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vendredi 9 mars 2012

Mises à jour

Il y a moins d'un mois je vous parlais du Vatican comme d'un paradis ... fiscal.

Or selon une info publiée hier, pour la première fois, dans son édition 2012 de l'International Narcotics Control Strategy Report, le Département d'État de l'administration Obama a inséré le Vatican dans une liste de 68 pays considérés à risque "blanchiment", dont le passé en la matière est qualifié de "scandaleux"...

Cet été, le Vatican devra d'ailleurs approuver une nouvelle législation anti-blanchiment (qui représente pour l'instant une régression et non pas une progression), au moment même où se tiendra le deuxième forum de l'OCDE sur les flux d'argent sale, qui aura lieu les 14 et 15 juin prochains ... à Rome ! Quelle coïncidence...


Sans oublier que, chaque année, l'Italie c'est entre 120/180 milliards d'euros de fraude fiscale, + 60/70 milliards d'euros de corruption politique et administrative, + 140/150 milliards d'euros de chiffre d'affaires des mafias, soit dans la fourchette basse au moins 320 milliards d'euros à blanchir, qui représentent plus des 3/4 de l'ensemble des recettes fiscales du pays pour 2011 (411,79 milliards d'euros), et dont on peut supposer sans grande crainte de se tromper qu'une partie importante passe par le Vatican (en témoignent le nombre de procédures actuellement en cours contre le IOR)...

Rien que sur la corruption, un domaine où les italiens sont maîtres et se foutent dans les grandes largeurs des recommandations de l'Europe, à noter que cette somme de 60 milliards €, calculée par la Cour des Comptes italienne, représente 50% de toute la corruption estimée en Europe, dont le coût est chiffré à 120 milliards d'euros par la Commission européenne. Autrement dit 60 milliards pour l'Italie, et 60 autres milliards à partager entre les 26 autres pays de l'UE.

Rien à dire, l'Italie se taille la part du lion. Ce qui m'amène à parler de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, sur laquelle j'ai vu un reportage de la télé française où les français ne comprennent pas pourquoi les italiens NO-TAV luttent de toutes leurs forces pour en empêcher la réalisation. Je ne veux pas rentrer ici dans les détails, mais ces mêmes français devraient savoir que si un kilomètre de ligne à grande vitesse coûte un peu moins de 10 millions d'euros en France, en Italie mille mètres de ligne à grande vitesse arrivent à coûter un peu plus de 70 millions selon certaines estimations. Cherchez l'erreur...

Les italiens en ont juste marre de graisser les nouilles des politiques corrompus et des mafieux en tout genre, pendant que ces mêmes politiques volent tout ce qu'ils peuvent dans les poches de l'italien moyen, et moi et moi...

* * *

Et puisqu'on parle mafia, voici deux photos emblématiques de l'antimafia et de la mafia en Italie :


Les juges Giovanni Falcone & Paolo Borsellino, assassinés par la mafia...

Marcello Dell'Utri & Silvio Berlusconi, votés par la mafia...

Les premiers sont morts assassinés par la mafia et trahis par l'état italien qui a pactisé avec la mafia (ce n'est pas moi qui le dis, c'est écrit dans des actes judiciaires), les seconds sont toujours en vie et continuent imperturbables de mettre à sac le pays, de corrompre, de mentir, de tramer dans l'ombre, etc. etc.

Berlusconi corrupteur de Mills, avec un corrompu condamné, et un corrupteur prescrit ... grâce à une loi qu'il s'est fait voter lui même par un parlement corrompu... 

Dell'Utri condamné en appel à 7 ans d'emprisonnement et dont le cas est examiné par la Cassation aujourd'hui même, même si je doute fort qu'il aille en prison ce soir, tant la "justice" italienne n'est plus qu'une infâme parodie de ce que devrait être la justice d'un pays civilisé. Enfin, au cas où, selon le Fatto quotidiano qui a tenté de le contacter, il attendrait la décision de la Cour quelque part en Espagne ou en Amérique du Sud, puisque l'opérateur télécom répond sur son portable : "Por favor marque de nuevo"...

