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samedi 18 septembre 2010

L'iceberg Silvio Berlusconi - la partie immergée


Voir la PARTIE ÉMERGÉE
Les deux billets réunis en un seul : l'iceberg Silvio Berlusconi


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Introduction
LA PARTIE IMMERGÉE

(dernières nouveautés...)


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Introduction

S’il est vrai qu’un seul indice fait un indice, que deux indices font une coïncidence et trois indices une preuve, dans le cas de Silvio Berlusconi, ce n’est pas 3, mais 300 ou 3000 indices que nous avons…

Car s’il fallait mettre bout à bout tous les épisodes connus, avérés ou soupçonnés, concordants, répétés, recoupés, constants dans le temps, etc., où apparaît le nom de BERLUSCONI (Silvio et Paolo, les deux frères) au côté de mafieux, de trafiquants en tous genres, d’assassins, de terroristes, de voleurs, de corrompus, de condamnés, d’infâmes représentants de pouvoirs occultes, j’en passe et des funestes (…), et les cataloguer comme autant d’indices, nous obtiendrions une SOMME impressionnante, tellement impressionnante qu’à la limite elle est impossible à quantifier.

Historique, même. Déjà écrite noir sur blanc, depuis plus de 20 ans, consignée à la postérité dans des documents par centaines, traduits dans des dizaines de langues : livres, articles de journaux, reportages télé, rapports officiels, officieux, confidentiels ou publics, enquêtes, procès-verbaux, jugements prononcés et autres décisions de justice, dont certain(e)s ont même force de chose jugée, etc. Où j’inclus dans le « etc. » tout l’existant que nous ignorons, nous, les citoyens lambda, mais que tous les gouvernements – et leurs gouvernants – savent…

Donc, tout le matériel qui compose cette SOMME immense est-il destiné à rester sine die lettre morte, sans résultats, sans effets ? Apparemment sans aucune importance pour une majorité du peuple italien, abêti et avili, frappé de je-m’en-foutisme chronique autant que d’une forme aiguë et incurable de stockholmite ? Incapable de bouger le cul ou d’ouvrir la bouche pour protester contre l’indéfendable !

Probable qu’ils se sentent fidèlement représentés par ce sépulcre blanchi à la tête goudronnée. Coglioni et fiers de l’être, encore un peu et ils vont même l’élire président de la république…

Pas moi. Et je parle en mon nom : LE RAY (Jean-Marie et Paolo Bernard, père et fils). Je ne suis pas italien mais ma femme l’est. Et notre fils aussi. Condamnés à subir ce gouvernement de vils et de serviles, que nous n’avons pas choisi (tout au moins ma femme, puisque je ne vote pas en Italie, n’étant pas italien). Mais en général, sauf tendances suicidaires, il est rare que les cancéreux choisissent le degré de malignité de leur tumeur…

Il y a deux ans, dans un ouvrage très sérieusement documenté, intitulé Se li conosci li eviti (Si tu les connais, tu les évites), Peter Gomez et Marco Travaglio (les mêmes journalistes qui ont signé l'opuscule en 5 langues présenté au Parlement européen le 2 juillet 2003 par Gianni Vattimo), dénombraient près d’une soixantaine de députés et sénateurs appartenant au seul parti de Berlusconi avec un casier judiciaire peu ou prou chargé, du très chargé (Dell’Utri et Previti, pour ne citer qu’eux, mais également au plus haut niveau de l'état) aux moins chargés, et à peu près autant dans les autres partis, dans une transversalité et une continuité exemplaires, de droite à gauche en passant par le centre et de la première à la deuxième république, encore pire que son aînée, bien pire, et ce n’est pas peu dire !

Or non seulement ces chiffres ont augmenté depuis, mais c’est loin d’être fini… Ils sont comme les champignons, il en sort tous les jours. Espérons au moins qu’ils finiront comme les champignons, qui pourrissent par la queue :-)

Donc que chacun/e se fasse sa propre idée de la façon dont on pourrait qualifier cette SOMME.

