lundi 4 mars 2013

Pourquoi Beppe Grillo fait peur ? Et à qui ?

Italie, lundi 25 février 2013, 15h. Heure officielle de fermeture des bureaux de vote. Les premiers sondages commencent à tomber, donnant apparemment Pierluigi Bersani (Parti démocrate italien) vainqueur. Bon, ce n'était qu'une apparence...

Je suis resté pratiquement non-stop devant la télé jusqu'à 4h du matin, heure vers laquelle on a eu une projection plutôt fiable de la victoire électorale (mais défaite politique) de la gauche, car jusqu'au dernier moment les craintes étaient que Berlusconi l'emporte une fois de plus. On est vraiment passés à deux doigts de la catastrophe !

Or ces presque 13 heures de direct n'ont été qu'une succession haletante de coups de théâtre, tantôt la gauche gagnait, tantôt la droite, avec toutefois quelques constantes : la mise à l'écart définitive de Rivoluzione civile, d'Antonio Ingroia, à mon grand regret, et donc la sortie d'Antonio Di Pietro, le flop de Mario Monti (entraînant dans sa chute l'UDC de Casini, et Gianfranco Fini, perdant sur tous les tableaux), et, surtout, la percée fantastique du Mouvement 5 Étoiles, de Beppe Grillo.

En zappant d'une chaîne à l'autre pour essayer d'engranger les opinions des uns et des autres, j'ai eu l'occasion d'entendre Enrico Letta, vice-secrétaire du Parti démocrate, commenter la réussite surprenante de Grillo. Je ne me rappelle pas les mots exacts, mais la teneur était la suivante :
Ce que signifient les résultats des élections d'aujourd'hui en Italie, qui sont une grande première mondiale, ne concerne pas seulement notre pays, mais toute l'Europe. Car au-delà du succès de Grillo, la vraie question désormais posée par son Mouvement, c'est celle du choc entre démocratie directe et démocratie représentative. Le débat est ouvert...
Donc s'il me fallait trouver une "recette Grillo" afin d'expliquer pourquoi en l'espace de trois ans (à tout casser), son Mouvement est devenu le premier mouvement (il n'aime surtout pas qu'on le définisse un "parti") politique italien, je dirais :

Démocratie directe + Sagesse des foules (Intelligence collective) + Transparence (mode Wikileaks)

* * *
1. Démocratie directe

En novembre 2011, Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio (son alter ego dans cette aventure politique) ont publié aux éditions Chiarelettere un essai intitulé : Nous sommes en guerre (pour une nouvelle politique)... Ça dit bien ce que ça veut dire (d'où aussi les "mots guerriers"...) !

Le livre commence ainsi (extraits) :
Nous sommes en guerre : une guerre entre deux mondes, entre deux conceptions différentes de la réalité. Elle peut nous sembler lente, presque imperceptible, mais non, elle est féroce et va toujours plus vite, caractérisée en permanence par une alternance d’embuscades et d’avancées soudaines. Les médias tentent de la dissimuler, les politiques la craignent, les organisations internationales la combattent, les multinationales la haïssent. 
Cette guerre totale, qui a des répercussions dans notre vie à tous les niveaux et remet en question des structures économiques et sociales données pour acquises depuis des siècles, est due à la propagation d’Internet. 
Les journaux sont en train de disparaître, après ce sera le tour des télévisions, puis des livres. Dans dix ou vingt ans, tout cela sera considéré comme des espèces disparues, à l’instar des dinosaures. Toute l’information convergera sur le Réseau et nous serons tous des Produconsommacteurs, à la fois producteurs et consommateurs d'information. 
Partout émergent des mouvements spontanés pour remplacer les partis : le Parti des pirates en Islande, en Suède et en Allemagne, les indignados espagnols, les jeunes d’Afrique du Nord qui donnent naissance au printemps arabe, et jusqu'au Mouvement 5 Etoiles en Italie, ignoré par les médias…La participation directe des citoyens aux affaires publiques prend la place de la délégation des pouvoirs en blanc. 
De nouvelles valeurs économiques telles que la réputation et les idées gagnent de plus en plus d’importance face à l'argent. À l’avenir les ressources primaires telles que l'eau ou l'électricité seront gérées par des réseaux de citoyens pour satisfaire leurs besoins, puis redistribuées. 
Le Réseau a ses propres lois, qui se manifestent constamment. L'une d'entre elles est l'élimination des activités sans valeur ajoutéeLe Réseau est partout, il suffit de s’arrêter un instant pour l'observer. 
Donc dans cette guerre le vieux monde périra, mais avant de quitter la scène il usera de TOUTES les ressources à sa disposition pour conserver ses anciens privilèges et ses rentes de situation. La guerre durera longtemps. En Italie, les partis contrôlent la société, l'économie, l'information, le commerce, les transports, les lois et leur application : TOUT. Ils sont la quintessence du vieux monde. Pour tenter de se défendre, ils ont rédigé des quantités industrielles de lois contre le Réseau. Ils se croient invulnérables, mais grâce à Internet, les citoyens sont sur le point de pénétrer dans les palais du pouvoir. 
Or notre premier projet de loi, qui puise son origine directement sur Internet, s’intitule pour un « Parlement propre »…
Voilà, j’arrête ici, mais beaucoup des grandes idées qui font le succès du Mouvement y sont. Dans cette citation, j'ai mis en gras les concepts clés : la participation directe aux affaires publiques des citoyens (qui ont désormais pénétré les palais du pouvoir avec ces élections, puisqu'ils sont 163 élus entre Chambre des Députés et Sénat) prend la place de la délégation des pouvoirs en blanc (à éliminer puisque n'ayant plus la moindre valeur ajoutée) (cf. ma précédente - et partielle - tentative d'explication), d'où l'impératif "improcrastinable" de donner enfin un "Parlement propre" à l'Italie.

Il y a 20 ans, lors de la terrible saison 1992-1993, l'opération "Mains propres" avait redonné un peu d'espérance aux citoyens honnêtes de ce pays de voir enfin moins de corruption et d'inégalités, mais l'espoir fut bref puisque l'arrivée de Berlusconi allait tuer toutes les illusions dans l'œuf. Deux décennies plus tard, nous voici face à un deuxième tournant historique pour l'Italie (certes, il peut arriver que certains trains passent deux fois, mais jamais trois...), donc si le pays veut garder espoir que celui-ci puisse être le bon, il faut d'abord qu'il se débarrasse de ce maudit.

Berlusconi personnalise à merveille l'achétype du politicien ripoux, compromis avec toutes les mafias, corrompu et corrupteur (l'un ne va pas sans l'autre...), qui a su mettre en œuvre avec une assiduité et un entêtement qu'on doit lui reconnaître une mise à sac programmée et systématique de son pays, absolument digne des plus grands prédateurs de l'Histoire. Il traîne tant de casseroles au cul que lorsqu'il se déplace on croirait entendre passer une brinquebalante "just married". D'ailleurs il vient tout juste d'être dénoncé par un sénateur l'accusant de l'avoir corrompu avec 3 millions € pour faire tomber le gouvernement Prodi, affaire à suivre...

