mercredi 27 février 2013

Les mots guerriers de Beppe Grillo

Je suis en train de préparer un long billet sur Grillo, pour tenter de faire comprendre ce que lui et son mouvement représentent, vu que cela pourrait bien finir par avoir de fortes répercussions hors des frontières italiennes. En attendant, plus qu'une traduction, voici mon adaptation personnelle de ces "mots guerriers" de Beppe Grillo, qui font partie d'une lettre ouverte aux italiens :
Prisonniers de la nuit, nous cherchions à tâtons une sortie de secours, pensant ne plus pouvoir y échapper. On nous avait dit que portes et fenêtres étaient condamnées, qu’il n’y avait aucune autre issue. C’est alors qu’un flot de paroles et de pensées nous a frappé, provenant d’on ne sait où. De dehors. De dedans. Du Web, de la rue. Paroles de paix. Paroles de paix et mots guerriers en même temps. On s’en est servis comme torches dans la nuit, clés pour ouvrir des verrous et partir, ailleurs, vers des lieux inconnus, vers nous-mêmes. Maintenant nous voici à lair libre, en pleine lumière, pas encore pleinement habitués. On cligne les yeux avec la peur au ventre, rien de plus normal, en sachant toutefois que c’est l’unique voie possible, la seule à parcourir. Jamais dans toute l’histoire des démocraties modernes, ce qui se passe aujourd’hui en Italie ne s’est produit auparavant. Une révolution démocratique non-violente qui déracine les pouvoirs établis, renverse les pyramides. Il a suffi de trois ans pour que le citoyen se fasse État et entre au Parlement. Finalement nous réalisons que les portes fermées c’était nous, que les mots guerriers nous habitaient depuis longtemps mais qu’ils restaient dans nos gorges et nos cœurs, qu’on croyait être seuls alors que nous étions une multitude. À présent nous sommes surpris de voir tant de gens, tant d’inconnus, pleins des mêmes pensées, des mêmes espoirs, des mêmes peurs, à présent nous nous reconnaissons et partageons les mêmes mots guerriers. Ces mots belliqueux, abandonnés depuis longtemps, qui avaient fini par perdre tout leur sens, deviennent aujourd’hui des armes puissantes dont on se sert pour tout changer, pour bouleverser une réalité artificielle où la finance est l’économie, le mensonge est la vérité, la guerre est la paix, la dictature est la démocratie. Des mots guerriers, à la fois neufs et vieux, tels que communauté, honnêteté, participation, solidarité, soutenabilité, qui résonnent comme un coup de tonnerre et partout se propagent pour anéantir une politique dépassée. Nous avons enfin pris conscience de la réalité, conscients qu’il ne nous faudra plus compter que sur nos propres forces, que le pays est en ruines, et que des moments difficiles, très difficiles, nous attendent, qu’il y aura des tensions, des problèmes, des conflits, mais le chemin est tracé. Finalement nous l’avons trouvé et il nous conduit vers l’avenir, un avenir probablement plus pauvre, mais sûrement plus vrai, plus concret, solidaire et heureux. Une nouvelle Italie nous attend. C’est beau d’en faire partie.
Si vous voulez l'entendre de sa voix, je vous propose la vidéo, et le texte original à suivre.

 

Cercavamo una porta per uscire. Eravamo prigionieri del buio. Pensavamo di non farcela. Ci avevano detto che le finestre e le porte erano murate. Che non esisteva un’uscita. Poi abbiamo sentito un flusso di parole e di pensieri che veniva da chissà dove. Da fuori. Da dentro. Dalla Rete, dalle piazze. Erano parole di pace, ma allo stesso tempo parole guerriere. Le abbiamo usate come torce nel buio, come chiavi da girare nella serratura per andare altrove, in posti sconosciuti, verso noi stessi. E ora siamo fuori, siamo usciti nella luce e non ci siamo ancora del tutto abituati. Stringiamo gli occhi e, anche se sappiamo che stiamo percorrendo l’unica via possibile, abbiamo qualche timore, ed è normale. Quello che sta succedendo ora in Italia non è mai successo prima nella storia delle democrazie moderne. Una rivoluzione democratica, non violenta, che sradica i poteri, che rovescia le piramidi. Il cittadino che si fa Stato ed entra in Parlamento in soli tre anni. Abbiamo capito che eravamo noi quella porta chiusa, che le parole guerriere erano da tempo dentro di noi, ma non volevano venire fuori, pensavamo di essere soli e invece eravamo moltitudine. E adesso siamo sorpresi che così tante persone a noi del tutto sconosciute avessero i nostri stessi pensieri, le nostre speranze, le nostre angosce. Ci siamo finalmente riconosciuti uno nell’altro e abbiamo condiviso parole guerriere. Parole che erano state abbandonate da tempo, di cui si era perso il significato, sono diventate delle armi potenti che abbiamo usato per cambiare tutto, per ribaltare una realtà artificiale dove la finanza era economia, la menzogna era verità, la guerra era pace, la dittatura era democrazia. Parole guerriere dal suono nuovo e allo stesso tempo antichissimo, come comunità, onestà, partecipazione, solidarietà, sostenibilità si sono propagate come un’onda di tuono e sono arrivate ovunque annientando la vecchia politica. Siamo diventati consapevoli della realtà. Sappiamo che possiamo contare solo sulle nostre forze, che il Paese è in macerie e che quello che ci aspetta sarà un periodo molto difficile, ci saranno tensioni, problemi, conflitti, ma la via è tracciata. L’abbiamo trovata questa via e ci porta verso il futuro, un futuro forse più povero, ma vero, concreto, solidale e felice. C’è una nuova Italia che ci aspetta. Sarà bellissimo farne parte.
Beppe Grillo 

mardi 26 février 2013

L'Italie de Grillo et de son mouvement, premier parti politique italien !

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire en citant Olivier Duhamel :
« Peu de pays sont aussi intéressants à étudier que l’Italie. Peu de pays sont aussi difficiles à comprendre pour un étranger que l’Italie. »
Au lendemain d'un énième retour sur la scène de Berlusconi, je me rappelle avoir lu un vieux tweet qui disait à peu près ceci : « Mais c'est quoi leur problème aux italiens » ?