Berlusconi qui aurait payé à la mafia de "grosses sommes d'argent pour garantir sa protection et celle de sa famille" par l'intermédiaire de Dell'Utri !

Du reste, les deux compères sont actuellement sous enquête auprès de plusieurs tribunaux pour leur implication "présumée" dans les attentats qui ont ensanglantés l'Italie en 1992-1993, puisqu'on ne compte plus le nombre de repentis qui les ont accusés ; dernière déclaration connue (restée secrète pendant 12 ans, quand même...) : ce sont Berlusconi et Dell'Utri qui ont voulu la saison des attentats...

* * *

Enfin, puisque j'en suis à parler de l'Italie et des procès à Berlusconi, n'oublions pas le petit dernier, dont j'ai découvert hier, par le plus grand des hasards, que le juge en charge de l'instruire, M. Richard J. Holwell, avait démissioné le 7 févier dernier (non pas pour partir à la retraite mais pour cofonder le cabinet d'avocats Holwell, Shuster & Goldberg LLC), et que par conséquent l'instruction du procès est remise aux calendes grecques (adjourned sine die)...

À suivre, tout ça...


mercredi 15 février 2012

Le Vatican, un paradis ... fiscal !?

Dans mon dernier billet, je me suis mis en colère de voir qu'à ma connaissance, pas un(e) seule(e) journaliste ne traitait sérieusement la question du Vatican, la presse se contentant de coller-copier le même refrain à l'eau de rose sans informer son lectorat.

Par conséquent, hier j'ai été heureux de lire cet article de Flora Zanichelli sur Rue89, intitulé « Au Vatican, on ne lave plus son linge sale en famille », dans lequel elle fait un peu le tour de la question et s'attaque au coeur du problème, l'argent, en citant un extrait d'article publié le 9 février dernier sur l'hebdomadaire L'Espresso :
Au mois de novembre dernier, sept inspecteurs de Moneyval, l'organisme international de contrôle des mesures antirecyclage, sont venus au Vatican. L'examen a imposé des modifications encore plus restrictives aux lois vaticanes […]. Parmi lesquelles la faculté pour l'Aif [Autorité d'information financière créée il y a un an pour permettre l'entrée du Vatican dans la “ white list ” des Etats, avec les plus hauts standards d'exactitude et de transparence dans les opérations financières, ndlr] d'inspecter chaque opération de n'importe quel institut lié au Saint-Siège, IOR et Gouvernorat compris [...].
C'est moi qui graisse. Un passage à mettre en relation avec ce que je vous disais dans mon premier billet :
« Ça fait plus de 30 ans que la banque du Vatican lave plus blanc que blanc l'argent sale de la mafia et de la corruption politique, c'est historiquement et judiciairement prouvé avec une littérature à n'en plus finir, d'abord sous la gestion Marcinkus, puis De Bonis, et jamais elle n'a collaboré avec les autorités italiennes, au point qu'Antonio Di Pietro, juge symbole de l'opération mains propres, avait laissé échappé toute son amertume à la lecture du livre de Nuzzi, en déclarant que toute l'opération s'était arrêtée lorsqu'il avait commencé à frapper aux portes du Vatican :
Si j'avais eu ces documents dans les années 1990, aujourd'hui nous aurions une autre République...

Se avessi avuto questi carteggi negli anni '90 oggi ci sarebbe un'altra Repubblica.
Aujourd'hui, c'est un autre juge, Luca Tescaroli, qui renchérit :
Le IOR a une grande responsabilité vis-à-vis de certains événements, et notamment dans le meurtre de Roberto Calvi...

