mardi 6 février 2007

Lettre ouverte à Michel-Edouard Leclerc

Dans la série « grands patrons », billet fleuve...
Tribune de Jean-Marie Le Ray
Mon idée

* * *

Dans un récent billet publié sur De quoi je me M.E.L., son blog-tribune comme il l'appelle, Michel-Édouard Leclerc avoue :
Je suis quelqu’un « d’ouvert », qui se veut le plus possible disponible. Je laisse quiconque m’interpeller directement sur ce blog, d’où qu’il parle. Sans filtre, sans censure, hormis les attaques contre les personnes. Peu de patrons en Europe osent pratiquer ce même exercice.
Est-ce si vrai ? J'ai mes raisons d'en douter...

J'ai tenté de prendre contact à plusieurs reprises avec vous, M. Leclerc, en 2002, 2003, 2004, avant de découvrir votre blog en septembre 2005, ce qui a suscité chez moi un espoir formidable. En effet, ça fait très longtemps que j'ai une idée, que je n'hésite pas à qualifier de révolutionnaire pour la France, le genre d'idée qui peut totalement vous changer la vie si, avec un peu - beaucoup - de chance et les bonnes rencontres au bon moment, vous réussissez à la réaliser. Et après plusieurs tentatives auprès de plusieurs "cibles" potentielles, j'avais fini par penser que si quelqu'un pouvait réellement faire vivre cette idée dans l'hexagone, ce quelqu'un, c'était vous, Monsieur Michel-Édouard Leclerc...

Extrait de mon premier contact direct avec vous, écrit en commentaire à votre blog le 18 septembre 2005 à 9h23' :
Bonjour M. Leclerc,

(...)
Il y a en français un verbe peu employé, impétrer, dont la seule acception légale que nous donne le Robert (obtenir de l'autorité compétente, à la suite d'une requête) ne rend pas justice au véritable sens du mot : obtenir directement de l'autorité compétente, c'est-à-dire sans passer par aucun intermédiaire.
Et la difficulté, lorsqu'on veut rencontrer un homme tel que vous, vient toujours des intermédiaires, qui décident à votre place de qui vous devez voir ou non, de ce que vous devez lire ou non...
En cherchant dans mes archives, ma première tentative de prise de contact remonte à fin juillet 2002, toujours sur Internet, par l'intermédiaire du site GALEC Italie :

« GALEC Italie
Responsable développement pays : V. D.

To: "jmleray@..."
Subject: Réponse à votre e-mail.
Référence : 135676

Nous avons bien reçu votre e-mail du 29/07/02 et nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre enseigne.
Afin de répondre à votre demande nous vous conseillons d’adresser dans un premier temps de proposer votre idée au siège sociale aux coordonnées suivantes :

GALEC
52, rue Camille Desmoulins
92451 ISSY LES MOULINEAUX.
En vous souhaitant une bonne réception de ce message, nous vous prions de croire, Monsieur LE RAY en l’expression de nos salutations distinguées.
 »

C'est donc à cette adresse que je vous avais envoyé mon premier courrier, resté sans réponse, tout comme les suivants d'aillers, puisque j'ai recommencé en 2003 et 2004, autant à l'adresse ci-dessus qu'au siège de l’Association des Centres Distributeurs Leclerc / ACDLEC
149, rue Saint Honoré
75001 - Paris

Voilà pour la chronologie. Donc vous dire mon étonnement mêlé d'émotion à la découverte de ce blog après plus de trois années d'essais infructueux, les mots me manquent.
Mais quel est le sujet qui m'amène avec tant d'insistance ?
Comme vous l'aurez compris au lu du message de votre collaborateur, il s'agit d'une idée. Et d'une idée dont je ne peux parler qu'avec vous seul.
Je serais heureux de vous donner davantage d'explications, soit par écrit soit par téléphone, à votre convenance, pour peu que vous estimiez n'avoir pas affaire à un illuminé de passage.
Je mets tout mon espoir dans ce message, j'espère que vous l'entendrez.
Cordialement,
Jean-Marie Le Ray
Ce à quoi vous me répondiez deux jours plus tard :
Le 20 septembre 2005 - 19h11' M.E.L. a dit :
Re Jean-Marie Le Ray (18/09/05)

Désolé que le circuit pour m’atteindre ait été si long et si tortueux. Vous pouvez m’écrire (ACDLec, 52 rue Camille Desmoulins, 92451 Issy les Moulineaux).
C'était pourtant la même adresse à laquelle j'avais expédié mes premiers courriers, mais bon...

