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mardi 6 juin 2006

Traitement de l’information en France : mon poing sur le I du PIF

Traitement de l’information en France : mon poing sur le I du PIF

Il y a parfois des hasards que je qualifierais de ... télépathiques ! Le titre de ce billet est prêt depuis plusieurs jours, très exactement depuis le vendredi 26 mai dernier, au moment où j'effectuais cette mise à jour. Je ne l'avais pas encore rédigé par manque de temps, mais je savais qu'il aborderait le traitement de l'information sur le PIF, le Paysage Internet Français (et non pas francophone, nuance...), notamment en faisant référence au travail d'Olivier Andrieu. Or dans le billet qu'il publie ce jour, intitulé Octobre 2007 : Google maître du monde !, quelle n'est pas ma surprise de lire ces lignes :
À noter, pour l'anecdote (mais aussi parce que beaucoup de personnes s'approprient les idées des autres actuellement sur le Web sans trop de vergogne...), que je revendique le terme de "PIF" pour "Paysage Internet Français". J'ai utilisé pour la première fois cet acronyme dans mon livre "Internet Guide de Connexion" paru en 1994 chez Eyrolles. En plus, je suis un fana de Pif-Gadget... Voila, ça a peu d'intérêt mais parfois, il faut quand même dire les choses... Bonne semaine...
Donc, rendons volontiers à César ce qui appartient à César, et à Olivier Andrieu ce qui appartient à Olivier Andrieu. À ma décharge, je ne peux qu'invoquer ma totale bonne foi, car il est sûr que j'aurais utilisé le sigle PIF sans me poser la question de sa paternité, pour la simple raison que je n'en avais pas la moindre idée.

* * *

Ceci étant précisé, venons-en au sujet de ce billet, dont l'idée, qui couve en moi depuis plusieurs semaines, peut se résumer en quelques mots :
L'actualité liée à l'Internet dans son ensemble, telle qu'elle est traitée sur le Web français, est gravement et coupablement lacunaire, tant au plan quali-quantitatif que de la fraîcheur de l'information.
Deux constatations préliminaires :
  1. Il ne fait pas bon ignorer l'anglais si l'on veut se tenir au courant des événements relatifs à l'Internet et ses acteurs. En outre, chaque jour fournit une telle profusion d'informations qu'on est vite débordé, même en ne voulant sélectionner que les plus pertinentes. Pour vous donner un exemple, juste le week-end passé, j'aurais eu matière à faire quatre billets complets, je n'ai pu en rédiger qu'un. Je ne sais si les trois autres verront le jour...
  2. Il y a sur le Web français quelques fournisseurs d'infos attitrés, dont les actus sont reprises en boucle par un certain nombre de sites qui les relaient sans y apporter aucun éclairage, aucune analyse, rien de rien ! Uniquement du copier-coller. Où est l'intérêt ? Ajoutez à cela un problème d'asymétrie de crédibilité dans l'information, et vous aurez un cadre de la situation assez réaliste.
La réflexion m'est venue lors de la publication de l'article sur le partenariat eBay-Yahoo, annoncé pour la première fois le jeudi 25 mai dernier. J'écrivais dans une première mise à jour :
...il est minuit passée de quelques minutes, l'info est sortie depuis près de 12 heures maintenant, il y a déjà plus de 500 dépêches qui la décortiquent dans tous les sens sur Google US et pas une seule - j'insiste : 0, un beau zéro pointé - dans les news de Google France. De plus, à ma connaissance, sur le Web francophone, seul Zorgloob a sorti un entrefilet, et sur Technorati, il y a en tout et pour tout 5 résultats pertinents en français... Donc, moins d'une dizaine de billets en français, contre des milliers d'articles en anglais, le décalage horaire n'explique pas tout ! Après on se demande pourquoi les anglo-saxons ont toujours plusieurs longueurs d'avance sur Internet...
C'est d'ailleurs là où Olivier Andrieu intervient (ou n'intervient pas, c'est selon), puisque lui aussi a publié une actu (également un peu après minuit) sur ... Quaero !

Donc comme je le confiais en commentaire à Didier Durand qui s'interroge sur l'éventuel succès de Quaero (à mon avis aussi hypothétique que l'arrivée de Godot, mais c'est une autre histoire...), il y a bien décalage total entre l'importance d'une information et son traitement. Commentaire déçu auquel Didier réplique ainsi :
Vous ne pensez pas que le "trou" dans la blogosphère et les médias français vient du très long week-end d'Ascension?
On va donc accorder le bénéfice du doute à nos collègues. N'est-ce pas?
Certes. Mais on touche là un autre problème résolument franco-français, que je nommerais par métaphore le syndrome des 35 heures... Regardez les titres de Google News France le vendredi soir et le lundi matin, ce sont pratiquement tous les mêmes ! Et pendant ce temps sur le Web, 35 heures s'écoulent en moins d'un jour et demi (24h + 11h)...