Lo Ior ha un grande debito nei confronti di determinati eventi e fra questi anche l’omicidio del banchiere Roberto Calvi.
Calvi qu'il fallait d'urgence réduire au silence... »
Car tout le problème est là : l'argent !

Déjà il apparaissait clairement que le Vatican n'avait aucune intention de collaborer avec une quelconque autorité judiciaire "étrangère" pour tous les événements qui se sont produits avant avril 2011. Du reste des enquêtes sont actuellement en cours, toujours pour des questions de blanchiment dans lesquelles le IOR et nombre d'ecclésiastiques sont impliqués ! Donc le projet de loi "de réforme" actuellement en dicussion vise vraisemblablement à se protéger pour l'après avril 2011, et faire ainsi en sorte que le Saint-Siège puisse rester longtemps encore cette formidable machine à laver plus blanc que blanc (je vous le disais, les atomes crochus avec Silvio...), lavomatique si pratique pour toutes les mafias et les corrompus/corrupteurs de toute la planète, mais surtout d'Italie...

Ce que démontre parfaitement l'avis du professeur Giuseppe Dalla Torre, président du Tribunal de la Cité du Vatican, qui sera mis en ligne aujourd'hui, sur le site du quotidien Il Fatto quodiano, le journal qui a sorti l'affaire et n'est décidément pas avare de scoops en ce moment, puisqu'il nous informe aussi d'une lettre signée par le Cardinal Attilio Nicora, président de l’AIF, l’Autorité d'information financière créée par le Vatican pour lutter contre le blanchiment et tranquilliser la communauté internationale, qui lance l'alarme, une de plus ! Je vous en traduis les extraits publiés par le journal (voir l'orginal italien en P.S.) :
Observons que la nouvelle version du projet de loi réforme en totalité la structure institutionnelle du système de lutte contre le blanchiment au Vatican, en redéfinissant les rôles et des compétences de l'AIF et en modifiant ce qui avait été présenté aux inspecteurs de Moneyval en novembre dernier. Remarquons en outre que le texte de la loi actuellement en vigueur avait été convenu avec la Commission européenne au moment où il a été adopté et, en dernier lieu, qu'il a fait l'objet d'une vérification positive par la Commission mixte UE - État du Vatican, prévue par la Convention monétaire signée le 17 décembre 2009 entre l'État du Vatican et l'Union européenne. 
Donc, dans cette affaire, les aspects inhérents à l'opportunité de modifier la loi, vis-à-vis de la communauté internationale, et aux risques encourus par le Saint-Siège en termes de réputation si nous adoptons des initiatives susceptibles de s'avérer incompatibles avec l'approche précédente, déjà vérifiée dans son ensemble, ne doivent surtout pas être négligés. (...) 
Car l'intervention générale sur la loi qui se dessine à présent pourrait bien être considérée, vue de l'extérieur, et quand bien même à tort, comme un « pas en arrière » par rapport au chemin entrepris jusqu'à présent. (...) 
Par ailleurs, pour ce qui concerne de plus près l'AIF, une première lecture rapide du projet de loi met en évidence ce qui suit, tout d'abord en faisant justement ressortir le rôle prépondérant du Secrétariat d'État en tant que responsable des politiques du Saint-Siège en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, Secrétariat avec qui l'Autorité d'information financière doit entretenir des relations s'inspirant à une transparence et une collaboration absolues, compte tenu de son rôle de coordination nécessaire.

Le Secrétariat d'État, dirigé par le cardinal Tarcisio Bertone, numéro 2 du Vatican.

