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dimanche 22 août 2010

Déchets


Après les poisons, les déchets ! Dont Denis Gasquet, Directeur général de VEOLIA Propreté, prétend qu'il s'agit d'une ressource :
Sur quatre milliards de tonnes de déchets produits dans le monde, aujourd'hui seul un milliard de tonnes est valorisé (toutes formes confondues). Trois milliards de tonnes restent à valoriser, ce qui représente un potentiel énorme. Notre feuille de route n'a pas dévié : nous continuons à faire du déchet une ressource.
Donc, outre vouloir présenter les déchets comme une ressource, cette citation nous indique deux chiffres importants :
  1. chaque année, 4 milliards de tonnes de déchets sont produits dans le monde, dont 1 seul milliard est "traité" ;
  2. chaque année, 3 milliards de tonnes de déchets produits dans le monde ne sont pas "traités".
C'est à dessein que j'évite d'utiliser "valoriser", qui a selon moi une connotation trop fortement positive et contribue ainsi à détourner la perception que les gens pourraient se faire de la réalité, à savoir que sur ces 3 milliards de tonnes non traitées chaque année (soit plus d'un kilo par personne et par jour au niveau mondial), il est vraisemblable que la plupart vont finir par polluer la terre (enfouissement dans les décharges), la mer (où les poisons en tout genre sont simplement passés par dessus bord) et les airs (à travers les fumées chargées de substances nocives)...

Autrement dit l'ensemble de l'écosystème dans lequel nous vivons. Cela étant, tous les déchets ne sont pas égaux, puisque sur ces 4 milliards de tonnes :
  • de 1,7 à 1,9 milliard de tonnes sont des déchets municipaux (ordures ménagères) ;
  • de 1,2 à 1,6 milliard sont des déchets industriels non dangereux ;
  • environ 490 millions sont des déchets dangereux.
Si j'arrondis à 500 millions, personne ne m'en voudra. Car c'est bien ce demi-milliard de tonnes de déchets dangeureux qui pose problème, un GROS problème qui se renouvelle chaque année, ou plutôt qui s'accumule en s'ajoutant aux immenses quantités des années précédentes ! Et depuis quand ? nul ne le sait...

D'autant plus que, selon l'OCDE, l'origine et la composition des trois-quarts de ces déchets dangereux sont inconnues. Des déchets dont un récent rapport de VEOLIA Propreté nous dit qu'en grande partie leur gestion est quasi inexistante, et leur collecte largement inférieure à leur production ! Voilà de quoi nous rassurer.

Et puis dans les déchets dangereux il y a les déchets nucléaires, dont un seul réacteur de 1 000 MW produirait chaque année :


Soit :
  • 229 800 tonnes de déchets produits par l'extraction du minerai ;
  • 190 tonnes de déchets produits par la transformation en concentré d'uranium ;
  • 13 tonnes de déchets produits par l'enrichissement de l'uranium ;
  • plus 25 m3 de déchets ultimes de combustion dans le réacteur + rejets + démantèlement, etc.
Des chiffres à multiplier par ... 62 (!) uniquement en France, puisque le parc actuel installé, réparti sur 20 sites, est de 62 400 MW :

- 34 réacteurs d’une puissance de 900 MW ;
- 20 réacteurs de 1300 MW ;
- 4 réacteurs de 1450 MW.

Actualisons :
  • 14 247 600 tonnes de déchets produits par l'extraction du minerai ;
  • 11 780 tonnes de déchets produits par la transformation en concentré d'uranium ;
  • 806 tonnes de déchets produits par l'enrichissement de l'uranium ;
  • plus 1 550 m3 de déchets ultimes de combustion dans le réacteur + rejets + démantèlement, etc.
Chaque année... Dans un seul pays (quand bien même il s'agirait de la deuxième puissance électro-nucléaire au monde derrière les États-Unis), pour des déchets qui ont des durées de vie ... incommensurables !

Donc ce qui m'inquiète vraiment, c'est si EDF (ou AREVA ou qui que ce soit) décide d'exporter son nucléaire en Italie :
  • où RIEN n'est JAMAIS contrôlé ;
  • où la société chargée de gérer les installations nucléaires - SOGIN, sous contrôle de l'état -, n'est même PAS CAPABLE de gérer les fuites de la piscine nucléaire de Saluggia (centrale où sont stockés 85% des déchets nucléaires d'Italie) qui fait eau de toutes parts et a déjà contaminé la nappe phréatique (en outre c'est tout près de là que part l'aqueduc qui fournit l'eau potable à tout le Piémont...) ;
  • AU MOINS UNE des sociétés impliquées dans le "démantèlement" des actuelles centrales est en odeur de 'ndrangheta (centrales dont la construction remonte aux décennies 50-60 mais dont le démantèlement n'a JAMAIS été réellement assuré, depuis 50 ans, et encore moins géré "dans la transparence") ;
  • et où RIEN de ce qui attire des financements astronomiques (comme la filière nucléaire, par exemple) n'échappe à l'emprise des mafias italiennes !
Car face à ce panorama funeste, il serait bon que les français se souviennent qu'à Tchernobyl le nuage ne s'est pas arrêté aux frontières : une simple question de prévention des accidents majeurs. Mieux vaut encore faire gérer une centrale nucléaire par les iraniens, que par les italiens !

