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mercredi 25 juin 2008

ICANN et domain tasting

ICANN et domain tasting

Après mon premier volet sur la désinformation d'un journalisme caricatural, carrément démenti par l'interviewé lui-même, venons-en à des choses plus sérieuses puisque c'était hier que l'ICANN affrontait le problème du domain tasting et des abus caractérisés de l'AGP.

J'ai déjà consacré de nombreux billets à ce sujet, dont je rappelle brièvement que le principe consiste :
à enregistrer des domaines, à les tester pour voir leur potentiel en navigation directe (tasting), à les monétiser s'ils valent la peine (kiting) et à les rendre de nouveau disponibles à l'enregistrement dans le cas contraire. Sans rien payer, bien sûr, dès lors qu'ils sont restitués durant les cinq premiers jours...
Ces 5 jours correspondent à la "période de grâce" (Add Grace Period, AGP pour les intimes), et c'est l'un des deux piliers sur lesquels s'appuie le "domain tasting" ; l'autre étant les Adsense, puisque c'est grâce aux revenus Adsense générés durant ces 5 jours que les spéculateurs peuvent estimer si un domaine sera rentable ou non. Sur le graphique suivant, la flèche rouge en bas à gauche indique à quelle étape du cycle de vie d'un nom de domaine intervient ce processus :


Je répète le graphique car c'est important pour bien comprendre, vu que même le document traduit en français par l'ICANN sur la monétisation des noms de domaine prête à confusion, en rendant l'AGP par période de rédemption, alors que ça n'a rien à voir puisque la RGP (Redemption Grace Period) correspond à un moment différent du cycle de vie d'un domaine, c'est-à-dire à l'avant-dernière étape avant qu'un nom ne puisse être de nouveau disponible à l'enregistrement public, tel qu'indiqué sur le graphique.

Nous avons vu aussi que ce bidonnage de très grande ampleur était surtout le fait de trois registreurs :
  • Capitoldomains, LLC
  • Domaindoorman, LLC
  • Belgiumdomains, LLC
impliqués pratiquement depuis le début, et responsables de près de 3/4 des domaines "testés", selon Jay Westerdal :
...d'après des données internes, ces trois registrars sont responsables de 72,5% de l'ensemble des domaines testés au cours des 6 derniers mois (soit 185 650 068 sur 255 212 260 domaines testés).
Or les temps changent. Car si l'on regarde le dernier rapport mensuel de Verisign disponible à ce jour, on s'aperçoit vite qu'il y a un furieux turnover autour des effacements de domaines avant le terme de l'AGP.

En outre, depuis leur interdiction de tasting par le tribunal, les 3 compères ci-dessus ont été vite remplacés par de nouveaux entrants. Ça va, ça vient au gré des mois. Toutefois, si l'on compare sur un an, on voit que le phénomène semble régresser : les données de mars 2008 ne sont pas encore disponibles, mais la comparaison d'une année sur l'autre (uniquement sur les .COM) donne 52 119 513 domaines testés en février 2007, contre 15 804 124 en février 2008, soit une division par 3 !


Voir ce document détaillé sur les 10 plus gros testeurs en 2007 pour mieux comprendre. Autre chose étrange, le mois dernier, le 11e était Network Solutions, mais c'est peut-être lié à ses pratiques de front-running, auxquelles il s'est engagé à mettre un terme (avec un peu d'hypocrisie quand même...), si l'ICANN met un frein au tasting.

Comment ? En appliquant sa commission de 0,20 cent par nom enregistré même s'il est supprimé durant l'AGP.

À observer également que parmi les autres registreurs de la liste, sont nommément désignés comme spammeurs des noms aussi connus qu'eNom et Moniker, ce qui m'étonne quand même un peu...

En tout cas, ce qui est clair, tout au moins pour moi, c'est que la résolution du tasting n'est en rien un problème technique, mais plutôt politique et au final, tout simplement, de volonté. Donc demain le budget de l'ICANN sera voté en intégrant probablement la commission de 0,20 cent, même si l'ICANN nous prévient sobrement :
Il n’est pas certain que cela aboutira à la disparition de la pratique de l’essai de domaines, mais cela devrait au moins avoir le mérite de l’atténuer.
Donc ajoutez dans un tel contexte le déploiement des IDN et la libéralisation des nouvelles extensions, et vous finissez par obtenir ... un beau bordel !


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1 commentaire:

Frischi a dit…

En fait, et ce n'est définitivement pas la première fois, l'ICANN fais des annonces mais rien n'est fait.
Le petit groupe est véritablement extrêmement puissant mais n'a pas beaucoup de crédibilité, notamment parce qu'il est très très influençable.
Les grandes multinationales ne voient pas forcement d'un très bon œil cette multiplication des domaines, et il est assez probable qu'ils appuie sur la marche arrière eux même assez rapidement.

Quoi qu'il en soit, je suis définitivement moins inquiet que vous, même si ce phénomène se poursuit jusqu'à son arrivée...

En gros, internet c'est le bordel depuis le début et si tout le monde s'y met un peu (je trouve que actuellement c'est le cas, c'est même au cœur de mes réflexions sur mon blog).

Rangeons l'internet!