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mardi 1 février 2011

L'OTAN et la démocratie

Billet "historique et prospectif", sans prétention aucune, mais long à lire...

Transitions
Yalta
La « doctrine Truman »
La « doctrine Truman » en Italie
L'Occident exportateur de démocratie...
Discours d'Obama au Caire
Post-Scriptum


* * *
Transitions

Dans un récent article de Jacques Attali, intitulé Transitions, je lis ceci :
Comment alors s’étonner que les peuples se retournent contre les démocraties qui les ont négligés ?

Pour aider à ces transitions, une solution simple serait de créer une nouvelle institution internationale, regroupant toutes les nations bénéficiant de la démocratie, revendiquant un devoir d’ingérence, et se donnant les moyens d’aider à la liberté politique, en fournissant aux peuples soumis des moyens spécifiques pour y soutenir la liberté de la presse, les partis politiques, les ONG, la lutte contre la pauvreté, et contre la corruption. Les embryons d’une telle institution existent : en économie, les démocraties sont rassemblées dans l’OCDE. En matière militaire, dans l’OTAN. Même si ce n’était pas, au départ, la raison d’être de ces deux institutions.
C'est moi qui graisse, car cette pensée selon laquelle, en matière militaire, les démocraties seraient rassemblées dans l’OTAN, m'interpelle particulièrement : au mieux je la trouve totalement saugrenue, au pire extrêmement trompeuse, voire dangereuse.

À vrai dire, j'ai commencé à m'intéresser à l'OTAN depuis que j'étudie de près l'histoire de l'Italie, et notamment les conséquences de l'influence de l'OTAN sur la situation que nous connaissons aujourd'hui (dont Silvio Berlusconi n'est qu'une excroissance tératologique, il faut bien l'avouer...).

Or la réflexion est d'importance, puisque si les États-Unis d'Amérique refont avec l'islamisme, en ce début de siècle, ce qu'ils ont fait avec le communisme à partir de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, alors il est sûr et certain que le monde va droit dans le mur...

Je signale en outre que, dans le cadre de ce billet, j'identifie l'OTAN avec les États-Unis d'Amérique, car indépendamment du nom, la substance ne change pas !

Personnellement, je fais remonter la genèse de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord à Yalta, sur les bords de la mer de Crimée, où Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline se réunirent en secret du 4 au 11 février 1945 pour décider de l’avenir du monde et prévoir la formation de gouvernements démocratiques dans l’Europe libérée...

(Ce qui suit est extrait du préambule de mon essai sur la République Italienne, commencé en début d'année dernière - et interrompu depuis en raison de l'absence totale d'intérêt d'un éditeur potentiel -, en vue du 150e anniversaire de l'Unité d'Italie, qui sera célébré le mois prochain : la date "officielle" est le 17 mars 2011, puisque le Royaume d’Italie fut proclamé par le comte de Cavour le 17 mars 1861...) [Début]


* * *

Voici un extrait du communiqué de presse publié le 11 février 1945 pour annoncer les accords de Yalta :

V. - Déclaration sur l’Europe libérée

« Le président du Conseil des Commissaires du Peuple de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, le Premier ministre du Royaume-Uni et le Président des États-Unis d’Amérique se sont consultés concernant les intérêts communs des peuples de leurs propres pays et de ceux de l’Europe libérée. Ils déclarent qu’ils sont d’accord pour coordonner, pendant la période temporaire d’instabilité politique en Europe libérée, la ligne de conduite adoptée par leurs trois gouvernements pour aider les peuples libérés de la domination de l’Allemagne nazie et les peuples des anciens satellites de l’Axe en Europe, à résoudre par des moyens démocratiques leurs difficultés politiques et économiques urgentes.

Le rétablissement de l’ordre en Europe et la reconstruction de la vie économique nationale devront être réalisés par des méthodes qui permettront aux peuples libérés d’effacer les derniers vestiges du nazisme et du fascisme et de se donner des institutions démocratiques de leur propre choix. C’est un des principes de la Charte de l’Atlantique que tous les peuples ont le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils entendent vivre et que les droits souverains et l’autonomie, dont ils ont été dépossédés de force par les pays agresseurs, doivent leur être restitués.

Afin de favoriser les conditions dans lesquelles les peuples libérés pourront exercer ces droits, les trois gouvernements prêteront conjointement leur aide aux peuples des États libérés d’Europe ou des anciens satellites de l’Axe, chaque fois qu’il sera nécessaire, en raison de la situation :
  1. d’assurer la paix intérieure du pays ;
  2. de prendre des mesures d’urgence pour soulager la détresse de la population ;
  3. d’installer des gouvernements provisoires dans lesquels seront largement représentés tous les éléments démocratiques de la population qui devront, par voie d’élections libres, constituer aussi rapidement que possible des gouvernements répondant à la volonté populaire et enfin de faciliter, si besoin en est, de telles élections.
Les trois gouvernements consulteront les autres Nations Unies et les gouvernements provisoires ou autres en Europe lorsqu’il s’agira d’examiner des questions les intéressant directement.

Lorsque, de l’avis de trois gouvernements, la situation dans un État européen libéré ou dans un ancien État satellite de l’Axe en Europe l’exigera, ils se consulteront immédiatement sur les mesures qu’ils devront prendre pour s’acquitter des responsabilités communes exposées dans la présente déclaration.

Nous réaffirmons ici notre foi dans les principes de la Charte de l’Atlantique, nous confirmons les engagements pris par nous dans la déclaration des Nations Unies et notre résolution d’édifier, en coopération avec les autres nations pacifiques, un ordre mondial régi par le droit et consacré aux intérêts de la paix, de la sécurité, de la liberté et de la prospérité commune.

En publiant cette déclaration, les trois puissances expriment l’espoir que le Gouvernement provisoire de la République française pourra bientôt se joindre à elles dans l’exécution du programme ci-dessus exposé. »

Donc si l’on peut dire que les accords de Bretton Woods, signés le 22 juillet 1944 aux États-Unis, ont tracé les grandes lignes économiques du système financier international après la Seconde Guerre mondiale, il est clair que les accords de Yalta ont dessiné, pour le bien et pour le mal, les nouvelles frontières politiques de l’après Guerre.

La référence faite à la Charte de l’Atlantique du 14 août 1941, qui « entreprend de jeter les fondements d’une nouvelle politique internationale » et servira de base aussi bien à la Déclaration des Nations unies (signée le 1er janvier 1942 par les représentants de 26 pays en guerre contre l’Allemagne) qu’à la Charte des Nations unies (signée le 26 juin 1945) réaffirme d’ailleurs l’espoir d’un « avenir meilleur pour le monde », et notamment le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Voici pour les grands principes. [Début]

Passons maintenant à la pratique.

Un article publié dans le Monde du 14 février 1945, intitulé « La conférence de Yalta », observe :
À l’issue de la conférence de Yalta, qui a duré huit jours pleins, MM. Churchill, Roosevelt et le maréchal Staline ont publié un communiqué qui est un compte rendu détaillé de leurs travaux. Tous les grands problèmes de la guerre et de la paix y sont abordés, sinon résolus, et si les clartés qu’on nous donne laissent encore subsister bien des ombres, c’est que dans le stade actuel de la guerre tout ne pouvait être réglé et, vraisemblablement, ce qui était réglé ne pouvait toujours être dit.
Or c’est dans l’espace aussi infini qu’indéfini de ce non-dit que s’ébauche l’histoire de la Ie République « démocratique » d’Italie !

Un pays dont il faut bien cerner la situation géopolitique au sortir de la guerre : un pays vaincu à la frontière du bloc occidental, en plein cœur d’une zone formée de l’Europe de l’Ouest, de la Méditerranée et du Moyen Orient, un pays absolument stratégique pour les États-Unis.

Lesquels ont parfaitement compris l’émergence du monde bipolaire qui s’annonce, avec le choc titanesque des deux blocs – capitaliste vs. communiste – sur fond de guerre froide.

Un nouveau cadre historique parfaitement théorisé par les États-Unis dans la « doctrine Truman », exposée par Harry Truman devant le Congrès américain le 12 mars 1947, et par l’URSS dans la « doctrine Jdanov », présentée le 22 septembre 1947 par le 3e secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique, dont la lecture, une fois expurgée de toute la propagande idéologique, n’est pas dénuée d’intérêt. Notamment au point III. Le plan américain d’asservissement de l’Europe :

La politique extérieure expansionniste, inspirée et menée par la réaction américaine, prévoit une activité simultanée dans toutes les directions :
  1. Mesures militaires stratégiques ;
  2. Expansion économique ;
  3. Lutte idéologique.
(…)
Le plan militaire stratégique des États-Unis prévoit la création, en temps de paix, de nombreuses bases et places d'armes, très éloignées du continent américain et destinées à être utilisées dans des buts d'agression contre l'U.R.S.S. et les pays de la nouvelle démocratie. Les bases américaines militaires, aériennes et navales, existent ou sont de nouveau en voie de création en Alaska, au Japon, en Italie, au sud de la Corée, en Chine, en Égypte, en Iran, en Turquie, en Grèce, en Autriche et en Allemagne occidentale.
(…)
L’une des lignes de la « campagne » idéologique qui accompagne les plans d’asservissement de l’Europe est l’attaque contre les principes de souveraineté nationale, l’appel à renoncer aux droits souverains des peuples, auxquels on oppose l’idée d’un « gouvernement mondial ». Le sens de cette campagne consiste à embellir l’expansion effrénée de l’impérialisme américain qui, sans cérémonie, porte atteinte aux droits souverains des peuples, et à présenter les États-Unis dans le rôle de champion des lois humaines, tandis que ceux qui résistent à la pénétration américaine sont présentés en partisans d’un nationalisme « égoïste » périmé.
(…)
La « doctrine Truman » et le « plan Marshall » sont, dans les conditions actuelles aux États-Unis, l’expression concrète des efforts expansionnistes. Au fond, ces deux documents sont l’expression d’une même politique, bien qu’ils se distinguent par la forme sous laquelle y est présentée une même et seule prétention américaine d’asservir l’Europe.

