Genèse d'un billet
Depuis des années, plusieurs demandes m'obsèdent. Comment est-il possible que les politiques qui gouvernent nos sociétés profèrent autant de faussetés et d'ignominies tous les jours à la face du monde sans qu'apparemment personne ne leur demande jamais de rendre compte de leurs mensonges, de leurs contradictions : à 9h c'est blanc, à 10h c'est noir, à 11h c'est gris, en passant par le nuancier complet, et comme ça tout le temps, sans la moindre vergogne, 24/7/365 !
Une propagande éhontée martelée en boucle tous médias confondus, les horreurs de Poutine, les délires de Trump, les impostures de Macron, etc., on n'entend plus que ça, les soi-disant chaînes d'infos nous en inondent à chaque instant par la voix fielleuse et servile de leurs soi-disant "journalistes", et des millions de bobos qui gobent ça comptant, sans trop se poser de questions !
Revers de la médaille : tout le monde se fout des paroles de vérité qui tentent ici et là de se frayer une voie (voix) dans cet océan de boue, dans cet univers pollué jusqu'à la lie, juste ignorées dans le silence et l'indifférence, voire combattues, discréditées dès que le moindre écho semble vouloir nous parvenir. Je ne m'explique pas une telle dichotomie.
Cette interrogation est à l'origine de tout ce qui suit.
Je me la posais en concomitance avec une longue réflexion sur le mode de communication qui caractérise le langage et la société à notre époque, et sur la nécessité d'y voir clair et d'évoluer. C'est ainsi qu'est né Le nouveau régime communicationnel de l'humanité, un titre ambitieux auquel j'ai tenté de donner substance.
De fil en aiguille, j'ai voulu approfondir les liens entre le langage et le sens, ce qui a donné Pour une théorie et une pratique du sens à l'ère des modèles.
Mais je sentais qu'il manquait quelque chose, et c'est là où ça devient intéressant ! J'ai demandé à ChatGPT :
- après avoir publié les deux premiers volets, quel serait le troisième argument majeur à prendre en compte dans le cadre d'une "philosophie de l'IA" ?
- après ces deux premiers jalons, le troisième argument majeur que je mettrais au centre d’une philosophie de l’IA est la matérialité politico-écologique des modèles !
Réponse incompréhensible de prime abord. Matérialité politico-écologique, je suis pas fan. D'emblée, j'ai cherché à comprendre de quoi il s'agissait. Et c'est en approfondissant que j'ai opté pour "Métabolisme" en tant que troisième régime de l'IA. En bref...
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Intelligence artificielle
Depuis novembre 2022, mois de parution de ChatGPT, et jusqu'en avril 2025, soit pendant deux ans et demi, j’ai obstinément fait comme si les LLM n’existaient pas (il faut dire aussi que je n'étais pas très en forme...), avant de me résoudre à tester, sans aucune conviction. Et là, coup de tonnerre, violente déflagration dans mes neurones ! Au point d'écrire 60000 mots sur l'IA en trois mois, poussé par l'irréfrénable désir de comprendre.
C'est difficile à expliquer. Quelques mots de la postface à mon second volet :
Plus de 50 ans que j’écris, plus de 40 ans que je traduis, j’ai produit des millions de mots, je connais l’âpreté du combat face à la feuille blanche, l’indécision si souvent vécue face au choix du bon mot hic et nunc… Pendant [deux ans] et demi j’ai totalement ignoré l’existence des LLM, de façon têtue et délibérée, faussement obtuse, jusqu’au jour où, sous les conseils du fils d’un ami, je me suis finalement heurté à l’inévitable : tester !
Et là, incroyable stupeur (qui m’habite encore) : je me trouve face à « quelque chose » – non pas quelqu’un –, une « entité » indéfinie, qui écrit mieux que moi, qui raisonne mieux que moi (mieux raisonner ne veut pas forcément dire avoir raison…), argumente mieux que moi, traduit mieux que moi dans pratiquement toutes les langues et tous les domaines, avec une expertise et une justesse de vocabulaire incommensurablement supérieures à mes modestes capacités humaines, etc. etc.
