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lundi 4 août 2008

DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

Première partie
Deuxième partie
Troisième partie :

Nous avons vu dans les épisodes précédents que le Département du Commerce des États-Unis, qui supervise la gestion des serveurs racines du DNS (sans autres précisions) depuis le 28 janvier 1998, vient de taper très fort sur les doigts de l'ICANN, via la NTIA, en accusant carrément l'ICANN d'avoir failli - gravement - à certaines de ses obligations :
- Le DoC estime que l'ICANN se trouve aujourd'hui dans cette situation (suite au désastre RegisterFly) pour n'avoir pas su faire activement respecter les mesures existantes visées dans l'accord d'accréditation des Registres - RAA (version actuelle, qui remonte à mai 2001).

- Les nouvelles propositions d'amendements de l'ICANN, au lieu de remédier à la situation, auront plutôt comme effet d'exacerber le problème que l'ICANN se propose de résoudre, à savoir la protection des déposants de noms de domaine.

- Le DoC est préoccupé par ces propositions d'amendements pour plusieurs raisons :

1. sur le WhoIs, elles contreviennent aux recommandations émises par le Comité consultatif gouvernemental (Governmental Advisory Committee - GAC). (...) Par conséquent, poursuivre dans cette voie et autoriser l'utilisation de services proxy, tel que proposé aux paragraphes 3.4.1 et 3.12.4, est inopportun, étayé par aucune étude sérieuse sur les utilisations - bonnes et mauvaises - des données du WhoIs (contrairement aux demandes du DoC sur la nécessité de mener ce genre d'étude, demandes soumises à l'ICANN en octobre 2007, février et juin 2008), et incompatible avec les principes du GAC.

2. De plus, l'autorisation par l'ICANN de la mise en œuvre des mesures proposées serait en contradiction directe avec l'Affirmation de responsabilités approuvée par son Directoire le 25 septembre 2006...

3. L'ICANN a enfin proposé aux registreurs ... de ne pas faire conserver les données des déposants par un tiers de confiance : une mesure qui dégage de toute responsabilité l'ICANN et le registreur concerné en cas de faillite de ce dernier ou de mauvaise utilisation des données. En revanche, le déposant du nom de domaine qui aura payé un supplément pour utiliser un service proxy perdra son argent et son enregistrement sans aucun recours. Ce qui perturberait le DNS et les systèmes dépendant du fonctionnement ininterrompu du DNS pour les opérations associées à ces domaines.
Une lettre reproduisant le commentaire de la NTIA, publiée juste après le précédent coup de semonce, par lequel le DoC indiquait à l'ICANN n'avoir aucune intention de transférer la gestion des serveurs racines à l'ICANN, en apparente contradiction avec les engagements pris par le gouvernements des États-Unis depuis une décennie.

Donc, si la seconde lettre explique la première (judicieusement intitulée : améliorer la confiance institutionnelle en l'ICANN...), elle ne manque pas non plus de soulever une série d'interrogations et de perplexités sur la transition du DNS à l'avenir, puisque toute cette histoire semble remettre en question 10 ans de "progrès" vers une gouvernance "plurielle" de l'Internet (sans spécifier ce que l'on met au-dedans de "plurielle")...

Maintenant, que cache réellement ce coup de tonnerre dans un ciel apparemment serein (jusqu'à présent, il ne me semble pas que les relations DoC-ICANN aient été si mauvaises au fil des ans), c'est loin d'être clair.

Et justifier que la gestion du DNS doive rester sine die aux mains du DoC en accablant soudainement l'ICANN de tous les maux ressemble plutôt à une tentative de cacher la merde au chat !

Quoi qu'il en soit, pour avoir osé peut-être un peu trop vite réclamer davantage de liberté, la position de l'ICANN me semble aujourd'hui des plus précaires, la gouvernance de l'Internet mise sur une voie de garage et la gestion du DNS verrouillée pour une durée indéterminée aux mains des États-Unis. Car si l'ICANN n'est plus à même d'être choisie pour gérer la transition au moment-même où celle-ci devrait finalement avoir lieu, qui le sera, comment, et quand ?

Le DoC peut bypasser l'ICANN au profit de Verisign, mais pour combien de temps ? Allez, on en reprend pour 10 ans...

Laissez-moi terminer sur cette citation :
The Internet does no longer need the U.S, the U.S needs the Internet.


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dimanche 3 août 2008

DNS : transition, pas transition, that is the question !

DNS : transition, pas transition, that is the question !

[MàJ - 17h30'] Entre la NTIA et l'ICANN, le torchon brûle...

* * *

Dès le "livre blanc" sur le DNS de 1998, la NTIA prend en compte la transition de la gestion du DNS aux mains du secteur privé, à tel point que la dernière section du document s'intitule :
THE TRANSITION

Based on the processes described above, the U.S. Government believes that certain actions should be taken to accomplish the objectives set forth above. Some of these steps must be taken by the government itself, while others will need to be taken by the private sector. (...) A relationship between the U.S. Government and the new corporation must be developed to transition DNS management to the private sector and to transfer management functions.
C'était il y a 10 ans.

Une transition apparemment jamais remise en cause jusqu'à présent, puisque la NTIA lançait une consultation sur le sujet il y a deux ans, à la veille du renouvellement du protocole d'entente (Memorandum of Understanding - MoU) entre l'ICANN et le Department of Commerce (DoC) des États-Unis :
The United States Department of Commerce’s National Telecommunications and Information Administration (NTIA) seeks comment on the continuation of the transition of the technical coordination and management of the Internet domain name and addressing system (Internet DNS) to the private sector.
Ce dont se félicitait Nominet il y a encore 6 mois :
It is clear that an eventual transition to private sector management was envisaged at that time (1998). From more recent public statements made by Department of Commerce senior officers, this appears unchanged.
Une position apparemment intacte jusqu'au revirement de situation de la semaine dernière ! Dont la violence et la soudaineté prennent tout le monde à contre-pied, me semble-t-il, aussi bien l'ICANN que les instances internationales (telles que la Communauté européenne, par exemple).

