samedi 21 juin 2014

Lettre ouverte à Marcelle Padovani

[Mise à jour - Mai 2022 : huit ans ont passé, mais Padovani, imperturbable, persiste à raconter ses balivernes et signe...]

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Pour celles et ceux qui l'ignorent, Marcelle Padovani est une journaliste française qui connaît bien l'Italie, envoyée du Nouvel Obs qui s'est occupée, en son temps, de mafia. Elle a notamment eu son heure de gloire avec des interviews, dont l'une avec Leonardo Sciascia, mais surtout à la suite d'un entretien historique que Giovanni Falcone lui avait accordé, qui a donné le livre "Cose di Cosa Nostra", publié en 1991.

Et comme l'a justement observé dans une interview récente Nicola Gratteri, l'un des magistrats de pointe de la DDA déjà pressenti pour être Ministre de la Justice, apparemment elle en est restée là !

Pour autant, du fait que son livre-interview est considéré comme le testament spirituel du juge, assassiné le 23 mai de l'année suivante, cette année Marcelle Padovani a été invitée par l'ANM pour commémorer le 22e anniversaire du carnage de Capaci.


C'est donc dans la salle d'honneur de la Cour d'Appel de Palerme que Mme Padovani est intervenue devant un parterre impressionnant de personnalités, de juges, d'autorités, et tout ce que vous voulez, pour prononcer un discours que je qualifierais d'un simple euphémisme : embarrassant ! Où elle mêle évidences et inepties avec l'assurance obtuse que seuls peuvent avoir celles et ceux qui osent faire parler - ou agir, pire encore ! - les morts sans leur demander leur avis (de toutes façons, ils ne sont plus là pour confirmer ou infirmer)...

En toute subjectivité, certes, mais quand même : « Ne sous-estimez pas ma subjectivité », prend-elle soin de prévenir ... tout en évitant soigneusement de citer un seul argument de poids pour étayer ses propos, certainement bien formulés, mais surtout gratuits et basés sur du vent à l'épreuve des faits.

La question centrale de l'intervention est l'héritage de Giovanni Falcone : « Que penserait Giovanni Falcone à présent ? Personne ne peut le dire. »

Je passe directement à la partie qui m'intéresse, à savoir la conclusion du discours :
« Me voici sur le point de conclure, mais non sans affronter, même en sachant que cela ne manquera pas de faire débat, l'évolution du rôle des magistrats antimafia au cours des vingt dernières années. Hier il est vrai que Falcone était un juge réellement isolé, mais aujourd'hui, nombre de ses confrères, qui se prétendent aussi en proie à l’isolement, s'avèrent être bien plus proches de la politique et sujets aux conditionnements des médias de masse. De fait, ils s’offrent souvent à une médiatisation extrême de leurs comportements et de leurs états d’âme et, anxieux de se mettre en avant, se laissent prendre la main en contribuant à élaborer une autoreprésentation sacrificielle de leur propre rôle. Concrètement, ils sont devenus les nouveaux protagonistes de l’antimafia, tels que je me suis permis de les définir. En alimentant chez les mêmes médias auxquels ils s'offrent la tendance à broder et à supposer, voire à ourdir trames, complots et coulisses improbables qui n'ont le plus souvent que de lointains rapports avec la réalité. Un peu comme si, faute de matière première, maintenant que nous savons tout ou presque tout sur les mafias, leurs modes de recrutement, leurs « valeurs », leur organisation et leurs règles, ils ne parviennent plus à faire la une des journaux sauf à donner libre cours à leur fantaisie.
Ainsi je voudrais conclure en évoquant l'abîme qu’il y a, selon moi, entre ce genre de « protagonistes de l’antimafia » et la personne de Giovanni Falcone. Lui qui était un magistrat consciencieux et pragmatique, sans aucune idéologie, attaché à vérifier les confessions des repentis dans leurs moindres détails, qui se vantait de n'avoir jamais dû remettre en liberté quelqu’un qu’il avait arrêté, il est probable qu’aujourd'hui il serait surpris d'entendre parler de ce soi-disant « pacte » état-mafia. Mon sentiment – même si j’y mets toute ma subjectivité – est que jamais Falcone ne se serait lancé dans une enquête ni un procès de ce genre. Et, surtout, qu'il n’aurait pas considéré ce « pacte » comme un crime en soi. Il se sentirait sûrement plus proche des thèses d’un juriste tel que Giovanni Fiandaca, tant il était convaincu qu’on combat la mafia aussi en s’y infiltrant, y compris en lui cédant certaines informations pour en obtenir d’autres ou pour éviter des assassinats, comme cela est d’usage dans le monde entier lorsqu’on lutte contre la criminalité organisée. En bref, je crois qu’il aurait envisagé de poursuivre d’éventuels crimes concrets dont auraient pu se rendre coupables ceux qui sont aujourd'hui accusés d'avoir pactisé avec la mafia mais qu'il n'aurait pas qualifié ce pacte de crime en soi. Mais là encore intervient, répétons-le, toute ma subjectivité. »
 
Italien : 
(Ma vorrei avviarmi alla mia conclusione e non posso, anche se so che provocherò qualche polemica, non affrontare l’evoluzione del ruolo del magistrato antimafia da vent’anni a questa parte. Se ieri Falcone era davvero un magistrato solitario, oggi parecchi suoi colleghi, pur sostenendo di essere come lui isolati, si rivelano invece molto più vicini alla politica e condizionati dai mass media. Si sono spesso offerti, infatti, alla mediatizzazione estrema dei propri comportamenti e stati d’animo. Si sono lasciati prendere per mano dal protagonismo e spesso hanno contribuito a costruire un’autorappresentazione sacrificale del proprio ruolo. Diventando, in pratica, quelli che mi sono permessa di definire dei nuovi protagonisti dell’Antimafia. Alimentando negli stessi media cui offrono se stessi la tendenza a ricamare ed a supporre, quando non a costruire trame e complotti o retroscena che spesso non hanno che un rapporto lontano con la realtà. E' come se in mancanza di materia prima, oggi che sappiamo tutto o quasi tutto delle mafie, dei loro meccanismi di reclutamento, dei loro “valori”, della loro organizzazione e delle loro regole, loro non riuscissero a rimanere in prima pagina se non scivolando nella fantasia. 
Concluderei evocando dunque l’abisso che secondo me esiste fra i “protagonisti dell’Antimafia” di questo tipo e la persona di Giovanni Falcone. Lui che era un magistrato scrupoloso e pragmatico, assolutamente non ideologico, attaccato alla verifica di ogni dettaglio per esempio delle confidenze dei pentiti, lui che si vantava di non aver mai dovuto rimettere in libertà un suo arrestato, probabilmente si stupirebbe oggi di sentir parlare della cosiddetta “trattativa”. La mia convinzione – ma qui interviene la mia soggettività – è che Falcone non avrebbe mai avviato un’inchiesta ed un processo di questo genere. E che soprattutto non avrebbe considerato la “trattativa” come un reato in sé. Si sentirebbe dunque più vicino alle tesi di un giurista come Giovanni Fiandaca, convinto com’era che la mafia la si combatte anche infiltrandola, anche cedendogli delle informazioni per ottenerne altre o per evitare degli assassini, come si fa in tutto il mondo quando si lotta contro il crimine organizzato. Insomma credo che avrebbe pensato a perseguire gli eventuali delitti concreti dei quali potrebbero essersi macchiati coloro che sono accusati oggi di essere dei “trattativisti”, ma che non avrebbe incoronato la trattativa come delitto in sè. Ma qui, ripeto, interviene ovviamente la mia soggettività.)
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L'ensemble de cette citation me touche au plus haut point, et je vais tenter d'expliquer clairement pourquoi. Il va sans dire que la conception que j'ai de l'Italie est diamétralement opposée à celle de Mme Padovani, tout au moins de ce qui ressort des lignes qui précèdent. Mon intervention s'articulera autour des sections suivantes :
  1. Préambule terminologique
  2. Les professionnels de l'antimafia
  3. Les thèses de Giovanni Fiandaca
  4. L'autoreprésentation sacrificielle des juges
  5. Conclusion

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1. Préambule terminologique

Avant de déployer mon raisonnement, je dois préciser deux aspects terminologiques importants, concernant les termes italiens "trattativa" et "reato", et mon choix de les traduire respectivement par "pacte" et "crime".

Habituellement, dans les dictionnaires, "trattativa" se traduit par "négociations" ou "pourparlers", deux termes plutôt neutres en français, en ce sens que des négociations autant que des pourparlers peuvent déboucher sur rien ou n'importe quoi. Or le résultat de ces négociations/pourparlers entre [certains représentants de] l'état italien et la mafia a bien été la conclusion d'un "pacte" - et même plusieurs... - entre les parties prenantes.

Comme on dit parfois dans les contrats, le singulier vaut le pluriel et vice-versa : à chaque fois que j'écris "pacte" le lecteur pourra également interpréter "pactes" sans que ça ne change rien à l'affaire.

Qui plus est il ne s'agit pas d'un pacte "présumé" ("presunta trattativa") mais bien d'un fait acquis et officiellement reconnu dans plusieurs arrêts qui ont désormais l'autorité de la chose jugée :

- arrêt de la Cour d'Assises de Florence, du 6 juin 1998 :
Les témoins ont déclaré expressément que la partie mafieuse négociant le pacte était représentée par les corléonais, ou plutôt, directement par Riina. Brusca a confirmé que Riina lui avait personnellement parlé du pacte. 
[I] testi hanno espressamente dichiarato che la controparte mafiosa della trattativa erano i “corleonesi”; anzi, direttamente Riina. Brusca ha confermato che della trattativa gli parlò personalmente Riina.
- pourvoi en appel devant cette même Cour d'Assises de Florence, arrêt du 13 février 2001 :
Le pacte en cours de négociation, d'après Brusca, entraîna la suspension du programme d'attentats qui avait déjà été décidé et planifié après la réaction de l'état aux tueries Falcone & Borsellino, puisque Riina imposa de stopper toute autre action criminelle déjà prévue. 
La trattativa in corso, a sentire il Brusca, comportò la sospensione del programma stragista che era stato già deciso e programmato dopo la reazione dello Stato alle stragi Falcone e Borsellino giacché il Riina impose il fermo ad ogni azione criminale già congegnata.


