dimanche 17 mai 2020

Federico Pucci censuré par Wikipedia


[Mise à jour - 29 mai 2025] J'ai tenté aujourd'hui de modifier la page anglaise de Wikipedia sur l'histoire de la traduction automatique, en y ajoutant quelques lignes sur Pucci. Voici une capture d'écran de la modif :

Voici le texte intégral :
In December 1929, the Italian inventor and linguist Federico Pucci presented for the first time in Salerno, Italy, his study on a “mechanical translator”. Two years later, in 1931, he published a 68-pages book, entitled “Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra Europei conoscendo ciascuno solo la propria lingua: Parte I.”, which is probably the first text in world on an automatic translation device, and the first ever documented rule-based machine translation (RBMT) with two examples of an Italian text from Dante translated according to his method into French, and also a French text from Voltaire translated into Italian. From the preface to the reader, written in Salerno on 10 December 1930, the author tells us that he intends to demonstrate that it would be possible to make foreigners correspond with each other knowing only their own language respectively. Pucci never built a working prototype of his mechanical translator, so his contribution to the area of machine translation was only theoretical.
Mon paragraphe a immédiatement été supprimé. J'aimerais vraiment comprendre la logique derrière ce refus catégorique de parler de Pucci ! Qui décide si arbitrairement, et sur quelles bases ?

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En cette année du 124e anniversaire de la naissance de Federico Pucci, je publie ici la traduction française de l'article écrit pour Wikipedia.it en décembre 2019 par Oriana de Majo (petite-fille de Federico), avec son mari, que l’Encyclopédie libre a malheureusement refusé de manière tout à fait arbitraire.

Rien n’a été changé à l’original [si ce n’est quelques illustrations supplémentaires et quelques petites mises à jour en italique, insérées entre crochets], donc les lecteurs pourront se faire leur propre idée du bien-fondé - ou pas - de cette censure !

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Federico Erminio Raniero Carmine Filiberto Pucci (Naples, 23 mars 1896 - Salerne, 6 mars 1973), plus simplement connu sous le nom de Federico Pucci, était un homme de génie et de culture, polyglotte et précurseur de la traduction automatique. C’est à lui que nous devons l'invention de la première méthode de traduction automatique à base de règles documentée au monde.

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Sommaire

1 Biographie
1.1 Origines familiales et premières années
1.2 Le système de traduction mécanique, la participation aux expositions internationales et les années de la 2e guerre mondiale
1.3 L'après-guerre, les articles dans la presse internationale et les lettres au CNR
1.4 Les dernières années
2. L’invention
3. Honneurs
4. Notes

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1 BIOGRAPHIE



1.1 Origines familiales et premières années

Federico Pucci naît à Naples le 23 mars 1896, via Foria n° 10. Son père, Arturo Enrico Emmanuele Pucci, né à Naples le 13 avril 1863, était le dernier enfant du capitaine de vaisseau Emmanuele Pucci, officier de la Marine Royale et, auparavant, de la Marine royale du Royaume des Deux-Siciles.

Issus d'une branche de la famille Pucci de Florence, les Pucci de Naples s’étaient installés en Sicile à la fin du XVIe siècle pour des raisons politiques. Le père d'Emmanuele, le vice-amiral Ferdinando Pucci, après avoir servi dans la Marine royale du Royaume des Deux-Siciles depuis les guerres napoléoniennes jusqu'en 1860, avait alors mis fin à sa carrière au rang de commandant du 1er district maritime du Royaume d'Italie et d’aide de camp du Roi.


L'épouse d'Emmanuele, Dame Agata Benzo & Sammartino dei Duchi di Verdura, était issue d'une famille de la haute aristocratie sicilienne, sœur de Giulio Benso della Verdura, préteur et premier maire de Palerme après l'unification de l'Italie, ainsi que sénateur du Royaume.

Enrico Pucci était veuf et père de deux enfants, Aurelio et Raffaele, lorsqu'il épousa la mère de Federico, Sofia Pisapia Fiore, descendante d'une famille de magistrats et d'hommes de loi du Royaume des Deux-Siciles. Federico prit le nom de son grand-père maternel, Federico Pisapia Fiore, officier du IIIe Chasseur du Royaume des Deux-Siciles. Orphelin de ses deux parents alors qu’il n’était qu'adolescent, il fut confié à ses oncles maternels, Gennaro et Emilia Pisapia Fiore.

[L'épouse de Federico Pisapia Fiore, grand-mère maternelle de Federico Pucci, s'appelait Maria Migliorini, dont les parents étaient Scipione Migliorini et Cristina Devaux, qui, sur certains certificats, est également indiquée Clarì, probablement en raison de la transcription italianisée à l’état civil : Clary.]

Inscrit à l'Institut de comptabilité, seul lycée à l'époque qui permettait une étude approfondie des langues étrangères ainsi que des mathématiques dans la formation des étudiants, Federico voulut étudier par lui-même plusieurs langues étrangères. L'amour extraordinaire pour la culture et les langues était une caractéristique de sa famille d'origine, de même que l'habitude de s'exprimer en français aussi dans la vie quotidienne, qu'il maintint tout au long de sa vie et transmit à ses filles.

Compte tenu de cette prédisposition extraordinaire aux langues étrangères, il s’inscrivit à l'Institut royal oriental de Naples, le plus ancien établissement de sinologie et d'études orientales du continent européen. C'est là qu'il apprit plusieurs langues orientales, dont le chinois et le coréen ; toutefois, il n'obtint pas son diplôme car injustement accusé, lors de l'examen écrit final, d'avoir laissé un autre candidat copier son travail. Profondément offensé par cette accusation indue, il refusa de répéter l'examen.

Afin de devenir financièrement autonome et ne plus dépendre de ses oncles, Federico concourut très jeune pour un poste de traducteur-interprète auprès de la société italienne des chemins de fer, se classant premier pour 15 langues, où il fut recruté, en 1915, en tant que dirigeant.

Après avoir déménagé à Salerne, il s’y maria le 13 janvier 1924, avec Gilda De Filippis, mère de ses quatre filles, dont Anna, maman d'Oriana et Marina de Majo, gardiennes de la mémoire de leur grand-père. [Début]

1.2 Le système de traduction mécanique, la participation aux expositions internationales et les années de la 2e guerre mondiale

En décembre 1929, Federico Pucci présenta à Salerne sa première étude sur la traduction mécanique, qui fut également présentée à la presse italienne en 1930.

Cette même année, il exposa pendant six mois (mars-novembre) le texte du « Traducteur mécanique français-italien » à la foire de Bolzano, section littéraire, en recevant la médaille d'argent.

Toujours en 1930, il participa à la foire commerciale de Coni, avec le même texte, récompensé là aussi par une médaille d'argent.

[En 1931, il publia le premier texte au monde sur le traducteur "mécanique" des temps modernes, ainsi que le premier, à notre connaissance, d'une dizaine de livres écrits en 30 ans sur son idée d'invention, encore totalement inconnue aujourd'hui.]

En 1934, il fut admis par le CNR à participer à la foire du Levant à Bari, première exposition internationale des inventions.

En 1935, il obtint la médaille d'argent à la foire de Paris pour « La methode à traduire les langues sans les connaître » puis, en 1936, il participa à l'Exposition internationale des inventions de la Foire de Leipzig. Sur proposition du ministre des Communications, en octobre 1936, il fut nommé chevalier de l'Ordre de la couronne d'Italie.


Il est très probable que cet honneur lui fût accordé en raison de sa brillante participation à ces foires, et plus particulièrement à celle de Paris.

En février 1936, pendant la guerre d'Éthiopie, Federico Pucci publia un court essai à visée géopolitique : « L’Europa non vuol morire » [1]. La motivation principale de cet ouvrage, manifestement de nature apologétique, résidait dans le désir d’éloigner de sa personne les accusations d'anglophilie et de proximité avec les milieux maçonniques (en réalité pas entièrement infondées), compte tenu également de sa réputation de libre penseur et d’intellectuel cosmopolite. En fait, ces années-là, il partait souvent à l'étranger, et particulièrement en France. Son amitié avec le juriste français Henri Demont, auteur du texte : « Pour supprimer ce crime: la guerre », et auteur, dès 1908, d'un projet de réalisation d'une « Société des Nations » [2] était notoire.


À cette époque, Pucci travailla au développement d'un traducteur mécanique à usage militaire. En 1940, il proposa au ministère de la Guerre un système de traduction basé sur un appareil émetteur C et un appareil récepteur D, également en vue de sa participation à l'Exposition de la technique en 1940.

Le ministère s'intéressa à ses recherches et envisagea de financer la construction d'un prototype mécanique par Pucci lui-même. Pour autant Federico renonça à cette possibilité, craignant qu'en devant s'appuyer sur un technicien pour la construction du prototype, celui-ci ne puisse garder le secret.

Après l’entrée en guerre en juin 1940, en raison de ses connaissances linguistiques, la préfecture de Salerne lui confia la censure de la correspondance civile et militaire dans 30 langues étrangères, tel qu’il résulte d’une attestation délivrée après le conflit par le Préfet Cenami, qui en certifiait les compétences en tant que membre de la Commission provinciale de Salerne.