À suivre...
P.S. Original :
Va dunque osservato che la nuova versione della legge riforma in toto l'assetto istituzionale del sistema antiriciclaggio vaticano, ridefinendo compiti e ruoli delle Autorità e modificando l'impostazione illustrata in sede di verifica Moneyval. Si consideri, inoltre, che il testo della legge ora vigente era stato concordato con la Commissione europea all'atto della sua emanazione e, da ultimo, è stato oggetto di positiva verifica nell'ambito della Commissione mista Ue - Stato della Città del Vaticano, prevista dalla Convenzione monetaria tra lo Stato della Città del Vaticano e l'Unione europea del 17 dicembre 2009. 
Non va trascurato, in tutta questa materia, l'aspetto attinente ai profili di opportunità verso l'esterno e al rischio reputazionale a cui può andare incontro la Santa Sede adottando iniziative che potrebbero rivelarsi non coerenti con l'impostazione già apprezzata nel suo complesso.(...) 
L'intervento generale sulla legge che sarebbe ora operato potrebbe essere visto all'esterno, anche se erroneamente, come un ‘passo indietro’ rispetto al cammino sin qui percorso.(...) 
Per quanto poi riguarda specificatamente l'AIF, da una prima veloce lettura del contenuto della bozza balza evidente quanto segue: - da un lato, giustamente viene evidenziato il ruolo preminente della Segreteria di Stato quale titolare della politica antiriciclaggio della Santa Sede, con la quale questa Autorità deve rapportarsi con assoluta trasparenza e collaborazione, consideratone il necessario ruolo di coordinamento.

samedi 11 février 2012

Le journalisme sérieux existe-t-il encore ?

Ce billet est en quelque sorte une mise à jour du précédent sur l'attentat au pape "prophétisé" par un cardinal.

Tout spécialement écrit à l'intention de celles et ceux qui se prétendent journalistes et qui ne sont pas plus journalistes que je suis banquier moi-même.

Car voici maintenant ± 24 heures que le scoop a été publié, et j'avoue que les échos dans la presse donnent de sérieux indices sur la déliquescence du journalisme actuel !

Il n'est que de voir les résultats dans Google, une cinquantaine de journaux de langue française en ont parlé, mais à part quelques tièdes exceptions, seul le titre change. Sinon c'est partout la même soupe : pratiquement un copier-coller où sont mis en opposition de façon subreptice, d'un côté le "journal de gauche" qui a sorti l'info, de l'autre le Vatican qui qualifie ladite info de "délirante et ne correspondant à aucune réalité" !


Romeo lui-même a timidement tenté de démentir la teneur de ses propos (mais on ne voit pas comment il pourrait confirmer avoir prédit la mort du pape avec un an d'avance, sauf à devoir s'en expliquer devant l'opinion et, probablement, devant les juges), tout en reconnaissant dans un communiqué officiel qu'il a bien effectué un voyage privé en Chine à cette époque, d'une durée de cinq jours, et plus précisément à Pékin. Voyage qui serait probablement resté secret sans cet éclairage inattendu...

Donc avec un tel postulat de départ, il est clair que le soit-disant scoop c'est du n'importe quoi, encore un coup de complotistes-conspirationnistes à la con ! Entre de minables gauchistes et Sa Sainteté, y a pas photo messieurs-dames. Emballez, c'est pesé, à la prochaine...

Attitude commode, surtout, qui évite de devoir approfondir le sujet pour ne pas effrayer le lecteur si facilement influençable - ce à quoi ledit lecteur serait au contraire en droit de s'attendre si un zeste de déontologie journalistique animait encore ces scribouillards pisse-papier !

Car le porte-parole du Vatican a beau se gargariser avec son expression "délirante et ne correspondant à aucune réalité", il a quand même dû revenir sur ses pas dans la journée en précisant que le document était bien authentique !

Non sans ajouter dans la foulée que même si la note était vraie elle n'était pas sérieuse, et que donc elle n'avait pas été prise au sérieux : nous n'en sommes plus à une pirouette près...

Ces gens-là sont aussi menteurs que Berlusconi (ça doit d'ailleurs être pour ça que la soutane et lui ont tant d'atomes crochus).

