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mercredi 6 mai 2009

Propositions pour l'avenir de la Gouvernance de l'Internet


Je relaie un message reçu de l'AFNIC :
Créée en 1998, l'ICANN est en charge de la gestion de ressources internet essentielles: le système des noms de domaine et l'allocation des adresses IP. C'est à l'ICANN notamment que se prennent certaines des décisions concernant la création, la redélégation ou la suppression d'extensions de 1er niveau telles que les .COM, .FR, .EU, .TEL...

Avec le temps, cette société à but non lucratif de droit californien a fini par symboliser le système actuel de gouvernance de l'Internet, placé sous le contrôle unilatéral du Département du Commerce américain. Cette situation a été vivement attaquée, sans grand succès, lors du Sommet mondial pour la Société de l'Information en 2005.

L'arrivée à échéance du contrat unissant l'ICANN au DoC, le 30 septembre prochain, crée une nouvelle opportunité de discussion autour de l'organisation de la gouvernance de l'Internet. C'est l'objet d'une consultation publique initiée le 27 avril dernier par la NTIA/DoC (1) mais aussi de propositions très concrètes formulées par le Commissaire européen Viviane Reding sur les modalités de contrôle de l'ICANN après le 30 septembre prochain (2).

L'AFNIC a été appelée à intervenir sur ces sujets le 6 mai à Bruxelles, en la personne de son Directeur général, M. Mathieu Weill. Le texte de son intervention est publié sur le site de la Commission européenne (3).

Loïc Damilaville, adjoint au Directeur général de l'AFNIC, est à votre disposition pour toute information complémentaire.
Aux quelques liens mentionnés dans le message, j'en ajoute d'autres, de billets où j'ai déjà abordé le sujet :
  1. Avis d'appel a commentaire public de la NTIA au sujet du contrat reliant l'ICANN au doC
  2. Intervention et proposition de Viviane Reding (texte de l'intervention)
  3. Intervention de M. Mathieu Weill, Directeur général de l'AFNIC, à Bruxelles le 6 mai 2009


  4. L'ICANN et la gouvernance d'Internet : certifiés DoC (septembre 2006)
  5. Gouvernance Internet : la mainmise des États-Unis réaffirmée (avec force)... (août 2008)
  6. DNS : transition, pas transition, that is the question ! (août 2008)
  7. Le gouvernement des États-Unis contre l’ICANN ! (janvier 2009)


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samedi 21 février 2009

ICANN : nouvelles extensions et JPA


Cette semaine, l'ICANN a publié un PDF de 150 pages où sont analysées les réactions publiques à la première version du guide des candidatures aux nouvelles extensions.

La nouvelle mouture (changements en rouge) suscite déjà de nombreuses réactions, qui s'ajoutent aux précédentes objections, d'autant plus que selon plusieurs observateurs, les principales problématiques soulevées dans les précédents commentaires ne trouvent pas de réponses satisfaisantes dans ce nouveau document. Pour lequel une nouvelle session de commentaires est ouverte, jusqu'au 13 avril prochain.

Les principales questions en suspens portent notamment sur les coûts des candidatures, les coûts d'enregistrement (avec les risques d'un tarif à la carte...), l'impact des nouvelles extensions sur le marché et les conséquences techniques pour le DNS vu la pénurie d'adresses qui se profile. L'ICANN a donc commissionné des études sur ces points, auprès de consultants externes, dont les résultats devraient être connus et débattus à partir d'avril prochain.

Une autre problématique concerne les IDN (et les considérations légales connexes), ou domaines multilingues, sur lesquels Verisign est également très actif, j'aurai l'occasion d'y revenir. Verisign qui contribuera aux finances de l'ICANN en lui versant 18 millions $ en 2010 (contre "seulement" 12 millions $ en 2009), soit dit en passant...

Mais pour en revenir aux critiques, l'un des plus virulents est certainement George Kirikos sur CircleID :
Il est évident que la supervision du gouvernement (NTIA/DOJ) doit être plus active, et notamment pour ordonner à l'ICANN de cesser totalement son programme "Nouvelles extensions" !

The need for more active supervision by the NTIA/DOJ is evident, and in particular they should order the cessation of the New gTLD program in its entirety.
Il observe surtout que l'ICANN n'a tenu aucun compte des fortes objections soulevées par la NTIA autant que par le marché.

Tout le monde ne voit pas les choses de cette manière. En décembre dernier, Antony Van Couvering déclarait à propos de ce dossier :
Il y a de bonnes raisons pour que l'ICANN ne change pas de cap.

There are good reasons ICANN won't change direction.
Michael Palage reconnaît également les mérites de l'ICANN.

Toutefois, ce que je retiens de cette nouvelle version, c'est le retard pris sur le calendrier initial, puisque le nouvel échéancier ne prévoit plus la mise en œuvre des nouvelles extensions avant fin septembre 2009, mais selon toute probabilité avant la fin de l'année 2009 (j'en doute...).

Bon, bien que certains s'en soient émus, un délai supplémentaire de trois mois ne change pas grand chose, me direz-vous. Sauf un petit détail : le 30 septembre 2009 expire le JPA, terme au-delà duquel nous en saurons plus sur l'indépendance et l'avenir de l'ICANN, pour qui la transition s'annonce d'ores et déjà délicate...

Le JPA, Accord de projet conjoint, ou Accord de projet commun, est l'aboutissement d'une longue série de protocoles d'accords entre l'ICANN et le Gouvernement des États-Unis, via différentes institutions. Avec dès le début l'intention annoncée d'assurer la transition de la gestion du DNS (système des noms de domaine) vers le secteur privé. Donc, maintenant, que fera la nouvelle Administration Obama ? That is the question...

En décembre, un atelier réunissant près d'une cinquantaine d'experts s'est terminé en proposant un sondage sur l'alternative suivante :
  1. Est-ce que l'échéance du JPA au 30 septembre 2009 peut représenter un premier pas vers une internationalisation de l'ICANN ?
  2. Est-ce qu'il vaut mieux attendre avant que les instances compétentes ne mettent un terme au JPA ?
Environ 35 voix se sont portées sur la première proposition, contre 10 pour la seconde...

Autant de problèmes sur la table pour la prochaine réunion de l'ICANN, qui se tiendra à Mexico du 1 au 6 mars prochain. Si vous avez des remarques ou des requêtes, vous pouvez les déposez dans la boîte aux questions prévue à cet effet.



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samedi 10 janvier 2009

ICANN : quand les nouvelles extensions génériques de premier niveau (gTLDs) verront-elles le jour ?



Deuxième partie qui fait suite au précédent billet Gouvernement des États-Unis contre l'ICANN.

