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dimanche 5 septembre 2010

Adscriptor : quelques réflexions à voix haute sur le blogging !


Voici 57 mois que je publie en moyenne un billet tous les deux jours : 860 en tout, 710 sur ce blog et 150 sur d'autres blogs (dont 136 sur mon blog italien)...

Ce n'est pas affaire de quantité, mais de constance ! Depuis que j'ai commencé, en mars 2005, je n'ai pas été constant les premiers mois, avant de me rattraper par la suite, d'abord en traitant essentiellement de traduction et d'Internet, et plus récemment en mettant le cap sur l'Italie :
En revanche, à ce jour, avec seulement 17 billets tagués "Italie" sur 609, l'argument n'a représenté qu'à peine 2,8% de ma production, ...
J'en suis aujourd'hui à 90 sur 710, soit globalement 12,68%, une augmentation significative puisque cela veut dire que sur mes 101 derniers billets, j'en ai consacré 73 à l'Italie (72,3%, ou trois billets sur quatre) !

Avec une longueur de billet accrue de plus de 50% (!) par rapport à ma précédente moyenne de 900 mots par billet, puisque j'en suis à 1 373,48 avec mes billets tagués Italie (123 613 mots pour 90 billets). Mais il faut bien ça pour tenter d'expliquer un pays inconcevable et « aussi difficile à comprendre pour un étranger que l’Italie » ! En cohérence avec ce que j'annonçais dans Changement de cap :
Je n'ai encore aucune idée du rythme de publication, les sujets sont longs et complexes, ce qui est d'autant plus délicat lorsqu'on veut tenter d'expliquer les choses clairement, avec des mots simples. Et avec des mots vrais, surtout, qui savent faire le tri entre, d'une part, une propagande officielle visant à l'obscurantisme et l'abêtissement du peuple, et, de l'autre, la réalité des choses.
J'ai réalisé le nuage sémantique des 40 substantifs plus fréquents dans ces 90 billets consacrés à l'Italie :


L'importance démesurée de Berlusconi, qui conditionne négativement et gravement ce qui reste de la vie démocratique italienne, ressort de façon suffisamment éloquente par l'image et par les chiffres, sans qu'il soit besoin de mots :



Bien sûr, d'aucuns pourraient se demander pourquoi "perdre" autant de temps dans une activité aussi "inutile" que le blogging. Je ne vais pas faire dans l'originalité, ma motivation principale est le partage, comme la plupart des blogueuses et blogueurs :
Sur ces 70 billets, les principales raisons invoquées sont, à :
  • 57%, le partage au sens large (35 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 38,6%, les rencontres occasionnées, virtuelles ou réelles (17 fois le verbe, 10 fois le substantif)
  • 30%, l'écriture (16 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 27,1%, l'échange (15 fois le verbe, 4 fois le substantif)
  • 22,9%, le plaisir de bloguer (16 fois le substantif)
Maintenant, si l'on donne une valeur arbitraire de 100% à ces cinq raisons, la répartition est la suivante :
  1. partage, 32,5%
  2. rencontres, 22%
  3. écriture, 17%
  4. échange, 15,5%
  5. plaisir, 13%


Et bien évidemment parce que j'aime écrire, et lire ! Ça me rappelle un billet actuellement introuvable sur Internet, que j'ai rédigé fin mai 2008 pour MoteurZine sur l'approche professionnelle au blogging, qui contient également des pistes pour bloguer au quotidien, dont voici l'essentiel :
...tenir un blog peut s'avérer une activité extrêmement sérieuse, à défaut d'être financièrement rentable.

Donc si vous rêvez de devenir un blogueur pro, ou un pro du blogging, si vous préférez, sachez d'abord quelles sont les conditions de départ minimales pour tenir un blog au quotidien, et comment se conjugue le verbe Bloguer dans la réalité. Entre autres :
  • Bloguer, c'est savoir écrire ET savoir lire, toujours s'informer de tout, avec constance et rigueur ;
  • Bloguer, c'est découvrir les trésors insondables de la blogosphère, du Top Wikio aux Skyblogs, en passant par vos domaines de prédilection : pour chaque domaine, il n'est pas rare qu'il y ait des dizaines, voire des centaines d'excellents blogs, il faut les connaître ; sans quoi, peu importe le domaine, comment amener une expertise nouvelle, un point de vue original – les vôtres – sur les choses ? C'est votre différence, votre personnalité, qui vont donner le ton ;
  • Bloguer, c'est chacun/e son style, ses spécificités : par exemple, qui blogue court et nerveux, de fréquentes séries de billets succincts, destinés à aiguillonner le lecteur, qui blogue long et par petites touches, moins d'un billet par jour sur le mois, davantage porté sur l'analyse. Seul dénominateur commun : susciter la réflexion et nouer le dialogue en créant du CONTENU. Du contenu de qualité et ouvert : des liens, encore des liens, toujours des liens. Des liens à profusion, l'hypertextualité est la richesse du Web ;
  • Bloguer, c'est considérer les autres blogueurs comme des pairs plutôt que des concurrents, c'est jouer en réseau, dans le blogging l'union fait la force, les réseaux de blogs sont courants aux Etats-Unis, en France on finira bien par y arriver… ;
  • Bloguer, c'est se fixer des étapes, des délais, raisonnables, réalisables en fonction de ses forces, ses capacités, ses idées, ça se prépare à l'avance, qu'on traite de l'événementiel ou des sujets de fond ;
  • Bloguer, c'est du rêve, de la passion, de l'enthousiasme, de la curiosité à 360°, etc., autant de facteurs indispensables pour se lancer et tenir la distance, mais ça ne suffit pas ;
  • Bloguer, c'est du travail, de la fatigue, cela demande de l'assiduité, de l'obstination, une certaine discipline de travail, il ne faut pas avoir peur de passer des nuits blanches, ne surtout pas s'attendre à des résultats faramineux du jour au lendemain, c'est pas un 100 mètres mais un marathon, une course d'endurance qui se joue sur le long terme…
En clair, bloguer c'est un état d'esprit, avec à la clé, tout au moins sur le Web francophone, davantage une reconnaissance personnelle que financière, même si l'impact sur la vie professionnelle peut être fort et rapide…

C'est également une veille permanente et une activité sociale qui ne se limite pas à la seule blogosphère mais investit les réseaux sociaux dans leur ensemble : Twitter, Flickr, Delicious, YouTube, Slideshare, Facebook, forums et listes de discussion, newsletters, alertes, etc.