Déjà que selon les statistiques officielles de l'Union européenne, comme nous le relate Gianni Lannes, « au cours des 21 dernières années, l'Italie a fait disparaître 1 milliard de tonnes de déchets de toutes sortes » sans qu'on sache vraiment où et comment. Même si l'on a quelques indices...

Sous cette mer et sous cette terre de Gomorrhe, qui est également ma terre d'adoption, dont la récente expertise d'un géologue, Giovanni Balestri, nous dit qu'elle risque une catastrophe environnementale définitive dans une cinquantaine d'années, en prévoyant pour :
2064 le pic de la dégénérescence des substances polluantes et du percolat issu de 341 000 tonnes de déchets dangereux (à commencer par les boues de l'ACNA de Cengio) et de plus de 800 000 tonnes de déchets d'autre nature, qui atteindront les nappes phréatiques plus profondes en empoisonnant des centaines d'hectares et des kilomètres et des kilomètres de territoire, en le rendant invivable pour les hommes, les animaux et les cultures agricoles.
Et cela avec la complicité des politiques de tous bords, mais surtout du parti de Silvio Berlusconi, commme Nicola Cosentino qui a démissionné il y a un mois à peine, sous le coup d'un mandat d'arrêt confirmé par la Cour de Cassation italienne pour association externe avec la camorra, mais encore protégé par ses complices au Parlement. Et c'est lui qui a tenu les caisses de l'Italie ces deux dernières années, en tant que secrétaire d'état au Trésor !

Du reste que dire et que faire lorsque les contacts entre politiques et mafia sont prouvés depuis des décennies sans que cela n'empêche l'un de faire le président du Conseil, l'autre le président du sénat, etc. J'en passe et des funestes ! Et je parle des ACTUELS présidents, pas de la préhistoire...

* * *

Dans la série "on nous empoisonne sans nous demander notre avis", laissez-moi conclure sur un épisode récent, une affaire présumée (pour l'instant) d'exportation de ferrailles radioactives (normalement interdite en France, selon M. Roland Desbordes, président de la CRIIRAD), déchargées en l'absence de tout contrôle sur les quais du port de Salerno (à 7km de Cava de' Tirreni, là où vit ma belle-famille), comme nous le rapporte Gianni Lannes début août :



Dans un second billet plus détaillé, joliment intitulé « Déchets radioactifs : de la France au Mezzogiorno d'Italie », il nous explique qu'un cargo battant pavillon maltais, le Frelon, qui proviendrait de Port-Saint-Louis-du-Rhône (il écrit dans son billet "port communautaire de Saint-Louis en France", mais j'imagine que c'est celui-là dont il s'agit), aurait transporté 1 600 tonnes de ferrailles contaminées, d'après les mesures prélevées avec un compteur Geiger Gamma-Scout :

- mesure de 2 mSv dans l'espace d'une minute sur le quai nettoyé (c'est-à-dire après le déchargement-chargement de la cargaison)
- mesure de 5 mSv dans l'espace d'une minute devant l'usine de "traitement" SIDER de Potenza (actuellement Ferriere Nord SpA)
- mesure de 4,4 mSv dans l'espace d'une minute dans la localité limitrophe de l'usine (Bucaletto)

Mesures confirmées ensuite par les techniciens de l'Agence régionale pour la protection de l'Environnement, qui se sont rendus devant l'usine (fermée ce jour-là), et dans la localité limitrophe où leurs relevés ont quand même indiqué la présence de radioactivité dans l'air...

Or selon la documentation "officielle", le chargement aurait été contrôlé en France par Sicea International et en Italie par un autre laboratoire, qui n'ont rien signalé d'anormal sur les certificats d'accompagnement de la marchandise. Il serait donc intéressant d'avoir des explications sur ces divergences entre mesures, "normales" pour les uns, alors que les dosages relevés par Lannes correspondent à ceux d'une zone orange (zone contrôlée, spécialement réglementée), ce qui ne saute pas forcément aux yeux quand on voit le film ci-dessus...

Gianni Lannes, qui est sous escorte permanente car il est menacé de mort par la mafia, précise en outre qu'il s'est rendu sur les quais du port de Salerno avec son escorte : les policiers l'accompagnant ont donc assisté aux relevés et signalé la chose au Ministère de l'Intérieur.

Par ailleurs une enquête a été ouverte (affaire 2433/2010) par le procureur de Salerno (Franco Roberti) et par le coordinateur anti-mafia (Enrico d'Auria).

De mon côté j'ai contacté la CRIIRAD, le réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace France pour leur signaler la chose et obtenir davantage d'infos, si possible, mais pour l'heure seule la CRIIRAD m'a répondu. Merci Monsieur Desbordes !

À suivre...


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