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mercredi 15 octobre 2025

Second changement de cap

Sur les deux dernières décennies, je peux diviser mon activité de blogging en deux grandes ères, avant et après 2025 :

  1. 2005-2010 : 728 billets publiés sur Adscriptor (soit une moyenne de plus de 10 billets/mois, un tous les trois jours pendant 6 ans !)
  2. 2008-2018 : Straniero, mon blog italien 
  3. 2011-2024 : 191 billets sur Adscriptor (117) et Translation 2.0 (74) (soit une moyenne à peine inférieure à 14 par an, tout juste un peu plus d’un par mois)
  4. 2025 : plus de 60 billets répartis sur mes différents blogs à ce jour (début octobre)
Ainsi, je suis passé d’une moyenne d’un billet tous les trois jours pendant 6 ans à pratiquement un billet par mois pendant 14 ans ! Sans compter les 206 billets sur mon blog italien à cheval sur cette période, de 2008 à 2018, consulté plus de 200 000 fois. Avec une médiane de 900 mots par billet français, sur plus de 900 billets !

Il y a donc au moins deux lignes de rupture nettes entre ces périodes, y compris au niveau des arguments traités. En mars 2009, j’annonçais déjà un premier changement de cap ; depuis avril 2025 un second changement de cap est à l’œuvre, j'y reviens plus loin ! 

Pour simplifier, disons que le nuage sémantique ci-dessous illustre les grands thèmes traités au cours des 20 premières années. D’aucuns diraient plus simplement un "nuage de mots" (en ce qu’il ne visualise pas les relations entre les concepts clés du corpus d'Adscriptor, mais seulement leur pondération selon la fréquence des termes), personnellement je préfère "nuage sémantique" car chaque mot est porteur de sens, hautement signifiant.


Les 20 premières années de ma présence Internet, 2005 - 2024

Elles sont marquées par les grands axes suivants, comme il ressort du nuage :
  • Présence / Web / Internet
  • Médias / Réseaux sociaux / Information
  • Propagande / Politique / Démocratie
  • Italie / Mafia / Straniero
  • Écriture / Contenu / Poésie
  • Traduction / Translation 2.0 / Federico Pucci
Juste quelques précisions sommaires sur chacun de ces grands axes.

Présence / Web / Internet

En 2005, cela faisait déjà 10 ans que je faisais une utilisation quotidienne et intensive d'Internet, notamment pour des recherches terminologiques dans le cadre de mon métier. J'étais déjà inscrit sur une place de marché dédiée à la traduction, mais je comprenais bien qu'à aucun moment mon référencement sur le Web ne dépendait de moi. D'où la nécessité de tout construire en partant de zéro, avec en amont une stratégie de présence (pourquoi être sur Internet ?), et en aval une stratégie de visibilité (comment être sur Internet ?), articulées autour de trois composantes : le sens, le contenant et le contenu.

Rien n'a changé aujourd'hui, bien au contraire. Avec environ 5 milliards de terriens connectés à Internet d'une manière ou d'une autre, être présent sans être visible revient à être absent ! Seuls les moyens et les plans d'action diffèrent pour asseoir sa propre notoriété. 

Enfin, dans le binôme "moi et les autres", je me suis intéressé de (très) près aux grands acteurs de l'époque, où il était question de GYM (pas encore de GAFAM ou autres, et encore moins de Nvidia, de Musk ou d'Altman), j'ai arrêté depuis, impossible de tout suivre !

Médias / Réseaux sociaux / Information

Internet n'est pas uniquement un catalyseur de tous les autres médias, c'est également un média à part entière, un orchestrateur d'une notion qui m'est chère, celle de « palimptextes » :

  1. L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte (19 septembre 2006)
  2. Palimptexte : une tentative de définition (23 septembre 2006)
  3. Welcome to the Word Century (3 juillet 2011)
  4. Le palimptexte terminologique (2 avril 2016)
  5. Palimptextes poétiques (10 février 2023)
En tant que médium des réseaux sociaux, il est clair qu'Internet améliore l’accès pratiquement "universel" à l’information, mais qu'en est-il de la qualité, de la fiabilité ou de l’indépendance de celle-ci ? Le seuil d'ensemencement de la désinformation n'est jamais bien loin... Il serait peut-être temps que chacun(e) fasse appel à son propre discernement, mais vu les actuels votes majoritaires des soi-disant "démocraties", ce n'est pas gagné !

Propagande / Politique / Démocratie

À force de manipuler le sens et la valeur des mots, appauvris en "éléments de langage" (expression-valise inventée par les communicants pour y fourrer tout et n'importe quoi, "écarts de langage" les définirait mieux) en vue d'être vidés de leur substance, les politiques, les journalistes, les publicitaires et autres bonimenteurs du même acabit ont allègrement franchi l'ère de la post-vérité pour rentrer dans celle de la normalisation du mensonge !

Toutes et tous mentent en permanence sans jamais (devoir) rendre compte de leur continuelle imposture, dans leurs tentatives effrénées de diviser leur pays. C'est ainsi que les politiques indignes et qui les votent mettent les démocraties à la peine, je doute d'ailleurs qu'elles s'en remettent un jour ! J'ai pourtant tenté de les défendre, mais après avoir vécu dans l'Italie à souveraineté limitée la désinformation berlusconienne massive, lui qui affirmait sans rire : « Le Président du Conseil, par définition, ne peut pas mentir ! », et en assistant impuissant à ce qui se passe aujourd'hui avec l'état-voyou d'Israël, j'avoue mon infinie lassitude : quand le mensonge devient l’air qu’on respire, les démocraties devraient retenir leur souffle. Ou pour le moins appliquer des gestes barrières, pour parler en langage pandémique. 

Ce n'est malheureusement pas ce qui se passe dans la France de Macron, où dans son genre et dans sa violence, nous ne sommes pas loin de passer de la répression d'état au terrorisme d'état. J'espère juste qu'un jour la vérité finira par rattraper Emmanuel Macron...

Italie / Mafia / Straniero

J'ai publié dans ce blog plus d'une centaine de billets fouillés sur l'Italie (très probablement plus de 100 000 mots...), la corruption endémique du système et la mafia, parce que j'estimais que les français ignoraient ce qu'est la mafia. J'ai donc tenté d'être pédagogique et d'en expliquer les rouages. Non sans combattre des idées aussi préconçues que délétères. J'ai également tenu un blog italien, intitulé le Journal d'un étranger, dont le premier billet, daté du 16 octobre 2008, disait ceci : 

Je n’ai pas la moindre idée d'où me mènera cette aventure, mais comme disent les Chinois, même un voyage de milliers de kilomètres commence par le premier pas...  

Je m’appelle Jean-Marie Le Ray, français, né à Bordeaux en 1957, en Italie depuis 82 et à Rome depuis 85. Je n’écris presque jamais en italien dans le but de préserver au maximum ma langue, et je suis déjà un blogueur actif sur le Web francophone.  

