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mardi 28 octobre 2008

Global Network Initiative : Google, Yahoo, Microsoft et les autres... le

Global Network Initiative : Google, Yahoo, Microsoft et les autres...

Voici déjà le communiqué officiel de Yahoo! annonçant l'accord de GYM et de diverses organisations de droits de l'homme pour défendre la liberté d'expression au sein de GNI. Pour la version française, cliquer sur l'image.



Ces organisations englobent Human Rights First, Committee to Protect Journalists (CPJ), Human Rights Watch et Human Rights in China.

Toutefois, avec les multiples formes de censure et de surveillance en Chine et dans d'autres pays, je doute que ces mesures n'impressionnent beaucoup les pays concernés, résolus à poursuivre leur répression contre vents et marées.

Pour GYM & Co. la tâche est immense :

I. Respecter le libre choix des internautes, autant au niveau de l'expression que de la recherche : cf. la censure sur les mots clés décidés par Pékin, Google a d'ailleurs fait un pas dans ce sens le mois dernier en "décensurant" le site de Human Rights Watch, mais il reste du chemin à faire comme le savent celles et ceux qui ont déjà installé le plugin Firefox.

J'en avais déjà parlé dans Google et le chant des moissons à propos des photos interdites de la place TienAnMen :

- L'histoire, telle que la voient les occidentaux, des tanks, des tanks et encore des tanks


- L'histoire, telle que la voient les chinois, des cartes postales, des cartes postales et encore des cartes postales


D'ailleurs il est clair que ceux qui semblent passer à travers les mailles de la censure sont contrôlés, les autres arrêtés...

Profitons-en pour rappeler la publication du Guide pratique du blogger et du cyberdissident par Reporters sans frontières, vu qu'il est toujours et plus que jamais d'actualité, et probablement pour longtemps encore, également compte tenu de la croissance exponentielle du nombre d'internautes chinois...


II. Le deuxième grand sujet sensible est bien sûr la nécessité absolue de préserver l'anonymat des blogueurs et internautes menacés d'incarcération, voire de mort, par les "autorités" de tous ces pays, lorsqu'elles s'adressent à Google, Yahoo, Microsoft ou d'autres pour obtenir leur identité. Un point sur lequel RSF avait critiqué très vivement Yahoo, fort justement sommée de s'expliquer devant le Congrès américain l'année dernière :
Au moins quatre cyberdissidents sont derrière les barreaux, car Yahoo a fourni des renseignements sur eux à la police chinoise. Nous aimerions connaître jusqu'où Yahoo a suivi les ordres des autorités de Pékin et combien de personnes sont réellement concernées.
Pour autant, Yahoo n'a pas été la seule société à être mise en accusation...

Souhaitons donc de tout cœur que la Global Network Initiative réussira un jour à préserver la liberté de celles et ceux qui bloguent sous d'autres cieux bien plus cruels que les nôtres en risquant la prison ou la vie.


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vendredi 26 septembre 2008

Avez-vous une culture informationnelle ?

L'un des premiers critères pour tenter d'appréhender le monde qui nous entoure, extrêmement complexe, confus et chaotique, c'est de savoir décrypter l'information.

Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'information n'est pas collective, elle est individuelle. C'est un peu comme le marketing, où l'on est passé du marketing de masse pré-Internet au marketing one-to-one sur Internet.

Pour l'info, c'est pareil. Car avant, même si 10, 100 ou 1000 personnes recevant la même information en avaient 10, 100 ou 1000 perceptions diverses, cette info était généralement formatée, à la limite seule changeait la couleur politique des producteurs d'infos, mais les maquettes étaient pratiquement identiques. Autant dans la presse qu'à la télé ou à la radio.

Or voilà qu'Internet fait tout voler en éclat, les modèles traditionnels se retrouvent brusquement en miettes et l'infobésité nous submerge, où « la masse liquide de l’information s’accroît de façon exponentielle », en générant « d’une part le bruit – trop d’informations tue l’information – et de l’autre le silence – ce que je cherche existe, je le sais, c’est là quelque part, mais je ne le trouve pas. Avec au final une réponse trop souvent inaudible, et un utilisateur désorienté, submergé par la profusion informationnelle. »

Pour lire et interpréter l'information, désormais il n'y a plus UNE piste possible, formatée ou non, mais 10, 100 ou 1000 parcours dynamiques, y compris pour une seule et même personne, prise à des moments différents et dans des circonstances diverses.