Pour la « justice » italienne, ces montagnes d’archivages, de non-lieux, d’amnisties, de prescriptions, de classements sans suite, de silences assourdissants, d’affaires étouffées dans l’œuf (à tel point que même lorsque Berlusconi est pris en flagrant délit, la main dans le sac, c’est la faute au sac…), restent des indices !

Pour moi, c’est une preuve. Évidente. Incontestable. Et si pour certains ce ne saurait être une preuve de culpabilité, c’est en tout état de cause une preuve irréfutable d’immoralité, d'indignité, de malhonnêteté caractérisée, de fausseté impulsive. D’indécence, même. Et quoi qu’il en soit d’incompatibilité totale avec les caractéristiques que devrait réunir un homme ayant de telles responsabilités publiques, censé être « au service » de la nation !

Preuve qu’un homme tel que Silvio Berlusconi – qui empoisonne la vie politique italienne depuis maintenant plus de 15 ans, en prenant un pays entier en otage et en subordonnant les besoins de la collectivité à ses exigences privées, dictées par ses seuls intérêts et conflits d’intérêts, avouables et inavouables – est totalement inapte à guider une « démocratie ». Du reste je ne suis ni le seul ni le premier à le dire : dès son précédent gouvernement, The Economist titrait (et pourtant ils ne sont pas particulièrement « communistes » chez The Economist), avec Silvio en couverture (il aime ça) : “Why Silvio Berlusconi is unfit to lead Italy

Traduction : pourquoi Silvio Berlusconi est-il inapte à gouverner l'Italie ?

Et bien c'est ce que nous allons tenter d'expliquer en donnant un aperçu sommaire de la partie immergée de l'iceberg Silvio Berlusconi. [Début]

LA PARTIE IMMERGÉE DE L'ICEBERG

Depuis maintenant près de deux ans, c'est-à-dire depuis que Berlusconi a repris le pouvoir, le centre et le programme de la politique italienne peuvent se résumer à une seule question : comment sauver Berlusconi de ses procès ? Passés, présents et à venir...

Car il ne faut pas se leurrer, toutes les affaires évoquées dans la partie émergée ne sont rien par rapport à celles qui vont arriver, et qui sont déja arrivées...

Le curriculum judiciaire de Berlusconi est aussi riche que lui, et dès 1983 une note confidentielle de la Guardia di Finanza l'indiquait comme étant possiblement impliqué dans un trafic de drogue entre la Sicile, la France et d'autres régions d'Italie (notamment la Lombardie et le Latium) :


Dix ans plus tard, le 27 novembre 1993, le commissaire Fausto Cattaneo, responsable du Service "Informations sur la drogue" de la police suisse, transmet un rapport à toutes les autorités judiciaires suisses compétentes, dont Carla Del Ponte, rapport qui restera sans suites. Malheureusement...


Un rapport dont le contenu a été repris dans un livre intitulé « Comment j'ai infiltré les cartels de la drogue », paru chez Plon en 2001 (dont a également été tiré le film Dirty Money, l'infiltré), où le commissaire Fausto Cattaneo explique que dans le cadre de l'opération Mato Grosso, infiltré parmi les trafiquants de drogue brésiliens auprès de qui il se fait passer pour un avocat mafieux, l'un d'eux, un certain Juan Ripoll Mary, lui parle de l'empire économique et financier de Silvio Berlusconi, qui serait impliqué dans le blanchiment d'argent des narcotrafiquants...

Or à la même époque, à la veille de se lancer dans l'aventure politique, Berlusconi avoue que selon certains de ses plus fidèles conseillers, notamment Confalonieri et Letta, cette aventure était une folie qui aurait provoqué des enquêtes : « ils feront de tout pour me détruire, ils iront fouiller dans mes documents et diront que je suis un mafieux » (Confalonieri e Letta mi dicono che è una pazzia entrare in politica e mi distruggeranno, che faranno di tutto, andranno a frugare tutte le carte e diranno che sono un mafioso).

Marco Travaglio s'interroge : comment une telle pensée peut-elle venir à l'esprit d'un entrepreneur milanais ?