Alors voilà, les gens n'en peuvent plus de donner un mandat de représentation à des énergumènes qui le bafoueront avec acharnement, ils n'en peuvent plus de cette alternance infinie droite-gauche qui a dédaigneusement saccagé le pays en parfaite harmonie, et qui continuerait volontiers si personne n'était là pour les arrêter. Or la justice italienne s'étant révélée impuissante face à la politique, les seules étoiles qui se font jour dans cet océan de merde sont celles du Mouvement de Grillo.

Que les pouvoirs constitués accusent par conséquent d'anti-politique et de populisme, il faut bien qu'ils trouvent quelque justificatif à bonimenter, en lui opposant les deux arguments massue :
  • Où va-t-il trouver les ressources suffisantes pour financer son programme (car il en a un, sérieux, aussi étonnant que cela puisse paraître), et notamment son "revenu de citoyenneté" ?
  • Dans quel gouffre son anti-européanisme va-t-il entraîner l'Italie (et l'Europe par la même occasion) ?
Loin de se démonter, Grillo répond point par point :
  • Par exemple en récupérant les 98 milliards d'euros (soit l'équivalent d'environ cinq plans de rigueur...) que les derniers gouvernements ont préféré laisser dans les poches des gérants des casinos en ligne (!), nouvelle voie royale pour blanchir la finance mafieuse (d'ailleurs le fait que Berlusconi soit aussi impliqué là-dedans n'est que pure coïncidence...), ou les 60 milliards d'euros que coûte chaque année la corruption au pays, les 159 millions d'euros que les partis politiques devraient récupérer pour ces dernières élections (qui ont duré un mois en gros), un bottin multiplié par 10 ces 14 dernières années que le Mouvement de Grillo refuse d'encaisser, comme il l'a déjà fait en Sicile avec d'autres "remboursements", en utilisant cet argent pour créer un fonds destiné à financer les PME en difficulté, ou encore en annulant l'achat de 90 F35 (env. 12 milliards €), dont on sait déjà qu'ils ne marchent pas et qu'ils ne serviront à rien si ce n'est remplir certaines poches, etc. Mais aussi en réduisant considérablement les "salaires" des politiques et administrateurs de la "chose publique" de tous bords, puisqu'il faut quand même savoir que l'appareil des pouvoirs publics (nationaux, régionaux, provinciaux, etc.) en Italie est celui qui coûte le plus cher au monde : des présidents de région qui prennent 2 ou 3 fois plus qu'Obama, un gouverneur de la banque d'Italie qui prend 900 mille € et des poussières (contre env. 350 mille pour son homologue de la Bundesbank), un chef de la police qui émarge à 600 mille €, etc. etc. Et je pourrais vous en tartiner comme ça des pages et des pages...
  • Par exemple en renégociant la dette "souveraine", d'environ 100 milliards € à l'année, non sans avoir d'abord racheté les bons du Trésor italien qui sont dans les coffres des banques françaises et allemandes...
  • Concernant l'Europe, il est évident que le fiscal compact est une gigantesque arnaque, au sens où JAMAIS il ne pourra être mis en oeuvre, et encore moins dans la situation actuelle, et inutile de parler de la règle d'or, etc. etc. 
Je crois donc, personnellement, comme l'observe fort justement François Bonnet dans "Pourquoi les élections italiennes sont une excellente nouvelle ?", que « (l)es tenants d’une Europe libérale, où ont été engagés quarante plans d’austérité en cinq ans, voient à nouveau le suffrage universel déjouer leurs plans », ou encore, pour le dire avec Arnaud Montebourg, que « les peuples ne sont pas prêts à passer sous la table, et c'est la démonstration italienne. (…) Les Italiens ont dit qu'ils n'étaient pas d'accord avec la politique imposée par les marchés ».

C'est ça aussi, la sagesse des foules !

Jean-Marie Le Ray

P.S. J'aborderais les ingrédients Sagesse des foules (Intelligence collective) + Transparence (mode Wikileaks) dans de prochains billets...

mercredi 27 février 2013

Les mots guerriers de Beppe Grillo

Je suis en train de préparer un long billet sur Grillo, pour tenter de faire comprendre ce que lui et son mouvement représentent, vu que cela pourrait bien finir par avoir de fortes répercussions hors des frontières italiennes. En attendant, plus qu'une traduction, voici mon adaptation personnelle de ces "mots guerriers" de Beppe Grillo, qui font partie d'une lettre ouverte aux italiens :
Prisonniers de la nuit, nous cherchions à tâtons une sortie de secours, pensant ne plus pouvoir y échapper. On nous avait dit que portes et fenêtres étaient condamnées, qu’il n’y avait aucune autre issue. C’est alors qu’un flot de paroles et de pensées nous a frappé, provenant d’on ne sait où. De dehors. De dedans. Du Web, de la rue. Paroles de paix. Paroles de paix et mots guerriers en même temps. On s’en est servis comme torches dans la nuit, clés pour ouvrir des verrous et partir, ailleurs, vers des lieux inconnus, vers nous-mêmes. Maintenant nous voici à lair libre, en pleine lumière, pas encore pleinement habitués. On cligne les yeux avec la peur au ventre, rien de plus normal, en sachant toutefois que c’est l’unique voie possible, la seule à parcourir. Jamais dans toute l’histoire des démocraties modernes, ce qui se passe aujourd’hui en Italie ne s’est produit auparavant. Une révolution démocratique non-violente qui déracine les pouvoirs établis, renverse les pyramides. Il a suffi de trois ans pour que le citoyen se fasse État et entre au Parlement. Finalement nous réalisons que les portes fermées c’était nous, que les mots guerriers nous habitaient depuis longtemps mais qu’ils restaient dans nos gorges et nos cœurs, qu’on croyait être seuls alors que nous étions une multitude. À présent nous sommes surpris de voir tant de gens, tant d’inconnus, pleins des mêmes pensées, des mêmes espoirs, des mêmes peurs, à présent nous nous reconnaissons et partageons les mêmes mots guerriers. Ces mots belliqueux, abandonnés depuis longtemps, qui avaient fini par perdre tout leur sens, deviennent aujourd’hui des armes puissantes dont on se sert pour tout changer, pour bouleverser une réalité artificielle où la finance est l’économie, le mensonge est la vérité, la guerre est la paix, la dictature est la démocratie. Des mots guerriers, à la fois neufs et vieux, tels que communauté, honnêteté, participation, solidarité, soutenabilité, qui résonnent comme un coup de tonnerre et partout se propagent pour anéantir une politique dépassée. Nous avons enfin pris conscience de la réalité, conscients qu’il ne nous faudra plus compter que sur nos propres forces, que le pays est en ruines, et que des moments difficiles, très difficiles, nous attendent, qu’il y aura des tensions, des problèmes, des conflits, mais le chemin est tracé. Finalement nous l’avons trouvé et il nous conduit vers l’avenir, un avenir probablement plus pauvre, mais sûrement plus vrai, plus concret, solidaire et heureux. Une nouvelle Italie nous attend. C’est beau d’en faire partie.
Si vous voulez l'entendre de sa voix, je vous propose la vidéo, et le texte original à suivre.

