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samedi 14 août 2010

Poisons


Le titre de ce billet s'inspire d'une affaire qui risque de faire grand bruit avant la fin de l'année, à savoir la présentation par Gianni Lannes du dossier “Veleni nel Mare Nostrum” devant le Parlement européen... 

Introduction 
I. De la terre à la mer... 
Retour aux sources 
II. De la mer à la terre... 
Conclusion

* * * 

Introduction

Pour le rédiger je me suis plongé dans la lecture de plusieurs ouvrages (numérotés de 1 à 5, ce qui me permettra de les citer en renvoi par leur numéro) :
  1. "Les Vaisseaux du poison. La route des déchets toxiques", de François Roelants du Vivier, publié aux éditions Sang de la terre, en oct.-nov. 1988
  2. Bandiera nera. Le navi dei veleni, d'Andrea Palladino, édité par manifestolibri (fév. 2010) (Pavillon noir. Les navires empoisonnés)
  3. Avvelenati, de Giuseppe Baldessarro et Manuela Iatì, Città del Sole Edizioni (avril 2010) (Empoisonnés)
  4. Le Navi della vergogna, de Riccardo Bocca, éditions BUR (mai 2010) (Les bateaux de la honte)
  5. Veleni di Stato, de Gianluca Di Feo, éditions BUR (nov. 2009) (Poisons d'État)
Outre consulter de nombreuses sources sur Internet, dont "Le navi sparenti", le dossier de Greenpeace sur les navires toxiques, le dossier sur le Probo Koala, ou encore ce Cahier critique sur les transferts transfrontaliers de déchets toxiques et leur impact sur les droits humains, Toxics from Italy, etc. [Début]

* * * 

I. De la terre à la mer...

Je vous préviens, c'est long, mais cette histoire, compliquée tant elle a de ramifications, mérite d'être racontée, DOIT être racontée. Essayons, moi d'écrire, et vous de lire... En commençant par cette citation d'Alain Bombard :
Si tout dans la nature répondait au schéma de Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme », les nouvelles techniques ont créé des objets qui oublient le troisième terme de la proposition : ils ne se transforment plus et s'accumulent dans les milieux vivants de jour en jour, d'année en année, de siècle en siècle. C'est une invasion qui au minimum prend la place de la vie, au maximum l'empoisonne.
qui préface le livre de François Roelants du Vivier, écrit à l'époque-même où l'opinion publique internationale était sensibilisée par l'odyssée d'un cargo-poubelle, le Zanoobia, chargé de 2200 tonnes de déchets toxiques, qui a erré plusieurs semaines en Méditerranée avant d'accoster au port de ... Massa Carrara, le 5 mai 1988. C'est-à-dire à l'endroit même d'où la cargaison était partie, 15 mois plus tôt ! Retour à la case départ... 

La magistrature italienne a fait procéder à une identification minutieuse des étiquettes encore visibles sur les fûts (cf. 2, p. 75 et p. 119 et sq.), appartenant à 150 sociétés dont le gotha de l'industrie pharmaceutique et chimique mondiale ! 

Qu'on en juge : 
A.G.I.P. 
BASF 
BAYER 
CIBA GEIGY 
CYNAMID 
DE LONGHI 
DOW CHEMICAL 
DOW CORNING 
DUPONT DE NEMOURS 
EASTMAN CHEMICAL 
ENICHEM 
FARMITALIA - CARLO ERBA 
FARMOPLANT 
HOECHST 
I.C.I. 
ILVA 
K.J. QUINN FRANCE 
LORILLEUX 
MIYOSHI OIL 
MONSANTO 
MONTEDISON 
MONTEPOLIMERI 
NORSOLOR 
PIRELLI 
SANDOZ 
SHELL ITALIA 
SNIA 
SOLVER 
Union Chimiste de Belgique, etc. [Début] 

Mais comment en est-on arrivé là ? 

Selon la chronologie des événements relatée par M. François Roelants du Vivier (cf. 1, p. 33 et sq.), le 20 septembre 1986, à Djibouti, la société International Consulting Office s'apprête à finaliser un contrat avec Intercontract SA, présidée par Gianfranco Ambrosini, portant sur « l'élimination de déchets industriels européens », pour une quantité minimale de 100 000 tonnes par an de déchets solides (hors déchets radioactifs), sur une période de cinq ans renouvelable. Soit 8 à 10 000 tonnes par bateau et jusqu'à 4 transports par mois... 

L'affaire est totalement légale et, le 12 janvier 1987, un autre contrat est signé entre la SRL Ambrosini, agent représentant de la SA Intercontract, et la société Jelly Wax, division écologie (sic!), qui a pignon sur rue à Milan et dont l'administrateur est un certain Renato Pent, par ailleurs associé avec une connaissance des lecteurs et lectrices de ce blog, un certain Giorgio Comerio (cf. 4, p. 249). La répartition des coûts est la suivante :
  • Jelly Wax propose à ses clients (dont les sociétés mentionnées ci-dessus) de "traiter" leurs déchets toxiques et dangereux à 500 $ la tonne ;
  • Jelly Wax s'engage à payer à Ambrosini 300 $ la tonne pour les cinquante mille premières et 225 $ pour les suivantes ;
  • Ambrosini offre à l'International Consulting Office de Djibouti 26 $ la tonne de déchets "éliminés" !
Je vous laisse calculer les gains... 

Ainsi, un mois plus tard, le 10 février, le cargo Lynx, battant pavillon maltais, charge à Massa Carrara 2 146 tonnes de déchets répartis dans 10 876 fûts et fait route vers Djibouti. 

Or selon Andrea Palladino, journaliste du Manifesto, le 19 mars 1987, un groupe des "verts" de Massa Carrara dénonce le fait qu'aucune installation de traitement des déchets n'existe à Djibouti, ce qui induit la région Toscane à faire marche arrière sur les autorisations et le gouvernement de Djibouti, devant le scandale, décide de refuser le chargement. 

Jelly Wax passe alors un contrat avec une société de Panama, la Mercantil Lemport SA, dirigée par un certain Luciano Micciché (italien né à Ravanusa en 1949 et résident à Caracas, précise M. François Roelants du Vivier, cf. 1, p. 39), qui décroche les autorisations nécessaires pour que le Lynx puisse accoster à Puerto Cabello (Venezuela, env. 140 km à l'ouest de Caracas) (à noter que dans la liste des 150 sociétés mentionnée ci-dessus, 10% sont vénézuéliennes...). 

Le 28 avril 1987, le cargo décharge finalement ses 10 876 fûts. Qui, en fait d'être "traités", vont rester « entassés à l'air libre par une température moyenne de 35°C dans un entrepôt à ciel ouvert et, de surcroît, non clôturé ». 

Quelques jours plus tard :
Ce qui était à craindre se produit, ... « une dizaine de fûts commencent à suinter. Un matin des gosses qui jouaient au ballon à côté de la décharge s'approchent de cet amas de tôles. L'un d'eux tripote le liquide jaunâtre qui s'échappe et s'en barbouille le torse. La brûlure est instantanée. Transporté à l'hôpital ; il meurt le lendemain dans d'atroces souffrances ».
Extrait d'un article de François Soudan pour "Jeune Afrique", cité par M. François Roelants du Vivier (cf. 1, p. 40). 

Pour autant, le 16 juin 1987, le Ministère de l'Environnement vénézuélien reçoit une nouvelle demande de consentement d'importation de déchets toxiques de la part du gouvernement italien. Il s'agit d'un deuxième chargement affrété par Mercantil Lemport, qui voyage sur le cargo tchèque Radhost. 

Mais face aux événements, le 4 juillet les autorités interdisent au Radhost de débarquer, et ordonnent ensuite une inspection de l'Institut Vénézuélien de la Recherche Scientifique. Le constat est accablant ! Je vous passe les détails, horribles, mais la conclusion du rapport est la suivante : « La Commission de l'IVIC recommande de réexporter immédiatement tous ces déchets vers leur lieu d'origine... » 

S'en suivra presque un incident diplomatique avec l'Italie, le gouvernement vénézuélien estimant avoir été floué. Quant à Miccichè, sentant le vent tourner, il disparaîtra de la circulation, probablement à destination de Miami... 