D'où la nécessité constante d'affiner le rapport signal-bruit :
nous devons pondérer et apprendre à extraire l'info utile au moment opportun : (...) l'énorme masse de stimuli qui nous envahit en permanence (Internet, radio, télé, journaux, pubs, etc.) est peuplée de bruits informationnels, dont je dois extrapoler les signaux forts qui vont servir à me forger une opinion, à prendre une décision, et ainsi de suite.
Les anglo-saxons appellent cela l'Information literacy :
expression ... construite d'après literacy (alphabétisation), en partant du principe qu'il était aussi important de savoir trouver, critiquer et utiliser l'information dans la société de l'information que de savoir lire et écrire dans la société industrielle.
Et ce bien que la transition entre société industrielle et société de l'information soit encore loin d'être acquise évidente...

Mais comme toujours lorsqu'il s'agit de traduire d'une langue à l'autre des termes recouvrant des concepts complexes, aucune expression française équivalente ne s'est encore imposée :
  • alphabétisation informationnelle
  • culture de l'information
  • compétence informationnelle
  • infocompétence
  • maîtrise de l'information
  • littératie
  • littératie numérique
La littératie est ainsi définie par l'OCDE (PDF, 1,4 Mo) :
Aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités.
Du reste ce n'est pas un nouveau concept, puisqu'on en parlait déjà il y a plus d'une dizaine d'années, notamment au niveau des habiletés d'information (information skills) associées :
  1. la définition de la tâche
  2. les stratégies de recherche d'information
  3. l'accès à l'information et la localisation de celle-ci
  4. l'utilisation de l'information
  5. la synthèse
  6. l'évaluation
Ce sont là les « Big Six Skills », les compétences fondamentales liées à la maîtrise de l'information.

C'est d'ailleurs une analogie pertinente avec la rédaction d'un billet de blog, pour lequel il est nécessaire de remplir les conditions à peine énumérées : définir le sujet, les meilleures stratégies de recherche pour localiser l'information voulue, l'utiliser à bon escient, la synthétiser (un passage que je n'ai pas bien assimilé ;-) puis évaluer le résultat final : bon, pas bon, utile, idiot, peut mieux faire, etc.

Pour autant je n'aime pas cette notion de « maîtrise de l'information », car pour moi l'information ne se maîtrise pas, dans l'absolu. Certes, elle peut se maîtriser autant que se manipuler, mais dans un cas comme dans l'autre, elle finit toujours par s'échapper !

L'information est trop liquide : essayez de retenir de l'eau dans vos mains, c'est partiel et ça dure peu. Sans aller jusqu'à parler des dictatures, nos démocraties essaient de plus en plus d'ériger des digues pour retenir l'information, pour la canaliser à volonté, mais tôt ou tard même les barrages les mieux construits commencent par se fissurer, et finissent par craquer lorsque la pression devient trop forte.

Or Internet c'est le Mare magnum de l'information, et aucun barrage ne sera jamais ni assez grand ni assez fort pour contenir l'océan !

Que nous reste-t-il alors, sinon apprendre à naviguer et à nous orienter dans la tempête informationnelle ?

Ceci dit je suis parfaitement d'accord avec la proclamation d'Alexandrie :
La maîtrise de l'information est au coeur de la formation tout au long de la vie. Elle permet aux gens, dans tous les chemins de la vie, de chercher, d'évaluer, d'utiliser et de créer l'information pour des objectifs personnels, sociaux, professionnels et éducationnels. C'est un droit humain de base dans un monde numérique qui apporte l'intégration de tous les peuples.
J'ai souligné ce dernier passage car il serait peut-être bon que notre Ministre de la culture le relise, à l'occasion, elle qui continue à défendre bec et ongles le projet de loi «  Création et Internet », en rappelant qu' « il n'est pas dit que la suspension de l'abonnement à Internet puisse être considéré comme une atteinte aux libertés individuelles » !!!

N'est-ce pas là un outrage à la raison, au bon sens ?

Et ce malgré le désaveu éclatant de la communauté européenne. Or comme l'observe si justement Marc Rees :
Nier ce que dit l'Europe, en pleine présidence française, sera diversement apprécié.

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