Cependant, puisqu’il se passe en Italie des choses que je subis, comme des millions d’autres italiens, j’ai de plus en plus l'envie d’exprimer mon opinion. Ça pourra toujours servir...  

Et qu'importe si ce n'était d'aucune utilité à autrui, cela nous serait au moins profitable, à ma femme, moi et notre fils, Paolo Bernard, qui est trop petit pour parler (il aura 7 ans le mois prochain). Car vu toutes les saloperies qui caractérisent aujourd’hui la politique italienne, il est certain qu’il en paiera les conséquences en grandissant, si personne ne s’oppose aux brimades quotidiennes de celles et ceux qui nous gouvernent.  

Mal, et en ne pensant qu’à leur cul (idiotisme…). Pour le dire clairement, je crois que l’entrée de Berlusconi en politique en 94 marque la fin de la démocratie. Pas tant d’une certaine idée de la démocratie, mais de la démocratie tout court. Et pas seulement en Italie.  

On verra si je parviendrai à développer de manière accomplie et cohérente la perception que j’ai...  

Cette aventure aura duré 10 ans, jusqu'en 2018 ! Je n'aurais pourtant jamais voulu parler de politique sur mes blogs (argument à bannir des espaces de discussion publique, avec la religion), mais il y a des circonstances où il est impossible de ne pas voir et raconter ce qu'il advient autour de soi.

Je terminerai ce bref aperçu en citant une italienne, Valeria Solesin, et un italien, Giulio Regeni, toujours sans justice ni vérité presque 10 ans plus tard, chers à mon cœur.

Écriture / Contenu / Poésie

L'écriture est ma vie. Depuis mon adolescence, j'écris. Personnellement, professionnellement, cela fait maintenant plus de cinquante ans ! L'écriture, c'est la forme. Le contenu, c'est le fond. De même qu'écrire pour le Web ou rédiger est différent de simplement écrire, optimiser le contenu pour le Web, où l'obsolescence arrive vite, c'est aussi autre chose. Du contenu de qualité, voire émotionnel, il va sans dire.

Écrire, c'est créer. Traduire la poésie signifie re-créer. La poésie est l'amour de jeunesse qui ne m'a jamais quitté. Surtout la forme fixe, et notamment les sonnets. J'en ai même fait un livre. Ma langue est ma patrie. Dialogue :

- « Écrire un poème pour exprimer l’amour
L’attente ou le silence, ou l’absence ou l’enfance
Le mal de mon pays, étranger à ma France
Terre que j’avais abandonnée pour toujours

Du moins l’avais-je cru, renfermé dans ma gangue
De peine et solitude mêlées aux douleurs
Pour cacher au monde ma tristesse et mes pleurs
Trop heureux d’inventer ma patrie dans ma langue

Belle ancre de salut pour échapper aux maux
De l’existence à travers l’encre bleue des mots
En joignant le sens à la parole donnée

En cohérence avec l’âme, le cœur et l’esprit
Pour raconter passé, présent et destinée
Confiés au poète et à son message écrit ! »

Beauvais, 1er octobre 2023

Traduction / Translation 2.0 / Federico Pucci

La traduction est mon métier. Quarante ans de ma vie. Plus de 20 millions de mots traduits. Dans une quarantaine de domaines. Translation 2.0, mon blog dédié. Mars 2017. Je décide de créer une infographie sur l'histoire de la traduction automatique (TA). Durant mes recherches préparatoires, je tombe sur deux documents de John Hutchins, LE spécialiste de la TA, qui mentionne un certain Federico Pucci. De Salerne. La suite au prochain épisode...

*

2025 raconte une tout autre histoire !

Huit ans plus tard. Avril 2025. Après avoir totalement ignoré le phénomène ChatGPT (arrivé en novembre 2022) pendant deux ans et demi, juste en raison d’idées préconçues erronées, je découvre enfin l’« artefact conversationnel », tel que je le dénomme.

Je suis soudainement frappé de stupeur. La révélation de la puissance et de la pertinence de l’outil amorce la bascule et la définition du dernier axe à ce jour :
  • IA / IQ / Article académique

Après des mois où des amis, des collègues et autres connaissances m'ont incité à explorer les intelligences artificielles disponibles gratuitement sur le Web, et après mes refus répétés (je ne supportais pas l'idée qu'un "robot" puisse écrire - ou traduire - à ma place), j'ai fini par céder : au mois d'avril 2025, ça se voit aux dates de mes premiers billets. Et j'avoue que j'ai été bluffé par la pertinence des réponses, d'une manière générale, mais surtout par la puissance en arrière-plan et par les implications en résultant, réelles et potentielles, actuelles et futures.

Je ne laisse toujours pas les "robots" écrire à ma place, mais j'ai décidé de me lancer dans cette série de billets pour tenter une analyse, modeste, à mon niveau d'utilisateur lambda, de ce que je nomme respectivement la troisième révolution civilisationnelle (l'intelligence artificielle), et la quatrième révolution civilisationnelle (l'informatique quantique), réunion de la partie logicielle (l'IA, le cerveau) et de la partie matérielle (l'IQ, le corps) !

J'ignore où tout cela nous portera, mais c'est phénoménal, fantastique, étonnant, extraordinaire, inouï, prodigieux, sensationnel, énorme, faramineux, fabuleux, formidable, incroyable, effarant, gigantesque, stupéfiant, surprenant, colossal, monstrueux, invraisemblable, inimaginable, monumental, époustouflant, unique, sans pareil, hors de pair, homérique, écrasant...

D’avril à juillet, je vais écrire quelque 70 000 mots sur l’intelligence artificielle (IA). Et, en marge, sur l’informatique quantique (IQ). Je n’ai presque plus de travail à cause de l’IA, ça tombe bien ! J’ai besoin de comprendre, réfléchir, prendre une pause, m’interroger. Il n’y a jamais eu rien de semblable dans l’histoire de l’humanité. Le rêve impensé de Diderot et d’Alembert. Je dois me familiariser, questionner, et apprendre à « dialoguer » avec la « chose ». 

L'interlocution ayant toujours été, jusqu'à présent, une prérogative des humains, ce n’est pas simple, mais nécessaire. Indispensable ! De même qu’il y a eu un avant et un après l’Imprimerie, un avant et un après l’Internet – qui sont selon moi les deux premières révolutions civilisationnelles –, il y a maintenant un avant et un après l’Intelligence artificielle, tout comme il y aura demain un avant et un après l’Informatique quantique.

Dialogue, donc. Encore et toujours. Je dois apprendre à me familiariser avec cette Intelligence Artefactuelle (IA :-). Je pose des questions, je vois ses ripostes s'afficher sur le prompt (...), j'itère, elle réplique, je réitère, et ainsi de suite. Elle a réponses à tout. Fournit toujours des propositions intéressantes. Parfois fausses, mais intéressantes. À moi de recouper les infos, de fouiller les sources, de chercher à comprendre, de demander des explications, et d'autres explications, puis d'autres encore...