De nouveau, deux jours plus tard, je vous informais de l'envoi effectué :
Le 22 septembre 2005 - 17h04' Jean-Marie Le Ray a dit :

Bonjour M. Leclerc,

J'ai posté ma lettre (format A4) ce matin à Rome, en recommandé A.R., il manquerait plus qu'elle se perde après toutes ces péripéties.
Il est peut-être trop tard pour que vous la receviez samedi, mais j'imagine que vous l'aurez dès lundi, mardi au plus tard.
Bien que j'aie mis confidentiel dessus, je préfère quand même vous prévenir avant.
Cordialement,
Jean-Marie Le Ray
Après quoi je vous ai relancé deux mois plus tard ( 7 novembre 2005 - 9h36'), puis cinq mois plus tard (20 février 2006 - 14h04') ; c'était il y a un an, donc, et je terminais mon message par ces mots :
P.S. Depuis le début, ma femme me dit, tu verras qu'il ne te répondra pas.
Depuis le début, à chaque fois je lui rétorque, mais si, mais si, je suis son blog régulièrement et je vois qu'il met un point d'honneur à répondre à tout le monde.
Mais enfin, après tout ce temps, ma certitude commence à se teinter de doute...
Ma femme, qui croit comme moi à la réussite de cette idée si elle voyait le jour, a même tenu à vous écrire personnellement, lettre que j'ai traduite en accompagnant l'original écrit de sa main de ma traduction :
Rome, 30 octobre 2006

Cher monsieur Michel-Édouard Leclerc,

Je m’appelle Geneviève Montervino, je suis la femme de Jean-Marie Le Ray, qui vous a contacté il y a déjà plus d’un an pour un projet qui lui tient à cœur : « LeJag », et à qui je confie la traduction de ces quelques mots car je ne parle pas trop bien le français !

Lorsque nous rentrons chez moi à l’occasion des fêtes ou des vacances, dans la maison de mes parents, à Cava de’ Tirreni, au sud de Naples, le long de l’autoroute je vois toujours votre nom accolé à la marque CONAD, et immédiatement mon association de pensée est la suivante : « M. Leclerc est sûrement téméraire, car seul un homme qui aime les défis peut décider d’installer une filiale à Naples, un marché sans aucun doute parmi les plus difficiles au monde ! »

Alors je me souviens du discours que me tenait mon mari à votre propos, en affirmant que s’il y avait une seule possibilité de réaliser ce projet, vous étiez l’unique personne capable d’accepter de relever le défi !

Je vous assure que je n’ai jamais lu la lettre que mon mari vous a envoyée, vu ma méconnaissance du français, mais je suis certaine qu’il vous aura effrayé : lorsqu’il pense à la réalisation d’un projet, il est si précis et minutieux qu’il va imaginer les plus petits détails, chose qui a tendance à effrayer les personnes qui l’écoutent, en leur faisant parfois probablement penser « ce type est un peu fou » !

La présente ne prévoit aucune requête à votre encontre, même si je vous avoue qu’une brève réponse de votre part nous ferait vraiment plaisir, juste pour apaiser (dans un sens ou dans l’autre) nos souhaits de réaliser ce projet dans un futur proche.

Je conclurai cette lettre par un proverbe bien de chez nous, la région napolitaine : la Campanie : « Ceux qui ont du pain n’ont pas de dents, et ceux qui ont des dents n’ont pas de pain », qui à mon avis rend l’idée de mes pensées en ce moment.

Voilà. Monsieur Leclerc, excusez cette lettre impulsive, née de l’intuition féminine, et veuillez accepter tous mes vœux de réussite pour votre travail et l’expression de mes salutations les plus sincères.
Or tout cela pour quoi ? Jamais aucune réponse de votre part ! Ni merde ni mange. Je suis très amer de votre attitude, Monsieur Leclerc ! Je ne pense pas que tous les gens qui cherchent à vous contacter y passent cinq ans avec un nombre considérable de relances. D'autant plus qu'en me répondant la première fois Désolé que le circuit pour m’atteindre ait été si long et si tortueux. Vous pouvez m’écrire..., vous avez clairement suscité un grand espoir en moi, mais si vous n'aviez pas l'intention de répondre dès le départ, pourquoi l'avoir suscité ?

