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mercredi 22 août 2007

Interview de Miguel Membrado, cofondateur de Netcipia

Interview de Miguel Membrado, cofondateur de Netcipia

Vous connaissez Netcipia ? Découvert il y a quelques mois, j'ai été emballé par le concept 1 blog & 1 wiki en 1 place, malgré quelques doutes sur son usabilité par le grand public, vu la prise en main moins conviviale que Webjam, par exemple (bien qu'apparemment les deux services n'aient pas la même cible). C'est ainsi que, poussé par le désir d'en savoir plus, j'ai contacté Miguel Membrado, cofondateur de Netcipia avec Bruno de Beauregard, pour lui proposer une interview, ce qu'il a accepté de bonne grâce. Je l'en remercie et vous la livre in extenso, avec quelques observations à la fin.

1. Bonjour Miguel Membrado, et merci d'avoir bien voulu m'accorder cette interview bloguée. Pratiquement douze mois jour pour jour après le lancement officiel de Netcipia, un moment propice aux récapitulatifs, quel bilan (chiffré ?) feriez-vous de cette première année ?
Bonjour, effectivement, nous avons lancé Netcipia officiellement le 23 août 2006 à Palo Alto, sur fonds propres, et cette première année marque déjà un succès majeur puisque nous avons réalisé notre première levée de fonds dans la Silicon Valley. Du point de vue du produit lui-même, le site en ligne actuellement ne correspond pas à l'idée finale de Netcipia car nous sommes toujours en cours de développement, donc notre bilan n'a rien de spécial sur cet angle-là, nous n'avions pas d'objectifs particuliers à atteindre. Nous sommes seulement très satisfaits de notre audience, de la qualité des retours et du rythme quotidien de création de nouvelles places, alors que nous n'avons rien fait pour. Nous avons également réussi à réunir une formidable équipe de développement autour de nous, ce qui est fondamental pour une telle aventure.
2. En préparant cette interview, j'ai fureté sur le Net à la recherche d'informations sur Netcipia, et mises à part deux interviews filmées par Jean-Michel Billaut et notre ami Luc Legay, plus quelques autres ressources, je n'ai pas moissonné grand-chose. Cette présence plutôt discrète est-elle délibérée de votre part ? Et cette « discrétion » ne nuit-elle pas à vos ambitions de vouloir « donner le pouvoir à l'utilisateur final », tel que vous le déclariez à Jean-Michel Billaut ?
Nous n'avons fait à ce jour aucune action marketing, car nous ne souhaitions pas nous faire connaître plus que ça. Le concept actuel de Netcipia, "un blog et un wiki en une seule place" est en lui-même un concept novateur, qui à lui seul nous a permis d'être qualifié de "futur du wiki" il y a quelques semaines, mais n'est pas l'aboutissement de notre stratégie. Il n'en est qu'un moyen. Nous avons donc été jusqu'à ce jour extrêmement discrets, nous contentant d'avoir quelques milliers d'utilisateurs travaillant au quotidien sur notre produit, et nous faisant part de leurs feedbacks. La véritable première version de Netcipia est prévue pour le dernier trimestre de cette année, et ce n'est qu'à ce moment-là que nous démarrerons notre communication aux Etats-Unis.
3. Puisqu'on parle de l'utilisateur, à l'heure des réseaux sociaux à toutes les sauces, l'accroche de Netcipia est « Technologies Web participatives ». Aujourd'hui, comment traceriez-vous la ligne de démarcation entre « social » et « participatif », et quels sont les pour et les contre de chacune de ces deux approches, surtout en gardant à l'esprit la fameuse règle des 1% ?
Il n'y a plus vraiment de ligne de démarcation. Un produit se doit d'être à la fois "social" et "participatif". Car les deux phénomènes relèvent de la même nature. Certains produits seront plus "sociaux" et d'autres plus "participatifs", mais les deux composantes sont fondamentales. C'est le résultat de ces 4 ou 5 années de Web 2.0 et des centaines de millions d'utilisateurs qui ont créé et se sont appropriés ces nouveaux usages. Netcipia intègre donc aussi les deux composantes.
4. Toujours dans le registre social, des plateformes telles que Facebook, ou maintenant Bebo et d'autres, s'ouvrent aux applications tierces, ce qui booste considérablement leurs bassins d'utilisateurs et, il faut bien le dire, leurs finances. Or j'ai vu sur votre site que vous envisagiez sous peu de rendre votre projet « open source ». Pourriez-vous nous dire quand et qu'attendez- vous d'une telle ouverture, y compris au plan économique ?
Permettez-moi tout d'abord un aparté sur FaceBook, car le concept de FaceBook est un véritable phénomène qui risque de balayer large sur son passage. C'est la plus impressionnante machine à marketing viral que j'ai eu l'occasion de voir ces dernières années, grâce en particulier à sa plate-forme de développement et d'intégration d'applications tierces, mais également à sa conception intrinsèque qui permet de suivre au jour le jour tout ce que font ses amis et pouvoir dupliquer et s'approprier instantanément leurs usages. La courbe de croissance ne concerne donc pas que les utilisateurs, mais également l'utilisation des applications elles-mêmes, avec un mécanisme de sélection naturelle s'établissant par consolidation collective.