Or s'il est vrai qu'Internet transcende la dimension spatio-temporelle, le problème pourrait facilement être résolu par une délocalisation du traitement : les sources d'information étant indexées automatiquement, n'importe quel français vivant hors de France et n'éprouvant pas le besoin forcené de ne rien foutre pendant les 133 heures hebdomadaires restantes [168 (24 x 7) - 35 = 133] pourrait fort bien s'acquitter de la tâche. Je caricature, mais pas tant que ça quand même !

Pour conclure, que les choses soient claires : je n'ai rien contre Olivier Andrieu (du reste, je suis plutôt admiratif de ce qu'il réussit à faire), ni contre Google France ni contre qui que ce soit, mais je trouve que l'actualité sur le Web français (et non francophone car les Canadiens sont souvent bien plus en avance que nous) manque de fraîcheur, souvent de pertinence et de profondeur, voire de crédibilité. En une formule, elle est doublement déficitaire, en quantité autant qu'en qualité. Je suis frappé par l'écart abyssal avec la richesse de l'information anglo-saxonne en la matière. À tous points de vue : analyse, dynamisme, capacité de se remettre en question en permanence, etc.

Je ne sais pas trop comment l'on pourrait remédier à cela, mais en tout état de cause la ressource exceptionnelle que représentent les blogs est largement sous-exploitée, puisque la blogosphère réunit en son sein tous les ingrédients nécessaires : qualité, quantité, fraîcheur, pertinence, crédibilité, analyse, expertise, dynamisme, etc.

Il n'y a plus qu'à les mettre ensemble...



P.S. [MàJ - 7 juin, 10h45'] En voulant répondre au commentaire de Didier Durand, qui me suggère d'attendre avec patience la mise en ligne de Wikio.fr, prévue dans quelques jours, je suis retourné visiter Wikio pour voir si deux des options que j'aurais aimé y trouver avaient été implémentées, à savoir la possibilité de soumettre son flux RSS ou de pinguer son blog en toute simplicité, un peu comme sur Technorati, au lieu de devoir publier directement sur Wikio. Or en faisant des recherches sur les flux RSS je suis tombé sur cette actu d'InFlux, blog de l'incontournable Christophe Asselin, annonçant le lancement par « Malaiac de Zewol.net (the whole Net), un nouvel outil de méta syndication francophone » :


Excellent, excellentissime, comme quoi c'est bien dans l'air du temps ! Il est vraiment télépathique ce billet :-)

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2 commentaires:

Sébastien Billard a dit…

Je suis totalement d'accord avec toi sur le fait que trop de sites d'infos et blogs ne font que reprendre l'information sans jamais y ajouter quelque chose.

Pour ma part, j'ai choisi de blogguer seulement sur ce que je juge important, ou sur ce qui n'est pas abordé ailleurs (ou différement).

Tu dis : "il y a bien décalage total entre l'importance d'une information et son traitement". Je suis aussi d'accord. Il n'y a qu'à voir le bruit dès que Google sort un service, alors que le service n'est en rien révolutionnaire et n'aura aucun succès...

Ceci dit, il ne faudrait pas idéaliser le web anglo-saxon non plus : Il y a abondance d'information certes, mais aussi redondance

Jean-Marie Le Ray a dit…

@ Sébastien : « Ceci dit, il ne faudrait pas idéaliser le web anglo-saxon non plus : Il y a abondance d'information certes, mais aussi redondance »

Tout à fait d'accord, beaucoup de redondance, mais entre le trop et le trop peu, il reste un juste milieu à trouver, surtout au niveau de l'analyse. Je trouve qu'on manque cruellement d'analyses sur ce qui se passe. Or AMA ce manque ne signifie pas forcément qu'elle n'existe pas, mais plutôt qu'on n'y a pas facilement accès : le Web regorge d'excellents blogs dans tous les domaines, ce qui manque c'est une centralisation visible de cette masse d'information, perdue dès lors qu'on ne la trouve pas. Wikio va dans le bon sens, mais la découverte que je viens de faire de ZeWol m'enchante carrément. À suivre de très près...
J-M