Être quelqu’un « d’ouvert », qui se veut le plus possible disponible, (...) sans filtre, sans censure, etc., c'est bien beau, mais ne pas répondre de cette manière, n'est-ce pas un filtre, une censure ? Voire une marque de dédain ? Avez-vous déjà tenté de dialoguer avec quelqu'un qui vous regarde sans ouvrir la bouche ? Ou de saluer quelqu'un en lui tendant une main qu'il refuse de prendre ? Je serai curieux de connaître votre opinion là-dessus ! D'autant plus que mon dernier message, vous ne l'avez pas publié, probablement par lassitude, qu'est-ce qu'il me veut encore, celui-là... Or il n'y avait point d'attaque personnelle dans ce message pour qu'il passe à la trappe. Juste une interrogation légitime : pourquoi faire semblant d'ouvrir les portes si c'est pour mieux vous les claquer à la figure dans un deuxième temps ?

Je cite votre édito :
Plus frustrant encore, l'absence de dialogue. Internet ouvre dans ce domaine de nouvelles possibilités d'information et d'échange que je souhaite explorer. C'est pour ces raisons que j'ai décidé de créer "De quoi je me M.E.L" simplement pour permettre à ceux qui le désirent, d'en savoir plus et de pouvoir donner leur point de vue.
À quoi je rétorque :
Monsieur Michel-Édouard Leclerc, si vous vous targuez d'être un grand patron ouvert, et de souhaiter explorer les nouvelles possibilités d'information et d'échange qu'autorise Internet dans le domaine du dialogue, alors jouez le jeu jusqu'au bout. Faute de quoi vos mots ne sont que paroles en l'air...
Il m'aurait suffi d'une phrase, laconique, du genre « Merci de votre courrier, mais je ne suis pas intéressé ». Point barre ! Chacun est libre d'entreprendre ce qu'il veut. Et autant j'aurais accepté un refus formulé de votre part, tout à fait normal et légitime, autant je rejette cette négation silencieuse que je trouve indigne d'un homme tel que vous. Après tout, des "non", vous devez en prononcer plusieurs centaines par semaine, franchement, un de plus ou de moins, cela vous coûtait-il tant  ?

Par ailleurs je ne pense pas que vous oseriez vous retrancher derrière un mensonge (du genre, rien ne m'est parvenu), car vous les avez reçues mes lettres, j'en ai la preuve formelle, puisqu'elles contiennent un nom de domaine que personne ne connaît et qui par la suite a été cliqué à plusieurs reprises depuis votre siège social...

Mais en fin de compte, probablement avez-vous pensé que mon idée ne valait même pas la peine d'une réponse. Je trouve ça dommage, certes, mais il est clair que vous êtes seul juge de vos décisions et votre jugement sans appel.

Je vais donc soumettre cette idée aux lectrices et lecteurs d'Adscriptor, rassurez-vous, ils ne sont pas nombreux, mais si quelqu'un ayant des moyens que je n'ai pas me lit et pense que le jeu en vaut la chandelle, qui sait, peut-être vivra-t-elle un jour ? Je le souhaite, d'autant plus que depuis 1986 que je l'ai, 21 ans ont passé sans que personne ne l'ait encore mise en œuvre, or elle est plus que jamais d'actualité...

À tout le moins, ils pourront toujours me dire si d'après eux elle valait une réponse... [Début]

* * *

Voici mon idée.

L'exposition qui suit reprend fidèlement le courrier que j'ai adressé à M. Michel-Édouard Leclerc, en ne réactualisant que les données des petites annonces puisque près de 18 mois se sont écoulés depuis le montage de mon "dossier".

Ardea (Rome), le 21 septembre 2005

Monsieur Michel-Édouard LECLERC,

Tout d’abord, merci pour m’avoir répondu et communiqué votre adresse.
Entrons dans le vif du sujet.
Voici pour commencer la fameuse lettre que je vous ai adressée par trois fois, dans sa version originale qui remonte au 31 juillet 2002 :

[ À l’attention de M. Michel-Édouard LECLERC

Monsieur,

Si vous êtes en train de lire cette lettre, c’est que mon premier but aura été atteint : prendre directement contact avec vous.