En tout cas, s'il y a quelqu'un qui était convaincu que Berlusconi était un mafieux, c'était bien Umberto Bossi ! Qui ne perdait pas une occasion pour attaquer Berlusconi avec violence et virulence : « Berlusconi, t'es un mafieux ? Réponds ! »

Voici la question - accompagnée de 11 autres - que titrait en Une le quotidien du parti de la Ligue du Nord, La Padania, en juillet 1998 :


Tellement convaincu, Umberto Bossi, qu'il contacta ... Fausto Cattaneo pour qu'il reprenne l'enquête dont il avait inexplicablement été dessaisi quelques années plus tôt, en se concentrant sur Silvio Berlusconi. L'ex-commissaire raconte :
En 1995, dans un premier temps, j'ai été contacté par des émissaires d'Umberto Bossi, puis par Bossi en personne. Depuis peu Bossi avait fait tomber le premier gouvernement Berlusconi, et lorsque la Ligue du Nord sut l'existence de mon rapport, ils voulurent me rencontrer, surtout pour obtenir des preuves des méfaits de Berlusconi et pour le détruire, tel qu'ils me l'expliquèrent à l'époque. C'est ainsi qu'au printemps 1995 je rencontrai dans un bar de Cadenazzo (Bellinzona) le député Roberto Calderoli et le professeur Gian Battista Gualdi. (...) Ils me demandèrent si j'en savais plus sur Berlusconi que ce que j'avais écrit dans le rapport. Ma réponse fut négative puisque l'enquête avait été stoppée pour des motifs extérieurs à ma volonté, mais je leur fis comprendre que j'aurais pu la poursuivre en tant qu'indépendant. Calderoli et Gualdi me répondirent qu'ils n'étaient pas autorisés pour décider et qu'ils en auraient parlé à Bossi. Quelques jours plus tard le professeur Gualdi me rappela en me disant que Bossi était prêt à me rencontrer à Milan, dans les locaux de la Ligue du Nord.

(...)

Je ne commis pas l'erreur d'aller seul au rendez-vous, où je me présentai avec deux amis, dont l'un était un commissaire de police à la retraite et l'autre un journaliste. D'emblée Bossi joua au dur, il semblait énervé par notre présence. Mais lorsque je lui fis comprendre que c'était lui qui m'avait contacté en premier, il changea d'attitude et commença à en dire de toutes les couleurs sur Silvio Berlusconi. Quelques jours après, le professeur Gualdi me fit savoir qu'ils avaient débloqué une première avance de 8 millions de lires, remis de la main à la main au péage de l'autoroute Como Nord. Je pus donc me rendre au Brésil pour tenter de renouer les fils de l'enquête sur Juan Ripoll Mary. C'est ainsi que découvris qu'un congrès de la Fininvest se déroulait dans un hôtel appartenant à un ami intime de Ripoll Mary, où le service de sécurité ne me permit pas d'entrer. Au terme de mon séjour à Rio De Janeiro, je rentrai en Italie et communiquai à l'entourage d'Umberto Bossi que les choses procédaient. Depuis ce jour-là, ils ne reprirent jamais contact avec moi.
Par contre depuis cette époque, au moins en apparence, Bossi et Berlusconi sont devenus copains comme cochons...

Quant au recyclage d'énormes sommes mis en place par Ripoll Mary entre le Brésil et la Suisse, il avait pour but de financer la réalisation d'une ville pharaonique, pas moins que ça, humblement dénommée Nouvelle Atlantide, pour laquelle les projets étaient déjà prêts et un investissement prévu de 20 milliards de dollars. [Début]