Dans l'accomplissement de cette tâche, il utilisa ce qu'il définit lui-même comme le « traducteur mécanique E », ... « qui réussissait, grâce à un système d'abscisses et d'ordonnées cartésiennes, à déterminer la langue dans laquelle était écrit le texte source, de par les valeurs de chacune des lettres, à condition que le texte original fût écrit selon le système de substitution des constantes littérales ». [3]

En réalité, Pucci se voyait confier l'examen de la correspondance provenant non seulement de l'Italie centrale et du sud, mais aussi de l'étranger, en particulier d'Allemagne, car bien qu'il ne fût pas le seul à Salerne à maîtriser la langue allemande, il était le seul à pouvoir lire facilement les caractères gothiques.

En 1942, il réussit à effectuer « l'analyse grammaticale automatique », approuvée par le Conseil National des Recherches dans son avis n° 11095 du 30 octobre 1942. Cependant, ce même CNR – avec la même vision obtuse dont la bureaucratie italienne avait initialement fait preuve dans le cas de Guglielmo Marconi - ne considéra jamais les études théoriques de Pucci comme une invention, dès lors qu’elles ne s’étaient pas concrétisées par la construction d'une machine.

Fin juin 1943, en prévision d'un éventuel débarquement allié dans le golfe de Salerne (comme cela se produisit réellement le 9 septembre 1943), Pucci loua une maison dans un lieu situé à distance sûre, loin de la côte (Ajello di Baronissi), en interrompant son travail à la préfecture. Il y travailla comme traducteur-interprète auprès d’une unité allemande (la 16e Panzerdivision) où il eut l'occasion, selon le récit qu’il en fait dans une lettre au CNR [4], de voir le système de chiffrement électromécanique Enigma, qui présentait des analogies intéressantes avec son projet de traducteur mécanique.

La logique de l'appareil de chiffrement allemand qui, contrairement au traducteur mécanique, se basait sur des circuits électriques, apparaissait en fait similaire à celle de l'invention de Pucci. Après le retrait des troupes allemandes et le débarquement des Alliés, il reprit ses activités auprès de la société italienne des chemins de fer, tandis que ses deux filles aînées furent employées par l'administration militaire alliée. [Début]

1.3 L'après-guerre, les articles dans la presse internationale et les lettres au CNR

Fin 1949, du fait que sa qualification de traducteur ne lui fut pas reconnue et qu’il se vit donc refuser la possibilité d'être promu à niveau supérieur, en dépit de son ancienneté professionnelle et des services rendus à l'administration, Federico Pucci quitta la société italienne des chemins de fer. Sa préretraite lui permit de se consacrer à ses recherches sur le traducteur, dont l’appellation passa de « mécanique » à « dynamo-mécanique », en s'inspirant probablement de sa découverte d’« Enigma ».

Le 25 août 1949, l'agence de presse américaine United Press lança depuis Salerne une dépêche mentionnant l'invention de Pucci. Une nouvelle qui suscita grand intérêt dans le monde anglo-saxon puisqu’elle fut reprise dans la presse par les principaux médias, notamment le New York Times aux États-Unis, et le News Chronicle au Royaume-Uni (le 26 août).




L'étude sur le « traducteur dynamo-mécanique » fut présentée à l’exposition-concours d’inventions de la foire de Paris du 16 au 29 septembre. En cette occasion, bien que Pucci n’eut présenté aucun prototype mais le seul projet de son « traducteur », les autorités françaises lui accordèrent un « certificat de garantie » visant à en protéger la propriété intellectuelle.

La lettre au CNR par laquelle Pucci souhaita faire reconnaître son invention date du 10 juillet 1949. Il s’ensuivit une deuxième lettre, datée du 17 octobre 1949. Le CNR répondit à ces deux missives sur un ton bureaucratique, en l'invitant à contacter l'Institut italien pour l'éducation et les inventions du ministère de l'Industrie et du Commerce extérieur.


Dans son courrier du mois de juillet, Pucci informait le CNR des progrès réalisés aux États-Unis par le Dr Harry Huskey dans la construction d'un « cerveau électrique » devant servir à la traduction littérale des langues étrangères, qui aurait eu cependant un potentiel inférieur au système que lui-même avait conçu.

En réalité Huskey, pionnier de l'informatique, après avoir rencontré Alan Turing lors de ses études au Royaume-Uni, s’était convaincu de la possibilité d'utiliser l'ordinateur qu'il avait fabriqué à Los Angeles, le Standards Western Automatic Computer (SWAC), non seulement pour ses fonctions de calcul, mais aussi pour la traduction automatique de l'allemand vers l'anglais.

Selon Pucci, la production en série de son « traducteur » aurait entraîné des coûts inférieurs à ceux du « cerveau électrique » américain, qui bénéficiait en revanche de financements de la marine américaine. Dans cette même lettre, Pucci mentionnait la lettre qu’il avait envoyée au président Truman pour lui exposer son invention.

En 1953, il envoya d’ailleur un courrier similaire à l'ambassadrice américaine en Italie, Clare Boothe Luce.

En 1949, Pucci publia les ouvrages suivants :
  • Serie delle grammatiche dinamiche, pratiche, ragionate, storico-comparate: Parte I. Per coloro che in pochi giorni desiderano acquistare una conoscenza elementare della lingua straniera. [fasc. I.] Inglese” ; 
  • « Le traducteur dynamo-mécanique: L'invention pour traduire les langues de l'occident sans les connaitre presque sans dictionnaire. Op. I: anglais-français. Sous-titré : « Perfectionnement de l'invention primée (traduction mécanique) avec diplôme de médaille d'argent à l'Exposition Concours International des Inventions, Foire de Paris 1935 » 
  • Il traduttore dinamo-meccanico: Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 1. francese – italiano” ; 
  • Il traduttore dinamo-meccanico: Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 2. Inglese – italiano”. 
En 1950, Pucci participa au Concours d’inventions de la foire internationale mosane de Liège, où il reçut une médaille d'argent.

[Début]

1.4 Les dernières années

Dans les années 1950, Pucci poursuivit ses activités de recherches et d'études, même en l'absence de tout financement, en publiant les ouvrages suivants :
  • 1950: Grammatica dinamica della Lingua tedesca: (linee fondamentali); Il traduttore dinamo-meccanico: Tipo libro macchina. Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario. [fasc. ] 1. Italiano-Inglese 
  • 1952: Il traduttore dinamo-meccanico: Serie B. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 1. Italiano – Francese
  • 1958: Vocabolario mobile italiano - francese: (parte Traduttore Meccanico).
Durant cette période, Pucci fit aussi quelques voyages à l'étranger, dont un en France, en 1950, où l’on sait qu’il rencontra son ami Henry Demont, et un en Israël, en 1954.

En 1960, il publie son dernier ouvrage :
  • Il traduttore dinamo-meccanico: Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario Tedesco – Italiano, à savoir le traducteur appliqué à l’allemand.
Les dernières années de sa vie, il fut atteint d'une maladie qui le conduisit progressivement à la cécité. Il meurt à Salerne le 6 mars 1973. [Début]

2. L’invention

Pour saisir la portée de l'invention de Federico Pucci, une brève introduction s’impose sur le sens de « traduction automatique », en particulier lors de la période précédant l'invention des ordinateurs.

Selon le consensus actuel, jamais remis en question depuis plusieurs décennies, le concept de traduction automatique (TA) fait référence à l’acte de traduire par un ordinateur sans intervention humaine.

Avant l’ordinateur, on ne parle que de « traduction mécanique », voire de « machine à traduire », un distinguo qui demeure dans l’appellation anglaise de la discipline : « Machine Translation », ou MT en abrégé.

Après l’ordinateur, parfois qualifié de « cerveau électrique », ou « cerveau électronique », les premiers « logiciels » de traduction automatique furent des systèmes dits « à base de règles ». On n’utilisera pratiquement que ces systèmes pendant une cinquantaine d’années, avant l’apparition de systèmes hybrides ou d’autres plus performants.

Et la première démonstration de l’histoire d’un système de traduction automatique à base de règles (RBMT, ou Rule-Based Machine Translation), est connue dans ses moindres détails : date, lieu, équipe, langues, déroulement, etc.

En fait, une anecdote plus qu’une véritable démonstration scientifique : nous sommes le 7 janvier 1954, à New York, au siège d’IBM, l’équipe est une collaboration entre la Georgetown University (M. Paul Garvin pour la partie linguistique) et IBM (M. Peter Sheridan pour la partie programmation), la paire de langues est le russe et l’anglais, un lexique de 250 mots choisis avec soin, quelques dizaines de phrases, 6 règles !

Le lendemain, IBM annonce dans un communiqué de presse :
And the giant computer, within a few seconds, turned the sentences into easily readable English. 
Ce même communiqué mentionnait cette phrase du professeur Leon Dostert, de l'Université de Georgetown, selon lesquel, en l’espace de quelques années la traduction automatique aurait pu devenir réalité :
Doctor Dostert predicted that “five, perhaps three years hence, interlingual meaning conversion by electronic process in important functional areas of several languages may well be an accomplished fact.” 
Le ton optimiste de cette déclaration eut surtout pour effet d'inciter le gouvernement américain à mettre à disposition d’importantes sommes pour la recherche. De ce point de vue, l'objectif fut atteint ! Pour autant, dans la réalité, l'expérience « Georgetown University – IBM » fut suivie d’une décennie que tous les spécialistes de l'histoire de la TA s'accordent à définir comme « la grande désillusion ».

