mardi 19 septembre 2006

L'Internet aujourd'hui : de l'hypertexte au palimptexte


Suite : Palimptexte, une tentative de définition

[MàJ - 4 avril 2016] Le palimptexte terminologique

Préambule
L'hypertexte
Le palimpseste
Le palimptexte

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Préambule

Billet éminemment subjectif auquel je pense depuis des mois, exactement depuis que j'ai lu Ipertesto. Il futuro della scrittura (Bologna, Baskerville 1993), traduction italienne de l'essai de George P.Landow, intitulé Hypertext. The Convergence of Contemporary Critical Theory and Technology (Baltimore, The Johns Hopkins University Press 1992), dont le titre littéral serait Hypertexte. Convergence de la théorie critique contemporaine et de la technologie, malheureusement non traduit en français, à ma connaissance. Ce qui est quand même dommage.

Un livre passionnant, dans lequel je n'ai pourtant trouvé aucune définition de l'hypertexte me convenant, c'est-à-dire qui correspondrait, ou, pour le moins, cernerait au plus près l'idée que je m'en fais d'après mon expérience presque quotidienne d'internaute.

Pour moi Internet a 10 ans, puisque je me suis connecté pour la première fois au réseau des réseaux début 1996. J'aurais pu le faire en 1995, or j'y ai pensé pendant des mois avant de me lancer. Ça va sûrement vous faire sourire, mais j'envisageais cette première connexion comme un saut dans l'inconnu d'Internet tel que je l'imaginais, à savoir un gigantesque trou noir engloutissant à la fois le temps, l'espace et la perception spatio-temporelle qui avait accompagné les 40 premières années de ma vie.

Je sais bien en disant cela que les jeunes qui me liront penseront immanquablement « c'est qui ce vieux schnock ? », mais peu importe, telle est mon expérience. Je me rappelle d'ailleurs ma première connexion et ma première recherche, une recherche de traducteur, toujours en quête de glossaires pour l'aider dans son métier. Mot saisi dans le moteur (Google n'existait pas) : « glossary ». Résultat : 300 000 occurrences en moins d'une seconde. J'ai tout éteint ! Énorme ! J'avais besoin d'y penser. J'ai largement dépassé depuis 1 Téraoctet de données stockées, dont des dizaines de milliers de glossaires, tandis qu'aujourd'hui sur Google j'obtiens ... 248 millions d'occurrences sur la requête « glossary », soit près de 1000 fois plus qu'il y a dix ans. Sans commentaires :-)


Donc après une décennie de navigation intensive, quasiment always on, mon travail aidant, voici que je me risque à proposer « une » définition, suggérée par « mon expérience utilisateur ». [Début]

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L'hypertexte

Il est clair que le socle d'Internet grand public est l'hypertexte, tel qu'il a été défini par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau dans le document fondateur WorldWideWeb: Proposal for a HyperText Project.

Il est tout aussi clair qu'au-delà de cette définition purement technique, il en est une multitude d'autres possibles, inutile de tenter d'en faire le tour, ce serait aussi vain qu'illusoire. Je vous renvoie donc à la consultation de la thèse de doctorat d'Olivier Ertzscheid, intitulée « Les enjeux cognitifs et stylistiques de l'organisation hypertextuelle : le Lieu, Le Lien, Le Livre », un Monument, au propre et au figuré, 467 pages de pur savoir, un travail hautement admirable que devrait étudier tout internaute soucieux de naviguer moins bête.

On en apprend à toutes les pages. Notamment que la première occurrence d'hypertexte remonte à 1965, sous la plume de Théodore Nelson (p. 20), à l'origine du projet Xanadu dès 1960. Avant de retrouver une autre idée de l'hypertexte 17 ans plus tard chez Gérard Genette (p. 22) :
J’appelle donc hypertexte tout texte dérivé d’un texte antérieur par transformation simple (nous dirons désormais transformation tout court) ou par transformation indirecte (nous dirons imitation).
Citation extraite de Palimpsestes. La littérature au second degré (Paris, Seuil 1982), dans lequel la notion d'hypertextualité est ainsi définie par l'auteur :
J'entends par là toute relation unissant un texte B (que j'appellerai hypertexte) à un texte antérieur A (que j'appellerai, bien sûr, hypotexte) sur lequel il se greffe d'une manière qui n'est pas celle du commentaire.
« La relation de coprésence de deux ou plusieurs textes » caractérisant l'intertextualité, d'après Genette, souvent confondue ou assimilée à tort à l’hypertexte, selon Olivier Ertzscheid, pour qui, « à l’inverse, l’intertextualité est un épiphénomène d’une organisation hypertextuelle des textes. » (p. 5), l'épiphénomène étant un phénomène accessoire, secondaire, « qui accompagne le phénomène essentiel sans être pour rien dans son apparition ou son développement » (Petit Robert). [Début]