Aujourd'hui, au-delà de la situation de crise généralisée commune à beaucoup de pays, sinon tous, je dirais que le principal problème des italiens, c'est qu'ils en ont marre de se faire voler depuis des décennies même ce qu'ils n'ont plus, par la plupart des partis politiques, sinon tous, qui se sont succédés au pouvoir depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Car de la démocratie chrétienne au parti socialiste de Craxi, puis des différents partis de Berlusconi aux différents partis de "gauche" qui s'alternent depuis maintenant 20 ans en passant par la Ligue du Nord, ce n'est qu'un saccage permanent de toutes les richesses du pays (et notamment des richesses économiques produites par le bon peuple) par une classe politique famélique corrompue jusqu'à la moelle, qui privatise les bénéfices à l'avantage de quelques-uns (des politiques et de leurs tribus aux clans et mafias de toutes sortes, en passant par les cols blancs au service de cette faune interlope et criminelle) et pour compenser socialise les pertes sur le dos des citoyens subjugués (étymologiquement : sous le joug, totalement soumis...), gentil troupeau taillable et corvéable à l'infini...

Hier la notion magique c'était "lottizzazione", "lottizzare", termes qui se traduisent littéralement en français par "lotissement", "lotir", autrement dit "répartir par lots" en matière d'urbanisme, et se "partager le gâteau" lorsqu'on transfère le concept à la politique ; de nos jours c'est plus prosaïquement s'accaparer, tout et partout, autant que faire se peut ! Hier nous avions à faire à des "idéalistes" qui volaient pour financer les partis (même si je nourris de sérieux doutes sur cette explication "officielle", Craxi était tout simplement un voleur, point barre), à présent ils sont beaucoup plus cruellement "réalistes" et surtout les techniques du vol et de la corruption se sont considérablement améliorées, en passant de la phase grossièrement artisanale à l'industrie scientifiquement organisée du pot-de-vin, pratiquement impossible à prouver grâce à la complicité de lois expressément rédigées pour ces taons assoiffés de sang.

Balzac avait vu juste :
« Les lois sont des toiles d’araignée à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites. »
Donc pour en revenir à notre taon préféré, j'annonçais la couleur dans mon dernier billet (publié le 10 décembre dernier...) :
Ne vous y trompez pas, Berlusconi sait pertinemment que cette fois il n'a aucune chance d'être élu prochain chef du gouvernement italien, et d'ailleurs il s'en fout complètement, ce qui l'intéresse c'est de réussir à nommer le plus possible de ses complices au parlement, notamment au sénat, et être ainsi en position de force pour que tout passe par lui : car sans lui, pas de majorité possible, et donc il pourra faire chanter les gouvernants élus en marchandant au cas par cas ses votes contre ce qui l'intéresse vraiment : sa "justice" et ses affaires.
Et bien voilà, nous y sommes ! Au Sénat, avec 117 sénateurs, Berlusconi devance talonne Bersani (123) pour la gauche, majorité fixée à 158... Or Monti n'ayant obtenu que 19 sièges, ce sont les 54 sénateurs de Grillo qui peuvent faire pencher le plateau de la balance, et donc la probabilité de l'ingouvernabilité totale est plus réelle que jamais, ce qui est très exactement l'objectif que s'était fixé Berlusconi, qui remporte ainsi son énième victoire électorale grâce à l'ineptie chronique des partis de gauche en lice et à la couardise atavique de millions d'électeurs italiens.


[MàJ - 26 fév. 2013] Quoiqu'incomplet, je laisse le graphique en témoignage de la journée du dépouillement des scrutins, haletante, une véritable succession de coups de théâtre, et les chiffres ci-dessus sont à présent les résultats définitifs du Ministère de l'Intérieur...

* * *

Ceci dit, cela ne change rien sur l'ingouvernabilité du pays, et je partage totalement l'analyse de Grillo : « Que ce soit pour six mois ou un an, avoir remis une fois encore le pays aux mains de Berlusconi est un crime contre la galaxie » (riconsegnare a Berlusconi il Paese per sei mesi o un anno credo che sia un crimine contro la galassia)...

Ça me rappelle cette phrase terrible prononcée par Umberto Eco : « Faudra-t-il attendre que Silvio Berlusconi fasse un million de morts avant que les italiens ne cessent de le soutenir ? »

* * *
Donc autant je suis triste et déçu par ce dernier (!?) coup de queue de Berlusconi, autant je suis heureux et me console en pensant qu'un parti hier quasiment inexistant devient aujourd'hui le premier parti politique italien !

