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mercredi 16 décembre 2009

Berlusconi : coup monté ou photomontage ?


[MàJ - 21 décembre 2009] Après les nombreux commentaires que j'ai reçus sur ce billet et sur mes deux billets italiens (près de 60 en tout), je crois bien que je suis obligé de remettre le point d'interrogation : ce fameux "bout de plexiglas" serait bien un effet d'optique, de nombreux commentateurs me le confirment ! Malheureusement je n'y connais rien en photo, et le fait que par un extraordinaire concours de circonstances l'agresseur ait également été en possession d'une feuille de plexiglas m'a induit en erreur.

Je dois donc faire mes excuses à Silvio Berlusconi et à qui me lit. Même si je ne l'aime pas, c'est pas une raison pour écrire des conneries. Je suis vraiment désolé.

Jean-Marie

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[MàJ - 19 décembre 2009] Ce matin j'ai publié un billet sur mon blog italien où j'ai enlevé le point d'interrogation : l'attentat est bidon !

Je rédigerai quelque chose en français la semaine prochaine, mais tous les éléments sont déjà présents dans ce billet : toutes les télés du monde ont fait voir un homme qui brandit un objet, vise et le lance ; or sur une distance de moins de 3 mètres, la "chose" qui atteint simultanément Berlusconi au visage est totalement différente - de par sa nature, sa taille et sa couleur - de l'objet qui a été lancé. Si quelqu'un a une autre explication - convaincante et motivée - que la supercherie, je suis tout-ouïe !

[MàJ - 18 décembre 2009] Dans les commentaires, je disais ceci :
Sur la vidéo ça va très vite donc c'est impossible d'avoir une certitude à l'œil nu, mais il suffirait d'analyser les photogrammes pour avoir une preuve irréfutable.
Je disais cela parce que sur la vidéo on voit passer l'ombre d'un objet, censé être un modèle en miniature du dôme de Milan, mais comme je l'expliquais en commentaires sur mon blog italien, l'ombre est foncée alors que le modèle est en poudre de marbre blanc (le sillage devrait donc être blanc), et même la masse ne semble pas correspondre.

Voilà l'idée que je me faisais à l'œil nu, et voilà pourquoi la décomposition en photogrammes m'aurait permis d'y voir plus clair. Or voilà qu'un journal italien publie une photo où l'on distingue clairement l'objet qui frappe Berlusconi. Y a-t-il manipulation, je vous laisse juges...

Voici tout d'abord le modèle de reproduction du dôme de Milan (environ 200 g), identique à celui qu'aurait lancé l'agresseur, selon ce qu'ont raconté tous les médias italiens, presse et télé confondus :


Ce sont les pointes et l'aiguille qui auraient dû blesser Berlusconi, et laisser immédiatement des traces...

Voici maintenant, bien visible sur le photogramme, l'objet réel qui atteint Berlusconi :


Je ne sais pas exactement ce que c'est, mais ça ressemble furieusement à un bout de plexiglas. Je voudrais donc qu'on m'explique par quel "miracle" un tel objet peut procurer de telles blessures, casser un nez et briser deux dents !!!

J'ajoute que si quelqu'un connaît un moyen d'extraire un ralenti de la vidéo ci-dessous et de décomposer les photogrammes, je suis preneur !

* * *

Une fois n'est pas coutume, je voudrais adapter en français le dernier billet que j'ai posté sur mon blog italien. Écrit après avoir vu une séquence de photos de l' "agression" de dimanche dernier à Berlusconi, qui n'est pas sans me laisser perplexe.

En commençant par la première photo, qui montre la joue de Berlusconi intacte (chose qu'on voit parfaitement aussi sur les clips vidéo) :


Donc, aucune trace de sang immédiatement après l'impact, ni le moindre son émis par Berlusconi alors qu'officiellement il a le nez cassé et deux dents brisées. Juste en apparence un visage affecté par la douleur, avant même qu'il se couvre le visage. En outre :
  • aucune trace de blessure sous l'œil
  • aucune trace de blessure à la joue
  • aucune trace de blessure au-dessus de la lèvre
Donc je me demande comment cette photo est compatible avec les deux suivantes, puisque normalement les lacérations auraient dû être visibles instantanément sous la violence du choc :



Mais les questions ne s'arrêtent pas là. Selon son médecin personnel, suite à l'agression, Berlusconi aurait perdu un demi-litre de sang !

Or comme on le voit sur la photo ci-dessus, son col de chemise est immaculé. Pas même un point rouge comme sur la chemise de quelqu'un qui se serait mal rasé... Extraordinaire, non ? Sans compter qu'un nez cassé sans saigner et sans même une excoriation visible, je me demande si c'est courant...

Jusqu'au mouchoir qui est d'une blancheur éclatante, on dirait un linge tout frais lavé avec la dernière lessive qui lave plus blanc que blanc, un mouchoir qui n'a pas servi à lui empêcher le sang de couler, puisque dès l'impact il serrait déjà de ses deux mains une espèce de sac poubelle noir pour se couvrir le visage.

C'est quand même rare qu'un homme politique serre des mains en même temps qu'un sac poubelle, ou je rêve !?

Et enfin, il y a cette photo, pour le moins bizarre :


Alors qu'en pensez-vous : coup monté ou photomontage ?


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P.S. Regardez cette vidéo :



Sur la capture ci-dessous, entre 1'22'' et 1'24'', qui représente pratiquement la même photo que la première de ce billet, mais sous un angle légèrement différent, on voit parfaitement le visage, sans la moindre égratignure !!! Et pourtant il a déjà reçu le coup...


En outre, je viens de découvrir que je ne suis pas le premier à y avoir pensé !

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mardi 8 décembre 2009

No Berlusconi Day




Le 5 décembre à Rome (et pas seulement) a eu lieu le No Berlusconi Day, une manifestation convoquée directement sur ... Facebook (qui est vraiment en train de changer la donne) ! Pour demander les démissions de Silvio Berlusconi.

Nous étions plus d'1 million !

90 000 selon la Préfecture ! Mensonge totalement invraisemblable mais commode, puisqu'il a permis aux télévisions de Berlusconi (publiques et privées) de raconter aux italiens que la manifestation a été peu suivie !!!

Comme quoi, à ce niveau, il suffit d'oublier un 0 pour faire croire ce qu'on veut au bon peuple. Qui me fait de plus en plus penser au petit bétail qu'on mène à l'abattoir en lui faisant croire qu'il part en promenade. Comme ça il va vers son destin tranquille et confiant, en chantant et en applaudissant. Et quand il finit par comprendre, c'est trop tard...

C'est bien simple, le lendemain, le pouvoir a organisé la mascarade de l'arrestation de deux mafieux, avec des figurants pour applaudir !!!