N'attendez pas simplement que les lecteurs viennent à vous, allez vers eux. Faites-vous connaître, intervenez, commentez, participez à la conversation générale,
join the conversation disent les anglo-saxons…
En mars 2005, lorsque j'écrivis mes premiers billets, je me posais beaucoup de questions sur l'utilité du geste... Aujourd'hui, si ça peut aider à la réflexion de quelqu'un qui souhaite se lancer dans le blogging, j'ai trouvé la ma réponse : si c'était à refaire, je le referais !

Au fond, il n'est jamais trop tard pour bien faire... Si vous n'avez pas encore de blog, pensez-y :-)


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mardi 27 janvier 2009

Adscriptor en nuages

Dans les commentaires de mon précédent billet, je réponds la chose suivante à Szarah :
À la question « Je me demande s'il serait possible de dégager la thématique véritable du discours au départ des mots », pour moi la réponse est évidente : OUI !
Je fantasme sur les nuages sémantiques depuis longtemps, et maintenant que je dispose d'outils pertinents pour en faire (binôme Quensis + Wordle), je souhaite vraiment approfondir ce filon d'une extrême richesse.
Si je devais faire un parallèle, je dirais que ça me fait penser à la graphologie.
L'écriture en dit toujours beaucoup plus qu'on ne croit sur le scripteur.
Dans les fréquences signifiantes autant que dans les hapax...
Dès le début de ma réflexion et du feedback à Exalead, l'idée était de créer un nuage de mots clés à partir de l'univers lexical d'un blog ou d'un site.

Je ne parlais pas de tags, qui sont plus ou moins ponctuels, mais d'une fonctionnalité qui indexerait l'intégralité d'un site ou d'un blog à un instant donné pour l'analyser et restituer les (co)occurrences plus significatives du blog ou site considéré. Ce type d'analyse intégrale serait censé faire ressortir des centres d'intérêt dont l'auteur n'est qu'à moitié conscient, c'est un peu le même principe que ce que font les chercheurs ou les universitaires lorsqu'ils analysent la sémantique d'une oeuvre, d'un livre.

Un peu comme si les tags étaient la partie consciente, délibérément choisis, alors qu'en revanche le principe du nuage sémantique serait de faire ressortir l' « inconscient », toujours très riche en enseignements.

Donc aujourd'hui que j'ai la possibilité de réaliser moi-même cette analyse en prenant Adscriptor comme cobaye, je ne vais pas m'en priver. J'ai ainsi réalisé trois nuages, les deux premiers à partir de mes tags pris à différents moments de l'évolution du blog :

- 21 tags sur 348 ayant une fréquence d'occurrences égale ou supérieure à 10 en septembre 2006 :


- 123 tags sur 800, dans la lignée de mes précédentes statistiques, ayant une fréquence d'occurrences égale ou supérieure à 7 en janvier 2009 :


et le troisième en analysant l'intégralité du contenu texte (sans les tags), soit 587 billets en 37 mois de blogging, pour un total de 522 944 mots avant traitement et 532 905 occurrences après traitement (apostrophes changées en retour chariot, etc). D'où une moyenne globale de 14 403 mots/mois et 908 mots/billet, soit pour arrondir 16 billets de 900 mots chacun par mois :


Donc si l'on enlève le tag "Actualités", qui représente la moitié du total des billets mais dont il est évident que le terme est absent de leur contenu, on voit bien qu'il y a une très forte corrélation entre les tags et les thèmes majeurs qui ressortent de l'analyse de plus de 530 000 mots !

Ainsi mon idée d'automatisation d'un système de nuages sémantiques prévoyait ce genre d'analyse, soit sur tout le contenu d'un blog/site, soit sur des thèmes donnés : analyser uniquement les billets tagués Google ou Facebook, par exemple. Cela permettrait une granularité encore plus fine, avec en sortie des nuages clicables (vers les billets où sont mentionnés les termes) et widgétisables. Mais Exalead n'en a pas voulu, dommage...

Ils ont pourtant lancé CloudViewTM, comme le rapporte François Bourdoncle dans cette interview.

Pour en revenir à mon blog, j'ai été fort étonné de la prépondérance absolue de GOOGLE (2447 fois), qui représente plus du double des deux occurrences significatives suivantes : INTERNET (1174 fois) et WEB (1074 fois, dont 154 fois pour Web 2.0). Ainsi, contrairement à ce que laissent supposer les tags, Google est beaucoup plus présent dans mes billets que je n'imaginais (avec une moyenne supérieure à 4 occurrences par billet !), Yahoo est traité davantage que Microsoft, et j'observe un déplacement progressif des questions techniques (référencement, monétisation, écriture Web, etc.) vers une vision plus large du Web et de l'Internet. Globalement, il y a cependant cohérence entre les tags et les thèmes qui se dégagent de l'analyse.

Voici le début du tableau :


Anecdote : le décompte me donne 4705 JE (3046 JE + 1659 J’) sur 532 905 occurrences, soit une moyenne d'utilisation de 9 sur 1000 (mais après tout ce blog est rédigé à la première personne), à peu près moitié moins que Sarkozy (17 fois sur 1000), dont le score est pourtant plus modeste qu'on ne pourrait le croire !


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P.S. Une curiosité pour finir : ce billet est le 16e du mois et il fait environ 900 mots...

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mercredi 14 janvier 2009

Blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

Aliocha m'énerve :
Et le rapport avec les blogs et Internet me direz-vous ? Il est ici : prenez garde à ce que vous lisez sur Internet. Sous prétexte de faire de la contre-information et de résister à l’intoxication des médias ou encore à la pensée unique, quelques petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités. Pensez donc à évaluer les sources : qui vous parle, quelle est sa légitimité à s’exprimer sur un sujet, les propos tenus sont-ils cohérents, vérifiables, contiennent-ils des références ? Ces références sont-elles utilisées objectivement ou détournées de leur sens ? Voilà quelques réflexes journalistiques de base à mon avis utiles pour s’informer sur le web en évitant l’intoxication. Mais, me direz-vous, voilà qui milite pour la pensée officielle ! Du tout. Personne ne vous empêche de penser différemment, le tout est de de partir d’une base factuellement exacte, c’est pour cela qu’on nous impose à nous journalistes de vous présenter les faits d’actualité le plus objectivement possible et qu’on nous oblige à distinguer clairement les faits de l’analyse. Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les blogs, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables comme Eolas ou Autheuil par exemple).
Voudriez-vous un autre son de cloche : « Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les journaux, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables...). »

Bon, et maintenant ? Maintenant que toi t'as dit noir et moi j'ai dit blanc, on fait quoi ? Ce furieux acharnement à vouloir opposer à tout prix blogueurs et journalistes ne mène nulle part ! Il est stérile. Faux. Partial. Borné. J'en passe et des meilleurs (à toutes fins utiles, s'il venait à l'imagination de qui que ce soit de prétendre que je fais de même, je demanderais d'ores et déjà à cette ou ces personnes d'éviter de lancer des paroles en l'air et d'étayer leurs dires d'après mes écrits. Qu'ils aillent chercher dans les billets où je parle du journalisme et de la presse où, et pourquoi, j'oppose éventuellement blogueurs et journalistes. Après on en reparlera...).