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Le palimpseste

Palimpsestes. Le mot est lancé. Souvent associé à certaines caractéristiques d'Internet, c'est ainsi qu'en mars 2005 Martin Lessard a pu définir le Wiki comme un palimpseste technologique, malgré les différences judicieusement observées par Jean Véronis. C'est encore l'effet palimpseste décrit par Luc Legay :
...le principe de fonctionnement des wiki, comme celui des CVS, est un principe de palimpseste. Les contributions s'empilent jusqu'à atteindre un certain seuil d'utilisabilité, au-delà duquel un effet palimpseste d'effaçage et de réécriture permet de retrouver une certaine lisibilité.
Autant de contributions qui s'écoulent dans le flot de l'histoire [« outil » mis au point par la recherche IBM pour une « visualisation dynamique de l'évolutivité des documents, des interactions et du travail collaboratif d'auteurs multiples » (visualizing dynamic, evolving documents and the interactions of multiple collaborating authors)] du versioning, qu'Olivier Ertzscheid désigne par « l’ensemble des manières de gérer, indépendamment de tout niveau d’échelle (d’un hypertexte local à l’hypertexte planétaire), les procédures permettant de rattacher différentes versions d’un même document à un (des) auteur(s), tout en permettant à chacun de s’approprier tout ou partie des documents produits par d’autres ou par eux-mêmes, et en assurant un suivi des différentes modifications apportées. » (p. 7), en l'identifiant comme un problème central (p. 99) et en citant André Heck :
« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère : celle de l’information fluide. (...) Ce nouveau concept en implique d’autres tels que la stabilité ou l’instabilité des documents, ainsi que la génétique de document : au-delà de son éventuelle évolution propre permanente, un document peut donner le jour à d’autres (...) d’abord liés à lui-même ; la pertinence de ceux-ci peut (...) supplanter celle du document géniteur qui ‘meurt’ virtuellement. »
Lire tout le point 4.6.4 (pages 203-206), qui se termine sur une « vue synoptique des problématiques du lien » :


et introduit le point 4.7, Transclusion, concept que Ted Nelson a étendu ensuite à celui de Transpublishing :


puis de Transquotation et Transcopyright.

Un « recyclage » planétaire né avec le Web, où l’hypertextualité n'y est en aucun cas l' « indice d’un renoncement de l’auteur à son identité individuelle comme à son accomplissement personnel » mais bien la possibilité nouvelle et extraordinaire, jamais expérimentée à une telle échelle depuis l'aube de l'humanité, « de diffuser, contrôler, créer, mixer et remixer du contenu sur Internet », pour reprendre les mots de Martin Lessard qui m'ont fait défaut pendant des mois.

À phénomène nouveau, nouvelle désignination, bien avant d'en connaître la définition, j'avais nommé PALIMPTEXTE mon intuition. [Début]

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Le palimptexte

Pourquoi un néologisme ? Au-delà de ce que je vois pratiquement comme une double justification, s'agissant à la fois de la création d'un mot nouveau pour rendre compte d'un nouvel usage, et de l'emploi d'un mot quasi-préexistant dans un sens nouveau, je dirais que la réponse est un peu une lapalissade : parce qu'il désigne une réalité qui n'a jamais existé jusqu'à présent.

Il y a certes des alchimies secrètes qui traversent les siècles comme une prémonition, une précognition. Ce sont les mains de Gargas qui font pleurer Dominique Autié et dire à l'un des visiteurs qu'il accompagne :
Vous m’avez fait comprendre, à l’instant, en quelques mots devant les empreintes de la grotte, comment fonctionne mon ordinateur et comment fonctionne Internet !