Je m’appelle Jean-Marie Le Ray, traducteur-interprète de profession, installé en Italie depuis 20 ans et titulaire d’une TPE depuis 14, le Studio 92 Snc.
L’objet de cette lettre est le suivant : vous rencontrer pour vous proposer la réalisation d’un projet ambitieux qui vous permettrait de faire jeu égal - voire de rapidement les dépasser - avec les deux principaux groupes qui se partagent le secteur de la presse gratuite en France, à savoir, par ordre d’importance, la Comareg, dans le giron de Vivendi Universal Publishing, et Spir-Communication, filiale d’Ouest-France, qui représentent à elles seules près des 3/5 des quelque 500 journaux diffusés chaque semaine à environ 40 millions d’exemplaires.
Par conséquent, vous pouvez facilement mesurer l’importance d’un tel enjeu, de même que sa proximité, en dépit des apparences, avec vos propres activités, puisque ce marché représente un outil de communication sans équivalent, outre une mine inépuisable d’informations commerciales au niveau local (avec l’immense valeur ajoutée dont ce gisement est porteur…).

Vous pourriez aussi vous demander pourquoi je m’adresse à vous plutôt qu’à quelqu’un d’autre. C’est simple : je suis toujours resté impressionné par la capacité que vous avez eue de plier le monopole des pétroliers, premier des monopoles cassés à mettre à votre actif…

J’ai donc tenté sans trop d’illusions de trouver une adresse électronique où j’aurais pu vous écrire directement, à travers le site de votre groupe, mais je n’ai pu obtenir en retour que le message suivant : (...)

Or il est évident que, mon projet étant basé sur cette seule idée, à l’instant même où elle aura été dévoilée ma présence deviendra tout à fait inutile.

D’où mon insistance pour vous rencontrer en personne, au moins pour avoir un engagement de votre part que, dès lors que vous jugeriez cette idée viable et susceptible d’être mise en œuvre, je pourrai effectivement avoir des intérêts dans son exploitation commerciale.
Dans l’attente d’avoir une réponse de votre part, ce que j’espère fortement, veuillez croire, Monsieur Leclerc, à l’assurance de mes sincères salutations. ]


* * *

Donc, trois ans plus tard, je n’ai plus envie de jouer au chat et à la souris, je vous livre mon idée et mon projet, tels quels, dans leur intégralité…

J’espère juste que vous n’êtes ni membre du Directoire d’Ouest-France ni trop copain avec M. Vincent Bolloré ! À moins de vouloir associer Havas à l’initiative. 

Le concept, révolutionnaire en France (ce qui est la moindre des choses), se résume en deux lignes :

Fini les journaux d’annonces gratuits
Vive les journaux d’annonces gratuites

Un petit "e" qui fait une grosse différence, un petit "e" qui pourrait bien jeter un gros pavé dans la mare…

Genèse de mon idée

Je vis à Rome depuis 1986, où j’ai débarqué dans la plus grande précarité. Ainsi j’ai vite fait la découverte d’un journal de petites annonces, qui est une véritable institution ici, intitulé Porta Portese (l’équivalent des Puces à Rome).
  • Premier constat : passer une annonce ne coûte RIEN ! (Les annonces gratuites étant réservées aux seuls particuliers, pas aux personnes juridiques). De plus, elle sort deux fois par semaine, le mardi et le vendredi. La seule limite réside en ce qu’on ne peut passer qu’une annonce par catégorie pour deux parutions. Par conséquent, si vous vendez votre frigo, tout en étant à la recherche d’une voiture et de l’âme sœur, vous pouvez passer trois annonces qui vont sortir deux fois, pour la modique somme de 0,00 (en euro, en dollar ou en yen, ça fait toujours 0 !).
  • Deuxième constat : le journal compte en moyenne entre deux et trois cents pages par numéro, disons environ 200 le mardi et 300 le vendredi. À comparer avec les quelques pages de nos journaux d’annonces français…
C’est d’ailleurs cette différence de « poids » qui m’avait le plus frappé, et voilà pourquoi je rêve depuis bientôt 20 ans de voir publier un journal d’annonces gratuites en France. En une phrase, le seul investissement pour le particulier est le prix du journal, soit 1,00 €, qui reste facultatif, puisque rien ne vous oblige à l’acheter !