* * *

Le parallèle intéressant, dans cette histoire, c'est qu'en Italie, dans les années 1970, un jeune entrepreneur milanais édifie une ville dans la ville, baptisée Milan 2. Le 11 mars 1976, sur le quotidien La Repubblica, Giorgio Bocca s'interroge :
“Milan est la ville où un certain Berlusconi, 34 ans, est en train de construire "Milano 2", un chantier qui coûte 500 millions de lires par jour. Qui lui a donné cet argent ? Nul ne le sait. Qui lui a donné les permis de construire et l'autorisation de détourner le trafic aérien pour que les avions ne passent plus au-dessus de son quartier ? Ça on le sait, même si on ignore le reste. Comment est-il possible qu'un jeunot de 34 ans comme ce Berlusconi ait son “jet” personnel qui le mène aux Caraïbes, où il prend son bateau qui serait en fait un navire océanographique ? Nous serions quand même très curieux et très intéressés de connaître des lèvres de Monsieur Berlusconi l'histoire de sa vie : qu'il nous raconte comment fait-on pour passer de l'aiguille au million, ou du million aux cent milliards”.
Oui, qui lui a donné cet argent ?

Un jeunot qui se faisait déjà photographier dans les bureaux de sa société de construction, Edilnord, avec un 357 magnum bien en vue sur son bureau !


Pour autant, Berlusconi lui-même n'a JAMAIS répondu à cette question ! Et la seule fois où il aurait pu le faire, officiellement, il ne l'a pas fait, en perdant ainsi une occasion unique d'éclaircir une fois pour toutes l'origine inépuisable des fonds qui lui ont permis, en quelques années à peine, de créer son empire en partant de RIEN...

C'était au procès de première instance au terme duquel son éminence noire et ami, le sénateur Marcello Dell'Utri, a été condamné à 9 ans de prison pour concours externe en association mafieuse (condamnation réduite en appel à 7 ans), lorsque les magistrats de Palerme vinrent à Rome, le 26 novembre 2002, directement au Palais Chigi (le palais de la présidence du Conseil des ministtres), pour écouter son témoignage (requis à la fois par le Parquet et par les avocats de la défense de Dell'Utri et Cinà) sur une précédente enquête concernant Berlusconi et Dell'Utri pour blanchiment d'argent mafieux.

Berlusconi choisit alors de ne pas répondre aux questions des magistrats, une faculté que lui confère la loi. Donc au plan formel, rien à dire. Dura lex, sed lex...

Sauf que les ombres restent. Et le rattrapent, par la voix de Massimo Ciancimino, qui explique que son père et d'autres chefs mafieux ont investi beaucoup d'argent dans Milano 2...

L'avocat de Berlusconi, le député Niccolo Ghedini, déclare évidemment que rien n'est vrai, que « le complexe immobilier, Milano 2, a été entièrement financé par la vente anticipée des appartements », et que Berlusconi n'a jamais au grand jamais entretenu de relations d'affaires avec Vito Ciancimino, ex-maire mafieux de Palerme et père de Massimo.

En clair, ce serait la parole de Berlusconi contre celle de Massimo Ciancimino. Oui mais voilà, le fils de Don Vito étaye ses affirmations par une montagne de documentation. Dont un chèque de 35 millions de lires signé par Silvio Berlusconi et adressé à Ciancimino père pour financer son parti politique.

Mais surtout, bien plus grave, Massimo et maintenant sa mère, fournissent aux magistrats un mémorandum détaillé qui devrait leur permettre de retrouver traces des opérations financières.

Où Vito Ciancimino, outre mentionner les noms de deux constructeurs impliqués, condamnés ensuite pour mafia, Nino Buscemi et Franco Bonura, dit explicitement que lui, Marcello Dell'Utri et, indirectement, Silvio Berlusconi, sont les "enfants de la même louve" :
Nous appartenons au même système, même si nous avons été traités différemment uniquement pour des raisons géographiques.

Aussi bien Vito Ciancimino que Marcello Dell'Utri ont développé leurs affaires en liaison étroite avec le monde politico-mafieux notoirement connu, comme cela a été décrit dans de nombreux rapports judiciaires.

Dès les années 80, l'Interpol de Milan avait amplement documenté la proximité et les relations directes entre Dell'Utri et des représentants mafieux...