Or cinq ans avant l'expérience américaine, dans sa première lettre au CNR datée du 10 juillet 1949, Federico Pucci faisait montre de claivoyance en prédisant à l'insu de la communauté scientifique internationale que :
« les sommes considérables allouées par le gouvernement américain pour la construction du cerveau électrique » concernaient un appareil « sans aucune utilisation commerciale et inadapté aux objectifs fixés », ce qui s'est très exactement produit par la suite.
Telle est, en résumé, l'expérience que la communauté scientifique considère à ce jour, en 2019, comme le début de la traduction automatique, un jugement qui devrait être revu à la lumière de l'invention de Pucci.


Car 25 ans avant l’expérience de Georgetown-IBM, en décembre 1929 (il y a donc 90 ans), M. Federico Pucci présenta sa méthode à Salerne, inventée de A à Z, qu’il conçut bien avant l’apparition de l’ordinateur, probablement dès la moitié des années 20, et que l’on peut parfaitement définir comme le premier système de « traduction mécanique à base de règles ».

Un système qui sera documenté de manière détaillée deux ans plus tard, dans un opuscule de 68 pages descriptives, publié en 1931, intitulé : « Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua : Parte I. » (« Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue, 1e partie »), dont voici la couverture :


Une méthode extrêmement sophistiquée pour l’époque, n’ayant absolument rien à envier à l’expérience américaine qui sera réalisée un quart de siècle plus tard, et réunissant en un seul bloc les trois approches habituelles d’un système de TA à base de règles (elles seront distinctes par la suite, uniquement grâce à la puissance de calcul croissante des ordinateurs) ; pour simplifier :
  • Transfert direct : analyse morphologique, traduction mot à mot sur la base de dictionnaires bilingues, de compléments de vocabulaire et de tableaux de correspondances vocaliques et consonantiques entre les langues. Ex. italien-français :
  • Transfert indirect : analyse de la syntaxe et de la grammaire, représentations source et cible, et règles de transfert du texte source pour générer le texte cible… Entre autres, le livre propose 9 pages permettant de retrouver une entrée de dictionnaire en déterminant la valeur des modifications dues aux flexions (déclinaison, conjugaison, etc.). Ex. :

Chaque variation (voir troisièmes colonnes en partant de la gauche) exprime une flexion. Pucci nous donne l’exemple de la phrase italienne : l’uomo viene, où uomo est le mot fondamental, un substantif masculin singulier, et viene une déclinaison du verbe venire qui représente la modification du concept exprimé par l’infini en celui exprimé par la troisième personne du singulier de l’indicatif présent.

Donc, en utilisant la clé internationale X pour exprimer la variation du concept d'indéfini au concept de présent indicatif, nous obtenons :
- italien: L’uomo viene = l’uomo venire + X
- français: L’homme vient = l’homme venir + X
- allemand: Der Mann kommt = der Mann kommen + X
- anglais: The man comes = the man come + X
  • Transfert par pivot : le pivot peut être soit une interlangue naturelle (anglais, espéranto, etc.), soit une représentation symbolique, comme dans le cas de Pucci, faite de clés internationales et d’idéogrammes permettant une transmission des concepts par des éléments graphiques. Ex. :

Comme il le dit lui-même, les idéogrammes présentent plusieurs avantages :
  • de permettre au destinataire de percevoir les concepts plus rapidement (si un français veut communiquer l'idée d'un cheval et en dessine un, nous comprendrons plus rapidement que s’il se contente de nous dire ou d’écrire cheval) ;
  • de représenter par le graphisme des concepts grammaticaux et syntaxiques, voire d'expliquer dans une langue un concept grammatical manquant dans cette langue mais existant dans une autre.
Il précise enfin que quelques ajouts mineurs à ces clés fondamentales, valables pour les langues romanes, leur permettraient de servir également pour les langues slaves.

Du reste, dans le livre-machine que Federico Pucci publiera après la guerre, il nous montre une maquette de son invention intégrant les 4 modules suivants (son écriture) :
  • 1 vocabulaire mobile (A) 
  • 1 complément au vocabulaire mobile (B)
  • 1 correcteur syntaxique (C)
  • 1 correcteur morphologique (D) 
Maquette :

Chose incroyable : à chaque livre-machine publié il intégrera une maquette faite à la main et annotée de son écriture manuscrite, pour expliquer comment construire sa « machine à traduire » en respectant ses indications !


*

Imaginons pour conclure que Federico Pucci ait pu construire un prototype de son invention : il serait aujourd'hui rangé sur les mêmes étagères poussiéreuses de l’histoire que les machines de Georges Artsrouni et Petr Smirnov-Trojanskij, à savoir une sympathique curiosité totalement dépassée.

En revanche, il nous a légué bien plus qu'un dispositif obsolète, puisqu'il a consigné noir sur blanc à la postérité, dès 1931, le premier système documenté au monde de traduction automatique à base de règles, enrichi de deux trésors, à savoir les deux premiers textes traduits « mécaniquement » : un extrait de la Vita Nuova de Dante traduit de l'italien au français, et un extrait du Zadig de Voltaire traduit du français à l'italien, en avertissant dès l’avant-propos le lecteur sur l’apprentissage de sa méthode :
« Lire l'exemple de traduction en page 66 et vérifier, à l'aide du vocabulaire, la façon dont j'ai traduit. Puis après avoir traduit quelques lignes, lire les tableaux en page 36 pour éviter d'avoir trop souvent recours au dictionnaire.
L'érudit lira le tout en suivant l'ordre d’exposition, et qui ne parviendrait pas à comprendre les raisons de la disposition du livre en trouvera l’explication dans la deuxième partie. »

La découverte du personnage et de l'invention de Federico Pucci n'eut lieu qu'en 2017, grâce à Jean Marie Le Ray, blogueur et traducteur-interprète français [5].

Espérons que, tôt ou tard, une Université ou encore l’un des acteurs majeurs de la TA dans le monde puisse s’emparer des travaux et des intuitions de Federico Pucci, pour reconnaître enfin son rôle de précurseur dans l’histoire de la traduction automatique, voire pour finalement réaliser un prototype fonctionnel de sa « machine à traduire »… [Début]

3. Honneurs

Chevalier de l'Ordre de la Couronne d'Italie, 27 octobre 1936


[De nombreux honneurs reçus en France]

[Début]

4. Note 

1) L’Europa non vuol morire, Federico Pucci, Salerne, 1936
2) Pour supprimer ce crime: la guerre, Plan Henri Demont de 1908, développé et proposé aux Alliés en 1918, Henri Demont, Paris, 1938
3) Lettre au CNR du 10 juillet 1949
4) Lettre au CNR du 10 juillet
5) https://adscriptum.blogspot.com/p/federico-pucci.html

[Début]


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lundi 21 octobre 2019

Réécrire l'histoire de la traduction automatique

[Mise à jour en anglais - 22 juillet 2025]


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La découverte de Federico Pucci bouleverse totalement l'histoire de la traduction automatique, qui doit être réécrite au XXIe siècle.

J'ai déjà fait une première tentative, qui s'est avérée être un échec total. Peu importe. Je vais essayer d'être plus précis.

Au siècle dernier, selon toutes les sources disponibles, l’histoire de la traduction automatique est relativement figée, avec une seule ligne de démarcation : l’apparition de l’ordinateur.

AVANT l'ordinateur, sur la période 1932-1935, nous avons la construction probable d’une première machine à traduire par Georges Artsrouni (1932), suivie en 1933 par le dépôt du brevet et la présentation aux autorités soviétiques de la machine de Petr Petrovič Smirnov-Trojanskij, et entre 1933 et 1935 la construction du « cerveau mécanique » de Georges Artsrouni.

En 1936, Alan Turing publie « On computable numbers »1 et imagine un modèle abstrait du fonctionnement des appareils mécaniques de calcul, tel un ordinateur, en vue de donner une définition précise au concept d’algorithme ou de « procédure mécanique », connu sous l’appellation de « machines de Turing ».

Il est l’un des principaux acteurs du déchiffrement d’Enigma durant la seconde Guerre mondiale, et ouvre la voie à l’informatique moderne en contribuant à la construction des premiers ordinateurs programmables au monde : les Colossus Mark 1 et Mark 2.