Ce sont encore les liens (d)écrits en 1591 dans le Traité des liens (De vinculis in genere) par Giordano Bruno, lui qui était doté d'une mémoire prodigieuse et fut l'auteur de deux ouvrages sur la mnémotechnique. Or qu'est-ce qu'un hyperlien sinon un ancrage mnémotechnique ?

Comme Stendhal, lequel, pour pallier les défaillances de sa mémoire, (...) avait pris l’habitude de noter ses pensées dans les marges des livres, d’une écriture souvent chiffrée ou iconique, qui jouait ainsi le rôle d’un « ancrage » de lien mnémonique. (Selon Jean-Louis Lebrave, repris par Jean Clément, qu'Olivier Ertzscheid cite dans sa thèse, note n° 106, p. 97).

Or en essayant de tracer les contours de cette réalité « qui n'a jamais existé jusqu'à présent », je me rends compte qu'il ne me faudra pas moins que l'espace d'un nouveau billet (inutile d'alourdir excessivement celui-ci) pour accorder toute la place qui lui est due à ce nouvel « écrit en gestation », dont je ne connais hic et nunc que le titre : Palimptexte, une tentative de définition.

Si entre-temps vous souhaitez me proposer vos remarques/critiques sur ce qui précède, je m'efforcerai d'en tenir compte au cours de ma rédaction. [Début]


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dimanche 17 septembre 2006

Liens Adscriptor du 17 septembre 2006

Liens Adscriptor du 17 septembre 2006

Une trouvaille pour les jours de grisaille : le débilitron, qui passe vos textes à la moulinette du non-sens. Exemple sur une citation de mon dernier billet (pourtant très sérieux) « débilitré » :
Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux implants capillaires qui détermineront l'avenir de la clé a molette internationale d'Internet, sur la boule de pétanque des chiens de traîneau généraux fixés dans les relaxations propositions de la Commission pour incinérer la chambre à air internationale sur les sonnettes d'alarme mondiales des pénétrations...
Plus qu'essentiel, j'oserais dire existentiel. Via Jean Véronis. Dans la série des pourrisseurs de texte et autres générateurs de langue de bois (famille des OUtils LIttéraires Pas Onéreux pour les aficionados du kit « comment saloper tout seul ses textes ou ceux des autres »).

Ce qui est probablement assez proche de la réalité et nous permettra d'envisager plus sereinement à quoi pourrait ressembler Internet dans 10 ans...

Rien à voir avec la choucroute, mais avec les nouilles, que pensez-vous de la spaghettisation des blogs ?

Tiens, après toutes ces émotions, rien de tel que la fréquentation exceptionnelle d'un lieu de paix pour nous remettre, j'ai nommé la bibliothèque. Chemin fléché par Olivier Ertzscheid.

Bonne lecture :-)



P.S. Ce billet étant le 150ème, il fallait bien marquer le coup !

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vendredi 15 septembre 2006

L'ICANN et la gouvernance d'Internet : certifiés DoC!


[MàJ - 4 août 2008] DoC-NTIA - ICANN : rien ne va plus !

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Commençons par une citation d'actualité :
L'enjeu majeur d'aujourd'hui pour la gouvernance de l'Internet est de savoir si l'on veut que le réseau des réseaux soit utilisé comme un instrument exceptionnel de partage des connaissances, ou comme une arme géopolitique détenue par une superpuissance qui n'envisage guère d'en partager le contrôle, se réservant le droit de maintenir ou de renvoyer ses adversaires dans l'âge pré-Internet, c'est-à-dire la préhistoire de la Société de l'information.
Signé : Loïc Damilaville
Daté : Vendredi 20 septembre 2002 !

Dans deux semaines, le 30 septembre pour être précis, le Department of Commerce (DoC) des États-Unis va très probablement faire jouer le « droit de préemption » qu'il s'était réservé et renouveler le protocole d'entente (Memorandum of Understanding - MoU) pour conserver sa tutelle sur l'ICANN et sa mainmise sur le contrôle d'Internet.