Introduction
Registres ouverts vs. Registres fermés…
Conclusion

* * *

Introduction

L'ICANN vient de publier une mise à jour sur les commentaires reçus, en faisant ressortir quatre points soulevés par les commentateurs :
  1. les problèmes de protection des marques et l'impact des nouvelles extensions pour leurs propriétaires
  2. les problèmes économiques liés aux coûts prévisibles
  3. les problèmes concernant les nouveaux accords de registre (voir le commentaire de la NTIA)
  4. les problèmes plus généraux relatifs à l'expansion de l'espace des extensions génériques, susceptibles d'impacter le marché global ou des industries en particulier, ainsi que la stabilité du DNS (Domain Name System).
M. Levins en conclut :
Il ne fait aucun doute que nous devons aborder ces problèmes légitimes et d'autres avant d'ouvrir le processus de dépôt des dossiers.
J'aime bien le "et d'autres"...

Car même si certains observent justement que le petit jeu NTIA - ICANN n'a que trop duré, tant qu'on ne sait pas comment la nouvelle administration Obama affrontera le problème, difficile de prévoir quelle tournure prendra l'éventuelle prorogation/renégociation de l’Accord conjoint de projet (Joint Project Agreement) signé avec le DoC, qui arrive à échéance en septembre 2009...

Ceci dit, l'ICANN promet une réponse détaillée sur (tous) ces points début février. Nous verrons.

En attendant, le problème qui nous intéresse plus immédiatement est de savoir si de nouvelles extensions verront le jour, et si oui, quand. Le "si" ne faisant pas de doute, reste à savoir le "quand", impossible à prévoir, mais sûrement pas dans les délais initialement prévus par l'ICANN...

Donc lorsque la municipalité de Paris négocie pour commercialiser son .paris en 2010, cela me semble plutôt prématuré, hors le fait que les extensions géographiques contestent déjà les prix trop élevés prévus par l'ICANN. Voir ici quelques commentaires sur la rentabilisation du .paris...

Pour autant, les problématiques sont différentes selon que ces nouvelles extensions seront imputables à des registres ouverts ou fermés. [Début]

* * *

Registres ouverts vs. Registres fermés…

L'opposition traditionnelle entre registres ouverts et fermés pouvait se résumer comme suit : les registres ouverts acceptaient l'enregistrement de tous les déposants, les registres fermés posaient des conditions à l'obtention d'un domaine, comme l'AFNIC, par exemple. C'est ainsi que même en étant français, je n'ai jamais pu enregistrer un .fr car ne pouvant justifier d'un domicile en France ! Comme si le degré d'ouverture d'un registre allait de pair avec son niveau d'ouverture d'esprit...

Une opposition désormais dépassée, et plus encore dans la perspective des nouvelles extensions. Où la distinction que je fais entre registres ouverts et fermés serait la suivante :
  1. Les registres ouverts seraient les extensions génériques (.sport, .hotel, .kids, etc.), y compris communautaires et donc géographiques, qui ont vocation à proposer une multitude de noms de domaine à l'enregistrement.
  2. Les registres fermés seraient essentiellement les extensions d'entreprises (corporate ou Brand TLDs), de communautés industrielles (.car, .pharma, .sport, .bank, .hotel, etc.) ou d'organisations (pourquoi pas un .un pour l'ONU ?), qui auraient vocation à exploiter ces domaines uniquement pour promouvoir leurs services et/ou filiales et/ou membres et/ou marques. Elles ne seraient donc enregistrables que par les ayant-droits, mais en aucun cas par l'internaute lambda.
Cela revient à dire qu’à un registre fermé donné devrait correspondre « un seul domaine » (l'extension), dont les sous-domaines seraient uniquement utilisés à des fins internes : par exemple, il n’y aurait qu’un seul « registre fermé » en charge du « .google », qui pourrait avoir une infinité de sous-domaines : maps.google / gmail.google / picasa.google, etc.

Ceci dit, quel serait l’avantage par rapport à l’actuel .com ? Bof !

Resterait ensuite à définir au cas par cas (par un Comité d'évaluation des candidatures, par exemple) si une extension .sport ou .hotel est ouverte ou fermée, selon la règle du premier arrivé, premier servi qui caractérise les enregistrements Internet depuis le début. Puisqu'en outre il est à prévoir que nombre de sociétés ayant déposé des marques contenant "hotel" ou "sport" tenteraient de les faire valoir...

En revanche la distinction faite par l'ICANN n'est pas au niveau des registres mais des extensions, définies extensions communautaires (“community-based”) ou extensions ouvertes (“open”). En fourrant les entreprises dans les extensions ouvertes, chose qui est selon moi un parfait contre-sens.

Certes, la distinction est loin d'être évidente, mais pour les entreprises - qui sont probablement le premier marché cible visé par l'ICANN avec ces nouvelles extensions - le principal problème est que cette nouvelle extension s’ajouterait seulement au .com et aux autres au lieu de s’y substituer

Or un avantage véritablement décisif du « registre fermé » par rapport à la formule actuelle serait que l’attribution du .google par l’ICANN interdirait de facto l’attribution d’un google.TLD quelconque en vertu des accords bilatéraux signés entre les registres et l’ICANN !

Ce serait également un moyen radical de résoudre tous les problèmes liés au cybersquatting, et même, pour aller plus loin dans le raisonnement, on pourrait aussi envisager d’associer au .google (et à tous les autres ayant ce statut) toute une série de typos réservés, ce qui balaierait d’un coup la plupart des problèmes liés au typosquatting…

D'autant plus qu'aujourd'hui, calculer tous les typos d'un nom ne prend guère plus que quelques secondes. Du reste, Google et les autres moteurs les ont déjà en mémoire !


Car il est évident qu'avec des centaines d'extensions à présent, et demain peut-être quelques milliers, on va pas quand même obliger les marques à faire des dépôts préventifs dans toutes les extensions, alors même que la protection de la marque et du nom de domaine sont des enjeux stratégiques pour les entreprises !

Déjà que dans près de 90% des cas elles se protègent comme elles peuvent pour les extensions .COM, .NET et .ORG, y compris pour les typos (voir le premier commentaire de ce billet), et parfois pour les IDN, ce serait totalement irréaliste de les obliger à dépenser des millions d'euros en plus ! [Début]

* * *

Conclusion

Voilà donc un contre-sens encore plus gros que le premier (comme je l'ai déjà dit, il faudrait offrir aux marques une nouvelle extension qui ne s'ajoute pas à toutes les autres, mais qui les remplace !), également relevé entre les lignes de l’avis de la Division Antitrust, qui observe :
Les déposants prennent fréquemment des domaines dans des extensions autres que le .com non pas pour les substituer au .com mais comme compléments aux domaines en .com. En d’autres mots, les déposants d’un domaine donné en .com (par ex. google.com) ressentent souvent la nécessité d’enregistrer le même nom de domaine dans la plupart des extensions disponibles (par ex. google.info, google.biz) parce qu’ils souhaitent à la fois étendre leur présence sur Internet et protéger leurs marques en empêchant qu’elles puissent être exploitées par d’autres.
Et de préciser :
Au final, notre analyse de l’accord avec Verisign sur le .com a mis en évidence que d’autres opérateurs de registre pourraient détenir un positionnement sur le marché qui serait quoi qu’il en soit significatif, quand bien même moins important que celui de Verisign.
D'où l'importance de fixer des limites claires à la distinction registres ouverts vs. registres fermés, tout au moins pour éviter de ressortir et valider le concept de prix à la carte en fonction des registres, même s'il est évident qu'il pourrait y avoir des conditions différenciées.