Quant au produit Netcipia, pour revenir à votre question, il est lui-même bâti sur une infrastructure 100% open source, puisque nous nous appuyons sur la communauté XWiki pour l'infrastructure wiki et la plate-forme de développement. Notre objectif a toujours été que Netcipia soit lui-même également disponible en open source, car nous considérons que ce serait aujourd'hui une grande erreur que de se passer du levier unique en terme d'intelligence collective que constitue une communauté open source. D'autre part les entreprises susceptibles d'acheter des poduits comme le nôtre se doivent d'avoir accès aux sources pour garantir la pérennité de leurs investissements, car nos produits ont une portée globale à l'entreprise, il est donc absolument nécessaire de garantir que quelque soit l'avenir de la société à l'initiative du produit, ce dernier soit toujours accessible. Le dernier argument en faveur de l'open source est que nous basculons d'un mode de facturation historique des logiciels à travers la vente de licences, à une mode de facturation des services utilisant ces logiciels, qui se retrouvent quasiment embarqués sans que l'utilsateur n'en soit forcément conscient. Le logiciel développé n'est donc plus qu'un support à un service offert, et l'open source illustre parfaitement cette évolution.
5. Votre page actuelle d'abonnement à la partie payante du service indique que l'offre ne sera disponible que dans quelques semaines. Pourriez-vous être plus précis et nous en dire davantage sur d'autres services optionnels (extra-charge) que ceux actuellement à disposition des utilisateurs « professionnels » d'un serveur dédié ? Exemple : je monte un portail Internet et je veux rajouter au moins 1 To d'espace disque aux 150 Go fournis en standard, un forum, des newsletters, du Flash, une solution de paiement par carte de crédit, des podcasts, une messagerie instantanée, une passerelle avec la téléphonie mobile, etc. (la liste est loin d'être exhaustive…), autant de fonctionnalités toujours plus indispensables pour satisfaire les attentes du milieu professionnel. Tout cela est-il possible et/ou envisagé et/ou envisageable, et si oui dans quels délais ?
En fait nous ne nous orientons plus du tout dans cette direction. Les offres sont toujours en ligne, mais deviendront très rapidement secondaires. Je ne peux pas encore dévoiler complètement ce que va être le véritable concept de Netcipia, il faudra attendre pour cela la sortie officielle de la première version. La seule chose que je puisse dire actuellement est que nous allons offrir un système de monétisation de contenus pour professionnels et toutes communautés au sens large d'utilisateurs ayant du contenu, de la connaissance et du savoir-faire à vendre. Nous sommes partis du constat que les mécanismes de monétisation de contenu actuellement offerts par le Web 2.0, la pub en quasi exclusivité, ne couvrent pas du tout les besoins de l'ensemble des utilisateurs. Pour que la publicité vous rapporte suffisemment d'argent pour que vous puissiez en vivre, il vous faut atteindre des audiences extrêmement importantes, hors de portée de la plupart des gens, y compris des professionnels. Il est donc fondamental d'inventer d'autres mécanismes de monétisation, tout en gardant les avantages fonctionnels du web 2.0 que sont les dimensions sociales et participatives. C'est sur cela que nous travaillons.
6. Un aspect de première importance pour un traducteur utilisateur : la localisation (tout au moins dans les principales langues) de Netcipia, qui n'est aujourd'hui disponible qu'en anglais et ne supporte pas Unicode, si j'en crois l'analyse publiée par Mark Wiseman sur Allthewikis. Or d'autres sites basés sur XWiki, comme Mandriva club sont déjà disponibles dans 25 langues et plus. Idem pour des plateformes majeures de blogging comme Wordpress ou Dotclear, déjà localisées dans plusieurs langues ? Donc, outre le wiki, pourquoi ne pas avoir basé le développement de votre offre de blogging sur des solutions open source telles que celles à peine mentionnées, et envisagez-vous de localiser globalement votre plateforme (si oui, à quel horizon) ?
D'un point de vue localisation, cela est prévu dans notre road map, et d'ici fin 2007 Netcipia sera sûrement disponible dans plusieurs langues, dont le français. La dernière mise à jour que nous venons d'effectuer nous permet maintenant de traiter l'Unicode et en particulier les caractères asiatiques. Cela ne représente aucune difficulté technique, puisque comme vous le précisez XWiki est déjà un moteur multilingue. C'est donc actuellement un choix volontaire de notre part que de nous être uniquement concentré sur l'anglais.

