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vendredi 9 juin 2006

Le business des noms de domaine : une question de réputation et...


Il y a une semaine, en écrivant une ébauche d'analyse sur le positionnement des principaux acteurs du monde de l'Internet que sont Google, Yahoo, eBay, Microsoft et Amazon, je réfléchissais à une évidence que nous avons constamment sous les yeux :
En dépit de leurs différences ou de leurs guéguerres pour dominer le Web, et pas seulement, ils ont un dénominateur commun qui les rapprochent plus qu'on ne saurait le concevoir : ce sont toutes des sociétés américaines !
[MàJ - 4 juillet, fête commémorative de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique.] Je ne croyais pas si bien dire : « Je suis fier d'appeler ma maison les États-Unis d'Amérique. Je suis encore plus fier d'affirmer que GoDaddy.com est une société américaine. » Bob Parsons


* * *

Pour autant la mainmise des États-Unis sur l'Internet ne s'arrête pas là, puisque l'ICANN, qui préside aux destinées du réseau des réseaux est aussi un organisme de droit américain, tout comme le sont la plupart des registreurs qui comptent, dont le rôle et l'importance sont à mon avis grandement sous-estimés dans nos analyses de la toile :


Sur les 15 bureaux d'enregistrement majeurs, 11 sont américains (voyez les petits drapeaux ci-dessus !), 1 canadien, 1 australien, 1 indien et ... 1 européen (allemand pour la précision).

On peut donc parler sans grand risque de se tromper de suprématie américaine dans des proportions écrasantes, de quasi-monopole même.

Est-ce un mal en soi ? Je n'en suis pas totalement convaincu, surtout lorsque je vois les vaines et coûteuses tergiversations du gouvernement autour d'un « projet » tel que Quaero, annoncé et alimenté à grand renfort d'argent public dans le plus pur style bureaucratico-administratif-franco-français, qui consiste à dire (plutôt qu'à faire, la nuance est de taille) :
Est-ce qu'on pourrait faire ça ? On va créer une commission qui se réunira peut-être pour étudier la faisabilité et faire un rapport. On demandera son avis à tout le monde, surtout ceux que ça ne concerne pas, et dès que quelqu'un élèvera une objection on s'empressera de pousser le rapport sous un tapis ! Dans 10 ans peut-être...
De toutes façons, c'est le contribuable qui passe à la caisse, merci aux politiques de tous bords de gérer notre argent avec la sagesse du bon père de famille...

* * *

Après cette entrée en matière un peu acide, je vais m'intéresser au premier des registreurs américains, et donc au premier registreur du monde, à savoir GoDaddy, qui gère à l'heure où j'écris plus de 11 500 000 noms de domaines (et une bonne part des miens :-), soit presque 1/6ème du parc mondial des domaines actifs, un peu plus de 70 millions au jour d'aujourd'hui ;-)

Une paille ! Dans un article paru il y a deux mois sur Forbes, intitulé What Makes GoDaddy Go? [Double sens entre Qu'est-ce qui fait courir GoDaddy ? et Pourquoi GoDaddy veut entrer en Bourse ? (sous-entendu : What Makes GoDaddy Go Public?)] , Rachel Rosmarin, la journaliste, donnait des chiffres supérieurs :
GoDaddy (...) says it manages more than 13 million domain names, or about 20% of the 86 million domain names on the Web. (GoDaddy déclare gérer plus de 13 millions de noms de domaines, soit environ 20% des 86 millions de domaines sur le Web.)
Ne sachant pas d'où elle détient ces données, je préfère m'en tenir aux statistiques actuellement disponibles (les deux graphiques ci-dessus, consultés le 9 juin 2006).

À noter au passage que la quantité des domaines supprimés est quasiment le triple de celle des actifs, alors qu'elle en représentait moins du double fin janvier. D'ailleurs en comparant l'évolution sur à peine plus de quatre mois, le nombre des domaines actifs a progressé d'environ 10%, contre environ 60% pour les domaines supprimés. Sans commentaires...

Donc, premier fait marquant concernant la société, son introduction en bourse a été annoncée en avril par Bob Parsons, son fondateur et unique actionnaire, la soixantaine bien portée :


Celles et ceux qui suivent mon blog (oui, il y a encore des personnes courageuses) auront déjà entendu parler de lui, grand pourfendeur des registreurs qui pratiquent le taste-domaines ou, si vous préférez, le domain kiting, que j'ai traduit par bidonnage, faute de mieux.

Certes, le timing de ces dénonciations n'est pas innocent, puisqu'elles interviennent au moment même où la société prépare sa mise sur le marché, et il est clair que Bob Parsons rend service à la communauté tout en œuvrant à bâtir la réputation de GoDaddy.


