jeudi, juin 19, 2008

Wordle

Service où créer un nuage de mots en soumettant soit un texte à analyser, soit vos favoris Delicious. D'une utilisation intuitive, vous pouvez ensuite choisir couleurs et modes de présentation :








Bien que l'outil soit surtout prévu pour l'anglais et que mes signets Delicious ne soient plus à jour (d'où la prédominance de Google alors que ces derniers temps j'ai davantage parlé de Facebook, Microsoft et Yahoo!), le résultat est plaisant et ce peut être sympa pour illustrer votre blog ou n'importe quoi d'autre.

[Correction] Apparemment, ça marche aussi super bien avec le français. Génial...

Voici donc un billet pauvre en contenu qui va faire mentir Enaty ou Narvic, mais s'il est vrai qu'une image - et plus encore un nuage - vaut plus que mille mots, alors c'est probablement le billet le plus long écrit depuis le début d'Adscriptor !


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samedi, mai 31, 2008

Web 2.0, contenu et partage des revenus - II

Introduction
1. Quelles valeurs porte le Web ?

2. Les réseaux sociaux
3. Les réseaux tout court
4. Les agrégateurs verticaux : de l'agrégation quantitative à l'agrégation qualitative
5. Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
Conclusion

* * *

2. Les réseaux sociaux

Dans le sillage de ma série sur Web 2.0, contenu et partage des revenus, voici la deuxième étape sur les réseaux sociaux.

Mis à part GYM, les premiers sites au monde en termes de fréquentation sont Wikipédia, MySpace, Facebook, YouTube, eBay, etc., dont le point commun est d'être des sites UGC, c'est-à-dire alimentés en contenu par l'utilisateur. En faisant ici abstraction de toute « maturité "critique" de ces "données 2.0". »

D'autres, qui suivent la même logique, deviennent de plus en plus populaires : Flickr, Twitter, ..., l'élément charnière de ces sites étant bien la contribution volontaire des internautes adhérant au service, qui le font généralement pour partager, mais aussi pour étendre leur empreinte sur le Web, en échangeant contribution contre service + visibilité.

Le problème aujourd'hui, c'est que de moins en moins de ces contributeurs vont continuer à se satisfaire longtemps que des parties tierces s'approprient de leur contenu et en retirent des avantages financiers sans leur reverser la moindre partie de leurs gains, parfois faramineux.

Donc à l'instar d'un capitalisme avisé où la socialisation des pertes va de pair avec la privatisation des bénéfices, au plan strict de la monétisation, l'UGC semble avoir pris le même chemin de la socialisation des contenus couplée à la privatisation d'énormes bénéfices par certains grands prédateurs distributeurs, en faisant des contributeurs les nouveaux métayers 2.0 selon Nicholas Carr.

Cependant les choses ne sont pas si simples : peut-on dire de Wikipédia qu'ils naviguent sur l'or ? Non, n'est-ce pas ? Et par ailleurs, si un service prend de telles dimensions qu'on peut lui reconnaître une certaine "utilité publique", quoi de plus normal qu'il gagne de l'argent ? Chose d'ailleurs plus difficile qu'il n'y paraît...

Comme le constate Emmanuel avec son habituelle rudesse concise :
Messieurs il y a un moment où il faut bien faire parler les chiffres et comprendre que ce n'est plus un débat d'opinion. On peut être optimiste sur le long terme mais croire qu'Adsense paye les contenus c'est une plaisanterie. Donc rien de tel qu'un économiste pour nous dire en effet un peu brutalement que la force de travail n'est pas rémunérée. Parce que c'est un fait.
Donc, le problème étant posé, et fort bien, comment le résoudre ?

Je vous rassure de suite : je n'ai pas la réponse miracle. Et à part Google pour lui-même, je crois que personne ne l'a encore trouvée. Pas plus que les différents modèles existants, à des dosages différents, ne sont satisfaisants. Et même si certains commencent à mettre en pratique une politique de revsharing (partage des revenus), ça tourne encore et toujours autour de Google Adsense :
- Create a profile with a picture - 100% of the Google ad rotations
- Build a Weblist - 50% of the Google ad rotations
- Add a listing to an existing ratings list - 50% of the Google ad rotations
- Refer a friend - 10% of the Google ad rotations on their qualifying pages
- Write a review - 50% of the Google ad rotations
Or Emmanuel le dit clair et net : croire qu'Adsense paye les contenus c'est une plaisanterie...

Oui mais voilà. Aucune alternative digne de ce nom n'existe encore. Les widgets sont prometteurs, mais s'ils prennent le même chemin que les bannières et la pub contextuelles telles qu'on les connaît aujourd'hui, cela ne fera que perpétuer l'esclavage 2.0 ou le modèle économique du rémora selon Don Dodge !

Or depuis plusieurs mois que je pense intensément à ces problématiques, j'ai eu le temps d'élaborer ma petite idée, résumée en partie dans ces mots de Jeff Mignon (c'est moi qui graisse) :
J'appelle de mes voeux, depuis un moment et avec d'autres, la création d'une plateforme publicitaire open source pour ESSAYER de contrer Google... et les autres géants. Et permettre aux médias d'avoir un outil de conquête des petits (très petits) budgets publicitaires. Tous ces annonceurs qui n'ont ni besoin de parler à 150 000 personnes, ni les moyens d'annoncer dans les médias traditionnels. Et aussi un outil pour diffuser de la pub géociblée. Dans la majorité des sites locaux, dont je connais les chiffres de trafic, les visiteurs sont extérieurs à la zone de diffusion du journal. Google, lui, a bien tout ça en tête.
Il y avait selon moi quatre acteurs français ayant les moyens - humains, techniques et financiers - de faire quelque chose :
  1. Exalead
  2. Skyrock
  3. Netvibes
  4. Wikio
Exalead va désormais s'empêtrer dans Quaero et me semble plutôt hors jeu malgré quelques velléités à la limite du ridicule. Restent Skyrock, qui continue sa très forte croissance (plus d'1 million de nouveaux blogs créés depuis le 14 avril, soit plus de 20 000/jour !), Netvibes et Wikio. C'était pourtant bien parti puisque ces deux-là collaboraient et avaient un potentiel de pénétration d'Internet extraordinaire.

Et puis voilà que chacun a pris son chemin de son côté, disons pour simplifier Wikio côté commercial et Netvibes côté social. Or certains signes donnent à penser qu'on assiste maintenant à un chassé-croisé, où Wikio prendrait bien un virage social et Netvibes se recentrerait volontiers sur le commercial !