 

Cercavamo una porta per uscire. Eravamo prigionieri del buio. Pensavamo di non farcela. Ci avevano detto che le finestre e le porte erano murate. Che non esisteva un’uscita. Poi abbiamo sentito un flusso di parole e di pensieri che veniva da chissà dove. Da fuori. Da dentro. Dalla Rete, dalle piazze. Erano parole di pace, ma allo stesso tempo parole guerriere. Le abbiamo usate come torce nel buio, come chiavi da girare nella serratura per andare altrove, in posti sconosciuti, verso noi stessi. E ora siamo fuori, siamo usciti nella luce e non ci siamo ancora del tutto abituati. Stringiamo gli occhi e, anche se sappiamo che stiamo percorrendo l’unica via possibile, abbiamo qualche timore, ed è normale. Quello che sta succedendo ora in Italia non è mai successo prima nella storia delle democrazie moderne. Una rivoluzione democratica, non violenta, che sradica i poteri, che rovescia le piramidi. Il cittadino che si fa Stato ed entra in Parlamento in soli tre anni. Abbiamo capito che eravamo noi quella porta chiusa, che le parole guerriere erano da tempo dentro di noi, ma non volevano venire fuori, pensavamo di essere soli e invece eravamo moltitudine. E adesso siamo sorpresi che così tante persone a noi del tutto sconosciute avessero i nostri stessi pensieri, le nostre speranze, le nostre angosce. Ci siamo finalmente riconosciuti uno nell’altro e abbiamo condiviso parole guerriere. Parole che erano state abbandonate da tempo, di cui si era perso il significato, sono diventate delle armi potenti che abbiamo usato per cambiare tutto, per ribaltare una realtà artificiale dove la finanza era economia, la menzogna era verità, la guerra era pace, la dittatura era democrazia. Parole guerriere dal suono nuovo e allo stesso tempo antichissimo, come comunità, onestà, partecipazione, solidarietà, sostenibilità si sono propagate come un’onda di tuono e sono arrivate ovunque annientando la vecchia politica. Siamo diventati consapevoli della realtà. Sappiamo che possiamo contare solo sulle nostre forze, che il Paese è in macerie e che quello che ci aspetta sarà un periodo molto difficile, ci saranno tensioni, problemi, conflitti, ma la via è tracciata. L’abbiamo trovata questa via e ci porta verso il futuro, un futuro forse più povero, ma vero, concreto, solidale e felice. C’è una nuova Italia che ci aspetta. Sarà bellissimo farne parte.
Beppe Grillo 

mardi 26 février 2013

L'Italie de Grillo et de son mouvement, premier parti politique italien !

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire en citant Olivier Duhamel :
« Peu de pays sont aussi intéressants à étudier que l’Italie. Peu de pays sont aussi difficiles à comprendre pour un étranger que l’Italie. »
Au lendemain d'un énième retour sur la scène de Berlusconi, je me rappelle avoir lu un vieux tweet qui disait à peu près ceci : « Mais c'est quoi leur problème aux italiens » ?

Aujourd'hui, au-delà de la situation de crise généralisée commune à beaucoup de pays, sinon tous, je dirais que le principal problème des italiens, c'est qu'ils en ont marre de se faire voler depuis des décennies même ce qu'ils n'ont plus, par la plupart des partis politiques, sinon tous, qui se sont succédés au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Car de la démocratie chrétienne au parti socialiste de Craxi, puis des différents partis de Berlusconi aux différents partis de "gauche" qui s'alternent depuis maintenant 20 ans en passant par la Ligue du Nord, ce n'est qu'un saccage permanent de toutes les richesses du pays (et notamment des richesses économiques produites par le bon peuple) par une classe politique famélique corrompue jusqu'à la moelle, qui privatise les bénéfices à l'avantage de quelques-uns (des politiques et de leurs tribus aux clans et mafias de toutes sortes, en passant par les cols blancs au service de cette faune interlope et criminelle) et pour compenser socialise les pertes sur le dos des citoyens subjugués (étymologiquement : sous le joug, totalement soumis...), gentil troupeau taillable et corvéable à l'infini...

Hier la notion magique c'était "lottizzazione", "lottizzare", termes qui se traduisent littéralement en français par "lotissement", "lotir", autrement dit "répartir par lots" en matière d'urbanisme, et se "partager le gâteau" lorsqu'on transfère le concept à la politique ; de nos jours c'est plus prosaïquement s'accaparer, tout et partout, autant que faire se peut ! Hier nous avions à faire à des "idéalistes" qui volaient pour financer les partis (même si je nourris de sérieux doutes sur cette explication "officielle", Craxi était tout simplement un voleur, point barre), à présent ils sont beaucoup plus cruellement "réalistes" et surtout les techniques du vol et de la corruption se sont considérablement améliorées, en passant de la phase grossièrement artisanale à l'industrie scientifiquement organisée du pot-de-vin, pratiquement impossible à prouver grâce à la complicité de lois expressément rédigées pour ces taons assoiffés de sang.

Balzac avait vu juste :
« Les lois sont des toiles d’araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites. »
Donc pour en revenir à notre taon préféré, j'annonçais la couleur dans mon dernier billet (publié le 10 décembre dernier...) :
Ne vous y trompez pas, Berlusconi sait pertinemment que cette fois il n'a aucune chance d'être élu prochain chef du gouvernement italien, et d'ailleurs il s'en fout complètement, ce qui l'intéresse c'est de réussir à nommer le plus possible de ses complices au parlement, notamment au sénat, et être ainsi en position de force pour que tout passe par lui : car sans lui, pas de majorité possible, et donc il pourra faire chanter les gouvernants élus en marchandant au cas par cas ses votes contre ce qui l'intéresse vraiment : sa "justice" et ses affaires.
Et bien voilà, nous y sommes ! Au Sénat, avec 117 sénateurs, Berlusconi devance talonne Bersani (123) pour la gauche, majorité fixée à 158... Or Monti n'ayant obtenu que 19 sièges, ce sont les 54 sénateurs de Grillo qui peuvent faire pencher le plateau de la balance, et donc la probabilité de l'ingouvernabilité totale est plus réelle que jamais, ce qui est très exactement l'objectif que s'était fixé Berlusconi, qui remporte ainsi son énième victoire électorale grâce à l'ineptie chronique des partis de gauche en lice et à la couardise atavique de millions d'électeurs italiens.


[MàJ - 26 fév. 2013] Quoiqu'incomplet, je laisse le graphique en témoignage de la journée du dépouillement des scrutins, haletante, une véritable succession de coups de théâtre, et les chiffres ci-dessus sont à présent les résultats définitifs du Ministère de l'Intérieur...

* * *

Ceci dit, cela ne change rien sur l'ingouvernabilité du pays, et je partage totalement l'analyse de Grillo : « Que ce soit pour six mois ou un an, avoir remis une fois encore le pays aux mains de Berlusconi est un crime contre la galaxie » (riconsegnare a Berlusconi il Paese per sei mesi o un anno credo che sia un crimine contro la galassia)...

Ça me rappelle cette phrase terrible prononcée par Umberto Eco : « Faudra-t-il attendre que Silvio Berlusconi fasse un million de morts avant que les italiens ne cessent de le soutenir ? »

* * *
Donc autant je suis triste et déçu par ce dernier (!?) coup de queue de Berlusconi, autant je suis heureux et me console en pensant qu'un parti hier quasiment inexistant devient aujourd'hui le premier parti politique italien !