Comme l'explique si bien quelqu'un sachant de quoi il parle, Stephan Ramoin (Gandi) :
Le système qui gère les noms de domaine est clairement identifé :

- Le Department of Commerce (DoC) américain est l'organe décideur des choix stratégiques via une de ses émanations, la NTIA,
- La NTIA délègue à L'ICANN (une association) la gestion administrative des noms de domaines,
- L'ICANN choisit les prestataires techniques pour la gestion au jour le jour et l'exploitation des extensions générales (Verisign pour le .com et le .net, PIR pour le .org, Affilias pour le .info etc ...), et les pays font leur choix sur leur extension nationale. Mais toujours sous l'influence américaine, puisque les 13 serveurs racines sont gérés là bas. Ce qui pose des problèmes de gouvernance, mais Loïc (Damilaville) en parle mieux que moi...
Donc ne pas confondre ce protocole avec l'accord IANA (Internet Assigned Numbers Authority), qui consiste à « préserver les fonctions de coordination centrale de l'internet dans l'intérêt de la communauté », avec en tête, les missions de zonage du monde avec attribution d’adresses IP à des organismes locaux (Apnic, Arin, Lacnic, ou pour l’Europe, Ripe Ncc), pour lequel l'ICANN a été reconduit jusqu'en 2011, le 15 août dernier.

Un droit détenu par l’Icann depuis 1998. Depuis sa création, en réalité. Que l'on pourrait virtuellement faire remonter au 1er juillet 1997, lorsque Bill Clinton chargea le Secrétariat d'État au Commerce de privatiser le DNS (Domain Name System) afin d'accroîte la compétition et de faciliter la participation internationale à la gestion du système. Un Livre vert fut publié le 20 février 1998 (cf. background), et l'ICANN créé, suite à ces événements.

Chose étrange, le jour même de la sortie du Livre vert, la Commission européenne publiait une communication intitulée « INTERNATIONAL POLICY ISSUES RELATED TO INTERNET GOVERNANCE - COMMUNICATION TO THE COUNCIL FROM THE COMMISSION » (Problèmes de politique internationale liés à la gouvernance d'Internet - Communication de la Commission au Conseil), dans laquelle l'approche retenue allait sûrement dans le bon sens :
It is essential for the European Union to participate fully in the decisions which will determine the future international governance of the Internet on the basis of the general objectives set out in the recent Commission proposals for increased international co-operation on global communications policy...

Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux décisions qui détermineront l'avenir de la gouvernance internationale d'Internet, sur la base des objectifs généraux fixés dans les récentes propositions de la Commission pour intensifier la coopération internationale sur les politiques mondiales des communications...
Certes, en 8 ans, beaucoup de chemin a été parcouru ... à rebours !

Avec le DoC qui continue de souffler le chaud et le froid, puisqu'après avoir laissé croire à une trêve ou qu'il lâchait du lest, d'aucuns ont pu penser que le débat sur la gouvernance d'Internet était relancé, pas plus tard qu'en juillet dernier :
Contre toute attente, lors d'une réunion publique organisée mercredi à Washington, le Département US du commerce a indiqué que les États-Unis pourraient céder une partie de leur contrôle 'historique' d'Internet. Rien n'est fait. Il faudra attendre le 30 septembre 2006 pour savoir quels pouvoirs les Etats-Unis entendent "céder" et sous quelles conditions.
Or il est clair maintenant qu'il n'en sera rien, et ce ne sont pas les illusoires et velléitaires impulsions de Bruxelles qui pourront y changer quelque chose :
La Commission européenne est bien décidée à ne pas relâcher la pression sur la question de la gouvernance de l'internet. Elle prépare activement le premier Forum consacré au sujet, qui devrait avoir lieu à Athènes du 30 octobre au 2 novembre prochain.
Dommage que le partenariat public-privé U.S. DoC-ICANN aura déjà été dûment signé... un mois plus tôt, et pour cinq ans !