APRÈS l’apparition des premiers ordinateurs, il faudra attendre 1946 et la rencontre entre Andrew Booth et Warren Weaver, directeur de la Fondation Rockfeller, et, surtout, le 4 mars 1947, avec la lettre de ce dernier à Norbert Wiener évoquant la possibilité d’utiliser les nouveaux ordinateurs pour la traduction des langues naturelles :
... Also knowing nothing official about, but having guessed and inferred considerable about, powerful new mechanized methods in cryptography - methods which I believe succeed even when one does not know what language has been coded - one naturally wonders if the problem of translation could conceivably be treated as a problem in cryptography. When I look at an article in Russian, I say "This is really written in English, but it has been coded in some strange symbols. I will now proceed to decode. 
Norbert Wiener lui répond, pour le moins sceptique, le 30 avril 1947 :
Second—as to the problem of mechanical translation, I frankly am afraid the boundaries of words in different languages are too vague and the emotional and international connotations are too extensive to make any quasi mechanical translation scheme very hopeful. I will admit that basic English seems to indicate that we can go further than we have generally done in the mechanization of speech, but you must remember that in certain respects basic English is the reverse of mechanical and throws upon such words as get a burden which is much greater than most words carry in conventional English. At the present tune, the mechanization of language, beyond such a stage as the design of photoelectric reading opportunities for the blind, seems very premature… 
Warren Weaver formalisera son intuition deux ans plus tard, le 15 juillet 1949, avec la publication d’un mémorandum simplement intitulé : Translation, publié in Machine translation of languages: fourteen essays [ed. by William N. Locke and A. Donald Booth (Technology Press of the Massachusetts Institute of Technology, Cambridge, Mass., and John Wiley & Sons, Inc., New York, 1955), p.15-23], qui commence ainsi :
There is no need to do more than mention the obvious fact that a multiplicity of languages impedes cultural interchange between the peoples of the earth, and is a serious deterrent to international understanding. The present memorandum, assuming the validity and importance of this fact, contains some comments and suggestions bearing on the possibility of contributing at least something to the solution of the world-wide translation problem through the use of electronic computers of great capacity, flexibility, and speed.
C'est d'ailleurs après avoir eu vent d'un article publié aux États-Unis le 31 mai 1949 (notamment sur le New York Times et le New York Herald Tribune) sur le lancement de l'ordinateur SWAC (Standards Western Automatic Computer) et les déclarations de Harry Huskey rapportées par un quotidien italien (je n'ai pas encore identifié avec précision de quel Giornale il s'agit) du même jour :
Les surprenantes inventions (Los Angeles, 31/05/1949)

M. Harry Huskey, chercheur auprès de l’Institut pour les calculs analytiques, a annoncé l’invention d'un cerveau électrique capable de traduire des langues étrangères.

Sur le fonctionnement de l’appareil, initialement utilisé dans le cadre des recherches mathématiques, le scientifique a déclaré : « Pour réussir à traduire les langues, celles-ci doivent être saisies à la machine. Le service des recherches navales a déjà débloqué une somme d'argent considérable pour construire le cerveau. »

M. Huskey est certain du bon fonctionnement de sa merveilleuse machine, qui produira une traduction littérale, mot à mot, et il incombera ensuite à l'utilisateur d’interpréter le sens de la traduction.

Le cerveau électrique sera testé au plus tard d’ici un an.
que M. Pucci adresse son premier courrier au Conseil National des Recherches italien (en date du 10 juillet 49, seulement 5 jours avant la publication du mémorandum de Weaver !), intitulé : « Cerveau électrique nord-américain pour la traduction des langues étrangères et traducteur électromécanique italien participant à l'exposition-concours d’inventions qui se tiendra du 16 au 29 septembre 1949 à Paris », dans le seul but de revendiquer l'antériorité de son invention...

C'est probablement aussi pour cela qu'il fera en sorte que son annonce soit reprise sur ce même New York Times le 26 août 1949 :

On 26 August 1949, the New York Times reported (page 9) from Salerno: 
Federico Pucci announced today that he had invented a machine that could translate copy from any language into any other language. He said that the machine was electrically operated, but refused to disclose details. He said that he would enter it in the Paris International Fair of Inventions next month.  

Une annonce relayée presque un demi-siècle plus tard par John Hutchins, qui fut le point de départ de ma découverte. Mais malheureusement, comme je pense l'avoir clairement démontré, la "machine à traduire" de Federico Pucci n'a jamais vu le jour !

Cela étant, quand bien même Pucci aurait réussi à construire un prototype de son invention (dont il ne nous reste que la maquette), il serait rangé aujourd'hui sur les mêmes étagères poussiéreuses de l'histoire que les machines d'Artsrouni et de Smirnov-Trojanskij, à savoir une sympathique curiosité totalement dépassée.

En revanche, Federico Pucci nous a laissé bien plus qu'un dispositif obsolète, puisqu'il a consigné noir sur blanc le premier système documenté au monde de traduction automatique à base de règles (RBMT) dans son livre paru à Salerne en 1931 (An IX de l’ère fasciste !), dans la partie I de ce qui est vraisemblablement le premier ouvrage jamais publié sur un dispositif de « traduction mécanique » : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue », dont voici la couverture :


Titre original : « Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua : Parte I. »

Cette première partie signifiant donc qu'il y en aurait eu au moins une autre à suivre, ce que l'auteur précise en italien sur la couverture : « En préparation : traduction de la langue nationale vers la langue étrangère (langue française) - Temps nécessaire pour apprendre à traduire : une minute ». Avec 68 pages descriptives, c'est non seulement le premier ouvrage, mais aussi le plus complet de la série : dix livres publiés pendant 30 ans, de 1931 à 1960, consacrés à « ses machines à traduire ».

Dans sa préface au lecteur, rédigée à Salerne le 10 décembre 1930, l'auteur entend démontrer qu'il serait possible de faire correspondre entre eux des étrangers ne connaissant respectivement que leur propre langue (Il presente lavoretto tende a dimostrare che sarebbe possibile corrispondersi fra stranieri, conoscendo ciascuno solo la propria lingua).

Donc, en 1929, M. Pucci présente à Salerno sa méthode pour la première fois, qu'il formalise l'année suivante dans un ouvrage publié début 1931. Dans sa première lettre au CNR, il évoque lui-même l'année :
Dès 1930, je me suis intéressé à la question de permettre aux gens ne connaissant que leur propre langue de traduire d'une langue à l’autre.
Or, vu l'élaboration sophistiquée d'une telle méthode (qui sera d'ailleurs primée avec une médaille d'argent dès le mois de mai 1935 par le Comité de la Foire de Paris), et avec tout le travail réalisé sur ses "tableaux symboliques", il est évident qu'il devait tenter de théoriser son invention déjà depuis la moitié des années 20, a minima, car il lui aurait été impossible d'écrire un tel ouvrage sans une longue et mûre réflexion au préalable.

Plus étonnant encore, il nous laisse un témoignage de ce que sont indubitablement les deux premiers textes au monde traduits "mécaniquement" : un extrait de la Vita Nuova de Dante traduit de l'italien au français, et un extrait du Zadig de Voltaire traduit du français à l'italien, où l'auteur nous expose très exactement - et de façon très détaillée - la méthode (de fonctionnement de sa machine telle qu'il souhaitait la concevoir) par laquelle il traduit "automatiquement" de l'italien au français, puis du français à l'italien :


En obtenant des résultats - pour un système mécanique conçu en 1930 - absolument remarquables ! À titre de comparaison, voici les traductions automatiques modernes de ce même extrait de Zadig, près de 90 ans plus tard...

Une dernière observation avant de conclure : l'approche unique de Federico Pucci anticipe aussi de près d'un siècle une autre caractéristique de ce qu'est devenue la traduction automatique aujourd'hui : sa dimension universelle, démocratique, abordable et à la portée de tous. Il n'aurait certes pas pensé à sa gratuité, quoique...

Conclusion

Que l'on observe l'histoire de la traduction automatique AVANT ou APRÈS l'apparition de l'ordinateur, dans le premier cas Monsieur Federico Pucci a précédé de quelques années les inventions de MM. Georges Artsrouni et Petr Petrovič Smirnov-Trojanskij, et dans le second d'au moins deux décennies (!) l'intuition de Warren Weaver... 

Donc indépendamment du fait que ni le passé ni le présent ne lui ont rendu justice jusqu'à maintenant, j'espère au moins que l'avenir lui apportera la reconnaissance qu'il mérite en tant que précurseur absolu de la traduction automatique, qui légua dès 1931 à la postérité le premier système connu et documenté de "traduction mécanique à base de règles".



Note : 1 ON COMPUTABLE NUMBERS, WITH AN APPLICATION TO THE ENTSCHEIDUNGSPROBLEM
By A. M. TURING.
[Received 28 May, 1936.—Read 12 November, 1936.]


dimanche 13 octobre 2019

Le décès de Brahim Bouarram

Il y a trois jours, je n'avais encore jamais entendu parler de Brahim Bouarram. Cela pourra sembler bizarre à des français qui vivent en France, mais cette affaire remonte au 1er mai 1995, et à cette date je vivais déjà en Italie depuis 13 ans.

Or je peux vous assurer que le début des années 90 a été extrêmement mouvementé en Italie, et, par ailleurs, à cette époque Internet n'en était qu'à ses balbutiements, raisons pour lesquelles je n'étais pas vraiment au courant de ce qui se passait en France.

Mon attention était surtout accaparée par le tournant dramatique du début de la décennie 90 en Italie, avec les attentats mafieux à répétition, les assassinats politiques et l'arrivée de Berlusconi au pouvoir. Une période que je connais plus ou moins sous toutes ses coutures.

Du reste, c'est aussi le motif pour lequel j'ai acheté dès sa parution le livre de Fabrizio Gatti, intitulé "Educazione americana", parce qu'il promettait des révélations sur l'implication d'une équipe clandestine de la CIA opérant alors en Italie (et en Europe...) et sur la manière dont elle avait influencé des événements dont nous subissons aujourd'hui encore les conséquences.