Transférés vers une base militaire le 9 août, ce n'est que le 21 octobre, soit 6 mois après avoir été débarqués, que les fûts seront réembarqués sur un autre cargo, le Makiri, à destination de Tartous, en Syrie, où ils arrivent le 10 décembre 1987. C'est enfin là qu'il seront repris à bord du Zanoobia, le 17 mars 1988. Le cargo errera en Méditerranée, avec tout son équipage malade et contraint à respirer une puanteur épouvantable, et rejoindra d'abord le port de Livorno en avril puis finalement le port de Carrare en mai 1988, plus d’un an après le départ initial des déchets

Le 7 mai, nous dit Andrea Palladino (cf. 2, p. 73), le professeur Mario Pizzurra, directeur du Département d'Hygiène de Perugia, peut monter à bord pour examiner la cargaison :
L'atmosphère est incroyable - raconte-t-il à l'ANSA -, il y a des déchets industriels de toute nature, des substances hautement toxiques, mutagènes. Ce que j'ai vu aujourd'hui sur ce bateau heurte tout sentiment éthique, toute loi morale.
Le gouvernement décide alors de transférer le cargo et son chargement à Gênes, et de déclarer la situation d'urgence environnementale (ce qui a des implications "légales" non négligeables...). La mission de récupérer les déchets pour les traiter est confiée à la société CASTALIA (groupe IRI), qui obtient à la clé un contrat de 5,5 milliards de lires (soit pas loin de 3 millions d'euros aujourd'hui). [Début]

* * *

Mais revenons-en au Radhost, le deuxième cargo affrété par Jelly Wax et rejeté par le Venezuela, qui lui termine sa course au Liban, le 21 septembre 1987. Toujours avec environ 2 400 tonnes de déchets toxiques dans ses soutes (officiellement du vrac pour usage agricole et industriel...), soit 15 800 fûts et 20 conteneurs débarqués au port de Beyrouth. 

Il faudra quelques mois aux autorités libanaises pour comprendre de quoi il s'agit : 
  • le 18 février 1988, un représentant de la société italienne Ecolife s'était présenté devant le consul du Liban, qui s'aperçoit immédiatement que le document est un faux grossier, en outre plein d'erreurs. Il contacte alors le Ministère des Affaire étrangères de son pays puisqu'il s'agit d'importation de déchets ; 
  • les autorités de Beyrouth enquêtent et découvrent que, une fois déchargés, une quantité indéfinie de fûts avaient été "recyclés", leur contenu vendu comme "fertilisant", d'autres avaient même été repeints, remplis d'eau et revendus à 5 $ l'un... Des centaines de personnes furent empoisonnées ! 
  • les magistrats libanais convoquèrent les représentants légaux des sociétés Jelly Wax et Ecolife, mais inutile de dire que personne ne se présenta ; 
  • une expertise fut diligentée dont le résultat sur le contenu des fûts ne laissait aucun doute : cyanure, fulmicoton, métaux lourds, sable contaminé par des dioxines, herbicides, chlorure de méthylène, et nombre d'autres substances dangereuses ; 
  • Rome finit donc par désigner une équipe de 6 "experts" et une société, la Mont.eco (groupe Montedison), pour se charger de l'opération "récupération". C'est ainsi que quatre cargos furent affrétés pour aller au Liban et réembarquer les fûts toxiques : Voriais Sporadis (arrivée le 30 juin) ; Yvonne A (arrivée le 23 juillet) ; Cunski (départ d'Italie le 23 août) ; Jolly Rosso (départ de La Spezia le 25 août). Le 23 août arrive également à Beyrouth la délégation d'experts, dont la responsable, Cesarina Ferruzzi, confira aux journalistes que « le cargo yougoslave Cunski avait à son bord les matériels et les équipements pour effectuer les travaux d'assainissement nécessaires » ; 
  • la cargaison toxique fut réembarquée sur les quatre cargos fin 1988, mais seul le Jolly Rosso arrivera "officiellement" à La Spezia (d'où les fûts qu'il transportait seront transférés, plus d'un an après, vers Porto Marghera et Trévise). Quant aux trois autres cargos - répétons les noms : Voriais Sporadis, Yvonne A et Cunski -, ils disparaîtront totalement de la circulation et des faits divers... [Début]
* * * 

Retour aux sources

Riccardo Bocca nous raconte dans son livre (cf. 4, chap. 6, p. 125 et sq.), que début juin 2005, un magistrat de la Direction Nationale Antimafia, Vincenzo Macrì, reçoit un mémorial écrit par un certain Francesco Fonti, repenti de la 'ndrangheta, extrêmement détaillé (avec noms, y compris des politiques impliqués, lieux, dates et circonstances). 

Fonti en italien signifie "sources" (on retrouve d'ailleurs cette étymologie en français dans "fonts" baptismaux). 

Et ces sources sont parfois extrêmement surprenantes. Et inquiétantes... 

Il explique en effet qu'à partir d'octobre 1986 il avait été chargé par ses chefs de faire disparaître 600 fûts contenant des déchets toxiques et radioactifs, stockés à la centrale Enea de la Trisaia, a Rotondella, et provenant d'Italie, de Suisse, de France, d'Allemagne et des États-Unis, pour un montant de 660 millions de lires, soit un montant dérisoire de 1,1 million par fût (disons environ 600 euros d'aujourd'hui) ! 

D'abord chargés sur 40 camions, les fûts voyagèrent des entrepôts de Rotondella à Livorno (entre 900 et 1000 km de distance), d'où ils devaient être embarqués et partir pour la Somalie. Sinon qu'entre-temps son chef fut assassiné et il fallut attendre janvier 1987 pour reprendre l'opération. 

Récit de Francesco Fonti :
Le cargo dont nous nous sommes servis était le Lynx, ..., qui avait été affrété par la société Jelly Wax de Renato Pent, auquel j'avais demandé de me fournir une couverture... Le fait est que, selon nos calculs, nous n'aurions pu charger que 500 fûts dans les soutes, et il nous restait donc le problème de trouver une solution pour les 100 fûts restants. Nous avons donc imaginé un plan à deux niveaux : 500 fûts seraient partis pour la Somalie et les 100 autres auraient été enterrés en Basilicate... L'opération s'est déroulée du 10 au 11 janvier 1987... Les factures, préparées par un comptable milanais qui m'avait été présenté par Vito Roberto Palazzolo (trésorier de Totò Riina et Bernardo Provenzano), indiquaient de fausses descriptions pour pouvoir embarquer les déchets toxiques et radioactifs, et furent expédiées à la société International Consulting Office de Djibouti...
Après quoi, toujours selon Francesco Fonti, le cargo Lynx n'accosta pas à Djibouti mais fit route vers Mogasdiscio (Somalie), où furent débarqués les 500 fûts. Et, de fait, la Somalie est juste à côté de Djibouti, la Somalie pleine d'étranges maladies...

 
Pour l'instant, contentons-nous juste d'observer que son récit est parfaitement compatible avec tout ce qui précède... Mais les "coïncidences" ne s'arrêtent pas là ! 

Car outre fournir force détails sur les connexions Italie-Somalie qui recoupent en bien des points l'affaire encore non résolue (!) de l'assassinat d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin, ainsi que sur sa rencontre et ses relations avec Giorgio Comerio, notamment sur le sabordage du cargo Rigel (auquel il faudrait consacrer un billet entier...), Fonti passe ensuite à l'année 1992, durant laquelle :
En l'espace de deux semaines, nous avons coulé trois navires que nous avaient signalés la société Messina (propriétaire du Jolly Rosso, entre autres) : l'Yvonne A, le Cunski et le Voriais Sporadais... Le premier transportait 150 fûts de boues, le second 120 fûts de déchets radioactifs, et le troisième 75 fûts de différentes substances toxiques et dangereuses.
À savoir les 3 cargos ayant totalement disparu de la circulation et des faits divers depuis qu'ils avaient été affrétés par la société Mont.eco (groupe Montedison) pour prendre en charge, avec le Jolly Rosso, l'opération "récupération" des 2 400 tonnes de déchets toxiques déchargés par le Radhost (le cargo affrété par Jelly Wax et rejeté par le Venezuela), le 21 septembre 1987 dans le port de Beyrouth. 