Nous ne sommes plus dans l'information, nous sommes dans la désinformation pure, la propagande de régime, le mensonge d'état. Avec des moyens qui auraient fait pâlir d'envie Goebbels. Indignes d'une quelconque démocratie. Mais l'Italie n'a jamais été un pays véritablement démocrate, à ce jour, et nous verrons dans les semaines et les mois qui viennent si les italiens méritent de conquérir une vraie démocratie, ou pas...

En tout cas, cette fois, le troupeau n'aura plus d'excuses. Les éclaireurs ont fait leur travail. La conscience du pays aura parlé. En masse. J'ai mis plus de 3 heures pour un itinéraire d'environ 2 - 2,5 km. Soit une moyenne de 7-800 mètres à l'heure. Je suis parti avant 15h avec un soleil magnifique, je suis arrivé à la tombée de la nuit sur la place qui fait face à la basilique de Saint-Jean de Latran, la plus grande place de Rome, qui était déjà comble alors que le cortège était encore à mi-chemin !


Agrandir le plan

Un fleuve humain avec des confluents noirs de monde. Pour vous donner une idée, lorsque la place est pleine pour le concert gratuit du 1er mai, c'est au minimum entre 350 et 500 000 personnes. Or là, non seulement la place était pleine, mais il fallait compter en plus 2 km de cortège avançant au pas. Nous étions encore Via delle Terme di Diocleziano (le début du parcours) qu'on nous annonçait que la tête du cortège avait déjà atteint la place.

En fait, une bonne part du cortège n'a pas pu rejoindre la place devant la basilique, qui ne pouvait plus contenir personne. Personnellement, j'y suis allé seul et ensuite j'ai mis plus de 30 minutes juste pour la traverser !

Déclarations des politiques proches de Berlusconi : trois pelés et un tondus, toujours les mêmes, communistes, justitialistes, réactionnaires, etc. Ou comment liquider en deux conneries 1 million de personnes qui crient dans les rues de Rome, Berlusconi t'es une merde, un mafieux, démissionne, fais-toi juger, etc.

Toutes catégories confondues ! Enfants, jeunes, vieux, même les chiens portaient des écharpes ou des pompons violets. Des communistes, certes, mais une telle participation massive va bien au-delà des couleurs politiques, elle est transversale, horizontale, ni de droite ni de gauche, une classification spécieuse qui ne veut plus rien dire, mais encore bien utile pour tromper les gens !

Le peuple des gens honnêtes, qui veulent justice et vérité et n'en peuvent plus des magouilles et des mensonges du pouvoir en place. Un pouvoir qui se réclame de la souveraineté du peuple ... manipulé, trompé, réprimé. Il n'est que de voir l'accueil que réserve désormais le peuple souverain à Berlusconi lors de ses déplacements. Comme disait Coluche, un peuple qui salue chaleureusement son leader, en agitant ses chaînes.

Des chaînes invisibles, certes, mais qui n'en sont pas moins présentes. En tout cas voici les quelques images que j'ai ramenées de cette splendide journée, une journée d'espoir et de solidarité civile.

Cela a-t-il encore un sens, et, si oui, pour combien de temps ?



Pour voir d'autres vidéos sur le No Berlusconi Day...


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P.S. Dans la série "information à sens unique" / désinformation / mensonge / propagande, le parti de Berlusconi a déjà annoncé une contre-manifestation pour l'année prochaine. Voulez-vous parier que les principales télévisions italiennes assureront le direct, chose qui a injustement été refusée au No Berlusconi Day ?

D'autre part, la chose est compréhensible : si le service public devait se mobiliser chaque fois qu'un million de personnes descendent dans la rue, où irait-on !?

Je signale également que j'ai été interviewé par la correspondante d'Europe 1 en Italie, si jamais quelqu'un en a eu l'écho, merci de me laisser vos commentaires ici :-)

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jeudi 12 novembre 2009

Italie : la solution finale


Un long billet pour vous proposer une brève intervention d'Antonio Ingroia, magistrat de Palerme considéré comme le successeur de Paolo Borsellino, actuellement titulaire de l'enquête sur le pacte entre l'état italien et la mafia (cf. le Papello et les 12 exigences de la mafia...).

Brève mais intense, prononcée il y a quelques jours, et centrée autour de la "solution finale" à l'assaut de la démocratie, ce que Ingroia appelle "l'emergenza democratica".

En général, le français traduit "emergenza" par "urgence", mais la portée du terme en italien est bien plus vaste : une emergenza, c'est un problème, un gros problème à résoudre marqué par une double connotation : celle de l'urgence, et celle du désastre. Donc le véritable concept derrière "emergenza", c'est celui d'une catastrophe qu'il faut affronter, vite.

Par conséquent, bien que je traduise les mots d'Ingroia par "urgence démocratique", ayez toujours présente à l'esprit cette signification : l'Italie a de gros problèmes de démocratie, qui sont en train de tourner à la catastrophe et qu'il est chaque jour plus urgent d'affronter.

Ce préambule étant fait, voici le discours d'Antonio Ingroia, et sa traduction, faite à partir de cette retranscription en italien (voir ici la restranscription complète).


Je pense que nous vivons une situation d’urgence. Une véritable urgence, réelle, et non pas une urgence fictive, créée ad hoc pour détourner l’attention de l’opinion publique. Non pas l’urgence du problème « immigration », non pas l’urgence du problème « magistrats », non pas l’urgence du problème « écoutes téléphoniques », non ! En Italie, nous vivons l’urgence du problème « démocratie », l’urgence démocratique.

Et l’urgence démocratique que nous vivons dans notre pays découle d’une situation actuelle, concrète, liée à un assaut systématique ou, si vous me passez le terme, bien qu’il puisse paraître emphatique, à une sorte de « solution finale » - mais c’est le sentiment que provoque en moi ce qui se passe ces derniers mois -, contre les deux seuls éléments de défense, cruciaux, qui constituent les derniers remparts de protection encore debout : la magistrature et la libre information.

Or sur ces deux éléments charnières veulent intervenir, de manière lucide et systématique, les initiatives législatives actuelles et à venir : la loi sur les écoutes téléphoniques, par exemple, n’en est que le dernier maillon. Elle n’a plus été débattue pendant des mois, or voilà qu’elle vient d’être remise à l’ordre du jour au Sénat pour être rapidement approuvée, avec le même texte que celui déjà approuvé à la Chambre des Députés.

Mais ce qui se passe aujourd’hui en Italie, ce qui s’est passé au cours des dix dernières années - je le répète, c’est mon avis personnel, mais je crois qu’il est étayé par un certain nombre de faits - et qui donne à l’expression que je viens d’utiliser, celle de l’urgence démocratique, un sens pas du tout emphatique - je dirais même qu’il s'agit presque d’un euphémisme -, c’est que nous ne sommes plus seulement confrontés à un démantèlement systématique des piliers de l’État de droit, nous sommes confrontés à un démantèlement systématique de l’État tout court !

