Pages

vendredi 24 mars 2017

Exclusivité : les inventions de Federico Pucci dans la traduction automatique

Une fois n'est pas coutume, je publie ce billet sur Adscriptor mais les détails suivront sur mon blog pro, Translation 2.0. Je fête ce 24 mars mon 60e anniversaire, et j'ai pu consulter dans la journée - magnifique cadeau - les 7 ouvrages que M. Pucci a consacrés à "ses inventions" entre 1931 et 1958 : 5 à la bibliothèque provinciale de Salerne, où je me suis rendu ce matin, et les deux autres à la bibliothèque centrale de Florence, qui m'a envoyé aujourd'hui via mail les reprographies intégrales.

Voici la chronologie des publications, avec la bibliothèque ou se trouve l'ouvrage correspondant et la date de publication :

1. Florence, 1931 : « Il traduttore meccanico ed il metodo per corrispondersi fra europei conoscendo Ciascuno solo la propria Lingua : Parte I. »


Traduction : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue », 1e partie.

C'est l'ouvrage le plus complet, 68 pages de description, dans lequel il nous dit que son étude fut présentée pour la première fois en décembre 1929.

2. Salerne, mars 1949 : « Il traduttore dinamo-meccanico : Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... [fasc. ] 1. francese - italiano »


3. Salerne, mai 1949 : « Il traduttore dinamo-meccanico : Serie A. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... » [fasc. ] 2. Inglese - italiano



4. Florence, juin 1949 (publié en français) : « Le traducteur dynamo-mecanique : L'invention pour traduire les langues de l'Occident sans les connaitre et presque sans dictionnaire. Op. I: anglais-francais » (sic)


Le sous-titre dit ceci : « Perfectionnement de l'invention primée (traduction mécanique) avec diplôme de médaille d'argent à l'Exposition Concours International des Inventions, Foire de Paris 1935 »

5. Salerne, 1950 : « Il traduttore dinamo-meccanico : Tipo libro macchina. Serie a. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario. » [fasc. ] 1. Italiano-Inglese



6. Salerne, 1952 : « Il traduttore dinamo-meccanico : Serie B. L'invenzione per la traduzione immediata e rapida nelle lingue dell'Occidente senza conoscerle e quasi senza vocabolario... » [fasc. ] 1. Italiano - Francese



7. Salerne, 1958 : « Vocabolario mobile italiano - francese : (parte Traduttore Meccanico) »


Traduction : « Vocabulaire mobile italien – français : (partie Traducteur mécanique) ».

* * *

Il est clair que ces ouvrages contiennent une foule de renseignements inédits, notamment sur M. Pucci, qui était un traducteur de la société nationale des chemins de fer italien durant l'ère fasciste. Le livre de 1931 est d'ailleurs noté « an IX du calendrier fasciste » :


Cela ne situe pas pour autant M. Pucci au plan politique, puisqu'à cette époque tout le pays était sous régime fasciste, de gré ou de force.

Nous y découvrons aussi le nombre de fois où ses différentes inventions (traducteur mécanique, traducteur dynamo-mécanique, interprète électromécanique portable, évolution du système enregistré à l'Office de la propriété industrielle à Paris, et donc avant 1951, date de création de l'INPI...) ont été primées avec une médaille d'argent, dès 1930 à Bolzano, puis à Cuneo, trois fois à Paris (1935, 1949, 1950), mais aussi à Liège (mars 1950).

Or cette médaille à Bolzano est un détail extrêmement précieux, puisque cela signifie que le dispositif était déjà construit et exposé en 1930, un an avant la publication du "traducteur mécanique", ce qui rend nécessaire une mise à jour de mon "histoire actualisée de la traduction mécanique".

J'approfondirai tout ça dans un prochain billet, mais il me faudra un peu de temps pour le rédiger vu tout ce qu'il y a à en dire.

Autant de pistes sur lesquelles continuer mon enquête, en espérant mettre un jour la main sur l'une de ces machines, voire sur une photo. Pour l'instant je n'ai que ça (Salerne, 24 mars 2017) :


Demain on célèbre les 60 ans de l'Europe, mais en attendant, aujourd'hui j'ai fêté les miens avec ce cadeau « exclusif » !




vendredi 17 mars 2017

Histoire actualisée de la traduction automatique

À la lumière de la récente découverte d’un nouveau personnage clé dans l’histoire de la traduction automatique, j’ai pensé qu’il serait bon d’actualiser la « ligne du temps » de cette matière, autour des deux âges de la T.A. :

I. L’âge de fer : de la préhistoire au XXe siècle – Avant le Web 
II. L’âge d’or : XXe et XXIe siècles – Après le Web 

L’articulation sera la suivante :

I. De la préhistoire au XXe siècle – Avant le Web 

Trois grandes étapes :
  1. Le XVIIe siècle 
  2. Années 30 du XXe siècle : les précurseurs 
  3. Les 5 décennies suivantes 


1. Le XVIIe siècle

La « préhistoire » de la T.A. est essentiellement marquée par deux noms : René Descartes et Gottfried Wilhelm Leibniz, qui en jettent certaines bases conceptuelles.