Or le GROS problème dans cette histoire, c'est que Francesco Fonti fournit des coordonnées tellement précises de l'endroit où aurait été sabordé le Cunski (celui-là même qui, selon Cesarina Ferruzzi, responsable de la délégation d'experts envoyée au Liban par le gouvernement italien, « avait à son bord les matériels et les équipements pour effectuer les travaux d'assainissement nécessaires »), que « le 12 septembre 2009, un robot téléguidé découvre une épave correspondant aux dimensions du Cunski, gisant à 487 m de profondeur, à 14 milles nautiques de Cetraro, sur la côte occidentale de la Calabre. » 

La ministre italienne de l'Environnement s'empressera de démentir, mais sa version est tellement pleine de contradictions (il faudrait un billet entier pour tout raconter, donc, vous m'excuserez... ; pour une reconstruction détaillée, voir 3, p. 209-255) et prend l'eau de tous les côtés qu'elle fait naître cent fois plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Le seul fait réellement concret, comme l'observe l'une des trop rares parlementaires honnêtes du paysage politique italien, Angela Napoli, membre de la Commission Parlementaire Antimafia, qui accuse ouvertement le gouvernement de vouloir dissimuler la vérité dans cette affaire, c'est :
comment est-il possible que Francesco Fonti, lui qui n'est même pas de cette région, puisse indiquer si précisément l'endroit exact où il s'accuse d'avoir coulé un bateau, et que l'on retrouve bien en ce même endroit une épave ?
À ce jour, la question reste posée... [Début]

* * * 

II. De la mer à la terre...

J'espère vous avoir donné une idée assez précise de ce "cycle des déchets", mais la partie la plus intéressante reste encore à découvrir : que sont-ils devenus ? Car là encore, les surprises ne manquent pas, puisqu'en fait, personne ne le sait ! Pas même officiellement ! Même si la solution la plus probable est qu'ils aient été enterrés dans le plus grand secret mafieux (encore et toujours avec la complicité des politiques, il va sans dire...) dans plusieurs décharges disséminées du nord au sud de la péninsule :
  • les fûts du Zanoobia (provenant du Lynx) auraient fini leur course à la décharge de 1) Pitelli, près de La Spezia, de 2) Borgo Montello, près de ... chez moi (Latina), et d'autres encore ;
  • quant aux fûts du Jolly Rosso (provenant du Radhost), il se pourrait bien qu'ils réapparaissent sous peu des sarcophages enfouis dans le lit du 3) fleuve Oliva, au cœur de la "vallée empoisonnée"...
1) Pitelli 

La décharge Pitelli occupe une colline entière qui domine La Spezia. Pendant plus de 20 ans elle aurait opéré en l'absence de tout contrôle administratif, sous la direction d'Orazio Duvia, surnommé "le roi de Pitelli" (pour une description plus précise, voir ce document italien, p. 26 et suivantes). 

Divisée en plusieurs zones d'enfouissement, une de celles qui nous intéresse de plus près est la zone ex-IPODEC, de la société du même nom, qui s'est transformée ensuite - en Italie, tandis qu'elle a conservé son nom dans les autres pays, aujourd'hui groupe VEOLIA - en IPOTEC (Ipotec Italia S.r.l.), puis en 1997 en IPOTER (Ipoter S.r.l.), avant de devenir, le 27 mai 2009, Veolia Servizi Ambientali Industria S.r.l., groupe VEOLIA

Tout ça reste en famille puisque, selon le fameux rapport de Greenpeace, intitulé "The Network", publié en septembre 1997, aujourd'hui introuvable mais dont la traduction italienne est entièrement reportée en appendice par Riccardo Bocca (cf. 4, p. 241 et sq.), Orazio Duvia, présent dans au moins une quinzaine de sociétés actives dans la collecte, le transport et le traitement des déchets (dont les trois principales sont SERVIZI AMBIENTALI Srl, IPODEC ITALIA Srl et CONTENITORI TRASPORTI Spa), était également associé avec le SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES EAUX (SGE) :
SGE a noué des relations commerciales avec Duvia en 1992, en rachetant 99,75% de la société R.T.R ITALIA, par l'intermédiaire de la société milanaise EKIP Srl. Ensuite R.T.R est devenue IPODEC Srl, dont l'administrateur unique était M. J-P V., président d'IPODEC SUD-OUEST et au conseil d'administration d'IPODEC ILE DE FRANCE et d'ONYX AUVERGNE RHONE ALPES. En octobre 1995, EKIP Srl a vendu sa participation dans IPODEC à TERMOMECCANICA Spa pour quatre milliards de lires.
Or la SGE, précédemment Compagnie Générale des Eaux, est devenue Vivendi en 1998, puis a été rebaptisée Veolia Environnement en 2003. 

Le groupe VEOLIA est aujourd'hui totalement indépendant. VEOLIA qui devrait également finir par contrôler 100% de TERMOMECCANICA Spa en 2012... 

C'est par ailleurs dans la décharge Pitelli que seraient enfouis les fameux 41 fûts de Seveso, qu'on avait d'abord retrouvé dans des abattoirs désaffectés à Anguilcourt-le-Sart, probablement abandonnés là par Bernard PARINGAUX, gérant de la société Spedilec, pour qui la dioxine c'est comme les orties... 

L'affaire avait fait grand bruit en France :
retrouver ce média sur www.ina.fr
D'autres s'interrogeaient : - « Que contiennent les 600 fûts eux aussi en provenance d'Italie qui se trouvent dans un autre entrepôt de la Spedilec à Port-de-Bouc ? » (Le Courrier Picard) 

Quelqu'un l'a-t-il jamais su ? Comme quoi si l'on cherche bien, toutes ces histoires ne concernent pas que l'Italie... Quoi qu'il en soit, comme toujours ici, ces affaires restent perpétuellement sans coupables, après s'être éternisées pendant des décennies devant les tribunaux. Et, de facto, le procès continue, et la honte continue : la dernière proposition en date serait de convertir les collines de Pitelli en ... green de Golf ! Oui, vous avez bien lu :-) Ça tombe bien, y a environ 18 trous... Donc on recouvre tout ça, bien beau bien propre, mais SURTOUT sans savoir ce qui se cache dessous ! Surtout pas... [Début] 

2) Borgo Montello 

Les doutes sur la décharge "S0″ de Borgo Montello, cette autre colline des mystères, ne datent pas d'aujourd'hui, puisque dès 1995-96, la municipalité de Latina avait commandé une étude à l'ENEA pour vérifier la présence de déchets toxiques, dont les résultats avaient dévoilé l'existence de trois grosses "structures métalliques" enfouies à une profondeur comprise entre cinq et dix mètres, aux dimensions impressionnantes : 10m x 20m pour deux d'entre elles, 50m x 50m la troisième (en gros un demi terrain de foot !)... 

On pourrait donc croire qu'au lu et au su de tels résultats, un complément d'enquête aurait été ordonné. Et bien non, tout a été archivé, le rapport a terminé dans quelque placard oublié de tout le monde ... pendant 15 ans ! 

Mais tout vient à point à qui sait attendre, et des fouilles devraient commencer ... incessamment sous peu, le tout est d'être patient. Ceci dit, à Borgo Montello, ce serait la camorra qui ferait la pluie et le beau temps. Selon un repenti, Carmine Schiavone, les "casalais" y ont enterré à la fin des années 80 des milliers de fûts toxiques au tarif somptueux de 500 000 lires le fût. Au point que les nappes phréatiques aussi sont empoisonnées... Et près de Borgo Montello il y a même Borgo Sabotino, où se trouve une centrale nucléaire qui était à la pointe de la technologie ... dans les années 50 (!), dont personne ne sait comment sont - ou auraient été - traités les déchets nucléaires produits (voir le P.S. de ce billet). 