C'est un résultat aussi exceptionnel qu'inattendu (j'étais sûr d'une grande victoire du mouvement de Grillo, mais pas dans ces proportions : plus de 7 millions de votes au Sénat, et près de 9 millions à la Chambre des Députés), sur lequel il convient d'apporter un éclairage en cherchant de sortir un peu des sentiers battus. Donc étant trop fatigué pour penser à une analyse en français, je vais me contenter de traduire le dernier billet de mon blog italien (je vous préviens, c'est pas particulièrement "politically correct", ni sur le fond ni sur la forme), rédigé samedi en pensant déjà au tournant historique que représente l'avènement du "Mouvement 5 étoiles" de Beppe Grillo qui rentre au parlement italien, démocratiquement élu. Une véritable révolution, la révolution de Grillo :
Grillo dit et fait beaucoup de conneries, c'est évident.
Mais il dit et fait aussi beaucoup de choses justes. Et à dire le vrai, si on met les conneries et les choses justes sur les deux plateaux de la balance, je crois que celle-ci penchera sans hésiter du côté des choses justes. 
Donc à la question « Les choses que dit ou fait Beppe Grillo sont-elles admissibles et tolérables », ma réponse est oui ! 
Un oui convaincu, qui ne craint pas le contradictoire. Surtout lorsqu'il provient de gens qui ont toujours voté à droite, à gauche ou au centre pour obtenir les résultats qui sont aujourd'hui sous les yeux de tous : une Italie en pleine détresse dont tous les indicateurs sont dans le rouge profond, un pays du quart-monde sous l'emprise de corrompus / corrupteurs / charlatans comme Berlusconi, qui traite les italiens comme des putains, les italiennes comme des putes : tu me donnes ton vote (phrase à double sens en italien, impossible à rendre ici), et moi en échange je te paierai ceci et cela... 
Ils voudraient même nous faire croire qu'il serait "prêt à retirer le pain de la bouche de ses enfants" pour tenir ses promesses ! 
En outre, lorsque j'entends quelqu'un comme Berlusconi raconter que Grillo est une menace pour la démocratie, alors je me dis que Grillo a forcément fait mouche. Et que pour le moins personne ne pourra lui ôter le grand, l'immense mérite, historique, d'avoir éveillé la conscience des italiens, et d'avoir redonné de l'espoir à énormément de gens dans ce pays lobotomisé / sodomisé qu'on appelle l'Italie. 
Mais il y a plus encore : Grillo c'est une chose, son Mouvement c'en est une autre. Car ce sont les militants - les représentants des millions de gens qui auront voté pour le Mouvement 5 étoiles - qui siègeront après-demain au parlement italien, pas Grillo. Ou peut-être aussi Grillo, qui sait ? 
Or voulons-nous vraiment mettre tous ces politiciens corrompus qui ont pillé et affamé le pays pendant des décennies et Grillo sur les plateaux d'une même balance ? OK, faisons-le, mais une fois de plus la balance penchera sans hésiter du côté de Grillo. 
L'anti-politique, comme ils l'appellent ! Mais qui sont-ils celles et ceux qui l'appellent ainsi : ce sont tous les politiciens de métier, menteurs, voleurs et corrompus morts de faim qui ont dévoré l'Italie, l'ont gangrenée jusqu'à la mort... Eux, pour sûr que ce sont de véritables politiques ! 
Donc, au point où en sont les choses, perso je suis pour la nouveauté, l'expérimentation : Grillo, Ingroia, Giannino, tous d'honnêtes gens qui ne sont pas des politiciens de métier, qui ne réussiront jamais à faire pire que leurs prédécesseurs quand bien même ils le voudraient. Ou tout le monde a déjà oublié que l'ultime Parlement italien (totalement vendu, et donc acheté) a voté que Ruby était la nièce de Moubarak ? Eux, pour sûr que ce sont de véritables politiques !  
Alors avant de dire n'importe quoi, tous les détracteurs de Grillo ne méritent qu'un gigantesque pied de nez. Car il est certain que la manifestation que nous avons vue l'autre soir à Place San Giovanni (800 000 manifestants), ne pourra pas être abattue à coups de sarcasmes. 
Après, nous verrons ce qu'ils feront au Parlement, mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui mieux vaut donner son vote au Mouvement 5 étoiles (ou à Ingroia, à Giannino) et faire un saut dans l'inconnu avec honnêteté , plutôt que de commettre un suicide assisté avec des politiciens de métier, eux, pour sûr que ce sont de véritables politiques ! 
Votés depuis toujours par des millions de gens aussi cons que modérés, pour obtenir les résultats que l'on découvre tous les jours dans les médias... 
Demain et après-demain l'Italie sera face à un tournant, exactement comme en 92. Le choix est simple : votez soit pour les "véritables" représentants de la politique politicienne (PDL, PD-L, Monti, etc.), soit pour les « populistes de l'anti-politique » (Grillo, Ingroia, Giannino, etc.), mais votez en conscience, pour celles et ceux qui en ont une. Et après ne venez surtout pas vous plaindre !
Jean-Marie Le Ray


P.S. Quelques liens pour approfondir :

En français

lundi 10 décembre 2012

Berlusconi V, le retour !

Ce qu'il y a de bien avec Berlusconi, c'est qu'au moins on est sûr de pas se tromper dans les prévisions !
  1. Le jour-même de la création en grandes pompes du dernier parti de Berlusconi, j'annonçais sur mon blog italien l'avortement d'un parti mort-né.
  2. Le jour-même de la démission forcée de Berlusconi, qui s'est enfui comme un voleur il y a un an, je prévenais sur ce blog
Et ils ont raison de s'inquiéter, l'Europe et les grands de ce monde, car la partie n'est pas encore jouée ! Ce n'est pas le genre de personnage à tomber sans réagir, et surtout à tomber tout seul. Car s'il peut entraîner le pays dans sa chute, il le fera volontiers, sans remords ni scrupules et sans l'ombre d'une hésitation. D'autant plus qu'il est aux abois à présent, lui aussi sait qu'il est au bord du gouffre, et par conséquent prêt à faire n'importe quoi dans l'espoir indécent de sauver ce qui peut encore l'être... 
Donc si l'Italie veut regagner sa crédibilité irrémédiablement compromise, et moins encore au plan international qu'en tant que nation, elle a une voie toute tracée : mettre enfin Berlusconi hors d'état de nuire en le frappant d'ostracisme pour l'empêcher de décider quoi que ce soit à quelque niveau que ce soit ! Seules les oubliettes conviennent à un tel énergumène.
D'ailleurs j'avais anticipé depuis longtemps les dangers d'une Italie berlusconienne pour l'Europe, et entendre aujourd'hui (comme hier) que Berlusconi et l'instabilité chronique dont il est porteur menacent autant l'Italie que la construction européenne (c'est M. Schultz, actuel président du parlement européen, qui le dit) ne fait que confirmer la clairvoyance de mon analyse.

Et pendant ces derniers mois de répit, chaque fois qu'un ami français me disait : « Alors, t'es tranquille maintenant, il est bien fini le Berlu », je répondais par une mise en garde : « Ne surtout pas croire cela, parce que dans les coulisses, c'est toujours lui qui tire les ficelles... », et ce pour différentes raisons.

Car même lorsqu'il remporta d'un souffle le vote de confiance (après avoir corrompu je sais plus combien de parlementaires...) du 14 octobre 2011, dans un billet intitulé « Et maintenant, que fera Berlusconi ? », je me lançais « dans un petit exercice de prospective, en essayant de dessiner le tableau de ce qui pourrait se passer dans les semaines et les mois à venir » :
Pour conclure en résumant, voici le programme que planifie probablement Berlusconi dans les mois à venir :

  1. d'abord se blinder au niveau judiciaire en faisant passer en force des lois en sa faveur et pour censurer les voix dissidentes, et
  2. une fois tranquille de ce côté, lancer sa campagne politique destinée à retourner l'opinion publique, une fois de plus, en vue des élections au printemps prochain.
Sauf imprévus d'ici là, et notamment un sursaut de dignité soit des forces qui ne sont pas encore totalement corrompues, soit d'une opinion publique réveillée, soit des deux...

Revivre le cauchemar de 1994 en 2012 serait fatal pour l'Italie, et pour l'Europe, qu'on se le dise !
Je me suis juste trompé d'un an pour n'avoir pas prévu la parenthèse Monti, mais sur le fond de l'analyse ça ne change rien. Au contraire, c'est même pire maintenant, car désormais il est fin prêt à jouer ses dernières cartes en entraînant le pays dans sa chute sans remords ni scrupules, et sans l'ombre d'une hésitation...