Par conséquent, en insistant fortement sur les questions concurrentielles, la Division Antitrust fait les préconisations suivantes :
Les mécanismes d’appels d’offres mis en place par l’ICANN devraient expressément :

1. prévoir des offres spécifiant le prix initial maximum facturé par l’opérateur pour l’enregistrement des domaines, de même que les limitations des augmentations tarifaires dans le temps ;

2. encourager la performance en demandant aux soumissionnaires de proposer des spécifications et des niveaux de service dépassant les standards minima fixés par l’ICANN ;

3. solliciter d’autres propositions à l’avantage des consommateurs, telles que l’engagement de l’opérateur de ne pas pratiquer de prix discriminatoires entre les déposants (pour éviter de prendre en otage -
"to hold up" - les déposants ayant déjà investi dans leurs noms de domaine), ou encore de ne pas inclure l’achat de services groupés comme condition de l’enregistrement (pour limiter le contournement des prix plafonnés) ;

toutes ces conditions devraient être mentionnées noir sur blanc dans les accords de registre pour que l’ICANN soit en mesure de les faire appliquer.

En outre, bien que les mécanismes d’appels d’offres soient le meilleur moyen de stimuler la compétition dans de nombreux cas, ils ne sont pas toujours efficaces. Et vu que le nouvel accord de registre proposé ne prévoit aucune des mesures de sauvegarde prévues au chapitre 7.3 de l’accord passé avec Verisign sur le .com ou dans les accords existants avec d’autres registres, l’ICANN devrait revoir sa proposition d’accord de registre (prix plafonds et augmentations limitées d’une année sur l’autre), tout au moins pour les cas où il n’y aurait pas d’appel d’offres compétitif pour gérer une nouvelle extension, afin d’englober des mesures et des mécanismes tels que précisés aux points 1, 2 et 3 ci-dessus. En dernier lieu, il serait préférable de prévoir des accords de long terme (l’enregistrement peut valoir jusqu’à 10 ans dans l’accord du .com).
Et de conclure ainsi :
À ce jour, nous pensons que l’ICANN est loin d’avoir rempli ses obligations de faire levier sur les principes concurrentiels pour gérer les opérations avec les registres des extensions génériques de premier niveau.
Pour finir, compte tenu de tout ce qui vient d'être exposé, dans ce billet et dans le précédent, je ne vois pas comment l'ICANN pourrait ouvrir les nouvelles extensions dans les délais prévus sans d'abord revoir sa copie ! [Début]



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P.S. Je m'étonne d'ailleurs que certains beaucoup de médias traditionnels (mais pas seulement...) relatent l'info du dépôt de candidature par la municipalité de Paris en février 2009, en donnant quasiment pour acquise l'obtention du nom (la ville devrait remettre un dossier final le 30 septembre 2009 et obtenir son nom de domaine dès le premier trimestre 2010), « (à) condition toutefois qu'elle trouve un accord sur les prix avec l'Icann ». Comme si c'était la seule condition...

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mercredi 7 janvier 2009

Gouvernement des Etats-Unis vs. ICANN

Quand les nouvelles extensions génériques de premier niveau (gTLDs) verront-elles le jour ?

Introduction

La lettre de la NTIA
Extraits de l’avis de la Division Antitrust : les questions concurrentielles

Registres ouverts vs. Registres fermés…
Conclusion

N.B. Merci Martin de m’avoir signalé la chose, puisque je suis resté sans connexion Internet pendant près de deux semaines !

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Introduction

Stephane Van Gelder nous rapporte que l'ICANN fait sa pub dans "The Economist" pour présenter son programme de création des nouvelles extensions.


Et il conclut son billet :
Mais peut-on aussi y voir une sorte de réponse à ceux qui se sont émus du commentaire fait par le Département du Commerce américain sur les nouvelles extensions ? Beaucoup ont vu dans cette lettre postée sur le site de l'ICANN une critique acerbe du programme des nouvelles extensions. Vu que ce dernier est en cours d'élaboration depuis plusieurs années et que le DoC était forcément au courant, on est en droit de se demander si la critique est aussi féroce que certains voudraient nous le faire croire. Ou en tout cas, si elle est de nature à remettre en cause le programme.

Pour l'ICANN, faire ainsi la publicité de son programme de nouvelles extensions et rappeler que ce dernier doit démarrer en 2009 ne serait-il donc pas aussi un signal fort envoyé quant à la pérennité de ce programme ?
Personnellement, j'en doute fort, très fort même, et je crois plutôt à un gigantesque coup de bluff de l'ICANN. Je vais tenter d'expliquer pourquoi, d'abord en présentant le commentaire traduit de la NTIA et des extraits de l’avis de la Division Antitrust dans ce billet, puis en donnant mon avis dans un deuxième à paraître... [Début]

* * *

La lettre de la NTIA (traduction) (original)
Le 23 octobre 2008, l’ICANN a soumis aux commentaires du public une série de documents corrélés – y compris des lignes directrices pour le montage des dossiers –, relatifs à la volonté de l’ICANN d’introduire de nouvelles extensions génériques de premier niveau (gTLDs). Le Département du Commerce (Département) saisit l’occasion pour donner l’avis du gouvernement des États-Unis sur un sujet aussi important.