Concept

J’ai imaginé que « mon » journal, hebdomadaire au début, s’appellerait Le JAG, sigle qui peut recouvrir plusieurs libellés :

Journal d’annonces gratuites / Le Journal des annonces gratuites / Le J’annonce gratuit, etc.

À coupler ensuite avec les Régions, les Départements (noms + numéros), les grandes villes : JAG-Bretagne / JAG-Essonne / JAG-Bordeaux / JAG-Francilien / JAG-75, etc.
« Aujourd’hui un journal de petites annonces ne peut être qu’un journal ancré dans la proximité, à la portée de tous »

Prix du JAG : 1 €

Un prix hautement symbolique par les temps qui courent, un prix « politique » dirait-on en italien, mais surtout, SURTOUT, un prix hautement social et démocratique, c.-à-d. pour toutes les poches. Parfaitement en phase avec les principaux engagements de Leclerc : défense du pouvoir d’achat et information du consommateur, implication dans la vie locale et protection de l’environnement (on peut très bien imaginer des journaux sur papier recyclé, etc.). Et de plus, une tribune idéale permettant de « Participer à la vie économique, sociale, culturelle et sportive de la région pour contribuer à son essor. »

De facto, le plus gros frein au développement des journaux d’annonces locaux en France est le prix excessif que coûte un passage.

Par ailleurs, lorsque vous passez une annonce pour vendre quelque chose, il est clair que vous n’avez pas la moindre assurance d’avoir des réponses, ni a fortiori des acheteurs. Pour autant, si la somme à dépenser est trop grosse, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Et avec des tarifs aussi prohibitifs que ceux pratiqués chez nous, comment s’étonner que les gens ne passent que très peu d’annonces ?
Il faut vraiment être réduit à ne plus pouvoir faire autrement, et encore…

À l’opposé, combien de gens souhaiteraient passer leurs annonces chaque semaine ?

Juste deux exemples pour étayer mon propos, si besoin en était :

Premier exemple :


* Prix pour 4 semaines d’annonces en couplage sur Ouest-France (12 départements) et sur Internet : 129,23 € !!!

Prix pour 4 semaines d’annonces en couplage sur JAG-Bretagne, JAG-Basse Normandie et JAG-Pays de Loire et sur Internet : 0,00 € pour l’annonce, 12,00 € si vous achetez les 4 parutions hebdomadaires dans ces trois départements !!!

- « No comment », disent les anglo-saxons.

Remarque : l'exemple ci-dessus est celui d'il y a un an et demi, depuis les tarifs ont pratiquement été multipliés par 2 (de 129,23 € à 230,11 €) ! Il est vrai que le prix du papier a augmenté entre-temps et qu'aujourd'hui en plus on a droit à une sortie dans les Deux-Sèvres et dans d'autres quotidiens régionaux, mais quand même...


On comprend mieux leur conseil : « En passant votre annonce pendant au moins deux semaines, vous augmentez de 50% son efficacité. » :-)


Deuxième exemple :



* Prix de l’annonce sur 3 semaines (laissons tomber la promo…) : 25,65 € … la ligne !!! Résultat pour 6 lignes : 153,90 €, c’est quand même pas donné.
Maintenant que peut-on écrire en 24 cases, espaces compris ?

Prix à la ligne sur le JAG : 0,00 €, sur autant de lignes que ci-dessus !
Prix du JAG sur trois semaines : 3,00 €


Remarque : là les prix n'ont pas changé et le formulaire téléchargeable semble ne pas avoir été mis à jour depuis.

Pour faire de la publicité comparative, vous êtes sûr de pas trouver mieux et de cartonner un max…
À ces conditions, que répondraient 99,99% des sondés à la question :
- « Préférez-vous avoir un journal d’annonces gratuit ou payant » ?
- « Payant » ! Plutôt paradoxal à notre époque, non ?
- Alors comment un tel journal pourrait-il vivre et dégager des bénéfices ?

Première chose, si je prends en exemple mon journal de référence (Porta Portese), je vous assure qu’il se porte comme un charme depuis plus de 28 ans, et qu’il vit même de mieux en mieux.

Principales rentrées :
  1. Le prix du journal
  2. Le prix des annonces
  3. Les ressources publicitaires

1. Le prix du journal
1,00 € c’est peu, mais si vous en vendez des millions par semaine, ça devient moins négligeable. Et qui se refuserait à dépenser 1 €, ne serait-ce que pour vérifier que l’annonce passée se trouve bien dans la catégorie voulue, qu’elle est correcte, etc. ?