Et encore à Borgo Montello on y trouve la société Indeco, du groupe Grossi, récemment arrêté pour désastre environnemental, entre autres, avec plusieurs personnes, dont une de ses principales collaboratrices, une certaine Cesarina Ferruzzi, qui parle encore et toujours de "bombe biologique", mais près de Milan, cette fois... 

Ce même Giuseppe Grossi qui, dans les années 90, avait repris la société Servizi Industriali d'Osnago chargée par Castalia (voir plus haut) de "traiter" les fûts du Zanoobia (cf. 2, p. 81). Enfin, à Borgo Montello il y avait un prêtre, don Cesare Boschin, un prêtre courageux, âgé de 80 ans, qui continuait à se battre et qui dénonça quelque chose qu'il avait vu ou su aux carabiniers, en mars 1995... probablement quelque chose que beaucoup savaient sans oser le dire, comme d'incessants va-et-vient de camions, la nuit, pleins de chargements étranges et puants. 

Mais le bon prêtre paya son courage de sa vie, puisqu'il fut retrouvé assassiné quelques jours plus tard, roué de coups et avec un sparadrap sur la bouche, incaprettato (impossible à traduire, même si la traduction étymologique exacte serait "enchevêtrement"), autant de signes qui ne trompent pas pour prévenir tous les autres qui seraient tentés de parler. D'ailleurs le dossier fut vite classé sans suite, meurtre commis par des inconnus. Point à la ligne. 

En Italie tout ça est une constante : tout finit toujours par être archivé, les pistes brouillées, jamais de coupables (ou à la limite le menu fretin), au bout de procès qui s'enlisent pendant des années, même si c'est toujours les mêmes qu'on retrouve, autant de métastases qui ont envahi ce putain de pays cancéreux, gangréné, corrompu de partout. Je pourrais vous en faire une liste de centaines et de centaines de noms, et vous seriez même surpris d'en connaître déjà beaucoup... [Début] 

3) Fleuve Oliva 

Après deux collines, un fleuve. Un fleuve dans une vallée. Une vallée radioactive... (cf. 3, p. 13 à 56) Où les statistiques de cancers et d'autres maladies infames sont bien plus élevées qu'ailleurs, sans qu'on sache trop pour quoi. Officiellement. Le fleuve Oliva, il est près d'Amantea, là où s'est échoué le Rosso (ex-Jolly Rosso), comme on le voit sur ce clip vidéo que je ne résiste pas à vous remontrer :

   

Chaque fois que je le regarde, j'en ai presque les larmes aux yeux... Courageuse, on y voit l'épouse du capitaine Natale De Grazia, assassiné lui aussi (empoisonné) parce qu'il eut le tort d'enquêter sur les bateaux des poisons et les connexions avec Giorgio Comerio

À noter en passant qu'il y a quelques semaines à peine, Nicolò Moschitta, un maréchal des carabiniers qui avait enquêté aux côtés du capitaine De Grazia, révéla une circonstance inconnue de tous à ce jour : lorsque, le 10 août 1983, l'autre maudit de Licio Gelli s'évada de sa prison suisse, à Champ-Dollon, grâce à la complicité d'un gardien soudoyé, il se réfugia dans un premier temps à Montecarlo, justement au domicile de ... Giorgio Comerio !!! Moschitta raconte également que, durant l'enquête :
Il nous semblait que des forces occultes, difficilement identifiables, contrôlaient pas à pas nos activités...
Ce qui leur permit probablement d'intercepter Natale De Grazia avant qu'il n'arrive à La Spezia... Mais pour en revenir au fleuve Oliva et à la vallée empoisonnée, après avoir détecté la présence de gigantesques "sarcophages" sous le lit du fleuve, le juge Bruno Giordano a déjà fait procéder aux premiers sondages dans le terrain :  

Il en ressort des quantités énormes (de l'ordre de centaines de milliers de mètres cubes) de boues industrielles contenant de nombreuses substances toxiques : mercure, zinc, cuivre, cadmium, béryllium, cobalt, et même césium... Je vous laisse imaginer l'état du terrain et des nappes phréatiques ! Et pourtant, il n'y a dans cette région aucune industrie susceptible de produire de tels déchets. Par conséquent, tandis que les sondages se poursuivent, le Comité De Grazia a d'ores et déjà déclaré sa volonté de se porter partie civile au procès pénal qui ne devrait pas tarder à débuter, et invite les collectivités locales concernées à en faire autant. Je vous tiendrai au courant des suites... [Début]

* * * 
Conclusion

Nous voici (presque) arrivés au terme de ce billet, même si j'ai gardé le meilleur pour la fin. Je veux parler du cinquième livre, de ces poisons d'État dont Gianluca Di Feo nous dit les horreurs, et qui est simplement terrifiant. Ce n'est pas pour en rajouter, mais juste pour vous montrer comment les catastrophes d'hier s'ajoutent à celles d'aujourd'hui pour nous réserver un piètre avenir si personne n'ose crier assez haut que tout cela suffit et qu'il serait temps que les gens - l'opinion publique, la masse des gens honnêtes - réagissent. 

Le livre raconte dans le détail l'immense production d'armes chimiques par le régime de Mussolini, qui s'en servit d'ailleurs à profusion pour aller gazer les "colonisés" (Éthiopie, Libye) (aujourd'hui encore Mussolini est défini un "brave homme" par Berlusconi et son ombre, Dell'Utri, qui qualifient également de "héros" un mafieux notoire, mais passons...), dont des milliers de bombes chimiques furent, juste après la guerre, purement et simplement ... jetées à la mer, et notamment en mer Adriatique (cf. 5, p. 151-154). 

Des études assez récentes montrent que dans cette mer les poissons sont davantage sujets aux maladies et aux mutations génétiques qu'ailleurs, et malgré quelques tentatives d'assainissement par la marine militaire, les pêcheurs de la zone continuaient de souffrir de dermatites aiguës, de conjonctivites, de crise d'asphyxie, de toux violentes, de diarrhées, etc. Mais le dernier incident connu sur les personnes remonte à l'été 2008, lorsqu'un habitant de Molfetta écrivit ses mésaventures à un site Web :
Le dimanche 27 juillet, dans l'après-midi, après une journée passée à la mer, précisément à Torre Gavetone, ma femme a commencé à présenter des symptômes étranges, des brûlures à l'appareil génital, avec des douleurs internes de plus en plus intenses et localisées. Contacté d'urgence, son gynécologue a diagnostiqué une forte inflammation vaginale, à la fois interne et externe, accompagnée d'une lésion de l'épithélium de la muqueuse, au point qu'une intervention chirurgicale au laser a été nécessaire, tandis que l'état inflammatoire a augmenté dans les jours suivants. Ni les différents traitements suivis ni les anti-inflammatoires utilisés n'ont vraiment pu réduire la douleur et l'inflammation des tissus.
La lettre, écrite un mois plus tard, précise seulement : « Ce n'est qu'au cours des 10 derniers jours que l'inflammation a commencé à diminuer, mais sans parvenir encore à une réduction significative de la douleur »... Donc je vous laisse imaginer : vous allez une après-midi à la mer, en 2008, et vous êtes agressé(e) par du gaz moutarde qui se libère encore d'ogives craquant de partout, après un séjour en mer qui dure depuis plus de 60 ans !!! Et il y en aurait aujourd'hui encore des milliers de tonnes qui n'attendent que le poisson, le pêcheur ou le baigneur de passage... 

