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mardi 25 septembre 2007

Communication : mon premier contrat !

Ce matin, en lisant mon courrier, j'ai eu l'heureuse suprise de découvrir qu'on me passait commande pour rédiger un publirédactionnel. C'est la première fois depuis mars 2005, date d'inauguration d'Adscriptor. Presque un rêve !

Le donneur d'ordre est le Studio 92 Snc, dont je reproduis ci-après la lettre que m'a envoyée son administrateur, Jean-Marie Le Ray (encore un cas flagrant d'homographie patronymique !) :
Très cher,

Les hasards de l'Internet m'ayant conduit sur votre blog, et notamment sur la dernière phrase de ce billet, d'emblée mon attention a été capturée par la haute tenue de votre écriture Web : un style ébouriffant, un propos pertinent, un raisonnement limpide, on sent le pro !

D'ailleurs c'est gravé au frontispice d'Adscriptor : « Confiez-moi vos idées, je les traduirai en mots. C'est mon métier ! » Quelle cohérence ! Quel souffle !

C'est clair, vous réunissez là les deux plantureuses mamelles du concepteur-rédacteur !

Outre un lectorat si vaste et qualifié que les statistiques du Chauffeur de Buzz font pâle figure à côté des vôtres. ;-)

Or étant moi-même dépourvu de talent littéraire et de verve, je me permets de compter sur vous pour obvier à cette double lacune. D'où ma requête : accepteriez-vous - contre espèces sonnantes et trébuchantes, il va sans dire - de rédiger un article de fond sur ma société ?

En deux mots, Studio92.eu est une société majeure (puisqu'elle va gaillardement vers sa 19ème année) du PIF qui traduit, conseille, optimise, localise et développe moteurs de recherche (comme Google, oui, oui) et glossaires multilingues. Entre autres projets...

Que je vous laisse donc le soin de présenter, vous trouverez ci-jointe la documentation nécessaire.

Votre dévoué,

JML
Dont acte. Le temps d'étudier les documents reçus, et je vous reviens avec un publirédactionnel tout beau tout neuf, qui s'intitulera « Communication : les projets d'avenir du Studio92.eu »...

Stay tuned ! comme on dit dans l'arrière-pays :-)


P.S. Modeste est mon deuxième prénom...

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mercredi 11 juillet 2007

Comment écrire un billet de blog ?

Comment écrire un billet de blog ?

Vieille interrogation qui monte en puissance. Googlez l'expression, vous obtenez 2 millions de résultats ! C'est dire s'il y en a des recettes. La moindre des choses pour un cocktail. Car écrire un billet de blog est un cocktail, dont l'ingrédient essentiel n'est pas l'écriture, comme on aurait tendance à le croire, mais la lecture !

Pour écrire un (bon) billet, il faut commencer par lire. Lire partout, de tout, à tout propos. Lire poussé par une curiosité inextinguible. Sur tous ses sujets d'intérêt, c'est clair, la reproduction des gastéropodes et autres arguments connexes ne branchent pas particulièrement les internautes.

Ensuite c'est le cerveau qui travaille tout seul, par associations. Au fur et à mesure que vos neurones enregistrent des bouts d'infos ici et là, elles se chargent de les mettre en relation pour en dégager une synthèse. Ne vous reste plus qu'à réordonner le puzzle de ces bouts éparpillés pour recomposer l'info tout court, celle qui fera l'objet de votre billet.

Et si logiquement votre main est connectée à votre cerveau, alors les doigts commencent à courir sur le clavier et à enfoncer des touches. Non point au hasard, mais avec la prescience de l'écrivain (d'autres appellent ça la crampe…).

Le tout produit un texte, avec son style, son rythme propres. Bloguer, c'est comme … (remplissez les pointillés), il y en a qui font court et souvent, d'autres qui font long et plus rarement, il y a des fainéants, des négligents, des champions qui font long et souvent (ceux que j'appelle les obsédés textuels, en rapport avec la crampe…), etc. Chacun se situe où il veut.

Donc au final, voici les ingrédients du cocktail :
  • Être curieux
  • Savoir lire
  • Avoir un cerveau
Si vous possédez les trois caractéristiques ci-dessus, alors vous êtes sans aucun doute un excellent blogueur. Ne vous reste plus qu'à mixer le tout et servir frappé.


P.S. Initialement j'ai écrit ce billet pour participer au concours Blogakademy, d'abord sélectionné par Loïc Le Meur mais ensuite ni par le jury, ni par le public. Dommmage ! Pour me consoler, demain je pars en vacances. Rendez-vous fin juillet.

Ceci dit, la notion essentielle que je voulais introduire avec ce billet, au-delà du ton humoristique, était celle de "lecture". Pour bloguer, pour écrire, il faut d'abord lire. Et ça, c'est très sérieux pour un blogueur, car les billets qu'on rédige ne sont que des réactions à ce que l'on a découvert en s'informant et en furetant sur le Web.

Internet qui risque de me manquer pendant les 15 jours à venir, mais pas trop quand même ! En outre je suis heureux de venir en France avec ma femme et mon fils, lui qui est français par le sang mais ne connaît la France ni ne parle français. C'est d'ailleurs très bizarre comme sentiment, d'avoir un fils qui ne parle pas votre langue. Enfin, qui sait, peut-être bien que je trouverai un ordi branché ici ou là pour vous faire un petit coucou...

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lundi 9 octobre 2006

Les confessions d’un hétérotextuel


« Je suis porté sur le texte ! » Qui m’en fera grief ?

En une phrase, tout est dit. Pensez-vous ! Las des quolibets (récemment, on m’a même traité d’atextué…), j’ai décidé d’assumer et de vivre pleinement ma textualité. Au seuil de la cinquantaine, l’heure du bilan a sonné. Ma maturité pourrait-elle jouir d’un coming-out ? C’est à l’aune de ce genre de démarche qu’on apprécie le degré d’épanouissement textuel de son auteur. Je vous en laisse juges.