Ce qui s’est passé ces dernières années, c’est une refonte radicale et progressive de notre modèle institutionnel, où la différence entre ce que nous appelons en Italie la Première et la Seconde République, c’est que pendant la Première République la politique tenait son rôle de médiation, quand bien même parfois polluée par des intérêts privés, voire par des intérêts criminels, alors que ce rôle de médiation de la politique n’existe tout simplement plus dans cette Seconde République.

Et le problème, la façon dont nous abordons souvent le sujet « politique contre justice », la guerre entre la politique et la justice... c’est un lieu commun facile, inutile de le démonter, mais par le passé, nous l’avons souvent répété, cette image d’un clash entre la politique et la justice est erronée, tout simplement parce qu’il n’y a qu’une seule partie qui tape contre l’autre, à savoir que c’est la politique qui tape contre la justice.

Mais je vous dirais même plus : non, nous n’avons pas eu un assaut de la politique contre la justice, nous avons tout simplement perdu la politique ! Parce que les institutions et la politique sont désormais occupées par l’affairisme et les intérêts privés, dans un pays où le privé a remplacé le public !

Donc, la différence entre la Première et la Seconde République c’est que ce rôle de médiation que tenait hier la politique a complètement disparu. C’est cela qui m’inquiète et me préoccupe. En réalité, ce qui se passe en Italie... - selon mon évaluation personnelle de citoyen, et non pas en tant que magistrat impliqué dans des enquêtes et qui soutient l’accusation dans des procès, là où ce sont les preuves qui comptent, et non pas les simples considérations -, pour autant, comme nous le rappellent des hommes tels que les juges Falcone et Borsellino, la lutte contre la mafia ne se mène pas uniquement dans les palais de justice, au moyen d’enquêtes et de procès, non, dans les palais de justice on mène des enquêtes et des procès, mais pour cela il faut des preuves, car sans preuves, on ne fait ni les enquêtes ni les procès...

(En réalité, ce qui se passe en Italie...) c’est que pour lutter contre la mafia, qui n’est pas seulement une organisation criminelle, mais un système de pouvoir criminel, la magistrature ne peut gagner cette bataille seule. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un large mouvement d’opinion, un mouvement de société. Exactement ce que disait Paolo Borsellino par une phrase, une phrase pour laquelle nous serions accusés d’être engagés politiquement si nous la répétions aujourd’hui : selon Paolo Borsellino, la lutte contre la mafia est essentiellement un choix politique, car avant d’avoir une magistrature antimafia, il faut une politique antimafia !
Nous serions accusés d’être engagés politiquement...

Et bien ça n'a pas manqué !

En Italie, le passé est le présent. Hier Falcone e Borsellino, aujourd'hui Ingroia et les autres...

Cela fait déjà plusieurs jours que Berlusconi et le pouvoir politique en place ont lâché les chiens sur Antonio Ingroia. Pas un jour ne se passe sans que l'un des journaux ou l'une des télévisions à la solde de Berlusconi ne tentent de démolir Antonio Ingroia. De le démolir professionnellement, pour l'instant... De lui faire perdre toute crédibilité, toute légitimité.

Berlusconi l'a dit clairement en septembre :
C'est de la folie : il y a des morceaux de la magistrature, de Palerme à Milan, qui vont encore fouiller dans de vieilles histoires, qui remontent à 1992, 93, 94. Ce qui me fait mal, dans tout ça, c'est que ces gens-là, payés par l'argent du contribuable, conspirent contre nous, qui travaillons pour le bien commun du pays.

« E' una follia che ci siano frammenti di Procura che da Palermo a Milano guardano ancora a fatti del '92, del '93, del '94. Quello che mi fa male e' che gente cosi', con i soldi di tutti noi, faccia cose cospirando contro di noi che lavoriamo per il bene comune del Paese. »
Je ne sais pas si vous percevez bien la violence de l'attaque. Avec entre les lignes le message suivant : de simples magistrats qui conspirent contre le premier ministre (qui lui œuvre au bien commun) en volant l'argent des contribuables. De la folie pure !

Je vous rassure, ce n'est pas la première fois, bien sûr, que Berlusconi en dit de toutes les couleurs sur les juges, et sur les magistrats du Ministère public en particulier : qu'ils étaient anthropologiquement différents du reste de la race humaine, qu'ils devraient passer des tests psychologiques et de comportement avant d'être admis à la profession, que font ce métier ceux qui ont un désir profond de faire le mal (en répétant ce que lui disait son propre père...), etc.

Si besoin était d'illustrer ce que dit Ingroia, à savoir que c'est la politique qui tape contre les juges...

Voici un autre exemple, éclatant, du déséquilibre total entre les pouvoirs. Ingroia a prononcé ce discours en petit comité le 7 novembre, devant quelques centaines de participants, tout au plus.

Réponse du pouvoir, le surlendemain, 9 novembre, journal de 20h, RAI 1, la première des chaînes publiques dont le JT est le plus suivi en Italie, par je sais pas combien de millions de téléspectateurs. Le directeur de la chaîne, fraîchement et directement nommé par Berlusconi, interrompt le journal en plein milieu, en faisant une déclaration servile CONTRE Antonio Ingroia, en l'accusant nommément de ceci et de cela, et POUR réintroduire l'immunité parlementaire en Italie (dans un Parlement qui compte d'ores et déjà 19 "honorables" définitivement condamnés) !!!



Pour vous donner un élément de comparaison, imaginez un instant si dans le procès Clearstream, par exemple, Sarko enjoignait les directeurs de chaîne d'interrompre le JT de TF1 ou de France 2 pour faire démolir le juge chargé de l'affaire...

Or le même jour, un autre événement faisait aurait dû faire l'actu : le parquet de Naples avait formellement demandé l'arrestation de Nicola Cosentino, actuel secrétaire d’État à l’Économie, député et coordinateur régional du Parti des Libertés, candidat désigné comme Gouverneur de la Campanie (région de Naples et règne de la camorra) aux prochaines élections régionales (mars 2010).

Les enquêtes qui le concernent durent depuis 1996 (!) et il y a pas moins de 9 repentis qui le mettent gravement en cause pendant toutes ces années !!! Avec le panorama suivant pour l'administration régionale de Campanie : sur 50 conseillers régionaux, 35 sont déjà mis en examen ou ont déjà été condamnés ! Au point que sur l'édition de ce jour de Il Fatto, Marco Travaglio conclut son éditorial en disant :
la Région Campanie devrait être dissoute et placée sous administration judiciaire, avec un commissaire pendant 5 ans. Parce que les politiques se sont tellement infiltrés dans la camorra qu'au fil du temps, c'est la politique qui a fini par corrompre la camorra !!!