Ce qui est logique : le social, c'est l'audience, la taille critique. Voir l'introduction du billet : le point commun des sites plus fréquentés au monde est d'être des réseaux sociaux, des sites où l'UGC s'exprime à plein. Les stats de Youtube en sont l'illustration manifeste. Et dans ce sens l'ouverture jouée par Netvibes devrait lui donner un avantage concurrentiel formidable, alors que la politique actuelle de Wikio a des points de faiblesse, puisque qu'après avoir fort heureusement abandonné le framing, la réticence actuelle à mettre des liens en dur continue de faire grincer des dents :
... si ce n'est qu'un lien direct serait plus appréciable pour les personnes qui vous fournissent votre fond de commerce : leur contenu.

Mais si il y a bien une chose que j'apprécierai, et je ne pense pas être le seul, c'est que dans les flux thématiques que vous diffusez, vous intégriez un lien
(en dur de préférence bien sur) vers l'article d'origine en plus du lien vers la source Wikio, parce-que, franchement entre nous, j'en ai ras la patate des milliers de sites parasites qui reprennent vos flux, avec nos articles sans qu'il n'y ait rien de plus qu'une vague citation de la source d'origine.
Car même si Wikio est une plateforme technique magnifique, je trouve les ambitions de Pierre Chappaz trop limitées par rapport à ses capacités de déploiement potentiel et aux nécessités.

Dont la nécessité première est de créer des modèles économiques alternatifs aux orientations actuelles, ce qui exige, pour pouvoir faire face aux besoins et répondre aux enjeux, la mise en œuvre d'énormes ressources - humaines, techniques et financières.

Les acteurs que j'ai nommés en disposent, mais tant que chacun continuera à faire sa cuisine dans son coin sans concertation collective apte à fédérer et mobiliser les ressources en question derrière un projet commun ambitieux, les américains resteront maîtres du jeu.

Et par projet commun ambitieux j'entends la réalisation d'une régie publicitaire globale, alternative à l'hégémonie de GYM (voir ici comment se traduit cette hégémonie, entre autres), capable d'exploiter la longue traîne en innovant sur le partage des revenus.

Comme l'observe fort à propos Scott Karp dans Why Traditional Advertising Formats Fail On The Web :
Online advertising must create value for users or it will create little or no value for advertisers.
Or comment créer de la valeur pour l’utilisateur et l'annonceur mieux qu’en valorisant l’apport du contenu des utilisateurs pour offrir un inventaire plus pertinent et varié aux annonceurs ?

Par conséquent, il ne s'agirait pas d'un projet commun où les acteurs en présence seraient des concurrents ne pensant qu'à se tirer dans les pattes, mais d'un projet transversal où chacun amènerait sont expertise propre à la création de nouveaux modèles, ce que le monde entier cherche à faire. Et tôt ou tard, quelqu'un finira bien par y réussir. Surtout que le mobile frappe aux portes...

Les retombées seront phénoménales, donc point d'utopie là-dedans, c'est juste une question de volonté : nos champions du Web auront-ils cette volonté ? Je l'espère ! Et vous, qu'en pensez-vous ?


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mercredi, mai 21, 2008

Mobagetown, vous connaissez ?

Plus de 13 milliards de pages vues par mois !!! Ça vous parle ? Continuons avec les chiffres :

Mobagetown, premier portail de services mobiles au Japon, et probablement au monde, a été lancé en février 2006.

* Novembre 2006 : 2 millions utilisateurs
* Fin 2006 – Début 2007 : 3 millions utilisateurs
* Juin 2007 : +5,5 millions utilisateurs
* Fin 2007 : +7,5 millions utilisateurs
* Mars 2008 : +9,5 millions utilisateurs


Plus de 13 milliards de pages vues par mois, soit plus de 5 000 PV ... à la seconde!!! Énooooooorme, dirait le Chauffeur...

Moi qui me posais récemment la question « Quel contenu Internet pour les mobiles, et quels usages ? », voici donc une première réponse.

Sur la même période, le navigateur Opera Mini pour les mobiles a également connu une croissance exponentielle :

avec plus de 44 millions de téléchargements et d'installations du système sur les mobiles.

Tous les chiffres autour de la téléphonie mobile sont étonnants : Mais ce qui me surprend davantage encore, c'est que la téléphone mobile sert de moins en moins à parler, et de plus en plus à se connecter à Internet ! Essentiellement pour gérer ses courriels, s'informer sur l'actu de dernière minute et ... jouer, filmer, voir des vidéos, écouter de la musique, etc.

Donc en étudiant de plus près le phénomène Mobagetown, la première idée qui s'en dégage est que le Japon, avec un taux de pénétration du mobile supérieur à 80% de la population, anticipe la téléphonie du futur de demain...

Mais de quoi s'agit-il ?

Les concepts clés qui caractérisent Mobagetown sont le gaming sur les mobiles, les avatars et les SNS...

Les deux premiers étant au cœur de l'abonnement et corrélés aux fonctionnalités traditionnelles des réseaux sociaux (SNS : Social Network Sites), à savoir les profils, les amis, les journaux intimes, les photos, les vidéos, les commentaires, les communautés, etc.

D'autres possibilités de produire du contenu éditorial, de publier, de partager des histoires, de la musique, des clips, etc., enrichissent le tout et permettent de fidéliser les utilisateurs et d'agrandir les communautés, les tribus...

En fait, chez les adolescents, le téléchargement de morceaux sur les mobiles est devenu leur première méthode d'achat. Ainsi, sur le site de Mobagetown, les utilisateurs ont le choix entre plus de 10 000 articles virtuels, vêtements, accessoires, etc., payables en "moba gold", la devise du site !

En Asie, l'association mobiles + réseaux sociaux est probablement plus importante encore qu'aux États-Unis, où les 10 premiers réseaux sociaux attirent environ 40% de leur trafic depuis les mobiles :

Myspace
Google
Mocospace
Yahoo!
Facebook
Live
Hi5
Wikipedia
Itsmy
eBay

De plus, l'introduction de la RFID et des QR Codes ouvre des perspectives d'utilisation des mobiles gigantesques, y compris pour les micro-paiements et les paiements tout court. En voici un exemple parlant :

QR Code
Mais le binôme mobile + RFID / QR Code fera probablement l'objet d'un billet à part...

Ce n'est pas pour rien que, selon IBM, la téléphonie mobile est le numéro UN du top 4 de la pub pour les années à venir, devant Internet, la télé interactive et les jeux...

