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samedi 23 septembre 2006

Palimptexte : une tentative de définition

[MàJ - 4 avril 2016] Le palimptexte terminologique

Rappel tiré de « L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte », première partie de cet essai :
Pourquoi un néologisme ? Au-delà de ce que je vois pratiquement comme une double justification, s'agissant à la fois de la création d'un mot nouveau pour rendre compte d'un nouvel usage, et de l'emploi d'un mot quasi-préexistant dans un sens nouveau, je dirais que la réponse est un peu une lapalissade : parce qu'il désigne une réalité qui n'a jamais existé jusqu'à présent.

Positionnement étymologique

De l'écrit à l'écran

Le palimptexte par l'exemple
1. le texte
2. l'auteur
3. le lecteur

Conclusion

* * *

Positionnement étymologique

Palimptexte est un néologisme ayant une double origine :
  1. l'emprunt à un état plus ancien de la langue, le substantif palimpseste, dont il hérite à la fois la connotation du signifié (par son voisinage de sens) et du signifiant (par sa proximité phonétique) ;
  2. la formation par composition, processus qui consiste à créer un mot en assemblant plusieurs parties, puisque les éléments qui le forment sont le préfixe "palimp", dérivé de palimpseste, et la racine "texte", qui en constitue l'étymon.
Aux puristes qui seraient tentés d'objecter que mon cheminement néologique est peu orthodoxe, je conseillerais de lire et relire certains auteurs reconnus de notre chère littérature française, de Rabelais à Antonin Artaud ou Frédéric Dard, j'en passe et des meilleurs...

Non pas que je veuille me comparer à eux, loin de là, mais mieux vaut anticiper. :-)

Ceci étant posé, rentrons dans les détails de sa composition :
  • "palimp" : vient de palimpseste, qui tire lui-même son préfixe de l'adverbe grec "palin", aux sens multiples : « en revenant en arrière » (palingénésie) (palinodie, dont l'origine première du nom est celle d'un poème dans lequel l'auteur revient sur ce qu'il a dit dans un poème antérieur !), « en sens contraire » (palindrome), « de nouveau » (palimpseste, feuille de papyrus ou parchemin manuscrit « gratté de nouveau », c'est-à-dire dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire dessus un nouveau texte) ;
  • "texte" : emprunté au latin textus, littéralement « ce qui est tramé, tissé », substantivation du participe passé passif de texere, « tramé, enlacé », lui-même à l'origine de texture (--> tissu, tissage, qui se dit aussi de l'agencement des parties d'un texte, d'un discours) et de tessiture (terme spécialisé en musique pour désigner l'étendue des sons qu'une voix ou un instrument peut émettre sans difficulté).
Précisions extraites du Robert historique de la langue française.

Ces explications étymologiques nous fournissent donc un nouvel éclairage sur la dimension plurielle du terme, capable de réconcilier, d'une part, la nature bidirectionnelle de l'hypertexte (la progression vers un nouveau lien d'arrivée ou de transit et le possible retour en arrière vers le lien de départ) et, de l'autre, la nouvelle forme de texte écrit/oral qu'est le palimptexte.

Ou s'il ne l'est pas encore tout à fait, il ne va pas tarder à le devenir ! Car depuis quand un « texte » est-il capable d'intégrer, non plus des images simples, mais des images en mouvement, non plus seulement des mots écrits, mais aussi des mots parlés, chantés ?

À raison Olivier Ertzscheid inclut dans sa thèse l'hypermédia dans l'hypertexte, en précisant que le premier « s’inscrit dans le cadre d’analyse offert par » le second, et non le contraire. [Début]

* * *

De l'écrit à l'écran

Cette nouvelle richesse de l'ancien texte est permise par les facteurs suivants, considérés dans leur ordre d'apparition :
  • le passage de l'écrit sur support écran
  • l'avènement de l'hypertexte
  • l'internettisation des STIC
Une transition qui ne va pas sans paradoxe, comme le note fort justement Laurent Jenny, puisque le support écran « offre à la fois moins qu'un texte (par les contraintes spatiales de l'écran) et plus qu'une bibliothèque (par le réseau virtuellement infini des liens qu'il propose). »

Au risque d'énoncer un truisme, je dirais que la nature du texte sur Internet est fondamentalement différente de celle du texte tel que notre culture l'a assimilé durant le dernier millénaire.

