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dimanche 19 novembre 2006

Pourquoi Yahoo est-il une proie convoitable par Microsoft ?


Je ne sais pas si Yahoo! est véritablement le premier site au monde (voir ici aussi), puisque les chiffres donnés contrastent nettement avec le trafic analysé par ComScore pour le mois de septembre, Google étant en première position avec 160 millions de visiteurs, uniquement en Europe (mais c'est peut-être dû à l'intégration des visiteurs de YouTube dans le chiffrage), suivi par Microsoft (146 millions) et Yahoo (100 millions). Enfin, quoi qu'il en soit, c'est toujours plus qu'Adscriptor (entre 5 et 6 000 visiteurs/mois).

Ceci étant, ça bouge beaucoup chez Yahoo! : aux dernières nouvelles, annonce lundi d'un partenariat avec plusieurs grands journaux, rachat de Bix, un service permettant de tester ses créations auprès des internautes, et pourparlers pour celui de MyBloglog, probablement dans l'optique d'une stratégie de différenciation saluée par Raphaël, qui se demande en fin de compte s'il ne s'est pas trompé au vu et au lu d'un document interne de chez Yahoo! rédigé par Brad Garlinghouse, l'un des vice-présidents de Yahoo! (Communications, Communities & Front Doors), qui ne mâche pas ses mots, le moins qu'on puisse dire, puisqu'il plaide pour un recentrage profond de la vision stratégique et pour une réorganisation totale de la hiérarchie (des têtes doivent tomber), qui devrait faire face à ses responsabilités...

Certes, les problèmes de Yahoo ne sont pas nouveaux, le New York Times ayant déjà dénoncé l'érosion de sa croissance par des nouveaux rivaux (Yahoo’s Growth Being Eroded by New Rivals), une analyse qualifiée de bénédiction par Brad Garlinghouse (a blessing in the disguise of a painful public flogging).

Que la fuite de ce document ait été intentionnelle ou pas, d'ores et déjà intitulé Peanut Butter Manifesto et dont l'intégralité est publiée chez Paul Kedrosky, peu importe, ce qui est sûr c'est que ça va faire du bruit, vu l'inventaire que dresse l'auteur des problèmes qui affectent Yahoo! :
  • Nous devons d'abord reconnaître nos problèmes
  • Nous manquons de clarté, aucune vision
  • Nous manquons de décision et de réactivité
  • Nos services sont fortement redondants :
    • YME vs. Musicmatch
    • Flickr vs. Photos
    • YMG video vs. Search video
    • Deli.cio.us vs. myweb
    • Messenger and plug-ins vs. Sidebar and widgets
    • Social media vs. 360 and Groups
    • Front page vs. YMG
    • Global strategy from BU'vs. Global strategy from International
  • Nous avons perdu notre volonté de gagner...
Les solutions qu'il propose, tout aussi radicales, s'articulent autour de 3 piliers :
  1. Retrouver une vision (Focus the vision)
  2. Mettre nos dirigeants face à leurs responsabilités et identifier clairement les rôles (Restore accountability and clarity of ownership)
  3. Tout réorganiser (Execute a radical reorganization)
Je vous fais grâce du détail, pour insister sur le point 2. Mettre nos dirigeants face à leurs responsabilités et identifier clairement les rôles :
a) Existing business owners must be held accountable for where we find ourselves today -- heads must roll,
b) We must thoughtfully create senior roles that have holistic accountability for a particular line of business...
c) We must redesign our performance and incentive systems.

a) Les actuels
business owners (autrement dit les Directeurs de chaque ligne métier chez Yahoo) doivent être jugés responsables de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui -- des têtes doivent tomber,
b) Nous devons remettre à plat les fonctions de chaque responsable métier en lui donnant pleins pouvoirs sur une ligne soigneusement identifiée...
c) Nous devons totalement revoir nos systèmes de performances et d'incitations
Une bombe, ce document. Un truc à vous faire virer. Et bien non, et c'est plutôt bon signe, signe qu'il y a beaucoup de vrai là-dedans et qu'il vaut mieux affronter les problèmes que de mettre la tête dans le sable, lu chez John Battelle, citant la source du Wall Street Journal (souscription) :
Chief Operating Officer Dan Rosensweig has asked Mr. Garlinghouse to head a group of Yahoo staff looking into the issues in the memo over two months, say people familiar with the matter.