Toujours précoce pour mon âge, j’ai eu mon premier rapport textuel dès la période travaillée de l’adolescence. La textualité troublée des ados est un phénomène bien connu et largement observé. Depuis cet éveil, ayant pris goût à la chose, je suis devenu hyperactif (ce que les scientifiques appellent l’hypertextualité), avec une fréquence quotidienne de mes activités textuelles, diurnes ou nocturnes, et une durée moyenne pouvant varier de 10 à 12 heures, en fonction des saisons et des humeurs. Sans Viagra S.V.P. (Non, ne soupirez pas Mesdames).

L’inappétence textuelle, connais pas !

Ceci étant, au risque de me faire tancer d’obsédé textuel, je ne me reconnais aucune passion coupable ou pulsion inavouable : ni tourisme, ni harcèlement (le fameux textual harassment des anglos-saxons) ni autres scandales textuels, tout au plus un léger fétichisme, qui se traduit par une attirance immodérée pour les vieux livres, dont la vue et le toucher provoquent chez moi une forte excitation poïétique ! De la cave au grenier, ces objets textuels tapissent les murs de mon antre.

J’ajouterais volontiers un penchant prononcé pour le trafic textuel, qualifié de linkbait Outre-Atlantique...

De fait, ce n’est pas pour rien si j’ai choisi la traduction-interprétation comme métier, puisqu’il est notoire que la langue joue un rôle fondamental dans l’apprentissage du plaisir textuel.

Mais la langue n’est pas le seul organe impliqué, car pour bien agencer les membres d’une phrase, il y faut aussi du doigté. Sans abuser, c’est clair…

[MàJ - 10/10/2006] Surtout que le doigtage textuel (à l'époque du Web 2.0 on parle désormais de digitalisation) excessif n’est pas sans danger, ce que semble confirmer la teneur d’un courriel reçu suite à la publication de ce billet. Je vous le livre in extenso :
Cher Maître,

Vous qui êtes un expert en la matière, je vous prie de dissiper le doute qui me hante depuis mon enfance : est-il vrai que le doigtage textuel rend sourd ? D’aucuns prétendent que c’est un mensonge répandu par une societé textuophobe. Or n'ayant pas particulièrement l’ouïe fine, je crains que mes débordements textuels y soient pour quelque chose. Qu’en pensez-vous ?
CQFD !

Donc, ce désir textuel ardent, doublé d’une passion dévorante, m’a conduit à explorer de nouveaux comportements et découvrir de nouvelles formes, qui revêtent les atours du palimptexte (concept en vis-à-vis de l’homotextualité, qui caractérise les textes produits par un même auteur). Une gymnastique mentale stimulante, heuristique à défaut d’être physique (petit clin d’œil au passage…).

Voici pour mes prestations. Maintenant, avec votre consentement bien sûr, permettez-moi de lancer un grand sondage pour mieux mesurer l’appétit et le potentiel textuels des internautes. J’espère que vous serez nombreuses et nombreux à y répondre et à faire suivre … le bouche à oreille (en agrémentant de buzzbisous, ce qui ne gâche rien ;-)

1. À quel âge avez-vous eu vos premières relations textuelles ?
2. Quel est votre sentiment face à une page vierge ?
3. Selon vous, quelles sont les principales idées reçues sur la textualité ?
4. Comment réagissez-vous en cas d’agression textuelle, écrite ou verbale ?
5. Que faites-vous en cas d’abstinence textuelle prolongée ?
6. Quelle est votre recette du bonheur textuel ?
7. Mantra ou tantra, quel sera votre mot de la fin ?

Réponses facultatives à faire parvenir au ci-devant :

Pervers Pépère
Domaine du septième ciel
A12C4 Nirvana


P.S. Billet qui fait pendant au précédent, scripto vs. vidéo...

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samedi 23 septembre 2006

Palimptexte : une tentative de définition

[MàJ - 4 avril 2016] Le palimptexte terminologique

Rappel tiré de « L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte », première partie de cet essai :
Pourquoi un néologisme ? Au-delà de ce que je vois pratiquement comme une double justification, s'agissant à la fois de la création d'un mot nouveau pour rendre compte d'un nouvel usage, et de l'emploi d'un mot quasi-préexistant dans un sens nouveau, je dirais que la réponse est un peu une lapalissade : parce qu'il désigne une réalité qui n'a jamais existé jusqu'à présent.

Positionnement étymologique

De l'écrit à l'écran

Le palimptexte par l'exemple
1. le texte
2. l'auteur
3. le lecteur

Conclusion

* * *

Positionnement étymologique

Palimptexte est un néologisme ayant une double origine :
  1. l'emprunt à un état plus ancien de la langue, le substantif palimpseste, dont il hérite à la fois la connotation du signifié (par son voisinage de sens) et du signifiant (par sa proximité phonétique) ;
  2. la formation par composition, processus qui consiste à créer un mot en assemblant plusieurs parties, puisque les éléments qui le forment sont le préfixe "palimp", dérivé de palimpseste, et la racine "texte", qui en constitue l'étymon.
Aux puristes qui seraient tentés d'objecter que mon cheminement néologique est peu orthodoxe, je conseillerais de lire et relire certains auteurs reconnus de notre chère littérature française, de Rabelais à Antonin Artaud ou Frédéric Dard, j'en passe et des meilleurs...