Si chronologiquement l’hypertexte a pu naître comme un hyponyme du texte, aujourd’hui je ne crois pas qu’on puisse sérieusement soutenir que le texte est l’hyperonyme de l’hypertexte : texte et hypertexte englobent chacun des notions qui ne se recoupent que partiellement, le texte actuellement défini dans nos dictionnaires n’ayant plus grand chose à voir avec le texte internettisé, que l’on ne peut plus se contenter de qualifier d'hypertexte par défaut, en fourrant tout et davantage dans ce mot-valise sans qu’on comprenne vraiment ce dont il retourne.

Ce billet n’est pas le lieu où analyser dans le détail les différences entre « ancien texte » et « nouveau texte », aussi me limiterai-je à signaler que la dimension littéraire presque toujours explicite ou implicite lorsqu’il est question d’ « ancien texte » est a contrario très marginale pour le « nouveau texte », plus proche du message, puisque « la technologie de l’hypertexte encourage une lecture ergative, tournée vers l’action et la recherche de réponses brèves et rapides… », selon Christian Vandendorpe.

Il y a donc nécessité, ne serait-ce que pour mieux comprendre de quoi on parle, et urgence à nommer ce « nouveau texte » : palimptexte est sa traduction étymologique. [Début]

* * *

Le palimptexte par l'exemple

Prenons un billet de blog. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, mais que je trouve significatif et représentatif de ce qui différencie le palimptexte du texte traditionnel. Au cœur de cette différenciation est l'interactivité, qui va bien au-delà de l'hypertexte (celui-ci n'étant qu'un moyen de celle-là), une interactivité qui est « le mode principal et la condition première » du principe d’organisation de l’hypertextualité, certes « pas réductible à l’hypertexte », toujours selon Olivier.

Lequel précise que les trois entités qui fondent la notion d'hypertextualité sont :
  1. le texte
  2. l'auteur
  3. le lecteur
organisées selon « un schéma pyramidal classique, à deux dimensions (avec le texte comme sommet et le lecteur et l’auteur comme base). » Permettez-moi d'y inclure une représentation graphique :


Et d'ajouter :
Ce qui change, ce n’est pas la perception que nous avons des fonctions dévolues à chacune d’elles, mais la perception des rapports organisationnels qui les lient. (...) [Où] l’hypertexte marque le passage vers un espace multidimensionnel dont ces trois entités sont autant de formes possibles et mouvantes.
Or si je suis d'accord avec la deuxième partie de l'énoncé, j'ai des difficultés à saisir les implications de la première. Je crois en effet que les fonctions traditionnelles du texte, de l'auteur et du lecteur sont profondément modifiées sur, pour et par Internet. [Début]

1. Le texte

Le nouveau texte réconcilie l'oralité et la scripturalité, à tel point qu'on ne sait plus très bien si l'écrit est médiatisé par l'oralité ou si c'est le contraire. Les deux probablement, dans une oscillation et une tension qui dépendent autant des goûts et de l'humeur du moment de l'auteur que des dispositions personnelles de ses lecteurs. À quand la possibilité de podcaster les commentaires ?

Outre les nouvelles formes d'expressivité qu'il permet (smileys, ponctuation expressive, autoportraits, capitales, citation automatique, etc.), le nouveau texte peut être catégorisé, noté, syndicalisé, socialisé, hyperlié à toutes les sauces : trackbacks, pingbacks, refbacks, etc., autant de feedbacks répercutés à l'initiateur du message.