Dans un document remis au juge par l'épouse Ciancimino, femme de Vito et mère de Massimo, on peut lire ceci :
Moi-même, Vito Ciancimino, et d'autres amis entrepreneurs, sur indication de Dell’Utri, nous avons jugé bon d'investir dans des entreprises rattachées à Berlusconi. C'est ainsi que nous avons injecté plusieurs milliards de lires dans des spéculations immobilières à la périphérie proche de Milan.
Et son fils d'ajouter : mon père était en colère parce que lui et Berlusconi avaient été différemment traités uniquement à cause de raisons géographiques. Il ne demandait pas la condamnation de Berlusconi mais il était convaincu que si lui aussi avait été mis en examen à Milan, comme Dell’Utri, il aurait été absous. De même, l'argent correspondant au retour sur ces investissements a fini par être saisi à Ciancimino père, tandis que jamais personne n'a rien contesté à Berlusconi sur ce point...

Quoi qu'il en soit, les documents de Ciancimino père, qui ont été expertisés et jugés authentiques (selon Ghedini, ils sont diffamatoires, tandis que selon Sonia Alfano, parlementaire européenne, ils sont la énième confirmation des relations directes entre Berlusconi et Cosa Nostra...), contiennent aussi une lettre manuscrite envoyée à Antonio Fazio, alors dirigeant de la Banca d'Italia, dont le nom faisait partie des candidats possibles pour gouverner le pays à une époque particulièrement tragique pour l'Italie (1992 - 1993), dans laquelle il fournit son interprétation des meurtres de l'eurodéputé andreottien Salvo Lima et des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

J'ai traduit cette lettre, qui me touche particulièrement :


Je soussigné, Vito Ciancimino, notoirement connu, souhaite vous soumettre la présente pour qu’elle vous serve de mémorandum, à l’avenir, si vous décidez vraiment de vous lancer dans l’arène politique, comme certains Amis du régime me l’ont suggéré. Mais tout d’abord, il est de mon devoir de préciser que, directement et indirectement, je fais moi-même partie de ce « Régime » qui, aujourd'hui, autant à cause de ses erreurs que des miennes, tentera certainement de vous forcer, alors que vous-même êtes une personne au-dessus des parties, que j’ai appris à estimer et apprécier au fil du temps, pour vous convaincre de prendre les rênes d'un pays au bord du gouffre. J'ai été condamné pour crime de mafia sur les indications du régime et de personnes au côté desquelles certains mafieux sont de vrais gentlemen.

Dès 1984, pour répondre à un mandat précis desdites personnes, il a été décidé, après avoir adhéré à toutes leurs revendications, de sortir d’un tiroir un vieux rapport de la Criminalpol transmis en Italie trois ans auparavant, et d'armer l’action judiciaire du juge Falcone pour éliminer Vito Ciancimino de la scène politique. C’est ainsi que fut décidée une véritable épuration, uniquement interrompue par le suicide du député Rosario Nicoletti. Les dirigeants de la démocratie-chrétienne décidèrent alors de serrer les rangs autour du décès de leur secrétaire régional palermitain. Ces mêmes personnes, par l’intermédiaire du comte Vaselli, me firent ensuite contacter par Gianni De Gennaro, autant pour me préparer au triste événement que pour contrôler les réactions et les dommages que mon arrestation aurait pu causer à leur nouveau "projet". Mais c’est bien cette année-là que le « régime » mit au point son chef-d'œuvre. Je suis fermement convaincu que la main de la mafia fut armée sur ordre de ces personnes, afin d’assassiner Salvo Lima, Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

Or faisant partie de ce régime, je suis conscient que, par le simple fait d’en faire partie, j’en serai bientôt exclu. Pour l'heure, je sers encore à leurs derniers desseins avant le « chef-d'œuvre final ». Mais après une première tentative scélérate de solution avancée par le colonel Mori pour stopper l’attaque terroriste mafieuse, énième arme aux mains du régime, interrompue de facto par l'assassinat du juge Borsellino, très certainement prêt à s’opposer résolument à cet accord, finalement, sous la contrainte des événements, il fut décidé d'accepter la seule solution possible pour tenter de ralentir ce flot de sang, qui n’était pourtant qu'une partie du plan subversif.

