Affichage des articles dont le libellé est IDN. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est IDN. Afficher tous les articles

mercredi 4 août 2010

Baromètre Verisign et IDN


Je suis tellement plongé dans l'Italie que je ne vois plus rien de ce qui se passe autour, mais revenons un instant à nos premières amours, les noms de domaine. Et les IDN, dont je parlais sur ce blog dès janvier 2006...

En tentant une comparaison sur deux ans, du deuxième trimestre 2008 au deuxième trimestre 2010.

J'arrondis les chiffres, bien sûr, mais sur l'ensemble des domaines enregistrés que compte Verisign (84 millions fin juin 2008 vs. 99,3 millions fin juin 2010), la proportion est d'environ 87% de .COM et 13% de .NET, soit 76 millions de .COM en fin de premier semestre 2008, contre 86 millions sur la période équivalente de 2010.

Autrement dit, nous avons un solde positif de 10 millions de nouveaux .COM enregistrés sur deux ans, soit 5 millions par an, presque 14 000 par jour !

Une donnée qui semble démentir la supposée "stagnation" des .COM au motif qu'il y en aurait de moins en moins de disponibles, tout au moins les domaines jugés intéressants. À savoir les noms génériques signifiants, comme les principaux substantifs, adjectifs et verbes d'une langue.

En fait c'est pas très difficile à vérifier, il suffit de prendre le dictionnaire complet d'une langue (on les trouve tous en .txt sur Internet, les hackers aiment beaucoup ça pour forcer les mots de passe...), on le croise avec la base des .COM à un instant donné, et il en résulte quels sont les mots pris et ceux qui restent disponibles à l'enregistrement.

Mais il est clair que plus un mot clé vraiment intéressant n'est aujourd'hui disponible, d'où la nécessité d'allonger la sauce en intégrant deux ou trois mots clés dans le nom de domaine.

Ceci dit, tous ces domaines ne correspondent pas vraiment à des sites, puisque sur l'ensemble, un gros 20% sont probablement des parkings (une seule page Web), un gros 10% sont soit des redirections, soit des noms inactifs, juste déposés dans l’attente de jours meilleurs, et environ 65% sont des sites Web actifs, multipages (.COM et .NET confondus) : ils étaient 56,3 millions en juin 2008, contre 63,6 millions en juin 2010, soit un différentiel de +7,3 millions de sites Web actifs en 2 ans.


Autant dire qu'il se crée en .COM et en .NET 10 000 nouveaux sites/jour, soit environ 300 000 par mois !

Or si l’on compare ce chiffre à la moyenne de 2,7 millions de noms mensuellement enregistrés en .COM et en .NET sur le premier trimestre 2010, cela reviendrait à dire que seuls 11% de ces enregistrements se transforment en site !

Et en arrondissant à 1 million le nombre de sites créés sur le trimestre, vs. 8,1 millions de noms enregistés, cela signifie que 7 millions de noms ne correspondent à aucun site : un rapport de 1 à 7 !

Où vont finir ces 7 millions de noms de domaine ? Il est probable qu'une grande partie servent au parking, mais depuis la fin du domain tasting un tel chiffre ne s'explique pas, surtout si on conjugue ce facteur avec le déclin inarrêtable du modèle économique du parking et des revenus associés qui s'essoufflent.

Un constat partagé par Mark McLaughlin, Président & CEO de VeriSign, selon qui tout ça est mort et enterré : domain parking is a dead thing”, “PPC is a dead thing...

Ceci dit je n'ai pas la réponse à ma question : - Où vont finir ces 7 millions de noms de domaine ?

À part dans l'escarcelle de Verisign, qui a perçu jusqu'au 30 juin 6,86$ par .COM et 4,23$ par .NET (des tarifs respectivement passés à 7,34$ et 4,65$ à partir du 1er juillet dernier). Mark McLaughlin a donc de quoi être satisfait, même s'il voit déjà d'autres opportunités de développement avec les nouvelles extensions et avec les IDN :
The second thing is we have growth opportunities right around that infrastructure related to like the new gTLDs I just discussed, both the new gTLDs themselves plus the internationalized version of the TLDs we run today. And if you take into account everything I’ve been saying about international growing very nicely, we think that there’s some growth opportunities around the non-English versions of the TLDs we run.
De quoi s'agit-il exactement ? Dans un nom de domaine, à droite du "." vous avez les extensions de premier niveau (COM, NET, ORG, etc.), et à gauche du point celles de deuxième niveau (le domaine proprement dit).

Pour l'instant les IDN ne pouvaient être enregistrés que sur les deuxièmes niveaux, mais depuis que l'ICANN a décidé d'ouvrir aussi les premiers niveaux à l'internationalisation, quatre premières extensions sont déjà disponibles et opérationnelles : امارات. السعودية. .рф مصر.

• Émirats Arabes Unis : امارات.

• Arabie Saoudite : السعودية.

• Fédération de Russie : .рф

• Égypte : مصر.

Or le pari de Verisign, c'est que les internautes qui ont déjà enregistré des IDN en .COM et en .NET pourraient devenir prioritaires pour enregistrer ces mêmes noms dans les extensions correspondantes.

Exemple : prenez un IDN russe en .COM, Verisign pourrait passer directement un accord avec le Registry de la Fédération de Russie pour réserver ce même nom en .рф et le proposer en priorité au détenteur du .COM équivalent !

Selon Chuck Gomes, un des Vice-Présidents de VeriSign, même si rien n'est encore définitivement fixé et qu'il est trop tôt pour quantifier ces noms, le Registry pourrait tenter de profiter de son droit de préemption sur le renouvellement d'un nom pour réserver un nombre significatif de noms intéressants :
“We can’t predict what ICANN will do in terms of the application process,” but “I can say that the business unit is considering applying for ‘several’ IDN versions of .com in some of the scripts that are available.”
Pour autant j'ai quelques doutes sur cette "opportunité de croissance" pour Verisign, d'autant plus que le nombre d'IDN en .COM est plutôt exigu, avec un taux d'enregistrement qui stagne autour de 0,8/0,9% du total :
  • 709 126 IDN en juin 2008 (mesure effectuée le 19/06/2008), soit en arrondissant : 710000 sur 76 millions de .COM = 0,93421 %
  • 782 421 IDN le 02/08/2010, soit uniquement 0,79165 % des .COM enregistrés
Soit un différentiel de 73 295 noms, c'est-à-dire environ 10% de progression en 2 ans !

Je n'ai pas encore pu calculer la proportion d'IDN français enregistrés par rapport au total, car dans la base des .COM ils sont encodés en Punycode et l'outil de Verisign ne les convertit que un par un... Il me faudrait donc un outil de conversion automatique pour convertir les actuels 780 mille IDN et des poussières, puis les matcher avec le dictionnaire français. Si vous en connaissez un, faites-moi signe...



Partager sur Facebook

, , , ,

samedi 21 février 2009

ICANN : nouvelles extensions et JPA


Cette semaine, l'ICANN a publié un PDF de 150 pages où sont analysées les réactions publiques à la première version du guide des candidatures aux nouvelles extensions.

La nouvelle mouture (changements en rouge) suscite déjà de nombreuses réactions, qui s'ajoutent aux précédentes objections, d'autant plus que selon plusieurs observateurs, les principales problématiques soulevées dans les précédents commentaires ne trouvent pas de réponses satisfaisantes dans ce nouveau document. Pour lequel une nouvelle session de commentaires est ouverte, jusqu'au 13 avril prochain.