Alors pourquoi ce changement brusque ? Et pourquoi remettre en question de façon si brutale et unilatérale 10 ans de chemin parcouru dans le sens d'une transition souhaitée et souhaitable ? Je suppose qu'il est encore trop tôt pour que les premières réactions soient rendues publiques (même si ça doit s'agiter dans les couloirs), mais j'ai bien l'intention de suivre tout ça très attentivement.

En attendant je ne peux que m'interroger sur la légitimité du DoC de prendre unilatéralement, et avec tant d'arrogance, ce genre de décision.

Permettez-moi d'abord de répéter - et traduire, cette fois -, le dernier paragraphe de la lettre NTIA :
Le DoC croit fermement qu'il est important de préciser que nous n'avons engagé de discussions avec aucune des parties prenantes pour modifier les rôles respectifs du DoC, de l'ICANN ou de VeriSign au niveau de la gestion de la zone racine, pas plus que nous n'avons l'intention d'entreprendre de telles discussions. Conformément aux déclarations publiques faites par le gouvernement des États-Unis dès 2000, renforcées par le document de 2005 intitulé U.S. Principles on the Internet's Domain Name and Addressing System, le DoC, tout en restant ouvert à la mise en place de mesures opérationnelles efficaces pour répondre aux exigences légitimes des gouvernements en matière de politiques publiques et de problèmes de souveraineté liés à la gestion de leurs extensions pays, ne prévoit pas de transférer à l'ICANN la gestion et l'autorité sur la zone racine de l'Internet, tel que suggéré dans les documents du PSC.
C'est clair et net ! Non seulement nous n'avons engagé aucune discussion avec qui que ce soit, mais nous n'avons pas même l'intention de le faire...

Or dans la mesure où cette transition de la gestion du DNS aux mains de l'ICANN était prévue depuis 10 ans et même inscrite dans les fondements de sa mission (In the Statement of Policy, the DOC stated its intent to enter an agreement with a not-for-profit entity to establish a process to transition current U.S. Government management of the DNS to such an entity...), on ne peut que se demander quelles sont aujourd'hui la nature et la raison d'être de l'ICANN !

Le président de l'ICANN doit se le demander également, puisque Peter Dengate Thrush a eu beau rappeler dès janvier les termes mêmes du "livre blanc" :
The U.S. Government is committed to a transition that will allow the private sector to take leadership for DNS management…The U.S. Government would prefer that this transition be complete before the year 2000. To the extent that the new corporation is established and operationally stable, September 30, 2000 is intended to be, and remains, an "outside" date.
et qu'il y a eu pas moins de 13 rapports d'étapes en 9 ans sur les responsabilités contractées par l'ICANN et sur sa capacité à y faire face, il conclut par deux questions clés :
1. Is Transition still the goal?
2. What is the next step to transition?

(La transition est-elle encore le but, et quelle sera la prochaine étape ?)
en interpelant directement le gouvernement US :

- depuis 10 ans, nous avons rempli les missions que vous nous aviez confiées ;
- au terme de cette période et au terme du Joint Project Agreement de 2006 (ou accord conjoint de projet), sur le postulat de cette réussite, la gestion du DNS devait être transférée à l'ICANN :
The U.S. Department of Commerce (Department) has an agreement (the Joint Project Agreement) with the Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) for the purpose of the joint development of the mechanisms, methods, and procedures necessary to effect the transition of Internet domain name and addressing system (DNS) to the private sector.
Le JPA était un instrument nécessaire, mais maintenant, faute de conclusion, il risque laisser croire que c'est le gouvernement US qui gère et supervise le DNS au jour le jour :
But now, the JPA contributes to a misperception that the DNS is managed and overseen on a daily basis by the U.S. government.
Donc, en fait, la fin de non-recevoir opposée par la NTIA dans sa lettre répond sèchement aux deux questions posées par Peter Dengate Thrush, mais pas forcément dans le sens auquel on aurait pu s'attendre après 10 ans de cheminement.

Marche arrière, toute ! Sur quels motifs ? Avec quelle légitimité ? Déjà que dans cette histoire la légitimité de l'ICANN et du gouvernement américain est fortement contestée depuis le début, c'est pas la réponse de la NTIA qui va aider à clarifier les choses !

Dès 1999, lors d'une audition devant le Comité en charge du Commerce de la Maison Blanche, Jonathan Zittrain concluait ainsi son discours :
L'ICANN a hérité d'une situation extraordinairement difficile, où tout le monde en attend beaucoup alors qu'elle n'a qu'une infime marge de manœuvre sur les prises de décision.

ICANN has inherited an extraordinarily difficult situation, with high expectations all around, and with almost no discretionary room to move.
Et de mentionner trois alternatives possibles en cas d'échec de l'ICANN :
  1. Une nouvelle entité "fille de l'ICANN" chargée d'améliorer les points où l'organisation aurait failli - option jugée peu probable ;
  2. Une entité intergouvernementale, compte tenu de la nécessité pour le gouvernement US de ne plus faire bande à part (It is hard to imagine the U.S. government alone trying to continue domain name system management responsibilities for the very reasons stated in the White Paper) ;
  3. Laisser faire le marché (a battle would be fought by existing market players for control of the current root) - option tout à fait irréaliste aujourd'hui...
Donc, sur ces trois options, seule la seconde pourrait éventuellement être parcourue, puisque les deux autres n'ont plus absolument aucun sens.