* * *

Ne vous y trompez pas, Berlusconi sait pertinemment que cette fois il n'a aucune chance d'être élu prochain chef du gouvernement italien, et d'ailleurs il s'en fout complètement, ce qui l'intéresse c'est de réussir à nommer le plus possible de ses complices au parlement, notamment au sénat, et être ainsi en position de force pour que tout passe par lui : car sans lui, pas de majorité possible, et donc il pourra faire chanter les gouvernants élus en marchandant au cas par cas ses votes contre ce qui l'intéresse vraiment : sa "justice" et ses affaires.

Sa "justice"

Berlusconi traîne tant de casseroles au cul qu'il est le premier à savoir que tôt ou tard, il finira par être condamné. Jusqu'à présent il a toujours réussi à s'en sortir en pliant le pays à ses intérêts, mais l'Histoire enseigne que même les peuples plus soumis finissent un jour par se réveiller, voire se rebeller...

En attendant sa décision de faire chuter le gouvernement Monti a des retombées immédiates fortement positives - pour lui, ça va sans dire.

À commencer par la mise au placard d'une loi anti-corruption tellement permissive que même un délinquant comme Dell'Utri aurait quand même pu continuer d'être sénateur, mais en vertu de laquelle Berlusconi risquait toutefois de ne plus pouvoir occuper de fonctions "publiques" en cas de condamnation, ce qui serait désastreux pour lui car il perdrait ainsi toutes les immunités dont il jouit encore.

Deuxièmement la campagne électorale des prochaines semaines lui permettra d'invoquer à chaque fois des "empêchements légitimes" (en vertu d'une loi de plus qu'il s'est fait voter) pour ne pas se présenter aux audiences des procès actuellement pendants - celui du Bunga-Bunga et un second où il est question d'écoutes téléphoniques, autre cheval de bataille de sa croisade contre les juges "communistes"... -, en lui permettant ainsi de les retarder sine die, chaque audience qu'il saute étant toujours ça de gagné, en vue de nouvelles prescriptions à l'horizon !

Troisièmement, la mise aux enchères des fréquences télé n'aura pas lieu, ce qui fera probablement perdre un petit milliard d'euros à l'état italien d'une part, et faire faire des économies à Mediaset de l'autre...

Sans compter l'ouverture possible d'une procédure d'infraction contre l'Italie par la Commission européenne, pour n'avoir jamais été capable de libéraliser le secteur télévisé ! En outre, comme l'indique l'actuel ministre du développement économique, une partie des actuelles fréquences TV deviendront des fréquences télécom dès 2015-2016, et la libération de ces fréquences serait un autre atout considérable pour les caisses de l'état.

Donc comme toujours, les décisions de Berlusconi pénalisent fortement le pays, et, de façon inversement proportionnelle, favorisent tout aussi fortement ses intérêts.

Ses affaires

Je pense avoir été l'un des seuls à (ou pour le moins à tenter d') expliquer en quoi la réussite des affaires de Berlusconi est étroitement liée à sa capacité d'influencer les décisions législatives, notamment dans deux billets publiés sur l'Observatoire des médias, dès novembre 2010 et 2011 :


Mais il faudrait aussi mentionner les "liens directs" entre Berlusconi et Vladimir Poutine sur le gaz russe, ce qui alarme les américains depuis un certain temps déjà, autre affaire dont une journaliste italienne de choc, Milena Gabanelli, s'occupera dimanche prochain, émission que je ne manquerai pas de suivre.

* * *

Voilà, je termine ici pour l'instant, il y aurait certainement beaucoup d'autres choses à dire, mais je pense vous avoir fourni assez d'indices pour mieux comprendre quels sont les enjeux qui motivent vraiment Berlusconi, au-delà de ses discours officiels démagogiques et populistes, que les médias toutes tendances confondues se feront un plaisir de relayer.

Toutefois, si vous souhaitez approfondir la situation italienne sans vous contenter des superficialités mainstream, Adscriptor essaiera de reprendre la plume tant que Berlusconi continuera de représenter un danger pour la démocratie. Il joue son va-tout dans les semaines qui viennent, que ça passe ou ça casse. Mais pour l'instant, il nous les casse bien !

Jean-Marie Le Ray



jeudi 29 novembre 2012

Des ponts dans la voie lactée

Les traducteurs sont des ponts entre les peuples, les langues, les cultures. L'idée n'est pas nouvelle ! Dans un texte écrit pour accompagner la traduction de Shakespeare par son fils, François-Victor (dont les quinze volumes paraîtront de 1859 à 1865), Victor Hugo dit sur [Les Traducteurs] :
Les traducteurs ont une fonction de civilisation. Ils sont des ponts entre les peuples. Ils transvasent l’esprit humain de l’un chez l’autre. Ils servent au passage des idées. C’est par eux que le génie d’une nation fait visite au génie d’une autre nation. Confrontations fécondantes. Les croisements ne sont pas moins nécessaires pour la pensée que pour le sang.  
Autre fonction des traducteurs : ils superposent les idiomes les uns aux autres, et quelquefois, par l’effort qu’ils font pour amener et allonger le sens des mots à des acceptions étrangères, ils augmentent l’élasticité de la langue. À la condition de ne point aller jusqu’à la déchirure, cette traction sur l’idiome le développe et l’agrandit.  
L’esprit humain est plus grand que tous les idiomes. Les langues n’en expriment pas toutes la même quantité. Chacune puise dans cette mer selon sa capacité. Il est dans toutes plus ou moins pur, plus ou moins trouble. Les patois puisent avec leur cruche. Les grands écrivains sont ceux qui rapportent le plus de cet infini. De là l’incompréhensible quelquefois, l’intraduisible souvent...
Je suis un pont (faites bien attention à la prononciation...), ou je suis un lien, si vous préférez.

Or en parlant de liens, outre le lien du sang par lequel je suis naturellement le pont entre mon père et mon fils, je me suis toujours demandé quel était le lien invisible qui unissait mon père et mon fils en passant par moi. L'un était breton de naissance, de langue et de culture françaises, l'autre est romain de naissance, de langue et de culture italiennes. Bien que français par le sang, celui de ses grands-parents et de ses aïeux par son père, moi, raison pour laquelle il est légalement franco-italien (lui dit italo-francese, notez la nuance...).

Et ce lien, je l'ai découvert le 27 novembre 2005 ! Laissez-moi vous conter cette - belle - histoire.