Les principales questions en suspens portent notamment sur les coûts des candidatures, les coûts d'enregistrement (avec les risques d'un tarif à la carte...), l'impact des nouvelles extensions sur le marché et les conséquences techniques pour le DNS vu la pénurie d'adresses qui se profile. L'ICANN a donc commissionné des études sur ces points, auprès de consultants externes, dont les résultats devraient être connus et débattus à partir d'avril prochain.

Une autre problématique concerne les IDN (et les considérations légales connexes), ou domaines multilingues, sur lesquels Verisign est également très actif, j'aurai l'occasion d'y revenir. Verisign qui contribuera aux finances de l'ICANN en lui versant 18 millions $ en 2010 (contre "seulement" 12 millions $ en 2009), soit dit en passant...

Mais pour en revenir aux critiques, l'un des plus virulents est certainement George Kirikos sur CircleID :
Il est évident que la supervision du gouvernement (NTIA/DOJ) doit être plus active, et notamment pour ordonner à l'ICANN de cesser totalement son programme "Nouvelles extensions" !

The need for more active supervision by the NTIA/DOJ is evident, and in particular they should order the cessation of the New gTLD program in its entirety.
Il observe surtout que l'ICANN n'a tenu aucun compte des fortes objections soulevées par la NTIA autant que par le marché.

Tout le monde ne voit pas les choses de cette manière. En décembre dernier, Antony Van Couvering déclarait à propos de ce dossier :
Il y a de bonnes raisons pour que l'ICANN ne change pas de cap.

There are good reasons ICANN won't change direction.
Michael Palage reconnaît également les mérites de l'ICANN.

Toutefois, ce que je retiens de cette nouvelle version, c'est le retard pris sur le calendrier initial, puisque le nouvel échéancier ne prévoit plus la mise en œuvre des nouvelles extensions avant fin septembre 2009, mais selon toute probabilité avant la fin de l'année 2009 (j'en doute...).

Bon, bien que certains s'en soient émus, un délai supplémentaire de trois mois ne change pas grand chose, me direz-vous. Sauf un petit détail : le 30 septembre 2009 expire le JPA, terme au-delà duquel nous en saurons plus sur l'indépendance et l'avenir de l'ICANN, pour qui la transition s'annonce d'ores et déjà délicate...

Le JPA, Accord de projet conjoint, ou Accord de projet commun, est l'aboutissement d'une longue série de protocoles d'accords entre l'ICANN et le Gouvernement des États-Unis, via différentes institutions. Avec dès le début l'intention annoncée d'assurer la transition de la gestion du DNS (système des noms de domaine) vers le secteur privé. Donc, maintenant, que fera la nouvelle Administration Obama ? That is the question...

En décembre, un atelier réunissant près d'une cinquantaine d'experts s'est terminé en proposant un sondage sur l'alternative suivante :
  1. Est-ce que l'échéance du JPA au 30 septembre 2009 peut représenter un premier pas vers une internationalisation de l'ICANN ?
  2. Est-ce qu'il vaut mieux attendre avant que les instances compétentes ne mettent un terme au JPA ?
Environ 35 voix se sont portées sur la première proposition, contre 10 pour la seconde...

Autant de problèmes sur la table pour la prochaine réunion de l'ICANN, qui se tiendra à Mexico du 1 au 6 mars prochain. Si vous avez des remarques ou des requêtes, vous pouvez les déposez dans la boîte aux questions prévue à cet effet.



Partager sur Facebook

, , , , , ,

samedi 10 janvier 2009

ICANN : quand les nouvelles extensions génériques de premier niveau (gTLDs) verront-elles le jour ?



Deuxième partie qui fait suite au précédent billet Gouvernement des États-Unis contre l'ICANN.

Introduction
Registres ouverts vs. Registres fermés…
Conclusion

* * *

Introduction

L'ICANN vient de publier une mise à jour sur les commentaires reçus, en faisant ressortir quatre points soulevés par les commentateurs :
  1. les problèmes de protection des marques et l'impact des nouvelles extensions pour leurs propriétaires
  2. les problèmes économiques liés aux coûts prévisibles
  3. les problèmes concernant les nouveaux accords de registre (voir le commentaire de la NTIA)
  4. les problèmes plus généraux relatifs à l'expansion de l'espace des extensions génériques, susceptibles d'impacter le marché global ou des industries en particulier, ainsi que la stabilité du DNS (Domain Name System).
M. Levins en conclut :
Il ne fait aucun doute que nous devons aborder ces problèmes légitimes et d'autres avant d'ouvrir le processus de dépôt des dossiers.
J'aime bien le "et d'autres"...

Car même si certains observent justement que le petit jeu NTIA - ICANN n'a que trop duré, tant qu'on ne sait pas comment la nouvelle administration Obama affrontera le problème, difficile de prévoir quelle tournure prendra l'éventuelle prorogation/renégociation de l’Accord conjoint de projet (Joint Project Agreement) signé avec le DoC, qui arrive à échéance en septembre 2009...

Ceci dit, l'ICANN promet une réponse détaillée sur (tous) ces points début février. Nous verrons.

En attendant, le problème qui nous intéresse plus immédiatement est de savoir si de nouvelles extensions verront le jour, et si oui, quand. Le "si" ne faisant pas de doute, reste à savoir le "quand", impossible à prévoir, mais sûrement pas dans les délais initialement prévus par l'ICANN...

Donc lorsque la municipalité de Paris négocie pour commercialiser son .paris en 2010, cela me semble plutôt prématuré, hors le fait que les extensions géographiques contestent déjà les prix trop élevés prévus par l'ICANN. Voir ici quelques commentaires sur la rentabilisation du .paris...

Pour autant, les problématiques sont différentes selon que ces nouvelles extensions seront imputables à des registres ouverts ou fermés. [Début]

* * *

Registres ouverts vs. Registres fermés…

L'opposition traditionnelle entre registres ouverts et fermés pouvait se résumer comme suit : les registres ouverts acceptaient l'enregistrement de tous les déposants, les registres fermés posaient des conditions à l'obtention d'un domaine, comme l'AFNIC, par exemple. C'est ainsi que même en étant français, je n'ai jamais pu enregistrer un .fr car ne pouvant justifier d'un domicile en France ! Comme si le degré d'ouverture d'un registre allait de pair avec son niveau d'ouverture d'esprit...

Une opposition désormais dépassée, et plus encore dans la perspective des nouvelles extensions. Où la distinction que je fais entre registres ouverts et fermés serait la suivante :
  1. Les registres ouverts seraient les extensions génériques (.sport, .hotel, .kids, etc.), y compris communautaires et donc géographiques, qui ont vocation à proposer une multitude de noms de domaine à l'enregistrement.
  2. Les registres fermés seraient essentiellement les extensions d'entreprises (corporate ou Brand TLDs), de communautés industrielles (.car, .pharma, .sport, .bank, .hotel, etc.) ou d'organisations (pourquoi pas un .un pour l'ONU ?), qui auraient vocation à exploiter ces domaines uniquement pour promouvoir leurs services et/ou filiales et/ou membres et/ou marques. Elles ne seraient donc enregistrables que par les ayant-droits, mais en aucun cas par l'internaute lambda.
Cela revient à dire qu’à un registre fermé donné devrait correspondre « un seul domaine » (l'extension), dont les sous-domaines seraient uniquement utilisés à des fins internes : par exemple, il n’y aurait qu’un seul « registre fermé » en charge du « .google », qui pourrait avoir une infinité de sous-domaines : maps.google / gmail.google / picasa.google, etc.

Ceci dit, quel serait l’avantage par rapport à l’actuel .com ? Bof !