C'est un résultat aussi exceptionnel qu'inattendu (j'étais sûr d'une grande victoire du mouvement de Grillo, mais pas dans ces proportions : plus de 7 millions de votes au Sénat, et près de 9 millions à la Chambre des Députés), sur lequel il convient d'apporter un éclairage en cherchant de sortir un peu des sentiers battus. Donc étant trop fatigué pour penser à une analyse en français, je vais me contenter de traduire le dernier billet de mon blog italien (je vous préviens, c'est pas particulièrement "politically correct", ni sur le fond ni sur la forme), rédigé samedi en pensant déjà au tournant historique que représente l'avènement du "Mouvement 5 étoiles" de Beppe Grillo qui rentre au parlement italien, démocratiquement élu. Une véritable révolution, la révolution de Grillo :
Grillo dit et fait beaucoup de conneries, c'est évident.
Mais il dit et fait aussi beaucoup de choses justes. Et à dire le vrai, si on met les conneries et les choses justes sur les deux plateaux de la balance, je crois que celle-ci penchera sans hésiter du côté des choses justes. 
Donc à la question « Les choses que dit ou fait Beppe Grillo sont-elles admissibles et tolérables », ma réponse est oui ! 
Un oui convaincu, qui ne craint pas le contradictoire. Surtout lorsqu'il provient de gens qui ont toujours voté à droite, à gauche ou au centre pour obtenir les résultats qui sont aujourd'hui sous les yeux de tous : une Italie en pleine détresse dont tous les indicateurs sont dans le rouge profond, un pays du quart-monde sous l'emprise de corrompus / corrupteurs / charlatans comme Berlusconi, qui traite les italiens comme des putains, les italiennes comme des putes : tu me donnes ton vote (phrase à double sens en italien, impossible à rendre ici), et moi en échange je te paierai ceci et cela... 
Ils voudraient même nous faire croire qu'il serait "prêt à retirer le pain de la bouche de ses enfants" pour tenir ses promesses ! 
En outre, lorsque j'entends quelqu'un comme Berlusconi raconter que Grillo est une menace pour la démocratie, alors je me dis que Grillo a forcément fait mouche. Et que pour le moins personne ne pourra lui ôter le grand, l'immense mérite, historique, d'avoir éveillé la conscience des italiens, et d'avoir redonné de l'espoir à énormément de gens dans ce pays lobotomisé / sodomisé qu'on appelle l'Italie. 
Mais il y a plus encore : Grillo c'est une chose, son Mouvement c'en est une autre. Car ce sont les militants - les représentants des millions de gens qui auront voté pour le Mouvement 5 étoiles - qui siègeront après-demain au parlement italien, pas Grillo. Ou peut-être aussi Grillo, qui sait ? 
Or voulons-nous vraiment mettre tous ces politiciens corrompus qui ont pillé et affamé le pays pendant des décennies et Grillo sur les plateaux d'une même balance ? OK, faisons-le, mais une fois de plus la balance penchera sans hésiter du côté de Grillo. 
L'anti-politique, comme ils l'appellent ! Mais qui sont-ils celles et ceux qui l'appellent ainsi : ce sont tous les politiciens de métier, menteurs, voleurs et corrompus morts de faim qui ont dévoré l'Italie, l'ont gangrenée jusqu'à la mort... Eux, pour sûr que ce sont de véritables politiques ! 
Donc, au point où en sont les choses, perso je suis pour la nouveauté, l'expérimentation : Grillo, Ingroia, Giannino, tous d'honnêtes gens qui ne sont pas des politiciens de métier, qui ne réussiront jamais à faire pire que leurs prédécesseurs quand bien même ils le voudraient. Ou tout le monde a déjà oublié que l'ultime Parlement italien (totalement vendu, et donc acheté) a voté que Ruby était la nièce de Moubarak ? Eux, pour sûr que ce sont de véritables politiques !  
Alors avant de dire n'importe quoi, tous les détracteurs de Grillo ne méritent qu'un gigantesque pied de nez. Car il est certain que la manifestation que nous avons vue l'autre soir à Place San Giovanni (800 000 manifestants), ne pourra pas être abattue à coups de sarcasmes. 
Après, nous verrons ce qu'ils feront au Parlement, mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui mieux vaut donner son vote au Mouvement 5 étoiles (ou à Ingroia, à Giannino) et faire un saut dans l'inconnu avec honnêteté , plutôt que de commettre un suicide assisté avec des politiciens de métier, eux, pour sûr que ce sont de véritables politiques ! 
Votés depuis toujours par des millions de gens aussi cons que modérés, pour obtenir les résultats que l'on découvre tous les jours dans les médias... 
Demain et après-demain l'Italie sera face à un tournant, exactement comme en 92. Le choix est simple : votez soit pour les "véritables" représentants de la politique politicienne (PDL, PD-L, Monti, etc.), soit pour les « populistes de l'anti-politique » (Grillo, Ingroia, Giannino, etc.), mais votez en conscience, pour celles et ceux qui en ont une. Et après ne venez surtout pas vous plaindre !
Jean-Marie Le Ray


P.S. Quelques liens pour approfondir :

En français

lundi 10 décembre 2012

Berlusconi V, le retour !

Ce qu'il y a de bien avec Berlusconi, c'est qu'au moins on est sûr de pas se tromper dans les prévisions !
  1. Le jour-même de la création en grandes pompes du dernier parti de Berlusconi, j'annonçais sur mon blog italien l'avortement d'un parti mort-né.
  2. Le jour-même de la démission forcée de Berlusconi, qui s'est enfui comme un voleur il y a un an, je prévenais sur ce blog
Et ils ont raison de s'inquiéter, l'Europe et les grands de ce monde, car la partie n'est pas encore jouée ! Ce n'est pas le genre de personnage à tomber sans réagir, et surtout à tomber tout seul. Car s'il peut entraîner le pays dans sa chute, il le fera volontiers, sans remords ni scrupules et sans l'ombre d'une hésitation. D'autant plus qu'il est aux abois à présent, lui aussi sait qu'il est au bord du gouffre, et par conséquent prêt à faire n'importe quoi dans l'espoir indécent de sauver ce qui peut encore l'être... 
Donc si l'Italie veut regagner sa crédibilité irrémédiablement compromise, et moins encore au plan international qu'en tant que nation, elle a une voie toute tracée : mettre enfin Berlusconi hors d'état de nuire en le frappant d'ostracisme pour l'empêcher de décider quoi que ce soit à quelque niveau que ce soit ! Seules les oubliettes conviennent à un tel énergumène.
D'ailleurs j'avais anticipé depuis longtemps les dangers d'une Italie berlusconienne pour l'Europe, et entendre aujourd'hui (comme hier) que Berlusconi et l'instabilité chronique dont il est porteur menacent autant l'Italie que la construction européenne (c'est M. Schultz, actuel président du parlement européen, qui le dit) ne fait que confirmer la clairvoyance de mon analyse.