Le 26 novembre est l'anniversaire du décès de mon père. Le 26 novembre 2005, en proie à un peu de nostalgie, j'eus la curiosité de chercher le nom de mon père sur Google, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un homonyme ... bordelais ! N'écoutant que mon impulsion, j'écrivais dans la foulée à ce monsieur. Voici mon message :

Bonjour, 
Je m'appelle Jean-Marie Le Ray, né à Bordeaux, et mon père s'appelait Bernard Paul Le Ray, décédé alors que j'avais 15 ans. Voilà maintenant près de 25 ans que j'ai quitté Bordeaux et la France, mais en ce jour anniversaire, la curiosité m'a pris de chercher son nom sur Google, et quelle n'a pas été ma surprise de voir que vous aussi êtes de Bordeaux, où vous exercez un métier plutôt proche du mien. J'ai ressenti une grande nostalgie. J'espère que mon message ne vous importunera pas. Avec l'expression de mes salutations les plus cordiales...
Un simple message, dicté sous le coup de l'émotion, qui aurait fort bien pu rester sans réponse ! Or voici un résumé de ce que je reçus le lendemain :
Cher Monsieur, 
J'ai bien reçu votre message et je vous avoue que je suis moi-même très ému par ce contact. Bien sûr, pas pour les mêmes raisons que vous, mais parce que la coïncidence est troublante. Figurez-vous en effet qu'à l'époque je venais de finir mes études secondaires à l'école St Genès de Bordeaux et j'attendais de partir faire mon service national. Or, à cet âge, je ne prenais sûrement pas le journal SUD-OUEST tous les jours. Mais le hasard a fait que j'ai eu l'occasion de parcourir ce quotidien, le mardi 28 Novembre 1972, et je suis tombé avec beaucoup de surprise sur une annonce nécrologique d'un homonyme. Apprendre "son" décés dans le journal que l'on est en train de lire, produit un certain malaise. J'ai donc, à l'époque, gardé cette page de journal, peut être un peu par défi... 
Et de m'envoyer le scan du "Carnet de Sud-Ouest", daté du 28 novembre 1972, où je pouvais lire, 33 ans plus tard, le faire-part de décès de mon père !!!


- Le 29 novembre 1972 (chose dont je ne me souvenais absolument pas), ma mère (décédée trois ans plus tard) et moi avons donc enterré son mari et mon père, qui s'appelait Bernard Paul. C'était il y a quarante ans aujourd'hui.

- Le 29 novembre 2001 naissait mon fils, Paul Bernard, qui s'appelle ainsi par volonté de ma femme (pour respecter une tradition italienne qui veut que le petit-fils porte le même prénom que son grand-père), il fête ses onze ans aujourd'hui.

- Voici le lien, découvert totalement par hasard : j'ai enterré mon père le même jour où est né mon fils !!!


Jean-Marie Le Ray

P.S. De son métier, qu'il exerce à Bordeaux, M. Bernard Le Ray dit ceci :
À cette place privilégiée, [l’écrivain public] peut devenir alors un « tisseur de lien social », véritable trait d’union entre les individus et leur environnement administratif, juridique ou social. 
Du lien, des liens et des ponts, encore et toujours, invisibles mais qui lient pourtant les personnes entre elles, parfois à leur insu, je les appelle « les liens dans les étoiles », en référence à ceux qui unissent souvent les poètes...

Ça me rappelle un sonnet écrit il y a plus de dix ans, en hommage à Rimbaud et Baudelaire, qui s'intitule :


La Voie lactée
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course  
 Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Je m’en irai donc, seul, un pied près de mon cœur
Lançant l’autre dans une céleste marelle
Sautant de case en case et d’étoile en étoile
Poète somnambule en quête du bonheur

Pèlerin de l’univers franchissant par bonds

Les cieux dans la chevelure ailée des comètes
Courant après la folle errance des planètes
Et portant leur traîne aux reines des vagabonds

Oui ! pour toujours allant ma route de bohème

Semant dans le grand champ lacté là un poème
Ici un pleur ou deux, là une pluie de mots

J’écouterai parfois, assis sous la grande arche

– Chemineau blessé ôtant ses lourds croquenots –
Lentement s’avancer « la douce nuit qui marche »…

Je voulais juste lancer un pont dans la voie lactée, et me sentir alors plus proche de poètes qui ont accompagné mon existence, aux côtés de Hugo, Jim Morrison, Frédéric Dard, Antonin Artaud, Armand Robin, et d'autres, d'autres, et d'autres encore !

Heureux anniversaire à Paolo Bernard :-)

mercredi 7 novembre 2012

President Obama's Victory Speech

Here are the 35 most significative terms of President Obama's Victory Speech, November 7, 2012