Selon John Hutchins et Harold L. Somers, Descartes et Leibniz envisageaient à cette époque de créer des dictionnaires mécaniques en utilisant des codes numériques universels (« Both Descartes and Leibniz speculated on the creation of dictionaries based on universal numerical codes », in An introduction to machine translation).

Descartes nous en dit plus sur l’invention de la langue universelle dans sa correspondance :
Pour être vraiment telle, une langue doit naître de la « vraie » philosophie et donc procéder d’une réforme qui transpose dans les pensées le même ordre simple et naturel qui existe entre les nombres. Les pensées deviendraient alors claires et simples et il serait « presque impossible » de se tromper. Le premier pas à accomplir, précise Descartes, n’est pas d’inventer les mots primitifs et les caractères de la langue universelle, ni de garantir des temps rapides d’apprentissage, mais d’établir « un ordre entre toutes les pensées qui peuvent entrer en l’esprit humain, de même qu’il y en a un naturellement établi entre les nombres ». On pourrait alors inventer des « mots » et les ordonner comme on ordonne les langages inventés pour représenter les nombres et comme on apprend « en un jour à nommer tous les nombres jusqu’à l’infini, et à les écrire en une langue inconnue, qui sont toutefois une infinité de mots différents », et « faire le même de tous les autres mots nécessaires pour exprimer toutes les autres choses qui tombent en l’esprit des hommes ». Ainsi naîtrait une vraie langue universelle, puisque telle est la langue capable de représenter les pensées ordonnées dans l’esprit de l’homme, les idées simples. Une telle langue s’affirmerait « bientôt parmi le monde » et beaucoup seraient disposés à employer « cinq ou six jours de temps pour se pouvoir faire entendre par tous les hommes ».
La langue universelle ne peut donc naître qu’après avoir ordonné, distingué et énuméré les pensées des hommes de façon à les rendre claires et simples. C’est là « le plus grand secret qu’on puisse avoir pour acquérir la bonne science ». Reposant sur la connaissance des « idées simples », une telle langue deviendrait facile à apprendre, à prononcer et à écrire : « Et si quelqu’un avait bien expliqué quelles sont les idées simples qui sont en l’imagination des hommes, desquelles se compose tout ce qu’ils pensent, et que cela fût reçu par tout le monde, j’oserais espérer ensuite une langue universelle fort aisée à apprendre, à prononcer et à écrire, et ce qui est le principal, qui aiderait au jugement lui représentant si distinctement toutes choses, qu’il lui serait presque impossible de se tromper ».
Une langue universelle est donc une langue des pensées ordonnées, mais aussi des pensées claires et simples. Les mots dont les hommes disposent ne possèdent, au contraire, que des significations confuses, ce qui explique pourquoi on n’entend presque rien parfaitement.
Source : Lettre à Mersenne du 20 novembre 1629, B 24, p. 92-97. « La lettre a été étudiée, dans la littérature critique cartésienne, surtout par rapport au projet de langue artificielle, en y voyant même parfois un antécédent de la caractéristique universelle de Leibniz… »
in DESCARTES : TRADUCTION, VÉRITÉ ET LANGUE UNIVERSELLE
Giulia Belgioioso (Université de Lecce)

*

2. Années 30 du XXe siècle : les précurseurs 

Passons maintenant du début des années 30 au Web, c’est-à-dire du premier « traducteur mécanique » de Federico Pucci à la moderne « traduction automatique neuronale » :

1929 (décembre) : Federico Pucci présente pour la première fois à Salerne son étude sur le "traducteur mécanique".

1930 [mise à jour] : présentation à l'Exposition Nationale de Bolzano, section littéraire, du dispositif "traducteur mécanique" de Federico Pucci, primé avec une médaille d'argent.

1931 : Federico Pucci publie à Salerne la partie I de ce qui est vraisemblablement le premier ouvrage jamais publié sur un dispositif de "traduction mécanique" : « Le traducteur mécanique et la méthode pour correspondre entre européens, chacun en connaissant uniquement sa propre langue ». 


1932 : construction probable d’une première machine à traduire de Georges Artsrouni, détruite par la suite, aucun document la concernant n'ayant été conservé, si ce n’est une photographie ne permettant pas d'en donner une description. (Source)

1932 : Warren Weaver devient directeur de la Fondation Rockfeller

1933 : dépôt du brevet et présentation aux autorités soviétiques de la machine de Petr Petrovič Smirnov-Trojanskij, sans doute restée à l'état de plans et de description. (Source)


1933-1935 : construction du « cerveau mécanique » de Georges Artsrouni :


1935 : présentation du « traducteur mécanique » de Federico Pucci au Concours Lépine (?) (Source)

1937 : Georges Artsrouni présente quelques machines à l'Exposition Nationale de Paris, dont le principe fut couronné d'un diplôme de Grand Prix pour la mécanographie, selon l'inventeur lui-même.