Les marketers de tout poil ne s'y trompent pas, puisque le mobile est le média interactif par excellence, ubiquitaire, que les gens portent sur eux partout et presque constamment, ce qui en fait des cibles parfaites en tout temps et tout lieu, pour toutes les occasions. Last but not least, le mobile peut également servir de connecteur avec les autres médias.

Un dernier point, d'importance : au fil des mois tous ces adolescents grandissent et deviennent les adultes de demain, puisqu'en réalité, sur Mobagetown l'utilisateur moyen prend de l'âge : en novembre 2006, 69% des utilisateurs avaient moins de 20 ans, 25% de 20 à 30 et 6% plus de 30, des moyennes d'âge qui représentent maintenant, respectivement, 53%, 34% et 15%.

Donc, face à un tel El Dorado, il est évident que les appétits s'aiguisent, de GYM à Webwag, de Netvibes à Goojet, etc., avec des concentrations et des alliances à tout-va. J'aurai l'occasion d'y revenir. @ +



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samedi, mai 17, 2008

Web 2.0, contenu et partage des revenus - I

Introduction
1. Quelles valeurs porte le Web ?
2. Les réseaux sociaux
3. Les réseaux tout court
4. Les agrégateurs verticaux : de l'agrégation quantitative à l'agrégation qualitative
5. Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
Conclusion

Le présent billet est dédié uniquement au point 1., les autres suivront...

* * *

Suite à ma petite provocation, aux commentaires et aux réponses de Narvic et de Szarah, il y a tellement de choses à dire que ça me prendra des jours. Au moins.

Donc tout en précisant que l'idée de "toute puissance de la technologie pour régler toutes les situations" est totalement étrangère à ma pensée, pas plus que je n'aie "d'excès de confiance dans les vertus de la technologie" ou que je ne donne dans la louange acritique, servile et béate, je laisserai pour l'instant de côté les problèmes "accessoires" pour me concentrer sur la question qui fâche : les modèles économiques.

Ils sont évoqués par tous :
  • Narvic :
    ...il me semble que le poids de quelques gros intérêts dans le développement du Web 2.0 (une poignée de grosses sociétés américaines) est trop important, par rapport à celui de la grande masse des utilisateurs, mais aussi des petits "créateurs". Cette situation est déséquilibrée et recèle des risques
    Dans le cas du Web 2.0 marchand : c'est le distributeur qui rafle toute la mise. C'est ça le modèle économique et il est parfaitement en place. Je ne vois pas pourquoi Google, Yahoo! Microsfot et les autres le laisseraient remplacer par un autre (d'ailleurs lequel, où le vois-tu venir ?), puisque celui-ci est si favorable...
  • Emmanuel :
    ...rien de tel qu'un économiste pour nous dire en effet un peu brutalement que la force de travail n'est pas rémunérée. Parce que c'est un fait.
  • Szarah :
    ... cette conception ne règle en rien la question de la rémunération des auteurs.
    C'est là que le bât blesse.
  • Hubert :
    À l'inverse, la gratuité du web 2.0 finit par être un système économique, un modèle économique en soi, comme l'explique Anderson, qui, comme le dit Emmanuel, ne fonctionne pas jusqu'au bout de sa logique.
Le tout pouvant être résumé par cette question de Szarah :
Quelles valeurs porte le Web ?
À laquelle j'ajoute : et si les directions actuellement prises sur le Web ne sont pas les bonnes, ou pas suffisamment, quelles sont les "autres directions possibles" ?

En étant sûr que tôt ou tard Narvic nous donnera aussi son avis là-dessus, voici d'ores et déjà celui de Szarah :
Le Web pouvait prendre d’autres directions que l’autoroute vers l’enfer de la publicité.
Les montants gaspillés pour seulement faire de l’argent auraient pu être investis autrement.

Le Web retombera sur ses pieds, pas de souci, mais nous aurons perdu dix années à faire fonctionner les machines à sous.
Et dix ans, c’est une génération sacrifiée.
La décennie 1998 - 2008, une période que j'ai suivie de près, puisque je me suis connecté pour la première fois à cheval sur 1995-1996. Or en dix ans, je ne vois franchement aucune génération sacrifiée. Non !

Je vois un formidable passage du Web 1.0 vers le Web 2.0, je vois un ferment extraordinaire vers le Web 3.0 et le Web sémantique (d'aucuns me diront que ce devrait être un pléonasme, mais peu importe), je vois une gigantesque démocratisation des logiques et une appropriation de plus en plus grande des outils par la masse, je vois une bien meilleure compréhension des enjeux (les critiques justifiées qui fusent dans tous les sens en sont d'ailleurs l'expression), etc.

En clair, je vois une évolution, nette, plutôt qu'une régression.

Donc conclure qu'il s'agit d'une génération sacrifiée pour faire fonctionner les machines à sous, si ça n'est pas de l'amertume, ça y ressemble.

Mais qu'importe. Il ne s'agit pas de se chamailler entre le camp des ronchons Web 1.0 contre celui des simplets Web 2.0 (ne manquent plus que 5 nains pour arriver au Web 7.0 :-), une caricature facile à laquelle j'ai eu recours pour frapper les esprits, sans viser personne en particulier mais tout le monde en général. Rien de personnel, donc.

Ce dont il s'agit en revanche, et beaucoup plus sérieusement, c'est de répondre ensemble à cette interrogation d'Hubert Guillaud :
Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
après avoir constaté :
(l)es outils que nous utilisons aujourd’hui, tout “web 2.0″ qu’ils s’affirment, (...) favorisent la somme ou la moyenne des regards plutôt que leur pertinence… Mais comment faire sens ? Comment aider le regard à se déporter, quand la plupart de nos outils favorisent le sens commun ? Comment favoriser, mettre en valeur, mieux analyser la dissémination plutôt que la concentration ? La qualité ou la pertinence, plutôt que la quantité ? Trop d’outils mettent en avant le plus lié, le plus vu, le plus écouté, le plus lu. Qui est souvent aussi le plus apprécié, car on vote pour ce qu’on voit, lit, écoute, connaît et reconnaît. Le succès va au succès, fort bien, mais a-t-on besoin d’une telle débauche d’innovation pour un résultat si pauvre ?
Tout ce qui précède pour amener deux seules questions ! Existentielles sur Internet :
  • Quelles valeurs porte le Web ?
  • Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ?
* * *

1. Quelles valeurs porte le Web ?

D'abord il faudrait s'entendre ! Le Web n'est-il qu'un outil, quand bien même un outil ayant "un grand pouvoir de démultiplication des tendances", ou est-il quelque chose de plus ?