Mais vu les progrès accomplis de 1998 à 2006, tant du côté américain (le « faciliter la participation internationale... » du Gouvernement Clinton) que chez nous (« Il est essentiel que l'Union européenne participe pleinement aux décisions qui détermineront l'avenir de la gouvernance internationale d'Internet... »), un petit lustre ne sera pas de trop pour éclairer nos négociateurs, actuellement réduits à formuler des vœux pieux, comme en témoigne cette déclaration de la Commissaire européenne pour la société de l’information et les médias, Viviane Reding :
- Pour l'instant, l'ICANN est sous domination des États-Unis. Le Département américain du commerce a un droit de regard, qui devrait être renouvelé à la fin du mois. Nous avons beaucoup discuté avec eux : idéalement, on préférerait qu'il n'y ait pas de mainmise du tout, mais espérons au moins qu'elle soit la plus légère possible, que ce droit de regard ne comprenne plus de mesures d'intervention...
En attendant, dès le 1er octobre, lendemain de la signature de l'accord, vous verrez se déchaîner nos organes de presse et autres intervenants chargés de relayer les infos auprès de l'opinion publique, quand bien même avec quelques jours, voire semaines, de retard.

Un peu comme Stéphane VAN GELDER, à qui je reconnaîs volontiers d'avoir ENFIN réagi, même si la façon dont il traite le sujet ne manque pas de me laisser perplexe : un article gentillet, très "politically correct", mais sans aucun approfondissement, aucune véritable analyse, aucune ouverture vers l'extérieur (pas un seul lien dans son article), et une conclusion à la Doctor Watson qui frise le ridicule :
Contacté par la rédaction de Domaines.info, le président de l'ICANN Paul Twomey n'a pas répondu à nos demandes d'information complémentaires. Officieusement, un membre du conseil nous a cependant indiqué que certaines modifications seraient certainement prochainement apportées aux propositions de contrat.
Je ne connais aucun des membres du conseil de l'ICANN, ni officiellement ni officieusement, et pourtant j'en étais arrivé aux mêmes conclusions. Je suis doué, quand même !

Ceci étant, après tout ce qui précède, même la question pourtant brûlante des prix variables et des contrats avec les registres des extensions .COM, .BIZ, .INFO et .ORG passe un instant au second plan. Ce qui n'empêche pas les américains de veiller, et je ne suis pas ironique en disant cela : à l'initiative de Netwok Solutions, ils viennent juste d'adresser un nouveau rapport sur les lacunes de la gestion du DNS par l'ICANN, et elles sont graves et nombreuses ! Ce serait même un modèle sclérosé, selon Louis Pouzin, l'homme qui n'a pas inventé Internet, président du conseil d'administration du Native Language Internet Consortium (NLIC), dont l'objectif est de promouvoir des technologies de gestion multilingue du Réseau...

L'internationalisation, puisqu'on en parle, première priorité inscrite dans la planification stratégique de l'ICANN sur la période 2007-2010, les IDN et le multilinguisme sur le réseau des réseaux, un sujet dont l'ICANN a déjà repoussé l'examen en 2005, probablement - pure intuition de ma part - parce que sa mise en place s'accompagnera obligatoirement d'une perte d'influence de l'ICANN, dès lors que l'anglais deviendra minoritaire sur le Net (voir du côté de l'Asie...). Comme le résume Louis Pouzin :
« Aujourd'hui, très concrètement, l'internet appartient à ceux qui comprennent l'anglais, et dans une moindre mesure, à ceux qui appartiennent à l'ensemble des langues vécues dans l'alphabet latin. Pour 80 % de l'humanité, l'alphabet latin ne produit aucun sens. Si l'on veut inclure à l'échelle mondiale les sociétés dans leur diversité, il faut bien que les infrastructures soient capables de transporter des langues dans leur alphabet propre. Un équipement, des logiciels, des services, des usages qui utilisent en toute transparence l'ensemble des langues disponibles. La langue se base sur une communauté, 80 % des échanges linguistiques se font au sein de mêmes communautés indépendamment de leurs dispositions spatiales. Exclure des usagers de l'internet parce que leur langue n'est pas accessible, c'est les exclure de l'ensemble des échanges communicationnels. »
Mais j'aborderai la gestion multilingue d'Internet et les IDN dans de futurs billets...

Pendant ce temps, en Europe et ailleurs, le Forum sur la Gouvernance d'Internet discute, discute... Est-ce un jeu de dupes, d'après vous ? Moi, je crois bien que oui ! L'ICANN et la gouvernance d'Internet : certifiés d'origine contrôlée !