Mais revenons-en à Pucci. Depuis huit ans, je lui ai consacré plus d'une trentaines de billets longs et détaillés, en trois langues, sans aucun résultat tangible, pas la moindre légitimation. J'enrage. Federico Pucci est LE précurseur de la traduction automatique, c'est prouvé, noir sur blanc. Et pourtant, aucune reconnaissance, totalement ignoré de son vivant autant qu'après sa mort, il y a déjà plus d'un demi-siècle. Aucun chercheur n'a daigné se pencher sur son histoire, tenté d'en savoir plus, fait montre d'un minimum de curiosité.

La bascule va se dérouler en deux jours ! Le 25 juillet 2025, je saisis ChatGPT avec le prompt suivant : 

2029 marquera le centième anniversaire de la vision conceptuelle pionnière de Federico Pucci dans la traduction automatique. Or il est encore totalement méconnu et ignoré. Rédige un plan programmatique détaillé des actions à entreprendre pour amener à la reconnaissance du rôle précurseur de Federico Pucci dans la TA. Quel type de contenus créer ? Dans quelles langues ? Pour quels supports ? Avec quelle fréquence ? Quel type d’événementiel ? Quels sont les contenus susceptibles d’avoir la portée la plus large ? Comment devenir une autorité pour les IA qui devront répondre à des questions sur Pucci ?

Je vous passe le détail des recettes proposées, sauf la première étape du plan : rédiger un article académique à publier dans une revue de premier plan et sur un site faisant autorité !

Après la censure de Wikipédia, il n'est pas simple de s'attaquer à la rédaction d'un article académique, chose dont je n'ai pas la moindre expérience, par où commencer ? Pour réfléchir au plan de mon article, je commence donc à interagir intensément avec ChatGPT et Grok (les deux IA que j'utilise de préférence, Claude arrivant en troisième position), déjà pour comprendre ce qu'est exactement un "article académique". En gros :

Article académique (ou scientifique) : texte de recherche dont l’objectif est d’apporter une contribution originale, vérifiable et située à un champ disciplinaire. Il s’appuie sur des méthodes explicites, des données/résultats présentés avec rigueur, et une discussion qui les replace dans l’état de l’art, le tout référencé, etc.

Franchement, après ma trentaine d'articles déjà publiés, je ne sais plus trop quoi dire que je n'aie déjà dit. C'est là où l'interaction avec les IA va porter ses fruits ! À force de poser des questions sur Pucci dans tous les sens, le 26 juillet Grok formule la critique suivante :

Without access to Pucci’s actual charts (e.g., page 36 of his book) or a complete “book-machine” prototype, key details about ideogram mappings, rule application, and chart structure are speculative. This lack of documentation complicates implementation...

Je comprends alors que je dois alimenter l'IA avec le matériel source de Pucci, déjà numérisé. Dont acte. Je charge toute la méthode, les tableaux de clés et d'idéogrammes, les règles, etc., et je demande à l'IA nourrie à la méthode Pucci de traduire l'un des deux extraits de texte qu'il a déjà traduits en 1931. Il est environ deux heures du matin, et j'éprouve l'une des plus grosses surprises de ma vie : ça marche ! Pour vérifier, je fais traduire l'extrait par la même IA sans qu'elle intègre la méthode Pucci, et le résultat est très différent. Je tiens enfin le matériau brut de mon article...

*

L'IA fait revivre une méthode inventée de toutes pièces il y a près d'un siècle ! Non seulement c'est étonnant, mais je ne crois pas qu'à ce jour une autre expérience de cette nature existe. En outre, il est évident que si ça marche pour Pucci, ça devrait le faire aussi pour d'autres, dans tous les domaines. Afin que l’IA puisse "réactiver" des méthodes historiques, il suffirait qu'elles soient bien documentées et structurées, ce qui représente un apport majeur pour l’archéologie des techniques...

En général, le temps garde les objets (exemple de la machine d'Artsrouni, visible à Paris, au Musée des Arts et Métiers), plus rarement les méthodes, les processus immatériels. Or la technique ne se réduit jamais à l'objet seul : l'intelligence humaine est dans le processus, pas dans le produit. Avec Pucci, nous avons l'ensemble de la méthode, de A à Z, imprimée et conservée dans son ouvrage de 1931, ce qui va permettre d'orchestrer la partition et de la rejouer avec de nouveaux instruments : les grands modèles de langage ! 

J'ai donc passé tout le mois d'août à rédiger la version anglaise de mon article. Je tiens ici à remercier le Dr Pinzhen "Patrick" Chen, qui a très gentiment parrainé ma publication sur arXiv. Précisons que sans l'IA je n'aurais pas pu rédiger seul un tel document en anglais. Mais la réciproque est tout aussi vraie : sans moi, l'IA seule n'aurait jamais su ni pu rédiger ce document dans une langue quelconque !

J'ai travaillé ensuite tout le mois de septembre sur la traduction-adaptation française de mon article, qui a presque doublé de volume par rapport à l'anglais. Pour autant, ce n'est pas seulement une version plus longue : elle élargit le cadre (neuro-symbolique, explicabilité, traçabilité), permet de mieux opérationnaliser la réplication (prompts/procédures), affine l’argument "métriques", pédagogise (glossaire, rappels) et contextualise l’article dans l’écosystème des sciences ouvertes en ajoutant des éléments pratiques de diffusion et de citation. 

J'aurais d'ailleurs souhaité publier sur HAL, qui a laissé mon dépôt mariner un mois en modération avant de refuser au motif suivant : « HAL n’accepte que les dépôts effectués par des chercheurs (au moins doctorants) affiliés à une structure de recherche reconnue et/ou bien par des auteurs ayant déjà publié dans une revue à comité de lecture. »

« Nous ne vous demandons pas de détails supplémentaires concernant le contenu de votre document, mais uniquement des précisions sur votre statut de chercheur » : rassurant de voir que ce n'est pas le contenu qui compte, toujours la forme devant le fond, cette manie bien française...

Conclusion : si je suis pas ceci ou cela, je ne peux pas être chercheur ! Comme si nos bonnes vieilles institutions en étaient restées au XXe siècle, voire au XIXe...

Heureusement que le "Deuxième Plan national pour la science ouverte" indique, entre autres, la possibilité de "simplifier le dépôt dans HAL pour les chercheurs qui publient sur d’autres plateformes en accès ouvert dans le monde" (ce qui est déjà mon cas avec la publication sur arXiv). Mais bon, la date de péremption étant 2024, on comprend mieux le refus. L'axe 1 de ce plan prévoit pourtant de "généraliser l’accès ouvert aux publications", et notamment de "favoriser le multilinguisme et la circulation des savoirs scientifiques par la traduction des publications des chercheurs français", tel qu'indiqué sur le site.