Non pas que je veuille me comparer à eux, loin de là, mais mieux vaut anticiper. :-)

Ceci étant posé, rentrons dans les détails de sa composition :
  • "palimp" : vient de palimpseste, qui tire lui-même son préfixe de l'adverbe grec "palin", aux sens multiples : « en revenant en arrière » (palingénésie) (palinodie, dont l'origine première du nom est celle d'un poème dans lequel l'auteur revient sur ce qu'il a dit dans un poème antérieur !), « en sens contraire » (palindrome), « de nouveau » (palimpseste, feuille de papyrus ou parchemin manuscrit « gratté de nouveau », c'est-à-dire dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire dessus un nouveau texte) ;
  • "texte" : emprunté au latin textus, littéralement « ce qui est tramé, tissé », substantivation du participe passé passif de texere, « tramé, enlacé », lui-même à l'origine de texture (--> tissu, tissage, qui se dit aussi de l'agencement des parties d'un texte, d'un discours) et de tessiture (terme spécialisé en musique pour désigner l'étendue des sons qu'une voix ou un instrument peut émettre sans difficulté).
Précisions extraites du Robert historique de la langue française.

Ces explications étymologiques nous fournissent donc un nouvel éclairage sur la dimension plurielle du terme, capable de réconcilier, d'une part, la nature bidirectionnelle de l'hypertexte (la progression vers un nouveau lien d'arrivée ou de transit et le possible retour en arrière vers le lien de départ) et, de l'autre, la nouvelle forme de texte écrit/oral qu'est le palimptexte.

Ou s'il ne l'est pas encore tout à fait, il ne va pas tarder à le devenir ! Car depuis quand un « texte » est-il capable d'intégrer, non plus des images simples, mais des images en mouvement, non plus seulement des mots écrits, mais aussi des mots parlés, chantés ?

À raison Olivier Ertzscheid inclut dans sa thèse l'hypermédia dans l'hypertexte, en précisant que le premier « s’inscrit dans le cadre d’analyse offert par » le second, et non le contraire. [Début]

* * *

De l'écrit à l'écran

Cette nouvelle richesse de l'ancien texte est permise par les facteurs suivants, considérés dans leur ordre d'apparition :
  • le passage de l'écrit sur support écran
  • l'avènement de l'hypertexte
  • l'internettisation des STIC
Une transition qui ne va pas sans paradoxe, comme le note fort justement Laurent Jenny, puisque le support écran « offre à la fois moins qu'un texte (par les contraintes spatiales de l'écran) et plus qu'une bibliothèque (par le réseau virtuellement infini des liens qu'il propose). »

Au risque d'énoncer un truisme, je dirais que la nature du texte sur Internet est fondamentalement différente de celle du texte tel que notre culture l'a assimilé durant le dernier millénaire.

Si chronologiquement l’hypertexte a pu naître comme un hyponyme du texte, aujourd’hui je ne crois pas qu’on puisse sérieusement soutenir que le texte est l’hyperonyme de l’hypertexte : texte et hypertexte englobent chacun des notions qui ne se recoupent que partiellement, le texte actuellement défini dans nos dictionnaires n’ayant plus grand chose à voir avec le texte internettisé, que l’on ne peut plus se contenter de qualifier d'hypertexte par défaut, en fourrant tout et davantage dans ce mot-valise sans qu’on comprenne vraiment ce dont il retourne.

Ce billet n’est pas le lieu où analyser dans le détail les différences entre « ancien texte » et « nouveau texte », aussi me limiterai-je à signaler que la dimension littéraire presque toujours explicite ou implicite lorsqu’il est question d’ « ancien texte » est a contrario très marginale pour le « nouveau texte », plus proche du message, puisque « la technologie de l’hypertexte encourage une lecture ergative, tournée vers l’action et la recherche de réponses brèves et rapides… », selon Christian Vandendorpe.

Il y a donc nécessité, ne serait-ce que pour mieux comprendre de quoi on parle, et urgence à nommer ce « nouveau texte » : palimptexte est sa traduction étymologique. [Début]

* * *

Le palimptexte par l'exemple

Prenons un billet de blog. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, mais que je trouve significatif et représentatif de ce qui différencie le palimptexte du texte traditionnel. Au cœur de cette différenciation est l'interactivité, qui va bien au-delà de l'hypertexte (celui-ci n'étant qu'un moyen de celle-là), une interactivité qui est « le mode principal et la condition première » du principe d’organisation de l’hypertextualité, certes « pas réductible à l’hypertexte », toujours selon Olivier.

Lequel précise que les trois entités qui fondent la notion d'hypertextualité sont :
  1. le texte
  2. l'auteur
  3. le lecteur
organisées selon « un schéma pyramidal classique, à deux dimensions (avec le texte comme sommet et le lecteur et l’auteur comme base). » Permettez-moi d'y inclure une représentation graphique :


Et d'ajouter :
Ce qui change, ce n’est pas la perception que nous avons des fonctions dévolues à chacune d’elles, mais la perception des rapports organisationnels qui les lient. (...) [Où] l’hypertexte marque le passage vers un espace multidimensionnel dont ces trois entités sont autant de formes possibles et mouvantes.
Or si je suis d'accord avec la deuxième partie de l'énoncé, j'ai des difficultés à saisir les implications de la première. Je crois en effet que les fonctions traditionnelles du texte, de l'auteur et du lecteur sont profondément modifiées sur, pour et par Internet. [Début]

1. Le texte

Le nouveau texte réconcilie l'oralité et la scripturalité, à tel point qu'on ne sait plus très bien si l'écrit est médiatisé par l'oralité ou si c'est le contraire. Les deux probablement, dans une oscillation et une tension qui dépendent autant des goûts et de l'humeur du moment de l'auteur que des dispositions personnelles de ses lecteurs. À quand la possibilité de podcaster les commentaires ?

Outre les nouvelles formes d'expressivité qu'il permet (smileys, ponctuation expressive, autoportraits, capitales, citation automatique, etc.), le nouveau texte peut être catégorisé, noté, syndicalisé, socialisé, hyperlié à toutes les sauces : trackbacks, pingbacks, refbacks, etc., autant de feedbacks répercutés à l'initiateur du message.