Finalement, c'est toujours la même histoire qui se répète : Internet, 15 jours pour convaincre ou 30 ans à subir...


Liens connexes (les 2 premiers sont en anglais, les autres en français) :
  1. OECD input to the United Nations Working Group on Internet Governance
  2. Domain Name Handbook

  3. L'ICANN en 10 leçons
  4. Les Organismes de la Gouvernance de l’Internet
  5. GOUVERNANCE : Les principaux acteurs de l'Internet...
  6. Quelle gouvernance par l’Internet et pour l’Internet ? (fichier PPT, 8 Mo)
  7. Gouvernance de l'Internet
  8. Gouvernance de l’internet : L’ÉTAT DE FAIT ET L’ÉTAT DE DROIT
  9. GOUVERNANCE D'INTERNET : LE PARTENARIAT PUBLIC - PRIVÉ
  10. ICANN et la gouvernance d'Internet (par Heins Klein)

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jeudi 14 septembre 2006

Liens Adscriptor du 14 septembre 2006

Liens Adscriptor du 14 septembre 2006

Vite fait, mais à ressource exceptionnelle, billet exceptionnel, j'ai nommé « Les 6 cultures d'Internet », signé Martin Lessard. Voir aussi le podcast, via Michel Leblanc.

Mon concept préféré :
Cet Internet 6.0, ou, restons simple, ce web 2.0, offre, pour le meilleur et le pire, par sa simplicité d'utilisation et d'agrégation, une place accrue à une tranche de la population (en général très jeune) de diffuser, contrôler, créer, mixer et remixer du contenu sur Internet.
Tout à fait dans la lignée des nouveaux influenceurs...



P.S. Puisque je vous tiens, voici un rapport long et détaillé (en anglais), rédigé par Ben Edelman, intitulé Cookies Detected by Anti-Spyware Programs: The Current Status. Tout un programme !

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mercredi 13 septembre 2006

Liens Adscriptor du 13 septembre 2006

Liens Adscriptor du 13 septembre 2006

Inauguration d'une nouvelle série de billets qui s'intulera « Liens Adscriptor », en m'inspirant d'une habitude que pratiquent beaucoup de blogs, dont celui de Vinny Lingham, et qui consiste à communiquer des liens jugés pertinents pour quelque raison ou sujet que ce soit. Pas forcément de connexions d'un lien à l'autre, juste des coups de tête ou de cœur ; aucune programmation planifiée, juste au gré de mes envies et au hasard de mes rencontres. Sous le signe de la sérendipité, comme me le suggère Olivier Ertzscheid.

Voici mon choix pour aujourd'hui :

* Tout d'abord, un « photorama » de la conférence de presse que Steve Jobs a tenue hier pour annoncer les nouveautés d'Apple, et deux analyses du Monde et d'Edgeminded. « IT's show time! » Attention les yeux...

Steve Jobs
* Un passage en revue de Forbes sur quelques-unes des meilleures applications Web 2.0 (en anglais).

* Enfin, une ressource exceptionnelle, trouvée sur e-conomy, qui nous propose le téléchargement zippé de « 120 présentations des meilleurs experts en Word of Mouth, Buzz, Viral et Blog Marketing ». Naturellement, dans la langue de Shakespeare. 100 Mo, c'est long mais c'est bon :-)


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mardi 12 septembre 2006

Nouveaux influenceurs et réseaux sociaux




Après les influenceurs 1.0, voici la génération 2.0 des nouveaux influenceurs, ou, si vous préférez, les optimiseurs des réseaux sociaux.

Autour des actifs et des passifs, des pour et des contre, Misha Cornes a développé un modèle intéressant sur Three Minds @ Organic, en me donnant gentiment l'autorisation de le traduire. Voici le résultat :


Je me suis permis quelques néologismes tels que haïsseurs ou congédieurs, mais j'estime qu'ils sont suffisamment parlants pour être compris.

L'engagement envers la marque est moins pertinent dès lors qu'il n'est pas question ici de marketing, mais si vous remplacez engagement par implication et marque par réseau (social), vous avez une nouvelle facette de l'optimisation des réseaux sociaux (qui parcourt un peu des rails parallèles à l'optimisation pour les médias sociaux).

