Hier
En lisant un article en italien, je découvre un nouveau mot anglais (à vrai dire en ce moment j'en découvre plusieurs par jour, mais il faut trier) : publicy, contraction de public et de privacy, dont j'ignore tout. Il est censé qualifier une spécificité du blog, celle d'un journal qui ressort a priori de la sphère privée mais que l'auteur rend du domaine public.
Première question que je me pose, instantanément : « Comment traduire publicy en français ? »
Première réponse que je me donne : « Ça va être coton ! »
J'avoue que je colle pour trouver un terme qui pourrait désigner quelque chose d'approchant. Incapable d'esquisser une solution, je pose la question sur le forum français de ProZ, leader des places de marché dédiées à la traduction sur Internet (plus de 100 000 traducteurs inscrits depuis 1999, pratiquement toutes les langues représentées).
Dans les heures qui suivent, la réponse tombe, sèche comme un couperet, belle, magnifique : extimité pour le substantif, extime pour l'adjectif. Je remercie vivement Hélène. Le mot me fascine, moins de par sa beauté que de par sa pertinence !
Aujourd'hui
Je décide d'écrire ce billet et de m'informer sur le mot et le concept, tant en anglais qu'en français.
Premier constat : publicy est moins nouveau que le Beaujolais, puisqu'il semble qu'on puisse l'attribuer à McLuhan.
Peu importe, il l'est au moins pour moi, vu que je ne l'avais jamais lu ni entendu il y a encore 24 heures.
Deuxième constat : extime/extimité est encore moins nouveau que publicy, et apparemment très employé, surtout en épithète de journal ou de blog (voir ici, ici, ici ou là, etc.).
Voici une première citation (auteur inconnu, je n'ai pas pu remonter à la source. S'il se reconnaît, j'aimerais bien qu'il me contacte...) :
« 3 février 2003. Néologismes. Il y a des beaux néologismes et il y en a des mauvais, mais les mauvais sont toujours plus nombreux. Ça doit être parce que les mots ont besoin d’être usés par le temps pour nous charmer. Mais quand les néologismes sont beaux, ils sont beaux ; comme extimité, frappé par le psychiatre Serge Tisseron pour indiquer une intimité extériorisée. Il est bon parce que le pas à franchir pour aller d’intimité à extimité est bref et le sens immédiat. Pour adjectif dérivé extime, si proche d’estime, les cartes se brouillent. Mais ce qui se brouille est souvent l’aurore de nouvelles questions. Que penser de ceux (surtout de celles) pour qui l’estime de soi passe par l’extime ? Partager une extimité est-ce équivalent à partager une intimité ? Peut-on avoir une extimité à soi ? Peut-on garder dans son intime l’extime d’autrui ? et la nôtre ? Peut-on confondre intime et privé, extime et public ? La pudeur, cape de l’intime, est-elle le frein de l’extime et de l’estime ?Bon, je croyais en avoir fini, mais non ! Voilà-t-y pas que je tombe sur ça : surprise, Michel Tournier aurait "forgé" le terme !
Superlatifs. « Intimus », le père latin d’« intime », est le superlatif d’« interior » qui signifie ce qui est le plus intérieur. Pourquoi le latin n’a-t-il pas « extimus » comme superlatif d’« exterior », ce « extimus » qui aurait pu être le père d’« extime » ? Sans doute parce que la parole, même quand elle ne veut pas, dévoile l’intimité, met à nu et porte aux nues. On avait donc besoin de l’intime pour l’empêcher de tout extérioriser. La parole est dans l’extimité. Elle est l’extimité. Si, dans notre société, comme le disent plusieurs sociologues, il y a trop d’extimité, c’est parce qu’il y a trop de paroles et non trop d’images, comme ils veulent nous le faire accroire.
« Il y a longtemps que j'ai pris l'habitude de noter non seulement les étapes et incidents de mes voyages, mais les événements petits et grands de ma vie quotidienne, le temps qu'il fait, les métamorphoses de mon jardin, les visites que je reçois, les coups durs et les coups doux du destin. On peut parler de "journal" sans doute, mais il s'agit du contraire d'un "journal intime". J'ai forgé pour le définir le mot "extime". »
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