1939-1945 : Deuxième Guerre mondiale

*

3. Les cinq décennies suivantes 
  •  La première décennie (≅1945-1955) : les premiers pas
  •  La deuxième décennie (≅1955-1965) : de l'enthousiasme à la déception 
  •  La troisième décennie (≅1965-1975) : la période calme 
  •  La quatrième décennie (≅1975-1985) : le réveil
  •  La cinquième décennie (≅1985-1995) : la maturité 
Inutile de répéter ici les développements de la T.A. selon la chronologie proposée en 1994 par Jacques ANIS dans « Ordinateurs et traduction : survol d'un demi-siècle » [In: Langages, 28ᵉ année, n°116, 1994. Le traducteur et l'ordinateur. pp. 111-122; doi : 10.3406/lgge.1994.1699], je renvoie le lecteur à la consultation du document source.

À noter que, selon l’auteur, il a essentiellement basé son travail sur le livre de John Hutchins (1986), intitulé « Machine Translation: Past Present Future », le même chercheur chez qui j'ai trouvé mention pour la première fois du nom de Federico Pucci. Or ce dernier a écrit au moins 12 livres sur les langues pendant 35 ans, dont 7 sur le "traducteur (dynamo-) mécanique", de 1931 à 1958, et apparemment, jusqu'à présent, il n'y a jamais eu nulle part aucune trace ni de l'inventeur ni de son invention, qu'il aurait pourtant présentée au concours Lépine ! Voilà bien des mystères que j'espère réussir à élucider...

La cinquième décennie chevauche enfin avec l’avènement du World Wide Web, à partir de 1990, année parfois considérée comme celle d'un renouveau de la T.A.

*

II. XXe et XXIe siècles – Après le Web 

Je dois encore développer cette partie, qui est sans aucun doute la plus riche (et donc il me faudra du temps, bien que j'aie déjà posé les premiers jalons), probablement selon l'articulation suivante :
  1. La décennie 1995-2005
  2. De 2006 à aujourd’hui
2006 coïncidant bien évidemment avec la montée en puissance du binôme Google et traduction automatique.

À suivre...



Liens connexes

Troisième partie (en italien) - Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica
Quatrième partie - Premier texte au monde sur la traduction automatique




jeudi 16 mars 2017

Traduction automatique : une découverte extraordinaire

Il y a plus de dix ans sur ce même blog, je fus l'un des premiers à me pencher sur l'aventure de Google dans la traduction automatique, bien conscient qu'une révolution technologique était en cours ! Voir pour mémoire :
La décennie écoulée ne m'a pas démenti, au contraire, puisque nous en sommes maintenant à la "traduction automatique neuronale", un domaine qui mêle traduction automatique, cloud & big data, intelligence artificielle, deep learning et réseaux neuronaux, etc., et où se positionnent les mastodontes comme Google, naturellement, mais aussi Microsoft (article traduit automatiquement), IBM, Systran, voire demain Facebook, Apple et d'autres pointures. Tout cela ne sera pas sans conséquences, pour la traduction (écrite) autant que pour l'interprétation (orale). 

Or le futur n'est rien sans le passé, et l'histoire de la traduction automatique porte en elle les germes de ce qu'elle est en train de devenir aujourd'hui et de ce qu'elle sera demain. Il est donc important pour qui s'intéresse à la question de connaître les débuts de cette formidable aventure, que les chercheurs font généralement remonter en 1933 avec les travaux de deux ingénieurs précurseurs, MM. Petr Smirnov-Trojanskiy et Georges Artsrouni :
... it is nevertheless legitimate to recognise precursors in two patents submitted sixty years ago in 1933. One patent was issued in Paris on 22 July 1933 to Georges Artsrouni; the other was issued in Moscow on 5 September 1933 to Petr Petrovich Troyanskii. Both patents referred essentially to the construction of mechanical multilingual dictionaries.
Source : John Hutchins

Or comme je l'explique ici, ce même John Hutchins (University of East Anglia, Norwich, UK), mentionne dans deux autres documents un certain Federico Pucci :
In August 1949, the New York Times reported from Salerno that an Italian named Federico Pucci, had invented a machine to translate, saying that it would be exhibited at a Paris Fair; but no more was to be heard of it. 

Puis dans une seconde version mise à jour : 

On 26 August 1949, the New York Times reported (page 9) from Salerno: 
Federico Pucci announced today that he had invented a machine that could translate copy from any language into any other language. He said that the machine was electrically operated, but refused to disclose details. He said that he would enter it in the Paris International Fair of Inventions next month.  
It is uncertain whether Pucci had any knowledge of Huskey’s proposals, and it seems most unlikely he knew about Weaver's memorandum or the British experiments. In any event, there is no trace of any demonstration at the Paris fair; and nothing more is known about Pucci
[Corrected version (2005) of paper in: Machine Translation, vol.12 no.3, 1997, p.195-252] 
From first conception to first demonstration: the nascent years of machine translation, 
1947-1954 A chronology, by John Hutchins