Car si une telle note, "strictement confidentielle", est délirante et pas sérieuse, alors pourquoi la faire remettre en mains propres au pape par un cardinal ? Et le journaliste auteur du scoop, Marco Lillo (qui a reçu pas plus tard que la semaine dernière l'un des prix journalistiques plus prestigieux d'Italie...), s'interroge dans l'édition d'aujourd'hui :
Surtout pourquoi accompagner la note des annotations manuscrites suivantes :
  1. Avec qui Romeo a-t-il parlé ? (Con chi ha parlato?)
  2. Qu'a-t-il réussi à obtenir ? (Cosa è riuscito a ottenere?)
  3. Quelles informations a-t-il communiqué sur le Vatican et le gouvernement chinois ? (Che cosa ha informato con riguardo al Vaticano o al governo cinese?)
  4. Quels sont les intérêts des chinois en Sicile ? (Che interessi hanno i cinesi in Sicilia?)
  5. Où logeait-il en Chine ? (Dove ha loggiato in Cina?)
Oui pourquoi ? N'était-ce pas une note "délirante et ne correspondant à aucune réalité" ?

Et Lillo de conclure qu'il sait de source sûre que non seulement la note en question n'a pas été mise à la corbeille, mais que le mois dernier elle a été discutée en audience privée entre le pape et le cardinal Dario Castrillón Hoyos, destinataire - sinon auteur - de cette lettre "strictement confidentielle".

Donc pourquoi le lectorat francophone ne peut-il trouver ne serait-ce qu'un putain de journaliste sérieux qui s'empare de l'enquête pour essayer d'y voir plus clair ?

C'est bien gentil les faux aspirants Albert Londres de continuer à déléguer aux blogueurs la tâche d'informer sérieusement le public, comme toujours, mais pourquoi ne pas essayer de temps en temps de faire correctement votre boulot ?

Je suis persuadé que la démocratie y gagnerait, même s'il est probable que la chose ne vous touche guère. Vous me gonflez, tiens !


vendredi 10 février 2012

Le pape doit mourir !

D'ici la fin de l'année...


On le doit tous, vous me direz. Tôt ou tard. Mais le scoop publié aujourd'hui par le journal Il Fatto Quotidiano (un peu l'équivalent italien de ce que serait un Mediapart version papier, pour vous situer) est de ceux qui secouent l'actualité : un complot pour assassiner Benoît XVI serait révélé dans une note datée du 31 décembre 2011, signée par le cardinal Castrillón qui relate des confidences de l’archevêque de Palerme, Paolo Romeo, recueillies à son insu en marge de la visite effectuée par le pape en Chine, en novembre l'année dernière, et annonce même le nom du successeur : le cardinal Scola !


Cela remet immédiatement en mémoire la thèse de l'assassinat d'un pape précédent, Jean-Paul Ier, voire la tentative de meurtre sur Jean-Paul II par Mehmet Ali Ağca en mai 1981, et à celles et ceux qui taxeraient ça un peu trop superficiellement de "complotisme" sans bien comprendre le terme utilisé, je conseillerais de venir vivre une trentaine d'années en Italie, après quoi leur regard sur l'église ne sera jamais plus le même qu'auparavant...

D'ailleurs ça bouge en ce moment du côté de place Saint-Pierre, dans le droit fil de Vatican SA, si l'on en croit les récentes enquêtes de l'auteur du livre, Gianluigi Nuzzi, qui vient de consacrer deux émissions de sa série, “Les Intouchables” aux opérations peu catholiques du IOR, la banque du Vatican, après que l'actuel nonce apostolique aux États-Unis, ex-numéro 2 du Gouvernorat de la Cité du Vatican, Monseigneur Carlo Maria Viganò, ait adressé une lettre au pape en personne, dans laquelle il dénonçait des malversations et de la corruption dans la gestion du patrimoine du Saint-Siège, suite à quoi il fut immédiatement nommé à Washington fin 2011.

Or on ne peut qu'observer la coïncidence temporelle entre la note "strictement confidentielle" et la promotion-punition de Monseigneur Carlo Maria Viganò : dernier trimestre 2011.