2. Le prix des annonces
L’annonce de base reste toujours gratuite, mais quand vous avez un journal de 220 pages, comment faire si vous voulez que votre message sorte du lot ? Quand la formule basique ne suffit plus, vous allez avoir envie d’attirer l’attention : message en gras, encadré (simple ou plus élaboré), etc.
Les prix restent abordables, et c’est toujours la quantité qui fait la différence.
De plus, je le répète mais l’élément est crucial, l’annonce gratuite est réservée aux seuls particuliers. Les autres paient, ce qui est plutôt normal.

3. Les ressources publicitaires
Voilà évidemment le gros morceau.
Deux mots en passant sur les ressources publicitaires.
Selon une présentation faite par M. Xavier Guillon, de France Antilles (qui sait donc de quoi il parle), « Le budget des annonceurs, c’est 30 milliards d’euros. Un tiers de cette dépense est consacrée à de la communication locale. (…)
Il y a 2 grands marchés :
- annonceur local pur : 60% de ce tiers
- les états-majors nationaux qui localisent leur communication, dans les campagnes d’accompagnement, pour 40%. (…)
Autres spécificités de ce marché:
- le marché est très atomisé. La communication nationale, c’est environ 10 000 annonceurs. Pour la communication locale, c’est environ 1,2 millions !
 »


Il y a donc d’énormes ressources disponibles, toujours en quête d’une audience élargie et d’une segmentation accrue, qui ne demandent qu’à trouver le bon support. Ne reste plus qu’à le leur fournir… 

Or entre la PQN, la PQR, les magazines de toute périodicité, les gratuits, les journaux d’annonces, la presse spécialisée, etc., les annonceurs ne savent plus où tourner la tête. Il va forcément y avoir un tri et il est clair que les investissements vont se reporter sur les plus gros tirages, ceux qui touchent le plus de gens.

Les gratuits c’est très bien mais ils ne concernent que les citadins, et encore, ceux des grandes villes. Ça fait quand même pas mal de monde laissé de côté, des petites et moyennes villes aux campagnes…

Pourquoi Leclerc ?

Réponses :
  • Proximité (présence)
  • Capillarité du réseau (distribution)
Pour utiliser une formule 2 en 1, qualité et quantité  !
De plus, j’imagine que la présence d’un point JAG dans vos Centres n’exigerait pas une mise en place excessivement lourde.

Je vois bien un petit kiosque à journaux à l’ancienne, relooké au goût du jour, quelque chose de joyeux et de coloré, agrémenté d’une borne Internet pour entrer directement l’annonce dans le système centralisé (…), où chacun de vos clients pourrait saisir/déposer son ou ses messages !

Autre facteur, qui n'est pas moins important, l'image de Leclerc, qui se veut proche des gens et s'accorderait parfaitement à une initiative de ce genre (ce n'est pas démagogique de ma part d'affirmer cela, puisque c'est l'un des principaux éléments à l'origine de mon choix).

Ça bousculerait l’ordre établi et casserait quelques monopoles, certes, mais France Antilles (Comareg), Ouest-France (Spir-Communication, Socpresse), Sud-Ouest (le petit nouveau qui joue dans la cour des grands) et le réseau Ville Plus (né pour contrer Metro et 20 minutes) ont les reins assez solides pour y résister, même si leur rente de situation serait quelque peu égratignée.

Quant au ROI pour Leclerc, pensez un instant que vous mettiez un opt-in sur chaque formulaire d'annonce, je vous laisse imaginer la suite... La constitution rapide d'une gigantesque base de données comportementales, marketing, etc. Pas besoin de vous expliquer la valeur marchande d'un tel pactole et de ce double support - papier et Internet - avec une triple couverture, nationale, régionale et locale (et une distribution dans vos magasins, mais pas seulement).

Et je ne parle que de la France ! Or un groupe comme le vôtre pourrait très bien vouloir franchir les frontières, une telle formule étant assurée du succès dans n'importe quel pays...