Et prendre en exemple les billets de blog n'est pas anodin, puisque c'est sûrement la forme qui se prête le mieux à un dialogue asynchrone (même si on pourrait en dire autant des courriels, des forums, etc.), qui laisse à chacun/e le choix de son rythme et du moment de sa communication. Pour reprendre un slogan cher à Loïc Le Meur : « Les blogs démarrent des conversations ». A priori sans frontières, sinon celles de qui préfère se taire, ne pas répondre, ne pas se dévoiler...

Une situation de « co-présence » où « L’auteur d’un message se voit dépris de son autorité sur celui-ci. Son texte s’engage dans une dynamique provoquée par l’ajout d’autres messages. », induisant « une co-construction du sens dans l’interaction », selon les mots de Philippe Hert, cité par Olivier.

C'est sur ce point que je suis en désaccord. Je ne vois pas en quoi les ajouts faits à mes textes, en positif ou en négatif, me priveraient de mon autorité sur ces mêmes textes ! Probablement parce que, pour moi, être auteur fait partie de ma nature, et non pas de ma fonction. [Début]

2. L'auteur

Pour Olivier, le « rôle en même temps que le statut de l’auteur tel que nous les connaissons, semblent voués à une prompte disparition », au point qu'il est désormais nécessaire de « repérer les nouveaux espaces où demeure en permanence tangible la présence et l’influence de la fonction-auteur », en faisant passer la fonction devant la nature.

Un postulat envers lequel je m'inscris en faux, non pas par esprit de vaine polémique, mais simplement parce que ça ne correspond pas à mon expérience personnelle, qui sort totalement des limites de cette discussion. La position d'Olivier est longuement et scientifiquement argumentée, la mienne est totalement subjective et intuitive, quand bien même basée sur mon vécu.

En outre, Christian Vandendorpe, auteur de l'essai intitulé Du papyrus à l'hypertexte, remarque justement « le fait que l'écriture hypertextuelle destinée à la publication entraîne des contraintes qui excèdent de loin celles de l'écriture traditionnelle. Pour faciliter la tâche du lecteur et lui donner un certain contrôle sur la gestion de l'information qui lui est présentée, le producteur du texte devra consacrer un temps considérable à la mise en forme de la matière textuelle, en la segmentant et en établissant des liens d'un fragment à un autre. »

Car comme je le disais dans une interview en réponse à la question « Que t'a amené ton blog jusqu'à présent ? » :
Le double de travail ! Beaucoup de nuits blanches (un lien de parenté secrète avec Armand Robin…) et de disponibilité soustraite à ma famille, parfois les réprimandes justifiées de ma femme et les demandes non moins justifiées de Paul, mon petit garçon de 4 ans et demi qui voudrait tout le temps de son papa pour lui – comment le lui reprocher ?
Sur l’autre plateau de la balance, de nombreuses rencontres inattendues et enrichissantes. Outre une certaine intelligence des moteurs (dont Google, primus inter pares), et une visibilité certaine : en termes d’image et de réputation, j’ai obtenu plus en 6 mois avec Adscriptor qu’en 2 ans avec mon site pro, désormais moins fréquenté que mon blog !
Mais en aucun cas je le fais parce que je me sens investi d'une fonction quelconque. Je le fais d'abord pour moi, parce que ça correspond à ma nature et à mon besoin impératif de communiquer. Si on me répond, je suis heureux, c'est le but, mais même si personne ne me répond, ça ne m'empêche pas pour autant de dire... [Début]