Nous comprenons que l’introduction de nouvelles extensions génériques est un objectif qui s’inscrit depuis longtemps dans le Projet DNS, mais nous croyons également que le socle sur lequel appuyer cette initiative est le Protocole d’accord fondateur signé entre le Département et l’ICANN, stipulant que l’un des principes clés est la nécessité d’administrer le système d’adressage des noms de domaine sur Internet (DNS) de façon à permettre aux mécanismes du marché d’encourager la compétition et le choix des consommateurs en abaissant les prix, en promouvant l’innovation et en accroissant le libre choix et la satisfaction des utilisateurs. Donc, tout en reconnaissant les efforts déployés et le dur travail fourni par l’ICANN pour rédiger les documents actuellement soumis aux commentaires du public, la façon dont a été abordé et fixé le seuil à partir duquel les avantages potentiels dépassent les coûts potentiels pour les consommateurs n’est pas très claire. À ce propos, nous souhaitons attirer votre attention sur la nécessité, délibérée par l’ICANN lors de la réunion de son Directoire le 18 octobre 2006, de mener une étude économique pour affronter des questions telles que :
  • le marché de l’enregistrement des noms de domaine est-il un marché unique ou chaque extension de premier niveau fonctionne-t-elle comme un marché distinct ?
  • les enregistrements auprès de différentes extensions de premier niveau sont-ils substituables ?
  • quels sont les effets des coûts supportés pour passer d’un Registre à l’autre sur le comportement des consommateurs et sur l’évolution de la tarification ?
  • quels effets la structure du marché et la tarification ont-elles sur les nouveaux entrants ? et,
  • existe-t-il d’autres marchés confrontés à des problématiques semblables, et si oui, comment ces problématiques sont-elles traitées et par qui [sic] ?
L’ICANN doit donc mener cette étude économique et en soumettre les résultats à l’avis collectif avant d’introduire de nouvelles extensions génériques de premier niveau.

Le gouvernement des États-Unis reconnaît l’intention de l’ICANN de considérer attentivement les commentaires reçus durant cette phase et d’entreprendre des consultations ultérieures, y compris la révision des lignes directrices destinées aux candidats aux nouvelles extensions, avant d’introduire ces dernières. Sur ces bases, voici une liste de problèmes spécifiques dont nous pensons qu’ils devraient être résolus dans les documents actuels :
  • s’assurer que l’introduction d’un grand nombre potentiel de nouvelles extensions, y compris des extensions IDN, ne mette pas en danger la stabilité et la sécurité du DNS ;
  • revoir le processus d’approbation des nouvelles extensions, les lignes directrices pour les candidats et la proposition d’accord de Registre afin de :
    1. prendre en considération, autoriser les objections et conserver l’autorité nécessaire pour combattre tout effet néfaste sur l’écosystème concurrentiel susceptible d’apparaître en phase d’approbation des candidatures aux nouvelles extensions ou de renouvellement des contrats en découlant ;
    2. mettre en place des mécanismes compétitifs d’appels d’offres permettant de mettre en concurrence les opérateurs candidats pour qu’ils soient amenés à proposer des conditions de registre – y compris au niveau des engagements sur la qualité de service et les tarifs – susceptibles d’apporter des avantages aux consommateurs ; et
    3. imposer un plafonnement des tarifs ou d’autres conditions susceptibles de se traduire en avantages pour les consommateurs dans les cas où les mécanismes compétitifs d’appels d’offres ne limiteraient pas suffisamment la puissance de positionnement sur le marché des opérateurs de registre ;
  • démontrer que l’CANN a les capacités suffisantes pour faire respecter les conditions contractuelles avec un nombre encore indéfini de nouveaux cocontractants, spécialement à la lumière des questions encore en suspens relatives aux contrats actuels (tels que les avenants proposés aux Accords d’accréditation des Registreurs ou les problèmes concernant la fiabilité du système de reporting des données du WHOIS) ;
  • définir la façon dont l’ICANN conduira l’audit légal des candidatures, considérera les objections légales soulevées par des tiers, et dégagera sa responsabilité en assurant que le processus d’introduction des nouvelles extensions respecte toutes les législations compétentes, nationales et internationales, y compris les droits de propriété intellectuelle ;
  • se concentrer sur les fonctions techniques de coordination relatives à la gestion du DNS et non pas sur des aspects qui incombent plus spécialement aux gouvernements, telles que les questions d’attribution de moralité, d’ordre public ou les objections de la communauté en rapport avec les législations internationales sur les droits de l’homme. Les mécanismes proposés pour traiter ces problématiques sont inappropriés ;
  • créer un mécanisme apte à fournir une liste élargie de noms réservés pour les nouvelles extensions de premier niveau, et, selon les exigences, de noms relatifs aux infrastructures ou aux impératifs techniques ; et,
  • articuler un raisonnement clair autour de la structure tarifaire proposée, ainsi qu’un mécanisme transparent – incluant l’accord de la communauté – pour l’allocation des revenus excédentaires, s’il y en a, vu le statut de l’ICANN en tant qu’organisation à but non lucratif.

Le gouvernement des États-Unis partage l’engagement de l’ICANN pour promouvoir la compétition sur le marché des noms de domaine tout en assurant la stabilité et la sécurité d’Internet, et souhaite continuer à participer à ce processus de manière à ce que les préoccupations collectives de la communauté Internet soient prises en compte avant que l’ICANN ne s’engage à introduire de nouvelles extensions de premier niveau.
Et pour donner encore plus de force à son propos, cette lettre s'accompagne d'un avis de la Division Antitrust (Département de la Justice), signé Deborah A. Garza, qui émet deux recommandations spécifiques : [Début]

* * *

Extraits de l’avis de la Division Antitrust : les questions concurrentielles
Primo, l’approche générale de l’ICANN aux nouvelles extensions devrait être revue pour prendre davantage en considération les intérêts des consommateurs. L’ICANN devrait évaluer plus précisément le ratio inconvénients potentiels vs. avantages potentiels pour les consommateurs avant d’ajouter de nouvelles extensions ou de renouveler les accords de registre relatifs aux nouvelles extensions.

Secundo, le processus RFP et l’accord de registre proposé devraient contenir des mesures permettant à l’ICANN d’empêcher les nouveaux opérateurs de registre d'exercer un pouvoir de marché trop puissant. En particulier, l’ICANN devrait mettre en place des mécanismes compétitifs d’autorisation de nouvelles extensions et de renouvellements d’accords de registre par lesquels les opérateurs candidats sur les extensions génériques de premier niveau seraient mis en concurrence pour proposer des conditions de registre – y compris des barèmes tarifaires plafonnés – susceptibles d’apporter des avantages aux consommateurs.
J'aborderai donc de façon plus détaillée les questions concurrentielles dans un deuxième billet, et je conclurai en donnant mon avis, pondéré en fonction des éléments dont on dispose aujourd'hui. [Début]



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mercredi 17 décembre 2008

Noms de domaine : nouvelles extensions en 2009 - II

I. Coûts des nouvelles extensions
II. Combien de candidatures ?

Nous l'avons vu, l'ICANN prévoit de renflouer ses caisses à hauteur de 92,5 millions $, en tablant au minimum sur 500 candidatures (500 x 185 000 $), même si d'autres prévisions font état de 10 fois plus...

Or nous avons vu aussi, compte tenu des coûts "accessoires", qu'un ticket d'entrée aurait probablement une fourchette basse comprise entre 300 et 350 000 $, si tout se passe bien, avec ensuite, en étant très optimistes, des frais de gestion autour de 100 000 $ par an (les coûts de registre sont renouvelables chaque année), ce qui représente des sommes importantes. Pas pour tout le monde, certes, mais quand même !