Mais soit que l'on reconnaisse la réussite de l'ICANN et que le Doc lui transfère la gestion du DNS, soit que l'on reconnaisse son échec et qu'on opte pour la création d'une entité de gestion intergouvernementale (et inter-gouvernements), la conclusion est la même : le gouvernement des États-Unis ne peut plus faire cavalier seul !

Ou comment justifieraient-ils qu'après avoir dit et répété à maintes reprises la même chose pendant 10 ans, ils changent brusquement d'avis et décident unilatéralement d'étendre leur emprise sur Internet à la face du monde ?

Bof, apparemment, ils ne daignent même pas justifier leur revirement, la lettre NTIA en témoigne, qui dit juste entre les lignes : c'est comme ça, et pas autrement ! Même si...

Comme dit Martin, les bras m'en tombent. :-)

Pourtant s'ils ne comprennent pas seuls qu'ils ne pourront longtemps soutenir une telle position, intenable (y compris légalement), il faudra quand même bien que quelqu'un le leur dise et leur explique avec vigueur. Nous verrons. Notamment les réactions de l'Union européenne.

En tout cas, le dossier sera chaud pour le prochain Président des États-Unis...


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P.S. Rien ne va plus entre la NTIA et l'ICANN : suite au désastre RegisterFly, la réponse de la NTIA est franchement hostile vis-à-vis de l'ICANN, en se terminant sur cette phrase :
This will cause disruptions to DNS and those systems that depend upon the DNS’s continued uninterrupted operation associated with those domains.
Ceci explique cela ? Quoi qu'il en soit, cette lettre apporte des éléments de réponse à la remise à plat probable des relations NTIA - ICANN... [Début]

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vendredi 1 août 2008

Gouvernance Internet : mainmise des Etats-Unis réaffirmée

Gouvernance Internet : la mainmise des États-Unis réaffirmée (avec force)...



1. Rôle du DoC


2. Rôle de l'ICANN


3. Rôle de Verisign


Suite...



* * *


L'Administration US chargée des Télécoms et de l'Information, la NTIA, émanation du DoC - Department of Commerce, vient d'envoyer une lettre à l'ICANN, dans laquelle elle réaffirme sans ambiguïté, et avec force, sa mainmise sur la racine de l'Internet. Le dernier paragraphe suffit pour comprendre :
The Department believes strongly that it is important to clarify that we are not in discussions with either party to change the respective roles of the Department, ICANN or VeriSign regarding the management of the authoritative root zone file, nor do we have any plans to undertake such discussions. Consistent with public statements made by the United States government starting in 2000 and reinforced by the 2005 U.S. Principles on the Internet's Domain Name and Addressing System, the Department, while open to operational efficiency measures that address governments’ legitimate public policy and sovereignty concerns with respect to the management of their ccTLD, has no plans to transition management of the authoritative root zone file to ICANN as suggested in the PSC documents.
En bref : « Nous n'avons engagé aucune discussion (ni n'avons aucune intention de le faire) avec qui que ce soit pour modifier quoi que ce soit aux rôles respectifs du DoC, de l'ICANN et de Verisign relatifs à la gestion de la racine de l'Internet. »

À noter la différence de ton avec la lettre d'avril dernier, même s'il faut savoir lire entre les lignes...

Extraits de précédents billets, adaptés en me limitant à l'aspect "gouvernance de l'Internet", voici un récapitulatif de ces rôles. [Début]

* * *

1. Rôle du DoC

Le 30 septembre 2006, le Department of Commerce (DoC) des États-Unis a fait jouer le « droit de préemption » qu'il s'était réservé en renouvelant le protocole d'entente (Memorandum of Understanding - MoU) pour conserver sa tutelle sur l'ICANN et sa mainmise sur le contrôle d'Internet.

Comme l'explique si bien quelqu'un sachant de quoi il parle, Stephan Ramoin (Gandi) :
Le système qui gère les noms de domaine est clairement identifé :

- Le Department of Commerce (DoC) américain est l'organe décideur des choix stratégiques via une de ses émanations, la NTIA,
- La NTIA délègue à L'ICANN (une association) la gestion administrative des noms de domaines,
- L'ICANN choisit les prestataires techniques pour la gestion au jour le jour et l'exploitation des extensions générales (Verisign pour le .com et le .net, PIR pour le .org, Affilias pour le .info etc ...), et les pays font leur choix sur leur extension nationale.
(...)

Donc ne pas confondre ce protocole avec l'accord IANA (Internet Assigned Numbers Authority), qui consiste à « préserver les fonctions de coordination centrale de l'internet dans l'intérêt de la communauté », avec en tête, les missions de zonage du monde avec attribution d’adresses IP à des organismes locaux (Apnic, Arin, Lacnic, ou pour l’Europe, Ripe Ncc), pour lequel l'ICANN a été reconduit jusqu'en 2011, le 15 août 2006.

Un droit détenu par l’Icann depuis 1998. Depuis sa création, en réalité. Que l'on pourrait virtuellement faire remonter au 1er juillet 1997, lorsque Bill Clinton chargea le Secrétariat d'État au Commerce de privatiser le DNS (Domain Name System) afin d'accroîte la compétition et de faciliter la participation internationale à la gestion du système. Un Livre vert fut publié le 20 février 1998 (cf. background), et l'ICANN créé, suite à ces événements.