D'où ma surprise en lisant le prologue, qui commence ainsi (je traduis) :
Brahim agite ses bras dans l'air comme des ailes. Il ne comprend pas ce qui s'est passé. La peur lui a coupé le souffle. Ses pieds recherchent un appui. Ses mains quelque chose à quoi s'accrocher. (...)
Brahim Bouarram a vingt-neuf ans. Il est né au Maroc. Deux enfants l'attendent à la maison. Or le fleuve emporte leur père au loin. Les eaux troubles comme les nues d'un orage l'ont pris en charge et, déjà, séparent sa vie de son corps...
Une chose totalement inattendue pour moi. J'avais déjà lu le prière d'insérer sans trop comprendre de qui et de quoi il s'agissait : « À Paris, ils jettent dans la Seine un jeune passant, Brahim Bouarram. »

"Ils", ce sont les agents clandestins de la CIA. En proie à la surprise la plus totale, je publie mon premier tweet :


En fait, la seule erreur de ce tweet, c'est d'avoir utilisé le verbe "orchestrer". Mais je n'avais pas encore lu les détails, et si je l'ai utilisé, c'est juste à cause de la phrase du prière d'insérer : « À Paris, ils jettent dans la Seine un jeune passant, Brahim Bouarram. »

Je dois placer ici un préambule, relatif à ma précision : « ...écrit selon la même technique que "Dernière sommation" de @davduf », à savoir qu'il se base sur des faits véridiques. J'avais été frappé par les explications de David Dufresne sur les raisons de son choix du "roman", qui lui a offert une certaine distance pour avoir une plus grande liberté de ton et d'écriture, pour utiliser les ressorts de la fiction afin d'expliquer ce qui s'est réellement passé.


* * *

De longue date Fabrizio Gatti est un journaliste d'investigation très connu en Italie, réputé pour son sérieux et pour la rigueur de ses enquêtes. Il a déjà publié deux livres en France, en 2008 Bilal sur la route des clandestins, ouvrage pour lequel il s'est infiltré plusieurs mois pour suivre les routes de l'immigration du continent africain vers l'Europe, et en 2014 Les routes de la mafia.

Dans le cas de Fabrizio Gatti, qui qualifie aussi son livre de "roman", celui-ci explique comment il a été contacté par sa "source" et quelle fut la genèse de son livre. Qui ne se base pas sur des faits connus mais sur un récit de "Simone Pace", un nom d'emprunt que je nommerai dès à présent Monsieur X pour les besoins de mon raisonnement. Un témoignage per relationem, donc, comme on dit en italien juridique, qui emprunte beaucoup au latin.

Par conséquent, la difficulté pour le journaliste tient à établir la fiabilité de Monsieur X et de sa parole, puisque rien de ce qu'il dit ne peut être documenté. Lorsque Fabrizio Gatti lui demande : « Est-ce que vous fournirez des preuves de ce que vous racontez ? », sa réponse est la suivante :
« Les preuves, c'est quelque chose que vous fabriquez. Les faits réels n'ont pas besoin de preuves. Je vous dirai juste la vérité. Dans toutes les opérations où les États-Unis sont impliqués, la CIA fait en sorte de ne laisser aucune preuve derrière elle. Et lorsqu'il y en a, elles sont éliminées. »
Je n'ai pas encore terminé le livre, j'en suis à la page 295 (sur 486), qui correspond à la fin du deuxième chapitre consacré à la mort de Brahim. Ce qui frappe dans toutes les pages précédentes, hors le cas de Brahim, c'est la précision des noms, des dates, des lieux... et la conclusion de tous les recoupements effectués par Fabrizio Gatti afin de vérifier l'exactitude des déclarations de Monsieur X : tout correspond !

Donc pourquoi douter de son témoignage sur les événements qui conduisent l'un des deux agents américains à pousser à l'eau Brahim Bouarram ? Mais laissez-moi vous résumer :
Il s'agit d'une opération orchestrée par la CIA sous contrôle des services secrets français qui avait comme cible Ali Belkacem afin de le retourner. Monsieur X était l'interlocuteur désigné pour convaincre Belkacem, y compris en l'achetant avec beaucoup d'argent. L'équipe américaine était composée de Monsieur X et de deux opérationnels, qu'il nomme Daniel et Adam, des ex-marines devant servir d'ange gardien au premier. Quant à l'équipe française, elle comprend un certain Monsieur Philippe, officier des services secrets responsable de la mission, Latifa et son père, Omar, un policier qui collabore depuis longtemps avec M. Philippe, ayant fait l'école de police ensemble. Ils hébergent l'équipe de la CIA à Bobigny.

Le lendemain Ali Belkacem se trouve en compagnie de Boualem Bensaïd, mais les consignes sont de ne contacter Belkacem que lorsqu'il sera seul. Monsieur X est surpris de constater qu'ils se trouvent en plein milieu d'une manifestation du FN, ce dont M. Philippe ne les a pas prévenus. Adam, Daniel et Latifa assis à une table, surveillent Belkacem et Bensaïd à la terrasse du café Voltaire, avant de les perdre ensuite dans la cohue, et de voir Belkacem prendre seul le pont du Carrousel. C'est là où le destin de Brahim Bouarram va basculer.

Une altercation aurait eu lieu entre Daniel, Adam et Brahim Bouarram, parce que ce dernier gênait leur passage. À un certain moment Brahim aurait donné un coup de pied dans le tibia à Daniel et se serait enfui. L'américain, fou de rage, l'aurait rattrapé et poussé à l'eau. Fin de l'histoire.
Vu sous cet angle, la première conclusion évidente est que jamais la mort de Brahim Bouarram au Pont du Carrousel ne fut voulue. Je crois même que dans l'esprit de Daniel, l'auteur du geste fatal, pas une seule seconde il n'a dû imaginer que sa "victime" ne savait pas nager. Brahim serait donc un "dommage collatéral", qui s'est juste trouvé au mauvais moment au mauvais endroit.

Ils découvriront ensuite les conséquences de leur acte lors d'un briefing dans l'appartement de Bobigny. M. Philippe reçoit un appel téléphonique l'avertissant que la police est au pont du Carrousel, qu'un jeune homme a été jeté à l'eau et que les témoins parlent de trois hommes aux crânes rasés vêtus de noir. M. Philippe annule immédiatement l'opération, en demandant à Latifa d'accompagner Monsieur X à la gare et aux deux américains de rentrer dare-dare dans leur pays, au cas où il y aurait eu des caméras ou quelqu'un aurait vu leur visage de près.

Au terme de son récit, Fabrizio Gatti demande à Monsieur X s'il ne s'est jamais préoccupé de savoir quelle fut la suite du décès de Brahim Bouarram. Réponse : "Non, j'étais juste un témoin."

Un témoin qui a décidé de ne pas témoigner, rétorque Gatti.

Réplique irritée de Monsieur X :
- « L’opération était coordonnée par un officier français. Monsieur Philippe était le plus élevé en grade. Nous nous trouvions en France, et c'était à lui de rendre son rapport aux autorités judiciaires.
- Mais un innocent a été tué.
- Je ne peux pas exclure que M. Philippe ait fait son devoir.
- Vous vous êtes revus ?
- Non, jamais.
- Et comment aurait-il son devoir ?
- Je l'ignore. Je ne pouvais pas poser de questions... »
Fabrizio Gatti lui montre alors une copie de trois coupures de journal, dont un article de Libération daté du 2 mai 1995. Extrait :
À midi tapante, sur le pont du Carrousel, trois hommes au crâne rasé se détachent de la masse des militants d'extrême droite et descendent rapidement vers les quais.
Il l'informe ensuite de la condamnation de Mickaël Fréminet, en obtenant juste une réaction sibylline :
« Un pauvre type. Je ne vois pas d'autre explication. Mais je ne critique pas pour autant la police judiciaire ou la magistrature. Tout début d'enquête est le moment le plus délicat. Une déclaration ou une information trompeuse peut porter l'enquête criminelle et le procès qui s'ensuit dans une direction ou dans l'autre. "Libération" avait toutefois la bonne info : trois hommes aux crânes rasés. »
M. Philippe a-t-il fait son devoir ? J'imagine que l'occasion était trop belle de faire porter le chapeau au FN ! Comme on dit en italien, oltre al danno, la beffa : non seulement Brahim Bouarram est mort pour rien, mais en plus, on s'est servi de son cadavre pour accuser des innocents (bien qu'il me soit très difficile d'associer les mots FN et innocents)... Je comprends toutefois pourquoi à l'époque Jean-Marie Le Pen dénonça une manipulation des médias et une provocation à l'égard de son parti !

victime du racisme...

* * *

Pour conclure, l'opération Ali Belkacem fut un échec total, puisque lui et Boualem Bensaïd seront impliqués dans les attentats parisiens moins de trois mois plus tard. Comme l'observe Monsieur X : « ...aujourd'hui encore, les français en paient les conséquences. Depuis lors, les terroristes n'ont plus cessé d'attaquer la France. »

Il oublie juste d'ajouter qu'un innocent est mort, un autre a été emprisonné pour un acte qu'il n'a pas commis, et leurs familles respectives ont été détruites par la douleur et l'incompréhension...

Ces nouveaux éléments seront-ils suffisants pour reprendre une enquête ayant probablement laissé derrière elle de nombreuses zones d'ombre ? L'avenir nous le dira...