Selon des proches du dossier, Dan Rosensweig, COO de Yahoo, aurait demandé à M. Garlinghouse de constituer une équipe de réflexion pour examiner au cours des deux prochains mois les problèmes soulevés dans le document interne.
Je ne sais pas ce qu'il en sortira, mais le fauteuil de M. Terry Semel me semble chaque jour qui passe un peu plus éjectable...

Donc, pour en revenir à mon titre, « Pourquoi Yahoo est-il une proie convoitable par Microsoft ? », simplement parce qu'il y aurait là un coup formidable à jouer pour Microsoft (disclaimer : je n'aime pas Microsoft...), qui devrait écouter le conseil d'Oppenheimer (BUY) et tient d'après moi une occasion unique (qui ne se représentera probablement plus, ni avec ce timing ni en ces termes) pour récupérer sur Google...

Yahoo! dans une situation délicate, Yahoo! plus que jamais un point d'interrogation !


Liens connexes : Lire également le billet de GigaOM et, surtout, le premier commentaire, dans lequel Andrew, un ancien de Yahoo, confirme les propos de Brad Garlinghouse :
I couldn’t agree more with Brad... As a former employee of Yahoo, I can attest to the lack of passion in a lot of groups.
(...)
Ask anyone in the industry if they would rather work for Yahoo or Google, and you’ll probably find the majority don’t choose Yahoo. They need ... (dare I say it) consider finding a new CEO. Terry has made close to $1bb off of Yahoo, and I can’t say he’s put a whole lot of value back into it.
(...)
It’s going to take more than some HR attemps at raising morale and short-term patches to fix the problem.
En gros, il confirme le manque de passion chez Yahoo, l'image terne de la société comparée à Google, que M. Semel a financièrement beaucoup gagné et pas donné grand chose en retour, et qu'il faudra plus que quelques tentatives et quelques rustines pour remonter le moral des troupes et régler les problèmes...


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4 commentaires:

leafar a dit…

plus le week end passe moins j'ai l'impression de me tromper. Je pense maintenant que les problèmes de yahoo sont peut etre une chance pour batir une identité sans pour autant tomber dans le EVil Panipoticon.
Voir mon comment chez aVC
Puis la déf de Panopticon chez wikipedia ou mon comment chez affordance

Sylvain a dit…

Doit on s'interroger sur l'origine de cette note ou plutot sur sa destination ?
Yahoo a peut etre constaté que le secteur evolue, bouge et qu'il est temps, pour ne pas perdre la course, de se remettre dans la compétition en simplifiant les workflow decisionnels.

Je trouve aussi que tout cela est plutot bon signe pour le secteur :)

Jean-Marie Le Ray a dit…

@ Leafar

Un moyen détourné de pomper le slogan de Google, "don't be Evil" :-)

@ Sylvain,

Sur l'origine ou la destination de la note, j'aime bien l'explication d'Ouriel (le document est tellement critique à l’égard de la direction de Yahoo qu’il n’a pas pu être rédigé dans l’idée d’être publié volontairement), mais peu importe.

Certes, tout cela est bon signe et peut s'avérer être une chance, mais encore faut-il que Yahoo sache la saisir, car ça place la société dans une phase de transition délicate, vu que gérer en douceur les chambardements qui s'annoncent aux plus hauts niveaux de la hiérarchie ne va pas être une partie de plaisir, pour autant que ce soit possible.
Voilà pourquoi je pense que le grand prédateur Microsoft pourrait - et devrait - tenter d'en profiter, mais c'est une opinion toute personnelle.
Jean-Marie

leafar a dit…

Jean Marie je pensais clairement au slogan de GooG en disant, c'est d'ailleurs cela qui est intéressant.
MAis dans la cas de l'identité le don't be evil est tres spécifique et c'est le problème du panopticon !