Resterait ensuite à définir au cas par cas (par un Comité d'évaluation des candidatures, par exemple) si une extension .sport ou .hotel est ouverte ou fermée, selon la règle du premier arrivé, premier servi qui caractérise les enregistrements Internet depuis le début. Puisqu'en outre il est à prévoir que nombre de sociétés ayant déposé des marques contenant "hotel" ou "sport" tenteraient de les faire valoir...

En revanche la distinction faite par l'ICANN n'est pas au niveau des registres mais des extensions, définies extensions communautaires (“community-based”) ou extensions ouvertes (“open”). En fourrant les entreprises dans les extensions ouvertes, chose qui est selon moi un parfait contre-sens.

Certes, la distinction est loin d'être évidente, mais pour les entreprises - qui sont probablement le premier marché cible visé par l'ICANN avec ces nouvelles extensions - le principal problème est que cette nouvelle extension s’ajouterait seulement au .com et aux autres au lieu de s’y substituer

Or un avantage véritablement décisif du « registre fermé » par rapport à la formule actuelle serait que l’attribution du .google par l’ICANN interdirait de facto l’attribution d’un google.TLD quelconque en vertu des accords bilatéraux signés entre les registres et l’ICANN !

Ce serait également un moyen radical de résoudre tous les problèmes liés au cybersquatting, et même, pour aller plus loin dans le raisonnement, on pourrait aussi envisager d’associer au .google (et à tous les autres ayant ce statut) toute une série de typos réservés, ce qui balaierait d’un coup la plupart des problèmes liés au typosquatting…

D'autant plus qu'aujourd'hui, calculer tous les typos d'un nom ne prend guère plus que quelques secondes. Du reste, Google et les autres moteurs les ont déjà en mémoire !


Car il est évident qu'avec des centaines d'extensions à présent, et demain peut-être quelques milliers, on va pas quand même obliger les marques à faire des dépôts préventifs dans toutes les extensions, alors même que la protection de la marque et du nom de domaine sont des enjeux stratégiques pour les entreprises !

Déjà que dans près de 90% des cas elles se protègent comme elles peuvent pour les extensions .COM, .NET et .ORG, y compris pour les typos (voir le premier commentaire de ce billet), et parfois pour les IDN, ce serait totalement irréaliste de les obliger à dépenser des millions d'euros en plus ! [Début]

* * *

Conclusion

Voilà donc un contre-sens encore plus gros que le premier (comme je l'ai déjà dit, il faudrait offrir aux marques une nouvelle extension qui ne s'ajoute pas à toutes les autres, mais qui les remplace !), également relevé entre les lignes de l’avis de la Division Antitrust, qui observe :
Les déposants prennent fréquemment des domaines dans des extensions autres que le .com non pas pour les substituer au .com mais comme compléments aux domaines en .com. En d’autres mots, les déposants d’un domaine donné en .com (par ex. google.com) ressentent souvent la nécessité d’enregistrer le même nom de domaine dans la plupart des extensions disponibles (par ex. google.info, google.biz) parce qu’ils souhaitent à la fois étendre leur présence sur Internet et protéger leurs marques en empêchant qu’elles puissent être exploitées par d’autres.
Et de préciser :
Au final, notre analyse de l’accord avec Verisign sur le .com a mis en évidence que d’autres opérateurs de registre pourraient détenir un positionnement sur le marché qui serait quoi qu’il en soit significatif, quand bien même moins important que celui de Verisign.
D'où l'importance de fixer des limites claires à la distinction registres ouverts vs. registres fermés, tout au moins pour éviter de ressortir et valider le concept de prix à la carte en fonction des registres, même s'il est évident qu'il pourrait y avoir des conditions différenciées.

Par conséquent, en insistant fortement sur les questions concurrentielles, la Division Antitrust fait les préconisations suivantes :
Les mécanismes d’appels d’offres mis en place par l’ICANN devraient expressément :

1. prévoir des offres spécifiant le prix initial maximum facturé par l’opérateur pour l’enregistrement des domaines, de même que les limitations des augmentations tarifaires dans le temps ;

2. encourager la performance en demandant aux soumissionnaires de proposer des spécifications et des niveaux de service dépassant les standards minima fixés par l’ICANN ;

3. solliciter d’autres propositions à l’avantage des consommateurs, telles que l’engagement de l’opérateur de ne pas pratiquer de prix discriminatoires entre les déposants (pour éviter de prendre en otage -
"to hold up" - les déposants ayant déjà investi dans leurs noms de domaine), ou encore de ne pas inclure l’achat de services groupés comme condition de l’enregistrement (pour limiter le contournement des prix plafonnés) ;

toutes ces conditions devraient être mentionnées noir sur blanc dans les accords de registre pour que l’ICANN soit en mesure de les faire appliquer.

En outre, bien que les mécanismes d’appels d’offres soient le meilleur moyen de stimuler la compétition dans de nombreux cas, ils ne sont pas toujours efficaces. Et vu que le nouvel accord de registre proposé ne prévoit aucune des mesures de sauvegarde prévues au chapitre 7.3 de l’accord passé avec Verisign sur le .com ou dans les accords existants avec d’autres registres, l’ICANN devrait revoir sa proposition d’accord de registre (prix plafonds et augmentations limitées d’une année sur l’autre), tout au moins pour les cas où il n’y aurait pas d’appel d’offres compétitif pour gérer une nouvelle extension, afin d’englober des mesures et des mécanismes tels que précisés aux points 1, 2 et 3 ci-dessus. En dernier lieu, il serait préférable de prévoir des accords de long terme (l’enregistrement peut valoir jusqu’à 10 ans dans l’accord du .com).
Et de conclure ainsi :
À ce jour, nous pensons que l’ICANN est loin d’avoir rempli ses obligations de faire levier sur les principes concurrentiels pour gérer les opérations avec les registres des extensions génériques de premier niveau.
Pour finir, compte tenu de tout ce qui vient d'être exposé, dans ce billet et dans le précédent, je ne vois pas comment l'ICANN pourrait ouvrir les nouvelles extensions dans les délais prévus sans d'abord revoir sa copie ! [Début]



Partager sur Facebook

P.S. Je m'étonne d'ailleurs que certains beaucoup de médias traditionnels (mais pas seulement...) relatent l'info du dépôt de candidature par la municipalité de Paris en février 2009, en donnant quasiment pour acquise l'obtention du nom (la ville devrait remettre un dossier final le 30 septembre 2009 et obtenir son nom de domaine dès le premier trimestre 2010), « (à) condition toutefois qu'elle trouve un accord sur les prix avec l'Icann ». Comme si c'était la seule condition...

, , , , , ,

mercredi 7 janvier 2009

Gouvernement des Etats-Unis vs. ICANN

Quand les nouvelles extensions génériques de premier niveau (gTLDs) verront-elles le jour ?

Introduction

La lettre de la NTIA
Extraits de l’avis de la Division Antitrust : les questions concurrentielles

Registres ouverts vs. Registres fermés…
Conclusion

N.B. Merci Martin de m’avoir signalé la chose, puisque je suis resté sans connexion Internet pendant près de deux semaines !

* * *

Introduction

Stephane Van Gelder nous rapporte que l'ICANN fait sa pub dans "The Economist" pour présenter son programme de création des nouvelles extensions.


Et il conclut son billet :
Mais peut-on aussi y voir une sorte de réponse à ceux qui se sont émus du commentaire fait par le Département du Commerce américain sur les nouvelles extensions ? Beaucoup ont vu dans cette lettre postée sur le site de l'ICANN une critique acerbe du programme des nouvelles extensions. Vu que ce dernier est en cours d'élaboration depuis plusieurs années et que le DoC était forcément au courant, on est en droit de se demander si la critique est aussi féroce que certains voudraient nous le faire croire. Ou en tout cas, si elle est de nature à remettre en cause le programme.