Car si l'on pose la question : Quelles valeurs porte le Web ?, c'est qu'implicitement - et encore -, on reconnaît que le Web est bien plus qu'un outil. Un outil ne porte pas de valeurs. Un outil est neutre, il peut faire le bien comme le mal. C'est l'utilisateur qui compte, et ce qu'il en fait...

Comme le dit si bien Gaël Plantin :
Un outil n'est ni bon ni mauvais, il est pratique ou pas à un moment donné, dans le cadre d'une tâche donnée, menée par un individu donné.
Si jugement moral il doit y avoir, ce n'est pas sur l'outil, mais sur les conditions de son utilisation et les conséquences qui en résultent...

Il est nécessaire de former les utilisateurs afin de permettre à chacun de bénéficier des apports potentiels sans pour autant crouler sous les contraintes.
Former. Se former. S'informer. Pour à son tour former et informer.

Voire transformer, vous diront les marchands. L'argent étant, comme toujours, le nerf de la guerre économique sur Internet. Et apparemment, le premier moyen de faire de l'argent sur le Web aujourd'hui, c'est la pub. Ou nitrométhane virtuel, selon Szarah.

Nous avons donc deux pôles qui s'attirent ou se repoussent, c'est selon, tels des aimants qui s'épousent ou s'éloignent selon qu'on veut mettre en contact deux positifs, deux négatifs ou un positif et un négatif.

La pub d'un côté ; le contenu de l'autre.

Avec en plus une nouvelle orientation : transformer la pub en contenu. Ou vice-versa. Pour que la pub se fonde mieux dans le contenu (et/ou le contenu dans la pub). Voire pour qu'elle se suffise à elle-même. Une pub non envahissante, presque amie, qui veut vous passer son message l'air de rien... À moins que ce soit le contenu qui cherche à vous faire "transformer" comme si de rien n'était.

Je vous le dis : tantôt deux positifs, tantôt deux négatifs, tantôt un positif et un négatif...

L'avis de Marc Andreessen est très éclairant là-dessus :
“The technology for ad serving and targeting is getting better and better because it is software,” he said. “This development cycle is antithetical to what media companies were built to do. Traditional media isn’t based on code, but on fixed standards. The formats for delivering most television content today was invented in the 40s.”

The innovation behind these ad serving technologies will drive the overall online ad pie from 20+ million today to about 100 million in the next five to seven years, he says. And an important piece of this puzzle will be ad networks which can benefit from a network effect as they grow — seeing exponential returns from incremental traffic and distribution.

“A big battle over the next few years will be around ad networks,” he says. “AdSense has a lead there but there has to be about 200 different ad networks out there that are targeting in different ways.”
En gros, il dit ceci :
Aujourd'hui la pub servie sur Internet est de plus en plus efficace car c'est du logiciel : des technologies qui n'ont plus rien à voir avec les codes publicitaires des médias traditionnels, normalisés, rigides (pour la télé, les formats remontent aux années 40...).

Aujourd'hui la pub c'est de l'innovation technologique, et une grosse partie du puzzle va se déplacer vers des réseaux publicitaires encore à inventer, dont l'effet de maillage se propagera au fur et à mesure qu'ils monteront en puissance (le cas de FM, par exemple) : AdSense est encore leader, mais environ 200 autres types de régies ciblent déjà les internautes de différentes façons.
Donc, côté pub, nous avons et aurons toujours davantage ce type de réseaux dédiés.

Côté contenu, que nous pourrions presque confondre avec l'actu de l'Internet au sens large, avec les notions connexes de dynamicité et de fraîcheur des infos, qui ne viennent pas uniquement de la presse, mais également des millions de sites qui ont leur propre actualité, et notamment la blogosphère mondiale et les réseaux sociaux, nous pourrions regrouper tout cela sous l'appellation de réseaux de distribution alternatifs (sur le Web, la presse en fait-elle partie ou non, qu'en pensent les professionels ?), dont Szarah nous dit :
Le challenge commencé il y a longtemps consiste à établir des réseaux de distribution alternatifs, où le producteur (auteur, éditeur) aurait un peu plus son mot à dire.
Dans la "vie réelle", les expériences n'ont pas manqué mais sans guère de succès ou alors avec l'idée sous-jacente d'être racheté.

Sur le Web, ce modèle a été copié servilement : on crée des réseaux destinés à être rachetés par les majors.
Et elle ajoute :
Ce contenu créé par la collectivité est exploité par ceux qui gèrent l’outil.
La collectivité est d’accord et ne se sent pas exploitée : heu-reu-se.

Les bavardages des forums et des plateformes communautaires ne suffiront pas éternellement, comme “contenu”.
Il faut autre chose : du texte, des images, des vidéos, de la musique, des logiciels.
Et il faut financer cette production.
Les internautes, avides de s’exhiber et d’obtenir un billet retour de reconnaissance, partagent volontiers leurs œuvres.

Il arrivera bien un moment où ils se rendront compte qu’ils sont exploités.
Que ce qu’ils reçoivent du partage de la publicité, c’est seulement des miettes.
Qu’eux-mêmes, les internautes, constituent une sorte de matière première...
Or en lisant tout ça, je ne peux m'empêcher de me poser la question : est-ce que tous les auteurs créateurs de contenus qui adhèrent à Federated Media (ce n'est qu'un exemple), se sentent exploités ? Juste pour en citer un, allez demander à Michael Arrington s'il se sent exploité !

Personnellement, je ne suis pas Michael Arrington mais je ne me sens pas exploité non plus. Et je n'ai même pas d'Adsense sur mon blog !

Par contre j'aimerais exploiter mieux le contenu que je crée. Ou plutôt, les contenus que je crée. Ce que lui a réussi à faire. Et c'est là où le fait d'être isolé et sans grands moyens économiques devient une limite. Forte.

Donc pour reprendre la question : Quelles valeurs porte le Web ?, je ne crois pas une seconde qu'on puisse répondre que ces valeurs seraient potentiellement négatives dès lors que la question de la rémunération des auteurs ne serait pas réglée (selon quelles règles ?), et positives dans le cas contraire.

Car approuver ou désapprouver le "Web marchand" uniquement sur cette base me semblerait énormément réducteur, sans refléter en aucun cas toute la richesse dont le Web est porteur.