Et pendant ces derniers mois de répit, chaque fois qu'un ami français me disait : « Alors, t'es tranquille maintenant, il est bien fini le Berlu », je répondais par une mise en garde : « Ne surtout pas croire cela, parce que dans les coulisses, c'est toujours lui qui tire les ficelles... », et ce pour différentes raisons.

Car même lorsqu'il remporta d'un souffle le vote de confiance (après avoir corrompu je sais plus combien de parlementaires...) du 14 octobre 2011, dans un billet intitulé « Et maintenant, que fera Berlusconi ? », je me lançais « dans un petit exercice de prospective, en essayant de dessiner le tableau de ce qui pourrait se passer dans les semaines et les mois à venir » :
Pour conclure en résumant, voici le programme que planifie probablement Berlusconi dans les mois à venir :

  1. d'abord se blinder au niveau judiciaire en faisant passer en force des lois en sa faveur et pour censurer les voix dissidentes, et
  2. une fois tranquille de ce côté, lancer sa campagne politique destinée à retourner l'opinion publique, une fois de plus, en vue des élections au printemps prochain.
Sauf imprévus d'ici là, et notamment un sursaut de dignité soit des forces qui ne sont pas encore totalement corrompues, soit d'une opinion publique réveillée, soit des deux...

Revivre le cauchemar de 1994 en 2012 serait fatal pour l'Italie, et pour l'Europe, qu'on se le dise !
Je me suis juste trompé d'un an pour n'avoir pas prévu la parenthèse Monti, mais sur le fond de l'analyse ça ne change rien. Au contraire, c'est même pire maintenant, car désormais il est fin prêt à jouer ses dernières cartes en entraînant le pays dans sa chute sans remords ni scrupules, et sans l'ombre d'une hésitation...

* * *

Ne vous y trompez pas, Berlusconi sait pertinemment que cette fois il n'a aucune chance d'être élu prochain chef du gouvernement italien, et d'ailleurs il s'en fout complètement, ce qui l'intéresse c'est de réussir à nommer le plus possible de ses complices au parlement, notamment au sénat, et être ainsi en position de force pour que tout passe par lui : car sans lui, pas de majorité possible, et donc il pourra faire chanter les gouvernants élus en marchandant au cas par cas ses votes contre ce qui l'intéresse vraiment : sa "justice" et ses affaires.

Sa "justice"

Berlusconi traîne tant de casseroles au cul qu'il est le premier à savoir que tôt ou tard, il finira par être condamné. Jusqu'à présent il a toujours réussi à s'en sortir en pliant le pays à ses intérêts, mais l'Histoire enseigne que même les peuples plus soumis finissent un jour par se réveiller, voire se rebeller...

En attendant sa décision de faire chuter le gouvernement Monti a des retombées immédiates fortement positives - pour lui, ça va sans dire.

À commencer par la mise au placard d'une loi anti-corruption tellement permissive que même un délinquant comme Dell'Utri aurait quand même pu continuer d'être sénateur, mais en vertu de laquelle Berlusconi risquait toutefois de ne plus pouvoir occuper de fonctions "publiques" en cas de condamnation, ce qui serait désastreux pour lui car il perdrait ainsi toutes les immunités dont il jouit encore.

Deuxièmement la campagne électorale des prochaines semaines lui permettra d'invoquer à chaque fois des "empêchements légitimes" (en vertu d'une loi de plus qu'il s'est fait voter) pour ne pas se présenter aux audiences des procès actuellement pendants - celui du Bunga-Bunga et un second où il est question d'écoutes téléphoniques, autre cheval de bataille de sa croisade contre les juges "communistes"... -, en lui permettant ainsi de les retarder sine die, chaque audience qu'il saute étant toujours ça de gagné, en vue de nouvelles prescriptions à l'horizon !

Troisièmement, la mise aux enchères des fréquences télé n'aura pas lieu, ce qui fera probablement perdre un petit milliard d'euros à l'état italien d'une part, et faire faire des économies à Mediaset de l'autre...

Sans compter l'ouverture possible d'une procédure d'infraction contre l'Italie par la Commission européenne, pour n'avoir jamais été capable de libéraliser le secteur télévisé ! En outre, comme l'indique l'actuel ministre du développement économique, une partie des actuelles fréquences TV deviendront des fréquences télécom dès 2015-2016, et la libération de ces fréquences serait un autre atout considérable pour les caisses de l'état.

Donc comme toujours, les décisions de Berlusconi pénalisent fortement le pays, et, de façon inversement proportionnelle, favorisent tout aussi fortement ses intérêts.

Ses affaires

Je pense avoir été l'un des seuls à (ou pour le moins à tenter d') expliquer en quoi la réussite des affaires de Berlusconi est étroitement liée à sa capacité d'influencer les décisions législatives, notamment dans deux billets publiés sur l'Observatoire des médias, dès novembre 2010 et 2011 :


Mais il faudrait aussi mentionner les "liens directs" entre Berlusconi et Vladimir Poutine sur le gaz russe, ce qui alarme les américains depuis un certain temps déjà, autre affaire dont une journaliste italienne de choc, Milena Gabanelli, s'occupera dimanche prochain, émission que je ne manquerai pas de suivre.

* * *

Voilà, je termine ici pour l'instant, il y aurait certainement beaucoup d'autres choses à dire, mais je pense vous avoir fourni assez d'indices pour mieux comprendre quels sont les enjeux qui motivent vraiment Berlusconi, au-delà de ses discours officiels démagogiques et populistes, que les médias toutes tendances confondues se feront un plaisir de relayer.

Toutefois, si vous souhaitez approfondir la situation italienne sans vous contenter des superficialités mainstream, Adscriptor essaiera de reprendre la plume tant que Berlusconi continuera de représenter un danger pour la démocratie. Il joue son va-tout dans les semaines qui viennent, que ça passe ou ça casse. Mais pour l'instant, il nous les casse bien !

Jean-Marie Le Ray



jeudi 29 novembre 2012

Des ponts dans la voie lactée

Les traducteurs sont des ponts entre les peuples, les langues, les cultures. L'idée n'est pas nouvelle ! Dans un texte écrit pour accompagner la traduction de Shakespeare par son fils, François-Victor (dont les quinze volumes paraîtront de 1859 à 1865), Victor Hugo dit sur [Les Traducteurs] :
Les traducteurs ont une fonction de civilisation. Ils sont des ponts entre les peuples. Ils transvasent l’esprit humain de l’un chez l’autre. Ils servent au passage des idées. C’est par eux que le génie d’une nation fait visite au génie d’une autre nation. Confrontations fécondantes. Les croisements ne sont pas moins nécessaires pour la pensée que pour le sang.  
Autre fonction des traducteurs : ils superposent les idiomes les uns aux autres, et quelquefois, par l’effort qu’ils font pour amener et allonger le sens des mots à des acceptions étrangères, ils augmentent l’élasticité de la langue. À la condition de ne point aller jusqu’à la déchirure, cette traction sur l’idiome le développe et l’agrandit.  
L’esprit humain est plus grand que tous les idiomes. Les langues n’en expriment pas toutes la même quantité. Chacune puise dans cette mer selon sa capacité. Il est dans toutes plus ou moins pur, plus ou moins trouble. Les patois puisent avec leur cruche. Les grands écrivains sont ceux qui rapportent le plus de cet infini. De là l’incompréhensible quelquefois, l’intraduisible souvent...
Je suis un pont (faites bien attention à la prononciation...), ou je suis un lien, si vous préférez.