Prenez l’Italie : à part Rome, avec Porta Portese, il est clair que vous ne trouvez pas partout un tel journal, pour la simple raison qu’il faut une certaine « surface financière » pour l’implanter à l’échelle d’un pays et, AMHA, les acteurs les mieux placés pour le faire sont… les hypers !
Quant à l’Europe de l’Est, où tout est à construire et à reconstruire…

Porta Portese lui-même essaie de s’internationaliser, mais ça reste marginal, le journal restant un nain à côté de votre puissance (réelle et potentielle) de déploiement et de divulgation d’une telle initiative*.

Last but not least, en plus des six continents (pour m’aligner sur la conception du monde selon les anglo-saxons), il en existe un septième depuis une dizaine d’années, le continent Internet, plutôt liquide…

Un univers encore à ses débuts, mais promis à un bel avenir.
Donc, tout ce que je pouvais faire à mon niveau dans l’océan Internet, c’était de prendre le nom de domaine « lejag.com », et je l’ai fait, juste pour rêver…
Je n’ai pas enregistré JAG.com à cause de l’homophonie avec la série télé, un problème qui ne demanderait qu’à être approfondi.

Car pour la réalité, ce serait un portail en mesure de capter et centraliser des myriades de « clients », de prospects et d’annonceurs ; et cela, même sur Internet, ça ne court pas le Web (à part les moteurs de recherche, bien sûr).
Il y aurait d’ailleurs toute une réflexion à mener autour du nom de domaine, des extensions géographiques, etc., et du projet JAG sur Internet, dont la valeur ajoutée envers d’autres projets proches (je parle des Banques de données orientées gestion relation client, Datamining, etc.), en plus d’une couverture sans équivalent, consiste en ce qu’il serait aussi décliné localement et sur papier, un plus évident par rapport à ces derniers pour alimenter les bases.

En conclusion, je pourrais tout reprendre point par point pour un développement plus détaillé, mais ce n’est ni le lieu ni le moment. Je souhaitais seulement vous présenter le concept, car je suis persuadé de sa faisabilité et de sa rentabilité. C’est juste une question de volonté et… de moyens.

– J’ai la volonté, saurais-je vous la communiquer ?
– Vous avez les moyens, souhaiterez-vous m’impliquer ?


Ce qui est sûr, c’est que le premier qui occupera le créneau (ce n’est qu’une question de temps, selon moi) aura conquis un formidable avantage stratégique sur ses concurrents, indéniable et durable, notamment sur Internet. Une notoriété difficile à rattraper pour ceux qui prendront le train en marche…

Dans ma première missive, j’écrivais que l’objectif de mon courrier était de « vous rencontrer pour vous proposer la réalisation d’un projet ambitieux », mais à mon avis j’étais en-dessous de la vérité : le JAG, c’est un projet EXTRAORDINAIRE (étymologiquement, qui sort de l’ordinaire…), et je dirais même plus, dans l’air du temps !

Monsieur Leclerc, je suis plein d’espoir et j’attends impatiemment une réponse de votre part. Cordialement,
[Début]


P.S. À noter que j'ai signalé la publication de ce billet en commentaire sur le blog de M.E.L., juste au cas où... Résultat après une semaine : commentaire censuré (à moins qu'il ne soit encore en attente de modération...), et toujours pas de réponse. Un incident informatique, probablement, ça lui arrive de temps en temps :


« Mon cher Michel-Édouard, nous n'avons vraiment pas la même conception de ce qu'est l'ouverture ! » (phrase à prononcer comme si je m'adressais à Marie-Chantal...)

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jeudi 1 février 2007

Quand Silvio fait le paon, Veronica prend sa plume

Je voudrais vous entretenir, une fois n'est pas coutume, d'une affaire étonnante qui agite la Botte et qui mérite...

Plantons la scène. La semaine dernière, samedi 27, a été transmise à la télé la cérémonie des Telegatti, l'équivalent italien des Sept d'or en France.

Cérémonie suivie d'un dîner de gala durant lequel Silvio Berlusconi, Sua Emittenza en personne, s'en est donné à cœur joie, en osant dire en public à une « honorable » : « ...si je n'étais pas déjà marié, je vous épouserais dans l'instant ».

Oui, vous avez bien lu, une « honorable », puisqu'en Italie c'est le nom réservé aux députés, dont l'honorabilité est bien souvent inversement proportionnelle à la grandiloquence du titre, mais ça c'est une autre histoire...