(...la regione Campania va sciolta e commissariata per cinque anni. Perché la politica s’è infiltrata nella camorra e, a lungo andare, ha finito per corromperla.)
Donc, toujours pour poursuivre notre comparaison, imaginez si le jour même où les juges français demandaient l'arrestation pour mafia de l'un/e des secrétaires d'état à l'économie, au lieu d'en parler au JT de 20h, Sarko faisait interrompre le journal de TF1 ou de France 2 pour démolir le juge chargé de l'affaire Clearstream...

Ça vous semble possible comme tableau ? Non, n'est-ce pas ? Et bien c'est exactement ce qui se passe en Italie. Aujourd'hui. Je vous parle pas des années 30 et de Mussolini, je vous parle de la première décennie du deuxième millénaire et de Berlusconi. Qui fait ainsi d'une pierre deux coups : d'un côté il dissimule l'info de son secrétaire d'état accusé d'être un mafieux, de l'autre il attaque un magistrat à la recherche de la vérité sur les origines de la Seconde République italienne, née du sang des carnages de 1992, 93 et 94...

Naturellement tous les amis politiques de Cosentino lui ont déjà exprimé leur solidarité totale, l'un allant même jusqu'à l'assurer de sa profonde solidarité "chrétienne" (!!!), l'avocat personnel de Berlusconi osant affirmer que toutes ces accusations sont fausses, qu'elles ne reposent sur rien (piqûre de rappel : plus de 10 ans d'enquêtes, 9 repentis qui racontent, et une demande formelle d'arrestation de 350 pages - lisez les 200 premières -, il faudrait pas croire non plus que les magistrats s'embarquent dans des enquêtes pareilles sans biscuits, voir plus haut la déclaration d'Ingroia sur les preuves...), et qu'elles fondront comme neige au soleil.

Berlusconi voulait d'ailleurs persister à le présenter comme candidat aux prochaines élections régionales, mais il semble pour l'instant que le veto catégorique de Fini l'ait contraint à y renoncer, nous verrons...

Or de quoi parle le ministre de la "justice" aujourd'hui ? De soutenir le travail des magistrats ? Non, mais plutôt de la possibilité de leur envoyer une commission d'enquête ministérielle. Là encore, nous verrons...

Par conséquent, ce qui est d'une gravité absolue, extrême, dans tout ça (car des épisodes de cette nature, je pourrais vous en citer une liste à n'en plus finir), c'est que non seulement la mafia en Italie ne se cache plus, mais qu'elle est au pouvoir !

Car il est clair que l'urgence démocratique dont nous parlons va de pair avec l'urgence frénétique, avec la précipitation que met Berlusconi à faire approuver des lois censées lui garantir, d'un côté, l'immunité l'impunité totale, et démanteler, de l'autre, le système judiciaire et la constitution italienne, en commençant par la plus gigantesque amnistie masquée de l'histoire du pays...

Non pas parce qu'il a peur du procès Mills ou d'autres bagatelles (il l'a déjà dit : même si je devais être condamné pour corruption dans le procès Mills, je ne démissionnerai pas pour autant), mais parce qu'il sait pertinemment que les "vieilles affaires" de 1992, 93 et 94 sont sur le point de remonter et de le rattraper, puisqu'il est nommément mis en cause par les repentis pour être l'un des "terminaux", au côté de son compère Dell'Utri, des négociations état-mafia qui ont juste commencé en 1992 mais se poursuivraient encore, selon de plus en plus d'observateurs.

Tout le monde sait cela, je parle des gens qui sont censés savoir, c'est-à-dire nos gouvernants : tous le savent en Europe, et pourtant personne ne dit rien. J'y vois un silence complice !!!

Car lorsque le Gouvernement de Berlusconi décrète le blanchiment d'état sur tous les capitaux mafieux, je me demande si les autres pays européens saisissent la portée d'un tel acte !?

Selon Tremonti, le ministre juste au-dessus de Cosentino, l'opération est d'ores et déjà un succès, qui devrait renflouer les caisses de l'état dans une fourchette de 5 à 7 milliards d'euros (pourtant, rien de comparable avec les 38 milliards d'euros d'amende, mais c'est une autre histoire...) ; or en sachant que ce chiffre ne représente que 5% des capitaux "scudati" (qui bénéficient du bouclier fiscal dans l'anonymat plus total et ne pourront plus faire l'objet d'aucune enquête à venir !), cela nous donne déjà entre 100 et 150 milliards d'euros blanchis. Légalement. Qui vont s'ajouter aux 78 milliards d'euros déjà "régularisés" en 2001 et 2003 (Gouvernement Berlusconi, il va sans dire)...

De l'argent provenant, au mieux, de fraudes fiscales, et au pire, de rapts, de la prostitution et de trafics en tous genres (drogue, armes, êtres humains, nucléaire, etc.), et ce dans le plus parfait silence de la communauté internationale.

De l'argent qui pourra être LÉGALEMENT réinvesti, donc je n'ose penser ce que peut représenter un pactole de 100-150 milliards d'euros en termes de distorsion de la concurrence, et, disons-le, de "dumping" entre les états mêmes de l'UE.

L'UE qui semble observer en silence, pendant que les mafias unanimes trinquent et se félicitent d'avoir soutenu Silvio Berlusconi dès le début...

En juin dernier, j'écrivais un billet intitulé, Berlusconi : assaut final à la justice ! J'étais trop restrictif, l'assaut est bien plus vaste que cela, c'est un assaut final à la démocratie, qui ne vaut plus rien, un assaut final à l'état de droit.

Cela me rappelle un livre de Jacques Attali, intitulé "Une brève histoire de l'avenir", particulièrement stimulant pour l'esprit, où il prévoit trois vagues successives pour le futur de notre planète :
  1. l'hyperempire
  2. l'hyperconflit
  3. l'hyperdémocratie
L'hyperempire, c'est la généralisation du marché, or « (q)uand le marché se généralise, les différences se nivellent, chacun devient le rival de tous. Quand l'État s'affaiblit, disparaît la possibilité de canaliser la violence et de la maîtriser. Les conflits locaux se multiplient, les identités se crispent, les ambitions s'affrontent, les vies n'ont plus de valeur. »

Et ce cadre peu rassurant débouche sur l'hyperconflit :
Mafias, gangs et mouvements terroristes de toutes sortes seront également de la partie dans un mouvement qui verra se développer l'économie pirate dans une plus ample mesure, sous l'effet de la déconstruction avancée des Etats, comme on le voit déjà à la périphérie de l'ex-URSS ou dans certaines régions d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine. Ces mafias renforceront leur influence ou leur contrôle sur des régions entières, des ports, des pipelines, des routes ou des zones riches en matière premières. Des mouvements politiques ou religieux sans assise territoriale déterminée, tel Al-Qaïda aujourd'hui, participeront à cette conflictualité sans loi qui sera décuplée.
Ce qu'Attali n'avait peut-être pas prévu, ou en tout cas pas si vite, c'est que ces mafias s'empareraient directement d'un État - l'un des 6 États fondateurs de la Communauté européenne - et siégeraient au Conseil des Nations. En 2009 !