Sans compter les aléas stratégiques pour les marques, dont le plus rédhibitoire est sans aucun doute que cette nouvelle extension ne se substituerait pas aux autres mais s'y ajouterait. Une nuance de taille, au sens où cela ne résoudra en rien les problèmes traditionnels de propriété intellectuelle (typosquatting & co.), et que toutes les marques devront continuer de se protéger comme si de rien n'était sur toutes les autres extensions (globalement, pas loin de 300).

À ce compte-là, le budget "noms de domaine" des marques risque vite de prendre des proportions considérables. Au point que seules certaines multinationales pourront se permettre un tel luxe !

Donc, pour en revenir à l'ICANN, si l'on fait le compte des candidatures actuellement déclarées, elles n'atteignent pas même la cinquantaine, et ce sont essentiellement des GeoTLDs, c'est-à-dire des extensions villes, régions, cultures, langues...


En France, nous avons par exemple les candidatures du .Paris et du .bzh pour la Bretagne.


Sous l'impulsion du .CAT catalan (24 000 noms de domaine enregistrés en un an), plusieurs extensions régionales ont décidé de se regrouper.

Mais l'histoire du .SCO, à l'heure où 59 % des écossais préféreraient un .SCOT, illustre bien les problèmes de trésorerie de toutes les villes et régions autres que Paris, Berlin ou New York...

Dans un message adressé à l'ICANN, SCO soulève plusieurs points, et notamment la question des coûts, en demandant un ajustement (de 185 000 $ à 50 000 $) et en proposant un plafond de 10 000 $ pour les coûts d'exploitation annuels de registre :
The draft guidebook states that the estimated application fee for a new gTLD will be (US)$185,000. We continue to work to ensure that a Scots community will be able to adequately meet this cost – but we are extremely concerned that this fee is very high for bidders for community/city TLDs.

In short, a community TLD will operate on a model which is considerably more restrictive than any open TLD and will have the overriding aim of serving their respective communities interest – not necessarily sell huge volumes of domains. We would propose that the application fee should be reduced (or at very least be reduced significantly for applications for community TLDs) in order to recognise their purpose as servants of their communities. To reflect this, an application fee for community applications that was closer to (US) $50,000 would be welcome.

dotSCO contends that application fee reduction is necessary if ICANN is to meet its aspirations for online communities to have a more democratic, global, multicultural and multilingual Internet.

The annual Registry ICANN fee of (US)$75,000 is a huge cost to a not-for-profit community registry that dotSCO is seeking to establish. A variable registry operation fee may be a more equitable way to operate the annual ICANN fee. Our proposal would be that community TLDs pay a small percentage of their annual surplus/profit to ICANN – up to a maximum ceiling of (US) $10,000 per year. Should a community TLD be taken up in large volumes (on a par with strings such as BIZ) then there may be a case for a revision of the annual fee beyond the (US) $10,000.
Comme quoi le problème des coûts reste sensible pour de nombreux candidats, et en ces temps de récessionite aiguë, l'ICANN ferait peut-être bien de ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre.

Car avec moins d'une cinquantaine de dossiers prévisibles, il ne lui reste plus qu'à trouver et motiver les 9/10e des candidatures manquantes... Pour ce faire, une opération de communication massive est prévue courant deuxième trimestre 2009, mais cela suffira-t-il ? Et en direction de qui ?

De fait, les extensions géographiques font partie de ce que j'appelle les extensions communautaires (“community-based”), l'un des deux types de nouvelles extensions génériques (gTLDs) définies par l'ICANN. Les autres étant les extensions ouvertes (“open”).

Dans le premier cas, seules des communautés clairement identifiées, établies et organisées pourront gérer ces domaines. Plusieurs types sont possibles, outre les communautés géographiques :

- des communautés industrielles (.car, .pharma, .sport, .bank, .hotel, etc.)
- des sociétés (Corporate ou Brand TLDs)

Dans le second cas, celui des communautés ouvertes, les extensions pourront être gérées par tout type de candidat. Exemple : .blog, .kids, etc.

Et dans les génériques, pourra-t-il y avoir des concurrents proches, du genre .kid et .kids (singulier, pluriel, masculin, féminin, IDNs, ...) ?

Apparemment, oui :


Perso, je trouve que la distinction n'est pas toujours évidente, voyez les .sport ou .hotel, par exemple, comment déterminer s'il s'agit d'une communauté ouverte ou précisément définie ? Et comment réagiraient les détenteurs de marques dont "sport" ou "hotel" est l'une des composantes de leur marque ?

On peut d'ores et déjà se poser d'autres questions : que se passera-t-il avec les extensions .xxx, .sex ou .porn, compte tenu des antécédents de l'ICANN, dont l'on peut gager qu'elles seront parmi les premières applications ?...

En outre, chaque candidat devrait être son propre registre (je mets ça au conditionnel car ça reste à voir, et j'imagine déjà que les registres et registrars actuels se frottent les mains pour sous-traiter leurs compétences techniques à des candidats qui ne sauront même pas par où commencer...), et il y aura des registres ouverts et fermés. Ouverts lorsque le domaine sera disponible à l'enregistrement des déposants lambda, fermés lorsque le domaine ne sera réservé qu'à la communauté de référence.

Vous le voyez, le pari de l'ICANN est très très ambitieux, trop peut-être. Personnellement, je pense qu'ils ont placé la barre trop haut et que le gros du marché "naturel" de l'ICANN dans les nouvelles extensions, à savoir les entreprises, pourraient ne pas suivre. À moins que l'ICANN ne cherche vraiment à mettre en place une politique raisonnable, où les nouvelles extensions ne s'ajouteraient plus, mais remplaceraient les extensions existantes.

Faute de quoi toute cette histoire pourrait bien n'être qu'un coup dans l'eau. À moins que l'ICANN ne réduise ses prétentions...



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mardi 16 décembre 2008

Noms de domaine : nouvelles extensions en 2009

I. Coûts des nouvelles extensions
II. Combien de candidatures ?

En juin dernier à Paris, l'ICANN annonçait le lancement de nouvelles extensions, en prenant par surprise les internautes du monde entier. Car si les observateurs s'attendaient grosso modo à un millier d'extensions, l'ouverture potentielle à un nombre "infini" de suffixes avait de quoi surprendre. Sans oublier que les IDN étaient inclus.

L'ICANN précisait le jour même qu'elle prévoyait de recevoir les premiers dépôts de candidature au second trimestre 2009.

Des lignes directrices étaient publiées en octobre, accompagnées de "notes explicatives" sur les différentes étapes et les coûts probables. Ces notes ont ensuite été soumises aux commentaires du public, jusqu'à hier.