À plusieurs reprises, en vain (je pourrai produire toute la documentation), j'ai demandé à être entendu par la Commission Antimafia, à la seule condition que tout aurait dû être diffusé en direct à la télévision, dans le seul but de dénoncer à l’opinion publique italienne les événements dont je ne dévoile ici qu’une fraction minime, événements qui furent un instrument aux mains du pouvoir dont je fais moi-même partie. Ce même régime que j'ai dénoncé publiquement comme étant « Le Grand Architecte », est composé d'hommes des Institutions que je connais bien par leurs noms et leurs prénoms. Or mon sentiment est qu’avec la chute du mur de Berlin se sont aussi écroulés les véritables motifs et les postulats de base pour lesquels, en son temps, j'avais adhéré à toute cette histoire. En revanche, la tentative actuellement en cours pour pouvoir participer directement à la vie politique future de notre pays n’est que le énième acte scélérat, auquel non seulement je n’entends pas prendre part, mais également que je tiens à dénoncer. L’ensemble de l’ancienne hiérarchie politique sera destinée à s’aligner à ce nouveau cours de l'histoire de notre République, qui jette aujourd’hui ses bases non plus sur une simple escroquerie, mais sur « un véritable carnage ». Je peux évidemment fournir toute la documentation connexe pour preuve de ce que j’avance, ainsi que les noms et prénoms des personnes impliquées.


Le véritable carnage, ce sont les bombes de 1992-1993, beaucoup de sang versé, le sang innocent d'italiennes et d'italiens honnêtes sur lequel se fonde le pacte état-mafia qui a donné naissance à la IIe République italienne.

Celle que nous connaissons aujourd'hui et qui a pour actuel président du Conseil un certain Silvio Berlusconi !

Comment est-ce possible ? C'est la question que je me pose tous les jours, encore sans réponse... [Début]


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P.S. Il y a quelques jours, Salvatore Riina a été autorisé à voir son fils aîné, lui aussi en prison, pour la première fois depuis 14 ans. Leur entretien, qui a été enregistré, est une leçon magistrale du langage mafieux où le plus explicite est dans les non-dits. Or pour Riina, les seuls véritables infâmes - l'insulte suprême pour un chef mafieux - sont Vito Ciancimino et son fils. Mais paradoxalement, c'est le plus grand gage qu'il puisse donner du sérieux et de l'authenticité de leur témoignage...

[MàJ - 21 septembre 2010] À ce propos, permettez-moi de vous signaler deux nouveautés très intéressantes, que j'ai apprises hier lundi (alors que mon billet date de l'avant-veille, samedi) en suivant le point hebdomadaire sur la situation italienne de Marco Travaglio, que voici en images (et en texte) :



  1. Concernant le chèque de 35 millions de lires signé Berlusconi (dont parlait déjà Massimo dans une écoute téléphonique qui remonte au 5 mars 2004...), il était vraisemblablement destiné à financer le parti politique de Ciancimino, la DC, et serait datable dans une fourchette comprise entre 1979 et 1983 (c'est-à-dire à la grande époque où les fonds d'origine suspecte, pour employer un euphémisme, arrivent par milliards dans les caisses de Fininvest, l'empire de Berlusconi) : en effet, Vito Ciancimino note par écrit sur un "pizzino" (littéralement, un bout de papier, mais à forte connotation mafieuse, puisque c'est le moyen traditionnel utilisé par les chefs mafieux - et notamment Provenzano - pour communiquer) que cet argent lui sert à l'achat de cartes pour la période 79/83 (acquisto tessere periodo 79/83), c'est-à-dire l'achat de fausses cartes d'adhésion à la Démocratie chrétienne pour passer devant ses concurrents politiques et se faire élire en Sicile.
  2. Outre le chèque, l'épouse Ciancimino fournit également un autre "pizzino", vraisemblablement datable en 2001 (l'expertise est en cours, mais 2001 c'est l'époque où Berlusconi est en passe - ou vient - d'être réélu président du Conseil pour son deuxième gouvernement, après avoir conquis 61 sièges sur 61 en Sicile, du jamais vu...), destiné à Bernardo Provenzano, sur lequel son mari écrit ceci :
    “sur les 100 millions reçus de Berlusconi, 75 vont à Benedetto Spera et 25 à mon fils, Massimo, mais il faudrait dire à nos amis qu'ils arrêtent leurs conneries et pensent à résoudre nos problèmes judiciaires”...
    En clair, Benedetto Spera est le bras droit de Provenzano, et il serait temps que le parti politique élu grâce aux votes de la mafia fasse adopter une législation plus souple et adaptée aux exigences mafieuses, écrites noir sur blanc dans le "papello"...