En ce qui concerne l’Europe, les principales lignes de la « doctrine Truman » sont les suivantes :

  1. Création de bases américaines dans la partie orientale du bassin méditerranéen, afin d’affermir la domination américaine dans cette zone ;
  2. Soutien démonstratif des régimes réactionnaires en Grèce et en Turquie, etc.
Car il est clair qu’après la guerre, les États-Unis réorientent dans un axe strictement anticommuniste les priorités de leur politique étrangère, et pour ce faire ils vont faire appel aux services et à l’anticommunisme viscéral des (ex-) fascistes dont l’Europe est pleine (mais pas seulement, puisqu’il en ira de même au Japon et en Amérique latine), amnistiés et réhabilités pour l’occasion.

D’où le soutien affiché ou latent aux dictatures de droite partout dans le monde, mais aussi l’utilisation massive des militants d’extrême-droite et, dans le cas spécifique à l’Italie, des membres de la mafia.

Autant d’affirmations qui ne sont pas des supputations, mais des vérités historiques largement documentées : c’est la politique d’endiguement (containment) préconisée par la « doctrine Truman » pour stopper l'expansion de la zone d'influence soviétique et contrer les États susceptibles d'adopter le communisme, que la doctrine antagoniste de Jdanov nomme politique extérieure expansionniste et impérialiste, dont il identifie les trois principaux axes d’intervention :
  1. Mesures militaires stratégiques, notamment avec la création de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et l’installation en Belgique de son commandement militaire – le SHAPE...
  2. Expansion économique,
  3. Lutte idéologique.
[Début]
* * *
J'arrête là la citation de mon livre pour en revenir à mon blog, et notamment au billet Obama vs. Berlusconi, où j'indique dans quels documents du National Security Council (NSC) on retrouve trace de cette "doctrine Truman" appliquée à l'Italie :
  1. Le document NSC n° 1/3 du 8 mars 1948, à la veille des élections cruciales du 18 avril suivant, pose directement le problème de la possible conquête du pouvoir par les communistes « par des moyens légaux », auquel cas les États-Unis devraient immédiatement répondre, y compris en fournissant une assistance financière et militaire à la base anti-communiste italienne. N'oublions pas que le 3 avril 1948, le congrès américain adoptait le plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe après la deuxième guerre mondiale.
  2. Le document NSC n° 10/2 du 18 juin 1948 affirme que les activités officielles à l'étranger seraient accompagnées d'opérations "couvertes" pour qu'il ne soit pas possible de remonter à la responsabilité du Gouvernement des États-Unis.
  3. Le document NSC n° 67/3 du 5 janvier 1951 (indisponible dans son intégralité, aujourd'hui encore, puisqu'une bonne partie reste sous secret militaire), prévoit explicitement des initiatives des États-Unis « pour empêcher la prise du pouvoir par les communistes. »
C'est le programme tout tracé de la stratégie de la tension, qui avait pour but délibéré non seulement d'installer un climat de violence politique afin de favoriser l'émergence d'un état autoritaire, mais aussi et surtout de faire en sorte que des attentats exécutés par des néofascistes et des subversifs d'extrême droite fussent faussement attribués aux réseaux gauchistes.
Par conséquent, je ne saurais faire ici le décompte de tous les régimes autoritaires (pour employer un euphémisme) ouvertement soutenus ou mis en place dans le monde depuis 1945 par les États-Unis [Grèce, Portugal et Espagne en Europe, combien de pays en Amérique latine ? quant au Japon et à l'Italie ("démocratie à souveraineté limitée"), ils mériteraient un chapitre à part entière (lire aussi, 134 milliards de dollars - l'opération Lys d'Or et le Traité de Versailles !)], au nom d'une Realpolitik dont Henry Kissinger fut l'un des principaux artisans, mais le fait est qu'on pourrait la qualifier de politique NIMBY, qui a simplement consisté à combattre un totalitarisme par des dictatures...

Ni plus ni moins. L'important était que tout cela se passât loin des États-Unis ! [Début]

* * *
L'Occident exportateur de démocratie...

Or plus de deux décennies après l'écroulement du Mur de Berlin rien n'a changé, au contraire, puisque ce qui fut hier l'affrontement de deux mondes - communisme vs. capitalisme -, redevient aujourd'hui l'affrontement de deux nouveaux blocs, encore plus vastes mais aux contours moins bien définis : intégralisme islamique vs. occident exportateur de démocratie, avec une fois de plus l'Europe à la traîne des États-Unis...

Comme si l'histoire millénaire et tragique des Guerres de religion ne pouvait rien enseigner au présent !

Mais des États-Unis en déclin, contrairement à la position qui était la leur à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (ils étaient alors considérés comme des libérateurs et leur suprématie n'était pas remise en cause, sauf par l'URSS), et qui n'ont probablement plus les moyens de leurs ambitions : dans ce cadre, poursuivre aujourd'hui la même logique que celle déployée hier contre l'anticommunisme, pour combattre l'intégralisme islamique par d'autres dictatures serait une ERREUR POLITIQUE phénoménale !

Hier, en dépit des intentions proclamées au grand jour de permettre « aux peuples libérés » « de se donner des institutions démocratiques de leur propre choix », les vainqueurs tramaient dans l'ombre « pour empêcher la prise du pouvoir par les communistes », y compris « par des moyens légaux », à savoir par la « voie d’élections libres ».

Une violation évidente des principes de la Charte de l’Atlantique selon lesquels « tous les peuples ont le droit de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils entendent vivre » et « que les droits souverains et l’autonomie ... doivent leur être restitués », tout comme de l'élémentaire « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », réaffirmé dans la Charte des Nations unies.

Quant à l’espoir d’un « avenir meilleur pour le monde », dans le sillage d'un « ordre mondial régi par le droit et consacré aux intérêts de la paix, de la sécurité, de la liberté et de la prospérité commune », je ne pense pas qu'aucun gouvernement occidental aurait aujourd'hui l'impudence de prétendre exporter le "modèle démocratique" à toutes les nations de la terre, ni l'inconscience de dire aux peuples révoltés (ou en passe de l'être), d'Égypte, de Tunisie, du Maroc, d'Algérie, d'Albanie, d'Afghanistan, de Libye, de Syrie, de Jordanie, du Liban, du Soudan, du Yemen et d'ailleurs, que mieux vaut, pour leur propre bien, leur imposer une dictature - d'autant plus facile à manipuler qu'elle sera corrompue -, plutôt que de reconnaître leur droit légitime à l'autodétermination.

Pratiquement, ce sont les principaux pays de la Ligue arabe qui sont en ébullition !

Et quand Israël, enserré dans l'étau de la liberté exprimé par le réveil du monde arabe, s'entête en ­pressant Washington ­et l'Europe ­de ­soutenir Moubarak envers et contre tout, sous prétexte que sans Moubarak ce sera la guerre, en allant jusqu'à fournir en ce moment-même du matériel militaire au régime à l'agonie, je pense que là encore Israël commet une ERREUR POLITIQUE majeure qui va exactement à l'encontre des intérêts que son État prétend défendre...

Car après, « comment alors s’étonner que les peuples se retournent contre les démocraties qui les ont négligés ? »

Je suis évidemment heureux que l'Amérique ait empêché hier l'expansion du totalitarisme communiste, mais cela ne veut pas dire que les moyens discutables qui furent employés soient transposables à la réalité d'aujourd'hui. Car sur les plateaux de la balance d'un monde juste, les bénéfices obtenus dans l'immédiat ou à moyen terme compenseront-ils les dommages sur le long terme ?

On l'observe avec l'Italie de Berlusconi : après des décennies de souveraineté limitée, nous voyons ces jours-ci une majorité du pays sans plus aucune conscience critique, incapable de réagir à un régime au moins aussi déclinant que celui de ses "amis" Moubarak, Ben Ali, etc., où la population regarde avec envie ce qui se passe à Tunis ou au Caire et assiste à la révolte / révolution de ces pays au sang neuf, en se demandant dépitée pourquoi cette apathie d'une opinion publique sous hypnose, frappée d'un syndrome de Stockholm tout à fait incompréhensible aux yeux des observateurs étrangers.

Donc même si je ne demande qu'une chose (que la réalité des faits démente mon analyse), il est clair que la démocratie ne s'exporte ni ne s'impose, elle se conquiert par la base et par la libre volonté des peuples.

Nous verrons d'ailleurs si le peuple italien, à la veille de célébrer les 150 premières années de son "unité", aura la maturité nécessaire pour éradiquer le cancer berlusconien afin de repartir sur de nouvelles bases, une maturité qui lui a manqué au début des années 90...

Mais "accompagner" ici et là ces transitions en créant une nouvelle institution internationale, regroupant toutes les nations bénéficiant de la démocratie, revendiquant un devoir d’ingérence, et se donnant les moyens d’aider à la liberté politique, en fournissant aux peuples soumis des moyens spécifiques pour y soutenir la liberté de la presse, les partis politiques, les ONG, la lutte contre la pauvreté, et contre la corruption, me semble un pari extrêmement risqué, en ce sens qu'il se fonde sur le postulat d'une "vérité" dont l'histoire a montré qu'elle était loin d'être acquise !