- dix ans plus tard, toujours la Cour d'Assises de Florence, dans le procès Tagliavia (5 octobre 2011) :
« il est indubitable qu'il y a eu pacte, tout au moins au début, basé sur un intérêt réciproque (contrat do ut des : "je te donne, pour que tu me donnes"). L’initiative fut prise par des représentants des institutions et non pas par les mafieux ; l’objectif fixé, pour le moins initialement, consistait à trouver un terrain d'entente avec “cosa nostra” pour faire stopper la série de massacres. » 
“una trattativa indubbiamente ci fu e venne, quantomeno inizialmente, impostata su un do ut des. L’iniziativa fu assunta da rappresentanti delle istituzioni e non dagli uomini di mafia; l’obiettivo che ci si prefiggeva, quantomeno al suo avvio, era di trovare un terreno con “cosa nostra” per far cessare la sequenza delle stragi”.
Les acteurs "institutionnels" eux-mêmes en ont reconnu l'existence au cours de leurs témoignages, puisque, outre le capitaine De Donno, qui a mentionné explicitement le terme, le vice-commandant Mario Mori déclare le 27 janvier 1988 aux juges florentins :
[Vito] Ciancimino me demanda si je ne représentais que moi-même ou aussi d'autres que moi. Le fait est que je ne pouvais pas lui répondre : « Ben, Monsieur Ciancimino, repentez-vous, collaborez, et vous verrez que nous vous aiderons ». Je lui confirmais donc : « Ne vous inquiétez pas, poursuivez ». Il m'a compris et nous avons convenu de continuer nos pourparlers [...]. Le 18 octobre, quatrième rencontre. Il me dit : « C'est bon, ils acceptent de négocier » [...]. Après quoi il y eut une pause dans les négociations du pacte.  
Ciancimino mi chiedeva se io rappresentavo solo me stesso o anche altri. Certo, io non gli potevo dire: «Be’, signor Ciancimino, lei si penta, collabori che vedrà che l’aiutiamo». Gli dissi: «Lei non si preoccupi, lei vada avanti». Lui capì e restammo d’accordo che volevamo sviluppare questa trattativa [...]. Il 18 ottobre, quarto incontro. Mi disse: «Guardi, quelli accettano la tratta- tiva» [...]. Poi la trattativa ebbe un momento di ripensamento.
Par conséquent, sauf mauvaise foi et mensonge manifestes, en 2014 plus personne ne peut songer à nier que l'état a pactisé - à sa demande - avec la mafia, chose qui n'a pas été le cas tant que Massimo Ciancimino (fils de Vito) n'a décidé de parler et de raconter ce dont il avait connaissance sur ces négociations. Avant, ça se savait mais si quelqu'un en parlait ouvertement il se faisait démolir. Maintenant que c'est écrit noir sur blanc dans nombre de jugements et d'actes judiciaires, ceux qui sont fortement contraires (et contrariés par) au procès ouvert à Palerme ont changé leur fusil (lupara en sicilien) d'épaule et modifié leur angle d'attaque en prétendant que certes il y a eu pacte, mais que ce n'est pas un "reato" !

Me voici donc arrivé au deuxième point terminologique concernant la traduction de "reato" dans ce contexte, terme dont l'étymologie latine, reatus, correspond au type d'inculpation : tripartite dans le code pénal français (du moins grave au plus grave : infraction, délit, crime), bipartite dans le code pénal italien (contravvenzione, delitto), où la notion de crime (crimine) a été absorbée dans celle de délit.

Ainsi, en français, en ayant l'option "délit" ou "crime", je penche résolument pour "crime" qui est sans le moindre doute bien plus grave que "délit" : car dans mon idée de démocratie, si un état qui se veut souverain pactise avec la mafia sur le dos des citoyens (d'habitude c'est le citoyen qui peut éventuellement perpétrer un crime contre l'état, là c'est le contraire...), il commet l'un des crimes les plus odieux, comparable uniquement à la haute trahison d'un état qui pactiserait avec l'ennemi en temps de guerre tout en envoyant ses citoyens se faire massacrer sans rien leur dire. Pour leur bien : la négation même de ce que devrait être un état de droit (è infatti la negazione stessa dello Stato di diritto)...

Pour Mme Padovani en revanche, cela n'est pas même blâmable ! Donc à présent la voie royale de celles et ceux qui s'élèvent contre le procès de Palerme, où nous avons côte à côte sur le banc des mis en examen cinq représentants institutionnels de l'état italien et cinq mafieux (les positions de Calogero Mannino, de Bernardo Provenzano et d'autres seront jugées à part), c'est de proclamer à corps et à cris que le pacte état-mafia est parti d'une initiative discrétionnaire du gouvernement italien de l'époque dans l'intention louable de stopper la mafia, et qu'en vertu de la séparation des pouvoirs le pouvoir judiciaire n'a pas son mot à dire dès lors que ce type de "crime" n'est pas prévu dans le code pénal en vigueur !!!

C'est notamment l'une des thèses soutenues - entre autres - par le Giovanni Fiandaca que cite Marcelle Padovani, sur lequel s'alignerait plus volontiers - d'après elle - Giovanni Falcone s'il était encore en vie. Je vous laisse juges...

À ce propos, il y a un parallèle, évident, qui me vient à l'esprit, si l'on suit ce principe : jusqu'au 12 septembre 1982 (jour où je suis arrivé en Italie, soit dit en passant...), la mafia n'existait officiellement pas dans ce pays car nulle part le mot "mafia" n'apparaissait dans le code pénal italien ! Il aura donc fallu attendre la publication de la loi n° 646 du 13 septembre 1982, introduisant à l'article 416-bis la notion d'association mafieuse, pour que des mafieux notoires puissent être jugés pour mafia !

C'est bien ce qui se passera dix ans plus tard avec le maxiprocès de Palerme, instruit par Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, rendu définitif par la Cassation le 30 janvier 1992, et qui mettra fin à plus d'un siècle de totale impunité pour les parrains mafieux : 475 accusés de 438 crimes et délits, dont 120 assassinats, 19 perpétuités et 2665 années d'emprisonnement prononcées. C'est de là que la mafia, sûre et certaine que la condamnation aurait été cassée par Corrado Carnevale, décidera de se venger en tuant les politiques coupables de n'avoir pas respecté les accords, et les juges coupables de les avoir condamnés.

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2. Les professionnels de l'antimafia

Passons maintenant aux « nouveaux protagonistes de l’antimafia », tels que Mme Padovani s'est permis de les définir, en référence à un précédent historique qui continue de faire débat en Italie depuis plus d'un quart de siècle !

Le 10 janvier 1987 (le maxiprocès est en cours, puisque le jugement de première instance ne sera rendu que le 16 décembre de cette année-là), le plus important quotidien d'Italie, "Il Corriere della Sera", publie un long article de Leonardo Sciascia intitulé « Les professionnels de l'antimafia », dans lequel l'écrivain accuse nommément Paolo Borsellino de « faire carrière » grâce à son combat contre la mafia !

Or Sciascia est un écrivain sicilien extrêmement renommé, l'un des premiers à avoir évoqué la mafia dans ses livres, d'où le retentissement énorme de l'article ! Et même s'il n'est pas directement responsable du titre, choisi par un rédacteur du journal, c'est bien l'article intitulé tel quel que retiendra l'histoire, devenu une quasi-"marque" pour attaquer et discréditer notamment les juges qui combattent la mafia, auquel Mme Padovani fait référence aujourd'hui.

Sciascia termine ainsi son article :
Les lecteurs prendront acte qu'en Sicile, rien de tel pour faire carrière dans la magistrature que d'instruire des procès contre la mafia. 
I lettori, comunque, prendano atto che nulla vale più, in Sicilia, per far carriera nella magistratura, del prender parte a processi di stampo mafioso.
En plein maxiprocès, et venant d'une telle plume, ça fait son petit effet !

Paolo Borsellino, qui nourrissait de l'admiration pour Sciascia, sera considérablement affecté par cette histoire, et au plus fort de la polémique, il aurait confié à sa sœur, Rita :
Je ne peux pas m'en prendre à Sciascia, il est trop grand. J'ai grandi avec ses livres, il a dû être manœuvré et mal conseillé. 
Non posso prendermela con Sciascia, è troppo grande. Sono cresciuto con i suoi libri. E' stato malconsigliato e manovrato.
D'ailleurs l'année suivante, les deux hommes se rencontreront et feront la paix, comme en témoigne cette photo :