Pour l'ICANN, faire ainsi la publicité de son programme de nouvelles extensions et rappeler que ce dernier doit démarrer en 2009 ne serait-il donc pas aussi un signal fort envoyé quant à la pérennité de ce programme ?
Personnellement, j'en doute fort, très fort même, et je crois plutôt à un gigantesque coup de bluff de l'ICANN. Je vais tenter d'expliquer pourquoi, d'abord en présentant le commentaire traduit de la NTIA et des extraits de l’avis de la Division Antitrust dans ce billet, puis en donnant mon avis dans un deuxième à paraître... [Début]

* * *

La lettre de la NTIA (traduction) (original)
Le 23 octobre 2008, l’ICANN a soumis aux commentaires du public une série de documents corrélés – y compris des lignes directrices pour le montage des dossiers –, relatifs à la volonté de l’ICANN d’introduire de nouvelles extensions génériques de premier niveau (gTLDs). Le Département du Commerce (Département) saisit l’occasion pour donner l’avis du gouvernement des États-Unis sur un sujet aussi important.

Nous comprenons que l’introduction de nouvelles extensions génériques est un objectif qui s’inscrit depuis longtemps dans le Projet DNS, mais nous croyons également que le socle sur lequel appuyer cette initiative est le Protocole d’accord fondateur signé entre le Département et l’ICANN, stipulant que l’un des principes clés est la nécessité d’administrer le système d’adressage des noms de domaine sur Internet (DNS) de façon à permettre aux mécanismes du marché d’encourager la compétition et le choix des consommateurs en abaissant les prix, en promouvant l’innovation et en accroissant le libre choix et la satisfaction des utilisateurs. Donc, tout en reconnaissant les efforts déployés et le dur travail fourni par l’ICANN pour rédiger les documents actuellement soumis aux commentaires du public, la façon dont a été abordé et fixé le seuil à partir duquel les avantages potentiels dépassent les coûts potentiels pour les consommateurs n’est pas très claire. À ce propos, nous souhaitons attirer votre attention sur la nécessité, délibérée par l’ICANN lors de la réunion de son Directoire le 18 octobre 2006, de mener une étude économique pour affronter des questions telles que :
  • le marché de l’enregistrement des noms de domaine est-il un marché unique ou chaque extension de premier niveau fonctionne-t-elle comme un marché distinct ?
  • les enregistrements auprès de différentes extensions de premier niveau sont-ils substituables ?
  • quels sont les effets des coûts supportés pour passer d’un Registre à l’autre sur le comportement des consommateurs et sur l’évolution de la tarification ?
  • quels effets la structure du marché et la tarification ont-elles sur les nouveaux entrants ? et,
  • existe-t-il d’autres marchés confrontés à des problématiques semblables, et si oui, comment ces problématiques sont-elles traitées et par qui [sic] ?
L’ICANN doit donc mener cette étude économique et en soumettre les résultats à l’avis collectif avant d’introduire de nouvelles extensions génériques de premier niveau.

Le gouvernement des États-Unis reconnaît l’intention de l’ICANN de considérer attentivement les commentaires reçus durant cette phase et d’entreprendre des consultations ultérieures, y compris la révision des lignes directrices destinées aux candidats aux nouvelles extensions, avant d’introduire ces dernières. Sur ces bases, voici une liste de problèmes spécifiques dont nous pensons qu’ils devraient être résolus dans les documents actuels :
  • s’assurer que l’introduction d’un grand nombre potentiel de nouvelles extensions, y compris des extensions IDN, ne mette pas en danger la stabilité et la sécurité du DNS ;
  • revoir le processus d’approbation des nouvelles extensions, les lignes directrices pour les candidats et la proposition d’accord de Registre afin de :
    1. prendre en considération, autoriser les objections et conserver l’autorité nécessaire pour combattre tout effet néfaste sur l’écosystème concurrentiel susceptible d’apparaître en phase d’approbation des candidatures aux nouvelles extensions ou de renouvellement des contrats en découlant ;
    2. mettre en place des mécanismes compétitifs d’appels d’offres permettant de mettre en concurrence les opérateurs candidats pour qu’ils soient amenés à proposer des conditions de registre – y compris au niveau des engagements sur la qualité de service et les tarifs – susceptibles d’apporter des avantages aux consommateurs ; et
    3. imposer un plafonnement des tarifs ou d’autres conditions susceptibles de se traduire en avantages pour les consommateurs dans les cas où les mécanismes compétitifs d’appels d’offres ne limiteraient pas suffisamment la puissance de positionnement sur le marché des opérateurs de registre ;
  • démontrer que l’CANN a les capacités suffisantes pour faire respecter les conditions contractuelles avec un nombre encore indéfini de nouveaux cocontractants, spécialement à la lumière des questions encore en suspens relatives aux contrats actuels (tels que les avenants proposés aux Accords d’accréditation des Registreurs ou les problèmes concernant la fiabilité du système de reporting des données du WHOIS) ;
  • définir la façon dont l’ICANN conduira l’audit légal des candidatures, considérera les objections légales soulevées par des tiers, et dégagera sa responsabilité en assurant que le processus d’introduction des nouvelles extensions respecte toutes les législations compétentes, nationales et internationales, y compris les droits de propriété intellectuelle ;
  • se concentrer sur les fonctions techniques de coordination relatives à la gestion du DNS et non pas sur des aspects qui incombent plus spécialement aux gouvernements, telles que les questions d’attribution de moralité, d’ordre public ou les objections de la communauté en rapport avec les législations internationales sur les droits de l’homme. Les mécanismes proposés pour traiter ces problématiques sont inappropriés ;
  • créer un mécanisme apte à fournir une liste élargie de noms réservés pour les nouvelles extensions de premier niveau, et, selon les exigences, de noms relatifs aux infrastructures ou aux impératifs techniques ; et,
  • articuler un raisonnement clair autour de la structure tarifaire proposée, ainsi qu’un mécanisme transparent – incluant l’accord de la communauté – pour l’allocation des revenus excédentaires, s’il y en a, vu le statut de l’ICANN en tant qu’organisation à but non lucratif.

Le gouvernement des États-Unis partage l’engagement de l’ICANN pour promouvoir la compétition sur le marché des noms de domaine tout en assurant la stabilité et la sécurité d’Internet, et souhaite continuer à participer à ce processus de manière à ce que les préoccupations collectives de la communauté Internet soient prises en compte avant que l’ICANN ne s’engage à introduire de nouvelles extensions de premier niveau.
Et pour donner encore plus de force à son propos, cette lettre s'accompagne d'un avis de la Division Antitrust (Département de la Justice), signé Deborah A. Garza, qui émet deux recommandations spécifiques : [Début]

* * *

Extraits de l’avis de la Division Antitrust : les questions concurrentielles
Primo, l’approche générale de l’ICANN aux nouvelles extensions devrait être revue pour prendre davantage en considération les intérêts des consommateurs. L’ICANN devrait évaluer plus précisément le ratio inconvénients potentiels vs. avantages potentiels pour les consommateurs avant d’ajouter de nouvelles extensions ou de renouveler les accords de registre relatifs aux nouvelles extensions.