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P.S. Dans un récent tweet, William Réjault me demandait pourquoi je haïssais à ce point Berlusconi et si c'était son impunité ou son ego qui me choquait le plus.

En réalité, ni l'un ni l'autre, et le fait qu'il soit perçu comme ça par pratiquement toute l'opinion publique mondiale est le signe sans équivoque de combien Berlusconi est malin (voir l'étymologie du terme...), et réussit parfaitement à cacher son jeu : cela l'arrange terriblement qu'il soit perçu comme un vieux satyre un peu déjanté, genre pervers-pépère à l'italienne, ou à la rigueur comme le bouffon de l'Europe, car cela évite que les gens aillent au-delà de ces stéréotypes somme toute plutôt sympathiques, pour voir et analyser ce que dissimule véritablement le personnage, aussi pourri dans ses moëlles qu'il est rusé et intelligent, une intelligence qu'il a mis au service du mal, du mensonge et de l'injustice, et non pas du bien, de la vérité et de la justice pour son pays. Qui est également le mien...

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mardi 29 septembre 2009

Berlusconi lave plus blanc que blanc !


Hier matin j'ai posté un tweet qui dit ceci :
L'état italien s'apprête à lancer la plus grosse opération de blanchiment d'argent sale jamais réalisée par aucune mafia. Merci Berlusconi !
Voyons de quoi il s'agit.

[MàJ - 29 septembre 2009, 23h50'] Giulio Tremonti, ministre de l'Économie et des Finances, en estimant que les "capitaux criminels ne seront pas rapatriés", avance les "arguments" suivants :
« JE NE CROIS PAS que la criminalité se servira de cette mesure. Car soit les capitaux criminels se trouvent déjà en Italie parfaitement blanchis, soit ils continueront leurs activités à l'étranger. »
Peut-être un peu légers comme arguments face à la double garantie de l'anonymat et de l'impunité...

* * *

Le Sénat et la Chambre des Députés ayant approuvé cette semaine ce soit-disant "bouclier fiscal" (qui n'est pas le premier, et ne sera pas le dernier...), maintenant reste à voir s'il sera signé par le président de la République italienne.

Une loi adoptée par un parlement mafieux (je vous le disais...), selon Antonio Di Pietro, un gros coup de pouce au terrorisme et au blanchiment, selon le parti démocrate.

En clair, l'état dit à TOUS ceux qui ont fraudé le fisc en détournant 600 milliards € de capitaux "illégalement" détenus à l'étranger (selon les estimations), vous pouvez rapatrier tout cet argent, il ne vous en coûtera que 5% pour régulariser les 95% restants, pour lesquels nous vous garantissons une absence totale d'action en justice indépendamment de la façon dont vous aurez "gagné" vos sous : fraudes et trafics en tous genres, drogue, armes, êtres humains, etc., nous ne sommes pas regardants.

Que vous soyez des mafieux ou des criminels en col blanc, des banqueroutiers ou des dictateurs, ne vous inquiétez de rien, le dépôt de chaque dossier est ANONYME !

Profitez-en bien, notre "bouclier" est unique au monde, une amnistie a priori qui vous protège contre toutes les plaintes ou poursuites éventuelles, vous avez la parole de Silvio Berlusconi !

Sa majorité le reconnaît piteusement : nous sommes bien conscients que c'est là le point faible d'une "mesure" à laquelle il fallait donner un brin de "tax appeal" sans quoi personne n'en voudrait...

Mais c'est un "mal nécessaire", comme l'a défini Brunetta, le ministre champion de l'intégrité dans l'administration publique...

Qui en profite pour attaquer les magistrats en les accusant de trop se monter la tête ! Il est vrai qu'ils viennent de déclarer combien ils sont contraires à cette nouvelle amnistie déguisée, fiscalo-mafieuse (Fabrice Rizzoli dixit)...

Cette même majorité, qui proclamait il y a tout juste 6 mois (20 Mars 2009) : « L'Italie n'adoptera un nouveau "bouclier fiscal" que si l'Union européenne décide dans ce sens » !

Or que je sache, à ce jour l'UE n'a sûrement pas l'intention de proposer une saloperie pareille à ses citoyens. Y a qu'en Italie qu'on voit ça.

Sans oublier un tout petit détail : si vous n'êtes pas obligé de déclarer d'où vient votre argent ni comment vous vous l'êtes procuré, rien n'indique que l'argent que vous "amnistierez" était planqué "hors des frontières"...

Conclusion logique, tous les milliards d'euros dont débordent les caisses de la mafia peuvent être blanchis sans AUCUN RISQUE, en TOUTE LÉGALITÉ !

Et à la limite, si toute la criminalité du monde voulait bien se donner la main pour venir investir ses "prises de bénéfices" en Italie, en toute impunité, l'état prostitué lui en saurait fort gré.

Car tel est le seul véritable but de cette opération INDIGNE d'une démocratie : favoriser les mafias en tous genres, il n'y a pas de raison que Berlusconi ne se fasse des lois que pour lui, il faut aussi penser aux copains de temps en temps.

Ce brave homme est pire qu'une calamité naturelle force 10 à lui tout seul.

Dans un nouveau quotidien dont le premier numéro est sorti cette semaine, IL FATTO (j'y reviendrai), l'édition de samedi dernier (le 26 septembre, le jour de la marche des Agendas rouges à laquelle j'ai eu la chance de participer...) titrait : Président, ne signez pas...


Un appel ayant déjà reçu plus de 50 000 adhésions et un article signé Bruno Tinti, dans lequel l'ex-responsable du pôle de criminalité économique et financière du Parquet de Turin, spécialiste en la matière, rappelle au Président, entre autres, qu'avec l'amendement Fleres (celui qui garantit l'impunité totale), une loi déjà odieuse devient un instrument d'illégalité :
Car ceux qui seront protégés par le "bouclier" ne pourront plus être poursuivis pour fraudes fiscales, comptables et faux en écritures, qui sont les moyens par lesquels les "bénéficiaires" auront produit les capitaux que l'État amnistie ; de même que les intermédiaires et les professionnels qui s'occuperont du rapatriement des fonds ne seront pas tenus de se conformer à l'obligation de déclarer qu'il s'agit d'opérations de blanchiment : on légalise ainsi l'omertà et la complicité.
Je vous fais grâce des explications techniques qui suivent...

Pour conclure, si cette loi passe, l'Italie est en passe (entre une passe et l'autre...) de devenir le premier pays off-shore de la planète par ordre d'importance. Et tout ça à l'heure où le G8 de l'Aquila, sous l'impulsion de ... Berlusconi, se proposait de fixer de nouvelles règles pour la finance mondiale, une "ambition" reprise par le G20 ces jours-ci, mais avec quels résultats :
  • Les paradis fiscaux seront-ils démantelés ?

    Non, ils sont blanchis...