Il n'empêche que Borsellino en restera marqué à jamais, et que toute son amertume sera consignée à la postérité dans sa dernière intervention publique, un mois après l'assassinat de Falcone, sa femme et les membres de leur escorte : le 25 juin 1992, pendant un débat organisé par la revue MicroMega à la Bibliothèque Communale de Palerme, alors qu'il sait pertinemment qu'il ne lui reste plus longtemps à vivre (lui et les membres de son escorte seront assassinés moins d'un mois plus tard), il prononcera ces mots terribles en parlant de la mort de Falcone, son ami fraternel :
J'ai lu il y a quelques jours, ou entendu à la télévision - en cet instant mes souvenirs sont imprécis -, une déclaration d'Antonino Caponnetto (le responsable du pool de juges antimafia qui a instruit le maxiprocès), affirmant que Giovanni Falcone a commencé à mourir en janvier 1988, un avis que je partage. Je ne veux pas dire par là que je connais les raisons de l'acte criminel qui a eu lieu fin mai, même si j'ai quelques éléments pouvant aider à le reconstituer, éléments dont j'informerai l'autorité judiciaire, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire. Je ne veux pas dire non plus qu'il a commencé à mourir en janvier 1988 et que ce carnage de mai 1992 est l'aboutissement naturel de ce processus mortel. Pour autant, ce qu'affirme Antonino Caponnetto est vrai, car aujourd'hui nous sommes tous conscients de ce que fut la grandeur de cet homme, et en retraçant les événements de sa vie professionnelle, nous nous rendons compte que c'est bien le pays, l'état et la magistrature, l'organe qui a probablement plus de torts que tous les autres, qui ont commencé à le faire mourir le 1er janvier 1988, voire l'année d'avant, à la date que vient de rappeler Leoluca Orlando, à savoir la date de publication de l'article de Leonardo Sciascia sur "Il Corriere della Sera", dans lequel il m'accusait d'être un professionnel de l'antimafia, et dans lequel il accusait l'ami Orlando d'être un professionnel de la politique, de l'antimafia dans la politique.
Ho letto giorni fa, ho ascoltato alla televisione - in questo momento i miei ricordi non sono precisi – un’affermazione di Antonino Caponnetto secondo cui Giovanni Falcone cominciò a morire nel gennaio del 1988. Io condivido questa affermazione di Caponnetto. Con questo non intendo dire che so il perché dell'evento criminoso avvenuto a fine maggio, per quanto io possa sapere qualche elemento che possa aiutare a ricostruirlo, e come ho detto ne riferirò all'autorità giudiziaria; non voglio dire che cominciò a morire nel gennaio del 1988 e che questo, questa strage del 1992, sia il naturale epilogo di questo processo di morte. Però quello che ha detto Antonino Caponnetto è vero, perché oggi che tutti ci rendiamo conto di quale è stata la statura di quest’uomo, ripercorrendo queste vicende della sua vita professionale, ci accorgiamo come in effetti il paese, lo Stato, la magistratura che forse ha più colpe di ogni altro, cominciò proprio a farlo morire il 1° gennaio del 1988, se non forse l’anno prima, in quella data che ha or ora ricordato Leoluca Orlando: cioè quell’articolo di Leonardo Sciascia sul “Corriere della Sera” che bollava me come un professionista dell’antimafia, l’amico Orlando come professionista della politica, dell’antimafia nella politica.
Donc lorsque l'on sait que ce discours est considéré un peu comme un testament de Borsellino, on soupèse mieux ses paroles et on comprend que la pacification avec Sciascia a été une chose, mais que le poids des mots de l'article "Les professionnels de l'antimafia" lui est resté jusqu'au bout en travers de la gorge.

Tel est donc le précédent historique auquel fait référence Mme Padovani en 2014. Inutile de décrire ici le tollé qu'a suscité la position de la correspondante du Nouvel Obs chez de nombreux juges, politiques, journalistes et membres de la société civile, en osant affirmer que nombre des confrères de Falcone, « qui se prétendent aussi en proie à l’isolement, s'avèrent être bien plus proches de la politique et sujets aux conditionnements des médias de masse », qu'« ils s’offrent souvent à une médiatisation extrême de leurs comportements et de leurs états d’âme et, anxieux de se mettre en avant, se laissent prendre la main en contribuant à élaborer une autoreprésentation sacrificielle de leur propre rôle », en alimentant ainsi « chez les mêmes médias auxquels ils s'offrent la tendance à broder et à supposer, voire à ourdir trames, complots et coulisses improbables qui n'ont le plus souvent que de lointains rapports avec la réalité », parce qu'« ils ne parviennent plus à faire la une des journaux sauf à donner libre cours à leur fantaisie ».

Autant d'accusations à la limite de l'outrage gratuit qu'il conviendrait pour le moins d'étayer en les basant sur des faits, des dates, des noms, même si lecteur voit bien que les premiers visés d'entre tous s'appellent Antonio Ingroia et Nino Di Matteo, paradigmes des juges qui contribuent en médiatisant à l'extrême leurs comportements et leurs états d’âme ... à élaborer une autoreprésentation sacrificielle de leur propre rôle.

Ces nouveaux « protagonistes de l’antimafia » qu'une abîme sépare de la stature de Giovanni Falcone, magistrat consciencieux et pragmatique, sans aucune idéologie, attaché à vérifier les confessions des repentis dans leurs moindres détails, qui se vantait de n'avoir jamais dû remettre en liberté quelqu’un qu’il avait arrêté (
ce qui sous-entend naturellement que les professionnels d'aujourd'hui font exactement le contraire...), qui se sentirait probablement plus proche des thèses d’un juriste tel que Giovanni Fiandaca, tant il était convaincu qu’on combat la mafia aussi en s’y infiltrant, y compris en lui cédant certaines informations pour en obtenir d’autres ou pour éviter des assassinats, comme cela est d’usage dans le monde entier lorsqu’on lutte contre la criminalité organisée...

Ainsi, selon Mme Padovani, aujourd'hui un magistrat consciencieux et pragmatique tel que Falcone, sans aucune idéologie, se sentirait probablement plus proche des thèses d’un juriste tel que Giovanni Fiandaca ! Voyons quelles sont-elles, et si elles sont compatibles avec la rigueur morale et l'esprit de service de Giovanni Falcone...

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3. Les thèses de Giovanni Fiandaca

Comme indiqué dans mon préambule terminologique, la première thèse que soutient avec vigueur M. Fiandaca, juriste sicilien qui occupe la chaire de droit pénal de l'Université de Palerme, et coauteur avec Salvatore Lupo du livre « La mafia non ha vinto » (La mafia n'a pas gagné), éditions Laterza, c'est que la tentative du gouvernement italien de pactiser avec la mafia fut "légitime" et qu'elle ne constitue ni crime ni délit, mais juste l'expression du pouvoir discrétionnaire de l'état...

Une thèse qui fait florès, maintenant que le pacte est solidement établi aux yeux de tous, pourquoi s'en étonner ? Et que de membres de l'intelligentsia qui reprennent tout ça en chœur avec une belle unanimité, de Pino Arlacchi a Giuliano Ferrara (qui publie sur son journal un encart de 6 pages reprenant les arguments de Fiandaca sous le titre "Il processo sulla trattativa è una boiata pazzesca", du genre "Le procès sur le pacte état-mafia est une idiotie sans nom") ou Emanuele Macaluso, en passant par Marcelle Padovani et Eugenio Scalfari, fondateur de Repubblica :
Il y a pacte et pacte, il ne faut pas confondre. Lorsqu'une guerre est en cours, des négociations entre les parties sont pratiquement inévitables si l'on veut limiter les dommages. On négocie pour enterrer les morts [les parents des victimes des attentats mafieux apprécieront...], pour soigner les blessés [idem], pour échanger les otages. Il en fut souvent ainsi durant les années de plomb. Le parti de la fermeté d'un côté, qui ne voulait pas négocier avec les Brigades rouges, et celui des négociations de l'autre. (...) Mais quel est donc le crime que l'on recherche, quelle est la vérité que l'on veut connaître ? Ça doit en être une autre, pas celle-ci. Il doit s'agir – comme le laissent entendre certaines déclarations extraites de l’une des innombrables interviews d'Antonio Ingroia – d'un pacte négocié à un moment où la mafia était en fin de course, et où pour la maintenir en vie il a fallu invoquer l’aide de l'état. Certes, si cela était prouvé, ce serait bel et bien un crime, un crime énorme. Mais est-ce de cela qu'il s'agit ? Et quand est-ce que la mafia fut en fin de course et contrainte d'invoquer le soutien de l'état ? En 1992-1993 ? Lorsque les corléonais gagnèrent la guerre sur le clan Badalamenti ? Il ne semble pas qu'à cette époque la mafia était en fin de course, au contraire. 
Ci sarebbe anche da distinguere tra trattativa e trattativa. Quando è in corso una guerra la trattativa tra le parti è pressoché inevitabile per limitare i danni. Si tratta per seppellire i morti, per curare i feriti, per scambiare ostaggi. Avvenne così molte volte ai tempi degli anni di piombo. Il partito della fermezza che non voleva trattare con le Br, e quello della trattativa. (...) Qual è dunque il reato che si cerca, la verità che si vuole conoscere? Deve essere un’altra e non questa. Deve essere – come alcune frasi d’una delle innumerevoli interviste di Ingroia fa pensare – una trattativa svoltasi in una fase in cui la mafia era ridotta al lumicino e per tenerla in vita si invocava l’aiuto dello Stato. Questo sì, se fosse provato, sarebbe un crimine. Un crimine di enormi proporzioni. È di questo che si tratta? E quand’è che la mafia sarebbe stata ridotta al lumicino e costretta ad invocare il sostegno dello Stato? Nel ’92-’93? Quando i Corleonesi presero il sopravvento sul clan di Badalamenti? Non sembra che in quegli anni fossero ridotti al lumicino, anzi. 
En bref, le pacte état-mafia a bien eu lieu, mais à des fins positives (“a fin di bene”), justifié par un état de nécessité (“stato di necessità”), de plus il est juridiquement légitime (“giuridicamente legittima”), donc il n'y a là rien de scandaleux, ni de pénalement répréhensible (“penalmente non censurabile”) :
cela fait partie des attributions politiques discrétionnaires du gouvernement d'évaluer les pour et les contre, de mettre sur la balance avantages et inconvénients liés au choix d'accorder d'éventuelles ‘concessions’ au contre-pouvoir mafieux pour faire cesser en échange les agressions mortelles. 
rientra nella discrezionalità politica del governo valutare i pro e i contro, in termini di bilanciamento costi-benefici, della scelta di fare eventuali ‘concessioni’ ai contropoteri criminali in cambio della cessazione delle aggressioni mortali.
On croit rêver... Et Falcone serait censé s'aligner sur de telles positions ? Bah !

Mais Fiandaca va plus loin, en contestant la qualification juridique du procès (code pénal italien, articles 338 : Violence ou menace à un corps politique, administratif ou judiciaire - “Violenza o minaccia ad un corpo politico, amministrativo o giudiziario” - et 110 : Peine encourue par ceux qui concourent à commettre le crime - “Pena per coloro che concorrono nel reato” -), en argumentant que le gouvernement n'est pas un “corps politique” mais un “organe constitutionnel”, et qu'en tant que tel les dispositions applicables seraient celles de l'article 289 (Attentat contre les organes constitutionnels et contre les assemblées régionales - “Attentato contro organi costituzionali e contro le assemblee regionali” -), etc. etc.