Ajoutez à cela les centaines de bateaux coulés par la mafia avec leurs chargements de mort, y compris nucléaires, et ça vous donne une bonne idée du prochain endroit où aller passer vos vacances ! Ceci dit, le problème concerne au premier chef les populations résidentes, et ce qui est totalement inacceptable aujourd'hui, c'est que pratiquement personne ne sache rien de tout cela, et que derrière les paravents d'honorabilité et de transparence qu'affichent avec assurance, voire avec dédain, les géants du secteur (voir un extrait significatif de ces sociétés en début de billet), je crains bien que la réalité ne corresponde pas toujours avec l'image qu'elles souhaitent projeter au dehors. Dans un rapport publié l'année dernière, intitulé « Du rare à l’infini. Synthèse du panorama mondial des déchets 2009 », Veolia Propreté nous dit ce qui suit des déchets dangereux :
Une application de plus en plus stricte du principe de précaution d’une part, la complexité toujours plus grande des biens manufacturiers d’autre part, ont provoqué dans certains pays une véritable prise de conscience de l’importance des déchets dangereux alors même que des pays voisins en étaient encore à sous-estimer le phénomène. À partir des statistiques non exhaustives à notre disposition, on peut estimer à quelques 300 millions de tonnes la collecte mondiale de déchets dangereux au sens de la Convention de Bâle. Et d'ajouter : La production de déchets dangereux dans les pays en développement est inférieure à celle des pays développés mais pose de sérieux problèmes car leur gestion est quasi inexistante à part pour les déchets médicaux ce qui crée des cas de pollution environnementale sévère et des problèmes de santé. La production de ces déchets est difficile à évaluer malgré l’existence d’une réglementation spécifique. La collecte des déchets dangereux est largement inférieure à leur production et varie en fonction du niveau de revenu des pays en développement.
Gestion quasi inexistante, collecte largement inférieure à la production, et qui plus est nous parlons d'une production ANNUELLE...
Question : Veolia a-t-elle compris que la situation des déchets dans les pays en développement est infiniment meilleure qu'en Italie, pays en constante régression ?
Du reste, hors déchets dangeureux (si je comprends bien), VEOLIA estime que « l’ensemble des activités économiques liées aux déchets, de la collecte au recyclage », représente « un marché mondial de quelques 300 milliards d’euros », où les intervenants sont de plus en plus internationalisés, « à l’image des principaux acteurs que sont Veolia Propreté et Suez Environnement ou bien sur le seul marché américain, Waste Management. » 

Waste Management est d'ailleurs le deuxième groupe qui gère la décharge de Borgo Montello, via la société Ecoambiente, mais a également chapauté d'autres sociétés dans lesquelles il aurait été bon de regarder de plus près, selon Greenpeace, comme Italrifiuti SpA ou Servizi Piemonte Srl (cf. 4, p. 260-61). 

En tout cas, ce qui doit être clair, c'est qu'un "marché mondial de quelques 300 milliards d’euros" est une proie de choix pour des mafias toujours à l'affût de rentrées supplémentaires. Donc ce que je veux dire, c'est qu'un grand groupe comme VEOLIA, qui a fini (ou finira) par absorber des sociétés ayant joué un rôle clé dans l'affaire Pitelli, et qui peut compter au sein de son conseil d'administration sur la présence de Paolo Scaroni (CEO ENI) en tant qu'administrateur indépendant de Veolia Environnement, aurait toutes les cartes en main pour réaliser une grande opération "transparence & propreté", et rédiger un beau rapport, documents à l'appui, sur ce que recèle vraiment la colline Pitelli

Le groupe y gagnerait sûrement en crédibilité, dans cette histoire où tout n'a été, jusqu'à ce jour, qu'obscurité et dissimulation autour d'un site particulièrement contaminé, où les statistiques des tumeurs enregistrées sont tellement graves qu'on a même évoqué une "épidémie de cancers" !!! 

Même si je doute fortement que les politiques italiens permettraient une opération de ce genre, tellement ils sont intimement mêlés à ces affaires sordides... Ceci étant, pour terminer sur un parallèle avec la situation décrite dans ce billet, je dirais que l'actuel système politique italien est comme ces gigantesques sarcophages enfouis sous le lit du fleuve Oliva, si rempli de boues miasmeuses et de pourritures puantes que ça commence à déborder de partout, et qu'après avoir corrompu et empoisonné pendant des décennies la vie de leur concitoyens, l'heure est enfin venue qu'on leur présente l'addition. [Début]

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lundi 21 juin 2010

Les navires toxiques : un dossier de Greenpeace


À lire : Enfants difformes en Somalie... (en italien)

* * *

L'Espresso de cette semaine nous parle d'un dossier de Greenpeace sur les navires toxiques qui transforment en poubelle la Méditerranée, et pas seulement.

Cette histoire de déchets radioactifs et toxiques en tous genres est en train d'exploser en Italie, aussi bien autour des épaves empoisonnées que des déchets dangereux enfouis un peu partout sous le sol italien - et hors des frontières - dans de gigantesques sarcophages d'acier ou de ciment, comme c'est probablement le cas sous le lit du fleuve Oliva ou dans les décharges de Borgo Montello (Latina, à deux pas de chez moi) ou de Pitelli (La Spezia), où auraient respectivement été enterrés scories nucléaires et déchets toxiques provenant du Jolly Rosso, du Zanoobia ou encore la dioxine de Seveso...

[Parenthèse : sous la décharge de Borgo Montello, la présence de 3 sarcophages métalliques a été constatée depuis ... 1995, deux de 20 m sur 10 et un de 50 m sur 50 sans mesure de leur profondeur, mais le rapport a disparu jusqu'en ... 2007]

Je vais pas reprendre tout le dossier (ici la version anglaise), mais juste la partie consacrée à l'assassinat de deux journalistes en Somalie, Ilaria Alpi et Miran Hrovatin.

C'était le 20 mars 1994 à Mogadiscio : 16 ans plus tard, encore aucune vérité ni justice sur cette histoire, comme toujours dans les mystères italiens où les protagonistes sont mafias, services secrets et politiques ripoux. Une affaire étouffée donc, même s'il n'est pas encore trop tard, puisque la dernière demande d'archivage a été rejetée par le juge avec cette motivation :
…un meurtre sur commission, un assassinat perpétré pour empêcher que les infos recueillies par Ilaria Alpi et Miran Hrovatin sur les trafics d'armes et de déchets toxiques … ne fussent diffusées auprès de l’opinion publique…

Il faut dire que l'avis du juge se heurte quelque peu aux résultats de la commission parlementaire d'enquête (2004-2006) présidée par l'avocat Carlo Taormina, alors membre du parti de Silvio Berlusconi, qui avait conclu en dépit d'une montagne de preuves contraires accumulées que les journalistes étaient en vacances, qu'ils avaient subi une tentative de rapt et que ça s'était mal terminé !!!

Une semaine de vacances !!! Une conclusion que la mère d'Ilaria Alpi définit "une vulgarité"...

En réalité, une piètre tentative de culpabiliser les journalistes assassinés plutôt que de rechercher la vérité, ou, comme le dit fort justement Riccardo Bocca, une tentative honteuse d'avoir voulu associer une exécution à une villégiature...

Selon un autre journaliste, Luciano Scalettari, spécialiste des questions africaines :
La Commission d’enquête sur le crime d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin fut une parenthèse, un vide dans la démocratie de ce pays. Autant pour les conclusions auxquelles elle est parvenue que pour sa façon d'opérer, en plaçant sur écoutes téléphoniques et en perquisitionnant des journalistes qui avaient enquêté sur l'affaire, qui plus est de façon totalement illégale (!), en imposant le secret défense à certains actes de la commission, sans compter les preuves qui ont disparu ou qui ont été manipulées, etc.
Or le fait qu'ils aient été exécutés le jour même où ils auraient dû transmettre leur reportage à RAI 3, la troisième chaîne italienne pour laquelle ils travaillaient, a très sûrement empêché de faire savoir aux italiens l'énorme scandale qui se déroulait en Somalie, et ce 7 jours avant les élections du 27 mars 1994, les premières élections qui furent remportées par Silvio Berlusconi...