3. Le lecteur

Je partage davantage les positions exprimées par Olivier dans sa thèse sur le lecteur, points 4.2 (Les nouveaux visages du lecteur) et 4.3. (De l’auteur au lecteur) (pages 56 à 62), ce dernier point se terminant sur le chapitre 4.3.2. (De l’identité aux nouvelles organisations mémorielles), duquel j'extrais cette citation, en réponse (à peine ébauchée, il est vrai) au commentaire de Sylvain :
...il est une chose qui ne peut être renégociée au plan individuel sans entraîner de profonds bouleversements au plan collectif : il s’agit de la mémoire. Pour l’auteur comme pour le lecteur, du fait d’une part de la richesse et de la puissance des outils de création/navigation dont ils disposent, et du fait d’autre part, de ces nouveaux rôles et fonctions qu’il leur faut souvent simultanément découvrir et maîtriser, la part essentielle de ce rapport à l’œuvre habituellement dévolue à l’activité mémorielle se délite au profit d’une simple engrammation vers des mémoires de plus en plus externalisées.
Et qu'en sera-t-il « (l)orsque le procédé de l'encre électronique sera commercialisé sous la forme d’un codex numérique plastifié offrant une parfaite lisibilité en lumière réfléchie, comparable à celle du papier - ce qui devrait être courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait guère de doute que la part du papier dans nos activités de lecture quotidienne descendra à une fraction de ce qu'elle était hier. En effet, ce nouveau support portera à un sommet l'idéal de portabilité qui est à la base même du concept de livre. Tout comme le codex avait déplacé le rouleau de papyrus, qui avait lui-même déplacé la tablette d'argile, le codex numérique déplacera le codex papier, même si ce dernier continuera à survivre pendant quelques décennies, grâce notamment au procédé d'impression sur demande qui sera bientôt accessible dans des librairies spécialisées. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages susceptibles de permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de revues, le codex numérique offrira en effet au lecteur un accès permanent à la bibliothèque universelle. En plus de cette ubiquité et de cette instantanéité, qui répondent à un rêve très ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de l'indexabilité totale du texte électronique, qui permet de faire des recherches plein texte et de trouver immédiatement le passage qui l'intéresse. Enfin, le codex numérique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothèque et accélérera la mutation d'une culture de la réception vers une culture de l'expression personnelle et de l'interaction. » (Christian Vandendorpe) [Début]

* * *

Conclusion

En 2010-2015 et au-delà, il est probable que l'organisation hypertextuelle dont parle Olivier aura fait place à la désorganisation hypertextuelle la plus totale parmi les 200 milliards et plus de pages Web indexées par GYM et les autres, et que les milliards de nœuds du réseau qui composent l'Hypertexte planétaire seront moins formés par des liens que par des ordinateurs au contenu indexé des internautes.

Ce jour-là, qu'en sera-t-il du texte et des antiques pouvoirs du papier ? Même si pour moi l'avantage du livre sur Internet restera toujours que le réseau des réseaux ne satisfait que la vue et l'ouïe, là où le livre y ajoute le toucher et l'odorat du papier. Mais ça reste une question de goût personnel :-)

Et quid de mon pauvre palimptexte ? Passera-t-il à la trappe des oubliettes du Web ou mettra-t-il racines dans le terreau de l'implantation terminologique ? En pleine symbiose rhizomatique... Qui sait :-) [Début]


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mardi 19 septembre 2006

L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte


Suite : Palimptexte, une tentative de définition

[MàJ - 4 avril 2016] Le palimptexte terminologique

Préambule
L'hypertexte
Le palimpseste
Le palimptexte

* * *

Préambule

Billet éminemment subjectif auquel je pense depuis des mois, exactement depuis que j'ai lu Ipertesto. Il futuro della scrittura (Bologna, Baskerville 1993), traduction italienne de l'essai de George P.Landow, intitulé Hypertext. The Convergence of Contemporary Critical Theory and Technology (Baltimore, The Johns Hopkins University Press 1992), dont le titre littéral serait Hypertexte. Convergence de la théorie critique contemporaine et de la technologie, malheureusement non traduit en français, à ma connaissance. Ce qui est quand même dommage.

Un livre passionnant, dans lequel je n'ai pourtant trouvé aucune définition de l'hypertexte me convenant, c'est-à-dire qui correspondrait, ou, pour le moins, cernerait au plus près l'idée que je m'en fais d'après mon expérience presque quotidienne d'internaute.

Pour moi Internet a 10 ans, puisque je me suis connecté pour la première fois au réseau des réseaux début 1996. J'aurais pu le faire en 1995, or j'y ai pensé pendant des mois avant de me lancer. Ça va sûrement vous faire sourire, mais j'envisageais cette première connexion comme un saut dans l'inconnu d'Internet tel que je l'imaginais, à savoir un gigantesque trou noir engloutissant à la fois le temps, l'espace et la perception spatio-temporelle qui avait accompagné les 40 premières années de ma vie.