PRESIDENT BARACK OBAMA: Thank you. Thank you. Thank you so much. (Sustained cheers, applause.)
Tonight, more than 200 years after a former colony won the right to determine its own destiny, the task of perfecting our union moves forward. (Cheers, applause.)
It moves forward because of you. It moves forward because you reaffirmed the spirit that has triumphed over war and depression, the spirit that has lifted this country from the depths of despair to the great heights of hope, the belief that while each of us will pursue our own individual dreams, we are an American family, and we rise or fall together as one nation and as one people. (Cheers, applause.)
Tonight, in this election, you, the American people, reminded us that while our road has been hard, while our journey has been long, we have picked ourselves up, we have fought our way back, and we know in our hearts that for the United States of America, the best is yet to come.
(Cheers, applause.) I want to thank every American who participated in this election. (Cheers, applause.) Whether you voted for the very first time — (cheers) — or waited in line for a very long time — (cheers) — by the way, we have to fix that. (Cheers, applause.) Whether you pounded the pavement or picked up the phone — (cheers, applause) — whether you held an Obama sign or a Romney sign, you made your voice heard and you made a difference. (Cheers, applause.)
I just spoke with Governor Romney and I congratulated him and Paul Ryan on a hard-fought campaign. (Cheers, applause.) We may have battled fiercely, but it’s only because we love this country deeply and we care so strongly about its future. From George to Lenore to their son Mitt, the Romney family has chosen to give back to America through public service. And that is a legacy that we honor and applaud tonight. (Cheers, applause.) In the weeks ahead, I also look forward to sitting down with Governor Romney to talk about where we can work together to move this country forward.
(Cheers, applause.)
I want to thank my friend and partner of the last four years, America’s happy warrior, the best vice president anybody could ever hope for, Joe Biden. (Cheers, applause.)
And I wouldn’t be the man I am today without the woman who agreed to marry me 20 years ago. (Cheers, applause.) Let me say this publicly. Michelle, I have never loved you more. (Cheers, applause.) I have never been prouder to watch the rest of America fall in love with you too as our nation’s first lady. (Cheers, applause.)
Sasha and Malia — (cheers, applause) — before our very eyes, you’re growing up to become two strong, smart, beautiful young women, just like your mom. (Cheers, applause.) And I am so proud of you guys. But I will say that for now, one dog’s probably enough. (Laughter.)
To the best campaign team and volunteers in the history of politics — (cheers, applause) — the best — the best ever — (cheers, applause) — some of you were new this time around, and some of you have been at my side since the very beginning.
(Cheers, applause.) But all of you are family. No matter what you do or where you go from here, you will carry the memory of the history we made together. (Cheers, applause.) And you will have the lifelong appreciation of a grateful president. Thank you for believing all the way — (cheers, applause) — to every hill, to every valley. (Cheers, applause.) You lifted me up the whole day, and I will always be grateful for everything that you’ve done and all the incredible work that you’ve put in. (Cheers, applause.)
I know that political campaigns can sometimes seem small, even silly. And that provides plenty of fodder for the cynics who tell us that politics is nothing more than a contest of egos or the domain of special interests. But if you ever get the chance to talk to folks who turned out at our rallies and crowded along a rope line in a high school gym or — or saw folks working late at a campaign office in some tiny county far away from home, you’ll discover something else.
You’ll hear the determination in the voice of a young field organizer who’s working his way through college and wants to make sure every child has that same opportunity. (Cheers, applause.) You’ll hear the pride in the voice of a volunteer who’s going door to door because her brother was finally hired when the local auto plant added another shift. (Cheers, applause.)
You’ll hear the deep patriotism in the voice of a military spouse who’s working the phones late at night to make sure that no one who fights for this country ever has to fight for a job or a roof over their head when they come home. (Cheers, applause.)
That’s why we do this. That’s what politics can be. That’s why elections matter. It’s not small, it’s big. It’s important. Democracy in a nation of 300 million can be noisy and messy and complicated. We have our own opinions. Each of us has deeply held beliefs. And when we go through tough times, when we make big decisions as a country, it necessarily stirs passions, stirs up controversy. That won’t change after tonight. And it shouldn’t. These arguments we have are a mark of our liberty, and we can never forget that as we speak, people in distant nations are risking their lives right now just for a chance to argue about the issues that matter — (cheers, applause) — the chance to cast their ballots like we did today.
But despite all our differences, most of us share certain hopes for America’s future.
We want our kids to grow up in a country where they have access to the best schools and the best teachers — (cheers, applause) — a country that lives up to its legacy as the global leader in technology and discovery and innovation — (scattered cheers, applause) — with all of the good jobs and new businesses that follow.
We want our children to live in an America that isn’t burdened by debt, that isn’t weakened up by inequality, that isn’t threatened by the destructive power of a warming planet. (Cheers, applause.)
We want to pass on a country that’s safe and respected and admired around the world, a nation that is defended by the strongest military on earth and the best troops this — this world has ever known — (cheers, applause) — but also a country that moves with confidence beyond this time of war to shape a peace that is built on the promise of freedom and dignity for every human being.
We believe in a generous America, in a compassionate America, in a tolerant America open to the dreams of an immigrant’s daughter who studies in our schools and pledges to our flag — (cheers, applause) — to the young boy on the south side of Chicago who sees a life beyond the nearest street corner — (cheers, applause) — to the furniture worker’s child in North Carolina who wants to become a doctor or a scientist, an engineer or an entrepreneur, a diplomat or even a president.
That’s the — (cheers, applause) — that’s the future we hope for.
(Cheers, applause.) That’s the vision we share. That’s where we need to go — forward. (Cheers, applause.) That’s where we need to go. (Cheers, applause.)
Now, we will disagree, sometimes fiercely, about how to get there. As it has for more than two centuries, progress will come in fits and starts. It’s not always a straight line. It’s not always a smooth path. By itself, the recognition that we have common hopes and dreams won’t end all the gridlock, resolve all our problems or substitute for the painstaking work of building consensus and making the difficult compromises needed to move this country forward.
But that common bond is where we must begin. Our economy is recovering. A decade of war is ending. (Cheers, applause.) A long campaign is now over. (Cheers, applause.) And whether I earned your vote or not, I have listened to you. I have learned from you. And you’ve made me a better president. And with your stories and your struggles, I return to the White House more determined and more inspired than ever about the work there is to do and the future that lies ahead. (Cheers, applause.)
Tonight you voted for action, not politics as usual. (Cheers, applause.) You elected us to focus on your jobs, not ours.
And in the coming weeks and months, I am looking forward to reaching out and working with leaders of both parties to meet the challenges we can only solve together — reducing our deficit, reforming out tax code, fixing our immigration system, freeing ourselves from foreign oil. We’ve got more work to do. (Cheers, applause.)
But that doesn’t mean your work is done. The role of citizens in our democracy does not end with your vote. America’s never been about what can be done for us; it’s about what can be done by us together, through the hard and frustrating but necessary work of self- government. (Cheers, applause.) That’s the principle we were founded on.
This country has more wealth than any nation, but that’s not what makes us rich. We have the most powerful military in history, but that’s not what makes us strong. Our university, our culture are all the envy of the world, but that’s not what keeps the world coming to our shores. What makes America exceptional are the bonds that hold together the most diverse nation on Earth, the belief that our destiny is shared — (cheers, applause) — that this country only works when we accept certain obligations to one another and to future generations, so that the freedom which so many Americans have fought for and died for come with responsibilities as well as rights, and among those are love and charity and duty and patriotism. That’s what makes America great. (Cheers, applause.)
I am hopeful tonight because I have seen this spirit at work in America. I’ve seen it in the family business whose owners would rather cut their own pay than lay off their neighbors and in the workers who would rather cut back their hours than see a friend lose a job. I’ve seen it in the soldiers who re-enlist after losing a limb and in those SEALs who charged up the stairs into darkness and danger because they knew there was a buddy behind them watching their back. (Cheers, applause.) I’ve seen it on the shores of New Jersey and New York, where leaders from every party and level of government have swept aside their differences to help a community rebuild from the wreckage of a terrible storm. (Cheers, applause.)
And I saw it just the other day in Mentor, Ohio, where a father told the story of his 8-year-old daughter whose long battle with leukemia nearly cost their family everything had it not been for health care reform passing just a few months before the insurance company was about to stop paying for her care. (Cheers, applause.) I had an opportunity to not just talk to the father but meet this incredible daughter of his. And when he spoke to the crowd, listening to that father’s story, every parent in that room had tears in their eyes because we knew that little girl could be our own.
And I know that every American wants her future to be just as bright. That’s who we are. That’s the country I’m so proud to lead as your president. (Cheers, applause.)
And tonight, despite all the hardship we’ve been through, despite all the frustrations of Washington, I’ve never been more hopeful about our future. (Cheers, applause.) I have never been more hopeful about America. And I ask you to sustain that hope.
AUDIENCE MEMBER: We got your back, Mr. President!
PRESIDENT OBAMA: I’m not talking about blind optimism, the kind of hope that just ignores the enormity of the tasks ahead or the road blocks that stand in our path. I’m not talking about the wishful idealism that allows us to just sit on the sidelines or shirk from a fight. I have always believed that hope is that stubborn thing inside us that insists, despite all the evidence to the contrary, that something better awaits us so long as we have the courage to keep reaching, to keep working, to keep fighting. (Cheers, applause.)
America, I believe we can build on the progress we’ve made and continue to fight for new jobs and new opportunities and new security for the middle class. I believe we can keep the promise of our founding, the idea that if you’re willing to work hard, it doesn’t matter who you are or where you come from or what you look like or where you love (ph). It doesn’t matter whether you’re black or white or Hispanic or Asian or Native American or young or old or rich or poor, abled, disabled, gay or straight. (Cheers, applause.) You can make it here in America if you’re willing to try.
(Cheers, applause.)
I believe we can seize this future together because we are not as divided as our politics suggests. We’re not as cynical as the pundits believe. We are greater than the sum of our individual ambitions and we remain more than a collection of red states and blue states. We are, and forever will be, the United States of America. (Cheers, applause.)
And together, with your help and God’s grace, we will continue our journey forward and remind the world just why it is that we live in the greatest nation on earth. (Cheers, applause.) Thank you, America. (Cheers, applause.) God bless you. God bless these United States. (Cheers, applause.)