Or donc, me direz-vous, pourquoi t'en prendre à la douce et tendre Aliocha ? Parce qu'elle est journaliste ? Non point. Parce qu'elle est femme ? Encore moins. Mais alors, pourquoi donc ?

Parce qu'elle insiste lourdement sans pour autant répondre aux arguments. Elle parle, elle parle, elle accuse à tout-va, elle lit suppression là ou vous écrivez évolution et adaptation, mais s'abstient de répliquer en fondant son argumentaire sur des faits, dont elle invoque pourtant l'impérieuse nécessité.

Voilà pourquoi je m'en prends à Aliocha : parce que sa qualité de journaliste est démentie par les faits, tout au moins sur son blog : car dire « Comprenons-nous bien, je ne qualifie pas de faux ce qui heurte mes convictions, mais bien des erreurs factuelles ou de raisonnement graves, sans compter la mauvaise foi dont certains font preuve dans leurs écrits et qui aboutit à une présentation tronquée de la réalité destinée à servir leurs intérêts ou convictions. » en faisant elle-même très exactement le contraire de ce qu'elle professe, c'est dire ce que je dis, mais faire le contraire de ce que je dis.

Ô douce et tendre Aliocha, les faits, "matière des opinions", ce n'est pas de prendre 100 ou 1000 blogueurs en démont(r)ant une par une les âneries qu'ils peuvent raconter sur leur blog (n'importe qui pourrait en faire autant avec les journalistes), ce serait plutôt de constater que la presse va mal et qu'il faut réagir, d'un côté, et que les blogs sont aujourd'hui partie prenante du paysage de l'information, que ça plaise ou non aux journalistes et aux élites, de l'autre. Voilà un fait. Irréfutable. Or ce qui est devant les yeux de tous, c'est qu'une grande partie de votre profession et des décideurs en tout genre ne font rien d'autre que de nier l'indéniable !

Il est quand même curieux que les blogueurs soient presque totalement mis à l'écart - je ne dis pas oubliés, car ils ne le sont pas, loin de là, mais délibérément mis à l'écart - des courants et rapports officiels en tous genres. Il suffit d'observer le dernier en date, à savoir le livre vert dont viennent d'accoucher les États Généraux de la Presse, qui ne mentionne en tout et pour tout que 5 fois le mot "blog" et ses déclinaisons dans ses 68 pages :
  • 2 fois en note page 41 :
    - la communauté des blogs LeMonde.fr, lancée à l’automne 2005 sur une initiative ouverte aux seuls abonnés du site. Les 6 300 blogueurs liés au site postent plus de 800 billets par jour, qui eux-mêmes génèrent plus de 2 000 commentaires au quotidien.
  • 2 fois en pages 49 et 57 :
    - Afin de nourrir leurs préconisations, les participants ont écouté le rendu d’études ... et d’une expérience de nouveaux media (le Bondy Blog) (Hanane KADDOUR, Bondy Blog).
  • 1 fois page 55 :
    Dans les Recommandations du sous-pôle « Contenu »
    *Pour améliorer la recherche d’informations :
    (...)
    • Dans le but d’améliorer le statut des correspondants locaux et des bloggeurs travaillant pour des sites d’information, il est demandé d’étudier dans quelle mesure le statut d’auto-entrepreneur pourrait être proposé aux fournisseurs de contenus non journalistes.
À noter que dans le même document, ils sont même pas foutus d'orthographier "blogueurs" de la même manière d'une page sur l'autre...

Un peu léger pour un pays qui se classe au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute, non ?

Ce que nous y apprenons sur les blogs est pourtant riche en enseignements : les blogs font partie des nouveaux médias (mais ça, on aurait déjà pu le deviner...), et les blogueurs sont classés parmi les « fournisseurs de contenus non journalistes ». Dans mon cas, ce serait plutôt le contraire (vu que souvent c'est ce que disent - ou ne disent pas - et font - ou ne font pas - les journalistes qui nourrit ma réflexion), mais on va pas chipoter...

Nous en savons en effet à peu près autant qu'à la lecture du rapport Giazzi sur la question, c'est-à-dire pas grand chose. Mais qu'Aliocha et ses consœurs et confrères se rassurent, ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on va mélanger les torchons et les serviettes.

Vous voulez mon avis ? C'est de la merde, tout ça. La presse traditionnelle et le journalisme n'ont plus le monopole de l'information. Ils l'ont eu, pendant longtemps, trop longtemps, mais ne l'auront plus jamais. Fini. Époque révolue. Qu'on se le dise. Que les éditeurs et les gouvernants se le disent. Et d'ailleurs ils le savent. Ils ne le savent que trop bien. Même s'ils déploient tous leurs efforts, leurs moyens, leurs réseaux et leur puissance (et ils en ont...) pour dire le contraire. Dissimuler à tout prix et faire semblant de rien.

Les blogs ? C'est quoi, ça ? Un repaire de « petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités » !

Ah ! J'applaudis des deux mains Aliocha, en voilà de l'analyse. C'est pertinent. Factuel. Déontologique. Responsable. Digne d'une journaliste chevronnée qui vérifie ses sources pour être « en mesure d’apprécier l’information avec un esprit critique ». Mais qui à l'occasion oublie de répondre à ceux qui lui opposent des raisonnements argumentés, en se disant peut-être "don't feed the troll". Un peu comme votre ami Eolas, qui a souvent raison, mais parfois tort, aussi. Et quand il a tort, il évite de le souligner... Et préfère s'en tirer par une pirouette sous les applaudissements de sa -basse- cour.