Secundo, le processus RFP et l’accord de registre proposé devraient contenir des mesures permettant à l’ICANN d’empêcher les nouveaux opérateurs de registre d'exercer un pouvoir de marché trop puissant. En particulier, l’ICANN devrait mettre en place des mécanismes compétitifs d’autorisation de nouvelles extensions et de renouvellements d’accords de registre par lesquels les opérateurs candidats sur les extensions génériques de premier niveau seraient mis en concurrence pour proposer des conditions de registre – y compris des barèmes tarifaires plafonnés – susceptibles d’apporter des avantages aux consommateurs.
J'aborderai donc de façon plus détaillée les questions concurrentielles dans un deuxième billet, et je conclurai en donnant mon avis, pondéré en fonction des éléments dont on dispose aujourd'hui. [Début]



Partager sur Facebook

, , , , , ,

mercredi 17 décembre 2008

Noms de domaine : nouvelles extensions en 2009 - II

I. Coûts des nouvelles extensions
II. Combien de candidatures ?

Nous l'avons vu, l'ICANN prévoit de renflouer ses caisses à hauteur de 92,5 millions $, en tablant au minimum sur 500 candidatures (500 x 185 000 $), même si d'autres prévisions font état de 10 fois plus...

Or nous avons vu aussi, compte tenu des coûts "accessoires", qu'un ticket d'entrée aurait probablement une fourchette basse comprise entre 300 et 350 000 $, si tout se passe bien, avec ensuite, en étant très optimistes, des frais de gestion autour de 100 000 $ par an (les coûts de registre sont renouvelables chaque année), ce qui représente des sommes importantes. Pas pour tout le monde, certes, mais quand même !

Sans compter les aléas stratégiques pour les marques, dont le plus rédhibitoire est sans aucun doute que cette nouvelle extension ne se substituerait pas aux autres mais s'y ajouterait. Une nuance de taille, au sens où cela ne résoudra en rien les problèmes traditionnels de propriété intellectuelle (typosquatting & co.), et que toutes les marques devront continuer de se protéger comme si de rien n'était sur toutes les autres extensions (globalement, pas loin de 300).

À ce compte-là, le budget "noms de domaine" des marques risque vite de prendre des proportions considérables. Au point que seules certaines multinationales pourront se permettre un tel luxe !

Donc, pour en revenir à l'ICANN, si l'on fait le compte des candidatures actuellement déclarées, elles n'atteignent pas même la cinquantaine, et ce sont essentiellement des GeoTLDs, c'est-à-dire des extensions villes, régions, cultures, langues...


En France, nous avons par exemple les candidatures du .Paris et du .bzh pour la Bretagne.


Sous l'impulsion du .CAT catalan (24 000 noms de domaine enregistrés en un an), plusieurs extensions régionales ont décidé de se regrouper.

Mais l'histoire du .SCO, à l'heure où 59 % des écossais préféreraient un .SCOT, illustre bien les problèmes de trésorerie de toutes les villes et régions autres que Paris, Berlin ou New York...

Dans un message adressé à l'ICANN, SCO soulève plusieurs points, et notamment la question des coûts, en demandant un ajustement (de 185 000 $ à 50 000 $) et en proposant un plafond de 10 000 $ pour les coûts d'exploitation annuels de registre :
The draft guidebook states that the estimated application fee for a new gTLD will be (US)$185,000. We continue to work to ensure that a Scots community will be able to adequately meet this cost – but we are extremely concerned that this fee is very high for bidders for community/city TLDs.

In short, a community TLD will operate on a model which is considerably more restrictive than any open TLD and will have the overriding aim of serving their respective communities interest – not necessarily sell huge volumes of domains. We would propose that the application fee should be reduced (or at very least be reduced significantly for applications for community TLDs) in order to recognise their purpose as servants of their communities. To reflect this, an application fee for community applications that was closer to (US) $50,000 would be welcome.

dotSCO contends that application fee reduction is necessary if ICANN is to meet its aspirations for online communities to have a more democratic, global, multicultural and multilingual Internet.

The annual Registry ICANN fee of (US)$75,000 is a huge cost to a not-for-profit community registry that dotSCO is seeking to establish. A variable registry operation fee may be a more equitable way to operate the annual ICANN fee. Our proposal would be that community TLDs pay a small percentage of their annual surplus/profit to ICANN – up to a maximum ceiling of (US) $10,000 per year. Should a community TLD be taken up in large volumes (on a par with strings such as BIZ) then there may be a case for a revision of the annual fee beyond the (US) $10,000.
Comme quoi le problème des coûts reste sensible pour de nombreux candidats, et en ces temps de récessionite aiguë, l'ICANN ferait peut-être bien de ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre.

Car avec moins d'une cinquantaine de dossiers prévisibles, il ne lui reste plus qu'à trouver et motiver les 9/10e des candidatures manquantes... Pour ce faire, une opération de communication massive est prévue courant deuxième trimestre 2009, mais cela suffira-t-il ? Et en direction de qui ?

De fait, les extensions géographiques font partie de ce que j'appelle les extensions communautaires (“community-based”), l'un des deux types de nouvelles extensions génériques (gTLDs) définies par l'ICANN. Les autres étant les extensions ouvertes (“open”).

Dans le premier cas, seules des communautés clairement identifiées, établies et organisées pourront gérer ces domaines. Plusieurs types sont possibles, outre les communautés géographiques :

- des communautés industrielles (.car, .pharma, .sport, .bank, .hotel, etc.)
- des sociétés (Corporate ou Brand TLDs)

Dans le second cas, celui des communautés ouvertes, les extensions pourront être gérées par tout type de candidat. Exemple : .blog, .kids, etc.

Et dans les génériques, pourra-t-il y avoir des concurrents proches, du genre .kid et .kids (singulier, pluriel, masculin, féminin, IDNs, ...) ?

Apparemment, oui :


Perso, je trouve que la distinction n'est pas toujours évidente, voyez les .sport ou .hotel, par exemple, comment déterminer s'il s'agit d'une communauté ouverte ou précisément définie ? Et comment réagiraient les détenteurs de marques dont "sport" ou "hotel" est l'une des composantes de leur marque ?

On peut d'ores et déjà se poser d'autres questions : que se passera-t-il avec les extensions .xxx, .sex ou .porn, compte tenu des antécédents de l'ICANN, dont l'on peut gager qu'elles seront parmi les premières applications ?...

En outre, chaque candidat devrait être son propre registre (je mets ça au conditionnel car ça reste à voir, et j'imagine déjà que les registres et registrars actuels se frottent les mains pour sous-traiter leurs compétences techniques à des candidats qui ne sauront même pas par où commencer...), et il y aura des registres ouverts et fermés. Ouverts lorsque le domaine sera disponible à l'enregistrement des déposants lambda, fermés lorsque le domaine ne sera réservé qu'à la communauté de référence.

Vous le voyez, le pari de l'ICANN est très très ambitieux, trop peut-être. Personnellement, je pense qu'ils ont placé la barre trop haut et que le gros du marché "naturel" de l'ICANN dans les nouvelles extensions, à savoir les entreprises, pourraient ne pas suivre. À moins que l'ICANN ne cherche vraiment à mettre en place une politique raisonnable, où les nouvelles extensions ne s'ajouteraient plus, mais remplaceraient les extensions existantes.

Faute de quoi toute cette histoire pourrait bien n'être qu'un coup dans l'eau. À moins que l'ICANN ne réduise ses prétentions...



Partager sur Facebook

, , , , , ,

mardi 16 décembre 2008

Noms de domaine : nouvelles extensions en 2009

I. Coûts des nouvelles extensions
II. Combien de candidatures ?

En juin dernier à Paris, l'ICANN annonçait le lancement de nouvelles extensions, en prenant par surprise les internautes du monde entier. Car si les observateurs s'attendaient grosso modo à un millier d'extensions, l'ouverture potentielle à un nombre "infini" de suffixes avait de quoi surprendre. Sans oublier que les IDN étaient inclus.