Ainsi, ces deux seules indications et la magie d'Internet m'ont permis de découvrir l'histoire d'un autre inventeur historique de la traduction automatique et de son invention : un "traducteur mécanique" décrit dès 1931, soit deux ans avant le dépôt des brevets de MM. Smirnov-Trojanskiy et Artsrouni, devenu "traducteur dynamo-mécanique" en 1949. J'ai entrepris d'en raconter la saga ici :

Troisième partie (en italien) - Federico Pucci, pioniere della traduzione automatica
Quatrième partie - Premier texte au monde sur la traduction automatique

Or je ne sais encore rien de plus sur M. Federico Pucci et sur son invention, même si les éléments que j'ai réunis jusqu'à présent me laissent supposer :
  1. qu'il a d'abord présenté son "traducteur mécanique" (décrit en 1931) au concours Lépine 1935 ;
  2. qu'il a ensuite présenté la version de son "traducteur dynamo-mécanique" à ce même concours Lépine en 1949. 
Dans l'attente de recevoir les fichiers reproduisant certains de ses ouvrages, qui me permettront d'en savoir davantage sur ce "traducteur" mais aussi sur son inventeur, j'espère que la publication de ces billets ne restera pas sans effet !

Il y a encore beaucoup à découvrir...




vendredi 30 septembre 2016

Des événements qui déclenchent la collecte de données "privées" aux "moments de vie" des internautes...

Ou comment les milliers (de données) se transforment en millions (de moments de vie) et en milliards (de points de contact quotidiens)...

En mars 2008, dans un billet intitulé "Bloc contre bloc, l'internaute au centre...", je décrivais ainsi ces fameux « Data transmission events » :
... je ne parlerai que d'événements pour abréger, mais à chaque fois il faudra bien comprendre qu'il s'agit d'événements déclenchant la collecte de données "privées" sur les usages de l'internaute. Citons, à titre d'exemple, les données collectées :
  • lors des recherches de l'internaute ;
  • lors de ses achats ;
  • lorsqu'il clique sur une pub ;
  • lorsqu'il s'enregistre sur un service ;
  • grâce aux cookies, etc.
Tout cela permettant à qui les possède en bout de chaîne d'obtenir des informations précises sur nos habitudes, nos intérêts, et ainsi de suite. Le graal des publicitaires et des marketers de tout poil, en quelque sorte ! 
On pourra toujours s'interroger pour savoir si ces données sont collectées à notre insu ou non, bien que je me demande franchement quel internaute naviguant régulièrement sur Internet ne serait pas encore au courant !?
Quant au nombre de ces événements, obtenu en divisant les milliards d’événements de données collectées par les différents acteurs sur leurs sites propriétaires et sur les réseaux étendus de régie publicitaire par le total de leurs visiteurs uniques (mesures menées aux États-Unis en décembre 2007 sur le trafic imputable aux quinze plus gros acteurs américains de l'Internet, par le New York Times et comScore), il était déjà assez impressionnant pour l'époque :


  • sur un seul mois, Yahoo! engrangeait 2 520 données uniques par visiteur et se classait en tête loin devant ses concurrents ;
  • Google, qui venait juste d'intégrer Doubleclick, se classait en deuxième position avec 1645 données ;
  • suivaient ensuite Microsoft, Time Warner, AOL, Fox Interactive Media et MySpace (!).

* * *

Déjà, à l'époque, ces chiffres me semblaient faramineux ! Ils laissaient d'ailleurs entrevoir le profilage à venir :
Par conséquent dans cette logique, à terme plus ou moins rapproché, la prochaine étape consistera très probablement à s’éloigner de la catégorisation des annonces pour passer à leur individualisation. En bref :

fini les AdSenses ciblés, vive les AdSenses personnalisés !

Une (r)évolution qui me semble inéluctable, vu les ambitions affichées par Google : à partir du moment où la firme possède une énorme quantité d’informations sur vous et peut en extraire un profilage systématique et significatif, qu’est-ce qui l'empêchera de vous proposer des AdSenses en fonction de vos préférences ?

Concrètement, cela signifie que deux internautes faisant la même recherche sur le même Data Center de Google, à un instant donné, se verront proposer des AdSenses distincts dans les résultats, ciblés sur leurs centres d’intérêts, tous les produits et services destinés a priori à améliorer votre « expérience de navigation », dans le discours bien rodé de Google, servant naturellement à personnaliser les annonces à votre intention, évidemment différentes de celles du voisin.

Avec à plus ou moins long terme aussi, le danger que les résultats fournis deviennent de moins en moins neutres, objectifs, et de plus en plus orientés, pilotés, en fonction des intérêts des parties prenantes...
* * *

Or aujourd'hui, où en sommes-nous ? Et bien non seulement la prévision s'est avérée, mais la réalité va bien plus loin que le scénario imaginé il y a huit ans, avec le programmatique et les "moments de vie" !

Que Mindlytix, start-up française créée en mars 2015 par Luc Tran-Thang et Eric Janvier, spécialisée dans le ciblage en temps réel des utilisateurs pour le marketing et la publicité, décrit ainsi : un "moment de vie" est « une période de 5 à 10 minutes pendant laquelle l’état d’esprit d’un individu, c’est-à-dire ses priorités fonctionnelles et émotionnelles, reste inchangé ».