De la doctrine donc, encore et toujours, sur un plateau de la balance, et sur l'autre 16 morts plus une quarantaine de blessés provoqués par 9 attentats à la bombe (dont deux manqués) durant la saison 1992-1993...

Par conséquent inutile de résumer ici les quelque 12 000 mots de la “lectio magistralis” tenue le 18 avril 2013 par le Prof. Fiandaca à la Faculté de Jurisprudence de l’Université de Naples, intitulée « Le pacte état-mafia entre processus politique et procès pénal » (La trattativa Stato-mafia tra processo politico e processo penale), ça ne ferait guère avancer le schmilblick !

Contentons-nous de préciser que ce même Prof. Fiandaca conteste également (et il n'est pas le seul) le crime de "concours externe à l'association mafieuse" pour lequel Marcello Dell'Utri (à l'origine du parti politique de Berlusconi) est actuellement en prison, et puisqu'on parle de Dell'Utri et de l'antimafia, voici une anecdote savoureuse qui en dit long sur la mobilisation convaincue de l'état italien : Dell'Utri vient tout juste d'être extradé du Liban où il avait tenté de se réfugier, et les policiers de la DIA de Palerme qui ont été le prélever à son arrivée à l'aéroport de Rome ont dû avancer l'argent du vol aller-retour Rome-Palerme et de leur séjour à Rome, tout simplement parce que l'antimafia manque de fonds...

Ça c'est passé cette semaine, donc le constat de la situation est plutôt clair !

Mais Fiandaca va encore et toujours plus loin, en allant jusqu'à justifier certaines attaques de Berlusconi à la magistrature, tel que relaté par l'agence de presse Adnkronos :
« Il est faux d'affirmer qu'on ne peut pas critiquer les jugements ou discuter des procès en cours, c'est une grosse bêtise induite par certains phénomènes pervers : d'un côté par la nécessité de combattre Berlusconi depuis vingt ans d'attaques contre la magistrature. Des attaques souvent injustifiées, parfois justifiées. » 
“Non è vero che le sentenze non si discutono o che i processi in corso non si discutono, è una grande sciocchezza indotta da alcuni fenomeni perversi: da un lato dall’esigenza di contrastare Berlusconi per vent’anni, quando rivolgeva i suoi attacchi alla magistratura. Attacchi spesso ingiustificati e qualche volta giustificati”
Ce dont Berlusconi ne se prive pas puisque hier encore, cité comme témoin dans le procès Lavitola, il attaquait directement les juges du Tribunal :
« La magistrature est sans contrôle, incontrôlable, irresponsable et jouit d'une immunité totale. » 
“La magistratura è incontrollata, incontrollabile, irresponsabile e ha l’immunità piena”. 
Venant de lui, ça ne manque pas de sel. D'ailleurs, il risque gros pour son goût de la provocation, nous verrons dans les jours qui viennent si cette nouvelle attaque aura des suites...

Pour autant voici une transition toute trouvée pour arriver au dernier point de mon argumentaire.

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* * *

4. L'autoreprésentation sacrificielle des juges

Selon Marcelle Padovani, certains juges, négativement connotés comme "nouveaux protagonistes de l'antimafia", ont la manie de vouloir occuper le devant de la scène plutôt que de se retrancher derrière un silence qui serait politiquement correct. OK.

Mais ce que sous-entend cette thèse (ou, pour mieux dire, ce théorème...), c'est que de nombreux juges (de Falcone à Borsellino, n'oublions pas, jusqu'à Di Pietro, Clementina Forleo, De Magistris, les juges de Salerne, Anna Maria Fiorillo, Antonio Esposito, Antonio Ingroia, Nino Di Matteo, etc.), qui subissent depuis vingt ans les attaques extrêmement violentes et concentriques de Berlusconi et de tout le système de pouvoir en place - droite, gauche et centre confondus, presse, télévision, une bonne tranche de l'opinion publique manipulée à souhait, actions disciplinaires du CSM à sens unique, et last but not least, la Présidence de la République italienne -, devraient se laisser discréditer et anéantir en se taisant !

Et que dès qu'ils tentent de prendre la parole simplement pour faire valoir leurs droits et faire entendre leur voix dans ce gigantesque jeu de massacre, alors les voilà immédiatement accusés d'être « bien plus proches de la politique et sujets aux conditionnements des médias de masse », de s'offrir « souvent à une médiatisation extrême de leurs comportements et de leurs états d’âme et, anxieux de se mettre en avant, se [laisser] prendre la main en contribuant à élaborer une autoreprésentation sacrificielle de leur propre rôle », d'alimenter « chez les mêmes médias auxquels ils s'offrent la tendance à broder et à supposer, voire à ourdir trames, complots et coulisses improbables qui n'ont le plus souvent que de lointains rapports avec la réalité », dès lors qu'« ils ne parviennent plus à faire la une des journaux sauf à donner libre cours à leur fantaisie »...

En outre, citer acritiquement Falcone comme contre-exemple de cette "autoreprésentation sacrificielle" sur l'autel de l'ostentation, c'est aller vite en besogne et, surtout, oublier que Falcone et Borsellino eux-mêmes se sont élevés à maintes reprises pour « faire valoir leurs droits et faire entendre leur voix » !

Dans un document de Giovanni Falcone que je suis le seul à relayer en mode texte sur le Web mondial (!), intitulé « Rôle de la magistrature dans la lutte contre la mafia » (Ruolo della magistratura nella lotta alla mafia), discours tenu à Catane le 12 mai 1990, Giovanni Falcone dit ceci :
Malheureusement, il y a déjà longtemps que nous assistons presque sans nous en rendre compte à une dispersion progressive de la culture de la juridiction et à l'érosion permanente des valeurs d’indépendance et d'autonomie de la Magistrature, comme conséquence d'une série de réactions en chaîne qui, en partant d'une certaine intolérance envers le magistère pénal et d'une forte tentation des partis politiques d'occuper aussi la sphère réservée du pouvoir judiciaire, risquent de saper le fondement constitutionnel de la séparation des pouvoirs et de vider la juridiction de son contenu. 
Da tempo, purtroppo, assistiamo quasi senza accorgercene alla progressiva dispersione della cultura della giurisdizione ed alla continua erosione dei valori dell’indipendenza ed autonomia della Magistratura; e ciò in conseguenza di una serie di reazioni a catena che, partendo da una certa insofferenza per il magistero penale e dalla forte tentazione dei partiti di occupare anche l’area riservata al potere giudiziario, rischia di scardinare l’assetto costituzionale della divisione dei poteri e di svuotare di contenuto la giurisdizione.
Or c'est bien ce à quoi nous assistons depuis 20 ans : un assaut permanent du berlusconisme et de la soi-disant "gauche" à l'état de droit qui vise systématiquement et assidûment à miner la législation antimafia, à favoriser la corruption et l'impunité des gros délinquants de tous poils (seuls les petits surpeuplent les prisons), et les attaques répétées de Berlusconi et des autres intervenants (voir plus haut) sont une brique importante de cette entreprise raisonnée de démolition :

- ces accusations [contre moi] nous conduiront dans la rue pour manifester contre l'activité d'une partie de la magistrature qui utilise la justice pour combattre et éliminer les adversaires politiques qu'on ne réussit pas à éliminer par le système démocratique des élections. (...) Il est évident que notre opposition est forte contre une partie de la magistrature qui se comporte ainsi. J'ai déjà dit que ce type de comportement est une pathologie de notre système, un cancer de notre démocratie... ;
- la magistrature ruine notre système ;
- les juges sont fous, et même doublement fous : pour faire ce travail, il faut être mentalement perturbé, avoir des troubles psychiques ;
- les juges sont anthropologiquement différents du reste de l'humanité, ils devraient régulièrement être soumis à des tests pour en certifier la santé mentale ;
- mon père m'a enseigné que si tu veux faire du mal à ton prochain, tu deviens soit délinquant, soit dentiste, soit magistrat du Parquet ;
- Berlusconi à Obama : en Italie nous avons pratiquement une dictature des juges gauchistes...

Et ainsi de suite ! Je pourrais vous trouver des centaines de citations berlusconiennes toutes plus pourries les unes que les autres sur les juges... Du reste, je serais curieux de savoir, parmi celles qui précèdent, s'il y en a une ou plusieurs que M. Fiandaca justifierait, et pourquoi ?!

Mais terminons sur Falcone en réponse à Berlusconi, citations extraites du discours mentionné plus haut :
Pour autant, de tels comportements culturels répréhensibles ne sont certainement pas une bonne raison pour tenter, en profitant de la méfiance croissante des citoyens vis-à-vis de la justice, de poursuivre un projet de discrédit de la magistrature et d'affaiblissement progressif des garanties légales qu'offre globalement le système, garanties qui sont dictées non pas par l'intérêt de la corporation des juges mais au bénéfice de l'ensemble de la collectivité. (...) Ce mécanisme d'attaques et de soupçons vient se greffer aussi et surtout à l'encontre des juges antimafia. (...) De nombreuses autres critiques frappent les magistrats qui s'occupent d'enquêtes sur la mafia. Il suffit de rappeler ici les généralités désinvoltes sur les fautes prétendues dans la manière de traiter les "repentis", ou encore celles sur les soi-disant professionnels de l’antimafia, celles sur la création des maxiprocès, ... 
Tuttavia, tali censurabili atteggiamenti culturali non rappresentano di certo una buona ragione per tentare, profittando della crescente sfiducia del cittadini nei riguardi della Giustizia, per portare avanti un progetto di delegittimazione della magistratura e di progressivo affievolimento delle garanzie di legalità complessive del sistema, dettate non certamente a beneficio della corporazione dei giudici ma nell’interesse di tutta la collettività. (...) Il meccanismo di attacchi e di sospetti si è innescato anche e soprattutto nei confronti del c.d. giudici antimafia. (...) Tante altre critiche sono piovute addosso ai magistrati che si occupavano di inchieste di mafia. Basterebbe ricordare le disinvolte generalizzazioni su pretese scorrettezze nella gestione del c.d. "pentiti"; quelle sui c.d. professionisti dell’antimafia; quelle sulle creazioni dei maxi-processi...
L'avis de Falcone est donc très clair aussi sur les "professionnels de l'antimafia", qu'il qualifie de "généralités désinvoltes". Très intéressante également sa position sur la "non-terzietà" des juges, un concept que je laisse aux spécialistes de la question mais digne d'être approfondi...