L'ICANN précisait le jour même qu'elle prévoyait de recevoir les premiers dépôts de candidature au second trimestre 2009.

Des lignes directrices étaient publiées en octobre, accompagnées de "notes explicatives" sur les différentes étapes et les coûts probables. Ces notes ont ensuite été soumises aux commentaires du public, jusqu'à hier.

Commence donc maintenant la phase de rédaction de la version définitive du guide d'application des candidatures, censé tenir compte des différents commentaires.

Concernant les coûts prévisibles des nouvelles extensions, dans un premier temps, l'ICANN a arbitrairement fixé à 185 000$ le seul coût d'évaluation de chaque candidature, ainsi réparti :
Le processus d’évaluation a ainsi été divisé en 6 phases, 24 étapes principales et 75 tâches distinctes. Vingt-sept résultats possibles différents ont été identifiés dans le processus de candidature ; ont également été évalués les probabilités d’atteindre chacun de ces résultats, ainsi que leurs coûts associés. Il est vraisemblable que ce type d’estimations détaillées fournisse un degré d’exactitude supérieur aux estimations générales résumées.

L'ICANN s'attend à recevoir 500 candidatures dans un premier temps :
Cette hypothèse de volume se base sur plusieurs sources, notamment le rapport d’un économiste consultant, des estimations publiques disponibles sur le Web, des commentaires oraux formulés lors de réunions publiques ainsi que des commentaires confidentiels émanant d’acteurs du secteur.
Tout en précisant :
Si le nombre réel de candidatures s’avère nettement inférieur à 500, il existe un risque financier pour l’ICANN de ne pas recouvrer les coûts de développement du programme ou les dépenses prévues pour la première session. Une prévision de dépenses plus élevées pourrait entraîner par ailleurs un coût par candidature supérieur au coût estimé.
Donc, approximativement 185 000 $...

Décomposés de la manière suivante : 25 000 $ au titre des frais déjà supportés par l'ICANN dans cette affaire, 100 000 $ pour les frais fixes d'évaluation, et 60 000 $ pour les frais variables.

Si tout va bien. Pour 80% des dossiers selon l'ICANN, qui prévoit aussi que 20% des candidatures devront faire l'objet de vérifications approfondies, auquel cas la note s'alourdira.


Parmi ces 20%, 40% pourraient être soumises à des litiges :


ou des objections techniques :


Différents coûts seraient donc à prendre en considération : 50 000 $ pour la revue des services de registre, 5 000 $ par résolution de litige, entre 40 000 et $130 000 $ en cas de mise aux enchères, etc.

Et enfin, cerise sur le gâteau, il y aura les coûts annuels de registre : 75 000 $ au bas mot, et plus si 5% du volume des enregistrements générés avec la nouvelle extension dépasse ce chiffre. Coûts renouvelables chaque année...
Donc si tout va bien, sans objections ni problèmes d'aucune sorte, un candidat aux nouvelles extensions paiera 260 000 $ sur la première année.
Mais comme il est difficile qu'un candidat réunisse en son sein toutes les compétences nécessaires, il pourrait être obligé de faire appel à des consultants externes qualifiés : par exemple, TLD Managers propose ses services pour 10% du montant du dossier. Calculez vous-mêmes...

Ainsi, en incluant les petits à-côtés, nous pouvons vraisemblablement avancer une fourchette basse comprise entre 300 et 350 000 $ pour la mise en place d'une nouvelle extension et son exploitation durant la première année. Si tout se passe bien, répétons-le !

Combien de candidatures ?

Nous l'avons vu, l'ICANN table sur 500 candidatures, j'y reviendrai dans un deuxième billet...



Partager sur Facebook

, , , , , ,

mercredi 9 juillet 2008

Les marques et les nouvelles extensions

Sous-titre : dès 2009, chaque marque aura-t-elle intérêt à prendre sa propre extension en .MARQUE ?

Je vous rassure tout de suite, personne n'en sait rien, pas plus l'ICANN que moi. L'ICANN l'espère, et moi je m'interroge, car le flou qui s'annonce n'est pas une bonne raison pour tenter d'éviter l'analyse... ;-)

Ceci dit, la situation n'est pas simple !

* * *


Le 26 juin dernier, l'ICANN a annoncé deux changements majeurs pour les extensions génériques de premier niveau (gTLD) :
  1. it is possible to implement many new names to the Internet ... as well as generic strings like .brandname...
  2. the expanding system is also being planned to support extensions in the languages of the world.
Dans l'absolu, il sera donc possible de créer un dot.anything, dans le respect des recommandations de l'ICANN, même si cela restera vraisemblablement réservé aux organisations plutôt qu'aux particuliers, sauf à ceux qui auront suffisamment d'argent à mettre dans l'aventure, vu les nombreuses contraintes, notamment opérationnelles, juridiques et financières.

Il est d'ailleurs probable que cette possibilité ouvrira un nouveau marché pour quelques-uns des registres actuels, qui pourront ainsi louer leurs services et leur savoir-faire afin que les candidats aux nouvelles extensions puissent se faire aider dans le montage du dossier de préparation, voire en externaliser la gestion une fois l'extension autorisée.

Si les délais prévus par l'ICANN sont respectés, cela voudrait dire que les premières candidatures pourront être soumises dès la moitié du second trimestre 2009, après une campagne massive de communication de l'ICANN pour vanter les mérites des nouvelles extensions, dès le début de l'année prochaine.



Toutefois, il y a dans les deux points signalés en début de billet deux aspects différents :
  1. les extensions en caractères romains (37 en tout, les 26 lettres de notre alphabet, le trait d'union et les chiffres de 0 à 9),
  2. les extensions en IDN (noms de domaine multilingues).
Ainsi que le soulignait Caroline Perriard de chez Nestlé Suisse SA, lors de l'atelier New gTLDs - Shaping the Future of the Internet? qui s'est tenu à Paris le 23 juin dernier dans le cadre de la réunion de l'ICANN :
En fait, si nous pouvons choisir la partie de l'URL avant le point, et la partie après le point, nous aurons deux choix à faire. (If you have to choose the first part before the dot and then the second part, you have two choices to make)
Ce qui n'est pas tout à fait vrai, car dans son cas elle n'a pas deux options, mais quatre possibles :

1) non-IDN.non-IDN

2) IDN.non-IDN

3) non-IDN.IDN

4) IDN.IDN

Puisque Nestlé pourra désormais se décliner en .NESTLE ou .NESTLÉ !

Au-delà de telle ou telle marque, cela veut donc dire que des extensions pourront être créées dans toutes les langues, avec des centaines de milliers de caractères. Pour autant, est-ce souhaitable ?

* * *


Pour garder notre exemple, quel intérêt aurait Nestlé à passer du .COM (et/ou de toutes les autres extensions que vous voulez) au .NESTLE (ou .NESTLÉ) ?

En fait, dans l'état actuel des connaissances en la matière, un intérêt plutôt limité ! Puisque la nouvelle extension n'a pas vocation (pour l'instant...) à remplacer toutes les autres, mais seulement à s'ajouter à toutes les autres.

D'où d'énormes coûts supplémentaires en vue, cela va de soi. Or on a beau dire que les grand groupes mondiaux sont riches, ils ont déjà fort à faire pour protéger leurs marques (car la plupart du temps ils n'en ont pas qu'une mais toute une ribambelle) avec les quelque 264 extensions existantes (21 gTLD + 243 ccTLD), qui pourtant sont toutes peu ou prou disponibles à des prix accessibles.