  • Les marchés de gré à gré et les hedge funds seront-ils interdits, et les produits dérivés et la titrisation fortement encadrés ?
    Les banques de dépôts et les banques d’affaires seront-elles séparées ?


    Non, tous les mécanismes financiers pratiquement incontrôlables sont maintenus...

  • Les transactions financières seront-elles taxées ?

    Non, ...
En clair, continuons à payer nos impôts en cons bontribuables, pardon, en bons contribuables, car si nous ne savons pas pourquoi, eux le savent...

Et merci de tout cœur, Mesdames et Messieurs les chefs de gouvernement, de nous guider avec tant de dévouement et d'abnégation dans la voie de la démocratie et du bien-être, où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !


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P.S. C'est aujourd'hui que notre Guide fête ses 73 ans, bon et joyeux anniversaire, petit père du peuple. Les vœux, je les garde pour moi, mais sois sûr que je te les fais du plus profond...

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vendredi 18 septembre 2009

La démocratie italienne vaut moins qu'une valise vide

Je vais vous raconter une histoire terrible, l'histoire d'un coup d'état annoncé, qui pourrait encore se produire. En 2009, ou en 2010, en Italie, en plein cœur de l'Europe !

Mais un coup d'état d'un genre un peu particulier, puisque ce serait un COUP D'ÉTAT LÉGAL, une grande première dans l'histoire de l'humanité.

Laissez-moi donc vous expliquer pourquoi ce titre : La démocratie italienne vaut moins qu'une valise vide...

Formellement, l'Italie est une démocratie, c'est écrit à l'Article 1 de sa Constitution :
L'Italie est une République démocratique, fondée sur le travail. La souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce dans les formes et dans les limites de la Constitution.
Même si jusqu'à présent, l'Italie n'a jamais été une véritable démocratie, mais c'est une autre histoire, un peu plus compliquée !

J'aimerais bien la raconter, mais ce serait plutôt long et complexe, quand bien même passionnant et sûrement très instructif, or il me manque un éditeur...

Par contre ce qui a sauvé l'Italie jusqu'à aujourd'hui, c'est sa Constitution. Un modèle du genre. Un modèle d'équilibre entre les pouvoirs et d'arbitrage entre la séparation des pouvoirs, ce qui a au moins permis d'éviter les débordements, jusqu'à aujourd'hui... Et même si l'Italie a trop souvent été au bord de basculer dans la dictature. Au début sous la supervision des américains, et puis petit à petit une infinité de pouvoirs occultes ont pris le dessus.

On cite souvent la P2, mais c'est juste la pointe de l'iceberg. En tout cas c'est de la P2 qu'est sorti ce vice originel, absolu, dont j'ai déjà parlé dans Berlusconi et l'assaut final à la justice, à savoir le "plan de renaissance démocratique" de la P2, qui consiste non pas à abolir la démocratie dans ses formes, mais à la vider totalement de sa substance pour n'en laisser qu'une belle coquille présentable.

C'est écrit en toutes lettres dès les premiers articles :
l'adjectif "démocratique" signifie que sont exclus de ce plan tous les mobiles et toutes les intentions, y compris occultes, de renverser le système, en le "revitalisant" via la sollicitation de toutes les institutions que la Constitution prévoit et réglemente, des organes de l'État aux partis politiques, de la presse aux syndicats en passant par les électeurs, etc.

1. L'aggettivo democratico sta a significare che sono esclusi dal presente piano ogni movente od intenzione anche occulta di rovesciamento del sistema.
En clair, on "revitalise" le système à la lumière du jour, et surtout, sans violence...

* * *

Durant la XVIe législature, sous le gouvernement Berlusconi III, le parlement sous contrôle berlusconien a modifié le code pénal, juste trois mois avant de tomber, avec la Loi du 24 février 2006, n° 85, publiée au Journal Officiel de la République Italienne n° 60 du 13 mars 2006, intitulée "Modifications au code pénal en matière de délits d'opinion" !

Cette loi amende donc plusieurs articles du code pénal italien, dont l'article 283 (le seul que j'analyse ici, pour les autres je vous renvoie à cette page, en italien), intitulé : "Attentat à la Constitution de l'État". Voyons donc ce que disent l'ancienne version (1), et la nouvelle (2) :
  1. Quiconque commet un acte visant à modifier la Constitution de l'État ou la forme du Gouvernement par des moyens non autorisés par le régime constitutionnel de l'État, est passible d'une peine d'emprisonnement non inférieure à douze ans.

    Chiunque commette un fatto diretto a mutare la costituzione dello Stato, o la forma del Governo, con mezzi non consentiti dall'ordinamento costituzionale dello Stato, è punito con la reclusione non inferiore a dodici anni.

  2. Quiconque, par la violence, commet un acte visant ou apte à modifier la Constitution de l'État ou la forme du Gouvernement est passible d'une peine d'emprisonnement non inférieure à cinq ans.

    Chiunque, con atti violenti, commette un fatto diretto e idoneo a mutare la Costituzione dello Stato o la forma di Governo, è punito con la reclusione non inferiore a cinque anni.
Cette modification est triplement vicieuse et dangereuse :
  • Introduire "par la violence" signifie que tous les actes susceptibles de modifier la Constitution de l'État ou la forme du Gouvernement sans recours à la violence sont désormais parfaitement légaux ;
  • Éliminer "par des moyens non autorisés par le régime constitutionnel de l'État" signifie étendre pratiquement à l'infini la catégorie d'actes, pourvu qu'ils soient "sans violence"...
  • Réduire de 12 à 5 ans la peine minimale signifie de facto, dans le système juridique italien actuel, garantir l'impunité totale à quiconque attentera à la Constitution dès lors que, par extraordinaire, il se ferait prendre...
Maintenant si quelqu'un vole une valise, même vide, dans un aéroport, il risque d'en prendre pour six ans !

Dans l'Italie d'aujourd'hui, la démocratie vaut moins qu'une valise vide...

Ce billet m'a été inspiré par cette intervention de Solange Manfredi :




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P.S. À noter que si la gauche au pouvoir de 2006 à 2008 n'a pas pris la peine de réamender l'amendement, là non plus ce n'est pas une erreur...

Quant aux rapports entre l'attentat à la Constitution et les délits d'opinion, si quelqu'un a une explication, je suis preneur !

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mardi 7 juillet 2009

Une page de pub sur Repubblica


Une grande première mondiale pour le Web et la démocratie participative

FRANÇAIS - ITALIEN - ANGLAIS - ALLEMAND - RUSSE - JAPONAIS -
(explication)



LA PRESSE NE PEUT ÊTRE ASSUJETTIE À AUCUNE AUTORISATION NI CENSURE.