Xwiki est actuellement la solution wiki open source la plus avancée en terme d'infrastructure de développement et d'intégration. Les autres produits que vous citez ne possèdent pas de plate-forme de développement intégrée qui permette d'y bâtir de nouvelles applications. Notre objectif fondamental était d'avoir une seule plate-forme pour le blog et pour le wiki, aussi bien technologiquement parlant que d'un point de vue fonctionnel pour l'utilisateur. Nous ne croyons pas en l'avenir de solutions composites dans ce domaine telles que celles de SuiteTwo qui relèvent plus en final de l'usine à gaz technologique et du concept marketing pour occuper le terrain, que d'un véritable produit digne de rendre le service voulu aux utilisateurs.

Notre choix de plate-forme était donc très restreint, et il s'est porté en final sur XWiki. Il se trouve que XWiki est en plus un projet initialement français, ce qui ne nous déplait aucunement ;-) même si Netcipia est une société 100% américaine. Le saoir-faire français en terme technologique est reconnu de toutes parts, la quantité de VP Engineering français dans la Silicon Valley le démontre tous les jours. Mais l'écosystème économique français ne sait pas investir dans la création de startups en leur donnant les moyens nécessaires pour se développer mondialement (ni localement d'ailleurs), d'où le décalage énorme entre notre savoir-faire technologique et nos piètres résultats en matière économique. Il est donc fondamental d'exporter dans la Silicon Valley nos technologies et nos savoir-faire pour pouvoir profiter au mieux des deux mondes.
7. En général, l'heure des bilans s'accompagne d'une planification approfondie de la suite des événements. Quelles sont les prévisions de votre associé, Bruno de Beauregard, et vous, pour Netcipia dans les douze mois à venir, tant en termes de pénétration du marché que de progression économique et de financement de votre développement ?
Tout d'abord nous venons de réaliser notre plus importante mise à jour de Netcipia depuis son lancement. Cette mise à jour concerne l'infrastructure wiki elle-même, et avec les nouvelles fonctionnalités et la liste des services offerts nous entrons dans le top 5 des plates-formes de wiki disponibles au niveau mondial.

Ensuite, au cours du quatrième trimestre de cette année, nous allons mettre à disposition notre nouvelle plate-forme de monétisations de contenus auprès de nos utilisateurs. Ce sera une grande première dans ce domaine. Nous avons bien entendu une roadmap bien chargée pour l'année à venir, et en particulier la création d'un réseau social des utilisateurs de Netcipia, afin de leur permettre de mener un certain nombres d'actions communes.