Je sais bien en disant cela que les jeunes qui me liront penseront immanquablement « c'est qui ce vieux schnock ? », mais peu importe, telle est mon expérience. Je me rappelle d'ailleurs ma première connexion et ma première recherche, une recherche de traducteur, toujours en quête de glossaires pour l'aider dans son métier. Mot saisi dans le moteur (Google n'existait pas) : « glossary ». Résultat : 300 000 occurrences en moins d'une seconde. J'ai tout éteint ! Énorme ! J'avais besoin d'y penser. J'ai largement dépassé depuis 1 Téraoctet de données stockées, dont des dizaines de milliers de glossaires, tandis qu'aujourd'hui sur Google j'obtiens ... 248 millions d'occurrences sur la requête « glossary », soit près de 1000 fois plus qu'il y a dix ans. Sans commentaires :-)


Donc après une décennie de navigation intensive, quasiment always on, mon travail aidant, voici que je me risque à proposer « une » définition, suggérée par « mon expérience utilisateur ». [Début]

* * *

L'hypertexte

Il est clair que le socle d'Internet grand public est l'hypertexte, tel qu'il a été défini par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau dans le document fondateur WorldWideWeb: Proposal for a HyperText Project.

Il est tout aussi clair qu'au-delà de cette définition purement technique, il en est une multitude d'autres possibles, inutile de tenter d'en faire le tour, ce serait aussi vain qu'illusoire. Je vous renvoie donc à la consultation de la thèse de doctorat d'Olivier Ertzscheid, intitulée « Les enjeux cognitifs et stylistiques de l'organisation hypertextuelle : le Lieu, Le Lien, Le Livre », un Monument, au propre et au figuré, 467 pages de pur savoir, un travail hautement admirable que devrait étudier tout internaute soucieux de naviguer moins bête.

On en apprend à toutes les pages. Notamment que la première occurrence d'hypertexte remonte à 1965, sous la plume de Théodore Nelson (p. 20), à l'origine du projet Xanadu dès 1960. Avant de retrouver une autre idée de l'hypertexte 17 ans plus tard chez Gérard Genette (p. 22) :
J’appelle donc hypertexte tout texte dérivé d’un texte antérieur par transformation simple (nous dirons désormais transformation tout court) ou par transformation indirecte (nous dirons imitation).
Citation extraite de Palimpsestes. La littérature au second degré (Paris, Seuil 1982), dans lequel la notion d'hypertextualité est ainsi définie par l'auteur :
J'entends par là toute relation unissant un texte B (que j'appellerai hypertexte) à un texte antérieur A (que j'appellerai, bien sûr, hypotexte) sur lequel il se greffe d'une manière qui n'est pas celle du commentaire.
« La relation de coprésence de deux ou plusieurs textes » caractérisant l'intertextualité, d'après Genette, souvent confondue ou assimilée à tort à l’hypertexte, selon Olivier Ertzscheid, pour qui, « à l’inverse, l’intertextualité est un épiphénomène d’une organisation hypertextuelle des textes. » (p. 5), l'épiphénomène étant un phénomène accessoire, secondaire, « qui accompagne le phénomène essentiel sans être pour rien dans son apparition ou son développement » (Petit Robert). [Début]