Je suis saisi !
Cette « chose » qui écrit différemment de moi, sans effort, sans doute, sans fatigue, sans hésitation, sans peur de se tromper, ça n’est même pas un auteur, ça écrit sans vivre, sans savoir le sens de « vivre », ça ne vit même pas ce que ça écrit, ça peut apparemment tout dire et tout formuler, car ça ne doit rendre compte de rien à personne !
C’est juste un outil d’une force brute, un outil qui hallucine sans honte, qui ne s’interroge pas, ni même dans l’erreur, sans poids, qui dispose pourtant de balances d’une précision extrême, capable de tout peser, mais sans n’avoir jamais rien à porter, capable de mesurer les impondérables, mais incapable de sentir un simple déplacement d’air, fût-il infime...
Un outil sans cesse à la recherche d’un juste milieu, mais fortement déséquilibré par nature : toute la puissance d’un côté, aucune responsabilité de l’autre.
Maintenant, que faire de pareils outils ? Les ignorer, faire semblant de penser qu’ils ne servent à rien, qu’ils ne vont rien changer à la marche du monde ? Rien ne serait plus faux. Plus trompeur. Donc, pour moi, la solution n’est ni le refus, ni l’abandon, mais la collaboration...
C'est donc en collaborant avec les modèles, et en endossant la responsabilité de chacun des mots que je fais miens, qu'a vu le jour le troisième volet : Sens, communication et métabolisme : les trois régimes de l’IA / Pour une philosophie contemporaine de l’intelligence artificielle, qui porte le total des mots du triptyque à plus de cent quatre-vingt mille (+180000 !), produits en moins d'un mois :
- premier volet : publié le 4 janvier 2026 (95000 mots)
- deuxième volet : publié le 15 janvier 2026 (38000 mots)
- troisième volet : publié le 20 janvier 2026 (48000 mots)
Conclusion : l'intelligence artificielle démultiplie (au moins par 9) ma capacité de rédiger : 20000 mots/mois d'avril à juillet 2025, 180000 mots en janvier 2026 !
Maintenant, si quelqu'un pense que tout cela n'est rien d'autre que de "pisser de la copie", il suffit de prendre n'importe lequel de mes textes et de le lire, on en reparle après...
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Intelligence artefactuelle
La publication séparée de ces trois textes m'a immédiatement induit à imaginer de les unifier en un ensemble cohérent, non pas pour répéter mais pour faire ce que j'appelle une fusion-acquisition :
Une fusion pour ne conserver de chacun que ce qui est conceptuellement nécessaire à l’architecture d’ensemble, en supprimant les doublons (voire les triplets) et en réorganisant les problématiques autour d’un tableau commun, en vue d’en faire un tout organisé, plus clair et plus cohérent que la simple addition des parties.
Elle s’accompagne de l’acquisition explicite d’un cadre d’ensemble, destiné à poser les fondements de l’Intelligence artefactuelle (IA) en pensant conjointement ces trois régimes, non comme des dimensions additionnelles, mais comme des conditions irréductibles, liées entre elles par des contraintes réciproques.
C’est ce double mouvement — fusion des régimes, acquisition du cadre — qui permet de poser les fondements de ce que [je] nomme Intelligence artefactuelle. Celle-ci n’est pas présupposée ; elle apparaît comme un effet, produit lorsque les régimes du sens, de la communication et du métabolisme parviennent, temporairement, à se contraindre mutuellement sans se neutraliser.
C'est ainsi que je travaille au prochain document, aboutissement du triptyque, qui s'intitulera :
Les trois régimes de l’IA : sens, communication, métabolisme
Architectonique de l’Intelligence artefactuelle
Cela fait déjà un certain temps que cette idée d'intelligence artefactuelle me trotte dans la tête, il est temps de l'expliciter. À suivre...

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