Article 21 de la Constitution italienne de 1948

« IL NE FAUDRAIT PAS QUE L’ON AIT UNE OPPOSITION ET DES MÉDIAS QUI CHANTENT QUOTIDIENNEMENT LA CHANSON DU DÉFAITISME ET DU CATASTROPHISME. VOUS-MÊMES DEVRIEZ OPÉRER, OU MIEUX ENCORE, DEVRIEZ FAIRE DAVANTAGE : NE CONFIEZ PLUS VOTRE PUBLICITÉ À CEUX QUI SE COMPORTENT DE CETTE MANIÈRE ».

Silvio Berlusconi aux jeunes industriels italiens, le 13 Juin 2009

Par cette déclaration, Silvio Berlusconi a expressément invité les jeunes entrepreneurs italiens à boycotter les journaux qui disent la vérité sur la crise économique en y cessant leurs investissements publicitaires ; il a même attaqué directement le quotidien « La Repubblica », en l’accusant d’être le chef de file d’une planification subversive. C’est la première fois en Occident qu’un chef du gouvernement altère la libre concurrence en invitant à boycotter les journaux qui ne lui plaisent pas !

Des pressions que nous considérons inacceptables, en ce qu’elles traduisent un comportement typiquement imputable à des formes de gouvernement non démocratiques.

Cet appel ne s'adresse pas en particulier aux citoyens préoccupés pour le journal « La Repubblica », notamment car nous sommes convaincus que la plupart des entrepreneurs rejetteront l’invitation, leur sens de l'état et de la démocratie étant sans aucun doute bien plus développé et profondément enraciné que celui du chef du gouvernement. En revanche, nous souhaitons nous tourner vers celles et ceux qui pensent qu’une telle forme d’ingérence est indigne, antilibérale et antidémocratique. Nous ne contestons pas le gouvernement, ses choix ou sa politique, nous contestons le fond et la forme de qui le préside en exprimant un mode d’exercice du pouvoir aussi aberrant.

Madame, Messieurs les Présidents :

Angela Merkel, Taro Aso, Gordon Brown, Stephen Harper, Dmitri Medvedev, Barack Obama et Nicolas Sarkozy

FAITES-LE SAVOIR, NE NOUS LAISSEZ PAS SEULS !

Cette page a été achetée par un groupe de citoyens libres, d’orientations politiques diverses, qui ont décidé de payer de leur poche car fortement embarrassés et soucieux de la perte progressive de la liberté de la presse et de son rôle de gardien attentif de la démocratie en Italie.

[Début]


LA STAMPA NON PUÒ ESSERE SOGGETTA AD AUTORIZZAZIONI O CENSURE

Art. 21 della Costituzione Italiana, 1948

BISOGNEREBBE NON AVERE OGNI GIORNO SINISTRA E MEDIA CHE CANTANO LA CANZONE DEL DISFATTISMO E DEL CATASTROFISMO. ANCHE VOI DOVRESTE OPERARE, ANZI DOVRESTE FARE DI PIÙ: NON DATE PUBBLICITÀ A CHI SI COMPORTA COSÌ.

Silvio Berlusconi ai giovani industriali italiani, 13 giugno 2009

Con questa sua dichiarazione rilasciata di fronte ai giovani imprenditori italiani, Silvio Berlusconi ha espresso l’invito a boicottare, sospendendo gli investimenti in pubblicità, quelle testate che raccontano la verità sulla crisi economica; ha poi attaccato direttamente Repubblica accusandola di guidare un piano eversivo. È la prima volta che un premier occidentale invita ad alterare il mercato e a boicottare i giornali a lui sgraditi.

Riteniamo inaccettabile questa forma di pressione: è un comportamento che richiama forme di governo tipicamente non democratiche.

Questo appello non è rivolto a quei cittadini preoccupati per Repubblica, anche perché siamo convinti che la maggioranza degli imprenditori non aderirà all'invito, avendo loro un senso dello stato e della democrazia molto più radicato e profondo rispetto a quello del Capo del Governo. Noi intendiamo rivolgerci a coloro che credono che questa ingerenza sia indegna, illiberale e antidemocratica. Non contestiamo il governo, le sue scelte o la sua politica; contestiamo la forma e la sostanza di chi lo presiede quando esprime queste modalità aberranti dell'esercizio del potere.

Egregi Presidenti

Angela Merkel, Taro Aso, Gordon Brown, Stephen Harper, Dmitry Medvedev, Barack Obama e Nicolas Sarkozy:

FATELO SAPERE, NON LASCIATECI SOLI!

Questa pagina è stata acquistata da un gruppo di liberi cittadini di diversi orientamenti politici che hanno deciso di autotassarsi perché fortemente imbarazzati, nonché preoccupati per la progressiva perdita della libertà di stampa e per il ruolo di guardiano attento della democrazia che essa ricopre.

[Début]


THE PRESS MUST NOT BE SUBJECT TO AUTHORISATION OR CENSORSHIP

Art. 21 of the Italian Constitution, 1948

THE POLITICAL FORCES OF THE OPPOSITION AND THE MEDIA SHOULD NOT BE ALLOWED TO HARP ON ABOUT DEFEAT AND CATASTROPHE, AND YOU, TOO, SHOULD DO YOUR BIT BY REFRAINING FROM PLACING ADVERTS WITH THOSE WHO BEHAVE LIKE THIS

Silvio Berlusconi, addressing a meeting of young entrepreneurs, 13th June 2009

With this statement, made before an assembly of young Italian entrepreneurs, Silvio Berlusconi invited those in attendance to boycott all the independent newspapers that tell the truth about the economic crisis and to refrain from placing adverts with them. He went on to launch a blatant attack on respected broadsheet La Repubblica, accusing it of being at the forefront of a subversive plot. This was the first time that a Western Head of State has ever encouraged anyone to distort the market by boycotting newspapers that do not agree with his point of view.

We consider this form of pressure to be unacceptable. Berlusconi's behaviour is reminiscent of the approach typically taken by non-democratic governments.

This appeal is not aimed at those citizens who fear for the survival of La Repubblica – not least because we are convinced that the majority of businesspeople to whom this invitation was extended have a far deeper sense of the purpose of the State and of democracy than our current Head of State does. Rather, we are appealing to those who believe that this sort of interference is shameful, illiberal and anti-democratic. We take issue not with the government per se, or its choices or policies, but with the aberrant way the person entrusted with the responsibility of running our country wields the power vested in him.

We beseech you,

Angela Merkel, Taro Aso, Gordon Brown, Stephen Harper, Dmitry Medvedev, Barack Obama and Nicolas Sarkozy...

LET THIS TRAVESTY BE KNOWN AND DO NOT ABANDON US!

This page has been paid for by a group of citizens of different political persuasions who have decided to pool their resources in order to express their outrage at the increasing restrictions placed on the freedom of the press and at the attempts to compromise its ability to serve as the guardian of our democratic rights.