D'autant plus que le Web marchand, ou la commercialisation du Web, si vous préférez est un élément déterminant de l'essor du Web depuis sa création. Dans leur essai, intitulé THINKING ON THE WEB (Berners-Lee, Gödel, and Turing), (Copyright © 2006 by John Wiley & Sons, Inc.), H. Peter Alesso et Craig F. Smith nous disent, dans le chapitre dédié à Tim Berners-Lee :
En 1991, trois événements majeurs et convergents ont permis d’accélérer la percée de la Révolution informationnelle. Ces trois événements furent :

1. l’apparition du World Wide Web,
2. la disponibilité à grande échelle d’une interface de navigation graphique, et
3. la commercialisation galopante sur Internet.
Donc si l'on met de côté le point 2, métaphore de toutes les technologies passées, présentes et à venir qui ont permis, permettent et permettront d'utiliser le Web, nous voyons déjà dans les points 1. et 3. toute l'ambiguïté que l'on retrouve aujourd'hui dans les discussions sans fin sur le paradoxe gratuit-payant : D'où un premier constat, évident : l'essor du Web est soutenu par de nouveaux modèles économiques, inconnus et probablement aussi inapplicables AVANT le Web, qui mixent gratuit et payant selon différents dosages, différents moments. Dont beaucoup sont encore à inventer...

Voyez cette présentation sur les modèles économiques du Web, c'est très instructif et montre bien que si les choses ne sont pas simples, les changements introduits par rapport aux modèles économiques pré-Web n'en sont pas moins inéluctables.



Read this doc on Scribd: Business models on the Web


Donc pour moi il ne sert plus à rien de vouloir reproposer encore et toujours ces mêmes modèles de protection des droits d'auteur et de propriété intellectuelle qui ont souvent fini par aboutir à des rentes de privilèges mais sont en train d'être balayés par l'histoire.

Nous sommes face à une rupture, qui a déjà eu lieu (pour autant, revenir en arrière est d'ores et déjà impossible), et insister dans cette voie à outrance est un combat rétrograde et perdu d'avance (sur le court terme peut-être pas, à moyen terme, ça reste à voir, mais sur le long terme, cela ne fait aucun doute) (de même certains pays sont en avance - les États-Unis -, d'autres en retard - la France). Ce qu'il faut maintenant, c'est trouver de nouvelles formules, adaptées à la réalité d'aujourd'hui en général, et d'Internet en particulier. Qui abolit les frontières, ne l'oublions pas...

Et même si je suis bien conscient qu'en disant ça je vais m'attirer les foudres de tous les tenants de l'orthodoxie, c'est mon avis.


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P.S. Pour l'instant je n'ai absolument aucune idée sur quand est-ce que je rédigerai le ou les billets à suivre (voici déjà le premier)...

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vendredi, mai 09, 2008

Quelques questions... et mes réponses

- Le Web 2.0 produit-il du contenu du qualité ? Ce contenu est-il crédible et fiable ?
--> Oui et oui. Pas uniquement, mais oui. Juste un exemple : le Washington Post vient de signer avec Techcrunch pour la diffusion de son flux RSS sur le site du journal. N'est-ce pas là une reconnaissance de ce que peut apporter le Web 2.0 à l'information ?

- Le web 2.0 détruit-il l'économie de la Culture, et la Culture elle-même ?
--> Non et non. L'imprimerie a-t-elle détruit l'une et l'autre ?

- Encourage-t-il le désordre moral ? Menace-t-il nos libertés individuelles ?
--> Non et non. Sûrement ni plus ni moins que ce qui se passe "dans la vraie vie".

- Comment civiliser cet univers sauvage ?
--> En commençant par civiliser la planète. Internet suivra...

Pour des réponses plus fouillées, rendez-vous chez Narvic.

Sans oublier les six autres questions que pose François Guillot sur l'avenir des médias en ligne, à lire absolument si vous vous intéressez au sujet !


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mardi, avril 29, 2008

L'homme est un animal social...

Dont le propre est de communiquer. Depuis tout temps. D'abord par l'oralité, essentiellement. Puis par l'écriture.

Dès les premières lignes de son Histoire de l'écriture (Payot, réédition, 1984), James G. Février disait, en 1959 :
L'écriture est un procédé dont on se sert actuellement pour immobiliser, pour fixer le langage articulé, fugitif par son essence même. Moyen indirect d'ailleurs. Il viendra peut-être une époque où le dictaphone remplacera la plume et où nos bibliothèques se transformeront en discothèques ; la radio ne concurrence-t-elle pas déjà la presse ? Mais nous n'en sommes pas encore là.
Clairvoyant, non ? Un demi-siècle a passé, et nous sommes désormais beaucoup plus loin... À des années-lumière, même.

Avant Internet, lorsque vous communiquiez avec quelqu'un, soit vous lui parliez, soit vous lui écriviez, mais difficilement les deux en même temps.

Or dans l'Internet, non seulement l'écriture et l'oralité se fondent, mais vous pouvez y ajouter les images - statiques et en mouvement -, la musique, et toutes sortes d'autres éléments interactifs.

The live Web : le summum des possibilités communicatives, où chaque message, chaque info qui circulent peuvent passer de main en main et être pris ou laissés, traités, modifiés, élaborés, réélaborés, mixés, remixés, diffusés, repris, rediffusés, etc., à l'infini. Où chacun/e y met son grain de sel, à son gré et sa discrétion, dans l'instant ou en différé et selon son humeur.

Même la traduction s'inscrit dans ce cycle communicationnel.

Donc nous n'avons plus désormais un contenu produit d'un côté et consommé de l'autre, mais une tension continue entre ces deux pôles "production-consommation", et une commutabilité (si je dis commutativité Eolas va encore pinailler) permanente entre les deux rôles.

Qui se calquent maintenant sur un modèle de communication en réseau, où l'on est passé du point-à-point au many-to-many (multipoints-à-multipoints, où tout le monde communique avec tout le monde) : aujourd'hui, potentiellement, tout le monde produit, tout le monde consomme.


Il n'y plus le one-to-many du producteur qui vendrait son contenu propriétaire à la masse des consommateurs, mais autant de producteurs que de consommateurs et vice-versa.

Et en outre, autre révolution majeure : il y a aujourd'hui davantage de contenus librement accessibles que de contenus payants. Des contenus de même nature ! Il devient en effet de plus en plus difficile, au point de tendre à l'impossible, de trouver une info payante qui ne soit pas aussi disponible sans rien payer.

Donc pourquoi payer d'un côté ce qui est gratuitement disponible de l'autre ? Et qu'on ne vienne pas me dire que ce qui est gratuit n'est pas gratuit, que vous le payez autrement, etc., car en l'espèce c'est une question tout à fait accessoire.