Dorénavant, puisque je ne suis pas chercheur, je vais m'employer à le devenir...

samedi 3 mai 2025

Intelligence artificielle - Quatrième bloc

page IA

Intelligence artificielle - Premier bloc

Intelligence artificielle - Deuxième bloc

Intelligence artificielle - Troisième bloc

Les quatre blocs en PDF

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  1. L'intelligence artificielle et le marketing
  2. L'intelligence artificielle et la comptabilité
  3. L'intelligence artificielle et l'éducation
  4. L'intelligence artificielle et l'enseignement
  5. L'intelligence artificielle et la formation
  6. L'intelligence artificielle et les langues
  7. L'intelligence artificielle et la culture
  8. L'intelligence artificielle et les services publics
  9. L'intelligence artificielle et les loisirs
  10. L'intelligence artificielle et les bibliothèques

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1. L'intelligence artificielle et le marketing

Sur mon profil X-Twitter est restée la mention Translator & Interpreter | Content & Language Consultant | Branding & Web Marketing Coach for freelancers, qui témoigne de mon intérêt pour le Branding/Marketing. Entre 2008 et 2017 j'ai animé une dizaine de sessions dédiées aux professionnels des langues entre Tunisie, Italie et France, documentées sur SlideShare dans mes présentations et autre documentation (à ce jour globalement vues 200 000 fois). Mon introduction est la plus consultée :


Ainsi, en partant de tout le matériel didactique et formatif réalisé pour les langues, l'idée m'est venue de le retravailler pour en faire un guide pratique à l’intention des freelances, des consultants indépendants et de tous les professionnels libéraux travaillant en solo, mais également des TPE/PME-PMI à la recherche de pistes de réflexion et de méthodes pour promouvoir leur image et leur notoriété. En effet, les bouleversements en cours qui intéressent l'ensemble des professions libérales n'étant pas prêts de s'arrêter..., j'ai affiné SOLO² :


Déclinaison du SOHO (Small Office / Home Office), le SOLO² est un concept réactualisé du travail en indépendant, qui entend adapter une philosophie de Lean Office à une version « Small », personnalisée, en éliminant les nombreux gaspillages de temps, d’énergie et, donc, d’argent, qui caractérisent souvent la façon de travailler à domicile, et s’inspirer du branding & marketing à l’intention des auto-entrepreneurs et des professionnels exerçant en profession libérale, voire en portage salarial ou en société, qui sont ma cible de prédilection.

Toutefois ma conception du marketing reste artisanale, surtout orientée freelances. OK Boomer, me direz-vous, il serait temps de te mettre à la page !

Or le marketing n'est d'aucune utilité si vous n'avez rien à vendre : produits, services, ou votre professionnalisme. Donc a priori l'AI marketing concerne davantage les sociétés, bien que certaines applications de l'IA, orientées client, s'avèrent précieuses aussi pour les indépendants :

Côté production d'images et d'illustrations, DALL-E est un modèle d'intelligence artificielle développé par OpenAI (la même société qui est à l'origine de ChatGPT), dont le nom fusionne le D de Salvador Dalí à WALL-E (le robot de Pixar), pour symboliser sa capacité de créer des œuvres artistiques et technologiques, spécialisé dans la génération d'images à partir de descriptions textuelles

En fin de compte, le grand apport de l'IA est qu'au lieu de tout faire tout seul dans son coin, ça accélère le traitement de gros volumes d'infos en l'automatisant, y compris grâce à l'utilisation d'agents IA. Je vous laisse sur quelques lectures :
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2. L'intelligence artificielle et la comptabilité

Comme pour les autres professions, l'intelligence artificielle redéfinit les métiers de la comptabilité, dont beaucoup sont promis à disparaître, ou pour le moins à se transformer en profondeur. Dès 2013, dans The Future of Employment: How Susceptible are Jobs to Computerisation? (Oxford University), C.B. Frey et M.A. Osborne prévoyaient qu'environ 47 % du total des emplois aux États-Unis auraient dû faire face à un « risque élevé d'informatisation » au cours des deux décennies successives, à savoir d'ici le début des années 2030. 

En 2018, l'étude « L'impact de la révolution digitale sur l'emploi », de l'Institut Sapiens, classait la comptabilité parmi le top 5 des métiers en voie de disparition. Nous y sommes donc ! Selon le cabinet PWC, dans son rapport intitulé Will robots really steal our jobs?, les taux d'automatisation prévisibles menaçaient potentiellement jusqu'à 30 % des emplois au Royaume-Uni, 38 % aux États-Unis ou 35 % en Allemagne, contre seulement 21 % au Japon. 

Les services financiers seraient plus touchés que les autres secteurs par la première vague d’automatisation en cours, et l'arrivée d'outils comptables dopés à l'IA ne va certes pas tranquilliser les collaborateurs des cabinets : saisie des documents, facturation électronique, réconciliation de compte, rapprochement bancaire, automatisation des tâches répétitives, analyse des données, génération de rapports, conformité réglementaire, détection des erreurs, anomalies, fraudes, etc., toutes ces opérations autrefois chronophages ne prennent plus que quelques secondes et permettent de dessiner plus finement les tendances en cours, financières ou autres.

L'évolution est donc claire quant aux aspects difficilement remplaçables par l'IA :

  • Conseil stratégique : moins de temps consacré aux tâches mécaniques, plus d'accent sur les missions à haute valeur ajoutée
  • Jugement professionnel : les situations complexes requièrent une compréhension profonde du contexte économique et humain et une évaluation subtile des risques
  • Relation client : les dimensions humaines de confiance, d'empathie et de compréhension des problématiques spécifiques sont fondamentales pour chaque client
  • Innovation fiscale et financière : l'orientation des décisions stratégiques d'une entreprise conception et une optimisation individualisée

Une situation dont les contours étaient déjà tracés dès 2021, dans l'étude « L'attractivité et l'avenir de la profession comptable á l'horizon 2040 » du cabinet Sophos, qui indiquait : « À l’horizon 2040, les cabinets d’expertise comptable (…) seront devenus des sociétés multiservices, centrées et guidées par un objectif principal ; aider les entreprises à créer de la valeur et à piloter leur performance globale ». [Début]

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3. L'intelligence artificielle et l'éducation

L'éducation concerne l'individu en général et son développement global. Les parents éduquent (ou pour le moins devraient éduquer) l'enfant, l'adolescent (avec la collaboration de l'enseignement), puis la vie et les milieux sociaux et professionnels éduquent (ou pour le moins devraient éduquer) le jeune et l'adulte...  

Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Leur rôle consiste à poser les valeurs et les bases humaines et affectives sur lesquelles l’école, la société et la vie viendront construire ensuite.