Donc si vous ne voulez pas me répondre, grand bien vous fasse. Personnellement, je m'en tape. Par contre, si vous avez du respect pour vos lecteurs, alors prenez votre plume et défendez vos arguments par des faits. Vous devriez connaître, non, c'est votre métier, paraît-il.

Une petite piqûre de rappel sur ce que sont les faits ? Oh, et puis non, tiens, j'ai assez perdu de temps comme ça.

Mais si toute votre réplique tient à prétendre démontrer que les blogueurs aiment taper sur la presse parce qu'ils ont des velléités de protagonisme, alors c'est que vous n'avez rien compris. Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête. Est-ce votre cas ? À vous la réponse...

Pour avoir dérogé à ce principe de base, l'Italie n'a plus de démocratie que le nom, mais certainement pas dans les faits. La forme sans le fond. Des mots, mais vides de sens. Je le répète :
si les journaux et les journalistes qui les font disparaissent, cela ne signifiera jamais que les blogueurs auront gagné, mais que « tout le monde sera perdant ». Triste, non ?
Alors, pour moi, blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

C'est sur le terrain de l'info - et de la crédibilité de l'info - que blogueurs et journalistes doivent s'affronter, si affrontement il doit y avoir. Sinon je ne vois que des complémentarités. Le reste ? C'est de la merde. Je persiste et je signe.


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P.S. À la relecture de mon billet, je m'aperçois que j'ai écrit :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête.
là où j'aurais dû écrire :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'une information militante, compétente, sérieuse, honnête.
Mais n'est-ce pas là tout l'objet de ce billet ? Car au fond, qu'importe que l'on donne le nom de journaliste, de blogueur ou de machin-truc-chouette à qui produit l'information, dès lors que cette information réunirait les qualités à peine mentionnées...

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lundi 5 janvier 2009

Un sourire pour 2009


Gratuitement offert par Paul, sept ans et (presque) toutes ses dents, et par ses deux pères, le père Noël et moi-même :-)



Et puisque petit Paul est un feu d'artifice à lui tout seul, toujours dans la série "feux d'artifice", ça m'amène à vous proposer des images du réveillon du premier de l'An, un peu avant et un peu après les 12 coups fatidiques de minuit.

C'est un reportage à la télé italienne qui m'y a fait penser, où ils proposaient des images du monde entier, et notamment des Champs Élysées, en précisant que les feux d'artifice y étaient interdits.

Chose totalement inconcevable pour les italiens, et plus on va au sud, plus c'est inconcevable. Notamment en Campanie, qui regroupe 5 provinces : Avellino, Benevento, Caserte, Naples et Salerne.

Ma belle-famille étant originaire de Cava de' Tirreni, 45 km au sud de Naples et 7 au nord de Salerne, petite ville particulièrement charmante et vivante (d'ailleurs cette nuit ils fêtent la nuit blanche, dans la plus pure tradition parisienne)...


... il faut savoir que dans la tradition campane, toute famille qui se respecte tire ses propres feux d'artifice, certains dépensant même des milliers d'euros à chaque réveillon !

Je vous propose donc un extrait de 8 minutes pour des feux qui ont duré 8 heures !!! (j'ai entendu les premiers tirs à 18h le 31 et les derniers à 2h du matin le 1er, vu qu'après j'ai fermé les yeux...) Disons que le clou dure 2 heures non stop, sans interruption de 23h à 1h, c'est au coeur de la vidéo, à partir de la 2e minute (la vidéo commence par le sourire de Paul et de ma femme, puis 1 minute d'entrée en matière et après le spectacle des feux tirés dans chaque famille, chaque cour de bâtiment, chaque village, etc.).

C'est fait avec mon caméscope, sans prétention, du balcon de chez mon beau-frère au septième étage, où l'on voit parfois se détacher dans l'ombre, sur la ligne d'horizon, le contour des Apennins, cette chaîne montagneuse qui forme la dorsale de la péninsule italienne.



Je ne vous garantis pas la qualité des images, mais vous allez voir que c'est étonnant, et c'est comme ça chaque année. Vous entendrez de temps en temps des déflagrations plus fortes, ce sont de vraies "bombes" qui font trembler tout l'immeuble quand ça pète à proximité. En général ça sert pour le réveillon, et accessoirement pour faire exploser les rideaux d'aciers des magasins de négociants récalcitrants au racket (pour les descriptions, lire Gomorra, de Robert Saviano). Du reste...

En Italie on dit souvent que Naples, ce n'est pas l'Italie, c'est Naples. C'est exact. Et la Campanie ressemble à Naples, qui en est la capitale. D'ailleurs, ce qui se passe en ce moment dans l'actualité illustre parfaitement mon propos. Voir Naples et mourir, qu'ils disaient...

Donc, comme vous pouvez le constater, malgré des centaines de blessés chaque année et de fortes résistances d'une partie de la population, la tradition ne change pas !

Remarquez, en France on n'a pas les feux d'artifice, mais on a les voitures brûlées, ça compense...


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P.S. Billet dédié à Gérard, un français parent de la famille de mon beau-frère, décédé en 2008 et qui aimait l'hospitalité qu'il recevait à Cava de' Tirreni, à tel point qu'il y venait tous les ans. On s'y était croisés une fois. Il laisse une femme et trois enfants, et pour eux l'année 2009 ne s'annonce vraiment pas sous les meilleurs auspices.

S'ils me lisent un jour, qu'ils sachent que ce tendre sourire leur est plus particulièrement adressé.

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vendredi 26 décembre 2008

Ecrire pour le Web : optimiser le contenu des infos en ligne


Lee Odden, dont j’avais déjà traduit il y a 3 ans Stratégie de liens pour les blogs, vient de publier une présentation intitulée Writing for the Web: SEO for News Content, dans laquelle il prodigue quelques conseils sur la façon d’optimiser le contenu des infos en ligne, en s’appuyant notamment sur les résultats d’une étude menée en octobre 2008 par sa société, TopRank Online Marketing, sur l’utilisation que font les journalistes de la recherche dans le cadre de leur travail.

Il m’a gentiment donné l’autorisation de l’adapter en français en me fournissant le PPT. Voici ma traduction/adaptation :


Quelques précisions sur les diapos :

N° 2

SEO signifie Search Engine Optimization, une formule englobant les stratégies de référencement et de positionnement grâce à l’optimisation du contenu pour les moteurs de recherche.