Je n'y vois aucun lien de cause à effet, je constate simplement la pure et dure chronologie.

Mais revenons-en au dossier de Greenpeace, qui cite en introduction :
rien qu'entre 1988 et 1994, nous avons découvert 94 épisodes de tentatives d'exportation ou d'exportations réussies de déchets dangereux vers l'Afrique, pour un total dépassant 10 millions de tonnes de déchets "traitées"...
Le chapitre du rapport que j'aborderai ici s'intitule "Somalia Connection", et il cite en introduction les déclarations faites à la presse par Nick Nuttal, porte-parole du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP), au printemps 2005 :
Les premiers rapports indiquent que l'impact du Tsunami a ouvert des conteneurs et des futs pleins de déchets toxiques - médicaux, produits chimiques, etc. -, dont le contenu s'est répandu.

Le rapport de l'UNEP documente d'ailleurs, images à l'appui (p. 135), que les futs ont été rejetés sur les plages d'une quinzaine de sites :


- Question : d'où venaient ces futs ?
- Question subsidiaire : que contenaient-ils ?

S'il est vrai que, selon les déclarations de l'époque du premier ministre somalien, M. Awad Ahmed Ashra, tenues lors d'une conférence de presse à Nairobi (Kenya) :
Le tsunami qui a frappé la côte somalienne a rejeté sur les plages de nombreux futs contenant des déchets toxiques. Suite à quoi plusieurs rapports ont fait état de problèmes de santé liés à des hémorragies abdominales et des problèmes cutanés inhabituels.
Des questions qu'il conviendrait peut-être de poser à Giorgio Comerio, voire à Giancarlo Marrocchino, nommément mis en cause par le rapport de Greenpeace comme étant le commanditaire du meurtre d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin, qui enquêtaient en Somalie sur les méfaits de la coopération italienne dans le cadre de l'opération ONU "Restore Hope", ainsi que sur le "troc" trafics d'armes contre trafics de déchets (y compris nucléaires), outre sur l'enfouissement de ces déchets le long de la route Garoe-Bosasso et sous la jetée du port de Eel Ma’aan, 30 km au nord de Mogadiscio.

Or en mars 2010, Greenpeace a été autorisée à consulter les milliers de pages du dossier n° 395/97 du Tribunal d'Asti, où les témoignages de certains des « acteurs » de cet immense désastre écologique sont sans équivoque !

- Le 25 octobre 1998, dans une écoute téléphonique, Faduma Adid (représentant officiel de la Somalie en Italie) déclarait à son interlocuteur :
La route Bosasso-Garo sera utilisée pour enfouir les déchets... Marocchino est en train de préparer le terrain… Ils ont empoisonné tout le territoire… Ils se foutent totalement du pays et des gens qui meurent. Les déchets toxiques provenant des industries italienne et européenne sont chargés sur des navires dans le port de Trieste, avant d’être répartis entre les différents pays. Il s’agit de déchets toxiques et d'uranium. Ils détruisent tout.
- Le 5 mai 1989, un autre témoin, Marcello Giannoni, déclare que des déchets (en provenance probable des États-Unis) contenant des matières radioactives (yellow cake), sont très certainement arrivés en Somalie et ont été enterrés pendant la construction du port de Bosasso et de la route Garoe-Bosasso.

- Les 11 et 15 décembre 1998, Ezio Scaglione, consul honoraire de la République somalienne, était autorisé par le président Somalien à créer une installation de stockage et de traitement des déchets :


Il déclare qu'il a été impliqué par Guido Garelli et Giancarlo Marocchino dans le “Projet Uranium” (Progetto Urano, Urano 1 pour le Sahara espagnol et Urano 2 pour la Somalie, où la 'ndrangheta côtoie la p2 par l'intermédiaire de Giampiero Del Gamba et Elio Sacchetto...), visant à exporter des déchets toxiques et nucléaires en Somalie, et que Marocchino lui avait assuré qu'il se serait servi de la construction du port de Eel Ma'aan pour y enfouir les conteneurs de déchets nucléaires dans le ciment des jetées.

- Le 24 mai 1999, les enquêteurs observent dans une note confidentielle :
Des témoins se rappellent que des conteneurs pleins de déchets (boues, terreaux contaminés provenant d'aciéries et cendres de filtres électriques, etc.) ont été enterrés dans le port de Eel Ma'aan. Cela est d'ailleurs indiqué dans un fax que Marocchino transmet à Scaglione le 19 août 1996 (à noter que l'autorisation donnée à Scaglione par le président somalien est datée du même jour...).

Des photos prises secrètement en février 1997 ... montrent l'enfouissement des conteneurs lors de la construction du port.
Ces photos, les voici :
 


Et Greenpeace de conclure :
Sur la base des conclusions de ce rapport, Greenpeace estime que :
  • L'ONU doit procéder à une évaluation indépendante sur le commerce des déchets toxiques et radioactifs en Somalie, en particulier dans le port de Eel Ma'aan ;
  • L'UE doit renforcer les mesures préventives sur le commerce des déchets toxiques et en faire l'un des piliers de la politique de l'UE sur les déchets ;
  • L'Italie doit...
L'Italie devrait faire beaucoup de choses, et de facto elle fait très exactement le contraire de ce qu'elle devrait faire...

L'Italie telle qu'elle est actuellement gouvernée est un grave danger pour l'Europe, notamment en matière d'environnement, de justice et de démocratie, mais pas seulement. Si vous suivez Adscriptor, j'espère que vous pouvez déjà commencer à vous forger votre propre opinion sur la question.

Suite des aventures italiennes au prochain épisode...


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dimanche 16 mai 2010

Giorgio Comerio et l'ODM


Je ferais peut-être mieux d'intituler ce billet "les apprentis sorciers". Voire "les sorciers" tout court.

Le problème des déchets toxiques en tous genres est un problème énorme tant pour les populations que pour l'environnement, jamais résolu et, par conséquent, dissimulé aux opinions publiques, tous pays confondus.

Le problème des déchets nucléaires est pire encore, puisque d'ores et déjà l'avenir des 6 000 prochaines générations est engagé par nos apprentis sorciers de décideurs et de scientifiques, qui ont fait le pari du nucléaire civil il y a plus d'un demi-siècle en pensant être capables de résoudre la question "déchets", aujourd'hui encore ni résolue ni véritablement prise en charge.

Or dans une démocratie, les grandes questions qui engagent l'avenir des sociétés civiles devraient être traitées en toute transparence. En fait, c'est tout le contraire qui se passe : opinions publiques manipulées, désinformées, propagandées ! (osons le néologisme...)

Regardez ce "petit clip" pour mieux comprendre...


ARTE-DECHETS .NUCLEAIRES. (via guysou)

Dans ce contexte, certains endroits du monde ont été transformés en poubelles de nos opulentes démocraties, et la mère de toutes les poubelles est l'Afrique. Aux mains complices et coupables d'un cartel "invisible" formé de gouvernements occidentaux, de grandes entreprises, de mafias, de "chefs d'états" corrompus (autant les chefs que les états), etc.

L'Italie joue un rôle prépondérant au cœur de ce système.

Qui a innové en la matière, en imaginant un troc d'un nouveau genre : déchets nucléaires contre armes, tu me fais enfouir mes déchets, je te paie en cargaisons d'armes de guerre, et on encaisse sur tous les tableaux.

Idem avec les bateaux sabordés : on prend l'argent des entreprises qui "traitent" leurs déchets, on saborde nos poubelles flottantes, et en plus on encaisse les primes d'assurances...

Tout le monde il est content, sauf peut-être les 99,99% de terriens qui ont subi, subissent et subiront les conséquences de ce terrorisme impuni dont personne ne parle, couvert par ceux-là mêmes - nos gouvernants - chargés de l'empêcher, de le réprimer, et surtout de faire la lumière sur tout cette ombre qui obscurcit nos démocraties...