Chose étrange, le jour même de la sortie du Livre vert, la Commission européenne publiait une communication intitulée « INTERNATIONAL POLICY ISSUES RELATED TO INTERNET GOVERNANCE - COMMUNICATION TO THE COUNCIL FROM THE COMMISSION » (Problèmes de politique internationale liés à la gouvernance d'Internet - Communication de la Commission au Conseil), dans laquelle l'approche retenue allait sûrement dans le bon sens :
It is essential for the European Union to participate fully in the decisions which will determine the future international governance of the Internet on the basis of the general objectives set out in the recent Commission proposals for increased international co-operation on global communications policy...

Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux décisions qui détermineront l'avenir de la gouvernance internationale d'Internet, sur la base des objectifs généraux fixés dans les récentes propositions de la Commission pour intensifier la coopération internationale sur les politiques mondiales des communications...
Certes, en 10 ans, beaucoup de chemin a été parcouru ... à rebours !

Avec le DoC qui continue de souffler le chaud et le froid, puisqu'après avoir laissé croire à une trêve ou qu'il lâchait du lest, d'aucuns ont pu penser que le débat sur la gouvernance d'Internet était relancé en juillet 2006 :
Contre toute attente, lors d'une réunion publique organisée mercredi à Washington, le Département US du commerce a indiqué que les États-Unis pourraient céder une partie de leur contrôle 'historique' d'Internet. Rien n'est fait. Il faudra attendre le 30 septembre 2006 pour savoir quels pouvoirs les Etats-Unis entendent "céder" et sous quelles conditions.
Or il est clair maintenant qu'il n'en sera rien, et ce ne sont pas les illusoires et velléitaires impulsions de Bruxelles qui pourront y changer quelque chose :
La Commission européenne est bien décidée à ne pas relâcher la pression sur la question de la gouvernance de l'internet. Elle prépare activement le premier Forum consacré au sujet, qui devrait avoir lieu à Athènes du 30 octobre au 2 novembre prochain.
Dommage que le partenariat public-privé U.S. DoC-ICANN aura déjà été dûment signé... un mois plus tôt, et pour cinq ans !

Mais vu les progrès accomplis de 1998 à 2006, tant du côté américain (le « faciliter la participation internationale... » du Gouvernement Clinton) que chez nous (« Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux décisions qui détermineront l'avenir de la gouvernance internationale d'Internet... »), un petit lustre ne sera pas de trop pour éclairer nos négociateurs, actuellement réduits à formuler des vœux pieux, comme en témoigne cette déclaration de la Commissaire européenne pour la société de l’information et les médias, Viviane Reding :
- Pour l'instant, l'ICANN est sous domination des États-Unis. Le Département américain du commerce a un droit de regard, qui devrait être renouvelé à la fin du mois. Nous avons beaucoup discuté avec eux : idéalement, on préférerait qu'il n'y ait pas de mainmise du tout, mais espérons au moins qu'elle soit la plus légère possible, que ce droit de regard ne comprenne plus de mesures d'intervention...
Au moins, la lettre NTIA mentionnée en début de billet remet les pendules à l'heure. [Début]

* * *

2. Rôle de l'ICANN

Inexistant. La lettre NTIA met brutalement fin à toute velléité de transition. Rappel des événements ayant conduit à instaurer l'ICANN :

Créée en 1979, Network Solutions est l'ancêtre des Registrars. Après le début d'Internet au public, le nommage fut assuré dès 1992 par l'InterNIC (Internet Network Information Center), émanation du Département du Commerce américain (DoC U.S.).

Le nommage consiste à associer un nom de domaine à une adresse IP, tous les noms étant gérés par le DNS, qui traduit les noms en adresses IP et vice-versa. Or les coûts d'enregistrement et de gestion de la base de données ne cessant d'augmenter, le gouvernement américain décida d'en "privatiser" la gestion et signa le 31/12/1992 un accord de coopération avec Network Solutions, par le biais de la National Science Foundation.
This agreement is entered into between the United States of America, hereinafter called the Government, represented by the National Science Foundation, hereinafter called the Foundation or NSF, and Network Solutions, Incorporated, hereinafter called the Awardee.
Aux termes du contrat, Network Solutions Inc. (NSI) (ou NetSol) perçut près de 6 millions $ pour l'administration de la base centrale avant d'instituer, en septembre 1995, le système payant du droit d'enregistrement que nous connaissons encore aujourd'hui. Le "droit" s'élevait à 50$ par domaine et par an pour les deux premières années. L'accord arrivait à expiration le 30/09/1998.

Le 5 juin 1998, un Livre vert du DoC U.S. prévoyait d'assurer une transition vers une nouvelle gestion du DNS en créant un organisme de droit privé ad hoc, sans but lucratif, qui serait opérationnel dès octobre :
4. Creation of the New Corporation and Management of the DNS. The Green Paper called for the creation of a new private, not-for-profit corporation(17) responsible for coordinating specific DNS functions for the benefit of the Internet as a whole. Under the Green Paper proposal, the U.S. Government(18) would gradually transfer these functions to the new corporation beginning as soon as possible, with the goal of having the new corporation carry out operational responsibility by October 1998.
Ce fut donc la création de l'ICANN, dont la collaboration avec le gouvernement fut sanctionnée par l'accord du 25 novembre 1998.

Entre-temps, le 1er octobre, le contrat entre National Science Foundation et NetSol repassait sous l'autorité du DoC et était prolongé jusqu'au 30 septembre 2000, ce qui faisait de la société l'acteur incontournable de l'enregistrement des noms de domaine dans les extensions .COM, .NET et .ORG., même si la transition prévoyait une ouverture de son quasi-monopole à la concurrence.