Lee Odden place donc le SEO à la confluence du contenu et des liens, qui sont désormais les deux mamelles du journalisme sur Internet.

N° 3

À présent que les interactions entre les différents acteurs de l’info se modifient en profondeur, les stratégies de push-pull doivent évoluer en conséquence.

La communication « push » du journaliste doit se faire vers l’extérieur en direction des agences de presse (traditionnelles et « web natives ») et autres réseaux à l’œuvre sur le Web. Sur le pitching, approfondir avec la lecture du chapitre « The Art of Pitching » de Guy Kawasaki, riche en indications précieuses. Quant aux différentes manières d’utiliser la syndication, ce ne devrait plus être un secret pour personne.

Dans l’approche « pull », les concepts de Newsroom et de Media Coverage – récurrents dans la présentation – ne doivent pas être pris au sens de « rédactions » et « couverture médias » traditionnels, mais respectivement comme « Espace presse d’un site Web » et « couverture rich media », à l’instar des communiqués de presse 2.0 qui prennent aussi en charge les images, les podcasts, les vidéos, les documents pdf/word/ppt, etc., les nouveaux canaux de communication comme Twitter ou Seesmic, ou encore l’optimisation via les réseaux sociaux.

N° 6 et 7

À noter que le contenu des communiqués de presse est le moins recherché, alors qu’ils pullule d’infos de première main, et que le taux de 91% accordé au mode de recherche standard peut signifier deux choses :
  1. soit que les journalistes se satisfont de la recherche standard car ils y trouvent leur bonheur ;
  2. soit qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment les autres modes de recherche, qui sont pourtant largement complémentaires ;
à chacun sa réponse…

Pour le reste, la présentation fournit un mix de techniques SEO traditionnelles en les adaptant à la problématique infos – presse – journalisme/journalistes, qu’il vaudrait peut-être mieux d’éviter de balayer d’un revers de main en tombant dans la caricature superficielle, pour essayer d’en extraire la substantifique moëlle.

Sur ce, bonne fêtes de nouvel an, et à la revoyure en 2009, pour une année que je souhaite heureuse et fructueuse à toutes et à tous, et plus particulièrement à Pierre Chappaz.


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vendredi 19 décembre 2008

Les dinosaures, les autruches et les lézards


On va encore m'accuser de m'acharner, mais la métaphore me semble particulièrement parlante.

Les dinosaures, ce sont les journaux et les organes de presse qui croient peut-être que leurs dimensions et leurs appuis vont les protéger encore longtemps de l'extinction s'ils n'évoluent pas.

Les autruches (les lézards, c'est pour la chute...), ce sont les journalistes qui préfèrent mettre la tête dans le sable pour nier ce qui se passe autour d'elles et d'eux en faisant semblant de ne pas le voir, comme Aliocha à qui un commentateur de son blog fait observer :
Lorsque des “bloggueurs” inconnus viennent faire la leçon aux journalistes, avec un pseudo-mépris de vainqueurs virtuels, on peut en sourire ou s’énerver. Mais lorsque c’est Alain Joannes, journaliste, qui crucifie l’ “aveuglement” de la presse, son incapacité chronique à se réinventer et à évoluer, vous en pensez quoi ?
et auquel elle répond :
la même chose, comment vous expliquer, je retrouve le même ton que je n’aime pas, le même esprit négatif, la même inexplicable rage. Soit on a des idées, on monte un projet et on n’a pas le temps de taper sur les autres, soit on se désintéresse du sujet, mais je ne m’explique pas cette agitation stérile et agressive. Franchement. Cela étant, je crois que je vais purement et simplement m’en désintéresser.
C'est moi qui graisse, car cette non-réponse témoigne avec beaucoup de clarté de l'état d'esprit de nombreux journalistes, qui préfèrent se retrancher derrière une déontologie improbable, voire introuvable, plutôt que de se remonter les manches pour affronter les problèmes à bras-le-corps.

Car mettre en avant des truismes factieux (le même ton que je n’aime pas, le même esprit négatif, la même inexplicable rage) évite surtout d'aller voir ce qu'il y a derrière : où elle pourrait découvrir, par exemple, que le soi-disant "ton qu'elle n'aime pas" ou les mêmes "esprit négatif" et "inexplicable rage" peuvent dissimuler l'amour d'un journaliste pour son métier ou d'un simple citoyen pour le sens et la valeur des mots, et que l'un se désespère de constater « L'aveuglement "radical et persistant" » de sa profession (si la presse n'aime pas Google, qu'elle fasse sans...), l'autre étant las de voir que ceux-là même qui brandissent l'écu de la déontologie à tout-va sont souvent aussi ceux qui prennent les gens pour des cons.

Et si je poursuis le raisonnement d'Aliocha, pour peu qu'elle en ait un qui se tienne, en quels termes faudrait-il lui présenter la situation désastreuse de la presse aujourd'hui pour que ses chastes oreilles ne soient point trop troublées par un ton qui dérange ou par un esprit négatif inexplicablement rageur ? Je m'interroge !

En Italie, 68% des gens pensent que les journalistes sont des menteurs ! Outre 60% qu'ils sont peu ou pas du tout informés, 55% qu'ils ne sont pas préparés à l'information (très mal préparés pour 32% et mal préparés pour 23%), 52% qu'ils ne sont pas indépendants, 48% qu'ils sont partiaux, 40% qu'ils sont corrompus, etc.

C'est la faute aux blogueurs, peut-être ? Et bien non, c'est une étude de journalistes ! Réalisée par des journalistes, pour des journalistes. Vous ne manquerez pas de me rétorquer que ce n'est pas en France, non, c'est clair, en France on en est loin, et pourtant c'est quand même en Europe, vous savez, l'Europe, là où ça va bien, pas comme aux États-Unis...