Une entreprise prometteuse qui vient de lever 1,25 million €. En clair, le programmatique devient le choix du bon message à la bonne personne au bon moment, et concrètement :
la plateforme MindLytix permet, en quelques millisecondes, d’extraire et d’analyser l’« état d’esprit » de chaque consommateur et de répertorier leurs « moments de vie » en adéquation avec les segments marketing des marques.
« Nous souhaitons maintenant que ce message lui parvienne au meilleur moment de sa journée ou de sa vie », explique Luc Tran-Thang, grâce à sa plateforme « qui analyse à la volée des milliards de points de contact quotidiens pour déterminer instantanément l’état d’esprit de chaque consommateur », en étudiant ce qui est commun et dominant durant les 5 à 10 dernières minutes passées sur le web pour donner une réponse sous forme de profil sémantique. « Nous identifions aujourd’hui 150 millions de moments de vie par heure en France » !

Une méthode de mesure qui fonctionne sur le principe des algorithmes de recommandation :
... si l’on regarde ce que les gens font, on a une information plus précise que si on leur demandait. Nous traitons les points de contact à partir des flux d’adexchanges et de DSP sur lesquels nous sommes intégrés. Nous construisons instantanément un profil sémantique du consommateur, qui est le moment de vie. Ce profil est mis en correspondance aux profils recherchés par les annonceurs : leurs segments marketings. L’achat de l’impression est ensuite effectué. Au lieu de segmenter par users, nous faisons une cartographie par moment basée sur le langage naturel, c’est-à-dire la sémantique. Nous analysons les moments sous trois angles : un angle fonctionnel, émotionnel et un angle de disponibilité mentale.
Quant à la privacy, contrairement à Google et consorts qui gardaient les données des mois, « elles ne sont pas conservées plus de 10 minutes » !


Les 10 minutes suffisantes pendant lesquelles l’état d’esprit d’un individu, c’est-à-dire ses priorités fonctionnelles et émotionnelles, reste inchangé, j'imagine !

On n'arrête pas le progrès...


lundi 29 août 2016

Deux chambres

Nous rentrons d'Amsterdam avec ma femme et mon fils, après un séjour de près d'une semaine. Un séjour très plaisant et ensoleillé, qui nous a donné l'idée d'une ville agréable à vivre. Le souvenir marquant que j'en garde se résume toutefois à deux chambres, apparemment aux antipodes, mais que je ne parviens pas à dissocier dans mon esprit : la chambre peinte par Vincent Van Gogh à Arles, et la chambre décorée par Anne Frank au 263 Prinsengracht.


Bien que tout semble les séparer, autant par les couleurs que par ce qu'elles sont censées représenter et la façon dont elles se présentent, elles sont dans ma tête les deux pôles d'un dialogue permanent. Difficile à expliquer, mais je vais essayer.

1. La chambre à coucher de Vincent à Arles

Le tableau exposé au musée Van Gogh d'Amsterdam est la version originale de cette peinture à l'huile. À la demande de son frère Théo, Vincent peindra deux autres versions de « La chambre à coucher », la deuxième se trouvant actuellement à l'Art Institute of Chicago (qui a également mis en location une réplique à l'identique de la chambre, via le site Airbnb !), et la troisième au Musée d'Orsay.

Il s'agit de la chambre qu'il occupa en 1888 dans la maison jaune, place Lamartine à Arles :


Imaginez un instant de zoomer par la fenêtre pour pénétrer dans la chambre et y découvrir cette vue de l'intérieur :


Mais laissons Vincent Van Gogh lui-même nous décrire cette chambre à travers ses mots et le croquis qu'il nous a légués dans un de ses courriers à Paul Gauguin :


Dites donc je vous écrivais l’autre jour que j’avais la vue étrangement fatiguée. Bon je me suis reposé deux jours & demi et puis je me suis remis au travail. Mais n’osant pas encore aller en plein air, j’ai fait toujours pour ma décoration une toile de 30 de ma chambre à coucher avec les meubles en bois blanc que vous savez. Eh bien cela m’a énormément amusé de faire cet intérieur sans rien. D'une simplicité à la Seurat. 
À teintes plates mais grossièrement brossées en pleine pâte, les murs lilas pâle, le sol d’un rouge rompu & fané, les chaises & le lit jaune de chrome, les oreillers et le drap citron vert très pâle, la couverture rouge sang, la table à toilette orangée, la cuvette bleue, la fenêtre verte. J’avais voulu exprimer un repos absolu par tous ces tons très divers vous voyez, et où il n’y a de blanc que la petite note que donne le miroir à cadre noir (pour fourrer encore la quatrième paire de complémentaires dedans).
Les concepts qui me touchent dans cette lettre sont le "repos absolu" et l'énumération des couleurs (en deux phrases) :
  • lilas
  • rouge
  • jaune de chrome
  • citron vert
  • rouge sang
  • orangée
  • bleu
  • vert
  • blanc
  • noir
Des teintes qui reprennent les six couleurs simples décrites par Léonard de Vinci dans son Trattato della Pittura (Codex urbinas, n° 1270), traité sur la peinture probablement commencé aux alentours de l’an 1490, voilà plus de 5 siècles, où il définit déjà des couleurs primaires et secondaires :
« I semplici colori sono sei, de' quali il primo è bianco, (…) il giallo il secondo, il verde il terzo, l'azzurro il quarto, il rosso il quinto, il nero il sesto; ed il bianco metteremo per la luce senza la quale nessun colore veder si può, ed il giallo per la terra, il verde per l'acqua, l'azzurro per l'aria, ed il rosso per il fuoco, ed il nero per le tenebre, che stan sopra l'elemento del fuoco, perché non v'è materia o grossezza dove i raggi del sole abbiano a percuotere, e per conseguenza illuminare. »