L'idée de départ est la règle des 1% développée par le Guardian, en s'inspirant probablement de Bradley Horowitz (Yahoo), selon laquelle sur 100 internautes, il y en a 1 qui crée le contenu, 10 qui interagissent (en commentant, en améliorant, en mixant, etc.) et 89 qui en profitent, des statistiques qui semblent même confirmer par excès le fonctionnement de Wikipedia, où plus de 70% des articles auraient été écrits par moins de 2% des utilisateurs, et 50% édités par moins de 1% d'entre eux !

Au-delà des chiffres, toujours discutables, la théorie, qui ne manque pas d'attrait, est ainsi reprise par Don Dodge dans un billet sur les réseaux sociaux :


Une pyramide déclinée ensuite en niveaux d'influence par David Armano :


puis en sphères d'influence :


et enfin par vagues successives :


Voici donc un peu de mouvement et d'images après une série de billets plutôt austères, et j'espère bien que vous ferez mentir la règle des 1% en reprenant cet article, en le commentant, en l'améliorant et en le mixant à votre propre contenu pour lui faire poursuivre son chemin vers d'autres blogs, d'autres sites, d'autres horizons. La longue traîne de l'information, en quelque sorte.

Liens connexes en français :


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ICANN et noms de domaine : résumé des commentaires publics

ICANN et noms de domaine : résumé des commentaires publics

Une brève que m'impose l'actualité, dans la foulée de mes précédents billets sur la question.

Suite à sa réunion du 7 septembre, l'ICANN a publié hier une synthèse des commentaires publics sur les accords proposés avec les registres des extensions .BIZ, .INFO, and .ORG.

Dans cette annonce, l'ICANN ne prend pas position mais se limite à dresser l'inventaire des critiques et à les récapituler point par point :
  • THE POSSIBILITY OF DISCRIMINATORY PRICING (éventualité de tarification discrimatoire)
  • THE POTENTIAL ECONOMIC EFFECTS OF VARIABLE PRICING (retombées économiques potentielles dues à la variabilité des prix)
    1. (Possibility of Exorbitant Renewal Rates) (éventualité de coûts de renouvellement exhorbitants)
    2. (Views on Greater Barrier to Entry) (barre placée plus haut pour les barrières à l'entrée)
  • COMMERCIAL USE OF TRAFFIC DATA (utilisation commerciale des données liées au trafic)
  • PRESUMPTIVE RENEWAL (renouvellement tacite des accords avec les registres)
  • PROCESS CONCERNS (préoccupations procédurales)
Je n'ai pas le temps de traduire la synthèse, mais en gros j'ai déjà abordé tous ces points dans mes trois précédents billets (par ordre chronologique) :
  1. Noms de domaine : vers un tarif à la carte ?
  2. Noms de domaine à la carte : vacarme et silence
  3. La politique de l'ICANN sur les noms de domaine : peur, incertitude et doute...
L'ICANN précise qu'à ce jour, 2 689 messages ont été globalement postés du 28 juillet au 6 septembre 2006 (dont 2 195 messages reçus durant la période d'ouverture des commentaires), écrits par 1 014 intervenants (nombre de messages se recoupent sur les trois forums).

Nous verrons bien la façon dont l'ICANN tiendra compte - ou pas - de ces critiques, majoritairement négatives (The majority of the comments - in number - posted in the comment forums were in opposition to the proposed agreements). Affaire à suivre, donc...

[MàJ - 19h] Le lien sur la page d'annonces de l'ICANN :


renvoie vers une nouvelle page, qui mentionne toutefois le lien de ce matin. La teneur est beaucoup plus elliptique, même si l'ICANN s'avoue intéressé par l'envoi de nouveaux commentaires...

La dernière phrase est particulièrement intéressante :
« Lors de la réunion, les négociateurs en charge du dossier ont informé le comité directeur de l'ICANN que les pourparlers avec les registres avaient déjà repris pour éclaircir les problèmes liés à la tarification différenciée ».

(Staff reported during the Board meeting that negotiations with the registries are already underway regarding clarification of the issues surrounding differential pricing.)
Nous voilà rassurés !


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