Nous visons plusieurs centaines de milliers d'utilisateurs à fin 2008, avec une infrastructure wiki/blog/réseau social considérée comme l'une des plus avancées fonctionnellement parlant. Nous visons également une levée de fonds plus importante nous permettant d'accélérer encore notre capacité de développement et de pénétration du marché, car la concurrence est rude, et il y a encore tellement de choses à inventer. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements du web 2.0 et de cette formidable révolution sociale et participative qu'elle a engendré. Et au fur et à mesure que cette révolution va redescendre dans les usages professionnels, nous allons enfin voir se crystalliser les nouvelles façons de travailler, celles que nous promouvions déjà en France entre 1996 et 2005, à l'époque à travers Mayetic et ses fameux espaces de travail collaboratifs pour tous sur internet, avec un slogan toujours d'actualité, "the new way of working" :-)

La convergence de toutes les nouvelles technologies vers le web 2.0 et les nouveaux usages de masse qu'il a induit, permettent enfin d'atteindre cette maturité nécessaire à une adoption massive, même si elle reste progressive dans les milieux professionels car soumise à une inertie organisationnelle et managériale très forte. L'ère des fichiers et des email est en passe d'être close, et cela pour le bien de tous, car nous allons enfin pouvoir décupler nos capacités de travail, de collaboration et de participation. :-) Bref, d'intelligence collective. Ceux qui n'auront pas compris cela et qui ne sauront pas adopter ces nouvelles technologies dans leur quotidien, seront rapidement dépassés, aussi bien économiquement qu'en terme d'usages.
Commentaire

Parmi différents points de l'interview que je retiens, je voudrais insister sur cet extrait :
Je ne peux pas encore dévoiler complètement ce que va être le véritable concept de Netcipia, il faudra attendre pour cela la sortie officielle de la première version. La seule chose que je puisse dire actuellement est que nous allons offrir un système de monétisation de contenus pour professionnels et toutes communautés au sens large d'utilisateurs ayant du contenu, de la connaissance et du savoir-faire à vendre. Nous sommes partis du constat que les mécanismes de monétisation de contenu actuellement offerts par le Web 2.0, la pub en quasi exclusivité, ne couvrent pas du tout les besoins de l'ensemble des utilisateurs. Pour que la publicité vous rapporte suffisemment d'argent pour que vous puissiez en vivre, il vous faut atteindre des audiences extrêmement importantes, hors de portée de la plupart des gens, y compris des professionnels. Il est donc fondamental d'inventer d'autres mécanismes de monétisation, tout en gardant les avantages fonctionnels du web 2.0 que sont les dimensions sociales et participatives. C'est sur cela que nous travaillons.
Je pense que de nombreuses sociétés cherchent le bon dosage des différents ingrédients qui formeront le cocktail réussi du Web prochaine génération. Ce n'est sûrement pas un hasard si Miguel fait une digression sur Facebook (en dépit de ses limites), vu le bouillonnement qui règne actuellement autour des widgets et des modèles économiques associés.

Ce passage sur un nouveau « système de monétisation de contenus pour professionnels et toutes communautés au sens large d'utilisateurs ayant du contenu, de la connaissance et du savoir-faire à vendre » m'intrigue beaucoup. Wait and see, comme on dit du côté de Palo Alto ! Et souhaitons bon vent et un excellent premier anniversaire à Netcipia. :-)


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2 commentaires:

Wombatsly a dit…

Netcipia change donc son modèle éco initial ! Normal vu comment évolu l'écosystème web2.

Bonne interview, mais JM faut vraiment que tu passes au podcast voir au vodcast :-)

Marc Tirel a dit…

Merci de ton initiative et de cette excellente interview.

Comme tu le soulignes à la fin le passage clé est celui concernant le modèle économique et la question de la monétisation des contenus où cela reste très évasif pour l'instant.
De quels types de contenus parle Miguel ??
A ce propos je signale pour tes lecteurs le récent rapport de l'OCDE: Giving Knowledge for Free: The Emergence of Open Educational Resources
http://www.oecd.org/document/41/0,2340,fr_2649_201185_38659497_1_1_1_1,00.html

Une tendance de fond incontournable...