Quant aux dénégations véhémentes du Saint-Siège, elles sont à peu près aussi convaincantes que celles d'un prêtre pédophile jurant ses grands dieux qu'il n'aime les gosses que pour leurs beaux yeux...

Ça fait plus de 30 ans que la banque du Vatican lave plus blanc que blanc l'argent sale de la mafia et de la corruption politique, c'est historiquement et judiciairement prouvé avec une littérature à n'en plus finir, d'abord sous la gestion Marcinkus, puis De Bonis, et jamais elle n'a collaboré avec les autorités italiennes, au point qu'Antonio Di Pietro, juge symbole de l'opération mains propres, avait laissé échappé toute son amertume à la lecture du livre de Nuzzi, en déclarant que toute l'opération s'était arrêtée lorsqu'il avait commencé à frapper aux portes du Vatican :
Si j'avais eu ces documents dans les années 1990, aujourd'hui nous aurions une autre République...

Se avessi avuto questi carteggi negli anni '90 oggi ci sarebbe un'altra Repubblica.
Aujourd'hui, c'est un autre juge, Luca Tescaroli, qui renchérit :
Le IOR a une grande responsabilité vis-à-vis de certains événements, et notamment dans le meurtre de Roberto Calvi...

Lo Ior ha un grande debito nei confronti di determinati eventi e fra questi anche l’omicidio del banchiere Roberto Calvi.
Calvi qu'il fallait d'urgence réduire au silence...

Avec au centre de ces nouvelles affaires, en point de mire, l'actuel Secrétaire d'État, le cardinal Tarcisio Bertone, dont la relation avec le pape est jugée "conflictuelle" : sous le sceau de la confidentialité, le cardinal Romeo aurait avoué que Benoît XVI "hait littéralement" l'ami Tarcisio et qu'il le virerait volontiers...

Ambiance à Saint-Pierre !

Crédit photo : mon fils :-)

P.S. Je pense que j'aurai l'occasion de revenir sur cette histoire...

lundi 1 juin 2009

Vatican SA


En Italie vient d'être publié un livre intitulé Vaticano SpA, où SpA signifie Società per Azioni, qui est la forme statutaire équivalente de la SA, la Société anonyme en France.

Ce livre, écrit par un journaliste, Gianluigi Nuzzi, se base sur les archives gardées secrètes de Monseigneur Renato Dardozzi, soit environ 4 000 documents collectés sur un quart de siècle, tous plus confidentiels les uns que les autres (relevés de compte, fiches d'ouverture de comptes chiffrés avec les signatures autorisées, correspondance réservée avec le pape Jean-Paul II et les plus hauts dignitaires de l'époque, de 1974 à la fin des années 90), qu'il a voulu rendre publics après sa mort, "pour que tout le monde puisse savoir ce qui s'est passé", selon ses dispositions testamentaires.

C'est ainsi que l'on découvre, de chapitre en chapitre, les innombrables méfaits de son Excellence Révérendissime Monseigneur Donato De Bonis, Chapelain Grand Croix Conventuel ‘ad honorem’, Prélat de l’Ordre de Malte, décédé le 23 avril 2001, qui a fait ce qu'il a voulu au sein de la Banque du Vatican, l’IOR (l’Institut des Œuvres de Religion), en réussissant pratiquement à créer un IOR parallèle, une banque dans la banque, grâce à laquelle il a pu "gérer", de 1989 à 1993, 17 comptes principaux sur lesquels ont transité presque 300 millions d'euros...

Où l'on comprend que les enseignements de Marcinkus, dont il était le second, n'ont pas été vains, puisqu'il a pu ainsi créer un véritable "paradis fiscal", c'est le cas de dire !

Je peux pas vous raconter dans le détail toutes les opérations (il faudrait traduire le livre dans son intégralité), mais juste vous donner une idée...