Commence donc maintenant la phase de rédaction de la version définitive du guide d'application des candidatures, censé tenir compte des différents commentaires.

Concernant les coûts prévisibles des nouvelles extensions, dans un premier temps, l'ICANN a arbitrairement fixé à 185 000$ le seul coût d'évaluation de chaque candidature, ainsi réparti :
Le processus d’évaluation a ainsi été divisé en 6 phases, 24 étapes principales et 75 tâches distinctes. Vingt-sept résultats possibles différents ont été identifiés dans le processus de candidature ; ont également été évalués les probabilités d’atteindre chacun de ces résultats, ainsi que leurs coûts associés. Il est vraisemblable que ce type d’estimations détaillées fournisse un degré d’exactitude supérieur aux estimations générales résumées.

L'ICANN s'attend à recevoir 500 candidatures dans un premier temps :
Cette hypothèse de volume se base sur plusieurs sources, notamment le rapport d’un économiste consultant, des estimations publiques disponibles sur le Web, des commentaires oraux formulés lors de réunions publiques ainsi que des commentaires confidentiels émanant d’acteurs du secteur.
Tout en précisant :
Si le nombre réel de candidatures s’avère nettement inférieur à 500, il existe un risque financier pour l’ICANN de ne pas recouvrer les coûts de développement du programme ou les dépenses prévues pour la première session. Une prévision de dépenses plus élevées pourrait entraîner par ailleurs un coût par candidature supérieur au coût estimé.
Donc, approximativement 185 000 $...

Décomposés de la manière suivante : 25 000 $ au titre des frais déjà supportés par l'ICANN dans cette affaire, 100 000 $ pour les frais fixes d'évaluation, et 60 000 $ pour les frais variables.

Si tout va bien. Pour 80% des dossiers selon l'ICANN, qui prévoit aussi que 20% des candidatures devront faire l'objet de vérifications approfondies, auquel cas la note s'alourdira.


Parmi ces 20%, 40% pourraient être soumises à des litiges :


ou des objections techniques :


Différents coûts seraient donc à prendre en considération : 50 000 $ pour la revue des services de registre, 5 000 $ par résolution de litige, entre 40 000 et $130 000 $ en cas de mise aux enchères, etc.

Et enfin, cerise sur le gâteau, il y aura les coûts annuels de registre : 75 000 $ au bas mot, et plus si 5% du volume des enregistrements générés avec la nouvelle extension dépasse ce chiffre. Coûts renouvelables chaque année...
Donc si tout va bien, sans objections ni problèmes d'aucune sorte, un candidat aux nouvelles extensions paiera 260 000 $ sur la première année.
Mais comme il est difficile qu'un candidat réunisse en son sein toutes les compétences nécessaires, il pourrait être obligé de faire appel à des consultants externes qualifiés : par exemple, TLD Managers propose ses services pour 10% du montant du dossier. Calculez vous-mêmes...

Ainsi, en incluant les petits à-côtés, nous pouvons vraisemblablement avancer une fourchette basse comprise entre 300 et 350 000 $ pour la mise en place d'une nouvelle extension et son exploitation durant la première année. Si tout se passe bien, répétons-le !

Combien de candidatures ?

Nous l'avons vu, l'ICANN table sur 500 candidatures, j'y reviendrai dans un deuxième billet...



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vendredi 14 novembre 2008

Fin du Domain Tasting !


English version

En juin dernier, l'ICANN a décidé de mettre un frein au tasting (ou kiting, si vous préférez) en approuvant l'application de sa commission de 0,20 cent par nom enregistré, même s'il était supprimé durant l'AGP.

Ça n'a l'air de rien, 0,2 cent, mais sur plus d'1,25 milliard de domaines testés durant la période des « trois glorieuses » (juin 2005 - juin 2008), cela aurait représenté des recettes supplémentaires dépassant 250 millions de $ pour l'ICANN !

Bon, ça reste théorique, puisqu'en fait l'ICANN a introduit cette mesure en juin, et de juin à juillet 2008, le tasting a baissé de 84% sur le .COM, et de +85% sur le .NET !!! Il est même probable que ça s'est réduit à peau de chagrin depuis, nous le saurons lors des prochains rapports publiés par Verisign. En tout cas, celui de juillet est très clair, puisque l'on est passé d'un mois sur l'autre de 17 598 456 à 2 733 911 domaines testés. Sans compter que les registres ont jusqu'en mars 2009 pour mettre en place cette mesure. La phase des commentaires est d'ailleurs encore en cours, jusqu'à jeudi prochain (via Stephane Van Gelder).

Il aura donc fallu trois ans et demi pour résoudre ce problème, durant lesquels les "testeurs" s'en sont mis plein les poches ! (billet expliquant dans le détail le fonctionnement du tasting et donnant une idée des enjeux financiers énormes)...

Mais puisqu'un graphique vaut plus que mille mots :-)


On voit bien que ça part tout doucement fin 2004, époque à laquelle Bob Parsons avait dénoncé cette pratique, pour progresser discrètement en 2005 (141 598 850 domaines testés), prendre un régime de croisière en 2006 (399 632 387 domaines testés), connaître l'apothéose en 2007 (596 871 580 domaines testés), puis retomber enfin durant le premier semestre 2008 (115 560 938 domaines testés) jusqu'au brusque coup d'arrêt de juillet, suite à la décision "historique" de l'ICANN.

Ceci dit, de janvier 2005 à Juin 2008, 1 253 663 755 domaines ont été testés, avec les moyennes mensuelles suivantes :
  • 11 799 904 domaines/mois en 2005
  • 33 302 699 en 2006
  • 49 739 298 en 2007 !
  • 19 260 156/mois sur le premier semestre 2008

Voici les chiffres en détail, repris sur les rapports de Verisign pour les .COM et les .NET :


Le pic a été atteint en juillet 2007, avec 62 488 234 domaines testés dans le mois !

Il semblerait donc aujourd'hui que cette pratique soit sur le point de disparaître, encore un sujet qui finira dans les livres d'histoire d'Internet, où l'on désignera 2007 l'année du Domain Tasting : presque 600 millions de domaines testés sur 12 mois !



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R.I.P Domain Tasting!

R.I.P Domain Tasting!

French version

On January 29th, 2008, Jay Westerdal said Domain Tasting will die in 2008! Well said, Jay!

Now with domain tasting down 84% on dot-com since ICANN implemented its 20 cent fee, and a percentage drop over 85% on dot-net, this time Domain Tasting will definitely end, as we can see it on the diagram below:


And here are the detailed figures according to Verisign monthly reports:


Note the peak of more than 60 million tasted domains in July 2007, and globally more than 1,25 billion drops during 3 years and a half.