J'invite donc Marcelle Padovani à lire l'intégralité de ce texte qu'elle ignore peut-être, et à l'aune de ces nouveaux éléments, j'imagine, soit à reconsidérer sa position (auquel cas elle devrait tenter de donner à ses propos le même écho qu'a eu son intervention initiale), soit à étayer ses arguments autrement qu'avec des affirmations gratuites ; mais dans un cas comme dans l'autre, à prendre en compte mes critiques et daigner y répondre.

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* * *
5. Conclusion

Lorsqu'en 1987 Sciascia a publié son brûlot, très apprécié de Salvatore Riina, nombreuses ont été les voix qui se sont élevées contre telle "généralisation désinvolte" (désinvolte : qui fait montre d'une liberté un peu insolente, d'une légèreté excessive. Le Robert). Mais il y en a une en particulier que je souhaite mentionner ici, à l'époque correspondante en Italie du Nouvel Obs, une certaine Marcelle Padovani, qui accuse Sciascia sur son journal :
de ressasser des « polémiques misérables » contre l'antimafia en vertu de son « incoercible exhibitionnisme » !
Donc, sauf cas d'homonymie extraordinaire, il serait intéressant de savoir ce que la Marcelle Padovani qui critiquait ainsi Sciascia et ses "professionnels de l'antimafia" en 1987, penserait de la Marcelle Padovani et de ses "nouveaux protagonistes de l'antimafia" version 2014...

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jeudi 20 février 2014

Roger Waters inside!

Comme je l'ai déjà raconté sur ce blog en 2010, en lisant une interview de Roger Waters dans un journal italien, j'ai appris que son père avait été tué lors du débarquement sur les plages d'Anzio (qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de chez moi), alors que lui n'était âgé que de 5 mois !


C'est le bébé dans les bras de sa mère sur le cliché, d'où l'on peut déduire que le père, Eric Fletcher Waters, a été tué quelques semaines après cette heureuse photo de famille, à laquelle son fils fait probablement référence dans ce couplet :
Daddy's gone across the ocean,
Leaving just a memory,
A snapshot in the family album.

Daddy, what else did you leave for me?
Daddy, whatcha leave behind for me?
All in all it was just a brick in the wall.
All in all it was just the bricks in the wall.
Or dimanche dernier ma femme et moi décidons d'aller à Anzio vu le temps magnifique qu'il faisait :


Et c'est en nous baladant que je vois cette immense affiche près de la place centrale :

En clair, Roger Waters sera nommé citoyen d'honneur de la ville d'Anzio le 18 février, en parallèle au 70e anniversaire du débarquement allié.

Or nous étions le 16, autant vous dire que dans l'instant j'ai décidé de me rendre à la cérémonie annoncée tout juste deux jours plus tard !

Une fois rentré à la maison je fais quelques recherches pour en savoir plus, et, de fait, j'ai découvert bien plus ! Et tout d'abord que les cérémonies concernant Roger Waters ne se limitaient pas à Anzio, mais impliquaient également Aprilia, à une dizaine de kilomètres de chez moi, et plus spécialement le Lycée Carlo & Nello Rosselli (le nom à lui seul suffit pour parler d'anti-fascisme) :


où un monument a été érigé en hommage à tous les soldats qui ont péri lors du débarquement d'Anzio et sont restés sans sépulture, puisque leurs corps n'ont jamais été retrouvés.


Une stèle inaugurée par Roger Waters, sur laquelle sont gravés ses propres mots, extraits de la chanson Two Suns In The Sunset (The Final Cut, 1984, album dédié à son père) :
Ashes and Diamonds
Foe and Friend
We were all equal
In the End


« Cendres et diamants, amis ou ennemis, nous sommes tous égaux, quand vient la fin ! », ces mots autographes ont été donnés "in memoriam" à la municipalité.

Toute cette histoire a été rendue possible grâce à un vétéran du débarquement d'Anzio, Harry Shindler, bon pied bon œil avec ses 93 ans vigoureusement portés, qu'on voit ici à droite de Waters sur la photo :


C'est lui qui a réussi, avec la collaboration d'un chercheur italien, Emidio Giovannozzi, à retrouver des documents officiels décrivant précisément la bataille durant laquelle le père de Waters et ses compagnons ont trouvé la mort. Déjà, en 2013, Waters était venu à Monte Cassino pour s'incliner devant le mémorial où se trouvent probablement les restes de son père. Cette fois-ci, ils se sont réunis à l'endroit exact où son père est tombé, au lieu-dit du "bon repos" (sic!) dans les campagnes d'Aprilia, le 18 février 1944 (date et lieu reconstitués d'après les documents précités).

Là ils se sont recueillis en très petit comité pour une cérémonie extrêmement privée, sous les notes de Silenzio (Silence, l'équivalent de notre sonnerie aux morts) joué par un bersaglier, et un journaliste de Repubblica raconte qu'au moment de partir, Waters visiblement ému a pris le clairon des mains du bersaglier pour interpréter "Outside of the wall" en honneur de son père !

J'ai pu prendre quelques images à Aprilia mais il y a pas mal de rebuts et il faut que je fasse un montage en ne gardant que la partie présentable, or je ne suis pas très fort pour ça et j'ignore même quel programme utiliser pour le faire (merci d'avance si quelqu'un peut me signaler un programme simple en commentaire). Donc ma vidéo sera pour une autre fois...

En revanche voici ma seule photo de Waters, ou plutôt du luxueux VTC aux vitres teintées qui arrive à la mairie d'Anzio. D'où mon titre, Roger Waters inside!, et au lieu de le voir lui, c'est moi qu'on voit dans le reflet signalé par la flèche blanche !

Le seul regret de cette journée, du reste, est de n'avoir pas pu le voir de près ou d'avoir pu lui dire un mot, donc je conclurai avec les siens, prononcés dans cette belle interview :
J'ai 70 ans et 5 mois aujourd'hui, je n'avais que 5 mois à l'époque : 70 ans ont passé, on peut dire que le chemin a été long. C'est très émouvant...
Et le journaliste de lui demander s'il écrira une autre chanson sur son père ? Réponse :
Non ! Je suis en train de réaliser un nouvel album, mais les chansons parlent d'autres pères. Et d'autres fils. Du monde entier. Voilà ce que j'écris. J'ai suffisamment parlé de moi et de mon père...
Ces paroles me rappellent celles par lesquelles je concluais mon précédent billet, en citant ce qu'il disait en 2010 :
« La peur dresse des murs », ai-je vu tagué sur un mur de Jérusalem...

« Le monde est encore plein de murs dressés : un mur pour séparer les riches des pauvres, un autre pour diviser le premier du deuxième et du tiers monde, d'autres pour dresser des divisions entre les gens à cause de leur foi ou de leur idéologie. Le moteur derrière The Wall a été la mémoire de mon père mort à la guerre, mais aujourd'hui encore de nombreux pères sont impliqués dans des conflits, beaucoup de familles, surtout aux États-Unis, ont perdu des proches au Moyen-Orient et nombre d'autres pleurent des victimes civiles... »
Malheureusement, les hommes n'apprennent jamais rien des leçons de l'histoire !


Voici la carte postale publiée par les postes italiennes pour commémorer l'événement :

Et comment ne pas terminer par un peu plus de 7 minutes de pur frisson ? (ça commence exactement à 1h35')

 

lundi 17 février 2014

Cloisonner le Web par pays !

Je découvre dans l'édition de ce jour du quotidien La Repubblica, en page 17, l'article suivant :

Traduction :
« Un web différent pour chaque pays » 
Dossier des services secrets italiens, l'AISI (Agence de l’Information et de la Sûreté Intérieure), pour éviter un nouveau Datagate : contre l'espionnage international, stop au Réseau planétaire unique
Donc vu la source du dossier, je me suis empressé d'approfondir. Selon les journalistes, qui ont pu consulter un rapport confidentiel de quelques pages de l'AISI italienne (un peu l'équivalent de notre DCRI si vous voulez), remis en ce début d'année à la Présidence du Conseil, les jours de l'Internet tel que nous le connaissons sont comptés, puisque le réseau des réseaux finira fractionné « en une multitude de réseaux nationaux », où chaque grande nation aura sa propre infrastructure et ses propres serveurs... La Chine serait donc un précurseur en la matière !

Et le rapport de mentionner « de nouveaux systèmes de cryptage pour protéger la vie privée des utilisateurs », un peu à l'instar de ceux utilisés pendant la guerre froide, avec évidemment des « cyber-mercenaires contractuels » recrutés par les plus offrants (y compris les gouvernements) aux fins d'espionner tout ce qui bouge, des acteurs économiques aux gouvernements en passant par vous et moi.

Rien de nouveau de ce côté-là, me direz-vous, mais par contre cette notion de cloisonnement du Web par pays à l'échelle planétaire est extrêmement nouvelle autant que préoccupante. Sous le prétexte de mettre fin à tout éventuel futur Datagate, un peu comme le Patriot Act a profité des événements du 11 septembre 2001 pour restreindre toujours plus les libertés individuelles (voire le droit d'expression), et pas seulement des citoyens américains...

« Les conséquences les plus directes (des) révélations [de Snowden] - poursuit le rapport - conduiront à la disparition du Réseau unique et à l'apparition simultanée d'une multitude de réseaux nationaux », en précisant également que ce n'est pas un hasard si la Chine est la première nation à avoir nationalisé « ses propres services pour s'assurer le contrôle de toutes les informations qui circulent à l'intérieur du pays ». Cependant, « l'affaire Snowden nous a fait prendre conscience à tous que l'aspect cyber-sécurité est une vulnérabilité majeure pour l'État. »

Rassurant, non ? Quelqu'un a-t-il des infos pouvant confirmer ou infirmer une telle orientation chez nous aussi ? Ou ailleurs, puisque si chacun commence à faire sa cuisine dans son coin, ça risque de pas être triste ! Une situation prise en compte par le rapport, qui souligne le paradoxe qu'au cas où plusieurs pays suivraient cette voie - ce qui semble réaliste -, « les seuls réseaux supranationaux qui résisteront seront ceux du Darknet, comme Tor. »

Nous voici donc revenus au côté obscur du Net, mais cette fois avec d'un côté, « la face cachée d'internet où on trouve de tout : drogues, armes, numéros de cartes de crédit. En toute liberté et dans l’anonymat total. », et de l'autre des réseaux nationaux cloisonnés pour mieux contrôler « toutes les informations qui circulent à l'intérieur du pays ».