De nouveaux accords furent donc signés par NetSol en novembre 1999 avec le DoC et avec l'ICANN, et le 10, un accord tripartite (DoC - ICANN - NSI) prévoyait d'étendre la gestion des registres .COM, .NET et .ORG jusqu'au 9 novrembre 2003, ou jusqu'au 9 novrembre 2007 si la gestion des registres avait été scindée de la société avant le 9 mai 2001.

Or NetSol fut rachetée 21 milliards $ par VeriSign le 7 mars 2000 (voir également cet article), qui prit ainsi le contrôle du registre des TLD (y compris .EDU), pour ne conserver ensuite que les 2 plus lucratifs (.COM et .NET) et déléguer la gestion du .ORG à PIR (Public Interest Registry, émanation de l'ISOC).

Fin octobre 2003, lorsque VeriSign "brada" Network Solutions pour 100 millions de dollars, en fait elle ne revendit qu'une coquille vide en conservant ses trésors de guerre : les .COM et .NET. [Début]

* * *

3. Rôle de Verisign

Le 29 novembre 2006, le Département du Commerce des États-Unis approuvait définitivement l'accord conclu entre l'ICANN et Verisign pour mettre fin au procès qui les opposait :


Un accord accompagné d'un avenant de 95 pages (PDF), qui laisse à VeriSign la gestion du .COM au moins jusqu'en 2012, dont les implications nous échappent encore totalement, mais qui ne manque pas de sel, puisque l'administration US, via la NTIA, bypasse (qu'on m'excuse l'anglicisme) désormais totalement l'ICANN, ainsi reléguée au rang de marionnette, et encore... :
...Based on the consultations undertaken and advice received, the Department negotiated Amendment 30 to its Cooperative Agreement with VeriSign to address competition issues, including pricing and renewal, and Internet security and stability concerns.
(...)
Pricing
VeriSign must obtain prior written approval from the Department of Commerce before any amendments can be made to the pricing provisions of the agreement or execution of a renewal or substitution of a future .com Registry Agreement.
(...)
Renewal
VeriSign must obtain prior written approval from the Department of Commerce before execution of a renewal or substitution of a future .com Registry Agreement.
(...)
Internet Security and Stability
VeriSign must obtain prior written approval from the Department of Commerce before execution of a renewal or substitution of a future .com Registry Agreement.
(...)
En gros, à chaque fois, autant en matière de tarification que de renouvellement de l'accord afin de garantir la sécurité et la stabilité de l'Internet, « Verisign devra obtenir l'accord écrit préalable du Département du Commerce avant de... », ce qu'on appelle une politique d'ouverture bien comprise !

Mais qu'on se rassure, l'acharnement du DoC à vouloir contrôler exclusivement tout ce qui touche de près ou de loin à Verisign n'a pas grand chose à voir avec le Registre du fameux .COM, ou si peu, mais plutôt avec la gestion du système universel d'adressage d'Internet, le DNS, et, à terme, avec celle de son petit frère, destiné à grandir et grandir encore : l'ONS. On n'en parle pas encore, ou très peu, mais croyez-moi, ça ne vas pas tarder, au point qu'on pourrait bientôt davantage évoquer l'ONS que le DNS... Sans compter la relation stratégique étroite et les similitudes poussées entre les deux :
« Longtemps reconnue pour le rôle qu’elle a joué dans le fonctionnement de l’infrastructure critique sous-jacente au DNS et à internet, la société VeriSign développe son infrastructure et son expertise pour soutenir le serveur racine du service de nommage d’objet d’EPCglobal Network (ONS Object Numbering System). »
Source : Rapport du GTI sur les technologies de radio-identification (RFID).

Voici donc la relation entre l'Internet des objets, ou des choses, et Verisign, puisque c'est cette dernière qui gère depuis janvier 2004 l'ONS (Object Name System), le système des noms d’'objets qui sert à identifier les objets physiques sur le réseau grâce à l'’Electronic Product Code, ou code EPC.

Un peu en réponse à l'interrogation inscrite à l'encre rouge dans la présentation (PDF) de SIAIGE : « Le contrat avec Verisign concerne la racine onsepc.com, quid du .COM » ? La réponse est désormais claire, et même si, selon Philippe Gautier, « ce choix est indiscutable d'un point de vue technique, il est pourtant légitime de s'interroger sur la nature du lien qui lie cette société de droit privé à un organisme paritaire comme EPCglobal (héritage de GS1). »


[Début]

* * *

Donc derrière la réaffirmation claire et nette de la mainmise américaine sur le DNS, il est clair que le DoC et Verisign se réservent également la mainmise sur l'ONS. Avec ou sans l'ICANN, qui de toutes façons ne servira plus à rien. Si ce n'est, de temps en temps, à décider la création de quelques nouvelles extensions, histoire de renflouer ses caisses et d'amuser la galerie... [Début]


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mercredi 14 mars 2007

L'ICANN teste les IDN : issue positive sur toute la ligne

Une actu de première importance pour l'avenir d'Internet ! Selon le rapport de l'ICANN, annoncé la semaine dernière, le processus de test des IDN (noms de domaine multilingues) lancé en octobre dernier s'est conclu par une réussite totale.