With the success of the new ICANN policy aiming to end domain tasting, each registrar will have a testing limit of drops in the AGP and won't be able to claim refunds on domains less than 5 days old if the claim is for 50 domains or more than 10% of the registrar's monthly registration volume, whichever is greater.

According to ICANN:
Beginning on [1 March 2009], Operators may no longer provide refunds to Registrars for AGP deletes that exceed the threshold limits set by the Policy unless an exemption has been granted by an Operator. The Operator will be responsible for payment of registry-level fees to ICANN for any transactions that do not result in a refund of the registration fee.




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lundi 4 août 2008

DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

Première partie
Deuxième partie
Troisième partie :

Nous avons vu dans les épisodes précédents que le Département du Commerce des États-Unis, qui supervise la gestion des serveurs racines du DNS (sans autres précisions) depuis le 28 janvier 1998, vient de taper très fort sur les doigts de l'ICANN, via la NTIA, en accusant carrément l'ICANN d'avoir failli - gravement - à certaines de ses obligations :
- Le DoC estime que l'ICANN se trouve aujourd'hui dans cette situation (suite au désastre RegisterFly) pour n'avoir pas su faire activement respecter les mesures existantes visées dans l'accord d'accréditation des Registres - RAA (version actuelle, qui remonte à mai 2001).

- Les nouvelles propositions d'amendements de l'ICANN, au lieu de remédier à la situation, auront plutôt comme effet d'exacerber le problème que l'ICANN se propose de résoudre, à savoir la protection des déposants de noms de domaine.

- Le DoC est préoccupé par ces propositions d'amendements pour plusieurs raisons :

1. sur le WhoIs, elles contreviennent aux recommandations émises par le Comité consultatif gouvernemental (Governmental Advisory Committee - GAC). (...) Par conséquent, poursuivre dans cette voie et autoriser l'utilisation de services proxy, tel que proposé aux paragraphes 3.4.1 et 3.12.4, est inopportun, étayé par aucune étude sérieuse sur les utilisations - bonnes et mauvaises - des données du WhoIs (contrairement aux demandes du DoC sur la nécessité de mener ce genre d'étude, demandes soumises à l'ICANN en octobre 2007, février et juin 2008), et incompatible avec les principes du GAC.

2. De plus, l'autorisation par l'ICANN de la mise en œuvre des mesures proposées serait en contradiction directe avec l'Affirmation de responsabilités approuvée par son Directoire le 25 septembre 2006...

3. L'ICANN a enfin proposé aux registreurs ... de ne pas faire conserver les données des déposants par un tiers de confiance : une mesure qui dégage de toute responsabilité l'ICANN et le registreur concerné en cas de faillite de ce dernier ou de mauvaise utilisation des données. En revanche, le déposant du nom de domaine qui aura payé un supplément pour utiliser un service proxy perdra son argent et son enregistrement sans aucun recours. Ce qui perturberait le DNS et les systèmes dépendant du fonctionnement ininterrompu du DNS pour les opérations associées à ces domaines.
Une lettre reproduisant le commentaire de la NTIA, publiée juste après le précédent coup de semonce, par lequel le DoC indiquait à l'ICANN n'avoir aucune intention de transférer la gestion des serveurs racines à l'ICANN, en apparente contradiction avec les engagements pris par le gouvernements des États-Unis depuis une décennie.

Donc, si la seconde lettre explique la première (judicieusement intitulée : améliorer la confiance institutionnelle en l'ICANN...), elle ne manque pas non plus de soulever une série d'interrogations et de perplexités sur la transition du DNS à l'avenir, puisque toute cette histoire semble remettre en question 10 ans de "progrès" vers une gouvernance "plurielle" de l'Internet (sans spécifier ce que l'on met au-dedans de "plurielle")...

Maintenant, que cache réellement ce coup de tonnerre dans un ciel apparemment serein (jusqu'à présent, il ne me semble pas que les relations DoC-ICANN aient été si mauvaises au fil des ans), c'est loin d'être clair.

Et justifier que la gestion du DNS doive rester sine die aux mains du DoC en accablant soudainement l'ICANN de tous les maux ressemble plutôt à une tentative de cacher la merde au chat !

Quoi qu'il en soit, pour avoir osé peut-être un peu trop vite réclamer davantage de liberté, la position de l'ICANN me semble aujourd'hui des plus précaires, la gouvernance de l'Internet mise sur une voie de garage et la gestion du DNS verrouillée pour une durée indéterminée aux mains des États-Unis. Car si l'ICANN n'est plus à même d'être choisie pour gérer la transition au moment-même où celle-ci devrait finalement avoir lieu, qui le sera, comment, et quand ?

Le DoC peut bypasser l'ICANN au profit de Verisign, mais pour combien de temps ? Allez, on en reprend pour 10 ans...

Laissez-moi terminer sur cette citation :
The Internet does no longer need the U.S, the U.S needs the Internet.


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dimanche 3 août 2008

DNS : transition, pas transition, that is the question !

DNS : transition, pas transition, that is the question !

[MàJ - 17h30'] Entre la NTIA et l'ICANN, le torchon brûle...

* * *

Dès le "livre blanc" sur le DNS de 1998, la NTIA prend en compte la transition de la gestion du DNS aux mains du secteur privé, à tel point que la dernière section du document s'intitule :
THE TRANSITION

Based on the processes described above, the U.S. Government believes that certain actions should be taken to accomplish the objectives set forth above. Some of these steps must be taken by the government itself, while others will need to be taken by the private sector. (...) A relationship between the U.S. Government and the new corporation must be developed to transition DNS management to the private sector and to transfer management functions.
C'était il y a 10 ans.

Une transition apparemment jamais remise en cause jusqu'à présent, puisque la NTIA lançait une consultation sur le sujet il y a deux ans, à la veille du renouvellement du protocole d'entente (Memorandum of Understanding - MoU) entre l'ICANN et le Department of Commerce (DoC) des États-Unis :
The United States Department of Commerce’s National Telecommunications and Information Administration (NTIA) seeks comment on the continuation of the transition of the technical coordination and management of the Internet domain name and addressing system (Internet DNS) to the private sector.
Ce dont se félicitait Nominet il y a encore 6 mois :
It is clear that an eventual transition to private sector management was envisaged at that time (1998). From more recent public statements made by Department of Commerce senior officers, this appears unchanged.
Une position apparemment intacte jusqu'au revirement de situation de la semaine dernière ! Dont la violence et la soudaineté prennent tout le monde à contre-pied, me semble-t-il, aussi bien l'ICANN que les instances internationales (telles que la Communauté européenne, par exemple).

Alors pourquoi ce changement brusque ? Et pourquoi remettre en question de façon si brutale et unilatérale 10 ans de chemin parcouru dans le sens d'une transition souhaitée et souhaitable ? Je suppose qu'il est encore trop tôt pour que les premières réactions soient rendues publiques (même si ça doit s'agiter dans les couloirs), mais j'ai bien l'intention de suivre tout ça très attentivement.