Sûrement vaudrait-il mieux essayer d'inventer de nouvelles formes de "coopétition" entre les peuples, mais cela ne se fera jamais avec des politiques qui manquent d'imagination. [Début]

* * *
Cela me fait penser au discours précurseur tenu par Obama ... au Caire, c'était pas plus tard qu'en juin 2009 :


Les questions courageusement abordées par Obama sont :
  • l'extrémisme violent sous toutes ses formes
  • l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iraq
  • la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
  • les droits et les responsabilités des nations sur la question des armes nucléaires
  • la démocratie
  • la liberté religieuse
  • les droits de la femme
  • l'intérêt commun à favoriser le développement et les opportunités économiques
Un discours qu'il vaudrait peut-être la peine de réanalyser en profondeur, vu ce qui se passe à présent et risque de se passer demain...

Pour conclure, je ne résiste pas à l'envie de vous en citer intégralement la fin :
Nous partageons tous cette planète pendant un court instant. À nous de décider si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous sépare ou si nous nous engageons à faire ce qu'il faut - de façon soutenue - pour trouver un terrain d'entente, pour nous concentrer sur l'avenir que nous désirons pour nos enfants, et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.

Tout ceci n'est pas simple. Il est plus facile de se lancer dans une guerre que de faire la paix. Il est plus facile de blâmer autrui que de s'examiner soi-même ; il est plus facile de voir ce qui nous distingue, plutôt que ce que nous avons en commun. Mais il faut choisir le bon chemin, et non le plus facile. Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C'est une croyance qui n'est pas nouvelle, qui n'est ni noire ni blanche ni basanée, qui n'est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C'est une foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le cœur de milliards d'êtres humains. C'est la foi dans autrui et c'est ce qui m'a mené ici aujourd'hui.

Nous avons le pouvoir de construire le monde auquel nous aspirons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant à l'esprit ce qui a été écrit.

Le Saint Coran nous dit : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. »

Le Talmud nous dit : « Toute la Torah a pour objectif de promouvoir la paix. »

La Bible nous dit : « Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. »

Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C'est maintenant notre tâche sur cette Terre. Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.
Pour le reste, OTAN en emporte le vent... [Début]


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P.S. Je ne peux pas évoquer l'OTAN et l'Italie sans parler de la France, et notamment de la décision annoncée par le Général de Gaulle en 1966 :
« La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’Alliance. »

[La France] « se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ». Certes, elle « est disposée à s’entendre avec [ses alliés] quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés ». Bref, elle « croit devoir, pour son compte, modifier la forme de [l’]alliance sans en altérer le fond ».
Nous avons donc là deux visions totalement opposées, avec une réaffirmation forte de la souveraineté nationale pour la France, face à une Italie à souveraineté limitée sans véritable géopolitique, à noter d'ailleurs que le pays accueille encore aujourd'hui, 65 ans après la fin de la guerre, plus d'une centaine de bases américaines sur son sol...

Or comme l'observait en 2008 Dominique Vidal : « Quatre décennies plus tard, comment ne pas être frappé par l’étonnante actualité de ces débats, mais aussi par la cohérence, sur la longue durée, de la pensée stratégique du général de Gaulle ? »

Et de conclure :
L’échappée belle n’aura qu’un temps. Après la démission, puis la disparition du général, ses successeurs – de Georges Pompidou à François Mitterrand – referont progressivement le chemin à l’envers. Et, comme pour préparer le trentième anniversaire de la lettre à Johnson, la France réintègrera, le 5 décembre 1995, le conseil des ministres et le comité militaire de l’OTAN. Héritier déclaré du général de Gaulle, le président Jacques Chirac ouvrira ainsi la porte à une réintégration de la France dans l’OTAN, que M. Nicolas Sarkozy cherche à parachever.
Une parenthèse gaulliste de 43 ans finalement refermée par Nicolas Sarkozy, qui a réintégré la France dans l’OTAN en 2009 : un "acte historique" n'ayant pas fait que des heureux, voir ici ou , par exemple...

J'ai été très frappé de lire un jour l'opération Sarkozy, écrit par Thierry Meyssan, article qui n'a pourtant pas fait l'objet, sauf erreur de ma part, d'une plainte en diffamation de la part de Sarkozy. Étonnant !

Or je ne connais pas Thierry Meyssan, je vois seulement qu'il fait l'objet d'attaques très violentes sur le Web, personnellement je n'ai aucune information le concernant qui pourrait m'induire à penser dans un sens ou dans l'autre, donc pour l'instant je préfère me baser uniquement sur les faits que je peux vérifier. Et les faits me disent que beaucoup des choses qu'il a écrites, notamment sur Stay-Behind et sur la situation du Japon au sortir de la guerre, sont entièrement recoupées par mes propres recherches sur l'histoire de l'Italie. Je ferai donc miens les mots de ce commentaire de Nelly : « C’est un article intéressant. S’il nous vient des doutes on peut toujours se renseigner, les informations ne manquent pas sur la toile. »

Article dans lequel il est également question de Frank Wisner Jr. - je note au passage -, actuel émissaire de Barack Obama auprès de Mubarak ("the exact wrong person to send", selon certains à Washington, et ailleurs) (du reste, cet ex-collaborateur de Kissinger, plus récemment lobbyiste en Égypte pour le compte de la firme Patton Boggs, membre du Directoire de la Banque Commerciale Internationale d'Égypte, a été rappelé dans la foulée !)...

Donc quand on met ensemble différents éléments, évidemment on se pose des questions. Mais ce n'est pas interdit, que je sache, et cela fait même partie de la normale dialectique démocratique. Alors que chacun se fasse son propre avis, du reste le discernement individuel devrait être ce qui distingue tout citoyen responsable...

Je vous encourage par conséquent à lire le réseau Voltaire sur la situation actuelle, cela devrait donner à chacun des arguments pour approfondir la situation. En tout cas, j'espère que le présent billet pourra fournir son apport et contribuer ainsi au débat général, vu que l'évolution de ce qui se passe ces jours-ci aura forcément un impact dans nos vies quotidiennes.

OTAN se faire une idée :-) [Début]

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vendredi 27 août 2010

La géopolitique dans l'Italie républicaine


Prenons un peu de hauteur. Comme je l'ai déjà laissé entrevoir sur le concept de "souveraineté limitée de l'Italie" d'une part, et sur la nécessité d'une mise en perspective historique de ce pays de l'autre si l'on veut mieux le comprendre, j'ai découvert cette semaine l'éditorial de Tiberio Graziani, président de l’IsAG (Istituto di Alti Studi in Geopolitica e Scienze Ausiliarie) et directeur de la revue Eurasia, qui s'intitule La geopolitica nell'Italia repubblicana. En voici la traduction, avec son aimable autorisation.

Je réserve mon analyse pour un billet à venir.

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[MàJ - 28 août 2010] Suite à la publication de ma traduction, l'auteur a publié ce billet sur le réseau Voltaire, sous le titre : « L'Italie à la recherche de sa géopolitique ».

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La géopolitique dans l'Italie républicaine

Un pays à souveraineté limitée

En dépit de sa situation géographique enviable et des spécificités de sa structure morphologique, l'Italie n'a actuellement aucune doctrine géopolitique.

Cela est essentiellement dû aux trois éléments suivants : a) l'appartenance de l'Italie à la sphère d'influence nord-américaine (le système occidental) ; b) la crise profonde qui caractérise l'identité nationale ; c) le manque de culture géopolitique de ses classes dirigeantes.

Le premier élément, outre limiter la souveraineté de l'État italien dans de nombreux secteurs, du domaine militaire à la politique étrangère, pour ne citer que les plus importants du point de vue géopolitique, influe sur la politique intérieure et l'économie, sur les choix stratégiques en matière d'énergie, sur la recherche technologique, sur le développement des grandes infrastructures et, last but not least, sur les politiques nationales de lutte contre le crime organisé. L'Italie républicaine, en raison des conséquences notoires du Traité de paix de 1947 et en vertu de l'ambiguïté idéologique de sa charte constitutionnelle, aux termes de laquelle la souveraineté appartiendrait à une entité socioéconomique et culturelle, par ailleurs changeante et vaguement homogène - le peuple -, plutôt qu'à une entité politique bien définie comme l'État (1), a suivi la règle d'or du « réalisme collaborationniste ou boiteux », à savoir qu'elle a renoncé à la responsabilité de prendre en main son propre destin (2). Une abdication qui place l'Italie dans un état de « subordination passive » et lie ses choix stratégiques à la « bonne volonté de l'État subordonnant » (3).

Le deuxième élément invalide l'un des facteurs nécessaires à la définition d'une doctrine géopolitique cohérente. La crise de l'identité italienne est due à des causes complexes, qui remontent à l'amalgame mal réussi des différentes idéologies nationales (d'inspiration catholique, monarchique, libérale, socialiste, laïque et maçonnique) ayant soutenu l'unification de l'Italie, l'édification de l'État unitaire et, après la parenthèse fasciste, la réalisation de l'actuelle organisation républicaine. Cette crise d'identité nationale est également due à l'expérience fasciste mal digérée et au traumatisme laissé par la défaite du conflit mondial. La rhétorique romantique de l'État-nation, le mythe de la nation puis ceux de la résistance et de la « libération » n'ont certainement pas rendu un bon service aux intérêts de l'Italie, toujours à la recherche de son identité nationale à la veille du cent-cinquantenaire de son unification.

Le troisième facteur, enfin, en partie lié aux précédents pour des motifs historiques, ne permet pas d'inscrire les axes géopolitiques de l'Italie parmi les priorités de l'agenda national.

