Depuis hier l'Italie est en deuil, tout comme la démocratie. L'aspirant dictateur Silvio Berlusconi a fait passer une loi par un "vote de confiance" du sénat italien qui menace et viole le droit constitutionnel plus élémentaire et foule aux pieds les principes du droit communautaire européen, dont l'Italie est l'un des membres fondateurs encore faudrait-il le rappeler à cet énergumène.
Aujourd'hui la une du journal La Repubblica est une grande page blanche, ornée d'un post-it qui dit ceci :
la loi-bâillon dénie aux citoyens le droit d'être informés
Pour le quotidien Il Fatto, il s'agit d'une loi criminelle pour les criminels, dont le seul but est de dissimuler à l'opinion publique les innombrables corruptions et complicités mafieuses dont se rendent coupables les politiques de tous bords, droite, gauche et centre confondus, qui "esclavagisent" le pays sous leur emprise.
Un seul exemple (parmi des centaines...) : Nicola Cosentino, coordinateur régional du parti de Berlusconi pour la région Campanie (Naples), est l'actuel secrétaire d'état à l'économie et aux finances, en charge du CIPE, le Comité Interministériel pour la Programmation Economique, pratiquement l'organisme qui tient les cordons de la bourse pour tous les grands chantiers de l'État.
En novembre 2009, les juges ont transmis à la Chambre des députés une demande d'incarcération pour Nicola Cosentino, accusé de favoriser la camorra décrite par Roberto Saviano dans Gomorra, demande d'incarcération confirmée par la Cour de Cassation le 28 janvier 2010, mais le parlement italien n'a pas autorisé l'arrestation de Cosentino et ses démissions ont été refusées par Silvio Berlusconi lui-même.
Il continue donc de gérer les caisses de l'Etat italien en toute tranquillité et impunité...
C'est d'ailleurs l'impunité qui est le but ultime de la loi votée hier au sénat, une loi "ad personam" de plus, pour que les corrompus puissent continuer à corrompre et à être corrompus, pour que les mafieux et leurs complices politiques puissent continuer à faire leurs magouilles et à prospérer sur le dos des citoyens honnêtes sans être dérangés par les juges, la presse et l'opinion publique.
Aujourd'hui Silvio Berlusconi n'est plus seulement un danger mortel pour la démocratie en Italie, il y a lurette que l'Italie ignore ce qu'est la démocratie, mais c'est un véritable danger pour l'Europe entière.
Non, l'Italie n'est pas un pays normal, et ce n'est pas un gag.
Il est temps que je commence à penser à l'exil...
Édito de Repubblica en italien :
(le titre du billet s'inspire de cet article)
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P.S. Le modèle le plus accompli de cette dérive politique italienne, outre Berlusconi, est celui de son éminence noire, Marcello Dell'Utri, déjà condamné à plus de 9 ans de prison pour association externe à la mafia et dont le procès d'appel est sur le point de se conclure, qui avoue dans un inhabituel élan de sincérité :
« je me fous complètement de la politique, je suis juste candidat pour ne pas finir en prison »...Voir ici une traduction de l'interview du "sénateur" !