* * *

Jusque dans les années 80-90, les déchets nucléaires étaient "traités" en les passant par dessus bord...

Selon les renseignements généreux :
De manière générale, les pays nucléarisés ont déposé leurs déchets radioactifs dans la mer jusqu'en 1983. Officiellement, au moins 95 000 tonnes ont été immergées, notamment lors de campagnes menées sous le contrôle de l'Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE. Si de nombreuses immersions ont été réalisées à faible profondeur et près des côtes (Manche, golfe de Gascogne, mer du Japon, mer de Kara...), la plupart étaient faites dans des fosses de 4000 mètres de profondeur. Après un moratoire de 10 ans, ces pratiques sont désormais interdites, quoique encore pratiquées(*).
En faisant ce renvoi :

(*) Notamment par la Russie, cf. reportage Naufrages en eaux troubles, Thalassa, France 3, 1998. Autre exemple : le site de l'entreprise Oceanic Disposal Management propose des immersions de déchets.

Oceanic Disposal Management, ODM en abrégé, est la société de Giorgio Comerio.

* * *

Comerio - ODM, un binôme auquel s'est intéressé, entre autres, le WWF, qui pose depuis longtemps les mêmes questions, encore sans réponses, aux organismes intéressés :
À la Commission parlementaire d'enquête sur le phénomène du crime organisé et des mafias :

5) la Commission entend-elle approfondir et vérifier à l'échelle nationale et internationale quel est le rôle des mafias dans la gestion du trafic illicite en mer des déchets dangereux et radioactifs, et des connexions avec les trafics d'armes ? ;
6) la Commission entend-elle demander au Ministre de l'Intérieur s'il estime opportun d'intervenir pour démanteler le réseau illégal qui se cache derrière le sigle ODM ? ;
7) la Commission entend-elle demander au Ministre de l'Intérieur ou au Ministre des Affaires étrangères, s'il est enregistré en dehors du territoire national, d'obscurcir le site ODM encore en activité (www.tinet.ch/odm01/start-2.html, apparemment enregistré à l'adresse via Landriani 7 - 6900 Lugano - Suisse) ?

Au Comité parlementaire pour les services de renseignement, de sécurité et pour le secret d'état

8) le Comité entend-il vérifier si Giorgio Comerio a fait l'objet d'enquêtes spécifiques de la part des services de sécurité, et en particulier du SISMI, ou si lesdits services, chose qui semble résulter de différents témoignages rendus aux Juges calabrais, ont déjà enquêté sur l'enlisement du navire « Rosso » ?
Le site n'est plus en ligne depuis 2006, même si on en trouve encore trace sur Archive.org.

La version "francisée" disait ceci :
L'enfouissement des ogives pénétrantes au dessous des couches d'argile stable: une technologie de millions de dollars développée dans son début par la C.E. vous attend.
Sans risques pour les gens des alentours et sans frais d'entretien VOUS avez la grande opportunité de réaliser le projet de l'enfouissement des déchets radio-actifs avec les partenaires de l'O.D.M.
L'activité est sûre, elle sera réalisée par les ogives pénétrantes de longue durée MK 48, développées par l'O.D.M. et capables de garder les déchets radio-actifs par milliers d'années sans risques pour l'humanité.
Il y a déjà un certain nombre de Clients qui attendent de signer un contrat d'enfouissement avec l'O.D.M. Inc. sans limite de prix...
La première phrase est particulièrement importante car c'est sur le "beneath seabed" que se joue toute la stratégie, extrêmement subtile, de Comerio.

Qui fait valoir que la législation internationale en vigueur, qui se distingue plus par ses vides et ses flous artistiques que par sa clairvoyance en matière de déchets nucléaires et toxiques, interdit uniquement le rejet de ce type de déchets "en mer". Et non pas "en-dessous de la mer"...

L'autre point important est celui qui évoque la "technologie de millions de dollars" initialement développée avec les subventions de la Communauté européenne. Ce qui est parfaitement exact.

Un rapport sur la gestion des déchets nucléaires à haute activité déposé en 1990 au Sénat, Rapporteur M. Christian Bataille pour l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, mentionne très clairement cette technologie. Il vaut la peine de relater ici toute la section C (pages 32 à 34) :
L'ENFOUISSEMENT DANS LES SÉDIMENTS MARINS

C'est certainement dans les fonds des océans que se trouvent quelques-unes des formations géologiques les plus stables. D'où l'idée d'y enfouir les déchets vitrifiés contenant les éléments à vie longue.

De 1946 à 1962, un grand nombre de colis de déchets à faible activité ont été immergés dans l'Atlantique et dans le Pacifique. Compte-tenu des faibles quantités de radioactivité contenues dans ces déchets, on pouvait espérer que la remontée des radionucléides à la surface serait négligeable et n'aurait pas de conséquences néfastes pour les animaux marins et pour les populations côtières.

La Convention de Londres sur l'immersion des déchets de 1975 a réglementé très sévèrement ces pratiques et a en particulier interdit l'immersion des déchets à haute activité.

D'importantes recherches sont cependant toujours poursuivies dans ce domaine. en particulier dans le cadre du programme PAGIS, programme de recherche sur la gestion des déchets nucléaires de la Communauté Européenne :

« Deux techniques ont été étudiées pour la mise en place des déchets vitrifiés producteurs de chaleur. La première est l'application de la technique de forage en haute mer comme celle utilisée par les bateaux de forage Glomar Challenger et Joides Resolution au cours des quinze dernières années dans des eaux profondes jusqu'à 7000 m.
À ces profondeurs, un forage a été entrepris long de plus de 1 000 m dans les formations sédimentaires sous-jacentes avec la possibilité de réutiliser le forage.
La seconde technique consiste à plonger en chute libre un pénétrateur. Il s'agit d'un engin en forme de torpille qui traverse la colonne d'eau et s'enfouit profondément dans les sédiments sous-marins.
Des tests ont montré que des pénétrateurs de moins de trois tonnes pouvaient entrer dans les sédiments à plus de 200 km/h jusqu’à des profondeurs supérieures à 50 m.
Les études de modélisation ont montré qu’à ces vitesses élevées, la structure sédimentaire s’effondrera à cause de la succion et remplira la zone d’impact derrière le pénétrateur.
Des expériences in situ ont révélé que le trou d'impact se referme après le passage du pénétrateur.

Les résultats des études relatives aux deux techniques indiquent qu'elles rentrent dans les possibilités de l'ingénierie moderne. Les estimations indiquent des coûts comparables à ceux des options terrestres ».


Malgré les graves problèmes socio-politiques que ne manquerait pas de poser l’immersion des déchets à haute activité, en particulier avec les pays qui n'utilisent pas l'énergie nucléaire, cette solution garde un grand nombre de partisans notamment dans les organisations internationales.

Votre Rapporteur, bien qu'estimant personnellement cette solution politiquement irréaliste, se doit de signaler que de nombreux experts, français et étrangers, considèrent toujours que le stockage des déchets à haute activité dans les sédiments marins peut constituer une alternative possible à l'enfouissement dans les couches géologiques.
Tout est dit. Voir également cette autre explication en anglais, plus scientifique, pages 9 et 10 :


Radioactive waste. The problem and its management -

Ces "torpilles pénétrantes" sont décrites ici. Voici également un petit clip de leur mise à l'eau pour des tests, images saisies chez Comerio en 1995. Même s'il faut préciser qu'à l'époque, ces tests étaient tout à fait légaux, effectués dans le cadre du projet DODOS (Deep Ocean Data Operating), initialement financé par les américains et les japonais et réalisé durant la décennie 1977-1988 en collaboration avec le Centre Commun de Recherche (JRC) de la Communauté européenne, avec la participation conjointe des canadiens, australiens, italiens, belges, anglais, suédois, allemands, hollandais, suisses et ... français. Comme le montre ce film, tourné sur le Marion Dufresne :



Or aujourd'hui, Gianni Lannes affirme en avoir trouvé 3 et détenir les preuves de ce qu'il avance. Cela est particulièrement important puisque jusqu'en 2004, Comerio affirmait dans une interview n'avoir jamais finalisé aucun contrat pour l'enfouissement de déchets dangereux dans les fonds marins. Donc si Lannes détient les preuves de la présence de pénétrateurs, cela signifie que soit Comerio a menti, soit il a signé des contrats après 2004...