    Pourtant, dès sa première élection, Berlusconi avait montré toute sa bonne volonté, puisque dès le 13 juillet 1994 (deux mois à peine après la composition de son premier gouvernement, entré en fonction le 10 mai 1994), il s'était empressé de faire promulguer le tristement fameux "décret-loi Biondi" (du nom de son ministre de la "justice", Alfredo Biondi), autrement dénommée loi "salva-ladri" (le salut des voleurs), qui aurait permis de libérer tout le monde (y compris les couples de corrompus/corrupteurs - qui vont toujours par paire - condamnés dans le cadre de l'opération Mains propres...), sous le généreux prétexte de désengorger les prisons !

    Le lendemain, 14 juillet 1994, Antonio Di Pietro, alors au plus haut de sa popularité, avait lu un communiqué de presse télévisé, au nom de l'ensemble du pool milanais, pour annoncer à la nation leur intention de tout abandonner :
    Convaincus que la nécessité de faire observer la loi vis-à-vis de tous les citoyens était une opinion généralement partagée, nous avons travaillé intensément pour servir notre pays jusqu'au bout.

    (...)

    Or ce décret-loi ne permet plus aux magistrats de lutter efficacement contre les crimes sur lesquels ils enquêtent. (...) Nous avons donc informé le Procureur de la République de notre intention d'être mutés au plus vite vers des missions où nous ne serons plus obligés de nous heurter entre ce que notre conscience nous dicte et ce que la loi nous impose.
    Face à l'énorme levée de boucliers qui s'ensuivit, Berlusconi fut obligé de faire marche arrière, avant que son gouvernement ne tombe six mois plus tard...

    * * *

    Le 22 décembre 2002, dans l'année qui a suivi la deuxième accession de Berlusconi à la présidence du Conseil, au stade de Palerme se jouait le match Palerme - Ascoli (Ascoli étant la ville où Salvatore Riina purgeait alors sa peine), durant lequel toute l'Italie put voir à la télé le message suivant :

    UNITI CONTRO IL 41 BIS
    BERLUSCONI dimentica LA SICILIA!


Traduction : Unis contre le 41-bis, Berlusconi oublie la Sicile ! (Il faut savoir que l'assouplissement des conditions de détentions très strictes fixées par l'article 41-bis, qui établit un régime carcéral de très haute sécurité pour les chefs mafieux, est le premier point négocié par la mafia dans le "papello"). Une façon comme une autre, donc, de faire comprendre aux "amis" qu'ils arrêtent leurs conneries et pensent à résoudre, enfin, les problèmes judiciaires de la mafia...

Et Marco Travaglio de se demander (j'adapte) : c'est quoi, ces 100 millions de lires "donnés" par Berlusconi dont parle Ciancimino père ? Un versement fixe, mensuel, trimestriel, semestriel, de Berlusconi à Ciancimino ? Et c'est quoi cette répartition, 25% à Ciancimino et 75% à Benedetto Spera ? En échange de quoi ? Depuis quand Berlusconi a-t-il pris l'habitude de payer la mafia, de quoi s'agit-il ? Ce sont les dividendes d'anciennes participations actionnariales ? Ce sont des cadeaux ? Des pots-de-vin ? Mystère ! Même si de toute évidence ça n'a rien à voir avec l'autre chèque de 35 millions, puisqu'à l'époque où il l'a signé, Berlusconi n'était pas encore en politique...

Voilà pour aujourd'hui. En fait, ma précédente conclusion n'a pas changé : toujours de plus en plus de questions, toujours de moins en moins de réponses ! [Début]

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