Et prendre en exemple les billets de blog n'est pas anodin, puisque c'est sûrement la forme qui se prête le mieux à un dialogue asynchrone (même si on pourrait en dire autant des courriels, des forums, etc.), qui laisse à chacun/e le choix de son rythme et du moment de sa communication. Pour reprendre un slogan cher à Loïc Le Meur : « Les blogs démarrent des conversations ». A priori sans frontières, sinon celles de qui préfère se taire, ne pas répondre, ne pas se dévoiler...

Une situation de « co-présence » où « L’auteur d’un message se voit dépris de son autorité sur celui-ci. Son texte s’engage dans une dynamique provoquée par l’ajout d’autres messages. », induisant « une co-construction du sens dans l’interaction », selon les mots de Philippe Hert, cité par Olivier.

C'est sur ce point que je suis en désaccord. Je ne vois pas en quoi les ajouts faits à mes textes, en positif ou en négatif, me priveraient de mon autorité sur ces mêmes textes ! Probablement parce que, pour moi, être auteur fait partie de ma nature, et non pas de ma fonction. [Début]

2. L'auteur

Pour Olivier, le « rôle en même temps que le statut de l’auteur tel que nous les connaissons, semblent voués à une prompte disparition », au point qu'il est désormais nécessaire de « repérer les nouveaux espaces où demeure en permanence tangible la présence et l’influence de la fonction-auteur », en faisant passer la fonction devant la nature.

Un postulat envers lequel je m'inscris en faux, non pas par esprit de vaine polémique, mais simplement parce que ça ne correspond pas à mon expérience personnelle, qui sort totalement des limites de cette discussion. La position d'Olivier est longuement et scientifiquement argumentée, la mienne est totalement subjective et intuitive, quand bien même basée sur mon vécu.

En outre, Christian Vandendorpe, auteur de l'essai intitulé Du papyrus à l'hypertexte, remarque justement « le fait que l'écriture hypertextuelle destinée à la publication entraîne des contraintes qui excèdent de loin celles de l'écriture traditionnelle. Pour faciliter la tâche du lecteur et lui donner un certain contrôle sur la gestion de l'information qui lui est présentée, le producteur du texte devra consacrer un temps considérable à la mise en forme de la matière textuelle, en la segmentant et en établissant des liens d'un fragment à un autre. »

Car comme je le disais dans une interview en réponse à la question « Que t'a amené ton blog jusqu'à présent ? » :
Le double de travail ! Beaucoup de nuits blanches (un lien de parenté secrète avec Armand Robin…) et de disponibilité soustraite à ma famille, parfois les réprimandes justifiées de ma femme et les demandes non moins justifiées de Paul, mon petit garçon de 4 ans et demi qui voudrait tout le temps de son papa pour lui – comment le lui reprocher ?
Sur l’autre plateau de la balance, de nombreuses rencontres inattendues et enrichissantes. Outre une certaine intelligence des moteurs (dont Google, primus inter pares), et une visibilité certaine : en termes d’image et de réputation, j’ai obtenu plus en 6 mois avec Adscriptor qu’en 2 ans avec mon site pro, désormais moins fréquenté que mon blog !
Mais en aucun cas je le fais parce que je me sens investi d'une fonction quelconque. Je le fais d'abord pour moi, parce que ça correspond à ma nature et à mon besoin impératif de communiquer. Si on me répond, je suis heureux, c'est le but, mais même si personne ne me répond, ça ne m'empêche pas pour autant de dire... [Début]

3. Le lecteur

Je partage davantage les positions exprimées par Olivier dans sa thèse sur le lecteur, points 4.2 (Les nouveaux visages du lecteur) et 4.3. (De l’auteur au lecteur) (pages 56 à 62), ce dernier point se terminant sur le chapitre 4.3.2. (De l’identité aux nouvelles organisations mémorielles), duquel j'extrais cette citation, en réponse (à peine ébauchée, il est vrai) au commentaire de Sylvain :
...il est une chose qui ne peut être renégociée au plan individuel sans entraîner de profonds bouleversements au plan collectif : il s’agit de la mémoire. Pour l’auteur comme pour le lecteur, du fait d’une part de la richesse et de la puissance des outils de création/navigation dont ils disposent, et du fait d’autre part, de ces nouveaux rôles et fonctions qu’il leur faut souvent simultanément découvrir et maîtriser, la part essentielle de ce rapport à l’œuvre habituellement dévolue à l’activité mémorielle se délite au profit d’une simple engrammation vers des mémoires de plus en plus externalisées.
Et qu'en sera-t-il « (l)orsque le procédé de l'encre électronique sera commercialisé sous la forme d’un codex numérique plastifié offrant une parfaite lisibilité en lumière réfléchie, comparable à celle du papier - ce qui devrait être courant vers 2010 ou 2015 -, il ne fait guère de doute que la part du papier dans nos activités de lecture quotidienne descendra à une fraction de ce qu'elle était hier. En effet, ce nouveau support portera à un sommet l'idéal de portabilité qui est à la base même du concept de livre. Tout comme le codex avait déplacé le rouleau de papyrus, qui avait lui-même déplacé la tablette d'argile, le codex numérique déplacera le codex papier, même si ce dernier continuera à survivre pendant quelques décennies, grâce notamment au procédé d'impression sur demande qui sera bientôt accessible dans des librairies spécialisées. Avec sa matrice de quelques douzaines de pages susceptibles de permettre l'affichage de millions de livres, de journaux ou de revues, le codex numérique offrira en effet au lecteur un accès permanent à la bibliothèque universelle. En plus de cette ubiquité et de cette instantanéité, qui répondent à un rêve très ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de l'indexabilité totale du texte électronique, qui permet de faire des recherches plein texte et de trouver immédiatement le passage qui l'intéresse. Enfin, le codex numérique permettra la fusion des notes personnelles et de la bibliothèque et accélérera la mutation d'une culture de la réception vers une culture de l'expression personnelle et de l'interaction. » (Christian Vandendorpe) [Début]

* * *

Conclusion

En 2010-2015 et au-delà, il est probable que l'organisation hypertextuelle dont parle Olivier aura fait place à la désorganisation hypertextuelle la plus totale parmi les 200 milliards et plus de pages Web indexées par GYM et les autres, et que les milliards de nœuds du réseau qui composent l'Hypertexte planétaire seront moins formés par des liens que par des ordinateurs au contenu indexé des internautes.