À l'origine, les buts essentiels de cette procédure visaient :
  • à démontrer que l'insertion de chaînes IDN dans le système du serveur racine A (géré par Verisign) n'a aucun impact négatif sur la résolution des noms de domaine ;
  • à obtenir l'agrément du Département américain du commerce, pour qu'en quelque sorte les IDN soient certifiés DoC ;
  • à dégager un consensus entre le comité consultatif du système DNS (RSSAC) et les différents opérateurs des serveurs racines sur l'introduction des IDN dans le système.
C'est maintenant chose faite, l'important étant de prouver que l'introduction des IDN ne menace pas la sécurité et la stabilité du DNS, dont la garantie est au cœur des mandats de l'ICANN.

Grosso modo, les essais, menés par la société Autonomica AB, ont consisté à tester plusieurs labels IDN et à enregistrer les réactions et temps de réponse de l'ensemble du système. Or toutes les réponses ont été conformes aux attentes, sans qu'aucun retard imprévu n'ait été détecté (Results: All answers were consistent with expected behaviour, and no unexpected delays were discovered).

Donc, avec la prise en charge des IDN par Internet Explorer 7 (chose que ne faisait pas IE6, contrairement à Firefox), qui a déjà contribué à populariser les IDN, surtout en Asie, mais aussi en Allemagne (pour l'Europe, je ne parle pas de la France, où il me semble qu'il y a encore beaucoup de réticences, selon moi inexplicables) ou en Amérique Latine, maintenant que l'ICANN connaît ces résultats positifs, j'espère que la prochaine réunion au cours de laquelle il en sera question, qui aura lieu à Lisbonne dans quelques jours (du 26 au 30 mars), pourra être le prélude au déploiement définitif des noms de domaine internationalisés.

Alors, les IDN : arnaque ou opportunité ? Perso, j'ai choisi mon camp : formidable opportunité !

D'accord, pas d'accord ?


P.S. Je voulais titrer « L'ICANN teste les IDN : résultats positifs à 100% », et puis avec ce problème des caractères accentués qui ne sont pris en charge ni dans les URL générés par Blogger ni dans les flux, j'ai préféré modifier mon titre, moins incisif, certes, mais sans accent. Ah ! vivement que ça change ... grâce aux IDN (car il est clair que cette évolution majeure ne concernera pas uniquement les noms de domaine, mais toute la « grammaire » de l'Internet) !

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lundi 12 mars 2007

RegisterFly : erreur 404, Registreur introuvable

RegisterFly : erreur 404, Registreur introuvable

RegisterFly, vous connaissez ? Non ? Jamais entendu parler ? Bon, ben ça va vite changer. Voici la brève chronique d'un désastre annoncé.

* * *

[MàJ - 16 mars 2007] Voilà, c'est fait, le registreur n'est plus agréé par l'ICANN.

[MàJ - 15 avril 2007] Bien que RegisterFly ait été radié par l'ICANN, ils continuent à enregistrer des noms (et à se faire payer) comme si de rien n'était. Une « class action » (recours collectif) a été entreprise, à la fois contre le registreur, l'ICANN et eNom.

* * *

Il y a déjà plus d'un an que nos bons amis de l'ICANN reçoivent des plaintes de clients mécontents (c'est un euphémisme) de cette société, actuellement 20ème au classement des principaux registreurs.


Pendant des mois et des mois, l'ICANN a semblé impuissant et incapable d'entreprendre quoi que ce soit pour protéger les intérêts de tous ceux qui avaient eu la mauvaise idée d'enregistrer leur(s) nom(s) de domaine sous l'enseigne du registreur volant (ou voleur, pour la rime :-).

Et puis il y a un mois la situation a commencé à précipiter. Le 12 février dernier, l'un des deux associés fondateurs d'Unifiednames, Inc., la société mère de RegisterFly, John Naruszewicz, envoie d'urgence une lettre de licenciement à son co-associé / co-fondateur, Kevin Medina, en le mettant en demeure de restituer tout ce qui appartient à la société, des ordinateurs portables aux codes sources, de la liste des clients à l'accès aux comptes bancaires, etc.

Y a de l'eau dans le gaz...

Lettre accompagnée d'une action en justice pour conduite illicite, datée du même jour, dans laquelle la société précise que sur les 200 000 clients qu'elle comptait en décembre 2006, elle en a perdu ... 75 000 en janvier 2007 (points 18 et 19)  !

Le point 23 est intéressant, puisqu'il accuse M. Medina d'avoir dilapidé les actifs de la société, en se servant dans la caisse pour se payer les services de modèles, pour se faire liposucer (y a-t-il rapport de cause à effet ?), ou encore pour régler les 10 000 $ de loyer mensuel de son modeste pied-à-terre à Miami Beach plus tout un tas d'autres dépenses via ses cartes de crédit. Une info reprise par Bob Parsons en personne, qui a sûrement senti la bonne affaire.

Dans un même temps, les journaux commençant à se saisir de la question, l'ICANN décide d'agir en adressant à RegisterFly une lettre de 10 pages pour violation de contrat, et en donnant à la société 15 jours pour remettre les choses en ordre.

Quant à l'accusé, il réfute naturellement toutes les accusations dans sa réponse, et se justifie en disant que le seul but de son ex-associé est de s'accaparer la société. Chose que croit volontiers le juge, puisqu'à la surprise de tout le monde, il donne totalement raison à Medina !

John Naruszewicz, qui s'était déjà excusé auprès de ses clients (lettre encore en ligne sur le site, pour l'instant...), jette l'éponge, écœuré, et déclare qu'il ne fera pas appel :
"We lost and it's all over," he says. "The company will implode in days and 1 million domain names are going to be lost. It's a damned shame."