Romney' speech

jeudi 9 août 2012

Will Marissa Mayer be able to fix Yahoo!?

Updated / 2015, July 31 - Yahoo's Mission

* * *
Last Update: on 2012, November 5th appeared the twenty-second "mission" (since 1996...):
Yahoo! is focused on making the world's daily habits more inspiring and entertaining. By creating highly personalized experiences for our users, we keep people connected to what matters most to them, across devices and around the globe. In turn, we create value for advertisers by connecting them with the audiences that build their businesses. Yahoo! is headquartered in Sunnyvale, Calif., and has offices located throughout the Americas, Asia Pacific (APAC) and the Europe, Middle East and Africa (EMEA) regions. For more information, visit the pressroom (pressroom.yahoo.net) or the company blog (yodel.yahoo.com).
Almost a return to origins: the first Yahoo! mission statement (1996, July 1st) has been the only one to mention "entertainment":
Yahoo! Inc. (NASDAQ: YHOO), offers a globally-branded Internet navigational service to information and entertainment on the Web.
Wait and see...

* * *
On 2012, July 16th, in a really surprising move, Yahoo! appointed Marissa Mayer Chief Executive Officer! Here is the press release, which states at the bottom:
Yahoo! is a technology-powered media company, creating deeply personal digital experiences that keep more than half a billion people connected to what matters most to them, across devices and around the globe. Yahoo!'s unique combination of Science + Art + Scale connects advertisers to the consumers who build their businesses. Yahoo! is headquartered in Sunnyvale, California. For more information, visit the pressroom (pressroom.yahoo.net) or the company's blog, Yodel Anecdotal (yodel.yahoo.com).
Indeed, this was the twentieth Yahoo's mission statement since David Filo & Jerry Yang started the company... More than one for every year of Yahoo!'s existence!

And unfortunately, this one wasn't the last! A few days later (same month, with Marissa Mayer new CEO of Yahoo!), anyone could read:
Yahoo! is focused on creating deeply personal digital experiences that keep more than half a billion people connected to what matters most to them, across devices and around the globe. Yahoo!'s unique combination of Science + Art + Scale connects advertisers to the consumers who build their businesses. Yahoo! is headquartered in Sunnyvale, California. For more information, visit the pressroom (pressroom.yahoo.net) or the company's blog, Yodel Anecdotal (yodel.yahoo.com).
Again, more than one change only for the last month, it's not a very good sign, and it seems to me that the Yahoo!’s Business Strategy presented in 1995 for their first-round financing was easier to understand then than it is today.

So what? Yahoo! is not anymore a technology-powered media company? But "Is it a technology company? Is it an advertising platform? Is it an e-commerce player?"

Who knows what is Yahoo! in 2012? And what Yahoo! will be with the new CEO...

In one of his recent post about this smart move for Yahoo! and for Mayer, Danny Sullivan said:
Mayer’s appointment is one of the few hopeful signs of a turnaround I’ve seen for ages.
Now in this "new company with big challenges to play with, out from under the shadow of Google" (where Marissa will be able to prove that her success was clearly due to her own skills and not being in the right place at the right time...), Danny guess than:
...she’ll write-off search, not try to reposition Yahoo as a search player (yet again) but taking the Facebook route. There’s search at Facebook, but that’s hardly its main attraction. Similarly, there’s much more at Yahoo than search, and at this point, it makes sense to focus firmly on those aspects.
In fact, Yahoo! is home to the No. 1 sites for finance, sports, news, entertainment news, and more...

Actually, I don't know which decisions are necessary to fix Yahoo!, but I'm pretty sure that the first right decision -before any other- would be to fix a real mission and a true vision for the future of a company who never get neither mission nor vision throughout all his life.

* * *

As I explained in my post (first version written on 2010, March 1st), get too much missions & visions just means get no mission, no vision at all, and it's not enough to mention "mission" only once (even former CEO Terry Semel didn't know the Yahoo!'s mission statement) and "vision" three times (from 2009, Sept. 22th till 2010, Feb. 24th) in all of his statements:
Yahoo!'s vision is to be the center of people's online lives by delivering personally relevant, meaningful Internet experiences.

Listen to Russell Beattie's blog post, Yahoo! Needs a Real Vision:
So Yahoo!'s got a new ad campaign, and apparently a new vision:  
Yahoo!: "To be the center of people's online lives." 
Wow, does that suck. It's neither visionary, nor inspiring and to me, really expresses more of a selfish desire on Yahoo!'s part to control your life, rather than a statement of what they wish to accomplish as a company.
In very simple words, a true mission statement would define the organization's purpose and primary objectives, and a real vision would be strategic to the company's future:
  1. Define a clear vision for the Yahoo! brand;
  2. Get rid of the extraneous Yahoo! products that have nothing to do with that vision (...); and 
  3. Market the new vision clearly so that business and consumer customers know what Yahoo! is and why to use it.
As a conclusion, I would suggest her to definitely reverse the relationship between the 30 nouns more frequently named in 20 first Yahoo!'s statements, where "mission" is just the dot on the "i" of business, and vision at the upper left corner of Internet (see white arrows):


Not a formal reverse, but a susbtantial one, in a way to “get back to basics” (David Filo).