Pour autant l'alternance des vicissitudes de la République italienne a toujours connu une certaine forme de géopolitique ou, plutôt, une politique étrangère s'appuyant principalement sur sa situation géographique pour répondre aux intérêts nationaux et, donc, excentrée par rapport aux indications états-uniennes, exclusivement destinées à assurer l'hégémonie de Washington dans la région méditerranéenne. Notamment avec l'attention de politiciens comme Aldo Moro, Giulio Andreotti et Bettino Craxi, ou de grands commis de l'État tels que Enrico Mattei, tournée vers les pays d'Afrique du Nord, du Proche- et du Moyen-Orient, qui, bien que se limitant à des relations de « bon voisinage » et de « co-prospérité », était résolument conforme à la position géographique de l'Italie au sein de la Méditerranée d'une part, mais aussi fonctionnelle à l'émancipation potentielle, future et souhaitable de l'Italie démocratique vis-à-vis de la "tutelle" nord-américaine, de même qu'au rôle régional que Rome aurait pu exercer, y compris dans le cadre d'un système bipolaire rigide. De telles initiatives auraient ainsi pu jeter les bases pour définir les axes stratégiques de ce que l'argentin Marcelo Gullo appelle le « réalisme libérationniste » dans son étude sur la construction de la puissance des nations, afin de faire transiter l'Italie d'un état de « subordination passive » à un état de « subordination active » : une étape cruciale pour conquérir des espaces d'autonomie sur la scène internationale.

Or l'échec de la modeste politique méditerranéenne de l'Italie républicaine est dû non seulement à l'ingérence des États-Unis, mais également à la nature épisodique de sa mise en œuvre et à l'attitude adverse de groupes de pression internes - davantage philo-américains et pro-sionistes - qui l'ont entravée. Ainsi, avec la fin du bipolarisme et de la soi-disant Première République, les initiatives ci-dessus, visant à donner à la politique étrangère italienne une plus grande autonomie, quand bien même limitée, se sont évanouies.

L'Italie d'aujourd'hui, en tant que pays euro-méditerranéen soumis aux intérêts nord-américains, se retrouve dans une situation extrêmement délicate, puisque, du fait de sa double appartenance à l'Union européenne et à l'OTAN, non seulement elle subit le contre-coup des tensions générées entre les États-Unis et la Russie en Europe continentale, et en particulier dans la région centre-orientale (voir la question polonaise au niveau de la « sécurité » ou en matière d'énergie), mais également les répercussions des politiques de Washington au Proche- et au Moyen-Orient. En outre, rappelons-le, l'assujettissement de l'Italie aux États-Unis se traduit par une limitation évidente de la souveraineté de l'État italien, accroît les fragilités typiques des zones péninsulaires (tensions entre la partie continentale du pays, quand bien même elle reste limitée dans le cas de l'Italie, et les régions péninsulaires et insulaires à proprement parler) et augmente les pressions centrifuges jusqu'à rendre difficile la gestion administrative normale de l'État.

Militairement occupée par les États-Unis - dans le cadre de l' « alliance » atlantique - avec plus d'une centaine de bases sur son sol (4), sans ressources suffisantes en énergie, économiquement fragile et socialement instable compte tenu de l'érosion constante d'un "État social" désormais à l'agonie, l'Italie n'a pas de marges de liberté telles qu'elles lui permettraient de faire valoir les lignes directrices naturelles de son potentiel géopolitique et géostratégique - lignes directrices tracées par la Méditerranée et par la zone adriatique-balkanique-danubienne -, sauf dans les limites de stratégies imposées Outre-Atlantique qui profitent par conséquent à des intérêts extra-nationaux et extra-extracontinentaux.

Les opportunités pour l'Italie de découper son propre rôle géopolitique sont donc externes à la volonté de Rome, et résident dans les retombées qu'aura l'actuelle évolution de la scène mondiale - désormais multipolaire - dans le bassin méditerranéen et en Europe continentale. Or ce sont justement les grands bouleversements géopolitiques en cours, principalement déterminés par la Russie, qui pourraient renforcer le rôle stratégique de l'Italie en Méditerranée, dans le cadre de la mise en place et de la consolidation du nouveau système multipolaire et de l'intégration potentielle de l'Eurasie.

En effet, il faut bien comprendre que la structuration de ce nouveau système géopolitique multipolaire passe, pour des raisons évidentes, par un processus de dislocation ou de redimensionnement du système occidental contrôlé par les État-Unis, processus qui commence à la périphérie du système dont les contours sont formés par la masse euro-afro-asiatique, par la péninsule européenne, le bassin méditerranéen et l'arc insulaire japonais.

Russie et Turquie : les deux pôles géopolitiques

Les changements récents du cadre géopolitique mondial ont produit certains facteurs qui pourraient permettre à la plupart des pays formant ce que l'on appelle le système occidental de se "dégager" de la tutelle de l' "ami américain". Cela pourrait mettre Rome en mesure d'appliquer sa propre doctrine géopolitique, en phase avec le nouveau contexte mondial.

Comme on le sait, la réaffirmation de la Russie comme acteur au niveau mondial et le rôle prépondérant de la Chine et de l'Inde ont remis à plat les relations entre les grandes puissances et jeté les bases pour la création d'un nouvel ordre mondial, fondé sur des unités géopolitiques continentales s'appuyant non plus sur des rapports de force militaires, mais sur des alliances stratégiques. On enregistre aussi ces changements dans la partie sud de l'hémisphère oriental, hier encore le jardin des États-Unis, où les relations qu'entretiennent désormais le Brésil, l'Argentine et le Venezuela avec les puissances eurasiennes susmentionnées ont donné un nouvel élan à l'hypothèse d'une unité continentale sud-américaine. En Méditerranée, le premier de ces facteurs d'une nouvelle organisation géopolitique est celui de l'inversion de tendance d'Ankara dans ses politiques au Proche- et au Moyen-Orient. Car à moyen terme, le détachement de la Turquie vis-à-vis de Washington et de Tel-Aviv pourrait avoir des conséquences géopolitiques d'une vaste portée pour constituer un espace géopolitique eurasien intégré, en représentant la première étape concrète sur laquelle greffer le processus de dislocation (ou de limitation) du système occidental, justement à partir du bassin méditerranéen.

Compte tenu des conditions actuelles, les pôles géopolitiques sur lesquels devrait se concentrer une Italie qui aurait réellement l'intention de s'émanciper de la tutelle des États-Unis sont donc la Turquie et la Russie. Un alignement de Rome sur la politique proche-orientale turque fournirait à l'Italie la crédibilité nécessaire, sévèrement ternie par ses relations de vassalité envers Washington, pour donner une orientation géopolitique aux politiques de coopération lasses du Ministère italien des Affaires étrangères avec la rive sud de la Méditerranée et le Proche-Orient. D'autre part cela mettrait Rome en condition, au côté de (et grâce à) son allié turc, pour le moins de renégocier la position humiliante et lourde de l'Italie au sein de l'OTAN - voire de dénoncer le Traité de l'Atlantique Nord -, et, dans un même temps, d'envisager la reconversion des sites militaires de l'OTAN en bases utiles à la sécurité de la Méditerranée. L'Italie et la Turquie, ainsi que d'autres pays méditerranéens riverains, pourraient ainsi réaliser un système de défense intégré, sur l'exemple de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).

Dans la mise en œuvre d'une "stratégie de sortie" de ses obligations vis-à-vis des États-Unis, telle que nous l'avons esquissée ci-dessus, Rome pourrait compter sur le soutien assuré non seulement d'Ankara, mais également de Tripoli, de Damas, de Téhéran et, bien sûr, de Moscou. Du reste, la Russie soutiendrait certainement Rome pour sortir de l'orbite des États-Unis, tout en favorisant sa projection géopolitique naturelle le long de l'axe adriatique-balkanique-danubien, naturellement dans le cadre d'une entente italo-russo-turque construite autour d'intérêts communs visant la mise en œuvre d'une "Méditerranée élargie" (c'est-à-dire comprenant les Mers Méditerranée, Noire et Caspienne).


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(1) Cf. deuxième partie de l'Article 1 de la Constitution italienne :
L'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail. La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution.
Voici les notes originales, directement traduites par les soins de M. Tiberio Graziani :
  1. En ce qui concerne l'étude de la genèse de l'article 1 de la Constitution italienne, en particulier le deuxième paragraphe (La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution), et l'absence d'un article spécifique de la Constitution consacré à l'Etat et sa souveraineté, comme demandé par Dossetti, voir Maurizio Fioravanti, Costituzione e popolo sovrano, il Mulino, Bologna 2004, p.11 e pp. 91-98.
  2. Marcelo Gullo, La insurbodinación fondante, Editorial Biblos, Buenos Aires 2008, p. 26-27.
  3. Marcelo Gullo, ibid.
  4. Fabrizio Di Ernesto, Portaerei Italia. Sessant’anni di NATO nel nostro Paese, Fuoco Edizioni, Roma 2009.
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lundi 22 juin 2009

Obama vs. Berlusconi


Lundi dernier, 15 juin, Barack Obama recevait Silvio Berlusconi à Washington.


Or derrière les sourires de circonstance et les accords de convenance, il se pourrait bien qu'en coulisse le bras de fer de l'Amérique soit en train de s'abattre, une fois de plus, sur un État italien à "souveraineté limitée".

En clair, un pays à souveraineté limitée est un pays qui n'est pas maître chez soi, ce qui fut pendant des décennies la réalité italienne, la réalité d'un pays sous influence durable, d'une Italie limitée dans ses choix "démocratiques" depuis l'après-guerre.

Une réalité historiquement documentée dont je citerai un seul exemple parmi tant d'autres : le 3 août 1995, Giovanni Motzo, Ministre pour les Réformes Institutionnelles de l'époque (déjà...), déclarait dans une interview au journal "Avvenire" :
Au cours de la dernière décennie, des événements concrètement liés à l'existence d'accords secrets internationaux ont fait ressortir une situation de véritable incertitude constitutionnelle.
Le journaliste, Antonio Mira, lui rétorque :
Journaliste : - Monsieur le Ministre, qu'entendez-vous par là ?