Que vient faire l'IA là-dedans ? En fait, pas grand chose ! L'IA n'est qu'un outil, extrêmement puissant et perfectionné, certes, mais comme tous les outils, toutes les techniques, cela dépend de qui l'utilise et comment, quand, pourquoi, dans quelles circonstances, etc.

Au niveau des parents, l'IA pourrait faciliter leur rôle de curateurs de solutions éducatives et de médiateurs technologiques pour accompagner leurs enfants dans l'appropriation et l'utilisation des mille dispositifs désormais à leur portée et les guider dans leurs usages numériques (l'avons-nous fait avec la télévision et la presse, en matière d'éducation à l'image et de décryptage de l'information ?), pour peu que les parents eux-mêmes en soient capables, ce qui est encore loin d'être évident, avec dans certains cas des renversements de situation (ce sont les enfants qui aident leurs parents à mieux maîtriser les technologies, exemple de moi et mon fils, que je consulte régulièrement pour l'utilisation de mon mobile) (perso je fais un blocage sur le smartphone et ses myriades d'applis, trop invasif à mon goût)...

Selon moi l'éducation porte bien davantage sur les composantes abstraites de la transmission des valeurs (principes moraux et éthiques), du développement de l'identité, de l'élaboration des structures mentales, de l'intériorisation des normes sociales, du développement émotionnel et relationnel, de la transmission culturelle et du sens, justement en donnant du sens à l'existence. 

Bien qu'invisible, cette dimension abstraite de l'éducation, qui façonne profondément ce que deviendra l'enfant, se transmet souvent de manière implicite, à travers l'exemple parental, les récits, les discussions adaptées à chaque âge de l'enfant qui grandit, ainsi qu'à travers les expériences significatives partagées au sein de la famille et de la communauté.

C'est pourquoi, plutôt qu'à l'éducation, je vois l'IA mieux adaptée à la formation et à l'enseignement. Du reste les enseignants ne dépendent-ils pas du ministère de l'Éducation nationale ? Or quand on voit ce qu'est devenue l'éducation aujourd'hui en France, on peut s'interroger sur le choix du terme... Je trouve la dénomination italienne d'Instruction publique beaucoup plus pertinente (quand bien même le gouvernement Meloni l'a renommé en ministère de l'Instruction et du Mérite, le choix des mots n'est jamais neutre...) !

En conclusion, l'IA est parfaite - et fortement conseillée - pour répondre aux questions que se posent les parents d'une manière générale, et plus particulièrement sur l'éducation. En revanche, dans le lien parents-enfants, son rôle se limiterait plutôt à du soutien et de l'accompagnement, car jamais elle ne remplacera la bienveillance et l'amour de la relation humaine. Par conséquent je laisse à chacun(e) le soin de choisir ses propres outils, si besoin est... [Début]

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4. L'intelligence artificielle et l'enseignement

Lorsque l'on soumet aux moteurs du Web la requête "L'intelligence artificielle et l'éducation", la plupart des résultats renvoient à l'enseignement et non à l'éducation, alors qu'en toute logique le premier est une composante de la seconde.

Dans un cadre scolaire ou universitaire, la dimension cognitive de l'enseignement se focalise sur la transmission de savoirs et de compétences techniques. Dans ce contexte, l'IA n'a pas vocation à remplacer les enseignants/professeurs, mais plutôt à les assister pour personnaliser, optimiser et enrichir les processus d’apprentissage, à travers la personnalisation d'études de cas, l'adaptive learning, les tutoriels, la génération de quiz, de scénarios pédagogiques ou d'articles conçus par l'IA, la création de contenus en général (texte, images et autres...).

Comme dans beaucoup de domaines, nous allons donc vers une hybridation enseignement-IA, où le soutien de l'intelligence artificielle aux enseignants passe par la correction automatisée, la gestion des classes, l'analyse des besoins, voire l'accessibilité et l'inclusion pour les porteurs de handicaps (reconnaissance vocale pour les malentendants, synthèse vocale pour les malvoyants, ou traduction en temps réel pour les élèves allophones, etc.), l'enseignement dans des zones reculées (plateformes diverses) ou l'apprentissage immersif (IA + réalité virtuelle).

En bref, l’IA permet de transformer la façon d’enseigner, avec potentiellement un fort impact sur le rôle des enseignants, et de nouveaux enjeux, de nouveaux défis, de nouveaux dangers...

Quelques conseils et règles simples à respecter : explorer et tester les outils, en allant des plus simples aux plus complexes (pour la plupart, des tutoriels existent pour faciliter l’auto-formation) ; intégrer progressivement l'IA en classe, en commençant à utiliser ces outils en situation réelle avec les apprenants, tout en prévoyant des solutions alternatives pour pallier d'éventuels dysfonctionnements

Une dernière question : qui formera les enseignants ? [Début]

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5. L'intelligence artificielle et la formation

Les objectifs de l'enseignement sont les savoirs théoriques, ceux de la formation l'acquisition de savoir-faire et le développement de compétences pratiques dans des contextes professionnels ou techniques. On se forme soit pour un métier, soit pour se mettre à niveau et conserver son employabilité si on en a déjà un. La formation peut se dérouler dans des centres de formation professionnelle, des entreprises, des organisations, des ateliers, des lieux d'enseignement, ou via des programmes de développement personnel, des mises en situation (FEST), des séminaires, des stages, le e-learning, le tutorat, etc. Elle peut être continue, en alternance, à distance, programmée, etc., en vue d'acquérir de l'expertise, des soft skills, d'apprendre l'adaptabilité et la résilience..., cela dépend de différents facteurs : niveau d'études initial, objectifs professionnels, contraintes de temps et de budget, style d'apprentissage de chacun(e), et ainsi de suite.

L'IA intervient essentiellement pour personnaliser les parcours d’apprentissage, et améliorer l'engagement des apprenants. Il incombe à chaque responsable en charge de dispenser la formation de s'adapter aux contextes, aux équipes, et de considérer l'IA comme un outil pédagogique, non comme une solution miracle. Une entreprise peut également décider d'intégrer l'IA en interne pour former ses collaborateurs ou leur servir d'assistant numérique, voire de coach personnel.

Quelques liens pour vous inciter à approfondir :

Bonne lecture ! [Début]

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6. L'intelligence artificielle et les langues

En général, dans le binôme "intelligence artificielle et langues", il est question d'apprentissage/enseignement des langues (essentiellement vivantes, mais pas seulement), et donc des ressources que l'IA peut mettre à disposition des élèves/enseignants. Pêle-mêle :
Autres ressources documentaires :

Enfin, on ne peut mener une réflexion sur l'intelligence artificielle et les langues sans évoquer Duolingo et Google...