Or en parlant de liens, outre le lien du sang par lequel je suis naturellement le pont entre mon père et mon fils, je me suis toujours demandé quel était le lien invisible qui unissait mon père et mon fils en passant par moi. L'un était breton de naissance, de langue et de culture françaises, l'autre est romain de naissance, de langue et de culture italiennes. Bien que français par le sang, celui de ses grands-parents et de ses aïeux par son père, moi, raison pour laquelle il est légalement franco-italien (lui dit italo-francese, notez la nuance...).

Et ce lien, je l'ai découvert le 27 novembre 2005 ! Laissez-moi vous conter cette - belle - histoire.

Le 26 novembre est l'anniversaire du décès de mon père. Le 26 novembre 2005, en proie à un peu de nostalgie, j'eus la curiosité de chercher le nom de mon père sur Google, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un homonyme ... bordelais ! N'écoutant que mon impulsion, j'écrivais dans la foulée à ce monsieur. Voici mon message :

Bonjour, 
Je m'appelle Jean-Marie Le Ray, né à Bordeaux, et mon père s'appelait Bernard Paul Le Ray, décédé alors que j'avais 15 ans. Voilà maintenant près de 25 ans que j'ai quitté Bordeaux et la France, mais en ce jour anniversaire, la curiosité m'a pris de chercher son nom sur Google, et quelle n'a pas été ma surprise de voir que vous aussi êtes de Bordeaux, où vous exercez un métier plutôt proche du mien. J'ai ressenti une grande nostalgie. J'espère que mon message ne vous importunera pas. Avec l'expression de mes salutations les plus cordiales...
Un simple message, dicté sous le coup de l'émotion, qui aurait fort bien pu rester sans réponse ! Or voici un résumé de ce que je reçus le lendemain :
Cher Monsieur, 
J'ai bien reçu votre message et je vous avoue que je suis moi-même très ému par ce contact. Bien sûr, pas pour les mêmes raisons que vous, mais parce que la coïncidence est troublante. Figurez-vous en effet qu'à l'époque je venais de finir mes études secondaires à l'école St Genès de Bordeaux et j'attendais de partir faire mon service national. Or, à cet âge, je ne prenais sûrement pas le journal SUD-OUEST tous les jours. Mais le hasard a fait que j'ai eu l'occasion de parcourir ce quotidien, le mardi 28 Novembre 1972, et je suis tombé avec beaucoup de surprise sur une annonce nécrologique d'un homonyme. Apprendre "son" décés dans le journal que l'on est en train de lire, produit un certain malaise. J'ai donc, à l'époque, gardé cette page de journal, peut être un peu par défi... 
Et de m'envoyer le scan du "Carnet de Sud-Ouest", daté du 28 novembre 1972, où je pouvais lire, 33 ans plus tard, le faire-part de décès de mon père !!!


- Le 29 novembre 1972 (chose dont je ne me souvenais absolument pas), ma mère (décédée trois ans plus tard) et moi avons donc enterré son mari et mon père, qui s'appelait Bernard Paul. C'était il y a quarante ans aujourd'hui.

- Le 29 novembre 2001 naissait mon fils, Paul Bernard, qui s'appelle ainsi par volonté de ma femme (pour respecter une tradition italienne qui veut que le petit-fils porte le même prénom que son grand-père), il fête ses onze ans aujourd'hui.

- Voici le lien, découvert totalement par hasard : j'ai enterré mon père le même jour où est né mon fils !!!


Jean-Marie Le Ray

P.S. De son métier, qu'il exerce à Bordeaux, M. Bernard Le Ray dit ceci :
À cette place privilégiée, [l’écrivain public] peut devenir alors un « tisseur de lien social », véritable trait d’union entre les individus et leur environnement administratif, juridique ou social. 
Du lien, des liens et des ponts, encore et toujours, invisibles mais qui lient pourtant les personnes entre elles, parfois à leur insu, je les appelle « les liens dans les étoiles », en référence à ceux qui unissent souvent les poètes...

Ça me rappelle un sonnet écrit il y a plus de dix ans, en hommage à Rimbaud et Baudelaire, qui s'intitule :


La Voie lactée
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course  
 Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Je m’en irai donc, seul, un pied près de mon cœur
Lançant l’autre dans une céleste marelle
Sautant de case en case et d’étoile en étoile
Poète somnambule en quête du bonheur

Pèlerin de l’univers franchissant par bonds

Les cieux dans la chevelure ailée des comètes
Courant après la folle errance des planètes
Et portant leur traîne aux reines des vagabonds

Oui ! pour toujours allant ma route de bohème

Semant dans le grand champ lacté là un poème
Ici un pleur ou deux, là une pluie de mots

J’écouterai parfois, assis sous la grande arche

– Chemineau blessé ôtant ses lourds croquenots –
Lentement s’avancer « la douce nuit qui marche »…

Je voulais juste lancer un pont dans la voie lactée, et me sentir alors plus proche de poètes qui ont accompagné mon existence, aux côtés de Hugo, Jim Morrison, Frédéric Dard, Antonin Artaud, Armand Robin, et d'autres, d'autres, et d'autres encore !

Heureux anniversaire à Paolo Bernard :-)

mercredi 7 novembre 2012

President Obama's Victory Speech

Here are the 35 most significative terms of President Obama's Victory Speech, November 7, 2012