Nous avons perdu, et c'est terminé. La société va exploser d'un jour à l'autre, 1 million de domaines vont être perdus, c'est une putain de honte.
Des propos repris par Bob Parsons, et devant le tollé général, l'ICANN s'empresse de préciser qu'elle a déjà contacté M. Medina, à qui il reste deux jours pour rétablir la situation, et que le jugement rendu ne change rien.

En tous cas, il suffit de lire les commentaires des clients pour comprendre que plus personne ne se fait d'illusion (à comparer avec les témoignages "officiels"). Voir ici un exemple en vidéo...

Enfin, s'il y en a parmi vous qui ont des réclamations, voici l'adresse :

RegisterFly.com, inc.
404 Main Street
Boonton, NJ, 07005
US

404, ça vous rappelle rien ?


Liens connexes : IcannFly et Registerflies (sites réalisés par les clients escroqués), et en français.

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vendredi 15 septembre 2006

L'ICANN et la gouvernance d'Internet : certifiés DoC!


[MàJ - 4 août 2008] DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

* * *

Commençons par une citation d'actualité :
L'enjeu majeur d'aujourd'hui pour la gouvernance de l'Internet est de savoir si l'on veut que le réseau des réseaux soit utilisé comme un instrument exceptionnel de partage des connaissances, ou comme une arme géopolitique détenue par une superpuissance qui n'envisage guère d'en partager le contrôle, se réservant le droit de maintenir ou de renvoyer ses adversaires dans l'âge pré-Internet, c'est-à-dire la préhistoire de la Société de l'information.
Signé : Loïc Damilaville
Daté : Vendredi 20 septembre 2002 !

Dans deux semaines, le 30 septembre pour être précis, le Department of Commerce (DoC) des États-Unis va très probablement faire jouer le « droit de préemption » qu'il s'était réservé et renouveler le protocole d'entente (Memorandum of Understanding - MoU) pour conserver sa tutelle sur l'ICANN et sa mainmise sur le contrôle d'Internet.

Comme l'explique si bien quelqu'un sachant de quoi il parle, Stephan Ramoin (Gandi) :
Le système qui gère les noms de domaine est clairement identifé :

- Le Department of Commerce (DoC) américain est l'organe décideur des choix stratégiques via une de ses émanations, la NTIA,
- La NTIA délègue à L'ICANN (une association) la gestion administrative des noms de domaines,
- L'ICANN choisit les prestataires techniques pour la gestion au jour le jour et l'exploitation des extensions générales (Verisign pour le .com et le .net, PIR pour le .org, Affilias pour le .info etc ...), et les pays font leur choix sur leur extension nationale. Mais toujours sous l'influence américaine, puisque les 13 serveurs racines sont gérés là bas. Ce qui pose des problèmes de gouvernance, mais Loïc (Damilaville) en parle mieux que moi...
Donc ne pas confondre ce protocole avec l'accord IANA (Internet Assigned Numbers Authority), qui consiste à « préserver les fonctions de coordination centrale de l'internet dans l'intérêt de la communauté », avec en tête, les missions de zonage du monde avec attribution d’adresses IP à des organismes locaux (Apnic, Arin, Lacnic, ou pour l’Europe, Ripe Ncc), pour lequel l'ICANN a été reconduit jusqu'en 2011, le 15 août dernier.

Un droit détenu par l’Icann depuis 1998. Depuis sa création, en réalité. Que l'on pourrait virtuellement faire remonter au 1er juillet 1997, lorsque Bill Clinton chargea le Secrétariat d'État au Commerce de privatiser le DNS (Domain Name System) afin d'accroîte la compétition et de faciliter la participation internationale à la gestion du système. Un Livre vert fut publié le 20 février 1998 (cf. background), et l'ICANN créé, suite à ces événements.

Chose étrange, le jour même de la sortie du Livre vert, la Commission européenne publiait une communication intitulée « INTERNATIONAL POLICY ISSUES RELATED TO INTERNET GOVERNANCE - COMMUNICATION TO THE COUNCIL FROM THE COMMISSION » (Problèmes de politique internationale liés à la gouvernance d'Internet - Communication de la Commission au Conseil), dans laquelle l'approche retenue allait sûrement dans le bon sens :
It is essential for the European Union to participate fully in the decisions which will determine the future international governance of the Internet on the basis of the general objectives set out in the recent Commission proposals for increased international co-operation on global communications policy...

Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux décisions qui détermineront l'avenir de la gouvernance internationale d'Internet, sur la base des objectifs généraux fixés dans les récentes propositions de la Commission pour intensifier la coopération internationale sur les politiques mondiales des communications...
Certes, en 8 ans, beaucoup de chemin a été parcouru ... à rebours !

Avec le DoC qui continue de souffler le chaud et le froid, puisqu'après avoir laissé croire à une trêve ou qu'il lâchait du lest, d'aucuns ont pu penser que le débat sur la gouvernance d'Internet était relancé, pas plus tard qu'en juillet dernier :
Contre toute attente, lors d'une réunion publique organisée mercredi à Washington, le Département US du commerce a indiqué que les États-Unis pourraient céder une partie de leur contrôle 'historique' d'Internet. Rien n'est fait. Il faudra attendre le 30 septembre 2006 pour savoir quels pouvoirs les Etats-Unis entendent "céder" et sous quelles conditions.
Or il est clair maintenant qu'il n'en sera rien, et ce ne sont pas les illusoires et velléitaires impulsions de Bruxelles qui pourront y changer quelque chose :
La Commission européenne est bien décidée à ne pas relâcher la pression sur la question de la gouvernance de l'internet. Elle prépare activement le premier Forum consacré au sujet, qui devrait avoir lieu à Athènes du 30 octobre au 2 novembre prochain.
Dommage que le partenariat public-privé U.S. DoC-ICANN aura déjà été dûment signé... un mois plus tôt, et pour cinq ans !