Ce qui équivaut à tomber, comme on dit en italien, de la poêle dans la braise...

Qu'en dites-vous ?


L'info sur le Web italien :



dimanche 9 février 2014

Marketing de services pour consultants indépendants

L'atomisation continue du marché du travail génère toujours plus de travailleurs indépendants - nous les appellerons "consultants indépendants" - qui doivent se transformer en entreprises pour survivre au plan professionnel. Mais à la différence d'une entreprise, qui dispose de plusieurs personnes ressources pour différentes tâches, le consultant indépendant concentre à lui seul toutes ces tâches.

Beaucoup le font par choix, d'autres par obligation. Tous fournissent un service. Un traducteur-interprète fournit un service. En élargissant l'horizon, un travailleur de la connaissance fournit un service.

Afin de déployer une stratégie marketing pour vendre son service en se différenciant, le consultant indépendant a deux options maîtresses pour sortir du lot : offrir le meilleur prix, ou offrir le meilleur service.

Offrir le meilleur prix est IMPOSSIBLE : dans le nivellement par le bas de la concurrence mondialisée, il y aura toujours quelqu'un, quelque part, pour vendre à un prix plus bas que le vôtre. Nous ne sommes ni des marchands de pommes de terre ou de voitures, qui sont des biens tangibles, mais des prestataires de services intangibles, immatériels, où la notion de "service" signifie « la mise à disposition d'une capacité technique ou intellectuelle ».

Du reste, pour autant qu'un mauvais service coûte peu, il coûtera toujours trop cher ! À moins de reconnaître une valeur à ce qui est mauvais : une règle d'or que trop de prestataires et de clients oublient...

La compétition se joue ailleurs : offrir le meilleur service. Plus, éventuellement, offrir le meilleur prix ... en fonction du service fourni.

Mais le premier point auquel chaque prestataire conseil doit veiller avec un soin jaloux reste celui-ci : offrir le meilleur service. Toute sa stratégie marketing découlera de ce postulat de départ.

Donc chaque consultant indépendant sait (devrait savoir) quel service il propose. Or comment sait-il qu'il est le meilleur ? D'ailleurs meilleur 1) par rapport à quoi, et 2) par rapport à qui ?

1) Meilleur service par rapport à quoi ?

Par rapport aux services concurrents qui touchent un même public-cible. Cela implique de connaître le marché sur lequel on évolue en général, et le sien en particulier.

1 consultant indépendant = 1 marché 

Forcément différent de celui du voisin, puisque mon marché est constitué de mes clients (existants + potentiels), dans mon ou mes secteurs (plus mes langues de travail, qui sont transversales aux secteurs, pour les traducteurs-interprètes).

2) Meilleur service par rapport à qui ?

Par rapport à mes concurrents, qui proposent les mêmes services que moi et touchent potentiellement un même public-cible. Connaître le (son) marché implique connaître ses concurrents (et leurs services).

Enfin une autre alternative trop peu mise en œuvre consiste à fournir un service complémentaire, en s'associant avec certains de ses "concurrents" et/ou avec des partenaires de choix pour proposer ensemble un service global mieux adapté aux exigences du client, en transformant la compétition en coopétition...

* * *

De fait, chaque consultant indépendant est constamment au cœur de rapports de forces qui déterminent son environnement professionnel : une situation changeante, dynamique, qui exige une grande capacité d'anticiper, de réagir, de s'adapter, voire de s'associer au gré des situations pour saisir davantage d'opportunités...

Une idée des tensions qui alimentent en permanence ces rapports de forces nous est donnée par le modèle des 5 forces de Porter, adapté pour la circonstance aux consultants indépendants :


Où les fournisseurs / agences sont les intermédiaires éventuels entre le prestataire conseil et le client final.

Donc maintenant que je sais pourquoi mon service est le meilleur (par rapport à quoi, et par rapport à qui), je n'ai plus qu'à faire passer le message à mon public-cible : les clients existants et potentiels qui constituent mon marché.

Pas seulement ! Car le marketing consiste essentiellement à nouer des relations avec les clients, certes (entretenir les relations s'il s'agit de clients existants, les créer s'il s'agit de clients potentiels), mais aussi avec toutes les parties prenantes susceptibles de tenir un rôle, de près ou de loin, dans votre marché.

Et lorsqu'il est question de nouer des relations à l'époque des réseaux sociaux, cela signifie naturellement occuper le terrain sur ces mêmes réseaux, qui ne se limitent pas à Facebook, Twitter ou LinkedIn, loin de là : citons parmi d'autres, à titre d'exemples, Flickr (photos), YouTube (vidéos), Upcoming (événements), Deezer (musique), Storify (story telling), Pinterest (partage photos), Monster (emplois), Netflix (films), Slideshare (docs, présentations), Foursquare (géolocalisation), etc.

La liste est longue et le choix est vaste, qui dépend à la fois de mes goûts personnels et des cibles que je souhaite atteindre. Une fois que j'ai identifié les plateformes sur lesquelles créer du contenu, j'en reviens à cette question : quel type de contenu, émotionnel et/ou rationnel ?

Nous verrons cela prochainement, mais que de choses à raconter...


samedi 8 février 2014

Contenu émotionnel vs. contenu rationnel, ou les deux ?

Dans le cadre des formations marketing que je dispense à l'intention des traducteurs / interprètes, mais qui sont parfaitement duplicables aux travailleurs de la connaissance en général, il y a un distinguo fondamental à faire entre marketing de services, et marketing de produits.

En effet, on ne peut pas vendre ses services comme on vend ses produits, du simple fait que l'acheteur potentiel peut voir immédiatement quel produit vous vendez, alors qu'un service est intangible par nature : rien à voir, rien à toucher, il faut juste imaginer. Mais imaginer quoi ?

C'est là où entre en jeu votre capacité de créer du contenu capable de faire "voir & toucher" votre service à l'internaute comme s'il s'agissait d'un produit : facile à dire, mais difficile à faire...

Or dans les grandes catégories de contenus que l'on peut créer, il y a ceux qui font intervenir la sphère émotionnelle, et ceux qui font intervenir la sphère rationnelle.

Donc pour délimiter plus clairement le sujet, j'ai senti la nécessité de faire appel au pragmatisme anglo-saxon, inégalable lorsqu'on parle de marketing. L'idée m'en est venue en lisant cet article d'Hannah Smith, intitulé : « 4 Types of Content Every Site Needs ». Je lui ai demandé la permission de le traduire, et elle me l'a gentiment accordée, très enthousiaste. Voici donc mon adaptation en français :
4 types de contenu que chaque site devrait mettre en œuvre 
La notion de contenu est plutôt vague, aux contours flous et mal définis.
En tant qu’experte en stratégies de contenu, on me pose souvent ce genre de questions nébuleuses, comme, par exemple : - « Quel type de contenu devrions-nous créer ? » 
D’abord, je suis fermement convaincue que la réalisation de tout contenu doit être pilotée par un objectif. J’entends par là que ce que vous créez doit répondre aux finalités que vous souhaitez atteindre. 
Or qu'est-ce que les gens souhaitent obtenir, en dernier ressort ? Ils veulent gagner de l’argent, faire du fric ! 
Peut-être aimeraient-ils qu’il y ait la paix dans le monde, mais en attendant, ils se contenteront du pognon ! 
Donc, chers lecteurs, si vous aussi souhaitez gagner de l'argent, voici les quatre principaux types de contenu que la plupart des sites ont besoin de mettre en place :
  1. du contenu pour divertir
  2. du contenu pour éduquer
  3. du contenu pour persuader
  4. du contenu pour convertir
Pour illustrer cette problématique, de sorte que vous puissiez voir où se situe votre site par rapport à la création de contenu, nous avons conçu le visuel suivant, en nous inspirant de la matrice créée par First10 & Smart Insights
1. Du contenu pour divertir, pourquoi ? 
Mais qu’est-ce que je raconte ? Quel besoin avez-vous de créer du contenu pour divertir si votre but est de gagner de l'argent ? Simplement parce que le contenu pour divertir vous permet de toucher les internautes qui se situent au sommet de l'entonnoir des ventes, voire celles et ceux qui ignorent encore qu'ils auraient tant besoin de vos produits/services.
Même si le contenu créé pour divertir peut éventuellement ne pas être lié à vos produits/services de façon directe, pour remplir sa mission il doit impérativement être attractif pour votre public cible.
Car comme le suggère la notion de « divertissement », ce type de contenu fait appel à l’émotion plutôt qu’à la rationalité. C'est un genre de contenu (résolument) partageable : plus il sera partagé, plus vous aurez de possibilités d’étendre votre audience.

2. Du contenu pour éduquer, pourquoi ? 
Le rôle du contenu pour éduquer est un peu le même que celui du contenu pour divertir : il vous permet d’atteindre les cibles tout en haut de l'entonnoir. Cependant, alors que le contenu pour divertir est attractif au plan émotionnel, le contenu pour éduquer a des visées plus rationnelles. Mais comme l’autre, il reste très partageable.

3. Du contenu pour persuader, pourquoi ? 
Le contenu persuasif pousse doucement les internautes sur la voie de la conversion (quel que soit le type de conversion que vous souhaitez pour votre site, qu’il s’agisse d’un achat, de répondre à un questionnaire, d’une demande de rappel, etc.). Ce type de contenu parle davantage à la sphère émotionnelle qu’à la sphère rationnelle.