PRESIDENT BARACK OBAMA: Thank you. Thank you. Thank you so much. (Sustained cheers, applause.)
Tonight, more than 200 years after a former colony won the right to determine its own destiny, the task of perfecting our union moves forward. (Cheers, applause.)
It moves forward because of you. It moves forward because you reaffirmed the spirit that has triumphed over war and depression, the spirit that has lifted this country from the depths of despair to the great heights of hope, the belief that while each of us will pursue our own individual dreams, we are an American family, and we rise or fall together as one nation and as one people. (Cheers, applause.)
Tonight, in this election, you, the American people, reminded us that while our road has been hard, while our journey has been long, we have picked ourselves up, we have fought our way back, and we know in our hearts that for the United States of America, the best is yet to come.
(Cheers, applause.) I want to thank every American who participated in this election. (Cheers, applause.) Whether you voted for the very first time — (cheers) — or waited in line for a very long time — (cheers) — by the way, we have to fix that. (Cheers, applause.) Whether you pounded the pavement or picked up the phone — (cheers, applause) — whether you held an Obama sign or a Romney sign, you made your voice heard and you made a difference. (Cheers, applause.)
I just spoke with Governor Romney and I congratulated him and Paul Ryan on a hard-fought campaign. (Cheers, applause.) We may have battled fiercely, but it’s only because we love this country deeply and we care so strongly about its future. From George to Lenore to their son Mitt, the Romney family has chosen to give back to America through public service. And that is a legacy that we honor and applaud tonight. (Cheers, applause.) In the weeks ahead, I also look forward to sitting down with Governor Romney to talk about where we can work together to move this country forward.
(Cheers, applause.)
I want to thank my friend and partner of the last four years, America’s happy warrior, the best vice president anybody could ever hope for, Joe Biden. (Cheers, applause.)
And I wouldn’t be the man I am today without the woman who agreed to marry me 20 years ago. (Cheers, applause.) Let me say this publicly. Michelle, I have never loved you more. (Cheers, applause.) I have never been prouder to watch the rest of America fall in love with you too as our nation’s first lady. (Cheers, applause.)
Sasha and Malia — (cheers, applause) — before our very eyes, you’re growing up to become two strong, smart, beautiful young women, just like your mom. (Cheers, applause.) And I am so proud of you guys. But I will say that for now, one dog’s probably enough. (Laughter.)
To the best campaign team and volunteers in the history of politics — (cheers, applause) — the best — the best ever — (cheers, applause) — some of you were new this time around, and some of you have been at my side since the very beginning.
(Cheers, applause.) But all of you are family. No matter what you do or where you go from here, you will carry the memory of the history we made together. (Cheers, applause.) And you will have the lifelong appreciation of a grateful president. Thank you for believing all the way — (cheers, applause) — to every hill, to every valley. (Cheers, applause.) You lifted me up the whole day, and I will always be grateful for everything that you’ve done and all the incredible work that you’ve put in. (Cheers, applause.)
I know that political campaigns can sometimes seem small, even silly. And that provides plenty of fodder for the cynics who tell us that politics is nothing more than a contest of egos or the domain of special interests. But if you ever get the chance to talk to folks who turned out at our rallies and crowded along a rope line in a high school gym or — or saw folks working late at a campaign office in some tiny county far away from home, you’ll discover something else.
You’ll hear the determination in the voice of a young field organizer who’s working his way through college and wants to make sure every child has that same opportunity. (Cheers, applause.) You’ll hear the pride in the voice of a volunteer who’s going door to door because her brother was finally hired when the local auto plant added another shift. (Cheers, applause.)
You’ll hear the deep patriotism in the voice of a military spouse who’s working the phones late at night to make sure that no one who fights for this country ever has to fight for a job or a roof over their head when they come home. (Cheers, applause.)
That’s why we do this. That’s what politics can be. That’s why elections matter. It’s not small, it’s big. It’s important. Democracy in a nation of 300 million can be noisy and messy and complicated. We have our own opinions. Each of us has deeply held beliefs. And when we go through tough times, when we make big decisions as a country, it necessarily stirs passions, stirs up controversy. That won’t change after tonight. And it shouldn’t. These arguments we have are a mark of our liberty, and we can never forget that as we speak, people in distant nations are risking their lives right now just for a chance to argue about the issues that matter — (cheers, applause) — the chance to cast their ballots like we did today.
But despite all our differences, most of us share certain hopes for America’s future.
We want our kids to grow up in a country where they have access to the best schools and the best teachers — (cheers, applause) — a country that lives up to its legacy as the global leader in technology and discovery and innovation — (scattered cheers, applause) — with all of the good jobs and new businesses that follow.
We want our children to live in an America that isn’t burdened by debt, that isn’t weakened up by inequality, that isn’t threatened by the destructive power of a warming planet. (Cheers, applause.)
We want to pass on a country that’s safe and respected and admired around the world, a nation that is defended by the strongest military on earth and the best troops this — this world has ever known — (cheers, applause) — but also a country that moves with confidence beyond this time of war to shape a peace that is built on the promise of freedom and dignity for every human being.
We believe in a generous America, in a compassionate America, in a tolerant America open to the dreams of an immigrant’s daughter who studies in our schools and pledges to our flag — (cheers, applause) — to the young boy on the south side of Chicago who sees a life beyond the nearest street corner — (cheers, applause) — to the furniture worker’s child in North Carolina who wants to become a doctor or a scientist, an engineer or an entrepreneur, a diplomat or even a president.
That’s the — (cheers, applause) — that’s the future we hope for.
(Cheers, applause.) That’s the vision we share. That’s where we need to go — forward. (Cheers, applause.) That’s where we need to go. (Cheers, applause.)
Now, we will disagree, sometimes fiercely, about how to get there. As it has for more than two centuries, progress will come in fits and starts. It’s not always a straight line. It’s not always a smooth path. By itself, the recognition that we have common hopes and dreams won’t end all the gridlock, resolve all our problems or substitute for the painstaking work of building consensus and making the difficult compromises needed to move this country forward.
But that common bond is where we must begin. Our economy is recovering. A decade of war is ending. (Cheers, applause.) A long campaign is now over. (Cheers, applause.) And whether I earned your vote or not, I have listened to you. I have learned from you. And you’ve made me a better president. And with your stories and your struggles, I return to the White House more determined and more inspired than ever about the work there is to do and the future that lies ahead. (Cheers, applause.)
Tonight you voted for action, not politics as usual. (Cheers, applause.) You elected us to focus on your jobs, not ours.
And in the coming weeks and months, I am looking forward to reaching out and working with leaders of both parties to meet the challenges we can only solve together — reducing our deficit, reforming out tax code, fixing our immigration system, freeing ourselves from foreign oil. We’ve got more work to do. (Cheers, applause.)
But that doesn’t mean your work is done. The role of citizens in our democracy does not end with your vote. America’s never been about what can be done for us; it’s about what can be done by us together, through the hard and frustrating but necessary work of self- government. (Cheers, applause.) That’s the principle we were founded on.
This country has more wealth than any nation, but that’s not what makes us rich. We have the most powerful military in history, but that’s not what makes us strong. Our university, our culture are all the envy of the world, but that’s not what keeps the world coming to our shores. What makes America exceptional are the bonds that hold together the most diverse nation on Earth, the belief that our destiny is shared — (cheers, applause) — that this country only works when we accept certain obligations to one another and to future generations, so that the freedom which so many Americans have fought for and died for come with responsibilities as well as rights, and among those are love and charity and duty and patriotism. That’s what makes America great. (Cheers, applause.)
I am hopeful tonight because I have seen this spirit at work in America. I’ve seen it in the family business whose owners would rather cut their own pay than lay off their neighbors and in the workers who would rather cut back their hours than see a friend lose a job. I’ve seen it in the soldiers who re-enlist after losing a limb and in those SEALs who charged up the stairs into darkness and danger because they knew there was a buddy behind them watching their back. (Cheers, applause.) I’ve seen it on the shores of New Jersey and New York, where leaders from every party and level of government have swept aside their differences to help a community rebuild from the wreckage of a terrible storm. (Cheers, applause.)
And I saw it just the other day in Mentor, Ohio, where a father told the story of his 8-year-old daughter whose long battle with leukemia nearly cost their family everything had it not been for health care reform passing just a few months before the insurance company was about to stop paying for her care. (Cheers, applause.) I had an opportunity to not just talk to the father but meet this incredible daughter of his. And when he spoke to the crowd, listening to that father’s story, every parent in that room had tears in their eyes because we knew that little girl could be our own.
And I know that every American wants her future to be just as bright. That’s who we are. That’s the country I’m so proud to lead as your president. (Cheers, applause.)
And tonight, despite all the hardship we’ve been through, despite all the frustrations of Washington, I’ve never been more hopeful about our future. (Cheers, applause.) I have never been more hopeful about America. And I ask you to sustain that hope.
AUDIENCE MEMBER: We got your back, Mr. President!
PRESIDENT OBAMA: I’m not talking about blind optimism, the kind of hope that just ignores the enormity of the tasks ahead or the road blocks that stand in our path. I’m not talking about the wishful idealism that allows us to just sit on the sidelines or shirk from a fight. I have always believed that hope is that stubborn thing inside us that insists, despite all the evidence to the contrary, that something better awaits us so long as we have the courage to keep reaching, to keep working, to keep fighting. (Cheers, applause.)
America, I believe we can build on the progress we’ve made and continue to fight for new jobs and new opportunities and new security for the middle class. I believe we can keep the promise of our founding, the idea that if you’re willing to work hard, it doesn’t matter who you are or where you come from or what you look like or where you love (ph). It doesn’t matter whether you’re black or white or Hispanic or Asian or Native American or young or old or rich or poor, abled, disabled, gay or straight. (Cheers, applause.) You can make it here in America if you’re willing to try.
(Cheers, applause.)
I believe we can seize this future together because we are not as divided as our politics suggests. We’re not as cynical as the pundits believe. We are greater than the sum of our individual ambitions and we remain more than a collection of red states and blue states. We are, and forever will be, the United States of America. (Cheers, applause.)
And together, with your help and God’s grace, we will continue our journey forward and remind the world just why it is that we live in the greatest nation on earth. (Cheers, applause.) Thank you, America. (Cheers, applause.) God bless you. God bless these United States. (Cheers, applause.)