Ce jour-là, qu'en sera-t-il du texte et des antiques pouvoirs du papier ? Même si pour moi l'avantage du livre sur Internet restera toujours que le réseau des réseaux ne satisfait que la vue et l'ouïe, là où le livre y ajoute le toucher et l'odorat du papier. Mais ça reste une question de goût personnel :-)

Et quid de mon pauvre palimptexte ? Passera-t-il à la trappe des oubliettes du Web ou mettra-t-il racines dans le terreau de l'implantation terminologique ? En pleine symbiose rhizomatique... Qui sait :-) [Début]


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mardi 19 septembre 2006

L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte


Suite : Palimptexte, une tentative de définition

[MàJ - 4 avril 2016] Le palimptexte terminologique

Préambule
L'hypertexte
Le palimpseste
Le palimptexte

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Préambule

Billet éminemment subjectif auquel je pense depuis des mois, exactement depuis que j'ai lu Ipertesto. Il futuro della scrittura (Bologna, Baskerville 1993), traduction italienne de l'essai de George P.Landow, intitulé Hypertext. The Convergence of Contemporary Critical Theory and Technology (Baltimore, The Johns Hopkins University Press 1992), dont le titre littéral serait Hypertexte. Convergence de la théorie critique contemporaine et de la technologie, malheureusement non traduit en français, à ma connaissance. Ce qui est quand même dommage.

Un livre passionnant, dans lequel je n'ai pourtant trouvé aucune définition de l'hypertexte me convenant, c'est-à-dire qui correspondrait, ou, pour le moins, cernerait au plus près l'idée que je m'en fais d'après mon expérience presque quotidienne d'internaute.

Pour moi Internet a 10 ans, puisque je me suis connecté pour la première fois au réseau des réseaux début 1996. J'aurais pu le faire en 1995, or j'y ai pensé pendant des mois avant de me lancer. Ça va sûrement vous faire sourire, mais j'envisageais cette première connexion comme un saut dans l'inconnu d'Internet tel que je l'imaginais, à savoir un gigantesque trou noir engloutissant à la fois le temps, l'espace et la perception spatio-temporelle qui avait accompagné les 40 premières années de ma vie.

Je sais bien en disant cela que les jeunes qui me liront penseront immanquablement « c'est qui ce vieux schnock ? », mais peu importe, telle est mon expérience. Je me rappelle d'ailleurs ma première connexion et ma première recherche, une recherche de traducteur, toujours en quête de glossaires pour l'aider dans son métier. Mot saisi dans le moteur (Google n'existait pas) : « glossary ». Résultat : 300 000 occurrences en moins d'une seconde. J'ai tout éteint ! Énorme ! J'avais besoin d'y penser. J'ai largement dépassé depuis 1 Téraoctet de données stockées, dont des dizaines de milliers de glossaires, tandis qu'aujourd'hui sur Google j'obtiens ... 248 millions d'occurrences sur la requête « glossary », soit près de 1000 fois plus qu'il y a dix ans. Sans commentaires :-)


Donc après une décennie de navigation intensive, quasiment always on, mon travail aidant, voici que je me risque à proposer « une » définition, suggérée par « mon expérience utilisateur ». [Début]

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L'hypertexte

Il est clair que le socle d'Internet grand public est l'hypertexte, tel qu'il a été défini par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau dans le document fondateur WorldWideWeb: Proposal for a HyperText Project.

Il est tout aussi clair qu'au-delà de cette définition purement technique, il en est une multitude d'autres possibles, inutile de tenter d'en faire le tour, ce serait aussi vain qu'illusoire. Je vous renvoie donc à la consultation de la thèse de doctorat d'Olivier Ertzscheid, intitulée « Les enjeux cognitifs et stylistiques de l'organisation hypertextuelle : le Lieu, Le Lien, Le Livre », un Monument, au propre et au figuré, 467 pages de pur savoir, un travail hautement admirable que devrait étudier tout internaute soucieux de naviguer moins bête.

On en apprend à toutes les pages. Notamment que la première occurrence d'hypertexte remonte à 1965, sous la plume de Théodore Nelson (p. 20), à l'origine du projet Xanadu dès 1960. Avant de retrouver une autre idée de l'hypertexte 17 ans plus tard chez Gérard Genette (p. 22) :
J’appelle donc hypertexte tout texte dérivé d’un texte antérieur par transformation simple (nous dirons désormais transformation tout court) ou par transformation indirecte (nous dirons imitation).
Citation extraite de Palimpsestes. La littérature au second degré (Paris, Seuil 1982), dans lequel la notion d'hypertextualité est ainsi définie par l'auteur :
J'entends par là toute relation unissant un texte B (que j'appellerai hypertexte) à un texte antérieur A (que j'appellerai, bien sûr, hypotexte) sur lequel il se greffe d'une manière qui n'est pas celle du commentaire.
« La relation de coprésence de deux ou plusieurs textes » caractérisant l'intertextualité, d'après Genette, souvent confondue ou assimilée à tort à l’hypertexte, selon Olivier Ertzscheid, pour qui, « à l’inverse, l’intertextualité est un épiphénomène d’une organisation hypertextuelle des textes. » (p. 5), l'épiphénomène étant un phénomène accessoire, secondaire, « qui accompagne le phénomène essentiel sans être pour rien dans son apparition ou son développement » (Petit Robert). [Début]