Grazie a Fabrizio Gatti per il suo lavoro coscienzioso!



lundi 29 avril 2019

I due primi testi tradotti "meccanicamente" al mondo

En français:
La toute première "traduction automatique" produite au monde (1931)
La première "traduction automatique" produite au monde (1931)

In English:
2019: Ninetieth anniversary of Federico Pucci 's machine translation concept

Altri post in italiano su Federico Pucci:
2019: 90° anniversario del concetto di traduzione automatica secondo Federico Pucci (15/09/2018)
Federico Pucci : Pioniere dimenticato della traduzione automatica (18/05/2018)
Il traduttore [elettro]-meccanico secondo Federico Pucci (17/06/2017)
Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica (13/03/2017)

* * *

Quando ho pubblicato lo scoop su Federico Pucci e il suo "traduttore dinamo-meccanico", nel marzo del 2017, ignoravo tutto di lui e di quello che avrei scoperto nei due anni successivi...

Soprattutto, ero ossessionato dall'idea di trovare un giorno la "macchina da tradurre" alla quale Federico Pucci aveva dedicato tutta la sua vita, prima di dover arrendermi all'evidenza che, per tanti motivi, non era mai riuscito a fabbricarla.

Talmente ossessionato che mi era sfuggita una cosa forse ancora più importante della macchina stessa: e cioè che nel suo libro intitolato Il traduttore meccanico, pubblicato a Salerno nel 1931 (Anno IX dell'era fascista!), verosimilmente il primo libro mai pubblicato al mondo su un dispositivo di "traduzione meccanica", sottotitolato "Il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua: Parte I.":


Pucci vi aveva consegnato nero su bianco i due primi esempi di testi tradotti "meccanicamente" (il termine di "traduzione automatica" non era ancora stato coniato) secondo il suo METODO: 1) un brano di Dante tradotto dall'italiano al francese, e 2) un brano di Voltaire tradotto dal francese all'italiano!

Ebbene, anche se pubblicò il suo metodo nel 1931, lo aveva presentato in pubblico per la prima volta nel 1929, all'età di 33 anni. Ed è evidente che ci lavorava già da anni, visto il livello di maturazione della sua idea. Finora non mi sono soffermato abbastanza su queste testimonianze, uniche al mondo, del percorso seguito da Federico Pucci.

Possiamo quindi collocare la genesi del metodo di Pucci quando questi aveva almeno trent'anni, o magari anche meno visto che pubblicò il suo primo libro, intitolato "Manuale di letteratura inglese (Parte 1: I principali scrittori)" nel 1923, all'età di 27 anni!

Ed essendo il Pucci un poliglotta autodidatta eccezionale, che conosceva una trentina di lingue (così come risulta da documentazione della questura di Salerno e dai documenti della censura di Guerra presso l'archivio di Stato di Roma), è ovvio che avrà pensato a lungo al suo METODO di traduzione meccanica, ben prima di spiegarlo dettagliatamente nel suo libro, che fu chiaramente il punto d'approdo di un suo percorso, probabilmente cominciato verso il 1925.

Poi la macchina avrebbe dovuto essere la "traduzione meccanica" del metodo...

Un metodo di cui Pucci stesso ci dice:
«Il primo obbiettivo che mi propongo di raggiungere è quello di permettere a due europei, di diversa nazionalità, di corrispondersi per iscritto, senza che nessuno dei due abbia mai studiato la lingua dell'altro, col solo aiuto del vocabolario, e senza aver fatto alcuno studio speciale, mediante un sistema di chiavi che dovrebbe avere la proprietà di mettere chiunque conosca la grammatica della sola sua lingua, nelle stesse condizioni in cui si trova chi conosce la grammatica di tutte le lingue europee, e cercare possibilmente di estendere il sistema alle principali lingue extra-europee.»
Ed ancora:
«Per poter conseguire risultati pratici, occorre anche che il sistema stesso, o almeno la base del medesimo, oltre ad adempiere la funzione citata, sia così semplice da poter essere appreso con una o due letture da chiunque abbia una cultura elementare, così preciso da impedire gli errori, in cui si potrebbe incorrere per le numerose differenze intercedenti fra le lingue parlate in Europa, così breve da permettere a chi volesse iniziare una corrispondenza con·uno straniero, di fargli tenere in una busta comune, oltre a quanto vuole comunicargli, il sistema di chiavi con la spiegazione delle medesime e con la istruzione circa il loro uso, date nella lingua di chi riceve la lettera, in modo che questi possa, dopo pochi minuti, cominciare a tradurre lo scritto inviatogli ed essere in condizioni di applicare immediatamente il sistema di chiavi nella risposta.»
Quindi:
«Passando dalla teoria alla pratica e dalla sintesi all'analisi presento il prospetto delle chiavi fondamentali, valevoli per le lingue romanze. Vedremo in seguito che, con qualche piccola aggiunta servono pure per le lingue germaniche e per le slave.»
Ma qual è il significato di queste chiavi fondamentali? E qual è il ragionamento che Federico Pucci ha seguito per arrivare a questo risultato?

Certamente, ho già sottolineato l'originalità del suo approccio e della sua visione, radicalmente diversa rispetto a qualunque altro studio conosciuto in materia, fino a quel momento ed anche in seguito. Si potrebbe definire una visione "utopistica" poichè Pucci aveva in mente, fin dal 1929, una macchina semplice ("Tempo necessario per imparare a tradurre : un minuto"), pratica, poco ingombrante ed "abbordabile": nel 1950 il libro era venduto, da solo, per 150 lire (circa € 2,70 di oggi) ed egli aveva in mente di vendere il libro assieme alla macchina al prezzo di 600 lire (circa € 10,70). Quindi avrebbe dovuto essere una macchina portatile ed economica (450 lire, o poco più di 8 euro di oggi), ed anche se solo immaginata, anticipava la realtà attuale di quasi un secolo.

La prima chiave per comprendere il percorso intellettuale di Pucci sta in alcune idee semplici, che anticipano altri due concetti ampiamente riconosciuti oggi: 1) quello della semplificazione della lingua, e 2) quello del "good enough" nella traduzione.

L'idea principale su cui si fonda il suo metodo è la seguente:
  • innanzitutto, frazionare il discorso in unità minime di senso compiuto, i "monemi",
  • in secondo luogo usare ideogrammi comuni alle lingue per trasferire questa semplificazione frazionata nell'altra lingua,
  • ed infine, il destinatario ricolloca le parole (generate dalla macchina), nell'ordine che si conviene alla lingua "obiettivo", di cui il ricevente è madrelingua.
Si tratta di un metodo al tempo stesso logico e pratico, che si serve di questi ideogrammi (fondamentali e derivati), inventati da Federico Pucci fin dalla fine degli anni 20 per i suoi studi ed il cui unico scopo era mettere in grado le persone (anche di cultura limitata) di trovare, con facilità e nella propria lingua, l'equivalente di parole straniere di cui non conoscevano il significato, lasciandoci una testimonianza eccezionale con le sue tabelle!

Lascio la parola a Federico Pucci:



Tabelle seguite dalle "Norme per l'applicazione pratica delle tabelle":



Pucci passa poi all'applicazione concreta delle sue stesse norme al brano di Dante (p. 27):


usando lui stesso, probabilmente per la prima volta al mondo, l'idea di ricavare la "traduzione automaticamente"!


Ecco la trascrizione del brano di Dante, tratto dalla Vita Nuova:
Ai miei occhi apparve la gloriosa donna della mia mente, la quale fu da molti chiamata Beatrice. Io la vidi quasi dalla fine del mio anno nono. Apparve vestita di nobilissimo colore, cinta ed ornata alla guisa che alla sua giovanissima età si convenia. In quel punto dico veramente che lo spirito della vita cominciò a tremar sì fortemente che apparia nei menomi polsi orribilmente. E vedeala di sì nobili e laudabili portamenti, che si potea dire quella parola del poeta Omero: Ella non parea figliuola d'uomo mortale, ma di Dio.

Poi che furono passati tanti dì, nell'ultimo di questi, avvenne che questa mirabile donna apparve a me vestita di colore bianchissimo, in mezzo di due gentili donne, le quali erano di piu lunga età; e, passando per una via, volse gli occhi verso me e mi salutò molto virtuosamente, tanto che mi parve allora vedere tutti i termini della beatitudine.
Per prima cosa, anche volendo tradurre questo testo nel francese di oggi, non è per niente facile. Quindi vi lascio immaginare la difficoltà di tradurlo "automaticamente" novant'anni fa...



Pucci ci spiega poi come un locutore che non conosce altra lingua che la propria (secondo il titolo stesso del suo metodo), riesca in modo semplice a fare le giuste scelte (cfr. le note da [1] a [5]):


Quindi applicando le sue norme a tutto il brano:


Pucci ne ricava automaticamente la traduzione seguente dall'italiano al francese:



Trascrizione per chiarezza:
À mes yeux apparut la glorieuse femme de ma pensée, laquelle était par bien des personnes appelée Béatrice. Je la vis depuis la fin de mon année neuvième. Elle apparut habillée d'une très noble couleur, ceinte et·ornée comme il se convenait à son très jeune âge. À ce point je dis vraiment que l'esprit de la vie commença à trembler si fortement qu'il apparaissait dans les très petits pouls horriblement. Et je la voyais de si nobles et louables contenances qu'on pouvait dire cette parole du poète Homère : elle ne semblait pas fille d'un homme mortel, mais de Dieu.