Une fois ces contours tracés, les manœuvres gigantesques auxquelles se livrent les grands groupes aujourd'hui tournent autour d'un seul problème : celui du contenu. L'inventaire, comme on l'appelle sur Internet.

Plus l'inventaire les inventaires que vous pouvez proposer aux internautes sont importants, plus vous pouvez les "monétiser" d'une façon ou d'une autre. D'où les concentrations auxquelles on assiste - et ce n'est pas fini -, où chacun apporte en dot ses lots de contenus.

Et où prennent-ils ces contenus ? Sur mon blog, sur celui d'Eolas, sur les sites des autres, etc. Là où il est, quoi. Ils se servent d'ailleurs sans rien demander, et personne ne leur dit rien, car ils "donnent" en échange une certaine dose de visibilité. Or si l'on n'est pas visible sur Internet, autant dire qu'on n'est rien. Pas de visibilité, pas de présence. L'équation se résume à ça.

Il n'y a guère plus que la presse qui prétend vouloir faire payer les moteurs, et on voit où ça la mène. Encore heureux que les moteurs soient prêts à payer ! Sans quoi les groupes de presse finiraient par avoir encore moins de lecteurs sur leurs sites que pour leur édition papier, ce qui est tout dire...

Mais le jour où ils couperont les cordons de la bourse, même les sites de presse devront mettre les clés sous la porte. À moins qu'ils ne s'adaptent. Et vite. La relève est déjà là. Tous les journalistes qui se posent des questions feraient bien d'y réfléchir, voire de changer d'attitude...

Le contenu, donc. Notre contenu. Celui d'Adscriptor, par exemple. Et celui du voisin, et du voisin encore, etc.

Comment le valoriser mieux que par quelques degrés de visibilité ? Rassurez-vous, je pose la question sans vous donner la réponse, qui ne dépend certes pas de ma personne. J'ai déjà mes idées là-dessus, une foule d'idées, mais que seul je serais bien incapable de mettre en œuvre. Il y faudrait des moyens humains, une structure logistique, une plateforme technique, etc.

Toutefois on peut résumer ça en un mot : agrégateur. Avec les avalanches de procès auxquelles on assiste en ce moment, j'ai lu de tout sur les agrégateurs. Tout et son contraire. D'abord il en va des agrégateurs comme du reste : il y a les bons et les mauvais. Je crois surtout que les agrégateurs sont comme les autres, au sens où personne (à part Google) n'a encore vraiment compris comment interagir intelligemment avec les producteurs de contenus que nous sommes.

Mais ça va se mettre en place, c'est évident. Ce n'est qu'une question de temps. De tâtonnements, pour tester, modifier, ajuster les modèles.

Toutefois une chose est sûre : ce n'est pas en défendant à outrance le pré carré de l'information propriétaire qu'on va dans le bon sens. Pas plus qu'en menaçant de procès un blogueur pour avoir osé reproduire un dessin tout pourri. Et encore moins en condamnant à tort et à travers pour des infos tellement anodines qu'elles ne méritent pas même d'être qualifiées d'infos...

L'homme est un animal social. Qui a autant besoin de communiquer et d'échanger que d'air. Vouloir l'en empêcher, c'est aller contre nature. Vouloir enfermer l'information et son libre-échange dans des règles juridiques trop strictes, aveugles et rétrogrades (en fait, ne servant qu'à maintenir certains privilèges le plus longtemps possible), c'est comme vouloir retenir de l'eau dans ses mains. Ça fuit de tous les côtés.

Je ne suis pas seul à le dire, c'est dans ce film (45 minutes).


Steal This Film II - FR from Nicolas Cynober on Vimeo.

L'information est liquide. Dans l'océan de l'info, soyons tous des pirates. Libérons les données...

Billet excellentissime auquel je dois la réflexion qui précède. Merci Nicolas.


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P.S. Adaptation de la première capture d'écran du film :

Ne demandez la permission à personne pour copier ce contenu. Quiconque ne reproduira pas ce contenu, ou empêchera les autres de le faire, sera mis au ban.
Tous les dispositifs techniques potentiellement utilisables pour partager ce contenu devront être déployés. Nous vous le demandons : assurez-vous avec vigilance de la promotion de ce contenu, et informez les tenants de la propriété intellectuelle que sa “consommation” doit être favorisée, et non combattue. Merci !
Voilà au moins une capture pour laquelle je ne risque aucune menace.
Eolas, si vous visionnez ce film, grand bien vous fasse ! (tiens, ça rime ;-)

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dimanche, avril 27, 2008

L'affaire Martinez - Gala

ou pourquoi il n'y a, selon moi, qui ne suis pas avocat mais simple citoyen concerné par ce que je considère être de graves dérives juridiques et des "torsions brutales" du système judiciaire, aucune atteinte à la vie privée dans cette affaire.

[MàJ - 21 mai 2008] Et ça continue...

Suite à la menace à peine voilée d'Eolas, en proie à un énorme coup de colère, j'ai écrit dans la foulée un billet enflammé que je renonce à publier pour mettre un terme à cette polémique stupide, qui n'a jamais été mon but.

Comme nous y invite sobrement Frédéric Dard : "Il est parfois bon d'abaisser un débat", ... ce qui ne veut pas dire y renoncer.

Voilà pourquoi je poursuis mon analyse de cette triste affaire, qui n'est certes pas un honneur pour la Justice française. C'est mon avis. Motivé par de gros efforts de compréhension pour essayer de faire la part des choses. S'il ne vous plaît pas, ou si vous n'êtes pas prêt à examiner objectivement un point de vue différent du vôtre, passez votre chemin.

* * *

Dans Eolas – Adscriptor : riposte, Pierre Borbon me dit en commentaire :
Vous montrez du doigt comme quelque chose d'énorme le fait que la Cour de cassation parle de dérives jurisprudentielles. Il n'y a là, absolument rien d'étonnant ou de choquant.
Ce n'est pas tout à fait exact. Ce que je veux montrer du doigt, c'est que la Cour de cassation parle de dérives jurisprudentielles en matière d'atteinte à la vie privée !

C'est ça qui m'a étonné. Car il me semble deviner que dans l'affaire Martinez contre Fuzz et les autres, aucun avocat défenseur n'a soulevé d'exception sur ce point.