* * *

Le palimpseste

Palimpsestes. Le mot est lancé. Souvent associé à certaines caractéristiques d'Internet, c'est ainsi qu'en mars 2005 Martin Lessard a pu définir le Wiki comme un palimpseste technologique, malgré les différences judicieusement observées par Jean Véronis. C'est encore l'effet palimpseste décrit par Luc Legay :
...le principe de fonctionnement des wiki, comme celui des CVS, est un principe de palimpseste. Les contributions s'empilent jusqu'à atteindre un certain seuil d'utilisabilité, au-delà duquel un effet palimpseste d'effaçage et de réécriture permet de retrouver une certaine lisibilité.
Autant de contributions qui s'écoulent dans le flot de l'histoire [« outil » mis au point par la recherche IBM pour une « visualisation dynamique de l'évolutivité des documents, des interactions et du travail collaboratif d'auteurs multiples » (visualizing dynamic, evolving documents and the interactions of multiple collaborating authors)] du versioning, qu'Olivier Ertzscheid désigne par « l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle (d’un hypertexte local à l’hypertexte planétaire), les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées. » (p. 7), en l'identifiant comme un problème central (p. 99) et en citant André Heck :
« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle de l’information fluide. (...) Ce nouveau concept en implique d’autres tels que la stabilité ou l’instabilité des documents, ainsi que la génétique de document : au-delà de son éventuelle évolution propre permanente, un document peut donner le jour à d’autres (...) d’abord liés à lui-même ; la pertinence de ceux-ci peut (...) supplanter celle du document géniteur qui ‘meurt’ virtuellement. »
Lire tout le point 4.6.4 (pages 203-206), qui se termine sur une « vue synoptique des problématiques du lien » :


et introduit le point 4.7, Transclusion, concept que Ted Nelson a étendu ensuite à celui de Transpublishing :


puis de Transquotation et Transcopyright.

Un « recyclage » planétaire né avec le Web, où l’hypertextualité n'y est en aucun cas l' « indice d’un renoncement de l’auteur à son identité individuelle comme à son accomplissement personnel » mais bien la possibilité nouvelle et extraordinaire, jamais expérimentée à une telle échelle depuis l'aube de l'humanité, « de diffuser, contrôler, créer, mixer et remixer du contenu sur Internet », pour reprendre les mots de Martin Lessard qui m'ont fait défaut pendant des mois.

À phénomène nouveau, nouvelle désignination, bien avant d'en connaître la définition, j'avais nommé PALIMPTEXTE mon intuition. [Début]

* * *

Le palimptexte

Pourquoi un néologisme ? Au-delà de ce que je vois pratiquement comme une double justification, s'agissant à la fois de la création d'un mot nouveau pour rendre compte d'un nouvel usage, et de l'emploi d'un mot quasi-préexistant dans un sens nouveau, je dirais que la réponse est un peu une lapalissade : parce qu'il désigne une réalité qui n'a jamais existé jusqu'à présent.

Il y a certes des alchimies secrètes qui traversent les siècles comme une prémonition, une précognition. Ce sont les mains de Gargas qui font pleurer Dominique Autié et dire à l'un des visiteurs qu'il accompagne :
Vous m’avez fait comprendre, à l’instant, en quelques mots devant les empreintes de la grotte, comment fonctionne mon ordinateur et comment fonctionne Internet !

Ce sont encore les liens (d)écrits en 1591 dans le Traité des liens (De vinculis in genere) par Giordano Bruno, lui qui était doté d'une mémoire prodigieuse et fut l'auteur de deux ouvrages sur la mnémotechnique. Or qu'est-ce qu'un hyperlien sinon un ancrage mnémotechnique ?

Comme Stendhal, lequel, pour pallier les défaillances de sa mémoire, (...) avait pris l’habitude de noter ses pensées dans les marges des livres, d’une écriture souvent chiffrée ou iconique, qui jouait ainsi le rôle d’un « ancrage » de lien mnémonique. (Selon Jean-Louis Lebrave, repris par Jean Clément, qu'Olivier Ertzscheid cite dans sa thèse, note n° 106, p. 97).

Or en essayant de tracer les contours de cette réalité « qui n'a jamais existé jusqu'à présent », je me rends compte qu'il ne me faudra pas moins que l'espace d'un nouveau billet (inutile d'alourdir excessivement celui-ci) pour accorder toute la place qui lui est due à ce nouvel « écrit en gestation », dont je ne connais hic et nunc que le titre : Palimptexte, une tentative de définition.

Si entre-temps vous souhaitez me proposer vos remarques/critiques sur ce qui précède, je m'efforcerai d'en tenir compte au cours de ma rédaction. [Début]


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mercredi 24 mai 2006

Comment écrire vs. comment rédiger

Comment écrire vs. comment rédiger

Lire, parler, écrire sont les trois verbes qui caractérisent le mieux la communication.

Ils ont en commun le dicible et l'indicible, le lisible et le visible, le dialogue et l'écoute, et sur Internet l'interactivité. Ces derniers temps, les deux expressions « comment écrire » et « comment rédiger » sont assez récurrentes dans mes statistiques, vu que la première renvoie à Écrire pour le Web : quand vos lecteurs sont des moteurs, et la seconde à Comment rédiger un blog qui tue, des messages qui impactent, des commentaires qui captivent ?, un article que j'avais réintitulé Bloguer, commenter : rédiger, impacter, captiver ! dans un souci d'efficacité rédactionnelle !

Et si le plus souvent l'impression est que ces deux questions sont interchangeables, je me suis demandé quelles étaient les différences entre « comment écrire » et « comment rédiger », pourquoi et quand employer l'une plutôt que l'autre ?

