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jeudi 20 février 2014

Roger Waters inside!

Comme je l'ai déjà raconté sur ce blog en 2010, en lisant une interview de Roger Waters dans un journal italien, j'ai appris que son père avait été tué lors du débarquement sur les plages d'Anzio (qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de chez moi), alors que lui n'était âgé que de 5 mois !


C'est le bébé dans les bras de sa mère sur le cliché, d'où l'on peut déduire que le père, Eric Fletcher Waters, a été tué quelques semaines après cette heureuse photo de famille, à laquelle son fils fait probablement référence dans ce couplet :
Daddy's gone across the ocean,
Leaving just a memory,
A snapshot in the family album.

Daddy, what else did you leave for me?
Daddy, whatcha leave behind for me?
All in all it was just a brick in the wall.
All in all it was just the bricks in the wall.
Or dimanche dernier ma femme et moi décidons d'aller à Anzio vu le temps magnifique qu'il faisait :


Et c'est en nous baladant que je vois cette immense affiche près de la place centrale :

En clair, Roger Waters sera nommé citoyen d'honneur de la ville d'Anzio le 18 février, en parallèle au 70e anniversaire du débarquement allié.

Or nous étions le 16, autant vous dire que dans l'instant j'ai décidé de me rendre à la cérémonie annoncée tout juste deux jours plus tard !

Une fois rentré à la maison je fais quelques recherches pour en savoir plus, et, de fait, j'ai découvert bien plus ! Et tout d'abord que les cérémonies concernant Roger Waters ne se limitaient pas à Anzio, mais impliquaient également Aprilia, à une dizaine de kilomètres de chez moi, et plus spécialement le Lycée Carlo & Nello Rosselli (le nom à lui seul suffit pour parler d'anti-fascisme) :


où un monument a été érigé en hommage à tous les soldats qui ont péri lors du débarquement d'Anzio et sont restés sans sépulture, puisque leurs corps n'ont jamais été retrouvés.


Une stèle inaugurée par Roger Waters, sur laquelle sont gravés ses propres mots, extraits de la chanson Two Suns In The Sunset (The Final Cut, 1984, album dédié à son père) :
Ashes and Diamonds
Foe and Friend
We were all equal
In the End


« Cendres et diamants, amis ou ennemis, nous sommes tous égaux, quand vient la fin ! », ces mots autographes ont été donnés "in memoriam" à la municipalité.

Toute cette histoire a été rendue possible grâce à un vétéran du débarquement d'Anzio, Harry Shindler, bon pied bon œil avec ses 93 ans vigoureusement portés, qu'on voit ici à droite de Waters sur la photo :


C'est lui qui a réussi, avec la collaboration d'un chercheur italien, Emidio Giovannozzi, à retrouver des documents officiels décrivant précisément la bataille durant laquelle le père de Waters et ses compagnons ont trouvé la mort. Déjà, en 2013, Waters était venu à Monte Cassino pour s'incliner devant le mémorial où se trouvent probablement les restes de son père. Cette fois-ci, ils se sont réunis à l'endroit exact où son père est tombé, au lieu-dit du "bon repos" (sic!) dans les campagnes d'Aprilia, le 18 février 1944 (date et lieu reconstitués d'après les documents précités).

Là ils se sont recueillis en très petit comité pour une cérémonie extrêmement privée, sous les notes de Silenzio (Silence, l'équivalent de notre sonnerie aux morts) joué par un bersaglier, et un journaliste de Repubblica raconte qu'au moment de partir, Waters visiblement ému a pris le clairon des mains du bersaglier pour interpréter "Outside of the wall" en honneur de son père !

J'ai pu prendre quelques images à Aprilia mais il y a pas mal de rebuts et il faut que je fasse un montage en ne gardant que la partie présentable, or je ne suis pas très fort pour ça et j'ignore même quel programme utiliser pour le faire (merci d'avance si quelqu'un peut me signaler un programme simple en commentaire). Donc ma vidéo sera pour une autre fois...

En revanche voici ma seule photo de Waters, ou plutôt du luxueux VTC aux vitres teintées qui arrive à la mairie d'Anzio. D'où mon titre, Roger Waters inside!, et au lieu de le voir lui, c'est moi qu'on voit dans le reflet signalé par la flèche blanche !

Le seul regret de cette journée, du reste, est de n'avoir pas pu le voir de près ou d'avoir pu lui dire un mot, donc je conclurai avec les siens, prononcés dans cette belle interview :
J'ai 70 ans et 5 mois aujourd'hui, je n'avais que 5 mois à l'époque : 70 ans ont passé, on peut dire que le chemin a été long. C'est très émouvant...
Et le journaliste de lui demander s'il écrira une autre chanson sur son père ? Réponse :
Non ! Je suis en train de réaliser un nouvel album, mais les chansons parlent d'autres pères. Et d'autres fils. Du monde entier. Voilà ce que j'écris. J'ai suffisamment parlé de moi et de mon père...
Ces paroles me rappellent celles par lesquelles je concluais mon précédent billet, en citant ce qu'il disait en 2010 :
« La peur dresse des murs », ai-je vu tagué sur un mur de Jérusalem...

« Le monde est encore plein de murs dressés : un mur pour séparer les riches des pauvres, un autre pour diviser le premier du deuxième et du tiers monde, d'autres pour dresser des divisions entre les gens à cause de leur foi ou de leur idéologie. Le moteur derrière The Wall a été la mémoire de mon père mort à la guerre, mais aujourd'hui encore de nombreux pères sont impliqués dans des conflits, beaucoup de familles, surtout aux États-Unis, ont perdu des proches au Moyen-Orient et nombre d'autres pleurent des victimes civiles... »
Malheureusement, les hommes n'apprennent jamais rien des leçons de l'histoire !


Voici la carte postale publiée par les postes italiennes pour commémorer l'événement :

Et comment ne pas terminer par un peu plus de 7 minutes de pur frisson ? (ça commence exactement à 1h35')

 

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