[Début]


Die Presse darf weder einer behördlichen Genehmigung,
noch einer Zensur unterliegen.
Art. 21 – Verfassung der Italienischen Republik, 1948


“Man sollte nicht jeden Tag mit den Linken und den Medien konfrontiert werden, die das Lied der Miesmachung und der Katastrophe singen. Auch Sie sollten sich darum kümmern, Sie könnten sogar noch mehr tun: keine Werbung bei jenen schalten, die sich so benehmen.”

Silvio Berlusconi, an Italiens Jungunternehmer gerichtet, 13. Juni 2009


Mit dieser Erklärung hat Silvio Berlusconi die italienischen Jungunternehmer ersucht, durch Einstellen der Werbeinvestitionen jene Zeitungen zu boykottieren, die die Wahrheit über die Wirtschaftskrise berichten und hat im Besonderen La Repubblica angeriffen und sie beschuldigt, einen umstürzlerischen Plan anzuführen. Es ist das erste Mal dass ein westlicher Ministerpräsident ersucht, den Markt zu verfälschen und ihm lästige Zeitungen zu boykottieren.

Wir halten diese Art von Druck für inakzeptabel: dies ist ein Verhalten, das an typisch undemokratische Regierungsformen erinnert.

Dieser Aufruf geschieht nicht aus Sorge um die Zukunft der Tageszeitung La Repubblica, denn wir sind überzeugt dass die Mehrheit der Unternehmer der Aufforderung nicht folgen wird, da ihr Sinn für Staat und Demokratie tiefer verwurzelt ist als der unseres Ministerpräsidenten.
Wir wollen uns an jene richten die glauben, dass dieses Einschreiten unwürdig, freiheitsfeindlich und undemokratisch ist. Unser Protest ist nicht gegen die Regierung und ihre politischen Entscheidungen gerichtet, sondern gegen die Art und das Wesen ihres Vorsitzenden und seine abweichende und verzerrte Ausübung der Macht.

Sehr geehrte Frau Bundeskanzlerin, sehr geehrte Präsidenten
Angela Merkel, Taro Aso, Gordon Brown, Stephen Harper, Dimitri Medvedev,
Barack Obama und Nicolas Sarkozy

Sagen Sie Ihre Meinung und unterstützen Sie unseren Appell!



Diese Seite wurde finanziert und geschaltet von einer Gruppe unabhängiger, betroffener Bürger verschiedener politischer Einstellungen aus Sorge um den zunehmenden Verlust der Pressefreiheit und deren Rolle als Garant der Demokratie.

[Début]


Печать не может подлежать разрешению или цензуре.

Статья 21. Конституция Италии. (1948 г.)

Было бы лучше не слышать каждый день прессу и оппозицию, что поет пораженческие песни.

Вы тоже должны действовать, вы должны сделать даже больше:

Не давайте рекламу в те издания, которые ведут себя подобным образом.

Сильвио Берлускони в обращении к молодым предпринимателям, 13 июня 2009 года.

Этим заявлением, обращенным к молодым итальянским бизнесменам, Сильвио Берлускони призвал бойкотировать заголовки, приостановив вложения в рекламу тех газет, что рассказывают правду о мировом экономическом кризисе. Далее он прямо обвинил Республику, говоря о ее «подрывном» курсе. Впервые западный премьер-министр предлагает изменить рынок и бойкотировать газеты, нежелательные для него. Мы считаем подобное давление недопустимым, слишком напоминающим недемократические формы правления.

Этот призыв не обращен к тем гражданам, которые беспокоятся за Республику, тем, кто, очевидно, является мишенью этих нападок, тем более, что мы уверены, что большинство предпринимателей не поддержат предложения, ведь и у них тоже есть понятие о государстве и о демократии, и, очевидно, намного более укоренившееся и глубокое, по сравнению с главой государства. Мы обращаемся к тем, кто верит, что подобное вмешательство является низким, недостойным, антилиберальным недемократическим. Мы не опровергаем правительство, его политику и выбор, мы опровергаем форму и содержание подобной формы эксплуатации власти тех, кто возглавляет правительство.

Многоуважаемые президенты Дмитрий Медведев, Таро Асо, Гордон Браун, Стивен Харпер, Ангела Меркель, Барак Обама и Николя Саркози

Пусть мир знает об этом, не оставляйте нас одних!

Эта страница была куплена группой свободных граждан с разными политическими взглядами, теми, кому стыдно и кто обеспокоен возможностью исчезновения свободы слова и стремительным падением роли прессы, как защитника демократии.

[Début]


報道は、許可と検閲の対象になるべきではない。

1948年 イタリア憲法第21章

「日々、悲観主義とカタストロフィばかりを取り上げる左派とメディアをそのままにしておいてはいけない。 諸君も何かしなければならない。いや、するべきだ。 このような輩に広告を委託してはならない。」

シルヴィオ・ベルルスコーニの、イタリアの若き工場主の集まりにおいての発言。2009613

これは、シルヴィオ・ベルルスコーニ氏がイタリアの若き起業家の前で、経済危機についての真実を語る各紙に対し広告のボイコットをするように、つまり広告を出すことによる投資をしないよう促した発言です。そしてまた、レプブリカ紙を名指しして、体制打倒のための破壊行動を先導していると非難したのです。首相が市場の改ざんと自分の好みに反する新聞をボイコットするよう要請した、西洋においては初めての出来事です。

このような圧力は受け入れがたいものであり、典型的な反民主主義政府を彷彿させます。

この抗議文は、レプブリカ紙を擁護することが目的ではありません。 首相への思いよりも民主主義への責任感の方が心に深く根ざしているであろう若き起業家たちは、このような誘いには乗らないでしょうから。この抗議文は、ベルルスコーニ氏の干渉が恥ずべきのであり、非自由主義的、反民主主義的であると感じている人々に向けたのもです。 政府とその選択、政治理念に異議を唱えるものではなく、国の首相がこのような異常な方法で権力を振るうことに、異議を唱えるものです。

敬愛する国家元首の皆様へ。

アンゲル・メルケル様、麻生太郎様、ゴードン・ブラウン様、ステファン・ハーパー様、ドミトリー・メドヴェージェフ様、バラク・オバマ様、そしてニコラス・サルコジ様。

人々にこのことを知らせてください。私たちを見捨てないでください。

このページは、それぞれ政治的意見の異なる市民のグループが、報道の自由と民主主義の監視人としての立場が徐々に危険にさらされていることへの大いなる困惑と不安から、お金を出し合って買い取ったものです。

[Début]


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P.S. Demain sera publié ce texte sur le quotidien italien « La Repubblica », une initiative née entièrement autour de ce groupe Facebook, dont les membres se sont cotisés pour acheter une pub pleine page, qui sera publiée le jour de l'ouverture du G8. Je pense que c'est une grande première pour le Web et pour la démocratie participative. Mais je vous raconterai ça plus longuement. En attendant, même en France, si vous avez l'occasion d'acheter Repubblica demain, ça sera un numéro d'anthologie ! C'est ici pour le blog italien.

@ +, J-M [Début]

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