4. Du contenu pour convertir, pourquoi ? 
Est-ce vraiment une question que vous vous posez ? :-) 
Ce type de création de contenu doit prendre en compte l’aspect « conversion » en vue de finaliser l’action, boucler l’achat, conclure l'affaire, c’est selon. En général, ce contenu parle davantage à la sphère rationnelle qu’à la sphère émotionnelle.

Mais pourquoi donc vous faut-il toucher ces deux sphères, émotionnelle et rationnelle ? 
C’est essentiellement parce qu’il s'agit de deux atouts distincts pour une même finalité : certaines personnes réagissent mieux à l’appel émotionnel, d’autres à l’appel rationnel. Donc pour couvrir toutes les situations possibles, mieux vaut diffuser des contenus capables d’agir sur un plan autant que sur l’autre.

Dans certains cas, vous devrez alterner ces deux types de contenu sur une même page. Par exemple, sur une page produits, vous fournirez probablement des détails sur les produits en question (sphère largement rationnelle) et des témoignages/avis de clients (sphère largement émotionnelle).

* Qu'en est-il du non-sens de la « majorité l’emporte » ?

En rédigeant ce billet, je me suis rendu compte qu'il y avait cependant des exceptions. Par exemple, des éditeurs de sites qui comptent uniquement sur la publicité pour réaliser leur C.A. (et qui ne cherchent donc pas à vendre des abonnements pour du contenu premium) créeront certes du contenu pour « persuader » et « convertir », mais qui sera très différent d’un contenu ayant les mêmes finalités sur un site traditionnel d’e-commerce. 
Pour les sites qui dépendent des revenus générés par la publicité, il est probable que leurs conversions « raisonnent » davantage en termes d’interactions sur les réseaux sociaux et d’affichage de pages vues supplémentaires. Pour autant, leur contenu pour « persuader » ou « convertir » sera plus axé sur un appel aux actions de partage social, de recommandations ou de renvois vers des billets liés (chose que Buzzfeed fait très bien puisque je ne pense pas avoir jamais réussi à lire un seul billet directement sur leur site).

Alors, très chers lecteurs, qu’en pensez-vous, êtes-vous d’accord ?
Pas d’accord ?
J’aimerais savoir également ce que vous pensez de notre visuel sur la matrice de contenu, n’hésitez pas à commenter.
Je remercie vivement Hannah de m'avoir autorisé à traduire son billet, qui a le mérite de mettre l'accent sur cette différence entre sphères émotionnelle et rationnelle, et maintenant que j'ai posé le problème, je tenterai de développer le sujet dans un projet billet centré plus spécialement sur le marketing de services, qui intéresse en particulier les "travailleurs de la connaissance" plus que les marchands.

lundi 3 février 2014

Google, producteur de contenu(s)

Depuis la création de Google, sa mission revendiquée consiste à « organiser les informations à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous. »

Ce qui s'est traduit pendant longtemps par la fameuse page de résultats aux dix petits liens bleus. Mais les choses changent !

D'abord on est passés à la recherche universelle, intégrant images, vidéos, infos, shopping, temps réel, réseaux sociaux, etc., pour en arriver en 2012 à la mise en oeuvre du graphe de la connaissance, qui devrait aider « à découvrir de nouvelles informations rapidement et simplement. »

Par contre le problème pour les millions de producteurs de contenus "maison" qui peuplent le Web, c'est qu'aujourd'hui les utilisateurs découvrent certes « de nouvelles informations rapidement et simplement », mais de plus en plus ça se fait directement chez Google, sans plus passer par la case "autres sites" !


On voit bien cette évolution sur le graphique ci-dessus, puisqu'en 2014 la partie droite de la page de Google pourrait bien contenir l'info que vous cherchez, avec plein de liens qui tous renvoient chez, devinez un peu ... Google !

Cela veut dire que l'internaute a de fortes chances de n'aller pas plus loin que la première page de résultats du moteur, voire de cliquer pour aller visiter d'autres pages de Google, encore Google, et toujours Google !

J'ai vu passer avant-hier un tweet de Jason Calacanis en pleine conversation avec Danny Sullivan :

But @mattcutts should admit google's plan is to replace all content providers.
« Matt Cutts devrait bien admettre que le projet de Google, c'est de remplacer tous les fournisseurs/producteurs de contenu ! » La conversation entre Calacanis et Sullivan porte d'ailleurs sur ce sujet précis...

Qu'on se le dise ! Or comme l'avouait fort justement ce même Danny Sullivan dès 2012 :
Google as a publisher and content broker raises a number of issues.
Oui, ça pose problème, en effet. Surtout que ça ne concerne pas que le contenu "texte", mais aussi vidéo et ainsi de suite, inutile d'en dresser la liste ici. Assez en tout cas pour que l'Union européenne s'en inquiète, au point de pousser Google à donner « suffisamment de garanties pour faire de la place à ses concurrents, plutôt qu'à ses propres services, sur ses plateformes de recherche. Faute de quoi, M. Almunia pourrait décider de sanctions financières... »

Sauf que là les concurrents de l'Ogre, ce sont vous et moi ! Ou le référenceur du coin qui fait ce qu'il peut pour positionner le mieux possible les sites de ses clients, à qui Google explique comment il doit faire (en plus, et qui le récompense en remplaçant ses mots clés référents par un laconique "not provided" !), pour se faire souffler la place à l'arrivée par ... Google ! Un peu comme si Google voulait implicitement faire passer le message que, pour se positionner en première page de résultats, le meilleur moyen - si ce n'est le seul -, c'est d'acheter de l'Adwords ou sur Shopping...


C'est tout cadeau ! Du reste, Google a beau sanctionner les réseaux de liens, n'est-il pas lui-même le premier réseau de liens planétaire, merveilleusement construit avec le contenu des autres ?

"Conflit d'intérêts" (qui va d'ailleurs souvent de pair avec "abus de position dominante"), on appelle ça dans la finance. Ce n'est pas pour rien que dans sa transmutation permanente, Google transforme le web en or : sauf que les pépites, c'est lui qui les ramasse.

C'est encore, plus récemment, l'arrivée d'Hummingbird : rapide et précis ! Normal, avec tout ce que Google profileur en série sait sur nous depuis longtemps, facile de nous servir selon nos goûts ;-)

Vu où en sont les choses, l'utilisateur peut-il aujourd'hui encore inverser la traîne ? Rien de moins sûr. Donc Google fournisseur-producteur de contenu(s), pourquoi pas, mais si c'est pour phagocyter le Web, à quoi bon ?

Selon vous ?



vendredi 10 janvier 2014

Duplication de contenu

L'année 2014 sera au(x) contenu(s) ou ne sera pas ! Si l'on en croit la quantité infinie de prédictions sur l'explosion du "content marketing", il est clair que le marketing de contenu (parfois utilisé au pluriel : marketing de contenus) est plus que jamais dans l'air du temps...


En 20 ans, le contenu a révolutionné le Web !

Ce qui n'était hier qu'un marketing de niche est devenu au fil des ans une tendance lourde, et je suis particulièrement content qu'Adscriptor ait suivi cette voie dès le début ! Il y a huit ans déjà (janvier 2006), dans l'une de mes premières traductions sur « Les enjeux d’une stratégie de liens », l'approche préconisée était claire :
  1. Création d’un contenu de qualité
  2. Mise en place de liens avec d’autres sites proposant du contenu de qualité
  3. Demande de liens auprès de sites pertinents à forte valeur ajoutée
C'est d'ailleurs ce que j'ai toujours essayé de mettre en pratique sur ce blog, en suivant ma "théorie" sur le référencement/positionnement par le contenu pur, qui me conduisit à l'automne 2007 à positionner mon billet sur Facebook en première page des résultats de Google (presque 100.000 visites juste pour le mois d'octobre 2007), grâce à une approche pragmatique :
  1. Générer un contenu original et de qualité
  2. Proposer une information fraîche, fréquemment mise à jour
  3. Coller à l'actu, l'anticiper si possible, être réactif
  4. Produire en quantité suffisante
  5. Lier généreusement vers les autres et capitaliser sur les liens retours
  6. Ne pas craindre de rédiger des billets longs pour favoriser les taux de clic et de rebond
  7. Inclure les mots clés dans les URL
Une démarche centrée "contenu" que j'ai développée en janvier 2007 dans un billet intitulé : "La professionnalisation du contenu". Je m'étais même "inventé" la qualification de "consultant en contenu" (multilingue), ce qui pouvait faire sourire à l'époque alors qu'à présent on ne parle plus que de ça...

Un billet dont je voudrais vous reproposer de larges extraits aujourd'hui, car j'estime qu'il n'a pas pris une ride 7 ans plus tard, et qu'il est même d'une actualité brûlante ! (je n'ai pas vérifié tous les liens, pardonnez-moi si certains sont cassés)

* * *

Le contenu, kesako ?

Contenu, 124 millions d'occurrences sur Google, et sa déclinaison en anglais, content, près de 1 milliard 400 millions de résultats ! Une notion extrêmement répandue, même à défaut de vraiment savoir ce dont il s'agit...

Il est vrai qu'Internet révolutionne le sens d'un nombre considérable de termes, en marquant une ligne de démarcation nette. Pour rester dans notre exemple, il y a le contenu AVANT et APRÈS Internet.

AVANT, selon le petit Robert :
  1. Ce qui est dans un contenant.
  2. Ce qu'exprime un texte, un discours (cf. teneur).
  3. Ce que signifie un signe (cf. signifié)
Donc, pour tenter un parallèle avec la linguistique, où la signification est le rapport réciproque qui unit le signifiant et le signifié, sur le réseau des réseaux le sens est donné par la conjonction/adéquation du contenant (Internet) et du contenu (tout ce qu'il y a dedans).