Après que tant de jours furent passés, dans le dernier de ceux-ci, il arriva, que cette femme admirable apparut à moi, habillée d'une couleur très blanche au milieu de deux femmes de condition, qui étaient d'un plus long âge ; en passant elle tourna les yeux vers moi et me salua très vertueusement de sorte que il me parut alors de voir tous les limites de la béatitude.
Pucci conclude:
Questa traduzione è abbastanza corretta, è ad ogni modo tale che anche coloro che nelle pubbliche scuole sono nel francese al quarto o quinto anno di studio, la farebbero certamente peggiore, non parliamo poi di coloro che dopo di aver studiato la lingua francese a scuola, ne hanno abbandonato lo studio, sia pure da qualche anno. Ad ogni modo non si tratta di avere una traduzione perfetta, si tratta unicamente di comprendere, e non v'è dubbio alcuno che esista anche un sol francese che non riesca a comprendere il brano esposto. Unica difficoltà sarebbe quella di dover, secondo alcuni, perdere la testa, a sfogliare continuamente il vocabolario, le chiavi fondamentali, le derivate e le pagine dei concetti differenziali. Se il pubblico mi onorerà ancora della sua benevola attenzione, si convincerà invece che la versione avrà luogo molto più rapidamente e molto più agevolmente di quanto si può credere a prima vista...

Poi passa al brano dal francese all'italiano, tratto da Zadig (Voltaire), sempre seguendo il suo metodo.



È intitolato "Le nez d'un mari":
Un jour Azora revint d'une promenade, tout en colère, et faisant de grandes exclamations. Qu'avez-vous, lui dit-il, ma chère épouse ? Qui peut vous mettre ainsi hors de vous-même ? Hélas ! dit-elle, vous seriez indigné comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrue, qui vient d'élever depuis deux jours un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux dans sa douleur de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. …Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve, que ce faste de vertus ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence et s'assura autant qu'il le put de sa fidélité par des présents considérables. 
Pucci precisa:
L'italiano·che non conosce il francese non riesce a comprendere che qualche parola isolata, ma il senso gli è del tutto incomprensibile. Né può compreder nulla utilizzando il vocabolario, perchè comincia a trovare parole come: faisant, peut, seriez ecc. che il vocabolario non riporta. Vediamo che cosa succede scrivendo il brano citato col metodo esposto.

Della qualità di questo risultato, "che otterebbe meccanicamente un italiano che non abbia studiato il francese, mediante il sistema di chiavi esposto", Pucci dice che è paragonabile alla versione letterale che otterebbe uno studente francese (non molto bravo) che dovrebbe tradurre in italiano il brano citato:
Il naso di un marito
Un giorno Azora ritornò da una passeggiata tutta in collera, e facendo di grandi esclamazioni. Che avete voi, le (gli) disse Zadig, mia cara sposa? Chi può voi mettere così fuori di voi stessa? Ahimè! disse ella, voi sareste indignata come me, se voi avevate visto lo spettacolo di cui io vengo da essere testimone. Io ho stato consolare la giovane vedova Cosrue, che viene da elevare da due giorni una tomba a suo giovane sposo presso il ruscello che costeggia questa prateria. Ella ha promesso agli dei in suo dolore di dimorare (restare) presso quella tomba, finché l'acqua di quel ruscello scorrerebbe presso.
Eli aveva un amico, chiamato Cador, che era uno di quelle giovani genti a chi sua moglie trovava più di probità e di merito che agli altri, egli lo mise in sua confidenza e si assicurò, tanto che egli lo poteva, di sua fedeltà con un dono considerevole.
Però, per una traduzione che avrebbe dovuto generare un sistema meccanico concepito nel 1929, è assolutamente notevole! A titolo di confronto, ecco la traduzione automatica neuronale di Google, 90 anni dopo...


Sempre a titolo di confronto, ecco la traduzione automatica di Microsoft, decisamente superata da Pucci in termini di qualità...


Per chi è interessato, ho analizzato segmento dopo segmento questa traduzione in questo PDF (in francese), intitolato Traduction mécanique d'un extrait de Zadig par Federico Pucci (1931), giungendo alla seguente conclusione:
Nell'attesa che un'università o un ente autorevole nel campo della traduzione automatica, realizzi finalmente l'importanza di Federico Pucci nella storia della T.A. e decida di intraprendere la costruzione di un prototipo operativo delle diverse tipologie delle sue "macchine per tradurre", una prima tappa, realizzabile fin da subito e senza alcun investimento impegnativo, potrebbe consistere nella ricostruzione di questi che sono i primi due testi tradotti "meccanicamente" , seguendo semplicemente le istruzioni fornite da Pucci stesso! 
Così nacque, novant'anni fa, la traduzione automatica: dalla lungimiranza unica e dal genio di Federico Pucci!



samedi 2 février 2019

Dix questions à Emmanuel Macron

Monsieur le président de la France,

Dans mon précédent billet, intitulé "Gilets jaunes et mensonges d'États", que j'aurais tout aussi bien pu sous-titrer "Lettre ouverte au président de la république française et à son gouvernement" (les majuscules, il faut les mériter...), je dénonçais les violences policières que nous voyons dans notre pays, semaine après semaine, et concluais en vous posant quatre questions :
  1. Racontez-nous d'abord pourquoi le mouvement des gilets jaunes subit une violence effrénée de la part de "forces de l'ordre" censées défendre leurs concitoyen.ne.s au lieu de les envoyer à l'hôpital défiguré.e.s (éborgné.e.s / mutilé.e.s à vie).
  2. Racontez-nous pourquoi vous créez des précédents aussi dangereux contre la liberté de manifester, contre la liberté d'expression, et surtout pourquoi une telle répression, probablement destinée à augmenter ?
  3. Racontez-nous pourquoi vous et votre gouvernement vous enfermez dans une communication fallacieuse, totalement inadaptée à la situation ?
  4. Racontez-nous enfin votre mépris du "pacte civique" que vous invoquez vous-même, Monsieur Macron, en proclamant (un peu sur le même ton que dans votre lettre aux françaises et aux français) :
Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue.
Questions naturellement restées sans réponse. Qui suis-je pour oser prétendre une réponse du président de la France himself ?

Personne ! Pour autant j'aimerais bien vous défier dans un débat. Peut-être pas un grand débat, certes, mais un vrai débat, pour sûr. Ce qui changerait un peu de l'enfumage quotidien auquel on assiste tous médias confondus.

J'entends tout le temps et partout - télé, presse, radio, web, etc. - des journalistes thuriféraires, voire flagorneurs, vanter avec admiration vos prestations débatteuses : il a du talent, il connaît ses dossiers, il mouille sa chemise des heures durant, etc., un vrai florilège de louanges...

Donc, ainsi armé, affronter l'un de vos chers compatriotes ne devrait pas vous faire peur ! Un débat en tête-à-tête Monsieur le président, sans aucun journaliste modérateur qui ne modère jamais rien (ou pire encore, qui charge comme un mulet aux dépens de toute déontologie journalistique qu'il devrait pourtant respecter, du genre Yves Calvi...), juste une conversation entre un primus inter pares et un citoyen lambda, mais qui ne vous laissera aucune échappatoire tant que vous ne répondrez pas précisément à s(m)es questions...

Ce que la plupart des journalistes ne font plus, mais pas tous, loin s'en faut. Le problème est que celles et ceux qui savent encore faire leur travail vous les fuyez, en veillant scrupuleusement à ne pas les rencontrer et, partant, à ne pas vous mettre en obligation de répondre aux questions qui fâchent !

Déjà, si vous répondiez aux quatre questions qui précèdent, ce serait sans aucun doute un grand pas de fait. Mais permettez-moi de préciser encore ma pensée pour mieux dérouler mon questionnaire, après un petit préambule.

J'étais favorable à votre élection Monsieur Macron. Après des décennies d'alternance droite-gauche, qui n'ont fait qu'alterner désastres sur désastres, je pensais que la France avait besoin d'un renouveau que vous pouviez représenter (sûrement pas Le Pen), vous et l'équipe (apparemment jeune et compétente) dont vous vous étiez entouré. Je me suis d'ailleurs gardé de porter un jugement sur vos premiers résultats, en étant convaincu que de profondes réformes - nécessaires et improcrastinables - avaient besoin de temps pour porter leurs fruits.

Et puis en deux mois - depuis le début de la crise avec les gilets jaunes - vous avez perdu toute crédibilité à mes yeux. Je dis bien : TOUTE !

Comme le dit si justement un spécialiste de la sécurité urbaine, Gilles Sacaze, ancien officier du service action de la DGSE, "en matière de gestion de crise, là on coche toutes les mauvaises cases..." :


Ce qui est quand même extraordinaire ! Car soit vous êtes très mal conseillé, Monsieur le président, soit vous n'en faites qu'à votre tête, mais le résultat est le même : DÉSASTREUX !

Monsieur Sacaze, et probablement des millions de françaises et de français avec lui, est incapable de se l'expliquer :
Je ne comprends pas bien, c'est un grand mystère, c'est étonnant, je pense que c'est une impasse, on fracture artificiellement la société... de façon durable... en opposant gilets jaunes à des gendarmes et des policiers qui auraient toutes les raisons de porter le gilet jaune... 
Dans une approche purement théorique, en gros, jusqu'à présent on a observé tout ce qu'il ne fallait pas faire ! 
En termes de gestion de crise pure, en termes de communication, il y a eu une surenchère de mots ... beaucoup de mépris ... ce qui ne peut qu'enfoncer la crise, on ne sort pas de la crise comme ça, il faut répondre politiquement, etc. etc.
Donc je m'interroge, comme lui et d'autres millions de compatriotes (j'ose espérer), plus précisément sur deux points : a) l'aspect manifestement délibéré de votre "stratégie (très) offensive", et b) votre "déni (absolu) de communication"...

a) Votre stratégie d'attaque délibérée

Depuis le début de la crise, RIEN n'a été fait de votre part (par "votre" j'entends vous et votre bande : Castaner et Nuñez, les Dupond et Dupont du maintien de l'ordre, Philippe, Schiappa et les autres...) pour tenter une désescalade de la crise. Bien au contraire !