Ministre : - Je me réfère aux accords exécutifs qui ne passent pas devant le Parlement mais sont signés exclusivement par le Gouvernement. Ces documents, top secrets, régissent habituellement les questions relatives aux bases militaires étrangères et de l'OTAN en Italie, au quartier général de l'OTAN, au transit et au séjour des troupes.

(...)

J. : - Certains évoquent une souveraineté limitée de notre pays...

M. : - En partie, ils ont raison.

J. : - C'est la première fois qu'un gouvernement met en doute la légitimité de ces secrets.

M. : - Eh bien, il serait temps. Pensez que l'accord bilatéral États-Unis-Italie signé en 1961 est toujours en vigueur.

J. : - En connaissons-nous le contenu ?

M. : - Il y en aurait deux versions... Nous en connaissons quelques articles. Où l'accord prévoit que les Etats signataires s'engagent à se prêter assistance mutuelle, et prévoit également l'envoi de conseillers militaires américains en Italie.
Bref aperçu historique : issu des cellules stay-behind coordonnées par l'OTAN au sortir de la deuxième guerre mondiale, présentes dans plus d'une dizaine de pays d'Europe de l'Ouest, le réseau Gladio (mot italien pour "glaive") était initialement l'organisation clandestine italienne correspondante, théoriquement chargée de combattre une éventuelle invasion de l'URSS et des pays du Pacte de Varsovie, justement en agissant "derrière les lignes".

Je vous laisse approfondir en suivant les liens de Wikipédia si ça vous intéresse, mais le concept de "souveraineté limitée" que je souhaite approfondir ici n'est présent sur aucun des deux articles, français et italien.

Pour qui parle italien, je recommande donc chaudement cette leçon de Gianni Barbacetto, tenue le 3 décembre 2008 à l'Université Roma Tre, où le journaliste affirme même qu'en Italie aucun président du conseil n'aurait pu occuper ce poste sans l'aval des américains...



En clair, quand bien même élu par le peuple, le président du conseil italien avait besoin de recevoir une habilitation NOS (Nulla Osta Sicurezza) des services secrets militaires italiens, directement assujettis au bon vouloir de la CIA ! Un aspect que n'aborde absolument pas le rapport Andreotti sur Gladio, bien sûr.

Essayez, juste un instant, de transposer une telle situation à la France...

Bon, ceci dit, en Italie le gouvernement a officiellement dissous le réseau stay-behind le 27 novembre 1990, et les choses ont dû changer depuis, pour autant que l'on sache (car, pour le moins, 5 ans après la dissolution du réseau, les propos du Ministre Motzo peuvent laisser planer quelques doutes)...

Donc, pour en revenir à Barbacetto, selon lui, cette "souveraineté limitée" est théorisée par la doctrine Truman, qui tire son nom du fameux discours prononcé le 12 Mars 1947 par le président américain Harry Truman sur la disponibilité des Etats-Unis d'intervenir dans toute région du monde, menacée par les Soviétiques et intoxiquée par le communisme.

Pour l'Italie, on retrouve trace de cette "doctrine Truman" dans différents documents du National Security Council (NSC) :
  1. Le document NSC n° 1/3 du 8 mars 1948, à la veille des élections cruciales du 18 avril suivant, pose directement le problème de la possible conquête du pouvoir par les communistes « par des moyens légaux », auquel cas les États-Unis devraient immédiatement répondre, y compris en fournissant une assistance financière et militaire à la base anti-communiste italienne. N'oublions pas que le 3 avril 1948, le congrès américain adoptait le plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe après la deuxième guerre mondiale.
  2. Le document NSC n° 10/2 du 18 juin 1948 affirme que les activités officielles à l'étranger seraient accompagnées d'opérations "couvertes" pour qu'il ne soit pas possible de remonter à la responsabilité du Gouvernement des États-Unis.
  3. Le document NSC n° 67/3 du 5 janvier 1951 (indisponible dans son intégralité, aujourd'hui encore, puisqu'une bonne partie reste sous secret militaire), prévoit explicitement des initiatives des États-Unis « pour empêcher la prise du pouvoir par les communistes. »
C'est le programme tout tracé de la stratégie de la tension, qui avait pour but délibéré non seulement d'installer un climat de violence politique pour favoriser l'émergence d'un état autoritaire, mais aussi et surtout de faire en sorte que des attentats exécutés par des néofascistes et des subversifs d'extrême droite fussent faussement attribués aux réseaux gauchistes.

Je ne veux pas dire par là que tout ce qui s'est passé ensuite est à mettre au crédit de Stay-Behind, puisque de tous les pays où les armées secrètes de l'OTAN étaient présentes, seule l'Italie a connu de telles dérives, et dans de telles proportions.

Avec comme but évident de terroriser la nation pour affaiblir le Parti communiste qui se renforçait, et pour induire le peuple - à son insu, bien évidemment, et plutôt de force que de gré - à accepter "le" pouvoir voulu par des "instances supérieures".

Naturellement, l'état faisait partie intégrante de cette stratégie. Un exemple entre tous, parfaitement avéré, est celui des "affiches chinoises", dans le sillage des opérations "false flag", qui consista, en février 1966, à tapisser les murs de Rome, Milan, Mestre, Venise, Padoue, etc., d'affiches de propagande pour la Chine maoïste divulguées par de fantomatiques groupes communistes italiens filo-chinois.

En réalité, toute l'opération fut montée par Federico Umberto D'Amato, chef du Bureau des Affaires réservées du Ministère de l'Intérieur de l'époque ! Idem pour l'attentat de piazza Fontana :
Imaginé avant 1968 pour contrer le "péril communiste" par Federico D’Amato, chef du bureau des affaires réservées du ministère de l’intérieur, membre de la loge P2 et Yves Guillou alias Guérin-Serac, néo-fasciste français, ce 12 décembre 1969 inaugurait la "stratégie de la tension". Le principe clairement exprimé dans un document intitulé "Notre action politique" consiste à réaliser des attentats meurtriers dans des lieux publics et à les revendiquer au nom de l’extrême gauche. "Quand on les frappe et qu’ils ne peuvent pas se défendre, les petites gens vont réclamer un Etat fort", déclarera Delfo Zorzi, un néo-nazi qui a avoué à deux reprises avoir participé à l’attentat de la piazza Fontana.
Membre de la loge P2, j'y reviendrai...

Mais Gladio n'est pas la seule preuve historique de la mainmise des américains sur l'état italien. J'ai récemment rendu compte sur mon blog italien de l'Anello della Repubblica, l'Anneau de la République, une organisation encore plus secrète, clairement appuyée par la CIA et quasi certainement manipulée par Andreotti, qui fut vraiment de tous les coups...

Or donc, dans cette continuité historique qui dure maintenant depuis plus de soixante ans (!!!), paradoxalement, le seul homme d'état capable d'imposer une rupture aura été ... Silvio Berlusconi !

Lorsque les premières rumeurs sur un complot à son égard ont commencé à circuler, il y a quelques jours, j'ai été le premier à penser qu'il s'agissait d'une idiotie. Or mon raisonnement était motivé par le fait que Berlusconi mélangeait tout et le contraire de tout dans les ingrédients du complot, de sa femme à Mills, de Noemi à l'utilisation abusive d'un avion d'Etat, révélée par le photographe Antonello Zappadu.

Et puis petit à petit j'ai commencé à mettre en relation cette déclaration de Berlusconi avec une autre déclaration, faite en 1972 par Arnaldo Forlani, signalée par Stefania Limiti dans L'Anello della Repubblica (p. 88-89), et relatée par Giovanni Pellegrino, Président de la Commission parlamentaire d'enquête sur le terrorisme en Italie et sur les causes de la non-identification des responsables des massacres, lors de la séance du vendredi 18 avril 1997 :
Le président Pellegrino s'adresse à Forlani :

Il est notoire que vous avez tenu, en novembre 1972, lors d'une réunion publique à La Spezia, des propos d'une extrême gravité. Vous avez notamment déclaré :
« Nous venons d'assister à la tentative la plus dangereuse que la droite réactionnaire ait jamais tenté et réalisé depuis la Libération jusqu'à nos jours. Une tentative de désagrégation tramée par une organisation forte disposant de puissantes ressources financières et de soutiens solidaires non seulement internes, mais probablement aussi internationaux, une tentative qui n'est pas encore terminée : nous savons en effet, documents à l'appui, qu'elle est encore en cours.
(E’ stato operato il tentativo più pericoloso che la destra reazionaria abbia tentato e portato avanti dalla liberazione ad oggi. Questo tentativo disgregante, che è stato portato avanti con una trama che aveva radici organizzative e finanziarie consistenti, che ha trovato delle solidarietà probabilmente non soltanto di ordine interno, ma anche di ordine internazionale, questo tentativo non è finito. Noi sappiamo in modo documentato che questo tentativo è ancora in corso.)
Des mots sibyllins que Forlani a prononcés en public mais qu'il s'est bien gardé d'expliciter par la suite... Des mots qui dénonçaient ouvertement un complot, mais sans dire lequel, bien sûr.

Idem pour Berlusconi, qui parle de complot en essayant de noyer le poisson, c'est-à-dire en accusant tous et n'importe qui sans désigner nommément les États-Unis. C'est tout juste si, de temps en temps, lui et ses porte-parole font allusion à l'intervention de services étrangers.

Ceci dit, de plus en plus de voix s'élèvent en Italie pour remarquer cette situation. À commencer par Gioacchino Genchi, qu'on n'accusera certes pas d'être un pro-Berlusconi, et qui constate avec raison que les quelque 5 000 photos prises par Zappadu n'ont absolument pas pu l'être sans des complicités internes, puisque "d'autres photographes avaient déjà tenté le coup avant d'être arrêtés dans les minutes qui suivirent".