But did Yahoo! ever really know what the basics were? Anyway, I can't guess if Marissa Mayer will be able to fix Yahoo!, but she is now aware of what her first step should be, "an imperative decision to take at a business level" said Theodore Hesburgh:
Successful organizations know that it takes more than a good plan to succeed in business. It takes an empowered organization, focused on realistic goals, with impassioned leadership. It takes vision. It takes consensus. It takes a sense of purpose!"The very essence of leadership is that you have to have vision. You can't blow an uncertain trumpet.
Wait and see...

Best of luck to her and to Yahoo!

lundi 26 mars 2012

Un an sur Presse-Citron

Voici un an déjà que j'annonçais ma collaboration avec Presse-Citron, soit 40 billets publiés à ce jour, ou 3 toutes les 4 semaines en moyenne, autour des thèmes du Web et de ses acteurs, qui furent les premières amours de ce blog avant mon changement de cap.

Pour tenter un bilan, j'ai voulu dégager les principaux thèmes traités, et même si Google arrive en première position, j'ai quand même essayé de diversifier les sujets le plus possible, ça se voit d'ailleurs aux titres des billets, dont voici la chronologie inverse :
  1. C’Vous, premier site communautaire de la grande distribution (18 mars 2012)
  2. Brindisys, le système qui connecte l’ordinateur au cerveau ! (3 mars 2012)
  3. Google et la confidentialité des données (29 février 2012)
  4. Microsoft Translation Hub : traduction automatique personnalisée (28 février 2012)
  5. Le spam sur Twitter (16 février 2012)
  6. Twitter spammé par les faux comptes (14 février 2012)
  7. Volunia vs. Google : quelques explications (9 février 2012)
  8. Volunia, plus qu’un moteur, un concept (7 février 2012)
  9. Facebook : introduction en bourse ! (2 février 2012)
  10. Twitter va censurer ! (28 janvier 2012)
  11. La gamification en 100 mots (11 janvier 2012)
  12. La gamification : quel univers ? (6 janvier 2012)
  13. Entretien avec Massimo Marchiori, créateur de Volunia (17 décembre 2011)
  14. [LeWeb'11] Le tour du Web’11 en 80 billets (14 décembre 2011)
  15. [LeWeb'11] CoSoLoMo ! (12 décembre 2011)
  16. [LeWeb'11] Synthèse et premier jour (11 décembre 2011)
  17. QR Codes & SoLoMo (3 décembre 2011)
  18. Le marketing numérique en 2011 (20 novembre 2011)
  19. Volunia, un nouveau moteur de recherche ! (16 novembre 2011)
  20. Landing page : c’est quoi ? (15 novembre 2011)
  21. L’avenir des médias sociaux… (6 novembre 2011)
  22. Solomo : juste maintenant ! (31 octobre 2011)
  23. À quoi joue Jerry Yang ? (23 octobre 2011)
  24. Netvibes : recentrage réussi ? (20 octobre 2011)
  25. Et si Google était … une plateforme !? (16 octobre 2011)
  26. Google Drive arrive… 5 ans après ! Qu’en ferez-vous ? (27 septembre 2011)
  27. La stratégie Internet de Microsoft – suite (22 septembre 2011)
  28. Fin de GYM et stratégie Internet de Microsoft (18 septembre 2011)
  29. L’écosystème identitaire qui fait ressembler Big Brother à Bisounours (3 septembre 2011)
  30. Les réseaux sociaux, ça fatigue ! (7 juillet 2011)
  31. Internet : y aura-t-il une bulle 2.0 ? (23 mai 2011)
  32. Le Marketing selon Facebook (10 mai 2011)
  33. À propos de l’introduction en bourse de LinkedIn (9 mai 2011)
  34. Pyramide G2H5W (19 avril 2011)
  35. Le Web contextuel n’existe pas !? (18 avril 2011)
  36. Contenu et sources de liens référents (15 avril 2011)
  37. Cybersquattage record selon l’OMPI (7 avril 2011)
  38. Infographies (31 mars 2011)
  39. Convergence totale (29 mars 2011)
  40. Bienvenue à Jean-Marie Le Ray (25 mars 2011)
Le nuage sémantique des 50 thèmes plus traités, extraits des 42 567 mots que totalisent les 40 billets (soit une moyenne par défaut de 1 064 mots/billet) est le suivant :

Ces 40 billets ont généré 33 448 mots de com’, soit +836 mots/billet, autrement dit presque 80% en plus de CGU par billet, en moyenne, ce qui est remarquable…

Je me suis d'ailleurs beaucoup intéressé aux interactions, mesurées à la date d'hier (25 mars 2012) :
  • 817 commentaires (+20 par billet)
  • 5 249 tweets (+131 par billet)
  • 686 "j'aime" sur Facebook (+17 par billet)
  • 597 Google+ (presque 15 par billet, Google+ n'étant opérationnel que depuis juillet 2011)
  • 1 053 reprises sur LinkedIn (+ 26 par billet)

soit un total de 8 402 interactions, +210 en moyenne par billet !!!

C'est évidemment un niveau que je n'aurais jamais atteint sur Adscriptor; la visibilité de mes billets sur Presse-Citron étant sans commune mesure avec ce blog. Même s'il y a des exceptions : mes deux billets sur Facebook et Facebook annonce Facebook Ads ont été déjà lus plus de 180 mille fois (respectivement +108 000 et +72 000), un résultat que je n'aurais jamais pensé atteindre sur mon blog.

Une première année riche en satisfactions, donc, avec une présence vraiment géniale à LeWeb'11, et la connaissance de nouveaux interlocuteurs, tant sur le blog qu'IRL. J'espère pouvoir tenir le rythme durant la nouvelle année qui s'annonce, et pour celles et ceux que ce bilan intéresse, j'ai réuni le contenu des 40 billets en un seul PDF (25Mo).

En tout cas, merci à Éric de m'avoir accueilli !

P.S. Sur Adscriptor, le feuilleton italien reprend bientôt avec de nouveaux épisodes ... vraiment étonnants !