* * *

Le palimpseste

Palimpsestes. Le mot est lancé. Souvent associé à certaines caractéristiques d'Internet, c'est ainsi qu'en mars 2005 Martin Lessard a pu définir le Wiki comme un palimpseste technologique, malgré les différences judicieusement observées par Jean Véronis. C'est encore l'effet palimpseste décrit par Luc Legay :
...le principe de fonctionnement des wiki, comme celui des CVS, est un principe de palimpseste. Les contributions s'empilent jusqu'à atteindre un certain seuil d'utilisabilité, au-delà duquel un effet palimpseste d'effaçage et de réécriture permet de retrouver une certaine lisibilité.
Autant de contributions qui s'écoulent dans le flot de l'histoire [« outil » mis au point par la recherche IBM pour une « visualisation dynamique de l'évolutivité des documents, des interactions et du travail collaboratif d'auteurs multiples » (visualizing dynamic, evolving documents and the interactions of multiple collaborating authors)] du versioning, qu'Olivier Ertzscheid désigne par « l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle (d’un hypertexte local à l’hypertexte planétaire), les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées. » (p. 7), en l'identifiant comme un problème central (p. 99) et en citant André Heck :
« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle de l’information fluide. (...) Ce nouveau concept en implique d’autres tels que la stabilité ou l’instabilité des documents, ainsi que la génétique de document : au-delà de son éventuelle évolution propre permanente, un document peut donner le jour à d’autres (...) d’abord liés à lui-même ; la pertinence de ceux-ci peut (...) supplanter celle du document géniteur qui ‘meurt’ virtuellement. »
Lire tout le point 4.6.4 (pages 203-206), qui se termine sur une « vue synoptique des problématiques du lien » :


et introduit le point 4.7, Transclusion, concept que Ted Nelson a étendu ensuite à celui de Transpublishing :


puis de Transquotation et Transcopyright.

Un « recyclage » planétaire né avec le Web, où l’hypertextualité n'y est en aucun cas l' « indice d’un renoncement de l’auteur à son identité individuelle comme à son accomplissement personnel » mais bien la possibilité nouvelle et extraordinaire, jamais expérimentée à une telle échelle depuis l'aube de l'humanité, « de diffuser, contrôler, créer, mixer et remixer du contenu sur Internet », pour reprendre les mots de Martin Lessard qui m'ont fait défaut pendant des mois.

À phénomène nouveau, nouvelle désignination, bien avant d'en connaître la définition, j'avais nommé PALIMPTEXTE mon intuition. [Début]

* * *

Le palimptexte

Pourquoi un néologisme ? Au-delà de ce que je vois pratiquement comme une double justification, s'agissant à la fois de la création d'un mot nouveau pour rendre compte d'un nouvel usage, et de l'emploi d'un mot quasi-préexistant dans un sens nouveau, je dirais que la réponse est un peu une lapalissade : parce qu'il désigne une réalité qui n'a jamais existé jusqu'à présent.

Il y a certes des alchimies secrètes qui traversent les siècles comme une prémonition, une précognition. Ce sont les mains de Gargas qui font pleurer Dominique Autié et dire à l'un des visiteurs qu'il accompagne :
Vous m’avez fait comprendre, à l’instant, en quelques mots devant les empreintes de la grotte, comment fonctionne mon ordinateur et comment fonctionne Internet !

Ce sont encore les liens (d)écrits en 1591 dans le Traité des liens (De vinculis in genere) par Giordano Bruno, lui qui était doté d'une mémoire prodigieuse et fut l'auteur de deux ouvrages sur la mnémotechnique. Or qu'est-ce qu'un hyperlien sinon un ancrage mnémotechnique ?

Comme Stendhal, lequel, pour pallier les défaillances de sa mémoire, (...) avait pris l’habitude de noter ses pensées dans les marges des livres, d’une écriture souvent chiffrée ou iconique, qui jouait ainsi le rôle d’un « ancrage » de lien mnémonique. (Selon Jean-Louis Lebrave, repris par Jean Clément, qu'Olivier Ertzscheid cite dans sa thèse, note n° 106, p. 97).

Or en essayant de tracer les contours de cette réalité « qui n'a jamais existé jusqu'à présent », je me rends compte qu'il ne me faudra pas moins que l'espace d'un nouveau billet (inutile d'alourdir excessivement celui-ci) pour accorder toute la place qui lui est due à ce nouvel « écrit en gestation », dont je ne connais hic et nunc que le titre : Palimptexte, une tentative de définition.

Si entre-temps vous souhaitez me proposer vos remarques/critiques sur ce qui précède, je m'efforcerai d'en tenir compte au cours de ma rédaction. [Début]


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