Les lanceurs de balles de défense, "armes intermédiaires non létales" (dénoncées par des professionnels de santé), portent vraiment mal leur nom, car il suffit de voir les centaines et centaines de vidéos qui circulent sur Twitter pour constater objectivement que 9 fois sur 10 elles servent à attaquer, en visant et en tirant à hauteur d'homme, de façon totalement provocatrice, disproportionnée et injustifiée, et non pas à défendre.

Le Conseil d'État, qui vient de confirmer l'usage du LBD lors des manifestations, a justifié sa décision par le fait que
les conditions d’utilisation de ces armes sont strictement encadrées par le code de la sécurité intérieure, afin de garantir que leur emploi est, d’une part, nécessaire au maintien de l’ordre public compte tenu des circonstances et, d’autre part, proportionné au trouble à faire cesser.
Or malheureusement ces mots restent vides, tout autant que ceux de vos discours (par "vos" j'entends les vôtres et ceux de votre bande : Castaner et Nuñez, les Dupond et Dupont du maintien de l'ordre, Philippe, Schiappa et les autres...), à l'épreuve des faits et des multiples #ViolencesPolicières qui émaillent les manifestations des #GiletsJaunes depuis le début.

On dirait plutôt que tout est fait de votre part pour envenimer les choses. Et mettre à dos de ces derniers la responsabilité de la centaine de blessés graves, voire très graves, que l'on compte depuis un peu plus de deux mois dans leurs rangs est totalement faux et parfaitement irresponsable...

Idem pour le vote de lois et de réglementations liberticides (loi anti-casseurs), pour les centaines et centaines d'arrestations arbitraires, voire préventives, de comparutions immédiates, et pour les milliers de gardes à vue non fondées, y compris le cas de Christophe Dettinger, maintenu en détention provisoire soi-disant pour « empêcher la réitération des faits et une soustraction à la justice » de la part d'une « personnalité extrêmement inquiétante et dangereuse », d'un homme « parfaitement impulsif et totalement déterminé à commettre des actes violents », etc. etc. Sûr que ce sont pas tous des Benalla...

Dernière ineptie en date, vos propres mots, Monsieur le président, qui vous foutez avec arrogance de Dettinger [il n'a pas les mots d'un (boxeur) gitan] et de "Jojo le gilet jaune" sur fond de complot dont on aimerait bien savoir sur quels "faits" réels vous basez vos propos !?

Des mots indignes d'un président de la France ! Donc, c'est vous qui racontez des conneries, et ce serait aux médias de se ressaisir ?

5. Expliquez-moi, Monsieur le président, et expliquez-nous, par la même occasion, ce que signifie "se ressaisir", un verbe que vous aimez bien :
Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue.
Vous incluez-vous vous-même dans ce "chacun" ? Et comment envisagez-vous de vous ressaisir au premier chef dans la situation actuelle ?

Certes vous pourriez me répondre que vous avez lancé le "Grand débat", simple campagne électorale sans le moindre dialogue, mais ce ne serait qu'une insulte supplémentaire à mon intelligence... Ce qui est d'ailleurs le plus gros défaut des gens qui se croient brillants et intelligents, comme vous Monsieur le président, et qui en infèrent que les autres sont des cons ! Malheureusement pour vous, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne...

J'ai d'ailleurs soulevé le problème dans mon précédent billet :
Après vous avez beau jeu d'annoncer en grandes pompes l'enfumage d'un grand débat national !

Mais pour débattre de quoi ? Avec quelle crédibilité ? Car tant que vous n'affronterez pas d'abord publiquement le thème qui fâche des #ViolencesPolicieres, cela revient à affirmer l'absence TOTALE de débat, ainsi bridé à la recette #PenséeUnique + #PolitiquementCorrect + #HypocrisieTotale...
À ce sujet je vous posais trois autres questions :
6. Avez-vous le sentiment d'avoir été élu pour traiter ainsi vos compatriotes ?
7. De quel droit le faites-vous ?
8. Et, surtout, de quel droit vous ne leur donnez aucune réponse lorsqu'ils (elles) vous demandent raison des véritables motifs pour lesquels vous avez détruit leur vie ?

Voyez-vous, Monsieur le président, c'est ce dernier point qui m'indigne le plus, que je trouve d'une violence inouïe : le fait que vous et votre bande évitiez depuis plus de deux mois de dire une parole pour vos compatriotes mutilé.e.s à vie dans leur chair !

Ce qui m'amène au petit b.

b) Votre déni absolu de communication 

Je partage volontiers cette colère d'@EdwyPlenel (@Mediapart) :


Oui, « Maintenant, on a le droit de couper les bras et les mains des opposants politiques avec des grenades explosives, de leur envoyer dans l'œil des #LBD, et PAS UN MOT D'AUCUN membre de ce @gouvernementFR ! »

Non, pas un mot... Des tombereaux de conneries et de discours agressifs mais pas un seul mot d'empathie ! d'excuses ! de regrets !

Un mode de communiquer délibéré autant que délirant, fait de petits mots débiles et dédaigneux, en parlant de tout et de n'importe quoi mais surtout sans jamais s'attaquer au cœur du problème, sans traiter les vrais sujets, en faisant du grand slalom entre propagande grossière et mensonges assumés, chiffres détournés (Castaner et ses quatre blessures à l'œil...), etc. etc.

On a l'impression d'être gouvernés par une bande d'incompétent.e.s irresponsables, déjà en marche pour bien se positionner lors des prochaines élections européennes : mais qu'en est-il vraiment de la France et des souffrances de ses citoyen.ne.s, rien à branler. Voyez avec les russes, Christophe le gitan et Jojo le gilet jaune !

Monsieur le président, je ne vais pas m'étendre davantage pour aujourd'hui, inutile de tirer sur l'ambulance, donc je vous pose sans plus tarder mes deux dernières questions :

9. Mis à part le grand foutage de gueule du soi-disant débat national sans vrais interlocuteurs, quelles sont les mesures et les stratégies que vous vous proposez de mettre en œuvre à court, moyen et long terme pour apporter une réponse POLITIQUE à la crise des #GiletsJaunes ?

Vu ce qui se passe aujourd'hui encore dans les rues de France, c'est mal barré, mais bon, il est sûr que tant que vous ne répondrez pas aux questions (surtout à celles que les journalistes complaisant.e.s ne vous posent jamais, bien se garder de ne pas déranger le chef à la manœuvre), j'espère qu'il y aura toujours des citoyen.ne.s de bonne volonté pour continuer à vous les poser. Et enfin, la dernière :

10. Lorsque, chaque matin, vous vous regardez dans la glace, votre conscience est-elle apaisée d’avoir fait les bons choix la veille, et vous sentez-vous à la hauteur de votre fonction ?


Voilà, dans un souci de clarté, je vous les récapitule sous forme de liste, au moins ça vous laissera tout le temps nécessaire pour préparer vos réponses... si vous avez le courage d'y répondre un jour !


Jean-Marie Le Ray

P.S.

Je ne suis pas de ceux qui pensent et/ou disent que la France est une dictature. La Chine ou l'Égypte, entre autres, sont des dictatures.

D'ailleurs, si j'avais eu le malheur de naître dans de tels pays, je ne crois pas que j'aurais eu le courage de publier un tel billet en sachant que je risquais perpète ou ma vie et celle de mes proches.

Raif Badawi et d'autres comme lui sont des blogueurs courageux, pas moi.
Les #GiletsJaunes pacifiques qui vont manifester chaque semaine en sachant qu'ils risquent gros à cause de l'incompétence irresponsable de nos actuels gouvernants français sont courageux, pas moi.
Alexandre Langlois est courageux, pas moi.
Christophe Dettinger est courageux, pas moi.


Pour autant, c'est justement parce que je suis convaincu que la France n'est pas une dictature mais qu'elle est bien une démocratie, que je ne souhaite pas, Monsieur le président, vous voir impunément plonger notre pays en démocrature comme dans la triste fable de la grenouille...

Il ne manquerait plus que les anglais aient toujours eu raison de nous appeler frogs !

C'est pour tous ces motifs que je me permets de vous interpeller ainsi :

[ Monsieur le président 
Je vous fais une lettre 
Que vous lirez peut-être 
Si vous avez le temps... 

(...) 

S'il faut donner son sang 
Allez donner le vôtre 
Vous êtes bon apôtre 
Monsieur le président 

Si vous me poursuivez 
Prévenez vos gendarmes 
Que je n'aurai pas d'armes 
Et qu'ils pourront tirer ]

Ils ne s'en privent d'ailleurs pas, semaine après semaine !

Boris Vian doit se retourner dans sa tombe. Mais voyez-vous, Monsieur le président, la différence, aujourd'hui, c'est que le déserteur, c'est vous ! Un peu comme les deux faces d'une même médaille...