Apparemment il règne en l'espèce un consensus général chez les avocats sur cette dictature de l'atteinte à la vie privée, une matière dont Emmanuel Parody nous dit : « c'est le droit à l'image et la législation protégeant la vie privée qui est notre spécificité nationale. »

Eolas lui-même, dans son billet sur la condamnation de Gala, conclut ainsi : « Le reste de la décision n'appelle aucun commentaire particulier de ma part, elle est très classique en matière de protection de la vie privée. »

Un avis que je ne partage absolument pas, non point parce que c'est Eolas qui le dit, cela ne changerait pas ma position d'un pouce qu'il fût prononcé par Machin ou Trucmuche. Ainsi, celles et ceux qui seraient amenés à penser que ce billet est issu d'une rancune malsaine se trompent. Lourdement.

Je vais donc analyser cette affaire avec mon "bon sens", c'est tout ce que j'ai. Aucune formation juridique, on me l'a assez reproché, mais je ne considère pas cela comme une excuse suffisante pour éviter d'essayer de comprendre. Par moi-même dès lors que je n'accepte pas cette apparente passivité générale autour d'un principe injustement érigé en absolu.

Ce qui m'a conduit à rechercher les exceptions à ce principe. Je les ai trouvées ici (c'est moi qui souligne) :
II . Exceptions

1) Les exceptions au droit à la vie privée et à l’image

1ère exception : "La redivulgation de faits déjà licitement publiés" [4] et informations "anodines"

Faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité

Il est normal qu’un journaliste ou tout autre professionnel chargé de faire connaître et d’étudier les faits puisse se référer à des événements qui ont déjà fait l’objet d’une divulgation, ces faits étant en principe connus de tous. Cependant, Me A. Bertrand constate que de nombreux jugements continuent de sanctionner la republication dans des journaux d’informations dont le public avait par le passé eu connaissance. Il cite à l’appui une décision du TGI de Nanterre en date du 15/02/1995 "Seule la personne concernée est habilitée à décider de faire ou de laisser publier la relation des faits relatifs à sa vie privée dans les termes, le support et le contexte choisis par elle, de sorte qu’une nouvelle publication ne peut être faite sans son autorisation spéciale".

Ce genre de décisions contrarie l’esprit de l’article 9 du code civil qui n’est censé protéger que l’intrusion illicite dans la sphère privée. En effet, la divulgation de ces faits par la personne protégée écarte toute idée d’atteinte à la vie privée.

Le droit exclusif et absolu sur sa vie privée : la fin d’un règne ?

Un arrêt de la cour de cassation, plus récent, en date du 3 avril 2002 semble vouloir atténuer cette sévérité des juges du fond. La cour affirme que la simple relation d’un fait public n’est pas de nature à porter atteinte à la vie privée et rappelle que certains faits, qu’elle qualifie d’"anodins", ne peuvent, en raison de cette nature, constituer une atteinte à la vie privée. Ainsi, alors même qu’aucun contexte d’actualité ne vient couvrir l’absence d’autorisation, il semblerait que la cour de cassation ait décidé de mettre un terme à certaines dérives jurisprudentielles.
Une première exception - "La redivulgation de faits déjà licitement publiés" et informations "anodines" - qui semble s'appliquer comme un gant à l'affaire Martinez - Gala !!!

Donc une première question que je pose aux avocats est la suivante : pourquoi dans cette affaire aucun de vos consœurs et confrères n'a soulevé cette exception ?

Sur le caractère anodin de l'information, il me semble difficile de se contorsionner dans tous les sens pour prétendre le contraire. Quoique, vu les précédents...

Reste à examiner la question des "Faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité", pour voir si la caractérisation est applicable ou pas à l'affaire Martinez vs. Gala.

Je dois pour ce faire me rapporter au jugement du tribunal (intégralité) :

À la défenderesse faisant « valoir que la notoriété du couple formé par K.M. et O.M. à laquelle les intéressés ont eux-mêmes contribué priverait ce dernier de la possibilité d'agir en référé, l'écho donné aux retrouvailles du couple n'étant pas nécessairement fautif », le juge répond :
...attendu que la divulgation antérieure par le demandeur de faits relevant de sa vie privée, à supposer qu'elle soit suffisamment démontrée, ne saurait le priver de la possibilité d'agir en référé en raison d'atteintes postérieures non autorisées, et ne peut dès lors constituer une contestation sérieuse au sens de l’article 809 alinéa 2 du Code de procédure civile ;
je note que ce jugement a été rendu presque une semaine APRÈS que la rumeur d'un mariage éventuel entre K.M. et O.M. ait fait le tour de la toile, relayée par une dépêche de l'AFP, reprise par je sais pas combien de journaux, suivie du démenti officiel de Me Emmanuel Asmar pour le compte de son client : Olivier Martinez dément un mariage avec Kylie Minogue (des milliers de résultats aujourd'hui sur Google). Je cite la dépêche :
Me Emmanuel Asmar, l'avocat de l'acteur français Olivier Martinez, a fait savoir jeudi soir dans un communiqué à l'AFP que son client démentait l'annonce d'un prochain mariage avec la chanteuse australienne Kylie Minogue.
(...)
Pour preuve de ce mariage qui alimente une rumeur depuis plusieurs mois...
Donc je me demande : dans l'échelle des rumeurs, quelle serait la plus haute pour motiver une atteinte à la vie privée ?

Celle de simples retrouvailles, ou celle d'un futur mariage ? De plus, comble de l'absurdité, cette rumeur du mariage a été lancée sur Internet le jour même, ou le lendemain, je crois, de la condamnation de Fuzz et des autres.

Or dans le cas des simples retrouvailles, nous avons une série d'assignations - toutes gagnées - au motif d'atteinte insupportable à la vie privée, alors que dans le cas du mariage annoncé - POSTÉRIEUR aux condamnations contre Fuzz et les autres et ANTÉRIEUR à la condamnation de Gala -, nous avons un simple démenti du même personnage.

Une info également reprise sur Gala, le 28 mars (lendemain de la condamnation de Fuzz et des autres, mais date antérieure au jugement) qui écrit : « Olivier Martinez met donc les choses au clair et demande une nouvelle fois, en démentant les rumeurs de mariage, qu’on cesse de parler de sa vie privée. »

Assortie d'un premier plan du beau ténébreux...

Vous allez peut-être rétorquer qu'il n'est pas trop tard pour que Martinez attaque l'AFP et compagnie, mais enfin, après avoir publié un communiqué officiel utilisant les mêmes voies, permettez-moi d'avoir quelques doutes.