Je m'étais intéressé à Luis von Ahn il y a plus de 10 ans dans une de mes présentations, diapositive n° 35 intitulée « Apprendre gratuitement les langues en traduisant le Web » :


La société, devenue depuis l'un des acteurs incontournables de l'apprentissage des langues, vient juste de lancer 148 nouveaux cours de langue élaborés à partir de l'IA :
Developing our first 100 courses took about 12 years, and now, in about a year, we’re able to create and launch nearly 150 new courses. This is a great example of how generative AI can directly benefit our learners. This launch reflects the incredible impact of our AI and automation investments, which have allowed us to scale at unprecedented speed and quality.
En gros, « Nous avons mis à peu près 12 ans pour développer nos 100 premiers cours, et tout juste un an pour lancer près de 150 nouveaux cours : c'est là un formidable exemple des avantages de l'IA générative pour nos apprenants, et cela témoigne de l'impact exceptionnel de nos investissements dans l'IA et l'automatisation, qui nous ont permis d'évoluer à une vitesse sans précédent et avec une qualité remarquable. »

Sa nouvelle devise est AI-first ! Ça doit être un partisan de MAGA (Make AI Great Again)... Dans la foulée, il a donc viré 10% de ses salariés. Voici la lettre qu'il leur a adressée :

L'avant-dernier paragraphe est intéressant : 
Ceci étant dit, Duolingo reste une entreprise qui se soucie profondément de ses employés. Il ne s'agit pas de vous remplacer par l'IA. Il s'agit de supprimer les goulots d'étranglement afin de pouvoir exploiter pleinement les personnels exceptionnels dont nous disposons déjà. Nous souhaitons d'abord que vous vous concentriez sur le travail créatif et les problèmes concrets, plutôt que sur des tâches répétitives. Nous allons donc vous accompagner en vous proposant davantage de formations, de mentorat et d'outils pour exploiter l'IA dans le cadre de vos fonctions.
Attention toutefois au retour de bâton...

Un joli petit tableau que Google vient chambouler en annonçant trois outils d'apprentissage des langues basés sur l'IA (Tiny Lesson, Slang Hang et Word Cam). Et Google, c'est ... Google !
  • Tiny Lesson est conçu pour une acquisition de vocabulaire ciblée. Les utilisateurs choisissent une langue et un thème (voyages, gastronomie, affaires) et reçoivent instantanément une liste de mots pertinents, accompagnée d'extraits audio et de définitions.
  • Slang Hang offre aux utilisateurs un aperçu du langage courant en simulant des conversations réelles intégrant l'argot local (toutefois, Google met en garde les utilisateurs contre toute inexactitude éventuelle générée par l'IA).
  • Word Cam est un outil de traduction d'images amélioré permettant à l'internaute de prendre des photos de scènes du quotidien. Les objets contenus dans ces images sont instantanément étiquetés dans la langue choisie, alliant ainsi le contexte réel à l'enrichissement du vocabulaire.
Pour l'heure, ces outils ne sont ouverts à l'exploration que sur la plateforme expérimentale de Google (certaines options prenant même en charge des dialectes régionaux). Or si l'avenir de cet écosystème en évolution n'est pas encore totalement assuré, son existence signale d'ores et déjà une accélération vers des systèmes d'apprentissage interactifs et adaptatifs.

La bataille des langues entre dans une nouvelle phase, et la concurrence pour les solutions telles que Duolingo et les autres va être rude (notamment avec l'arrivée d'un nouvel acteur : NVIDIA !)... [Début]

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7. L'intelligence artificielle et la culture

Dès 2020, une mission « Intelligence artificielle et culture », commanditée par le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), a produit un rapport « fruit d’une réflexion menée à partir d’auditions, de contacts informels et de nombreuses lectures », selon ses auteures, Alexandra Bensamoun (professeure à l’Université de Rennes 1) et Joëlle Farchy (professeure à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).


Je signale ce rapport à toutes fins utiles, car il aborde très largement les problématiques juridiques, certes incontournables, mais ce n'est pas du tout l'angle d'approche que je privilégie. Je suis plutôt branché "culture et création", et donc sur le rôle de l'IA, entre imitation et innovation culturelle, dans la production culturelle et la création liée à toute forme d'expression (art pictural, musique, cinéma, littérature, etc.), d'où les questions de la place de l'artiste / du créateur dans la chaîne et de la pertinence de l'intervention humaine dans le processus créatif.

Ainsi que sur leur corollaire : la "consommation" de culture (la consommation culturelle inclut tous les biens et services acquis pour satisfaire les besoins liés à la culture), que l'on appelle fréquemment aujourd'hui la "culture de masse" (comprendre les choix : 600 pages de thèse !)...


Le mode de production influant le mode de consommation, et réciproquement, dans une boucle évolutive où l'IA intervient - et interviendra de plus en plus - à tous les niveaux, en tenant compte du fait que la culture n'est pas, a priori, un objet de consommation comme les autres, et qu'elle génère un comportement des consommateurs toujours plus complexe :
À l’heure actuelle, on observe l’existence d’un « homo consumericus de troisième type », c’est-à-dire un « turbo consommateur flexible » (décalé, mobile) totalement libéré des anciennes cultures de classe, imprévisible dans ses goûts, à la recherche d’expériences émotionnelles et de mieux-être, de qualité de vie, d’authenticité, d’immédiateté.

D'autre part, il est désormais notoire que l'IA, pour entraîner ses moteurs, est à la recherche permanente de données qui ne lui appartiennent pas mais qui ont été créées par d'autres, les véritables titulaires des droits... Donc la transparence des fabricants d'IA dans l’utilisation des contenus qu'ils "pompent", outre devenir si possible un "levier de rémunération" pour les auteurs (j'ai observé que les robots conversationnels d'IA indiquent toujours plus fréquemment les sources de là où ils vont puiser leurs raisonnements), est en fait une véritable reconnaissance de la paternité des contenus.

Côté consommateurs, bien que, potentiellement, toutes et tous aient "librement" et "gratuitement" accès à la culture, qui s'est considérablement démocratisée, en réalité de nombreuses fractures (pas seulement numériques) entre classes sociales et générations entravent cet accès. Il devrait y avoir un nivellement par le bas, au sens positif, où la base de la pyramide des utilisateurs devient toujours plus large et inclusive. Car dans la réalité, aujourd'hui nous assistons plutôt à une IA dominante de sens contraire, avec une « homogénéisation culturelle forcée engendrée par les outils d’IA, essentiellement entraînés avec des textes écrits en anglais à l’aide d’algorithmes rédigés en langue anglaise, qui sont conçus pour des contextes propres aux économies avancées et alignés sur les valeurs de ces dernières. » 

Il s'ensuit que les outils et services d’IA s’adaptent souvent mal aux environnements des cultures et des pays non anglophones, et que leurs résultats dans les langues locales laissent beaucoup à désirer. Cette situation entame la confiance dans l’IA et ralentit son adoption par celles et ceux qui se trouvent du mauvais côté de la fracture numérique grandissante.