Du reste le fait que le "dumping" soit interdit par les Conventions de Londres, de Bamako et de Bâle ne signifie absolument rien, puisque ces Conventions internationales n'engagent, éventuellement, que leurs signataires. La plus récente, celle de Bâle, n'est même pas ratifiée aujourd'hui encore !

Par conséquent un certain nombre de nations se retiennent libres d'enfouir ce qu'elles veulent sous leur sol et dans leurs eaux territoriales...

Autre problème, si ces torpilles contiennent vraiment des déchets radioactifs, c'est que cette filière n'est gérée que par des états et des gouvernements, en aucun cas par des privés...

Par ailleurs, si ces torpilles sont plantées dans le fond de la mer, c'est qu'il a fallu les y envoyer, et disposer par conséquent d'un bateau équipé pour. En son temps, Giorgio Comerio avait négocié (sans finaliser) avec l'armateur Ignazio Messina l'achat d'un navire, le Jolly Rosso, qui a fini ses jours échoué sur une plage italienne, fortement suspecté d'être un de ces navires poubelles qui empoisonnent la Méditerranée (plus de 200 selon Gianni Lannes, qui continue de subir des attentats) ! Le voici en images et en musique, je vous conseille de regarder, c'est très émouvant :



La suite des aventures de Giorgio Comerio au prochain épisode...

Dossier Navi dei veleni


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P.S. Dans les questions écrites E-3320/97 et E-3234/97 posées à la Commission européenne le 20 octobre 1997, les parlementaires Alexandros Alavanos (GUE/NGL) et Nikitas Kaklamanis (UPE) demandaient respectivement :
I. Objet : Transit illicite et rejet de résidus nucléaires

Selon Greenpeace, une partie du transit et du stockage des résidus toxiques et nucléaires serait désormais aux mains de circuits illégaux. (...) Dans le dossier qu’elle a remis à la presse, Greenpeace cite la société internationale Oceanic Disposal Management (ODM) établie à Lugano, succursale du réseau «The Network», qui procède à des transits illégaux à partir de bureaux en Allemagne, en Autriche, en France, en Italie, en Russie, en Grande-Bretagne et en Suisse.

La Commission pourrait-elle indiquer:
  1. si elle peut fournir des données qui rendent compte de l’ampleur de ce problème,
  2. quelles mesures elle compte prendre pour localiser les circuits illégaux précités?
II. Objet : Navires chargés de déchets nucléaires coulés en Méditerranée

Selon un dossier publié à Rome par l’organisation écologique Greenpeace, le transport et le stockage des déchets toxiques et nucléaires sont passés aux mains de la Mafia.
Le «coordinateur» des opérations est une société internationale, basée à Lugano, en Suisse, et dénommée Oceanic Disposal Management, qui se charge de «stocker» des déchets provenant de nombreux pays, membres ou non de l’Union européenne, en coulant des navires dans la Méditerranée.

On notera que cette société a pour clients - rien qu’en Italie - 25 entreprises, qui produisent 3 000 tonnes de déchets par jour, et que douze navires chargés de déchets ont déjà été coulés non loin des côtes méditerranéennes de l’Union.

La Commission pourrait-elle faire part de sa position officielle quant à ces révélations et préciser comment elle compte réagir en toute urgence, avant que la Méditerranée ne se transforme en cimetière ?
Réponse commune donnée le 4 décembre 1997 par Mme Bjerregaard au nom de la Commission :
La Commission n’a pas eu connaissance des informations publiées par Greenpeace selon lesquelles la charge du transport et du traitement des déchets toxiques et nucléaires serait tombée aux mains de la Mafia. En fait, la Commission n’a pas de compétences en matière pénale. Elle n’est donc pas à même de fournir des informations sur l’ampleur du problème, mais les informations communiquées par les Honorables Parlementaires l’amènent à formuler les observations suivantes :

- La convention pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution (convention de Barcelone) et son protocole pour la prévention de la pollution de la mer Méditerranée par les opérations d’immersion effectuées par les navires et aéronefs sont entrés en vigueur le 15 avril 1978 pour la Communauté. L’article 4 du protocole interdit l’immersion en Méditerranée de déchets et matières radioactifs, ainsi que d’un large éventail d’autres catégories de déchets dangereux figurant à l’annexe I. L’immersion de déchets d’autres catégories dans la mer Méditerranée n’est pas interdite en tant que telle, mais est subordonnée à la délivrance d’un permis par les autorités compétentes, qu’il s’agisse d’un permis spécifique (pour les catégories énumérées à l’annexe II) ou d’un permis général.

- En outre, en ce qui concerne les déchets dangereux, l’article 2, paragraphe 1, de la directive 91/689/CEE relative aux déchets dangereux (1) dispose que les États membres prennent les mesures nécessaires pour exiger que, sur chaque site de déversement (décharge) de déchets dangereux, ces déchets soient inventoriés et identifiés.

- La société que Greenpeace tient pour responsable de l’immersion de navires en Méditerranée est basée à Lugano, en Suisse. La Suisse n’est pas partie à l’Accord sur l’Espace économique européen et n’est donc pas tenue d’appliquer la législation communautaire. Cependant, il apparaît que cette société possède également des bureaux dans plusieurs États membres. Quoi qu’il en soit, toute opération d’élimination telle que l’immersion de déchets en mer, effectuée dans une zone qui relève de la juridiction d’un État membre, doit faire l’objet d’un permis conformément aux dispositions de la directive 75/442/CEE relative aux déchets (2).

- Quant aux mouvements transfrontières de déchets dangereux, ils sont réglementés par le règlement (CEE) no 259/93 du Conseil concernant la surveillance et le contrôle des transferts de déchets à l’entrée et à la sortie de la Communauté européenne (3) ou par la directive 92/3/Euratom du Conseil relative à la surveillance et au contrôle des transferts de déchets radioactifs entre États membres ainsi qu’à l’entrée et à la sortie de la Communauté (4) (dans le cas de déchets radioactifs). En application de l’article 14 du règlement 259/93, les exportations de déchets dangereux destinés à être éliminés hors de la Communauté sont interdites, sauf celles effectuées vers des pays de l’AELE.

(…)

- Enfin, conformément à la directive 93/75/CEE, qui fixe les obligations en matière de notification qui incombent aux navires transportant des marchandises dangereuses ou polluantes, y compris les substances radioactives, l’exploitant d’un navire sortant d’un port d’un État membre a l’obligation de notifier aux autorités compétentes dudit État membre des informations détaillées sur le navire et sa cargaison. Les États membres doivent adopter les dispositions législatives ou administratives nécessaires pour assurer le respect de cette exigence.

Dans ce contexte, il est difficile pour la Commission de déterminer la réalité des actes illégaux cités et d’identifier les organisations liées au sabordage de navires chargés de déchets en Méditerranée. Toutefois, la Commission s’adressera en premier lieu aux autorités suisses et italiennes pour leur demander leur avis et si possible de plus amples informations sur cette grave question.
En clair, dès 1997, la Commission répondait à ces questions écrites en assurant qu'elle allait interpeller les autorités suisses et italiennes ?

Or 13 ans plus tard, nous en sommes toujours au même point. La Commission demande, ENFIN, et l'Italie ne répond RIEN, sauf à dire qu'il s'agit d'informations fausses et tendancieuses...

Face à des tonnes de documents et de circonstances qui s'accumulent comme une montagne de déchets, face à des dizaines d'assassinats et de disparitions qui restent indéfiniment sans coupables, le tout à charge des différents gouvernements italiens qui se succèdent et se ressemblent dans le pire, droite et gauche confondues...

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