La principale activité de De Bonis a constitué à mettre en place un réseau de comptes clandestins, la plupart au nom de fondations charitables inexistantes, dont la principale, intitulée à une soit-disant Fondation Cardinal Francis Spellman, n'était qu'un compte chiffré (n° 001-3-14774-C) avec deux signatures autorisées : celle de De Bonis et celle de Giulio Andreotti. Non formellement déposée, au cas où, puis effacée dans un deuxième temps....



Ce qui n'a pas empêché De Bonis d'indiquer dès l'ouverture du compte, dans des dispositions testamentaires, qu'à sa mort le solde devait être mis à la disposition de Giulio Andreotti... "pour des œuvres de charité et de bienfaisance, à sa discrétion", il va de soi.


C'est ainsi que sur ce compte et d'autres, établis par Carlo Sama, Sergio Cusani et Luigi Bisignani, a transité la presque totalité du plus gros pot-de-vin de tous les temps, la "maxitangente Enimont", surnommée la "madre di tutte le tangenti", ou "mère de toutes les malversations", soit un peu plus de 90 milliards de lires sur un total de 130, près de 0,5 milliard de FF de l'époque...

Dont la plupart ont fini leur course dans les poches de Bettino Craxi, Claudio Martelli, Arnaldo Forlani, Paolo Cirino Pomicino, etc.

Entre parenthèses, à noter que ce dernier, qui fête ses 70 ans cette année, est encore en vogue puisque, après avoir subi une condamnation définitive, il est présent sur les listes européennes de Berlusconi pour le vote de la semaine prochaine, aux cotés de Mastella ! Autant dire entre gens de bonne compagnie...

Et comme quoi en Italie on ne recycle pas que l'argent des pots-de-vin et de la mafia :-)

Le récit de la réaction des autorités ecclésiales aux commissions rogatoires italiennes vaut également son pesant d'or. On comprend mieux ces mots d'Antonio Di Pietro, juge symbole de l'opération mains propres, qui a déclaré il y a quelques jours que toute l'opération s'était arrêtée lorsqu'il avait commencé à frapper aux portes du Vatican, en concluant ainsi :
Si j'avais eu ces documents dans les années 1990, aujourd'hui nous aurions une autre République...

Se avessi avuto questi carteggi negli anni '90 oggi ci sarebbe un'altra Repubblica.
Je vous passe le détail des différents mouvements, mais j'ai été intrigué par les deux seules opérations que mentionne le livre où les terminaux sont des banques françaises :
  1. un demi milliard de lires arrivent le 19 novembre 1990 de la banque Indosuez, référence "cop.ns.tlx dir. dd 6.11.91 Ad Meliora"
  2. un virement d'un million de FF destiné à Eva Sereny, sur le compte n° 751032-C ouvert par l'IOR dans une agence parisienne du Crédit Lyonnais (rue du 4 septembre)
En précisant que sur le document correspondant, Monseigneur Dardozzi avait indiqué "P. Giulio", qui correspond au nom de baptême d'Andreotti.

N'ayant jamais entendu parler d'Eva Sereny avant aujourd'hui, j'ai fait quelques recherches sur Internet : photographe britannique très connue dès les années 70, ayant vécu à Rome, où elle a photographié Romy Schneider, notamment, elle a porté à l'écran un roman de Philippe Labro, L'étudiant étranger, adaptation cinématographique distribuée par Pathé et coproduite en 1994 par Silvio Berlusconi, Tarak Ben Ammar et Peter Hoffman.

Je n'ai pas d'autres renseignements. Mystère, mystère.

Le livre se termine sur un chapitre dédié au recyclage de l'argent de la mafia, quelques pages qui feraient une excellente introduction à une histoire ... encore à écrire !



Interview de l'auteur (en italien) :



Retranscription intégrale, et un extrait en anglais.



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P.S. Aussi, pour celles et ceux qui comprennent l'italien :



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