Il compare même les photos prises à l'aéroport, dont quelqu'un a forcément averti le photographe des dates et heures de vol et des personnes qui se trouvaient à bord, avec la taupe qui avertit Brusca que Giovanni Falcone venait d'atterrir...

Du reste, on ne prend pas 5 000 photos en un jour mais sur des mois, voire des années, et l'on se surprend de voir que le photographe les a gardées sous le coude pendant tout ce temps sans jamais en parler à personne, en attendant juste le bon moment pour les sortir au compte-gouttes mais suivant un rythme de publication savamment orchestré, puisqu'il a déjà averti que la prochaine série concernerait un faux mariage de Berlusconi avec une jeune fille, le "couple" étant entouré par un nuage d'autres jeunes filles...

Je vous laisse imaginer l'impact sur l'opinion publique. Mais c'est aussi et surtout une menace à peine voilée pour dire : après Noemi, après D'Addario, en voici d'autres, et derrière il y en aura d'autres, et d'autres encore...

Du genre, "maintenant, on va te casser" ! Fabrizio Cicchitto, autre célèbre colistier de Berlusconi sur les listes de la Loge Propaganda Due et actuel chef de groupe du PDL au parlement, s'en est d'ailleurs ému en se demandant ce qui se serait passé si l'on avait eu un tireur avec un fusil à lunette au lieu d'un paparazzi avec un appareil photo...

Un paparazzi un peu étrange d'ailleurs, plutôt photo reporter avec des accointances dans certains services, euh, disons ... secrets.

Il faut dire aussi que depuis longtemps, mais surtout dernièrement, les coups sur l'échiquier politique de Berlusconi sont à la limite de l'antiaméricanisme primaire. Fini la lune de miel avec Georges W. Bush ! :-)

C'est ainsi que Paolo Barnard, un journaliste sui generis, observe avec justesse que l'affaire Noemi n'est qu'un prétexte violemment invoqué par le Times, « bastion historique des conservateurs, porte-parole international des Conseils d'administration des plus grands groupes mondiaux », pour dissimuler des motifs bien plus graves : à savoir que Berlusconi doit avoir fait quelque chose qui n'a pas plu en hauts lieux, en suscitant la colère de ceux qui avaient parié sur lui outre Atlantique...

Sans quoi comment justifier que le séculaire quotidien sorte de ses gonds après 224 ans de tact purement britannique, en se lançant dans des attaques de bas étage du genre “Berlusconi est un clown”, “un bouffon chauvin”, un playboy pathétique, etc. ?

C'est ainsi qu'un blogueur, Gianluca Freda, nous propose une fine analyse où les dieux se déchaînent sur Berlusconi juste au moment où celui-ci serait sur le point de « favoriser la conquête d'une microscopique particule d’indépendance politique vis-à-vis des puissances étrangères qui tiennent depuis 65 ans l’Italie sous leur botte », c'est le cas de dire :
Certes, les tentatives de Berlusconi pour se démarquer n'ont jamais répondu à des intérêts politico-stratégiques clairvoyants d’autonomie nationale, mais uniquement à sa volonté mesquine de sauvegarder son propre pouvoir et de défendre son empire économique contre un encerclement de plus en plus rapproché.

...puisque depuis qu'il est arrivé en politique, il ne s'est intéressé qu'à ses affaires personnelles, en écrasant sous le talon de ses bottines tout ce qui risquait de limiter ses intérêts économiques, à commencer par le peuple italien.
D'où son isolement aujourd'hui face à l'ogre américain dès lors qu'il affiche sa volonté de se rapprocher de la Russie, en signant le 19 mai dernier un contrat Eni-Gazprom sur le gazoduc russe alors que les américains ont un projet concurrent - Nabucco - avec l'appui de partenaires occidentaux pour contourner la Russie, de recevoir Kadhafi avec tous les honneurs d'un chef d'état en lui laissant planter sa tente en plein cœur de Rome et comparer tout fier les États-Unis à Bin Laden (!), et encore de décider unilatéralement une mission de Frattini en Iran, sans le feu vert des États-Unis, ou enfin de laisser Tremonti appuyer la proposition chinoise de constituer un panier de “devises fortes”, autant d'initiatives dont Obama ne peut que fortement se réjouir, surtout par les temps qui courent...

En clair, ne pouvant plus se fier à Berlusconi, désormais totalement imprévisible et incontrôlable, aux États-Unis de plus en plus les instances au pouvoir doivent penser « !Tell the fucking spaghetti to do his own fucking business » !

C'est ainsi qu'un célèbre journaliste italien, Gad Lerner, conclut lucidement :
Raisonnons par l'absurde et donnons pour acquis que les théories du complot sont fondées, aussi bien celle selon laquelle Obama aurait un plan pour écarter Berlusconi, que celle indiquant Rupert Murdoch, éditeur de Sky et du Times, comme le stratège du discrédit antiberlusconien pour de basses raisons de concurrence télévisée. Nous devons alors considérer ces deux hypothèses également d'un point de vue extérieur. Pourquoi donc nos alliés ou des groupes médiatiques mondiaux devraient rester indifférents au fait qu'un groupe d'affairistes tournant autour du pouvoir absolu d'un seul individu est en train de prendre le contrôle d'un pays entier ? L'objection selon laquelle cela s'est fait par la voie d'un scrutin électoral ou que Berlusconi est fort du consentement d'une majorité d'italiens ne tient pas face à l'omnipotence sans scrupule avec laquelle il bafoue la séparation des pouvoirs qui garantit le maintien de la démocratie en Italie. Car lorsqu'il qualifie de délinquants criminels les juges et les journalistes qui enquêtent sur sa personne, ou lorsqu'il mélange avec la plus parfaite indifférence intérêt public et intérêts privés tant dans ses comportements que dans son mode de vie, alors il est temps de constater que le danger a déjà dépassé la cote d'alerte.

Et que tous les électeurs de droite devraient entendre le signal d'alarme qui nous parvient de l'extérieur. Avant que le faux nationalisme ne se transforme en nouvelle fracture de la démocratie.
On ne peut être plus clair.

Donc en conclusion, si Berlusconi arrive au bout de son parcours politique, ce n'est sûrement pas moi qui pleurererai. Au contraire, ce jour béni je fêterai ça comme il se doit.

Par contre vu l'immense bordel que sa "disparition" du champ politique risque de générer tant à gauche qu'à droite que dans tout le pays, situation propice à tous les débordements..., j'espère juste que les italiens en particulier et tous ceux qui vivent ici ou s'intéressent à l'Italie en général, sauront réunir suffisamment de forces et d'intelligences pour faire en sorte que les ingérences du passé ne deviennent pas ENCORE celles du présent et de l'avenir.

Car comme le dit si justement Beppe Grillo dans sa récente lettre à un italien jamais né, écrite à l'avant-veille du cent-cinquantième anniversaire (2011) de la naissance de l'Italie et pétrie de sensibilité malgré les apparences :
Si vous trouvez que 150 ans c'est trop peu pour construire une nation, une seule année de plus pourrait bien s'avérer insupportable...

Se 150 anni sembrano pochi per costruire una nazione, uno solo in più potrebbe essere insopportabile.
* * *

Liens connexes (en italien) :

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P.S. Ni Cossiga (cacochyme cyclothymique), pour qui je n'ai aucune considération, ni Marco Travaglio, pour qui j'ai la plus grande considération, ne partagent l'idée d'un "complot" :
Il n'y a aucun complot, si l'on entend par complot une entité étrangère ou italienne, des pouvoirs forts ou des conneries du même acabit, qu'avons-nous de plus fort en Italie que Berlusconi ?

...non c’è nessun complotto, se intendiamo per complotto un’entità straniera o italiana, poteri forti, cazzate di questo genere, cosa c’è di più forte di Berlusconi in Italia?
Voir l'intégralité du discours retranscrit, en italien.



Ceci dit, si vous entendez parler dans la presse d'un complot présumé contre Berlusconi, au moins vous saurez d'où ça vient...

Par contre, ma conclusion sur les conséquences d'une "disparition du champ politique de Berlusconi" est la même que la sienne :
Si Berlusconi tombe, c'est toute la classe dirigeante qui tombe, aussi bien de droite que de gauche, qui n'est là que parce qu'il y a lui en face d'eux, ..., donc comprenez bien qu'au moment même où Berlusconi tombe, c'est l'ensemble du système qui s'écroule, exactement comme en 1992...

Quando cade Berlusconi, questa classe dirigente va a casa, quella di destra e anche quella di sinistra che sta lì soltanto perché dall’altra parte c’è lui, ..., quindi capite che nel momento in cui crollasse lui, crolla tutto come nel 1992...
Tomber ? Berlusconi n'y pense même pas, au contraire il relance sur le présidentialisme, qui serait le dernier maillon manquant à l'achèvement du projet de la P2, déjà presque entièrement réalisé...

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lundi 8 juin 2009

Réflexions sur la démocratie et sur le dépassement de la dichotomie droite-gauche


Sur Twitter, François m'interpelle :
je comprends pas ton assiduité à défendre la démocratie alors que c'est l'exemple vivant de sa débilité :D
Bonne question. Et bon constat. Mais la réponse est difficile. Et longue...

Pourquoi défendre la démocratie ? Personnellement, c'est juste une question de principe. Je pense en effet que la démocratie est la forme politique plus évoluée qui aurait pu permettre aux peuples de s'affranchir des différents totalitarismes, du communisme au capitalisme en passant par le nazisme ou le "socialisme de marché", etc.

