Pages

lundi 4 août 2008

DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

Première partie
Deuxième partie
Troisième partie :

Nous avons vu dans les épisodes précédents que le Département du Commerce des États-Unis, qui supervise la gestion des serveurs racines du DNS (sans autres précisions) depuis le 28 janvier 1998, vient de taper très fort sur les doigts de l'ICANN, via la NTIA, en accusant carrément l'ICANN d'avoir failli - gravement - à certaines de ses obligations :
- Le DoC estime que l'ICANN se trouve aujourd'hui dans cette situation (suite au désastre RegisterFly) pour n'avoir pas su faire activement respecter les mesures existantes visées dans l'accord d'accréditation des Registres - RAA (version actuelle, qui remonte à mai 2001).

- Les nouvelles propositions d'amendements de l'ICANN, au lieu de remédier à la situation, auront plutôt comme effet d'exacerber le problème que l'ICANN se propose de résoudre, à savoir la protection des déposants de noms de domaine.

- Le DoC est préoccupé par ces propositions d'amendements pour plusieurs raisons :

1. sur le WhoIs, elles contreviennent aux recommandations émises par le Comité consultatif gouvernemental (Governmental Advisory Committee - GAC). (...) Par conséquent, poursuivre dans cette voie et autoriser l'utilisation de services proxy, tel que proposé aux paragraphes 3.4.1 et 3.12.4, est inopportun, étayé par aucune étude sérieuse sur les utilisations - bonnes et mauvaises - des données du WhoIs (contrairement aux demandes du DoC sur la nécessité de mener ce genre d'étude, demandes soumises à l'ICANN en octobre 2007, février et juin 2008), et incompatible avec les principes du GAC.

2. De plus, l'autorisation par l'ICANN de la mise en œuvre des mesures proposées serait en contradiction directe avec l'Affirmation de responsabilités approuvée par son Directoire le 25 septembre 2006...

3. L'ICANN a enfin proposé aux registreurs ... de ne pas faire conserver les données des déposants par un tiers de confiance : une mesure qui dégage de toute responsabilité l'ICANN et le registreur concerné en cas de faillite de ce dernier ou de mauvaise utilisation des données. En revanche, le déposant du nom de domaine qui aura payé un supplément pour utiliser un service proxy perdra son argent et son enregistrement sans aucun recours. Ce qui perturberait le DNS et les systèmes dépendant du fonctionnement ininterrompu du DNS pour les opérations associées à ces domaines.
Une lettre reproduisant le commentaire de la NTIA, publiée juste après le précédent coup de semonce, par lequel le DoC indiquait à l'ICANN n'avoir aucune intention de transférer la gestion des serveurs racines à l'ICANN, en apparente contradiction avec les engagements pris par le gouvernements des États-Unis depuis une décennie.

Donc, si la seconde lettre explique la première (judicieusement intitulée : améliorer la confiance institutionnelle en l'ICANN...), elle ne manque pas non plus de soulever une série d'interrogations et de perplexités sur la transition du DNS à l'avenir, puisque toute cette histoire semble remettre en question 10 ans de "progrès" vers une gouvernance "plurielle" de l'Internet (sans spécifier ce que l'on met au-dedans de "plurielle")...

Maintenant, que cache réellement ce coup de tonnerre dans un ciel apparemment serein (jusqu'à présent, il ne me semble pas que les relations DoC-ICANN aient été si mauvaises au fil des ans), c'est loin d'être clair.

Et justifier que la gestion du DNS doive rester sine die aux mains du DoC en accablant soudainement l'ICANN de tous les maux ressemble plutôt à une tentative de cacher la merde au chat !

Quoi qu'il en soit, pour avoir osé peut-être un peu trop vite réclamer davantage de liberté, la position de l'ICANN me semble aujourd'hui des plus précaires, la gouvernance de l'Internet mise sur une voie de garage et la gestion du DNS verrouillée pour une durée indéterminée aux mains des États-Unis. Car si l'ICANN n'est plus à même d'être choisie pour gérer la transition au moment-même où celle-ci devrait finalement avoir lieu, qui le sera, comment, et quand ?

Le DoC peut bypasser l'ICANN au profit de Verisign, mais pour combien de temps ? Allez, on en reprend pour 10 ans...

Laissez-moi terminer sur cette citation :
The Internet does no longer need the U.S, the U.S needs the Internet.


Partager sur Facebook

, , , , , ,

2 commentaires:

Rubenxela a dit…

Ce revirement de situation me semble tellement insensé, qu'à la veille des élections US je ne peux m'empêcher de chercher une raison purement politique ou encore, liée à l'actualité récente, et je me permets alors de pures spéculations ...

- Cette "sanction" envers l'ICANN ne résulterait t-elle pas de l'histoire .xxx et des petites controverses qui ont eu lieu ?
Cet article du 24 mai tente de montrer que le Gvt US via le DoC aurait déjà exercé des pressions sur l'Icann à ce sujet :
http://www.foxnews.com/story/0,2933,196608,00.html

- Ne pourrait t-on pas lier cette sanction avec l'annonce récente de Peter Dengate Thrush, à Paris, d'une possibilité d'ouverture des extensions, ce qui visiblement correspondait aussi à l'étape finale de privatisation des DNS par l'Icann, qui semblerait t-il annonçait aussi vouloir maitriser totalement les changements de la zone racine (root zone), ne souhaitant visiblement laisser à Verisign qu'un simple rôle technique. (Idée rejeté imédiatement après la conférence de Paris par le DoC et le NTIA)

Transition Plan de l'Icann : http://www.icann.org/en/jpa/iic/

- L'Icann n'aurait t-elle pas été un peu trop dans le sens des propositions du WSIS (World Summit on the Information Society des Nations Unis ... On y revient ;) ) qui propose une globalisation de la gouvernance Internet ?

- Sinon au fil de mes recherches j'ai pu voir que le mandat "libéré" de l'Icann était censé courir jusqu'en 2009 et pouvait être renouvelé si le travail réalisé par l'organisation répondait aux attentes ... ça tombe donc pas mal pour le DoC, ce n'était qu'un CDD !!
http://www.silicon.fr/fr/silicon/news/2006/10/03/l-administration-bush-rel-che

Bon ma spéculation de départ était "problème purement politique" ... et en tant que piètre cyber détective je n'ai trouvé aucune source ou info à ce sujet concernant les vues des démocrates, des conservateurs ... donc j'en resterait là et sors donc du mode parano ;)

Jean-Marie Le Ray a dit…

Ruben,

J'ai fait comme toi, en essayant de trouver les raisons cachées derrière les apparences.
Je me suis fait ma petite idée, qui est cependant assez éloignée des motifs que tu invoques et remonte beaucoup plus loin dans le temps.
Il y a là matière à un billet bien touffu comme je les aime, mais c'est encore trop tôt.
D'abord je veux voir quelle sera la réponse de l'ICANN aux deux lettres de la NTIA.
Et ensuite voir s'il y a d'autres réactions, et d'où elles viennent.
Mais ce qui m'étonne vraiment aujourd'hui, c'est l'absence de couverture généralisée du sujet, aussi bien en France qu'Outre-Atlantique.

Pratiquement personne n'en parle ! Sauf Adscriptor ;-)

Et ça va faire six jours que la première lettre a été rendue publique !

Je pense que tout le monde est pris de court par ce séisme, et que les parties prenantes ont du mal à prendre la mesure des événements et à préparer leurs ripostes. Mais quand ça va exploser...

J-M