Mais vu les progrès accomplis de 1998 à 2006, tant du côté américain (le « faciliter la participation internationale... » du Gouvernement Clinton) que chez nous (« Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux décisions qui détermineront l'avenir de la gouvernance internationale d'Internet... »), un petit lustre ne sera pas de trop pour éclairer nos négociateurs, actuellement réduits à formuler des vœux pieux, comme en témoigne cette déclaration de la Commissaire européenne pour la société de l’information et les médias, Viviane Reding :
- Pour l'instant, l'ICANN est sous domination des États-Unis. Le Département américain du commerce a un droit de regard, qui devrait être renouvelé à la fin du mois. Nous avons beaucoup discuté avec eux : idéalement, on préférerait qu'il n'y ait pas de mainmise du tout, mais espérons au moins qu'elle soit la plus légère possible, que ce droit de regard ne comprenne plus de mesures d'intervention...
En attendant, dès le 1er octobre, lendemain de la signature de l'accord, vous verrez se déchaîner nos organes de presse et autres intervenants chargés de relayer les infos auprès de l'opinion publique, quand bien même avec quelques jours, voire semaines, de retard.

Un peu comme Stéphane VAN GELDER, à qui je reconnaîs volontiers d'avoir ENFIN réagi, même si la façon dont il traite le sujet ne manque pas de me laisser perplexe : un article gentillet, très "politically correct", mais sans aucun approfondissement, aucune véritable analyse, aucune ouverture vers l'extérieur (pas un seul lien dans son article), et une conclusion à la Doctor Watson qui frise le ridicule :
Contacté par la rédaction de Domaines.info, le président de l'ICANN Paul Twomey n'a pas répondu à nos demandes d'information complémentaires. Officieusement, un membre du conseil nous a cependant indiqué que certaines modifications seraient certainement prochainement apportées aux propositions de contrat.
Je ne connais aucun des membres du conseil de l'ICANN, ni officiellement ni officieusement, et pourtant j'en étais arrivé aux mêmes conclusions. Je suis doué, quand même !

Ceci étant, après tout ce qui précède, même la question pourtant brûlante des prix variables et des contrats avec les registres des extensions .COM, .BIZ, .INFO et .ORG passe un instant au second plan. Ce qui n'empêche pas les américains de veiller, et je ne suis pas ironique en disant cela : à l'initiative de Netwok Solutions, ils viennent juste d'adresser un nouveau rapport sur les lacunes de la gestion du DNS par l'ICANN, et elles sont graves et nombreuses ! Ce serait même un modèle sclérosé, selon Louis Pouzin, l'homme qui n'a pas inventé Internet, président du conseil d'administration du Native Language Internet Consortium (NLIC), dont l'objectif est de promouvoir des technologies de gestion multilingue du Réseau...

L'internationalisation, puisqu'on en parle, première priorité inscrite dans la planification stratégique de l'ICANN sur la période 2007-2010, les IDN et le multilinguisme sur le réseau des réseaux, un sujet dont l'ICANN a déjà repoussé l'examen en 2005, probablement - pure intuition de ma part - parce que sa mise en place s'accompagnera obligatoirement d'une perte d'influence de l'ICANN, dès lors que l'anglais deviendra minoritaire sur le Net (voir du côté de l'Asie...). Comme le résume Louis Pouzin :
« Aujourd'hui, très concrètement, l'internet appartient à ceux qui comprennent l'anglais, et dans une moindre mesure, à ceux qui appartiennent à l'ensemble des langues vécues dans l'alphabet latin. Pour 80 % de l'humanité, l'alphabet latin ne produit aucun sens. Si l'on veut inclure à l'échelle mondiale les sociétés dans leur diversité, il faut bien que les infrastructures soient capables de transporter des langues dans leur alphabet propre. Un équipement, des logiciels, des services, des usages qui utilisent en toute transparence l'ensemble des langues disponibles. La langue se base sur une communauté, 80 % des échanges linguistiques se font au sein de mêmes communautés indépendamment de leurs dispositions spatiales. Exclure des usagers de l'internet parce que leur langue n'est pas accessible, c'est les exclure de l'ensemble des échanges communicationnels. »
Mais j'aborderai la gestion multilingue d'Internet et les IDN dans de futurs billets...

Pendant ce temps, en Europe et ailleurs, le Forum sur la Gouvernance d'Internet discute, discute... Est-ce un jeu de dupes, d'après vous ? Moi, je crois bien que oui ! L'ICANN et la gouvernance d'Internet : certifiés d'origine contrôlée !

Finalement, c'est toujours la même histoire qui se répète : Internet, 15 jours pour convaincre ou 30 ans à subir...


Liens connexes (les 2 premiers sont en anglais, les autres en français) :
  1. OECD input to the United Nations Working Group on Internet Governance
  2. Domain Name Handbook

  3. L'ICANN en 10 leçons
  4. Les Organismes de la Gouvernance de l’Internet
  5. GOUVERNANCE : Les principaux acteurs de l'Internet...
  6. Quelle gouvernance par l’Internet et pour l’Internet ? (fichier PPT, 8 Mo)
  7. Gouvernance de l'Internet
  8. Gouvernance de l’internet : L’ÉTAT DE FAIT ET L’ÉTAT DE DROIT
  9. GOUVERNANCE D'INTERNET : LE PARTENARIAT PUBLIC - PRIVÉ
  10. ICANN et la gouvernance d'Internet (par Heins Klein)

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