Alors qu'au contraire l'IA devrait contribuer activement à éliminer ces fractures, ou pour le moins à les atténuer, en facilitant dans toutes les langues un accès équivalent aux œuvres et à la production culturelle lato sensu.

En France, Mistral.ai tente de réduire le biais anglo-saxon de l'IA. [Début]


8. L'intelligence artificielle et les services publics

L'IA pourrait bien moderniser les services publics, MAIS, ne pas confondre vitesse et précipitation : les annonces tonitruantes des politiques d'un côté, la réalité du terrain de l'autre...

J'ai déjà traité dans mes quatre blocs le rapport entre IA et nombre de ces services publics (éducation, santé, sécurité, droit, transports, etc.), mais pas encore de la contribution, par l'intermédiaire de l'IA, de l'État, des collectivités locales ou d'autres entités publiques et administratives au déploiement de ces services, dont quelques-unes des caractéristiques principales sont les suivantes :
  • Intérêt général (réponses à des besoins collectifs de la société) 
  • Accessibilité [destinés à l'ensemble des citoyen(ne)s, indépendamment de leur situation psycho-physique,  géographique, financière ou sociale]
  • Qualité (normes de qualité minimales pour en assurer l'utilité)
  • Continuité et amélioration continue (services fournis de manière régulière et constante, sans en compromettre la fourniture, même en cas de perturbations ou de crises, y compris via la dématérialisation)
  • Adaptabilité [selon les évolutions de la société et les besoins changeants des citoyen(ne)s] [le paradoxe étant qu'il y a parfois renversement de l'adaptabilité des services publics vers l'adaptabilité des usagers, qui doivent être capables de faire les démarches en ligne parce que le progrès prend ce sens (nombre d'usagers ne pouvant bénéficier des services publics s'ils ne s'adaptent pas, d'où le concept de "maltraitance institutionnelle"...)]
  • Efficacité (capacité des prestataires publics d'atteindre les objectifs fixés en utilisant les ressources de manière judicieuse)
  • Responsabilité (des prestataires publics)
Si l'on en croit le Conseil d'État, l'IA et l'action publique doivent construire la confiance et servir la performance, en permettant d'assister l’humain dans des tâches impossibles à réaliser jusque-là...

Et puisque l'on parle de l'État, à côté des services publics, il y a aussi les services régaliens, à savoir ses missions et prérogatives essentielles, indispensables à l'exercice de sa souveraineté et à la garantie de l'ordre public :
Je les mentionne uniquement par souci de précision, car cela sort des visées (modestes) du présent billet. Je terminerai en signalant une récente publication de la CNIL sur le sujet (notamment ses recommandations relatives à l'emploi) :

[Début]

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9. L'intelligence artificielle et les loisirs

Qu'il s'agisse du divertissement ou du tourisme (activités menées pendant le temps dont on peut librement disposer en dehors de ses occupations et contraintes habituelles), une récente étude indique les loisirs les plus populaires en France en 2024 :


En clair, par ordre d'importance :
  1. Les voyages, le tourisme
  2. Les livres et la lecture
  3. La musique
  4. Le jardinage
  5. Les spectacles, le cinéma, le théâtre, les concerts, etc...
  6. Le bricolage
  7. L'aménagement et la décoration de la maison
  8. L'actualité sportive ou le sport
  9. L'actualité politique et sociale
  10. La mode, les vêtements
  11. Les sciences
  12. L'actualité économique et financière
  13. Les techniques, en général ou dans certains domaines
  14. Les arts (peinture, sculpture, gravure, photographie d'art)
Sans fournir de liens à chaque fois sur "IA et ceci" ou "IA et cela", je vous propose de saisir vous-même les requêtes "IA + secteur" dans les moteurs et d'analyser les nombreux résultats (signe que l'IA est désormais omniprésente dans tous les domaines) ou, mieux encore, de tester directement les IA ci-dessous :
avec le prompt suivant (ou l'invite, si vous préférez) :
« Quel est l'impact de l'intelligence artificielle sur la cuisine [ou l'un des 14 secteurs ci-dessus] »
Et d'étudier ensuite les réponses, y compris les sources, lorsqu'elles sont mentionnées, puis de comparer (aussi bien entre les IA qu'entre les résultats des IA et ceux des moteurs de recherche). J'en ai fait moi-même l'expérience et je vous en parle au point suivant... [Début]

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10. L'intelligence artificielle et les bibliothèques (livres et documentation lato sensu)

Au Canada et, au-delà de ses frontières, partout dans le monde :
L'IA aide les bibliothèques à relever des défis complexes et à répondre aux besoins changeants des chercheurs, des éducateurs et des étudiants, dans des domaines tels que l’analyse de données, la découverte de ressources et les services personnalisés aux utilisateurs. En adoptant ces innovations, les bibliothèques de recherche jouent également un rôle essentiel dans la promotion d’approches éthiques et inclusives de l'IA...
L'exemple de la BNF est particulièrement parlant à cet égard :
Plus de 40 millions de documents de multiples natures (livres, manuscrits, cartes, partitions, objets, documents sonores et jeux vidéo) dans les magasins physiques de la Bibliothèque, près de 9 millions de documents numérisés et accessibles dans Gallica, 15 millions de notices dans le catalogue général, 40 milliards d’URL collectées dans les archives de l’internet : ces chiffres donnent une idée de l’immensité des gisements documentaires sur lesquels la Bibliothèque veille. Face à une telle volumétrie, l’IA ouvre aux bibliothécaires comme aux publics de nouvelles voies vers l’intelligibilité des collections. 
Des chiffres impressionnants ! Voici pour terminer une présentation d'Alice Bernard (conseillère numérique France Services à la bibliothèque départementale d’Indre-et-Loire, et formatrice), intitulée « Les intelligences artificielles en bibliothèque » :


Voilà. Je préfère m'arrêter là. 

En concluant cette série de quatre blocs sur l'Intelligence artificielle par une expérience, vécue en préparant ce billet, et ce dixième point en particulier. Durant mes recherches de matériel sur les bibliothèques, je suis tombé sur ce passage de Umberto Eco :
« C’est une absurdité de croire qu’il faille absolument lire tous les livres que l’on achète, tout comme il est ridicule de reprocher à quelqu’un d’acquérir plus de livres qu’il n’en pourra jamais lire dans une vie. Ce serait comme dire qu’il faut utiliser tous les couverts, tous les verres, tous les tournevis ou forets que l’on possède avant d’en acheter de nouveaux. Il est des choses dans l’existence dont il faut toujours disposer en abondance, même si l’on n’en utilisera qu’une infime partie. Prenons les livres comme des remèdes : mieux vaut une armoire pleine de soins que quelques fioles esseulées. Le jour où l’âme vacille ou vacille le cœur, on ouvre alors cette armoire — non pas au hasard — mais pour y choisir le livre juste, celui qui saura panser, éclairer, relever. D’où l’importance de toujours avoir un vaste éventail de choix. Celui qui n’achète qu’un seul livre, le lit, puis s’en débarrasse, ne fait qu’appliquer à la lecture une logique de consommation. Il traite le livre comme une simple marchandise, un bien de passage. Mais ceux qui aiment les livres savent qu’ils ne sont rien de tout cela. Un livre n’est pas un produit. C’est une présence ».
dont l'authenticité a été mise en doute en adressant une demande de vérification à Grok :

Voici la réponse de Grok :

La citation attribuée à Umberto Eco semble apocryphe. Après vérification, aucune source fiable, y compris ses œuvres, discours ou le documentaire *Umberto Eco : A Library of the World*, ne confirme qu’il l’ait dite ou écrite. Bien que le propos reflète ses idées sur les livres, notamment sa notion d’« antilibrairie » et son amour des bibliothèques, les mots exacts ne sont pas authentifiés. Il est donc probable qu’Eco n’ait pas formulé cette citation ainsi.