Romney' speech

jeudi 9 août 2012

Will Marissa Mayer be able to fix Yahoo!?

Updated / 2015, July 31 - Yahoo's Mission

* * *
Last Update: on 2012, November 5th appeared the twenty-second "mission" (since 1996...):
Yahoo! is focused on making the world's daily habits more inspiring and entertaining. By creating highly personalized experiences for our users, we keep people connected to what matters most to them, across devices and around the globe. In turn, we create value for advertisers by connecting them with the audiences that build their businesses. Yahoo! is headquartered in Sunnyvale, Calif., and has offices located throughout the Americas, Asia Pacific (APAC) and the Europe, Middle East and Africa (EMEA) regions. For more information, visit the pressroom (pressroom.yahoo.net) or the company blog (yodel.yahoo.com).
Almost a return to origins: the first Yahoo! mission statement (1996, July 1st) has been the only one to mention "entertainment":
Yahoo! Inc. (NASDAQ: YHOO), offers a globally-branded Internet navigational service to information and entertainment on the Web.
Wait and see...

* * *
On 2012, July 16th, in a really surprising move, Yahoo! appointed Marissa Mayer Chief Executive Officer! Here is the press release, which states at the bottom:
Yahoo! is a technology-powered media company, creating deeply personal digital experiences that keep more than half a billion people connected to what matters most to them, across devices and around the globe. Yahoo!'s unique combination of Science + Art + Scale connects advertisers to the consumers who build their businesses. Yahoo! is headquartered in Sunnyvale, California. For more information, visit the pressroom (pressroom.yahoo.net) or the company's blog, Yodel Anecdotal (yodel.yahoo.com).
Indeed, this was the twentieth Yahoo's mission statement since David Filo & Jerry Yang started the company... More than one for every year of Yahoo!'s existence!

And unfortunately, this one wasn't the last! A few days later (same month, with Marissa Mayer new CEO of Yahoo!), anyone could read:
Yahoo! is focused on creating deeply personal digital experiences that keep more than half a billion people connected to what matters most to them, across devices and around the globe. Yahoo!'s unique combination of Science + Art + Scale connects advertisers to the consumers who build their businesses. Yahoo! is headquartered in Sunnyvale, California. For more information, visit the pressroom (pressroom.yahoo.net) or the company's blog, Yodel Anecdotal (yodel.yahoo.com).
Again, more than one change only for the last month, it's not a very good sign, and it seems to me that the Yahoo!’s Business Strategy presented in 1995 for their first-round financing was easier to understand then than it is today.

So what? Yahoo! is not anymore a technology-powered media company? But "Is it a technology company? Is it an advertising platform? Is it an e-commerce player?"

Who knows what is Yahoo! in 2012? And what Yahoo! will be with the new CEO...

In one of his recent post about this smart move for Yahoo! and for Mayer, Danny Sullivan said:
Mayer’s appointment is one of the few hopeful signs of a turnaround I’ve seen for ages.
Now in this "new company with big challenges to play with, out from under the shadow of Google" (where Marissa will be able to prove that her success was clearly due to her own skills and not being in the right place at the right time...), Danny guess than:
...she’ll write-off search, not try to reposition Yahoo as a search player (yet again) but taking the Facebook route. There’s search at Facebook, but that’s hardly its main attraction. Similarly, there’s much more at Yahoo than search, and at this point, it makes sense to focus firmly on those aspects.
In fact, Yahoo! is home to the No. 1 sites for finance, sports, news, entertainment news, and more...

Actually, I don't know which decisions are necessary to fix Yahoo!, but I'm pretty sure that the first right decision -before any other- would be to fix a real mission and a true vision for the future of a company who never get neither mission nor vision throughout all his life.

* * *

As I explained in my post (first version written on 2010, March 1st), get too much missions & visions just means get no mission, no vision at all, and it's not enough to mention "mission" only once (even former CEO Terry Semel didn't know the Yahoo!'s mission statement) and "vision" three times (from 2009, Sept. 22th till 2010, Feb. 24th) in all of his statements:
Yahoo!'s vision is to be the center of people's online lives by delivering personally relevant, meaningful Internet experiences.

Listen to Russell Beattie's blog post, Yahoo! Needs a Real Vision:
So Yahoo!'s got a new ad campaign, and apparently a new vision:  
Yahoo!: "To be the center of people's online lives." 
Wow, does that suck. It's neither visionary, nor inspiring and to me, really expresses more of a selfish desire on Yahoo!'s part to control your life, rather than a statement of what they wish to accomplish as a company.
In very simple words, a true mission statement would define the organization's purpose and primary objectives, and a real vision would be strategic to the company's future:
  1. Define a clear vision for the Yahoo! brand;
  2. Get rid of the extraneous Yahoo! products that have nothing to do with that vision (...); and 
  3. Market the new vision clearly so that business and consumer customers know what Yahoo! is and why to use it.
As a conclusion, I would suggest her to definitely reverse the relationship between the 30 nouns more frequently named in 20 first Yahoo!'s statements, where "mission" is just the dot on the "i" of business, and vision at the upper left corner of Internet (see white arrows):


Not a formal reverse, but a susbtantial one, in a way to “get back to basics” (David Filo).

But did Yahoo! ever really know what the basics were? Anyway, I can't guess if Marissa Mayer will be able to fix Yahoo!, but she is now aware of what her first step should be, "an imperative decision to take at a business level" said Theodore Hesburgh:
Successful organizations know that it takes more than a good plan to succeed in business. It takes an empowered organization, focused on realistic goals, with impassioned leadership. It takes vision. It takes consensus. It takes a sense of purpose!"The very essence of leadership is that you have to have vision. You can't blow an uncertain trumpet.
Wait and see...

Best of luck to her and to Yahoo!