous renvoyant à une présentation faite par ce dernier dans les locaux de Google le 29 janvier dernier, intitulée Transclusion: Fixing Electronic Literature.


Nelson, 70 ans, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler à propos du palimptexte, définit ainsi la transclusion, selon Pierre de La Coste :
Nelson parle de "Transclusion" pour désigner en quelque sorte le lien hypertexte "parfait" : un fragment d’un texte inclus comme une citation dans un autre texte.
Enfin, last but not least, l’hypertexte ainsi conçu doit gérer les droits d’auteur. C’est-à-dire qu’un système "franc et honnête" calcule ce que doit payer le lecteur à chacun des auteurs des textes reliés entre eux par des liens hypertextes et qu’il visite successivement. Cette conception idéale de l’hypertexte, effectivement non retenue par les créateurs du web, pose quelques problèmes pratiques qui sont loin d’être résolus. Tout d’abord, il met en cause le code informatique tel qu’il existe, notamment dans le langage HTML, dont le tort, selon Ted Nelson est "d’encapsuler" le texte par des balises informatiques.
Concrètement, la transclusion est déjà possible sur Viabloga, et David Latapie propose de l'adapter à Wikipédia.

Quant à l'aspect "gestion des droits d'auteur", désigné par Nelson sous l'appellation de Transcopyright, vous pouvez avoir une idée de son fonctionnement ici (cliquer sur les liens pour mieux comprendre). Une notion qui n'a rien de simpliste, puisqu'elle a fait l'objet d'une conceptualisation poussée de la part de son auteur :


Mais la découverte que j'ai faite il y a quelques mois à propos de Nelson et qui m'a laissée sans voix est celle-ci : la vision qu'il a de son projet humaniste, A humanist Design, est regroupée sous le concept de Transliterature, marque déposée « non pas pour des raisons commerciales mais pour éviter des détournements sémantiques » ("Transliterature" is trademarked not for commercial purposes but to avoid semantic creep. Our trademarked terms may be used only for what exactly fits our specs-- with no additional features.).

Or savez-vous qui avait enregistré Transliterature.net dès novembre 1999 ? Moi !!! En même temps que traducteur.org/traduire.org, dictionnaires.net, etc. Je ne l'ai abandonné que deux ans plus tard (j'ai retrouvé la lettre de dédit que j'avais envoyée à Tiscali, elle date du 8 octobre 2001) !

Mais le plus bizarre, c'est que quelques mois avant d'enregistrer ce nom, j'avais réalisé un texte poétique uniquement à base de « transclusions », ou de « transquotations » si vous préférez, que m'avait inspiré une visite à la Villa de l'empereur Hadrien, à Tivoli (près de Rome), dont les mémoires sont parvenues jusqu'à nous...

Ce texte est un collage de fragments puisés çà et là, dont la beauté ou la force m'avait marqué. Je vous le livre tel quel :
HOSPITALIA

Un escalier qui ne conduit nulle part grimpe autour de la maison. Il n’y a, d’ailleurs, ni portes ni fenêtres. On voit sur le toit, on imagine plutôt, absorbé dans ses contemplations, un homme exilé en attente sur le seuil de l’oubli, éperdu « au bord de l’infini ». Un croissant de lune très fin incise le ciel, faucille d’or négligemment jetée dans le champ des galaxies, lorsqu’une étoile filante raie le diamant noir de la nuit. « Rien n’approche du bruit qui accompagne l’éclosion de certaines œuvres trop brillantes si ce n’est l’intensité du magnifique silence qui suit », pense-t-il. « Vite, fais un vœu ! » …

Voilà, aussitôt dit aussitôt fait. En secret. Cet homme c’est moi, bien sûr : assumer l’écart, et constituer l’exil comme lieu d’observation, centre d’expérimentation, point de perspective. Une terrible envie de le dire à tout le monde me saisit. Mais le dire comment ? Le crier sur le toit ? Ce serait le comble ! Chose singulière, il va me falloir inventer une langue inédite dont je ne connais pour l’instant que les deux premiers vocables : Utopie et Réalité. Couple antinomique s’il en est, encore à marier, mais comment ?