Intrigué, j'ai décidé de demander la même vérification (en français et en italien) à d'autres IA, dont voici les réponses (sans préciser qui a répondu quoi, et en quelle langue) :

1.

La citation que vous mentionnez provient du livre N’espérez pas vous débarrasser des livres, un recueil de dialogues entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière. Dans cet ouvrage, Eco exprime sa vision personnelle de la lecture et de la collection de livres, soulignant que l'acquisition de livres ne doit pas être motivée uniquement par l'intention de les lire tous, mais plutôt par le plaisir d'avoir un large éventail de choix à disposition. Il compare les livres à des remèdes, suggérant que, tout comme une armoire pleine de médicaments peut être utile même si l'on n'en utilise qu'une petite partie, une bibliothèque bien fournie offre des ressources pour nourrir l'esprit aux moments opportuns.

Cette perspective met en lumière l'importance de la diversité et de la richesse des livres dans une bibliothèque personnelle, et critique une approche consumériste de la lecture qui se limiterait à lire un seul livre à la fois avant de s'en débarrasser.

Pour une exploration plus approfondie de cette philosophie, vous pouvez consulter le livre N’espérez pas vous débarrasser des livres, disponible sur des plateformes telles que Babelio. [En citant plusieurs sources, dont celle-ci.] [J'ai vérifié personnellement, et contrairement à ce qu'affirme l'IA, aucune mention de ce texte n'est faite dans le livre cité]

2.

Cette citation d'Umberto Eco provient de son livre "Cette chaire n'est pas une pipe" [Alternative : Comment voyager avec un saumon. Nouveaux pastiches et postiches]

3.

Cette citation d'Umberto Eco provient de son essai "De Bibliotheca" (ou "La bibliothèque" en français), écrit en 1981. Dans ce texte, Eco réfléchit sur la nature des bibliothèques, leur utilité et leur signification culturelle.

Ce discours a été prononcé à l'origine lors de l'inauguration de la bibliothèque municipale de Milan. Eco y développe sa vision sur la relation entre les lecteurs et leurs livres, défendant l'idée qu'une bibliothèque personnelle abondante n'est pas un signe d'ostentation mais une nécessité intellectuelle - une sorte de pharmacie de l'esprit où l'on peut trouver le remède approprié quand le besoin s'en fait sentir.

Cette réflexion s'inscrit parfaitement dans la pensée d'Eco, qui était lui-même un collectionneur passionné de livres et possédait une immense bibliothèque personnelle. Sa vision du livre comme objet culturel dépassant largement sa dimension commerciale est une constante dans son œuvre. [J'ai vérifié le discours prononcé lors de l'inauguration de la bibliothèque municipale de Milan, et cela n'a rien à voir avec la citation]

4.

Cette citation souvent attribuée à Umberto Eco circule largement sur internet, notamment dans des articles et discussions sur la bibliophilie, mais elle ne figure pas textuellement dans ses œuvres publiées. Elle semble plutôt être une reformulation libre inspirée de ses idées sur les livres et la culture, mélangée à des ajouts poétiques.

Origine probable : Un mélange d'inspirations

Umberto Eco était un grand bibliophile (il possédait plus de 30 000 livres) et a souvent défendu l'idée qu'une bibliothèque personnelle est un "antidote à l'oubli", un outil de recherche bien plus qu'une simple collection de livres lus.

Dans De Bibliotheca (1981, conférence), il compare les livres à des "remèdes" et évoque l'importance d'avoir une réserve de savoir à portée de main.

Dans Sur les épaules des géants (2017), il parle des livres comme "outils" qu'on ne consulte pas toujours, mais dont la présence est essentielle.

La métaphore des couverts/outils ressemble à des propos tenus par d'autres auteurs (comme Anatole France ou Jorge Luis Borges), mais elle a été popularisée sous le nom d'Eco.

La version exacte de la citation semble issue de forums ou blogs (années 2000–2010), où des lecteurs ont synthétisé ses idées avec une touche littéraire.

Citations vérifiables d'Umberto Eco sur le sujet

En voici une, plus authentique :

« La bibliothèque est une sorte de cerveau artificiel qui multiplie nos possibilités de mémoire. On n’a pas besoin d’avoir lu tous les livres, mais ils doivent être là, comme une pharmacie où l’on trouve le remède au bon moment. » (De Bibliotheca, 1981)

Pourquoi cette confusion ?

Eco a souvent parlé de l'accumulation culturelle et du rôle des livres comme "objets potentiels" plutôt que consommables.

Le style de la citation apocryphe est proche de sa pensée, d'où son attribution erronée.

Conclusion

La citation est inspirée d'Eco, mais reformulée de manière créative. Pour retrouver sa vraie pensée, mieux vaut se plonger dans ses essais (De Bibliotheca, Sur les épaules des géants) ou ses interviews.

Le saviez-vous ? Eco disait aussi : "Un livre non lu est plus utile qu’un livre lu, car il représente une possibilité infinie." (idée reprise par Tzvetan Todorov).

*

Je vous fait grâce des autres réponses. Résultats :

  1. La numéro 1 est fausse.
  2. La numéro 2 propose faussement deux livres où la citation n'est pas mentionnée.
  3. La numéro 3 est fausse, y compris la circonstance de la bibliothèque municipale de Milan.
  4. La numéro 4 est vraie.
En fait, j'ai demandé à 5 IA, qui m'ont fourni 4 réponses fausses, et 1 vraie. Si l'on y ajoute celle de Grok, également vraie, cela me donne au final 6 IA consultées4 réponses fausses et 2 vraies. La problématique est la suivante : lorsque vous consultez une IA, comment déterminer si les réponses qu'elle vous fournit sont fausses ou vraies ? Il en va donc de l'IA comme de tous les médias en 2025, ne jamais rien donner pour acquis, mais vingt fois sur le métier, recouper, recouper, et recouper encore les infos et les sources ! [Début]