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lundi 23 avril 2007

Le nuage de Tchernobyl

Suite et fin de ma trilogie consacrée au premier tour des élections présidentielles 2007 :
  1. Le but de la loi en France est-il uniquement de faire peur aux gens ?
  2. Estimations du premier tour : duel Sarkozy - Royal
  3. Le nuage de Tchernobyl
Post-scriptum : Le sens et la valeur des mots

* * *

Il y a 21 ans presque jour pour jour, le 26 avril 1986, avait lieu la catastrophe de Tchernobyl après l'explosion du réacteur n° 4 de la centrale ; 20 ans plus tard, selon l'IRSN, « Les rejets de particules radioactives durent 10 jours. Le vent tourne pendant cette période, entraînant le panache dans toutes les directions. Ce sont les rejets du 27 avril qui touchent la France entre le 30 avril et le 5 mai 1986. »

Pourtant à l'époque, en France il semble que les retombées du nuage radioactif se soient arrêtées aux frontières... L'origine de cette "image" étant probablement due au communiqué 86/CAB/010/RR publié par le Ministère de l'agriculture le 6 mai 1986, qui commence ainsi :
Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l'accident de la centrale de Tchernobyl.
Une "image" sûrement renforcée par ce communiqué de la Ministre de la Santé d'alors, Michèle Barzach, publié 10 jours plus tard :
« À la suite de l’accident survenu à Tchernobyl le ministère délégué chargé de la santé et de la famille, interrogé par le public au sujet de divers domaines de la vie courante, rappelle et confirme ce qui suit :
La santé publique n’est aucunement menacée par les conséquences de cet accident.
Les activités courantes peuvent donc être poursuivies sans précautions particulières, notamment :
- alimentation : ...
- activités en plein air : ...
Aucune précaution particulière ne s’impose donc.
 »
Une "vérité officielle" d'abord battue en brèche par de nombreuses personnalités (je me rappelle même vaguement un sketch de Coluche), et largement démentie de façon tout aussi officielle par la suite, comme le montre clairement le dégradé orangé témoignant de la pénétration du nuage (retombées moyennes de césium 137 sur les surfaces agricoles...) :


Lire, entre autres, les Preuves du mensonge pour en savoir plus...
signé par Corinne Castanier, directrice de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité).

* * *

Mais pourquoi donc associer cette histoire à mes deux précédents messages, me direz-vous ? En fait, contrairement aux apparences, cela n'a rien à voir avec le binôme Tchernobyl-Sarkozy, mais plutôt avec la métaphore de la frontière.

Exactement comme ce qui s'est passé hier, à savoir qu'il était interdit à toute personne résidant sur le territoire français (métropole, Dom-Tom, etc.) de relayer les sondages dès 18h, sous peine de sanctions terribles (75 000 euros d'amende par infraction constatée, c'est quand même pas à la portée de tout le monde ! À ce compte, mieux vaut rouler bourré, on risque moins, quitte à faire plus de dégâts...). Par contre, vu qu'on ne peut quand même pas interdire ça à presque 7 milliards de terriens qui a priori se foutent pas mal de notre cuisine franco-française, les 6 milliards 940 millions de personnes restantes vivant en dehors de nos frontières pouvaient le faire sans problème.

Donc moi ce que j'en dis, n'en déplaise à Versac et aux autres fiers porte-parole de l'orthodoxie citoyenne, c'est qu'à l'heure d'Internet tout ça n'est qu'une pantalonnade, archaïque et anachronique, dénuée de fondement et du moindre bon sens. Si on veut pas communiquer les sondages à 18h, on les sort pas. Un point c'est tout.

Et on va pas faire chier les gens en les menaçant de sanctions ridicules. Car mesdames et messieurs les législateurs, sachez-le, ce n'est pas par la peur qu'on éduque le citoyen à prendre ses responsabilités, c'est par le dialogue et la pédagogie.

Évidemment, quand on pratique la langue de bois à longueur de journées avec votre maestria, après ça devient difficile de faire la part des choses. Et il ne sert à rien de se gargariser et de nous gargariser avec de belles paroles malheureusement vides de contenu sur la France libre, les citoyens libres, etc. etc.

Liberté mon cul ! N'évoquez pas ce que vous ignorez. Quant à l'égalité et la fraternité, n'en parlons même pas. Vos discours sont comme notre devise : de belles paroles ... vides de sens. Tiens, ça me rappelle un poème que j'ai écrit il y a longtemps sur le sujet, juste pour essayer de redonner un peu du sens perdu aux grands mots que vous employez à tort et à travers, sans trop réfléchir, si ce n'est à vos intérêts :

Errant parmi les décombres d'un champ de bataille
dont les sillons abreuvés de sang
- importait-il encor que celui-ci fût pur ou impur ?
n'étaient plus ensemencés que par les morts et pour les vers
où tout était silence où tout était désolation
un murmure jailli d'un gargouillis
me fit me retourner :

« Poëte »

Un porte-drapeau-en-lambeaux m'apostrophait
les mains et le regard tendus
à bout de force et à bout de vie
avançant sa bannière en pièces
en prononçant ses ultimes paroles :

« Poëte, porte-la partout et toujours
contre ton cœur :
c'est la Liberté ! »

Bleu

Lisant un journal d'encre noire
où je cherchai la raison de tous ces morts
interdit, je m'arrêtai de l'avoir trouvée :
« Ils étaient trop différents »
concluait un porte-parole de la Normalité !
« Différents de quoi, de qui ? » - pensai-je
Mais point n'était la question...
Vu que les révolutions sont faites
pour supprimer les différences
elles commencent par se débarrasser
des différents !

Les hommes prétendront-ils longtemps encore
édifier sur des himalayas de cadavres
l'Égalité ?

Rouge

Il restait les soi-disant vivants
à la poursuite de leurs ombres
et je me demandai
dans leur frénésie à tous
de bouger et de faire
qu'avaient-ils effectivement fait
de la Fraternité ?

Blanc

Depuis ce jour-là
sur toutes les routes de par le monde
un enfant-poëte ignoré
égosille dans son porte-voix cassé
tantôt hurlant tantôt à bout de souffle
pour raconter aux hommes

la Liberté la Fraternité l'Égalité



Jean-Marie Le Ray

P.S. Je m'en voudrais de parler du sens des mots sans vous citer ce chez-d'œuvre de grandiloquence et de démagogie affligeantes, tendance cynique-libéral-populiste – n'est pas Victor Hugo qui veut ! –, comme je le commentais sur le blog de Jules, qui a certainement plus de délicatesse que je n'en ai...

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