APRÈS, le contenu sur la toile, pêle-mêle, c'est l'ensemble des informations linguistiques et graphiques, cartographiques, multimédias (vidéo, voix, données, ...), visibles ou non, structurées ou non, interactives ou non, libres ou propriétaires, etc., qui revêtent des significations/portées différentes en fonction des émetteurs/destinataires :
  1. pour l'internaute lambda, de même que pour la grande majorité des (très) petites entreprises, ce sont toutes les données, lato sensu, qui forment leur présence sur le Web ;
  2. pour les moyennes et grandes entreprises, ce peut être un site/portail de e-commerce, un catalogue sophistiqué en ligne, un intranet, etc. ;
  3. Pour les moteurs et les grands acteurs du Web, c'est de plus en plus l'eldorado de l'UGC, à savoir le contenu généré par l'utilisateur de façon plus ou moins librement consentie, plus ou moins licite, à travers lequel les principaux intéressés bâtissent leurs "inventaires", à savoir des référentiels de données planétaires ayant pour double ambition de rendre accessible toute la connaissance de l'humanité d'une part, et de monétiser/marchandiser ce vieux rêve encyclopédiste de l'autre... Il faut bien vivre :-)
En outre, le contenu ça se gère à différents niveaux, citons entre autres : la saisie, le stockage, l'archivage, la sauvegarde, la sécurité/confidentialité, le contrôle/audit, la recherche, la diffusion, la préservation, la destruction/perte, la syndication, etc.

Sans oublier la cerise sur le gâteau, le multilinguisme et toutes les (non-) stratégies possibles de localisation (PDF, 4,7 Mo) du contenu, quel qu'il soit...

Enfin sur Internet le contenu se doit d'être riche, un nouveau concept, une extension du "rich content" (marquant initialement la combinaison de fonctionnalités d'animation, graphiques, audio et vidéo pour offrir de la musique, des jeux, des films, etc.), aussi bien qualitativement que quantitativement...

Et ce n'est qu'un début. Car avec l'explosion prévisible à court terme du mobile (à ce propos, les observateurs ne manqueront pas d'observer que les grandes manœuvres sont déjà en cours dans la téléphonie mobile, où les alliances se multiplient entre moteurs et pure players, pour ne citer qu'eux), et, bien plus inimaginable encore, de l'Internet des choses, le contenu généré par l'utilisateur a de beaux jours devant lui.

Notion assez emblématique de la génération 2.0 du Web participatif (blogs, wikis, forums, podcasts, réseaux sociaux, votes, recommandations, partages de ressources - liens, photos, vidéos, etc.), de l'intelligence collective, de la sagesse des foules, du peer review (auto-régulation, si vous voulez), ou encore, last but not least, du journalisme citoyen, l'User-Generated Content est défini par Didier Durand comme « le contenu - massif - créé par Mr Tout le Monde et publié sur l'Internet à disposition (gratuite) de la planète entière ».

Mais la question est plutôt délicate à appréhender, aussi voudrais-je m'arrêter un instant sur l'UGC, qui est probablement l'un des enjeux majeurs de l'Internet aujourd'hui.

* * *

L'UGC, kesako ?

Le contenu généré par l'utilisateur, c'est "Tu bosses et je ramasse", selon Emmanuel Parody, grâce à qui j'ai le mieux compris les tenants et les aboutissants de la production de contenus sur Internet. C'est dans ce billet, qu'il faudrait que je cite dans son intégralité, commentaires inclus, mais autant vous encourager à le lire, lentement et attentivement.

La dimension clé pour comprendre de quoi l'on parle, c'est que dans l'optique des acteurs qui font le Web, l'UGC est une industrie. Écoutons Emmanuel :
(M)on propos consiste à aborder la question sous un angle industriel. Je n’ai aucun doute que l’aventure individuelle d’un blogueur talentueux puisse permettre l’éclosion d’un projet ou d’une success story. D’un point de vue industriel l’histoire se raconte autrement et ce n’est pas contradictoire. Le partage des revenus ou la perf ne suffisent pas à produire le contenu du moins pas celui que l’on attend d’un media d’information.

Sur la crédibilité, c’est une autre question, je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle se gagne avec le temps et que chacun à sa chance, c’est probablement le meilleur du phénomène du blog. Pour cette raison je crois volontiers aux trajectoires individuelles mais ca ne fait pas une industrie…
Avec une généralisation du haut débit qui tend à générer une croissance mécanique de la consommation et la création des contenus par les utilisateurs, dont la rémunération devra tôt ou tard être abordée, comme l'observe Francis Pisani en rapportant les propos d'un de ses commentateurs :
[…] les utilisateurs prendront conscience qu’actuellement ils ne bénéficient pas de l’exploitation commerciale des contenus qu’ils produisent. Les services qui permettront de rémunérer les producteurs de contenus l’emporteront sur ceux qui ne rémunèrent pas leurs utilisateurs.
Ça me donne envie de comparer les grands moteurs à des banques, peut-être pas au sens propre (quoique...), qui deviennent des mastodontes de la finance grâce à VOTRE argent, et chez qui vous allez emprunter ce qui n'est finalement que l'argent des autres. Idem pour les moteurs qui capitalisent VOS données pour mieux les monétiser ensuite, la seule contrepartie étant que, de temps en temps, ils vous envoient quelques visiteurs, ce qui est bien gentil de leur part, mais ne nous empêche pas de rester des utilisateurs captifs !

Donc, après les flux monétaires, voici arriver à la vitesse grand V les flux de contenus...

* * *
Consultant en contenu : kesako ?

Maintenant que j'ai tenté de cerner d'un peu plus près ce qu'est le contenu sur Internet, il est temps que j'essaie d'approfondir les interrogations soulevées par Serge :
  1. Qu'est-ce qu'un consultant en contenu ?
  2. Que fait un consultant en contenu ?
  3. Qui sont les clients d'un consultant en contenu ?
  4. Qu'apporte à ses clients un consultant en contenu en terme de rentabilité ?
  5. Quels sont les prix que pratique un consultant en contenu ?
* * *

1. Qu'est-ce qu'un consultant en contenu ?

Avant tout, c'est quelqu'un qui a une vision globale du paysage Internet (sixième grand média, rappelons-le) sous ses différents aspects et rouages, alimentée par une veille permanente, une vision adaptative, réactive, capable d'anticiper et/ou de rebondir en temps voulu, mais aussi d'isoler un secteur dans une démarche marketing, pour en segmenter les tendances et analyser le positionnement évolutif (en progression ou en régression) de son client sur le Web, tant à l'échelle nationale qu'internationale (pays par pays).

C'est également quelqu'un en mesure de favoriser une réflexion commune sur votre identité numérique, afin de déployer un registre de langue en phase avec votre style de communication, en le basant sur l'adage « la réputation c'est la répétition », ou comment réinventer constamment le même message dans la continuité et réussir à l'affirmer dans cet univers hyperconcurrentiel, hypercompétitif, qu'est le Web. Reputation is repetition...

Enfin c'est un animateur, capable de réunir une équipe cohérente, où compétence rime avec pertinence, pour couvrir « l'ensemble des informations linguistiques et graphiques, cartographiques, multimédias (vidéo, voix, données, ...), visibles ou non, structurées ou non, interactives ou non, libres ou propriétaires, etc. », qui émanent d'une entreprise.

2. Que fait un consultant en contenu ?

Sa tâche essentielle consiste à partager cette vision en la mettant au service d'un projet, qu'il s'agisse de formation, de conseil au développement d'une présence qualifiée sur le Web ou autre.

Personnellement, je transpose à chaque projet la règle G + 2H + 5W que j'applique généralement au discours, en remettant au goût du jour la vieille recette de Quintilien (ça ne nous rajeunit pas)...

Se poser ces questions et y répondre de manière détaillée est indispensable dès lors que chaque action de communication doit être pensée EN COHÉRENCE avec la politique globale existante et EN AMONT du développement de toute forme d'expression/de présence en ligne : qui communique, à qui, quoi, comment, avec quels résultats, etc.

Si vous parlez avec un référenceur, si vous parlez avec un traducteur, si vous parlez avec un graphiste, si vous parlez avec un ..., chacun vous dira que les impératifs liés à chaque métier doivent être pris en compte A PRIORI plutôt qu'A POSTERIORI : AVANT on décide en connaissance de cause, APRÈS on fait ce qu'on peut, mais ça s'apparente davantage à du rapiéçage qu'à une stratégie bien pensée !

3. Qui sont les clients d'un consultant en contenu ?

Du particulier à la multinationale, quiconque a conscience que présence ne signifie pas forcément visibilité, et que le temps de l'improvisation est révolu pour se faire connaître en intégrant tous les paramètres utiles. Sur le réseau, faire savoir/faire valoir ses produits/services nécessite donc de faire appel à des professionnels, sauf avoir de telles ressources en interne.
Et s'il est vrai qu'une entreprise est reconnaissable à sa signalétique autant qu'à sa manière de communiquer, aucune communication corporate ne peut plus faire l'impasse sur la nature du contenu qu'elle produit à l'intention des internautes (qui ont par ailleurs de fortes chances d'être aussi ses clients dans la "vraie vie").

4. Qu'apporte à ses clients un consultant en contenu en terme de rentabilité ?

Je ne pense pas que la question soit suffisamment ciblée pour lui donner une réponse satisfaisante, tant sont nombreux les critères susceptibles d'impacter le ROI. Comme pour tout accompagnement d'un projet, cela dépend des actions envisagées.

Toutefois, juste à titre d'exemple, ça me fait penser à la traduction : aujourd'hui encore, beaucoup trop d'entreprises s'imaginent qu'il suffit de savoir plus ou moins bien deux langues pour traduire, et font appel à leur secrétaire "bilingue" ou à n'importe qui pour rédiger leur correspondance d'affaire ou d'autres documents commerciaux sensibles, en ayant comme seul critère qualitatif de payer le moins cher possible, voire rien du tout. Idem sur Internet, où les sites multilingues traduits par BabelFish et consorts sont légion.

Le résultat, désastreux en termes d'image et de réputation, est à la hauteur de l'investissement. Autant essayer de solutionner la quadrature du triangle... Donc, faire appel à un traducteur professionnel est-il rentable ? That is the question !

5. Quels sont les prix que pratique un consultant en contenu ?

Variables :-)

* * *

Une stratégie que je poursuis aujourd'hui encore (voir à titre d'exemple la production de mon premier livre blanc consacré au marketing & branding pour traducteurs & interprètes), donc si les services d'un créateur de contenu multilingue de qualité (surtout texte, mais pas uniquement) vous intéressent, il suffit de m'envoyer un mail...