Rien de plus simple, il suffit de RÉALISER L’UTOPIE !!! C’est bien un vœu de poète ça, un rêve de poète même. Le poète est un doux rêveur, c’est connu. Pourtant, campé sur son toit, tantôt debout, comme le voyageur nocturne dont on n’aperçoit plus que le profil perdu dans la sombre embrasure d’une gare, tantôt assis, tel l’apatride sur son rocher faisant face à l’océan, toujours penseur, le poète est dans une position difficile et souvent périlleuse, à l’intersection de deux plans au tranchant cruellement acéré (la ligne de faîte), celui du rêve et celui de la réalité.

Funambule à la recherche d’un point de fuite jamais atteint, il déambule d’une marche incertaine et précaire sur le vide, aspiré par en haut, attiré par en bas, en revenant toujours au même endroit et en tournant en rond, — comme le fait d’ailleurs de son côté la terre sur laquelle sans fin nous cheminons, cette roue giratoire qui continuerait à tourner jusqu’à l’éternité sans l’usure progressive et irrémédiable de l’axe — en cherchant à remplir de son esprit et de sa sensibilité l’abîme vertigineux de la distance, à réinventer ce réel dont la poésie nous rapproche, de lueur en lueur, à croire que nous allons enfin le saisir, que son secret est sur le point de se révéler à nous dans les mots du poème, qu’il n’est plus qu’un pas, un seul pas à franchir et nous allons savoir, notre attente enfin va être comblée. Mais la transparence ne supprime pas l’invisible, l’ultime, la mince, l’infranchissable frontière : la promesse demeure sans fin promesse d’un horizon toujours reculé.

Or le vœu n’est-il pas promesse en même temps que désir ? Et ce que nous appelons promesse entre les hommes n’est-il pas nommé vœu au regard de Dieu ? Et que dire du rêve ? Encore un mot qui doit changer d’acception, prêt à mourir usé, effacé, fruste comme une de ces très vieilles médailles qui semblent avoir fondu lentement dans nos doigts.

Le poète entend plutôt par rêve l’état où la conscience est portée à son plus haut degré de perception : une perception vraie parce qu’elle relève d’un monde frais éclos et balbutiant, où le dedans et le dehors peuvent permuter, où la conscience est habitée par le monde et vice versa. Il faut avoir innée la puissance du rêve… Utopie et Réalité, deux mots bien accouplés qui le font jaillir, nuance à nuance, une image inouïe, une image qui coupe à vif dans les dimensions primitives du monde. Le poète le sent, et il sait bien que seul le rêve (ou la prière) est propre à provoquer une telle émotion. Lors sa voix murmure, une voix un peu étouffée, des choses quotidiennes, humbles (bouleversantes), et voilà que, peu à peu, dans la plénitude de ce murmure, nous comprenons, nous sentons que notre vie, la vie est concernée par cette voix qui devient celle non plus du poète mais du poème même, où ce qui parle dans le poème c’est plus une nature qu’une culture, ou alors une culture qui reflète cette communion spontanée de l’homme et de la nature, cette fusion du sensible et du sens, où le mot semble encore une image brute et non un signe...

Les mots se sont perdus tout le long du chemin
Les mots n’ont plus de sens
D’ailleurs on n’a plus besoin de mots pour se comprendre
Il n’y a plus rien à dire
Le vent est arrivé — une parole de vent toute intérieure mais suspendue
Le monde se retire
L’autre côté
Je vois l’autre côté du monde
Le côté caché, le plus important
Celui où doit avoir lieu le réel dénouement


Rome, samedi 24 juillet 1999, 17h18’
Voilà. Si vous le souhaitez, vous pouvez télécharger un fichier .DOC où j'avais noté en vrac une partie des sources. Ce travail, inachevé (dans mon idée d'alors, ce qui précède n'était que le début), restera à l'état d'ébauche, ne vous attendez donc pas à quelque chose d'exhaustif, c'est juste pour vous donner un aperçu de la genèse du texte.

Je conclurai en citant Ted Nelson, qui commence son intervention par ces mots : « The clearer is your vision, the harder it is to explain… », et termine en disant : « I guess Google would do that… »


, , , , , ,

2 commentaires:

David Latapie a dit…

Précision : la transclusion est déjà à l’œuvre sur Wikipédia (par exemple, pour les bannières comme {{ébauche}}). Je proposais juste un usage avancé de la transclusion pour les introduction des sous-articles.

Jean-Marie Le Ray a dit…

David, OK, merci pour la précision.
Jean-Marie