C'est pourtant aux États-Unis que je vois le plus de réactions, où des rapports nous disent que les rédactions doivent s'activer et les journaux américains tenter de s'adapter aux nouveaux usages induits par Internet (via Techcrunch) :
  • De plus en plus de journaux expérimentent le contenu généré par l'utilisateur : 58% autorisent les utilisateurs à publier des photos, 18% des vidéos et 15% des articles.
  • En 2008, 75% des sites de presse ont permis aux utilisateurs de commenter les articles, soit plus du double par rapport à l’année précédente.
  • 10% des sites de presse ont des fonctionnalités de réseaux sociaux : profils d'utilisateurs, possibilité de lier ses "amis", etc. Il est d’ailleurs surprenant que ce taux ne soit pas plus élevé.
  • 76% des journaux en ligne mettent en avant les contenus plus populaires sous une forme ou une autre (articles plus partagés par courriel, plus blogués, plus commentés, etc.). Contre 51% en 2007 et 33% en 2006.
  • Sans surprise, tous les journaux en ligne affichent des pubs : 100% ont des publicités contextuelles et 43% des annonces interstitielles.
  • Depuis deux ans, presque tous les sites de presse ont des liens d’intégration avec les sites de social bookmarking tels que Digg ou Delicious : 92% des journaux en ligne vs. 7% en 2006 !
  • Parmi les nouvelles fonctionnalités examinées cette année, l’étude constate que 57% des journaux en ligne ont une édition PDF, 20% des options de chat, 96% fournissent des infos sur la météo locale, 40% utilisent les alertes par SMS et 70% les calendriers événementiels communautaires.
  • Le nombre de sites qui exigent une inscription pour voir davantage de contenus (gratuits ou payants) a diminué depuis 2007.
  • Sur 100 journaux, tous ont une forme ou une autre de flux RSS. Ils étaient trois en 2007 !
Or donc, tendre et douce Aliocha, rendre compte de ça, est-ce faire preuve d' "agitation stérile et agressive" ? De même que proposer un modèle d'évolution aux dinosaures et aux autruches ?

Comme les lézards de la famille Podarcis sicula, dont l'on pourrait résumer la devise par l'adage suivant : s'adapter ou mourir. Extrait :
Cependant pour retourner à nos propres capacités d’adaptation, (...) j’en viens à me demander si la brillante intelligence dont l’homme est pourvu ne serait pas un simple ornement ne jouant aucun rôle dans sa capacité à s’adapter à un nouvel environnement. Car à voir l’entêtement que nous mettons à ne pas voir les changements (...), on est bien obligé de constater que notre belle intelligence et notre gigantesque culture, n’est qu’un ornement.
S'adapter, évoluer ou mourir :


Et puisqu'il faut bien conclure, la seule chose sur laquelle je suis d'accord avec vous (comme quoi...), c'est que si les journaux et les journalistes qui les font disparaissent, cela ne signifiera jamais que les blogueurs auront gagné, mais que « tout le monde sera perdant ». Triste, non ?


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P.S. En parlant de vivre ou mourir...



Via Martin Lessard, interview vidéo de Jean-Claude Guillebaud. De même que celle-ci, d'un journaliste, Dominique de Montvalon, qui n'a pas peur des mots...



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mercredi 17 décembre 2008

Aliocha, pourquoi tant de bêtise !?

Aliocha, pourquoi tant de bêtise !?

Réponse à un texte idiot d'Aliocha intitulé "pourquoi tant de haine ?" qui rentre bille en tête et plume au vent dans une poignée de blogueurs, dont moi, qui attendraient impatiemment, selon elle, la mort de la presse écrite et du journalisme, pour des raisons que Madame ou Mademoiselle peine encore à s’expliquer, laquelle poignée « s’agite » (normal, avec les plumes) pour démontrer elle ne sait trop quoi.

Ce qui nous a énervés ? Que la presse observe avec circonspection notre idole, Madame, ou Mademoiselle, a nommé St Google, le Grand, l’Unique, le Seul maître-étalon du web. La référence absolue, celui devant qui il convient de s’incliner et dont les règles sont les nouvelles tables de la loi. Voui.

Et de reprendre quelques-uns de "nos" arguments :
  • Internet va tuer la presse écrite
  • les éditeurs de presse se braquent contre Internet
  • les éditeurs de presse n’ont pas trouvé de modèle économique viable sur Internet
  • Internet a permis l’accès gratuit à des nouveaux canaux d’information plus riches et plus intéressants que les groupes de presse traditionnels : vaste fumisterie
  • Il faut supprimer la presse
en saupoudrant son tissu d'âneries de réflexions du genre :
- Pourquoi tant de rage ? Entre nous, je n’ai guère d’estime pour les gens qui tirent sur les ambulances.

- En réalité, ces gens ont une fâcheuse tendance à tout mélanger : le journalisme et les vecteurs de diffusion de celui-ci, leurs rêves et la réalité. Que cela vous plaise ou non le journalisme est un métier. Il consiste à se colleter aux événements et aux gens sur le terrain, pas à tripatouiller le mulot bien assis dans son fauteuil en se prenant pour Albert Londres.

- Au fond, je vais vous dire quelle est la logique qui soutend ce combat, à mon avis. Ces gens observent les difficultés de la presse et se disent “nous ferions de bien meilleurs journalistes, à nous le pouvoir”. L’information circule désormais en partie sur le web, nous écrivons sur le web, donc nous sommes journalistes. J’ai connu des syllogismes plus convaincants.

- Amis blogueurs, vos rêves de voir mourir la presse sont aberrants et je dirais même dangereux pour notre société. Je vais vous confier au fond ce qui me choque le plus : la manière dont vous niez absolument et totalement le rôle démocratique de la presse pour limiter vos analyses à des questions de plomberie. Parlons-nous de déontologie, vous hurlez au corporatisme, de fiabilité de l’information, et là vous ricanez. Entre nous, il faut être vachement gonflé pour s’opposer le plus sérieusement du monde aux tentatives actuelles d’imposer une déontologie dans l’information. Voilà qui me laisse rêveuse quant à la nature de vos motivations.
(...)
Conclusion, nous n’avons jamais eu autant besoin de professionnels de l’information et de déontologie. Ne vous en déplaise.
Je m'arrête là pour l'instant, mais il y a d'autres perles.

Donc pour résumer, la solide argumentation qui précède est écrite par une journaliste, Madame ou Mademoiselle, mais journaliste quand même, probablement habituée « à se colleter aux événements et aux gens sur le terrain, pas à tripatouiller le mulot » (elle, ce serait plutôt la plume, nous l'avions compris), et qui en connaît probablement aussi un rayon question "déontologie". D'ailleurs, ça se voit tout de suite à la manière dont elle traite un sujet.

Elle semble toutefois oublier quelques détails en chemin :

- Le déclin annoncé de la presse n'est pas un constat de blogueurs mais de la profession elle-même, ainsi que de tous les analystes qui se penchent à son chevet. Et de tous les rapports sénatoriaux, députoriaux (ça se dit pas ? ah bon !) et gouvernementaux dont j'ai tenté de dresser une liste probablement loin d'être exhaustive.