Les six couleurs simples selon Léonard
(Nous avons les six couleurs simples, dont le blanc est la première, (…) le jaune la seconde, le vert la troisième, le bleu la quatrième, le rouge la cinquième, le noir la sixième ; nous choisissons le blanc pour la lumière, sans laquelle aucune autre couleur ne peut être vue, le jaune pour la terre, le vert pour l’eau, le bleu pour l’air, le rouge pour le feu, et le noir pour les ténèbres, qui sont au-dessus de l’élément feu, puisqu’on n’y trouve ni matière ni corps que les rayons du soleil pourraient irradier, et donc illuminer.)
Quand les génies se rencontrent... Certes Van Gogh était un génie, conscient qu'il l'était, mais qui n'a pas été reconnu de son vivant et n'a connu le "repos absolu" que dans sa tombe d'Auvers-sur-Oise, au côté de son frère bien-aimé. Il a malheureusement fallu que la semence meure pour que le fruit éclose post-mortem.


* * *

2. La chambre à coucher d'Anne à Amsterdam

Dans son journal, Anne explique comment elle a fini par partager cette chambre, d'abord prévue pour abriter elle et Margot, sa sœur, avec Fritz Pfeffer (nommé sous le pseudonyme d'Albert Dussel), dans une cohabitation difficile : « Je ne suis jamais seule dans ma moitié de chambre et pourtant j’en ai tant envie. C’est aussi la raison pour laquelle je me réfugie au grenier. »

Une chambre où elle se sent à l'étroit : « Je vais presque tous les matins au grenier pour expulser de mes poumons l’air confiné de ma chambre. »

En décrivant la maison de derrière (Het Achterhuis), qualifiée d'Annexe secrète, Anne la présente ainsi :
L’Annexe est une cachette idéale, et bien qu’humide et biscornue, il n’y en a probablement pas de mieux aménagée ni de plus confortable dans tout Amsterdam, voire dans toute la Hollande. Avec ses murs vides, notre petite chambre faisait très nue. Grâce à Papa, qui avait emporté à l’avance toute ma collection de cartes postales et de photos de stars de cinéma, j’ai pu enduire tout le mur avec un pinceau et de la colle et faire de la chambre une gigantesque image. C’est beaucoup plus gai comme ça…

Voici expliquée la "tapisserie" réalisée à l'aide "de cartes postales et de photos de stars de cinéma", notamment extraites de la revue Cinema & Theater, que M. Kugler lui apportait chaque lundi. Si la mémoire ne m'égare pas, j'ai aussi noté sur le mur de gauche l'autoportrait de Léonard de Vinci :


En s'adressant dans son journal à Kitty, son amie imaginaire, Anne ajoute :
Il t’intéressera peut-être de savoir quelle impression cela me fait de me cacher, eh bien, tout ce que je peux te dire, c’est que je n’en sais encore trop rien. Je crois que je ne me sentirai jamais chez moi dans cette maison, ce qui ne signifie absolument pas que je m’y sens mal, mais plutôt comme dans une pension de famille assez singulière où je serais en vacances. Une conception bizarre de la clandestinité, sans doute, mais c’est la mienne.
J'imagine facilement que si Anne avait eu des couleurs ou des images colorées à sa disposition durant ses deux années de clandestinité (du 6 juillet 1942 au 4 août 1944, jour de la dénonciation et de la rafle), elle aurait orné "cet intérieur sans rien" pour faire de sa chambrette une chambre "à la Vincent", pétrie d'enthousiasme et d'envie de vivre comme elle l'était !

Je sais ce que je veux, j’ai un but, j’ai un avis, j’ai une foi et un amour.

Elle-même était résolue à publier son journal au lendemain de la guerre, après avoir entendu, « à la radio de Londres, le ministre de l’Éducation du gouvernement néerlandais en exil dire qu’après la guerre il faudrait rassembler et publier tout ce qui avait trait aux souffrances du peuple néerlandais pendant l’occupation allemande. Il citait à titre d’exemple, entre autres, les journaux intimes. »

Aurait-elle été reconnue de son vivant et son journal aurait-il connu la même audience mondiale, ou comme pour Vincent, a-t-il malheureusement fallu que la semence meure pour que le fruit éclose post-mortem ?