Et en fait je partage l'avis de J. Scott Evans qui trouve extrêmement basses les estimations selon lesquelles les sociétés du club Fortune 500 dépensent un demi-million $ par an pour la protection de leur domaine.

D'autant plus qu'une étude sur la localisation en français de 18 d'entre elles (4,56 Mo) m'a montré qu'elles étaient loin de toujours être cohérentes dans leur charte de nommage et leur politique mondiales de visibilité sur Internet.

Donc tout cela ne fera qu'ajouter à la confusion et rebutera les sociétés d'investir des chiffres énormes (je pense qu'on peut avancer sans grande crainte de se tromper une fourchette entre 100 000 et 500 000 $ par extension personnalisée, sans compter ensuite les coûts annualisés de leur exploitation). Ce qui va vite devenir rédhibitoire, même pour des multinationales qui en fait n'en auront pas besoin, pour plusieurs raisons dépassant le seul aspect financier :
  1. tous les grands groupes ont aujourd'hui une présence Internet consolidée ;
  2. une nouvelle extension .MARQUE les obligera à communiquer massivement vers les internautes avant que la "commutation" ne se mette en place naturellement ;
  3. cela risque de générer une bonne dose de confusion chez les utilisateurs/consommateurs qui perdront leurs marques (c'est le cas de dire ;-) et ne sauront plus où aller, sauf à rendre visite à la concurrence ;
  4. il n'est pas du tout certain que les multinationales souhaitent regrouper des portefeuilles de marques parfois énormes sous un seul domaine (par exemple, Montblanc.NESTLE, et ainsi de suite) ;
  5. le choix d'une extension IDN (.NESTLÉ) coupe automatiquement des centaines de millions d'internautes qui n'ont pas de é (e accent aigu) sur leur clavier, ce qui serait très mauvais pour le commerce, etc.
Ce qui, au final, ferait quand même cher pour pas grand chose. Mais bon, je ne suis sûrement pas dans la tête de leurs dirigeants...

Par contre, il y a selon moi une mesure à laquelle l'ICANN n'a pas pensé (ils n'avaient qu'à me le demander ;-), ce serait d'offrir aux marques une nouvelle extension qui ne s'ajoute pas à toutes les autres, mais qui les remplace !

Après tout, puisque c'est l'ICANN qui signe les accords avec tous les registres, il suffirait de prendre des accords collectifs pour que le .MARQUE soit packagé avec les 264 extensions existantes, et le tour est joué.

Utopique ? Vous croyez ? Ah bon, peut-être !

* * *


Il n'empêche que ce serait LA solution pour les marques, mondiales, évidemment. Pour les autres, ce serait plus compliqué. Sans compter les innombrables cas de litiges possibles, à commencer par le fameux principe de spécialité des marques.

Rassurez-vous, j'ignorais tout de cela il y a quelques mois encore, mais c'est en collaborant avec Quensis, société spécialisée dans la création de marques juridiquement disponibles, que petit à petit je vais devenir incollable. Consultez leur brochure ou leur blog, vous verrez que c'est génial. Petit clin d'œil au passage à Delphine et Jean-Philippe ;-)

En clair, si deux marques ne sont pas déposées dans les mêmes classes (il y en a 45), elles peuvent cohabiter : Hermès / éditions Hermès, Montblanc / crème Montblanc / Mont Blanc, Apple / Apple et producteurs de pommes, etc.

Donc déjà que la jurisprudence est loin d'être constante dans l'application du principe de spécialité aux noms de domaine (c'est moi qui souligne) :
Lorsque le contentieux des noms de domaine est apparu, on a pu constater de nombreuses divergences, tant doctrinales que jurisprudentielles, sur le point de savoir si ces nouveaux signes distinctifs étaient soumis au principe de spécialité.
et cela sur UN seul pays, alors imaginez la cacophonie mondiale, dans toutes les classes et toutes les langues, ce sera à proprement parler ingérable.

De plus par l'ICANN, qui, jusqu'à présent, nous a souvent donné des preuves manifestes de son incohérence, voire de son inconséquence, notamment dans des dossiers comme le domain tasting ou dans l'affaire du .XXX, ce qui présage bien d'une gestion saine des nouvelles extensions, convenons-en...

D'où une myriade de litiges en perspective, et des coûts démultipliés pour les entreprises.

Autre exemple bref : imaginez le déposant de .GAMING, comment seront gérées les marques à gauche du point (XBOX, SONY, NINTENDO, etc.) ?

Voilà. Il y a d'autres aspects à aborder, mais ce sera pour une autre fois. Donc pour répondre à ma question : « dès 2009, chaque marque aura-t-elle intérêt à prendre sa propre extension en .MARQUE ? », disons que pour l'instant le plateau de la balance penche largement en faveur du NON plutôt que du OUI.

J'emprunterai ma conclusion à Cédric Manara :
Plus il y a d’extensions, plus cela fortifie la valeur des .COM.

Plus on habite le centre-ville, plus on est heureux d’y être quand la banlieue s’étend.
Dans cette affaire, je crois surtout que l'ICANN a confondu vitesse et précipitation, tout accaparée par sa quête forcenée de générer des recettes supplémentaires. Nous verrons.



Partager sur Facebook

, , , , , ,

jeudi 26 juin 2008

ICANN et nouvelles extensions

ICANN et nouvelles extensions

Annonce officielle...

C'est approuvé ! Après la désinformation, comme quelqu'un le disait en commentaire, voici venir le temps de « la réflexion technique et argumentée ».

J'aurai l'occasion d'y revenir... et je ne serai pas le seul !

Pour l'anecdote, vu que les nouvelles extensions ne devront avoir aucune proximité avec celles qui existent auparavant, vous pouvez vous entraîner ici (via CircleID) pour connaître votre score de similarité (clin d'œil à Pierre Chappaz, quand il disposera de son extension perso... :-) :


L'ICANN approuve également l'introduction d'un nombre d'IDN limités pour les codes pays (cf. modalités d'application) et espère mettre un terme au domain tasting, selon les recommandations du GNSO.

Trois changements majeurs - ou tout au moins qui devraient l'être - pour l'évolution d'Internet...


Partager sur Facebook

P.S. Dans une première analyse sur Read Write Web, Frederic Lardinois écrit :
The .com domain has become so ingrained in our Internet culture that it has practically become synonymous with domain names and the Internet as a whole.
La culture Web est si imprégnée du .COM que l'extension est devenue synonyme de noms de domaine et de l'Internet comme un tout par antonomase.

Nous verrons. Les habitudes peuvent changer très très très vite sur le Net...

, , , , , ,

lundi 23 juin 2008

Correctif : l'ICANN et le lancement de nouvelles extensions

Correctif : ICANN et nouvelles extensions

[MISE À JOUR - 24-06] Paul Twomey nuance ses propos :

C'est absolument faux, je n'ai jamais dit ça...

New gTLD Program : What kind of Internet do you want? (+ un aperçu en français sur ces nouvelles extensions)

* * *

C'est aujourd'hui qu'a commencé la 32e réunion internationale de l'ICANN à Paris. Beaucoup d'arguments importants sur le tapis, comme toujours, notamment le lancement de nouvelles extensions, le domain tasting et les IDN. Je n'ai pas le temps de tout traiter, surtout les deux derniers sujets qui me tiennent à coeur, aussi commencerais-je par la désinformation dans le plus pur style médias 1.0, avec les Echos (déjà épinglés par Adscriptor) qui dit du grand n'importe quoi :
La Toile est en passe d'être chamboulée. A partir du premier trimestre de 2009, l'Icann (...) permettra à tous les internautes de créer l'extension d'adresse Web de leur choix. Ils pourront déposer une infinité de noms. Par exemple .paris ou .cocacola.