- Qu'il faille supprimer la presse, je me demande où elle a lu ça, la pauvre, là où je ne parle que d'adaptation et d'évolution. Encore une qui lit à l'emporte-pièce, convaincue de son bon droit autant que de sa mauvaise foi et pas le moins du monde intéressée par répondre aux arguments.

« Amis blogueurs, vos rêves de voir mourir la presse sont aberrants », amis, amis, c'est vite dit ! C'est quoi, ces privautés. Mes amis, je les choisis, et nous ne devons pas appartenir aux mêmes cercles.

Moi j'aime qu'on réponde à ce que je dis, pas à côté de la plaque. Ainsi lorsque vous affirmez :
Au fond, je vais vous dire quelle est la logique qui soutend ce combat, à mon avis. Ces gens observent les difficultés de la presse et se disent “nous ferions de bien meilleurs journalistes, à nous le pouvoir”
vous me faites pensez à votre confrère outre Atlantique qui invente un peu n'importe quoi (vous vous connaissez peut-être, qui sait ?) et voudrait suggérer aux blogueurs des règles sans "aucune valeur coercitive" mais interdisant par exemple « la publicité trompeuse, la diffamation, le vol du droit d’auteur, la fraude… » et l'adoption d’un guide de déontologie imposant :

- de s’assurer de la véracité des faits
- de ne pas induire en erreur avec des titres trompeurs
- de départager clairement l’opinion des faits
- de ne pas publier de rumeur
- de ne pas plagier
- de rendre compte des réalités sans préjugé
- de ne pas harceler les sources qui viennent de vivre un drame personnel
- etc.


Ah, ces blogueurs, ils font tout le contraire ! Et, de fait, je m'en rends bien compte en lisant votre texte, qui illustre la plupart de ces principes à la perfection, puisque vous les pratiquez vous-même avec tant de bonheur.

Ah que j'aurais aimé être journaliste, chère Aliocha, et comme je vous envie de n'avoir absolument rien, personnellement, « contre une redéfinition du journalisme intégrant les blogueurs au sein d’une déontologie et de règles de traitement de l’information communes. »

Oh, douce Aliocha, vous osez l'avouez : « Je l’ai déjà proposé, ça n’a interessé personne. Dont acte. », c'est tout à votre honneur, et croyez bien que je compatis, moi qui ne suis qu'un vil "harangueur de foule", "qui ricane quand les journalistes réfléchissent à leur avenir et qui se délecte des malheurs de la presse en croyant préparer mon prochain triomphe", moi, pauvre erre dont "l’inconséquence du discours le dispute à la sottise", incapable de dissimuler "la joie sadique avec laquelle j'observe le phénomène en tentant de démontrer que mon modèle non rémunérateur est drôlement plus malin que le modèle en difficultés de la presse", inapte à saisir "la nuance du problème" et tellement ignare et impardonnable de n'avoir pas encore compris que "si ça va mal aux US, ça va bien dans nombre de pays européens" !

Ô Aliocha, merci de m'avoir ouvert les yeux sur la grandeur du journalisme, vous voyez, finalement, même les blogueurs les plus crasses sont capables de faire amende honorable. Allez, sans rancune...


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dimanche 14 décembre 2008

Jurassic Presse et Google

Jurassic Presse et Google

Réaction inspirée par la lecture de trois billets :
  1. Vive la gougueulitude !
  2. États Généraux : Google en position d’accusé
  3. Google sous le feu des États généraux
Selon moi toute l'histoire de l'opposition presse / Google repose sur un gigantesque malentendu, entretenu à l'envi par les tenants de monopoles et de modèles qui ne tiennent plus la route, mais qu'il importe de préserver le plus longtemps possible et par tous les moyens, vu ce qu'ils rapportent - moins encore par leur pouvoir économique déclinant que par leur pouvoir d'influence toujours vital pour le pouvoir tout court...

Commençons par le billet d'Aliocha, qui trouve opportun de préciser :
Heureusement que je n’ai pas lu cette merveille sous la plume réjouie d’un blogueur anti-journaliste et pro-web, sinon je crois que ce blog se serait instantanément auto-détruit sous l’effet de la colère.
Sous la plume d'un blogueur certainement pro-Web mais en aucun cas anti-journaliste (quand bien même il faudrait s'entendre sur le sens et les implications du terme "journaliste" en 2008...), elle aurait peut-être pu lire avec plus grand profit une "vieille" réflexion sur certains changements de paradigme et l'émergence de la règle G + 2H + 5W.

Car en fait, donner dans la caricature tant dans les propos rapportés (« déformer la langue française pour répondre aux exigences d’un algorithme de langue anglaise c’est tout de même un peu gênant ») que tenus (« je ne serais pas non plus webesquement correcte, et je m’insurge contre l’internetitude », ..., « quel respect devrais-je à un système qui encourage toutes les dérives orthographiques, grammaticales et autres, simplement pour faire plaisir aux publicitaires ? »), ça fait certainement sourire le gogo, mais ça ne donne en rien une idée du "vrai" problème, qui est celui d'adapter aux nouveaux usages ce que devraient être une presse et un journalisme modernes. Et donc ça enlise le débat plutôt que de la faire avancer.

Car personne ne saurait sérieusement nier que le Web induit de nouveaux usages d'un côté, et que l'on a une impérieuse nécessité de voir l'émergence d'une presse et d'un journalisme modernes de l'autre.

Et si vous me demandez ce que devraient être "cette presse et ce journalisme modernes", je vous renverrais à différents billets que j'ai écrit sur la question, sans pour autant me prétendre exhaustif : Etc.

Car comme l'observe si justement Narvic, s’attaquer à Google, « c’est s’attaquer à des conséquences, pas à des causes ».

Remarquez, il n'y a pas de quoi s'étonner : s’attaquer aux causes, cela voudrait dire prendre acte des vrais problèmes, parfaitement identifiés (ce ne sont pas les rapports qui manquent...), pour les résoudre. Or il est bien plus facile de cacher tout ça derrière la grande mascarade des états généraux de la presse, pour au final faire cracher le contribuable au bassinet et le traire à volonté afin de perpétuer des rentes de privilèges...