Après être passées par Auschwitz, l'enfer bien organisé, Anne et sa sœur Margot contractent le typhus à Bergen-Belsen, l'enfer dans le chaos. Margot meurt probablement en février 1945 et, quelques jours plus tard, entre fin février et début mars, seule, épuisée et sans espoir, c'est Anne qui décède.

Le 3 mai 1944, elle nous confiait, pleine d'espérance :
Je suis jeune et je possède encore beaucoup de qualités enfermées en moi, je suis jeune et forte et je vis cette grande aventure, j’y suis encore complètement plongée et je ne peux pas passer mes journées à me plaindre, parce que je ne peux pas m’amuser ! J’ai reçu beaucoup d’atouts, une heureuse nature, beaucoup de gaieté et de force. Chaque jour je sens que je me développe intérieurement, je sens l’approche de la libération, la beauté de la nature, la bonté des gens de mon entourage, je sens comme cette aventure est intéressante et amusante ! 
Pourquoi serais-je donc désespérée ?
Anne n'avait pas encore 16 ans lorsque son corps et celui de Margot ont sans doute fini dans la fosse commune du camp de concentration, qui fut libéré par les troupes anglaises le 12 avril 1945. Juste quelques semaines de plus, et elle aurait peut-être survécu... Mais à quoi bon refaire le monde ?



Je terminerai ce billet sur ces mots d'Olivier Ertzscheid :
Pour ce texte, pour ce témoignage, pour ce qu'il représente, pour ce qu'il permet de ne jamais oublier et pour ce qu'il permettra à tant de lecteurs de construire et de comprendre, je garde la conviction qu'il n'y a pas d'autre combat à mener que celui de sa libération, pas d'autre hommage à rendre que celui de son partage sans limite, pas d'autre place à lui accorder que celle qui lui revient de droit en le laissant s'élever ce jour dans le domaine public.
En effet, l'année où le Mein Kampf de l'autre malade tombe dans le domaine public, il est quand même paradoxal, triste et outrageant, que le Journal d'Anne Frank soit encore sous droits d'auteur. Et ce n'est certes pas le meilleur moyen pour rendre hommage à cette adolescente, à sa mémoire et, à travers elle, au souvenir de millions de victimes inconnues restées sans voix.


P.S. Pour finir par là où j'ai commencé, voici une photo de la chambre d'hôtel où nous étions :


J'oubliais : une dernière anecdote qui m'a frappé. Lorsque nous avons fait une promenade en barque sur les canaux de la ville, le discours enregistré dans les différentes langues s'est attardé un instant sur les amsterdamois (histoire de simplifier l'orthographe) les plus célèbres dans le monde, dont la première personnalité citée n'est ni Vincent Van Gogh ni Johann Cruyff, mais bien Anne Frank !

lundi 15 août 2016

Trois défis pour l’économie à venir

J'ai découvert il y a quelques jours le post de Jeremiah Owyang intitulé Three Challenges for the Next Economy. Les arguments traités m'ont particulièrement frappé, car il s'agit d'une approche à laquelle je n'avais pas pensé, mais qui semble évidente en la lisant. J'ai donc demandé à Jeremiah l'autorisation de traduire son billet, qu'il m'a gentiment accordée. Dont acte.
À l’heure où nous inventons la prochaine économie, trois problématiques devraient être abordées : l’univers « autonome », le féodalisme de la Silicon Valley, et comment préserver la sécurité humaine face aux robots avancés de demain.

Pour la deuxième année, je participe à la prochaine conférence de Tim O’Reilly sur la Next:Economy, qui se déroulera à San Francisco les 10 et 11 octobre. Cette manifestation rassemblera en un même lieu des leaders et des capitaines d’industrie à l’avant-garde en matière de technologie et d’économie. L’événement donne le ton sur l’impact de la technologie pour les entreprises, les gouvernements, les sociétés et les économies mondiales.

Personnellement, j’anticipe trois formidables défis pour l’économie à venir :

- L’univers « autonome ». Lorsque les robots travaillent mieux que les humains, quel est le rôle de ces derniers ? Ce sujet, qui fut débattu lors de la dernière conférence Next:Economy, est un thème majeur - et nous sommes encore loin d’en avoir fixé les contours. Connaissez-vous ces prévisions de la Maison Blanche : 83 % des travailleurs qui perçoivent moins de 20 $ de l’heure pourraient être remplacés par des robots ; et environ un tiers de celles et ceux qui gagnent entre 21 $ et 40 $ de l’heure.

Nous devons donc établir un dialogue permanent sur les solutions possibles, y compris en conjuguant l’amélioration des compétences (bien qu’elles ne rattraperont probablement jamais celles des robots, dès lors que ceux-ci apprennent plus vite que les humains) et un revenu de base universel ou un salaire garanti pour compenser la situation des personnes en perte d’emplois face aux robots qui prendront leur place tout en augmentant la productivité.