Opération indispensable pour rassurer les investisseurs potentiels : si GoDaddy est l'entreprise dont la croissance est la plus forte parmi les registreurs, elle perd aussi de plus en plus d'argent au fil des ans :
  1. 1 000 000 $ en 2003
  2. 3 700 000 $ en 2004
  3. 11 600 000 $ en 2005
Ces pertes étant dues aux investissements massifs en publicité, notamment les spots télévisés diffusés pendant la finale du Super Bowl, parmi les plus chers des États-Unis, puisque en 2006 il faut débourser 2 600 000 $ pour ... 30 secondes ! Je vous laisse calculer à combien revient la seconde... (Source : Web Hot Industry Review)


Le prix de la notoriété ! Du reste, la réputation est un concept auquel il tient fortement si l'on en juge à l'intitulé de trois brevets déposés par GoDaddy - numéros 20060095459, 20060095586 et 20060095404 -, respectivement :
  1. Publishing domain name related reputation in Whois records (Publication de la réputation attachée à un nom de domaine dans les données du Whois)
  2. Tracking domain name related reputation (Traçabilité de la réputation attachée à un nom de domaine)
  3. Presenting search engine results based on domain name related reputation (Présentation des résultats dans les moteurs de recherche en fonction de la réputation attachée à un nom de domaine )
Source : Search Engines and Registrars Getting Creative with Whois Database?

J'ai essayé d'en savoir plus, mais apparemment la consigne c'est : « Aucune info disponible pour l'instant... »


Ceci étant, les titres sont suffisamment explicites, et la mise en place de tels systèmes représenterait à la fois une alternative au SafeRankJM et une manière de sécuriser davantage le Web, puisqu'il est désormais évident qu'il y a une corrélation entre les domaines bidons et l'envoi de pourriels en masse, un spamming planétaire avec en prime, de plus en plus souvent, la contagion par quelque virus ou virus-like (en attendant les vrais...) !

* * *

En fait, Bob Parsons n'est plus seul à dénoncer les arnaques aux noms de domaines et l'inertie de l'ICANN face au problème, puisque le très sérieux MessageLabs, qui publie un rapport de veille mensuel sur les dangers qui menacent l'Internet (virus, spam, phishing, etc.), dénonce explicitement dans celui du mois dernier (mai 2006) le phénomène des « Disposable Domains » liés au « Domain Kiting » :
Ces derniers mois, on assiste à une escalade des « domaines jetables » (Disposable Domains), qui progressent dangereusement d'un mois sur l'autre. MessageLabs a déjà abordé la question des « domaines jetables » dans son rapport de veille pour l'année 2005, mais la pratique du Domain Kiting fait qu'il est plus facile d'exploiter ce genre de domaines à des fins d'abus et de fraude.

(In recent months, new issues such as “Disposable Domains” have escalated to become much more of a serious threat than they were even a few months ago. Disposable Domains were first highlighted in the MessageLabs Intelligence 2005 End-of-Year report, and the practice of “Domain Kiting” makes it much easier for these domains to be abused.)
Selon le rapport 2005, ces domaines jetables ont une durée de vie de 12 jours à moins d'un jour (variant de moins de 24 heures pour 28,9% des domaines bidons à moins de 3 heures pour 9,9% d'entre ceux qui sont dans cette catégorie). Cela leur suffit cependant à bombarder le Web de milliards de spams et autres infections du même acabit, puisque les canons à spam transmettent plusieurs millions de messages ... à l'heure !



On vit vraiment une époque formidable ! :-)


P.S. Devinette connexe : quelle est la relation entre GoDaddy et Microsoft ? Réponse : sur les quelque 11 500 000 noms de domaines que gère la société, GoDaddy a décidé il y a quelques mois (info dont Gandi s'était fait l'écho) de migrer tous ses domaines en parking - soit un parc de 4 500 000 noms - de Linux à Microsoft, qui récupère ainsi du terrain sur Apache dans le marché des serveurs Web :




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5 commentaires:

Joseph a dit…

>Celles et ceux qui suivent mon blog >(oui, il y a encore des personnes >courageuses)

c'est pas nécessairement du courage mais ce qui est sûr c'est que dire du bien des lecteurs c'est les encourager! ;-)
Bien sûr il y a du monde qui suit ces billets bien ficelés!

Jean-Marie Le Ray a dit…

@ Joseph : « c'est pas nécessairement du courage mais ce qui est sûr c'est que dire du bien des lecteurs c'est les encourager! ;-)
Bien sûr il y a du monde qui suit ces billets bien ficelés!
 »

La réciproque est également vraie : laisser un commentaire de temps en temps, ça encourage l'auteur à continuer sur sa lancée :-)
J-M

Jean-Christophe Courte a dit…

Toujours aussi instructif… Et chiffres impressionnants.
++

jean-Christophe Courte a dit…

Et hop, nouvelle du jour, Google va vendre des noms de domaine. Et avec qui…?
http://actu.abondance.com/2006-51/google-noms-de-domaine.php
Bien vu !!!

Jean-Marie Le Ray a dit…

Jean-Christophe,

A noter que Google est "registrar" depuis déjà pas mal de temps et qu'il pourrait très bien faire l'opération sans passer de partenariat avec qui que ce soit.
Par ailleurs en enregistrant les noms directement chez Godaddy ça coûte déjà moins cher que 10 euros.
C'est donc juste une commodité de plus pour ceux qui choisissent Google Apps for Your Domain. :-)
Jean-Marie