D'après mes recherches dans les dictionnaires, aussi bien dans le Grand Littré que dans le Robert historique de la langue française, il ressort que le verbe « rédiger » est plus circonscrit et précis qu' « écrire », puisque étymologiquement son origine latine signifie « réduire à », d'où les acceptions premières de « réduire un événement à une proposition écrite brève », « résumer par écrit » ou, selon Littré, « réduire un écrit, un discours, à ce qu'ils ont d'essentiel, les mettre en moins de paroles ».

Le fait est qu'on rédige un contrat, mais on écrit un livre ; on rédige un cahier des charges, mais on écrit une autobiographie ; on rédige des notes, mais on écrit une histoire, etc. Ceci étant, en comparant les résultats des moteurs de recherche sur ces deux requêtes, il faut bien admettre que leur sens se chevauche volontiers, et qu'on rédige ou on écrit indifféremment un article, une lettre, une thèse, un rapport, un compte-rendu, et ainsi de suite.

Pour autant, il me semble que la signification plus restreinte de rédiger s'accorde fort bien à la Web-écriture, qui doit être par définition concise (concrète + précise), une synthèse de mots ou d'expressions clés et de phrases courtes, percutantes, où la technique est aussi importante que le style, etc.

Voilà pourquoi plutôt que « comment écrire... » on trouvera de préférence « comment rédiger un commentaire ou un blog », « comment rédiger un site ou une page Web », « comment rédiger une charte linguistique », « comment rédiger un courriel ou une FAQ », voire « comment rédiger un CV, une lettre de motivation ou une candidature spontanée »...

Mais indépendamment de la nature du complément qui suit le verbe, sur Internet « comment écrire » ou « comment rédiger » renvoient toujours à la même problématique : comment communiquer, comment impacter, comment se positionner, voire comment vendre, etc. etc.

La question est tellement inépuisable qu'il est impossible d'y répondre de manière exhaustive. Je dirais même qu'il est impossible d'y répondre tout court, au sens où chacun, chacune sur Internet porte sa propre réponse, extrêmement personnelle, individualisée, forcément différente de celle du voisin.

Donc plus qu'une réponse uniforme, il convient et revient peut-être à chacun(e) de se proposer son propre parcours, un peu comme un jeu de piste, en fonction des objectifs fixés. Voici quelques jalons pertinents pour débuter :etc. Si vous en connaissez d'autres, merci de bien vouloir les signaler en commentaire...



P.S. À noter aussi l'excellent blog sur « Comment écrire un roman », ou l'auteur, Aloysius Chabossot :-), identifie quatre catégories d'écrivains, dont trois potentielles de webscripteurs :

  1. Catégorie absente d’Internet : vous écrivez bien, mais pour de sombres raisons remontant sans doute à la petite enfance, vous vous refusez à l’admettre.
  2. Catégorie rarissime sur l’Internet : vous écrivez bien et vous le savez. Si vous êtes dans ce cas, vous n’avez rien à faire sur Internet, et je ne vois même pas pourquoi vous vous acharnez à lire ces lignes.
  3. Catégorie massivement représentée sur l’Internet : vous écrivez comme une patate mais vous êtes précisément convaincu du contraire.
  4. Catégorie massivement représentée sur l’Internet, mais un peu moins tout de même que la précédente : vous écrivez comme un pied et cette fatalité ne cesse de vous torturer.

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dimanche 9 avril 2006

Ecrire pour le Web : quand vos lecteurs sont des moteurs

Écrire pour le Web : quand vos lecteurs sont des moteurs...

Sur le Web actuel, l'approche journalistique 5W + 2H devient la règle G + 2H + 5W, la rédaction traditionnelle évolue en ingénierie de l'écriture Web, et le référencement fait place à l'optimisation pour les moteurs de recherche

Écrire pour le Web
La (vieille) règle des 5W + 2H
Ingénierie de l'écriture Web
SEO & SEOs

Écrire pour le Web exige la prise en compte d'un nouveau plublic, au-delà des lecteurs et des éditeurs, à savoir les moteurs de recherche.

Cette réflexion n'est pas récente, mais la lecture d'un article de Steve Lohr publié aujourd'hui dans le New York Times, intitulé This Boring Headline Is Written for Google (du genre : Titrer banal pour Google ; littéralement : Le titre ennuyeux est écrit pour Google), me donne l'occasion de réagir.

Le journaliste nous rappelle plusieurs évidences, essentielles, sur les moteurs :
  1. leurs algorithmes ne comprennent ni l'humour, ni les nuances, ni le style, leurs bots étant des agents logiques, séquentiels, robotisés, etc. En une formule, la sémantique sans le sens...
  2. ils génèrent plus de 30% du trafic vers les sites de presse (==> votre visibilité dans les pages de résultats dépend strictement de votre positionnement, ou pour mieux dire, de vos positionnements en fonction des mots clés pris en compte par chaque recherche...)
  3. à tel point que certains journaux (dont le site Web de BBC News, nous dit S. Lohr) n'hésitent plus à proposer deux titres pour le même article : un pour les moteurs, l'autre pour les lecteurs !
Aux uns le titre concis (concret + précis) et factuel, aux autres la « Une » jouant sur les mots et faisant appel aux non-dits et aux connaissances culturelles et contextuelles implicites. [Début]

En réalité, celles et ceux qui rédigent pour le Web ont tous quelque chose à apprendre des journalistes - l'expérience enseigne -, dont l'un des premiers canons du journalisme : la règle des 5W (who, what, where, when, why), à laquelle on peut ajouter celle des 2H (how, how much).

5W + 2H = qui, quoi, où, quand, pourquoi, comment, combien : autant de questions auxquelles tout rédacteur doit répondre, si possible de façon succincte et exhaustive, pour fournir un cadre d'ensemble à son lectorat.
Un paradigme qui a évolué aujourd'hui en 5W + 2H + G, et s'inverse même sous l'influence grandissante des moteurs de recherche, pour devenir la règle G + 2H + 5W
où G = Google, le moteur par antonomase !