- Est-ce que la Silicon Valley crée et globalise des modèles féodaux ? Au plan économique, est-ce la meilleure voie à suivre ? Cette question, que j’ai abordée à plusieurs reprises dans mes présentations, est une réaction au fait que les startups de la Silicon Valley sont détenues par 1 % de l’élite - qui crée ensuite les plateformes qu’utilise le reste de la société. Qui se cache derrière ce 1 % ? S’agit-il de dictateurs bienveillants ? De celles et ceux qui prennent les premiers risques ? De capitalistes méritants ? Plus simplement de gens chanceux ? Ou est-ce probablement une combinaison de tout ce qui précède ? Toutefois, la réalité est qu’ils sont en train de former le groupe le plus puissant de la planète. Prenons les exemples de Mark Zuckerberg, qui pourrait, sur un coup de tête, influencer le fil d’actualité de Facebook en le remplissant de contenus et d’histoires fluctuant d’une opinion de droite ou de gauche, selon les points de vue ; ou le développement de puissants programmes spatiaux par Elon Musk, qui commencent à poser un défi au secteur public aérospatial et innovent rapidement en matière d’exploration et de transport mondial du futur. Des entrepreneurs influents qui non seulement possèdent et contrôlent les données et les technologies que nous utilisons au quotidien, mais peuvent également financer les organismes sans but lucratif de leur choix grâce à leur richesse phénoménale, parfois en mesure de surpasser les dépenses du secteur public.

- Pour préserver l’économie humaine, nous faudra-t-il concevoir un interrupteur permettant d’éteindre à volonté l’intelligence artificielle ? Comment influencer, gérer, voire contrôler la robotique de pointe et les systèmes d’intelligence artificielle qui finiront par être supérieurs à l’intelligence humaine ? Devrions-nous prévoir un directoire en charge des normes, un ensemble de législations, ou une force de sécurité pour maîtriser les robots ? Au-delà des craintes véhiculées par les films de science fiction les plus dystopiques, que pouvons-nous faire hic et nunc pour préparer le terrain avant que ces technologies ne soient totalement autonomes, sans nécessiter aucune aide humaine ? À titre d’exemple, des scientifiques tentent de créer un système de procédures de contrôle et de contrepoids pour les robots avancés, capables de déclencher des dispositifs de sécurité positive, d’arrêt d’urgence ou d’autres mesures aptes à mettre en sûreté les personnes. Aujourd’hui, la création, la gestion et la prise en charge des technologies dépendent des hommes. Demain, les évolutions en cours généreront de nouvelles formes de co-dépendance. Après-demain, les technologies de pointe pourraient être indépendantes de toute intervention humaine… Serons-nous prêts pour affronter un tel avenir ?

Voici donc où nous en sommes. Trois dossiers distincts qui vont redéfinir l’économie du futur : des technologies capables de prévaloir sur les emplois humains, celles et ceux qui détiennent ces technologies, et trouver des points d’équilibre pour assurer la sécurisation des personnes. Des questions pressantes qui exigent que vous partagiez vos meilleures idées et toute votre ingéniosité afin de préparer ensemble les prochaines étapes de la technologie, du monde des entreprises, des pouvoirs publics, de la société et de l’économie.




mardi 12 avril 2016

L’homme trahi


J’ai un vortex dans la tête
qui me tourbillonne le cortex
et mélange tout
le mal de ce monde
et le bien d’ici et d’ailleurs
l’amour et la peur
le sexe et les promesses manquées
mes trahisons et celles des autres
dans un vide abyssal
une attente sans fin
une espérance déçue mais sûre
de voir naître enfin
l’homme

mais qu’ont fait de l’homme les hommes ?
qu’ont fait de l’enfance les hommes ?
et qu’avons-nous fait de la nature ?
de la beauté du monde ?
de l’enfance du monde ?
de l’amour du monde ?
partout où le regard se pose
tout n’est plus que haine
mensonge
corruption
sourires trompeurs
folie des intégrismes
terrorismes
le mensonge est la vérité
la vérité est le mensonge
sous couvert de légalité
d’autorité publique
la politique
les états
terrorisme d’état
les bourses
terrorisme du marché
horreur économique
l’argent-dieu
l’homme consommateur
l’homme contribuable
l’homme-néant
l’argent est tout, l’homme n’est rien
le riche est tout, le pauvre n’est rien
le riche a l’illusion de pouvoir TOUT acheter
le pauvre n’a plus RIEN à vendre
si ce n’est lui-même
parfois
mais toujours abusé
humilié, exploité
violé, volé à la vie
la vie est la mort
l’enfer sur la terre
le mal est le bien
le bien est le mal
l’honnêteté est le populisme
l’antipolitique du nouveau siècle !

mais si l’honnêteté est l’antipolitique
qu’est-ce que la politique ?
qu’est-ce que le politique ?
que sont les politiques ?
leurs trahisons et celles des autres ?

et l’honnête homme ?
l’homme de bonne volonté ?
l’homme trahi ?
et la femme ?

vastes questions
auxquelles je ne sais plus répondre
questions … sans réponses
pour combien de temps encore !?



P.S. Ce poème doit être le premier que j'écris depuis une bonne dizaine d'années...