Auquel cas je pose aux avocats les questions suivantes :
  1. Ces faits peuvent-ils être considérés publics ou portés à la connaissance de tous en toute légalité ?
  2. Si cette circonstance du mariage annoncé, de toute évidence plus grave sur l'échelle des rumeurs que celle des simples retrouvailles, peut être considérée comme un fait public ou porté à la connaissance de tous en toute légalité, y a-t-il une quelconque possibilité que la soi-disant atteinte ait gain de cause devant un juge du fond (car si j'ai bien compris, le référé ne préjuge en rien de l'issue d'un jugement sur le fond) ?
  3. Vu le déroulement des événements et les antécédents médiatiques du "couple", est-il possible que, pour des "infos" de même nature, d'abord il n'y a pas atteinte, et puis après il y a atteinte, ensuite il n'y a plus atteinte, et demain peut-être encore atteinte, etc.
    Un peu comme si l'atteinte pour les mêmes infos totalement anodines pouvait être décrétée selon des fenêtres temporelles décidées par une star capricieuse : hier non, aujourd'hui oui, demain non, après-demain qui sait ?
Et que dire ainsi du "préjudice subi par O.M. du fait de cette publication (...) aggravé par le fait que celle-ci a été diffusée sur Internet" ?

En effet, les moteurs fournissent des milliers de résultats sur les infos ci-dessus. Donc, doit-on considérer ces milliers de résultats publics ou portés à la connaissance de tous en toute légalité, ou constituent-ils tous une atteinte ? Ou encore certains constituent-ils une atteinte et d'autres non, alors qu'ils parlent tous de la même chose ? Et si oui, quels sont les critères juridiques retenus ? Le degré de gravité dans l'échelle des rumeurs ? Autre ?...

* * *

Mais ce n'est pas tout. Loin de là.

Selon le jugement, l'article condamné a été publié le 4 février, puis volontairement retiré du site Gala.fr le 14 mars, après avoir fait l'objet "d'environ deux milles visualisations" (sic!).

Ce qui fait que là où le plaignant demandait le "retrait immédiat de l’article litigieux sous astreinte de 5.000 euros par jour de retard", le juge constate que "le retrait des propos n'est plus sollicité eu égard au constat d'huissier produit en défense".

Plus d'article litigieux, plus de retrait. Ce qui doit être bien commode pour Gala.fr, qui publie en parallèle la même info à deux autres endroits, ENCORE EN LIGNE AUJOURD'HUI :

On ne parle que de ça | Kylie Minogue dément une nouvelle relation amoureuse avec Olivier Martinez : Certes, ils se voient régulièrement, mais uniquement par amitié...

Brève publiée le 5 février, c'est-à-dire le lendemain de l'info condamnée et volontairement supprimée par Gala.fr :


On murmure que... | Kylie Minogue flirte avec son ex ! : A Paris, elle serait retombée dans les bras d’Olivier Martinez...

Celle-ci, qui n'est pas datée (pourquoi donc ?), est placée sous la même rubrique que la brève condamnée : On murmure que..., et reprend partiellement les mêmes mots (à gauche, version actuellement en ligne) vs. (à droite, version retirée) :

- On murmure que... | Kylie Minogue flirte avec son ex ! vs. On murmure que... | K.M. et O.M. de nouveau ensemble ?

- Kylie aurait craqué de nouveau pour son french lover vs. la chanteuse australienne aurait décidé de retenter l'aventure avec son french lover...

- On pensait qu’elle s’était juste contentée de promener S., le berger allemand d’Olivier, pendant sa virée à Paris vs. Toujours accompagnés du fidèle S., le chien de l'acteur, ils auraient été aperçus...

Etc. La brève est illustrée en outre par une photo d'archive, ce qui signifie, si j'ai bien compris tout ce que j'ai lu, que dans ce cas il n'y aurait pas seulement atteinte à la vie privée, mais également un problème en termes de droit à l'image :


J'ai fait ces captures d'écran le 6 avril, c'est-à-dire postérieurement au jugement contre Gala, or photos et articles y sont encore.

Par conséquent, si l'on calcule une astreinte de 5.000 euros par jour de retard pour le retrait des DEUX articles, calculez vous-même...

Et là où le jugement mentionne :
O.M. verse aux débats dix jugements ou ordonnances de référé ayant condamné sur le fondement de l’article 9 du code civil, la société Prisma Presse entre juin 2005 et mars 2007, ce qui est de nature à attester de son absence de complaisance et donc de la réalité de son préjudice susceptible d'aggravation du fait de cette nouvelle publication ;
en mettant sur un plateau de la balance l'info condamnée et volontairement retirée, et sur l'autre la même info dans deux articles (agrémentés de photos...) encore en ligne plus d'un mois après les condamnations, je me pose des questions : est-il possible qu'on trouve dans les résultats des moteurs, d'une part, des sites peu en vue comme tous ceux qui ont été condamnés dans le sillage de Fuzz, et, de l'autre, qu'on passe à côté de cette même info publiée dans DEUX articles de Gala (avec photos...), qui ressort habituellement en première page sur ce genre de résultats people ? Mystère...

Et quid de la complaisance, dans ce cas ?

Sans compter, cerise sur le gâteau, que l'article correspondant sur celebrites-stars.blogspot.com est toujours en ligne !!!


où l' "auteur" à l'origine de la publication sur Fuzz du lien jugé coupable, précise gentiment en commentaire : "En tout cas ... je crois qu'il vous a bien niqué l'auteur de ce blog..."

D'où l'interrogation d'Eric Dupin sur son blog. Qui n'est d'ailleurs pas seul à penser que Google néglige les splogs sur Blogger...

* * *

Bien, je crois avoir fait un peu le tour de la situation.

- Voilà pourquoi je n'accepte toujours pas que le système juridique actuel permette la condamnation de nombreux sites sur de telles bases, qui n'ont absolument rien à voir avec les nazis, les pédophiles, les sectes et tout ce que vous voulez. Certaines décisions restent pour moi incompréhensibles (tiens, ça me rappelle une autre affaire...).

- Voilà pourquoi je n'accepte pas qu'on parte de ce genre d'affaire pour affirmer d'un ton péremptoire : la toile n'est pas une zone de non-droit.

- Voilà pourquoi je me tue à tenter d'expliquer depuis le début que les responsables des sites condamnés n'avaient aucun moyen d'exercer un contrôle A PRIORI sur ce genre d'infos, totalement indétectables, aussi bien humainement qu'algorithmiquement, et qu'il conviendrait donc d'invoquer, dans les cas de ce genre, l'absence de responsabilité, d'où mon parallèle avec les kiosquiers, etc.

Mais bon, apparemment les réponses aux questions que je pose sont loin d'être simples. Il n'empêche : je me devais de les poser.


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