Or ce que je vois se produire aujourd'hui dans deux "démocraties" telles que la France et l'Italie me pousse à être très pessimiste quant à la capacité des peuples de s'affranchir de ces totalitarismes en exerçant leur responsabilité, et leur discernement. Ou tout simplement leur esprit critique.

Dans l'article DÉMOCRATIE sur Universalis, l'auteur nous dit :
Le mot démocratie souffre d'un excès de signification.

(...)

C'est qu'en effet la démocratie n'est pas seulement une manière d'être des institutions, elle est plus encore peut-être une exigence morale. Or cette exigence n'est pas définissable dans l'abstrait, car son contenu est déterminé à la fois par l'insatisfaction que procure une situation présente et par l'image de ce que serait un ordre politico-social meilleur.

Il en résulte que le sens du mot démocratie varie selon le milieu et le moment dans lequel il est employé et selon le contexte doctrinal où il se trouve situé. Que cette ductilité du terme soit génératrice d'équivoque, c'est incontestable. Mais, à exclure l'ambiguïté pour élaborer une définition scientifique sans bavure, on risquerait de ne pas rendre compte du dynamisme qui est inclus dans l'idée démocratique et fait d'elle l'un des facteurs les plus puissants d'évolution des sociétés. Toute l'histoire prouve que la démocratie réalisée n'est jamais qu'un moment du mouvement démocratique. Un mouvement qui jamais ne s’arrête car, pour les hommes qui le suscitent, la démocratie c’est le Bien. Ainsi, elle n’est pas seulement une formule d’organisation politique ou une modalité d’aménagement des rapports sociaux ; elle est une valeur. Et c’est cette valeur, l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif, qui constitue l’unité profonde de ce que, pour la clarté de l’analyse, on appelle les différentes conceptions de la démocratie.

(...)

Dans l’évolution de l’idée démocratique à l’époque moderne, on peut schématiquement distinguer trois phases.
  1. La démocratie a d’abord été considérée comme un moyen de la liberté. C’est à ce titre qu’elle s’est introduite dans les institutions sous sa forme exclusivement politique.
  2. Elle fut ensuite tenue pour un instrument de la justice, ce qui, outre les changements que cette interprétation entraînait dans l’organisation politique, provoqua son extension aux rapports économiques et sociaux.
  3. Enfin, et c’est l’étape dans laquelle sont engagées les sociétés hautement développées, la démocratie tend à assurer le contrôle de la collectivité sur la croissance économique et, à la limite, sur le bon usage de la prospérité.
Signé Georges Burdeau et non pas Paul Vaurs, qui a pompé presque entièrement l'article dans un billet à la gloire de Sarkozy, soit dit en passant. Sans vergogne, sans y changer une virgule et sans en donner la juste attribution à son auteur respectif. Décédé qui plus est, ce qui coupe court à toute contestation de sa part. On appelle ça du plagiat, Monsieur Vaurs, et il y a pour rendre hommage des moyens certainement plus élégants que de plagier en prétendant faire croire qu'on sait écrire...

Cette pauvre parenthèse étant fermée, revenons-en à la démocratie et à pourquoi la défendre. Car « elle est une valeur. Et c’est cette valeur, l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif », que j'ai à cœur de défendre.

Car je n'arrive pas à me faire une raison de voir la facilité et la passivité avec lesquelles ces deux peuples se font manipuler à leur insu de leur plein gré !

Par deux hommes qui aimeraient faire croire qu'ils ont une stature de chefs d'état alors qu'en fait ce ne sont que de piètres candidats despotes en culottes courtes, petits moins par leur taille que par la mesquinerie de leur vision, au service exclusif de leurs intérêts et de ceux de leurs clans plutôt que des intérêts de ceux qu'ils gouvernent.

Deux hommes qui aiment à se copier l'un l'autre, qui ont vraiment beaucoup - trop - de points communs, et dont la mainmise sur les médias n'est certes pas le moindre.

Disons pour simplifier que l'un les possède, l'autre les contrôle, et tous deux les occupent en terrain conquis, les vampirisent avec un objectif commun : parvenir à aliéner « l’inaliénable vocation des hommes à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif » ; or au vu des résultats, ils y parviennent très bien.

En confisquant chaque jour un peu plus cette soi-disant démocratie dans des institutions ne représentant plus qu'elles-mêmes et les "élites" familières des CdA (comme l'observe fort justement Nicolas Voisin, « Nous ne sommes plus représentés »...), en contaminant quotidiennement les esprits par une propagande de régime qui mélange les mots dans tous les sens jusqu'à le leur faire perdre, une désinformation permanente visant à caresser la majorité des peuples dans le sens du poil, et les peuples suivent en bons petits troupeaux ! Du bétail, vous dis-je, voici ce que nous sommes aux yeux de nos gouvernants. Voire moins que ça, mais sûrement pas plus...

Or l'un des premiers - et derniers - moyens d'expression d'une démocratie serait le vote. Oui, mais voilà, « le vote est un truc bien trop sérieux pour être laissé au peuple », qu'il convient donc de confiner dans une ignorance béate en l'entretenant de tout et de rien, de panem et circenses mais surtout pas des choses qui comptent, histoire d'éviter qu'il réfléchisse par lui-même, des fois que ses femmes et ses hommes seraient tentés d'exercer leur « inaliénable vocation (...) à prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif »...

Risque désastreux qu'il vaut mieux éviter à tout prix. Et quoi de mieux pour l'éviter que de fausser le cadre d'ensemble ? Par exemple en continuant contre vents et marées à proposer la dichotomie manichéenne éculée droite-gauche, impertinente et politiquement incorrecte, dont chacune des composantes n'existerait pas plus sans l'autre...

Pour développer ma réflexion, je voudrais vous proposer la pensée de deux intellectuels italiens de premier plan, Norberto Bobbio et Giovanni Sartori.

Je commencerai donc par un extrait des leçons que le second tirait du premier, en ne définissant pas la démocratie comme un système politique mais en retenant la définition procédurale a minima qu'en donnait Bobbio : « Un ensemble de règles (primaires et fondamentales) établissant qui est autorisé à prendre les décisions collectives contraignantes et selon quelles procédures », pour mieux caractériser la démocratie en termes d'idéaux, d'idées et d'opinions :
En ces termes, nous pouvons déclarer que la démocratie est :
  1. un gouvernement d'idéaux, alimenté et enrichi par des idéaux ;
  2. un gouvernement d'idées (idéocratie) pour expliquer que la démocratie doit être raisonnée et comprise ;
  3. un gouvernement d'opinions, fondé sur le consensus et les opinions des citoyens.
Attention : seule la démocratie (démocratie libérale) peut être caractérisée de cette manière. Pas les autocraties. Car seule la démocratie se pose le problème de construire une « cité bonne », les tyrans n'ayant pour objectif que de construire une « cité forte », gouvernée par la force. D'où l'on peut en déduire que si les autocraties sont des régimes « élémentaires », la démocratie est un régime compliqué, « difficile » à concevoir et difficile à gérer. La question est donc de savoir si nos démocraties affrontent bien ou mal, avec succès ou non, les difficultés qui les caractérisent. Selon moi, mal ou, pour le moins, pas bien.
  1. Le gouvernement des idéaux a été extrémisé par une vision perfectionniste de la démocratie, trop maximaliste et prescriptive, qui finit par buter sur les dangers opposés.
  2. Le gouvernement des idées, et, donc, de la force des idées et de la raison, est profondément érodé par l'avènement de l'homo videns, qui atrophie notre capacité d'abstraction et, partant, notre compréhension.
  3. Le gouvernement des opinions est de plus en plus confisqué par le gouvernement qu'exercent les médias, et notamment la télévision, sur l'opinion.
Donc on ne va pas bien. Suis-je un pessimiste pour autant ? Norberto Bobbio a écrit de lui-même que « l'attitude pessimiste convient mieux à l'homme de raison que l'attitude optimiste », ce qui revient presque à dire que le réel n'est jamais rationnel, et qu'il est donc négativement interprété par l'homme de raison. Nous connaissons par ailleurs sa prédilection pour la formule selon laquelle le pessimisme de la raison doit être combattu par l'optimisme de la volonté. D'accord. Cependant, il y a pessimisme et pessimisme. Face au verre à moitié plein de l'optimiste et à moitié vide du pessimiste tous deux ont raison, mais si le verre est presque vide et que l'optimiste refuse de l'admettre, il a tort, un point c'est tout. Donc au-delà du pessimisme comme inclinaison, le problème est de savoir si un diagnostic est vrai ou faux (en tout ou en partie), et un pronostic fondé (crédible, probable) ou dénué de fondement. Or mon diagnostic est que la démocratie s'étend provisoirement dans l'espace mais n'avance pas sur le fond, et mon pronostic que sur le long terme son avenir est à risque.

Entendons-nous bien : sa grande force est que dans le monde moderne (qui ne peut accepter le droit divin, la théocratie), la démocratie comme principe de légitimité n'a pas d'alternative. Toutefois ce principe de légitimité ne pourrait être qu'une coquille, une coquille vide, vidée de sa substance et dans sa substance. Et mon analyse craint avant tout cet évidement. J'ai dit plus haut que si un pessimiste a raison, il a raison : inutile alors de tenter de le disqualifier en le taxant de pessimiste. Toutefois l'autre travers consiste à être trop pessimiste, à excéder dans le pessimisme. Il se peut donc (l'optimisme de la volonté me conduit à l'espérer) que j'exagère. Or même si c'était le cas, pourquoi pas ? Dans l'univers théorique, il arrive que de fausses prophéties s'autoréalisent (ce fut le cas du marxisme), et que de vraies prophéties s'autodétruisent. Je propose donc pour ma prophétie (permettez-moi de l'appeler ainsi) l'autodestruction. Et dans ce but, exagérer ne nuit pas. Car si les gens commencent à craindre de perdre la démocratie, ils réagiront pour la sauver. Sinon ils resteront assis en passant leur temps à se plaindre. Le pessimisme n'est dangereux que s'il induit à se rendre, tandis que vouloir l'optimisme ou tranquilliser à tout prix en induisant les gens à ne pas réagir fait plus de mal que de bien. En conclusion, ..., (p)armi les trois points faibles que j'ai mentionnés, quel est le plus faible ?