Pourtant, lorsque l'on a des dialogues avec d'un côté Josh Cohen, patron de Google News :
- « Chaque page est désormais une Une »
- « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
- « Personne, pas même Google, ne peut renverser cette tendance. Votre modèle d’affaires doit changer »
et de l'autre des arguments tels que :
- « Et actuellement, avec la crise, des gens sont en train de mourir. Nous ne faisons pas assez d’argent pour vivre en ligne ».
- « Et ce que nous entendons aujourd’hui signifie que nous sommes donc livrés à nous-mêmes, malgré les déclarations d’Eric Schmidt. Vous acceptez donc la fin des news comme nous les avons connues ».
- « Vous avez une responsabilité sociale à assumer vis-à-vis des organes de presse. Vous devez prendre cela au sérieux »
il est clair que les interlocuteurs ne sont pas sur la même longueur d'onde...

L'un parle d'évoluer et de s'adapter, les autres de mourir et d'assistanat (les grabataires de l'info :-). Tout prêts à invoquer l'ombrelle souveraine de l'État-Providence d'un côté, et de l'autre la responsabilité sociale de Google vis-à-vis de qui va mourir. De suite les grands mots. Je vous dis pas, ils en rigolent encore à Mountain View : - « qu'est-ce qu'ils sont cons, ces français ! »

En anglais dans le texte.

Qu'il y ait un problème de partage des revenus publicitaires, c'est évident. Mais comme l'observe justement Vanch, la situation est tout à fait comparable à celle de la distribution en France et des grandes centrales d'achats, et c'est juste un rapport de force entre différents acteurs de la chaîne. Il y en a d'autres...

Du reste il n'y a pas que Google dans la pub : outre les différentes régies établies par pays, Microsoft, AOL et Advertising.com, Yahoo!, Federated Media, Commission Junction, Glam Media, etc.

L'histoire et l'exemple de Glam Media, qui continue d'évoluer et de s'adapter, seraient d'ailleurs très riches d'enseignements pour nos quémandeurs de profession...

Pour autant, si vous n'êtes pas contents de Google, allez chez les autres. Ou créez la vôtre (votre propre régie publicitaire, j'entends), ce ne sont ni les moyens qui vous manquent, ni les chiffres, ni les ressources, ni les contacts, ni les appuis... Et lorsque Bruno Patino constate : « L’écosystème des news est en train de mourir », c'est tout simplement faux !

C'est juste un écosystème dépassé qui refuse de s'adapter et d'évoluer qui est en train de mourir. Ce n'est pas la même chose. L'autre écosystème, l'écosystème des news sur Internet, est en pleine croissance. Avec des budgets pubs qui ne cessent d'augmenter.


Voir également ici, puisqu'on parle d'écosystème...

Donc face à des monopolistes mastodontes sans la moindre agilité ni inventivité, d'autres acteurs et alternatives voient le jour pour créer de toutes pièces de nouveaux écosystèmes de news : Wikio et Techmeme, Aaaliens et Publishing 2.0, Drudge Report ou Huffington Post, des réseaux de blogs nouveaux médias (Techcrunch, Read Write Web, etc.), une concurrence jeune, qui en veut et ne va pas manquer d'asseoir et consolider ses positions pendant que les autres pleurent...

Non, la réponse se dissimule en partie dans les propos de Josh Cohen :

- « Chaque page est désormais une Une »
- « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
- « Votre modèle d’affaires doit changer »


Et j'ajouterais :
- Apprenez les nouveaux usages, ne croyez plus que vos journaux-marques sont le centre du monde, car le nouvel écosystème de news se met en place et évoluera avec ou sans vous. Donc soit vous prenez le train, soit vous le ratez, or il me semble que vous avez déjà loupé pas mal de gares... Mais de grâce ne vous trompez plus de sens, ni l'info ni le lectorat ne vous attendront davantage !
Prenez-en acte ou mourrez ! Un avenir que vous semblez appeler de tous vos vœux et de toutes vos ultimes forces. Honte à vous !


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P.S. Si vous souhaitez une formation ou un coaching, contactez-moi :-)

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Le Web 08 - le retour !

Le Web 08 - le retour !

Je vous avais dit que j'y allais, me voici de retour.

Commençons tout d'abord par quelques instantanés pris sur le vif : Paulo Coelho, Pierre Chappaz, Chris Anderson (TED), Nicolas Charbonnier, Maurice Lévy, PDG de Publicis, Marissa Mayer interviewée par Michael Arrington et Loïc Le Meur, des Mariachis qui chantent Besame mucho et la remise des prix aux start-ups par Christine Lagarde en personne.



La qualité est pas super, mais bon, si vous voulez du pro, voyez les vraies vidéos...

Beaucoup de photos (plus de 5 000 !) également sur Flickr et Fotonauts.

À part ça, que dire ? Laissons de côté les inévitables polémiques (prix du billet, le froid, la disette, LLM vs. MA, etc.) pour quelques impressions d'ensemble.

I. L'amour

Le thème du Web 08, c'est le business, pas l'amour. Les gens vont à cette conférence, incontournable, pour y faire des affaires, c'est tout. Le reste c'est bien gentil, mais l'essentiel est moins dans ce qui se dit sur scène que dans ce qui se passe autour.

D'ailleurs les conférences, d'une qualité fort inégale, ne sont suivies que par une minorité de participants, la majorité préférant réseauter à qui mieux mieux.

II. Les rencontres

Heureusement que le public est international, car un tel congrès franco-français serait insupportable ! Avec l'establishment des gens qui comptent ne daignant pas même jeter un œil condescendant sur l'illustre inconnu que vous êtes... Quant à vous adresser la parole, n'y pensez pas !

Plusieurs rencontres sympas : Chauffeur de Buzz, Nicolas Charbonnier, Franck Perrier, quelques membres des Explorateurs et de Twiger, d'autres encore. Plus une certaine jubilation lors de la soirée MySpace, de voir Eric Dupin s'en donner à cœur joie en dansant sur un tube de ... Kelly Minogue !

Enfin, des discussions prometteuses avec Laurent Binard, qui m'a invité à déjeuner dans un cadre vraiment super (qualité du lieu et des mets), et l'équipe de Freddy Mini, puisque l'Italie intéresse fortement aussi bien Wikio que Netvibes...

L'Italie, tiens, ça me dit quelque chose :-)

Et pour finir, bravo à Loïc Le Meur d'organiser un tel événement, d'ailleurs je partage beaucoup des mots prononcés dans cette vidéo :

À l'année prochaine ... j'espère !


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