Cela signifie que dans l'Internet du troisième millénaire, cyberespace marchand par excellence, où chacun/e peut commercer, acheter, vendre, louer ses services, s'informer, se former, etc. etc., les traditionnelles techniques rédactionnelles se transforment en ingénierie de l'écriture Web, où les critères invisibles (partie code de la page, apparemment non visible au lecteur mais lisible par le moteur) finissent par avoir plus d'importance que la partie visible, immédiatement appréhendable par le cerveau humain.

Un webmaster me disait récemment que depuis longtemps le développement de ses sites n'était plus dicté par ses envies, mais bien par l'appel du marché. Il se reconnaîtra :-)

C'est là qu'il convient d'être toujours à l'affût des tendances et des sujets chauds, pour anticiper et/ou rebondir à temps, par une veille de tous les instants. Il faudra un jour que je ponde un beau billet sur ce sujet constamment d'actualité : la VEILLE. [Début]

Donc, déjà qu'il était dur de devenir écrivain, passer de cet état à celui d'ingénieur de l'écriture Web (Webscripteur ?) - puisque désormais il s'agit moins de rédiger que de « construire » son texte, faute de quoi on risque l'invisibilité permanente -, il y a de quoi décourager les meilleures volontés.

Pour citer un exemple au hasard, prenons mon cas ! Malgré les efforts que je déploie pour rendre ce blog intéressant, avec certains billets sur lesquels je n'ai aucune réaction j'ai souvent cette impression :
lorsque vous répondez « personne » à la question : « pour qui j'écris ? », vous en arrivez vite à vous demander : « pourquoi j'écris ? » !
C'est d'ailleurs le cas de mon précédent billet, synthèse plutôt complète de l'évolution prévisible de Google, alors que selon mes stats, il a été consulté à peine par quelques dizaines de personnes (18 aujourd'hui, pour un total de lecture de 47 secondes), en même temps que le nombre d'abonnés de mon flux RSS régressait de 32 à 22 ! Comme signal encourageant, on fait mieux, mais bon... [Début]

* * *

Les anglo-saxons, gens pragmatiques qui ont toujours plusieurs longueurs d'avance quand il s'agit d'Internet, ont forgé deux sigles qui correspondent à la nouvelle réalité du Web, SEO & SEOs : Search Engine Optimization & Search Engine Optimizers, soit l'optimisation pour les moteurs de recherche (et non pas « l'optimisation des » comme dit Google, qui a dû confondre son rôle et le nôtre...) et les optimiseurs, autrement dit les référenceurs (terme relativement plus flou en français).

En outre, l'optimisation d'un site pour les moteurs regroupe trois notions différentes :
  1. l'optimisation graphique
  2. l'optimisation technique
  3. l'optimisation linguistique
Or puisque le sujet est l'écriture sur le Web, je ne m'intéresserai qu'au profil de l'optimiseur linguistique et à son objectif principal :

bâtir un texte selon la règle G + 2H + 5W !

- Le paramètre G indique que vous allez cibler votre sujet autour des concepts et des mots clés les plus porteurs à un moment donné. Les critères sont un peu les mêmes que pour les AdWords, lorsque vous devez optimiser vos enchères, par exemple.

En gros, pour cet article, je pourrais identifier les mots clés suivants :
Positionnement, référencement, Web-écriture, rédactionnel, visibilité, SEO, Internet, moteurs de recherche, Google, blog, 5W + 2H, optimisation, optimiseur, etc.
- Comment ? Billet de blog, habillage avec :
  • titraille
  • chapeau, ou chapô (5W + 1) : résumé en une seule phrase du « qui, quoi, où, quand et pourquoi », pour présenter l'article en s'efforçant d'être informatif, ou mieux encore : incitatif ! Autrement dit, règle de la pyramide inversée, placer dès le début l'info clé pour susciter la curiosité et/ou l'intérêt du lecteur et lui donner envie d'en savoir plus... (exemples)
  • intertitres
- Combien ? De plus en plus, la présence des gens sur la Toile est liée à des visées économiques, d'où l'importance de définir le « combien ». Ici, rien à gagner, si ce n'est ma considération...
- Qui ? De qui je parle, ou à qui ? Dans ce cas, à un public que j'espère intéressé par ...
- Quoi ? Conseils d'optimisation d'écriture pour les moteurs de recherche
- Où ? Sur Internet, cet article n'est lié à aucun lieu en particulier. À noter qu'Internet abolit la funeste loi du mort kilométrique, qui consistait grosso modo à compenser l'éloignement émotionnel d'un fait en insistant sur son intensité (plus ça se passe loin de chez moi, moins ça m'intéresse, d'où la tendance à privilégier une certaine proximité de l'information)
- Quand ? Hic et nunc ! Sauf pour les actus liées à un moment précis, sur le réseau, le temps - comme l'espace - devient davantage virtuel que réel, à moins qu'il ne s'agisse d'un temps réel virtuel ! Pour un blog, un site ou autre, constance et fréquence des mises à jour sont les deux mamelles du succès ;-)
- Pourquoi ? Pour promotionner mon site, mon activité ou ma visibilité en ligne, tout texte peut et doit être promotionnel, l'important est qu'il reste pertinent et, surtout, crédible.

* * *

Vous êtes prêts pour écrire votre prochain article ? Alors à vos claviers ! Mais sachez que vos lecteurs sont des gens pressés, très occupés, qui vont rapidement survoler titre et sous-titre et lire en diagonale les premières lignes. Vous n'avez que quelques fractions de seconde pour capter leur attention, et le défi se renouvelle à chaque paragraphe, faute de les perdre avant la fin de l'article...

De fait, les stratégies d'écriture peuvent et doivent devenir des atouts de positionnement, au même titre que les stratégies de liens ou les stratégies de trafic. [Début]


Ressources connexes





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