Je dirais le second, à savoir l'affaiblissement des idées, la chute verticale du savoir à tous les niveaux. Le fait est que ne pas comprendre ce qu'est la démocratie implique qu'elle est bêtement et mal critiquée d'un côté, mal défendue et mal promue de l'autre. Et le fait est que depuis une trentaine d'années j'assiste avec horreur (oui, horreur) et terreur au déclin et à l'appauvrissement de la théorie de la démocratie, théorie qui n'est autre que le savoir qui explique ce qu'est la démocratie. Bobbio et moi sommes parmi les rares intellectuels qui ont cru et croient encore à la transmission des connaissances (qui est selon moi la première mission du docte), et qui lisent avant d'écrire ce qu'ont écrit leurs prédécesseurs. En revanche les nouvelles vagues de jeunes auteurs écrivent de plus en plus de livres sans bibliographies, puisés aux sources de leur génie. À quelques exceptions près, leurs (trop rares) lectures remontent à vingt ans auparavant, et ils ne font que citer des pairs et des compagnons de route aussi inexpérimentés qu'eux-mêmes.
Faites comme moi, lisez et relisez ce passage, vous verrez comme il est lourd d'implications...

Gouverner (dans son sens premier, qui veut dire "diriger", "conduire", "mener", etc.) des idéaux, des idées, des opinions, en voici une déclaration programmatique de mise en œuvre de la démocratie !

Or regardons autour de nous : quels sont aujourd'hui les idéaux de nos "gouvernants", quel est le pouvoir des idées (selon l'acception première d'idéocratie, qui tire son étymologie du grec ίδεα « idée » et κράτος « pouvoir », mais certes pas dans le sens d'une pensée unique érigée en idéologie), où va la soit-disant "opinion publique" ?

Des corps aux esprits, des êtres aux pensées, tout est réifié, marchandisé, uniformisé (par le bas, et non pas par le haut), lobbyisé (même racine étymologique que "lobotomisé" ?), écrasé, broyé sous le protéiforme pouvoir d'imposition des États-Nations, tout est récupéré au profit des puissants, qui monétisent ensuite en transformant le tout en prises de bénéfices...

Et quand je dis "tout est récupéré", il est clair que ça commence par les mots. Des mots qui finissent par n'avoir plus de signification tellement ils en ont, pratiquement une par locuteur, que les gens utilisent dans la vie de tous les jours sans plus aucune référence à un sens commun ! Demandez au citoyen lambda quelle différence y a-t-il, selon lui, entre une idée et une opinion ? Dans une dérive quotidienne qui va du révisionnisme au négationnisme purs et durs des enseignements de l'histoire. Je n'en donnerai qu'un exemple, ô combien parlant.

En Italie, le 25 avril est la fête de la libération. Où l'on entend par libération l'Italie libérée du régime fasciste et des nazistes. Qui fut en grande partie le fait de la résistance communiste. Ce qui explique aussi pourquoi pendant plus d'un demi siècle la présence des héritiers politiques du fascisme aux commémorations annuelles n'a jamais trop été à l'ordre du jour. Jusqu'au 25 avril dernier où Berlusconi a décidé de s'inviter (rappelons que le PDL est une espèce de foutoir qui intègre, entre autres, des "post-fascistes" de tous horizons), dans un souci de "réunification nationale"...

Il l'a fait à Onna, en plein cœur des Abruzzes sinistrées par un tremblement de terre, ajoutant symboles sur symboles (Onna, détruite par le séisme, avait déjà été le théâtre de représailles nazies en juin 1944, lorsque les allemands fusillèrent 17 villageois), où il prononça un discours d' « unité nationale renouvelée » que j'ai analysé ici (en italien). Je vous ferai grâce des "détails", en insistant juste sur le glissement sémantique que propose Berlusconi dans son discours, qu'il conclut ainsi :
Viva il 25 Aprile la festa della riconquistata libertà!

Vive le 25 avril, la fête de la liberté reconquise !
C'est très habile : sur le fond, aucune différence entre « libération » et « liberté reconquise » ; sur la forme, « reconquise » ne dure que le temps du discours et dès les premiers commentaires dans les médias, la « Fête de la Libération » devient la « Fête de la Liberté », dans un élan révisionniste et négationniste qui n'a heureusement trompé personne...

Voilà donc un exemple lumineux de la façon dont la politique et les politiques de tous bords récupèrent les mots pour en contourner et en récupérer le sens, ce en quoi ils sont d'une extrême habilité, entourés par des armées de conseillers en com et en pub, pour mieux nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Comme on dit en italien, ils nous pissent dessus et ils disent qu'il pleut...

Voici maintenant un autre exemple de la façon dont Berlusconi en particulier, et les politiques en général, pratique(nt) et insuffle(nt) subrepticement la haine. Lors de son discours pour la création du PDL, il a osé affirmer :
N'oublions jamais qu'il y a eu dans notre pays des millions d'adorateurs de tyrans sanguinaires comme Staline, Mao ou Pol Pot.

"Non dimentichiamoci mai che nel nostro Paese ci sono stati milioni di adoratori di tiranni sanguinari come Stalin, come Mao, come Pol Pot".
Des mots injustifiables en 2009, des mots qui incitent à la haine, indignes d'un chef d'état ou de gouvernement. Mais surtout des mots qui proposent et reproposent à outrance la dichotomie gauche-droite, comme si nos sociétés n'avaient pas évolué depuis la IIe Guerre Mondiale, ou pour le moins depuis une vingtaine d'années avec la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide.

Selon moi c'est criminel de continuer à insister comme il le fait depuis 15 ans, depuis son arrivée en politique, sur cette opposition gauche-droite, pour monter les uns contre les autres, et en tout état de cause, comme toujours, il fait très exactement le contraire de ce qu'il dit. D'ailleurs, de Silvio l'Imposteur, Norberto Bobbio nous avertissait déjà :
L'une des raisons de la force (et, selon moi, de la dangerosité) de Berlusconi est qu'il s'est présenté comme le fondateur d'un nouveau parti, en opposition directe aux partis traditionnels, considérés décadents, de même que les fascistes s'étaient présentés en opposition vis-à-vis des partis politiques de l'Italie libérale". (de 1860 jusqu'à l'arrivée du fascisme)

"Una delle ragioni della forza (e per me anche della pericolosità) di Berlusconi consiste nel presentarsi come fondatore di un partito nuovo in contrapposizione ai vecchi partiti considerati decadenti, come i fascisti si presentavano nei confronti dei vecchi partiti dell'Italia liberale".
Il y a deux jours encore, dans son marathon télévisé à la veille des élections, il continuait à se présenter en entrepreneur forcé de lutter contre tous les professionnels de la politique, comme si lui-même n'était pas le premier et le parangon de ces politicards professionnels !

Qui n'existent que CONTRE mais jamais AVEC ! Or il est clair que la politique aujourd'hui ne doit plus se faire CONTRE tous ceux qui pensent autrement, mais AVEC toutes les forces vives de la société. Dans une pluralité gage de diversité, une complémentarité gage de richesse.

Car de fait, l'insistance obstinée de la politique politicienne sur cette distinction droite-gauche conduit forcément à une impasse, un "vicolo cieco" comme on dit en italien, une destination "aveugle". Aucune vision derrière, aucune perspective, aucun horizon.

Donc plus que jamais il est temps de contester cette distinction, pour faire en sorte que les notions de “droite” et “gauche” ne soient plus exclusives l'une de l'autre, ni ne rendent compte à elles seules de la totalité du champ politique, ce qu'elles sont et font depuis plus de deux siècles :
8. Droite et gauche sont rigoureusement dépendantes l'une de l'autre : que l'une vienne à disparaître et l'autre perd du même coup sa raison d'être. C'est ce qui s'est passé en Italie après la chute du fascisme : la droite était alors si décrédibilisée et marginalisée que la seule façon pour les tenants de cette position de s'affirmer dans le champ politique fut de nier la validité des notions de gauche et de droite, à la fois pour occulter leur propre faiblesse et pour dévaluer l'adversaire.

9. Or, la chute du Mur reproduit ce mouvement, mais cette fois aux dépens de la gauche. Certains sont tentés d'y voir une obsolescence des notions de droite et gauche, puisque cette dernière aurait disparu avec le communisme. (...)

10. Enfin, le dernier argument en faveur de la disparition de la dyade est apporté par ceux qui, constatant que les partis politiques mettent en avant des programmes électoraux de plus en plus semblables, en viennent à considérer l'opposition entre droite et gauche comme mensongère...
C'est ainsi que dans sa réflexion très poussée sur la démocratie et sur la participation active et non manipulée des citoyens à sa mise en œuvre, Norberto Bobbio nous invite à tenir haut le flambeau des idéaux de liberté politique & justice sociale.

Or que font nos politiques aujourd'hui ? Ils ont confisqué la liberté politique pour leur usage personnel et clanique et, surtout, ont transformé la justice sociale, attente légitime des peuples, en injustice sociale, condition illégitime des peuples.

Qui n'ont pas su ni voulu, ou les deux, en bref qui n'ont pas été capables d'exercer leur « inaliénable vocation (...) à prendre en charge leur destin ».

Quel dommage !

Est-ce que ça changera ?


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