La perspective de tels bouleversements suscite d'ores et déjà critiques et inquiétudes...
Et blabla et blabla, et je t'en fous une couche sur la grande pagaille qui « pourrait accompagner l'arrivée massive de nouveaux noms de domaine », et une autre sur les sociétés qui vont, de fait, devoir rapidement se protéger contre le cybersquattage (vous pensez bien, ma pov' Madam Michu, rien que l'an dernier, un nombre record de 2.156 plaintes, « (s)oit une augmentation de 18 % par rapport à 2006 et de 48 % par rapport à 2005 du nombre de litiges »...), etc. etc., le tout assaisonné de 2 ou 3 témoignages sans aucun doute pertinents mais totalement décontextualisés, juste histoire de donner plus d'intensité au propos et de renforcer toujours davantage le sentiment diffus chez le beauf moyen que l'Internet, décidément, est bien un espace de non-droit.

C'est signé L. N'. K. et E. P., alors voilà, L. N'. K. et E. P., mon avis c'est que vous avez pondu (voir en commentaire) un torchon, une honte pour votre profession et un grand foutage de gueule vis-à-vis de votre public.

Après ça, aux journalistes qui s'inquiètent de savoir comment assurer le virage Internet, je ne peux que conseiller de commencer par le commencement : apprendre à écrire des articles sérieux, documentés et recoupés. Et non pas un tas de conneries alignées les unes à la suite des autres pour se faire mousser. Car quand la mousse finit par se dissoudre, il ne reste que l'encre sale.

Et puis tiens, puisque je suis en veine, j'en profite pour vous apprendre qu'une info de cette qualité ne pouvait qu'être immédiatement reprise, et démultipliée dans la foulée. Ça se passe chez Réseaux-Télecoms.net (pourtant, rien qu'au nom, on pourrait penser à du sérieux) (actu maintenant pondérée par celle-ci...), sous la plume de David Lentier (pour écrire ça, ce cher David a dû tellement chatouiller la clavier que les touches n'en finissent plus de se gondoler), et la désinformation monte d'un cran (mais quel cran ;-) :
(L)'Icann annonce qu'à partir de 2009, il sera possible à tous les internautes de demander la création de noms de domaines de leur choix. On pourra ainsi demander la création d'un « .navire », « .sexe », ou « .dupont ». Cela préfigure de futurs conflits autour de l'affectation de ces noms de domaines, et une difficulté croissante pour la protection des marques sur internet. (...) Et l'on pourra voir surgir des « FranceTelecom.sexe », « FranceTelecom.ventes », ou "Orange.ventes", etc ... l'Icann prévoit de confier le contrôle de ces noms de domaines à un organisme qui devra faire régner le bon droit. Il semble toutefois que le nombre de litiges ne puisse qu'exploser.
Reconnaissons à David qu'il cite ses sources (Selon notre confrère les Echos...), ce dont son lectorat lui saura gré. J'aime particulièrement le FranceTelecom.sexe, c'est du plus bel effet. Je suis certain que Didier Lombard appréciera. ;-)

Espérons quand même que les reprises vont s'arrêter là et que ça ne finisse pas à la Une du JT ou d'une quelconque radio, et qu'un terme soit naturellement mis à la nullité journalistique galopante. À suivre...

[MàJ - 18h15'] En fait, je crois bien que c'est tout le contraire qui va se passer, l'info a déjà été reprise telle quelle par plus de 100 sources "officielles" et va se répandre comme un feu de poudre. Les télés et les radios vont prendre le relai, et tout le monde croira qu'en 2009 chacun/e aura son petit domaine perso. Je trouve ça désolant. Mon opinion en commentaire.

* * *

Donc, Messieurs, si je suis votre raisonnement, dès le premier trimestre 2009, nous aurions potentiellement plus d'un milliard d'extensions, disons à peu près autant qu'il y a d'internautes, et d'ailleurs j'en profite pour signaler à celles et ceux qui me lisent qu'à partir du 1er avril 2009, l'adresse de ce blog ne sera plus http://www.adscriptor.com mais www.jmleray.adscriptor, c'est plus reconnaissable, je vous le concède.

Quelques bémols toutefois sur ces assertions inconsidérées quant à la frénésie de personnalisation annoncée.

Il se pourrait effectivement que l'ICANN s'oriente vers la création de "milliers" de nouvelles extensions génériques (TLDs), mais cela ne sera jamais sans contraintes fortes, de nature à calmer les ardeurs.

Sur la création d'un .paris, par exemple, il faudrait d'abord obtenir l'avis favorable du gouvernement français sur l'utilisation d'un domaine géographique de premier niveau. C'est ainsi que le gouvernement espagnol a donné son aval à la création du .cat pour la Catalogne.

Sans compter que la création d'extensions de villes ou de régions pourrait bien faire de l'ombre à certaines extensions pays, qui n'en ont déjà pas besoin vu le peu d'engouement des populations nationales...

Maintenant, sur la création d'un .cocacola ou d'un .ebay, il est clair qu'il s'agit là de très grosses entreprises et que cela ne serait jamais à la portée de tout le monde.

Citons entre autres la nécessité de présenter un dossier sérieux pour appuyer la création d'une nouvelle extension (voir ce billet pour le .sport, par exemple). Nos journalistes en herbe pourront peut-être lire avec intérêt le point 8 des recommandations inhérentes (et les autres aussi, d'ailleurs) :
Applicants must be able to demonstrate their financial and organisational operational capability.
Il n'y a qu'à voir le flux d'évaluation d'une nouvelle extension pour s'en rendre compte :

flux d'évaluation des nouvelles extensions
Sans oublier qu'avec un ticket d'entrée coûtant entre 25 000 et 250 000 euros, ça limiterait quand même considérablement les vélléitaires. Mais bon, c'est juste un détail...

En tout cas, ceci pour dire que c'est pas demain la veille que le pékin moyen ira réserver son .pékin en IDN, à moins qu'il ait l'aval du gouvernement chinois. Auquel cas, je m'inclinerai volontiers devant la sagesse et la clairvoyance de nos journaleux du dimanche.

Perso je réserverais bien le .con, au moins on est sûr qu'il y aura des candidats !

Liens connexes :

Partager sur Facebook

P.S. (20h30') Cette affaire est tellement énorme que je n'arrête pas d'y penser. Apparemment elle n'a pas encore dépassé les frontières, mais dès que l'info va exploser outre Atlantique ça va faire l'effet d'une bombe. Il semble quand même que la presse commence à expliquer que ça ne va pas se faire comme ça, même si je nourris de gros doutes sur l'applicabilité immédiate d'une telle mesure. Il y aura en effet derrière tout ça des problèmes politiques, voire géopolitiques immenses qui vont bien au-delà de la propriété intellectuelle, et je doute que l'ICANN ait vraiment l'autorité d'imposer une telle aberration sans que personne n'y trouve rien à redire.
En outre, l'un des premiers mandats de l'ICANN étant d'assurer "la sécurité et la stabilité d'Internet", il me semble qu'une telle décision va carrément dans le sens opposé.
Enfin, maintenant que l'affaire a démarré, nous verrons sur quoi ça va déboucher. En espérant que les médias grand public auront quand même l'honnêteté d'approfondir les choses...

, , , , , ,