En attendant je ne peux que m'interroger sur la légitimité du DoC de prendre unilatéralement, et avec tant d'arrogance, ce genre de décision.

Permettez-moi d'abord de répéter - et traduire, cette fois -, le dernier paragraphe de la lettre NTIA :
Le DoC croit fermement qu'il est important de préciser que nous n'avons engagé de discussions avec aucune des parties prenantes pour modifier les rôles respectifs du DoC, de l'ICANN ou de VeriSign au niveau de la gestion de la zone racine, pas plus que nous n'avons l'intention d'entreprendre de telles discussions. Conformément aux déclarations publiques faites par le gouvernement des États-Unis dès 2000, renforcées par le document de 2005 intitulé U.S. Principles on the Internet's Domain Name and Addressing System, le DoC, tout en restant ouvert à la mise en place de mesures opérationnelles efficaces pour répondre aux exigences légitimes des gouvernements en matière de politiques publiques et de problèmes de souveraineté liés à la gestion de leurs extensions pays, ne prévoit pas de transférer à l'ICANN la gestion et l'autorité sur la zone racine de l'Internet, tel que suggéré dans les documents du PSC.
C'est clair et net ! Non seulement nous n'avons engagé aucune discussion avec qui que ce soit, mais nous n'avons pas même l'intention de le faire...

Or dans la mesure où cette transition de la gestion du DNS aux mains de l'ICANN était prévue depuis 10 ans et même inscrite dans les fondements de sa mission (In the Statement of Policy, the DOC stated its intent to enter an agreement with a not-for-profit entity to establish a process to transition current U.S. Government management of the DNS to such an entity...), on ne peut que se demander quelles sont aujourd'hui la nature et la raison d'être de l'ICANN !

Le président de l'ICANN doit se le demander également, puisque Peter Dengate Thrush a eu beau rappeler dès janvier les termes mêmes du "livre blanc" :
The U.S. Government is committed to a transition that will allow the private sector to take leadership for DNS management…The U.S. Government would prefer that this transition be complete before the year 2000. To the extent that the new corporation is established and operationally stable, September 30, 2000 is intended to be, and remains, an "outside" date.
et qu'il y a eu pas moins de 13 rapports d'étapes en 9 ans sur les responsabilités contractées par l'ICANN et sur sa capacité à y faire face, il conclut par deux questions clés :
1. Is Transition still the goal?
2. What is the next step to transition?

(La transition est-elle encore le but, et quelle sera la prochaine étape ?)
en interpelant directement le gouvernement US :

- depuis 10 ans, nous avons rempli les missions que vous nous aviez confiées ;
- au terme de cette période et au terme du Joint Project Agreement de 2006 (ou accord conjoint de projet), sur le postulat de cette réussite, la gestion du DNS devait être transférée à l'ICANN :
The U.S. Department of Commerce (Department) has an agreement (the Joint Project Agreement) with the Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) for the purpose of the joint development of the mechanisms, methods, and procedures necessary to effect the transition of Internet domain name and addressing system (DNS) to the private sector.
Le JPA était un instrument nécessaire, mais maintenant, faute de conclusion, il risque laisser croire que c'est le gouvernement US qui gère et supervise le DNS au jour le jour :
But now, the JPA contributes to a misperception that the DNS is managed and overseen on a daily basis by the U.S. government.
Donc, en fait, la fin de non-recevoir opposée par la NTIA dans sa lettre répond sèchement aux deux questions posées par Peter Dengate Thrush, mais pas forcément dans le sens auquel on aurait pu s'attendre après 10 ans de cheminement.

Marche arrière, toute ! Sur quels motifs ? Avec quelle légitimité ? Déjà que dans cette histoire la légitimité de l'ICANN et du gouvernement américain est fortement contestée depuis le début, c'est pas la réponse de la NTIA qui va aider à clarifier les choses !

Dès 1999, lors d'une audition devant le Comité en charge du Commerce de la Maison Blanche, Jonathan Zittrain concluait ainsi son discours :
L'ICANN a hérité d'une situation extraordinairement difficile, où tout le monde en attend beaucoup alors qu'elle n'a qu'une infime marge de manœuvre sur les prises de décision.

ICANN has inherited an extraordinarily difficult situation, with high expectations all around, and with almost no discretionary room to move.
Et de mentionner trois alternatives possibles en cas d'échec de l'ICANN :
  1. Une nouvelle entité "fille de l'ICANN" chargée d'améliorer les points où l'organisation aurait failli - option jugée peu probable ;
  2. Une entité intergouvernementale, compte tenu de la nécessité pour le gouvernement US de ne plus faire bande à part (It is hard to imagine the U.S. government alone trying to continue domain name system management responsibilities for the very reasons stated in the White Paper) ;
  3. Laisser faire le marché (a battle would be fought by existing market players for control of the current root) - option tout à fait irréaliste aujourd'hui...
Donc, sur ces trois options, seule la seconde pourrait éventuellement être parcourue, puisque les deux autres n'ont plus absolument aucun sens.

Mais soit que l'on reconnaisse la réussite de l'ICANN et que le Doc lui transfère la gestion du DNS, soit que l'on reconnaisse son échec et qu'on opte pour la création d'une entité de gestion intergouvernementale (et inter-gouvernements), la conclusion est la même : le gouvernement des États-Unis ne peut plus faire cavalier seul !

Ou comment justifieraient-ils qu'après avoir dit et répété à maintes reprises la même chose pendant 10 ans, ils changent brusquement d'avis et décident unilatéralement d'étendre leur emprise sur Internet à la face du monde ?

Bof, apparemment, ils ne daignent même pas justifier leur revirement, la lettre NTIA en témoigne, qui dit juste entre les lignes : c'est comme ça, et pas autrement ! Même si...

Comme dit Martin, les bras m'en tombent. :-)

Pourtant s'ils ne comprennent pas seuls qu'ils ne pourront longtemps soutenir une telle position, intenable (y compris légalement), il faudra quand même bien que quelqu'un le leur dise et leur explique avec vigueur. Nous verrons. Notamment les réactions de l'Union européenne.

En tout cas, le dossier sera chaud pour le prochain Président des États-Unis...


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P.S. Rien ne va plus entre la NTIA et l'ICANN : suite au désastre RegisterFly, la réponse de la NTIA est franchement hostile vis-à-vis de l'ICANN, en se terminant sur cette phrase :
This will cause disruptions to DNS and those systems that depend upon the DNS’s continued uninterrupted operation associated with those domains.
Ceci explique cela ? Quoi qu'il en soit, cette lettre apporte des éléments de réponse à la remise à plat probable des relations NTIA - ICANN... [Début]

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