Remarquez, en voyant la demoiselle (ou la dame, j'en sais trop rien), Mara Carfagna, députée de Forza Italia (le parti de l'ami Silvio) on peut le comprendre.


Il aurait tout aussi bien pu lui dire « moi, avec toi, j'irais n'importe où... », mais ça il l'a réservé en réponse à une autre, qui l'avait provoqué - reconnaissons-le - en lui sussurant : « Président, avec vous, je fuirais sur une île déserte ». Il faut dire qu'Aida Yespica n'est pas moche non plus. Il a du goût le bougre...

Et tout ça, bien sûr, on connaît le tact naturel qui le caractérise, devant le jet-set, devant les paparazzi et devant sa femme, Veronica Lario (en Italie, les épouses ne prennent pas le nom du mari mais gardent le leur), laquelle en a pris ombrage et aurait demandé ensuite, en privé, des excuses au galopin. Qui l'a envoyée sur les roses...

Or les femmes ont des ressources insoupçonnées, et hier, l'Italie s'est réveillée toute surprise (et Berlusconi aussi, probable) de découvrir à la Une d'un grand quotidien italien, la Repubblica, la lettre de Veronica :
Cher Directeur,

C'est avec réticence que je vainc la réserve qui me caractérise depuis 27 ans passés au côté de l'homme public, entrepreneur et politicien illustre, qu'est mon mari. J'ai considéré jusqu'à présent que mon rôle devait se tenir essentiellement dans la sphère privée, afin de donner équilibre et sérénité à ma famille. J'ai affronté avec respect et discrétion les inévitables contrastes et les moments douloureux que réservent des relations conjugales aussi longues. Mais aujourd'hui j'écris pour réagir aux paroles de mon mari lors du dîner de gala qui a suivi la remise des Telegatti, où il s'est adressé à certaines des dames présentes en tenant des propos que je juge inacceptables : « ...si je n'étais pas déjà marié, je vous épouserais dans l'instant », ou « avec toi, j'irais n'importe où... ».

Ce sont là des considérations qui blessent ma dignité et ne sauraient être réduites à de simples plaisanteries, compte tenu de l'âge, du rôle politique et social et du contexte familial (deux enfants d'un premier mariage et trois du second) de la personne qui en est à l'origine. Je prétends donc de mon mari et de l'homme public qu'il me présente publiquement les excuses qu'il ne m'a pas faites en privé, et saisit de même l'occasion pour lui demander si je dois me considérer, à l'instar du personnage de Catherine Dunne, comme « la moitié de rien ». Au long de mes relations avec mon mari, j'ai choisi de n'accorder aucune place aux conflits conjugaux, même lorsque par ses comportements il en a jeté les bases. Ceci pour plusieurs raisons : d'une part compte tenu du sérieux et de la conviction avec laquelle je me suis investie dans un projet familial stable ; de l'autre, en étant consciente qu'en parallèle au changement de certains équilibres que le temps ne manque pas de produire au sein du couple, la dimension publique de mon mari s'est considérablement étoffée, une circonstance qui, à mon avis, doit influencer nos choix personnels et nous amener à reconsidérer, si nécessaire, nos désirs personnels. J'ai toujours soupesé les conséquences que mes éventuelles prises de position auraient pu avoir tant pour mon mari, notamment en dehors de la famille, qu'au niveau des retombées possibles sur mes enfants.

Une ligne de conduite qui ne se heurte qu'à une seule limite, ma dignité de femme, qui doit également être un exemple pour mes enfants, ciblé en fonction de leur âge et de leur sexe : vis-à-vis de mes filles, aujourd'hui adultes, l´exemple d'une femme capable de protéger sa dignité dans ses relations avec les hommes, un exemple d'une importance particulièrement lourde, au moins autant que l´exemple d'une mère capable d'amour maternel, selon leurs propres mots ; je pense d'autre part que la défense de ma dignité de femme pourra aider mon fils pour qu'il n'oublie jamais de mettre le respect des femmes au rang de ses valeurs fondamentales, de sorte qu'il puisse instaurer avec elles des relations toujours saines et équilibrées.

En vous remerciant de bien avoir voulu me donner un espace où exprimer ma pensée, je vous prie de croire, cher Directeur, à l'expression de mes salutations les plus cordiales.


Vous imaginez Bernadette envoyer un pamphlet pareil au Figaro ?

Branle-bas dans le camp de Silvio pour savoir comment rétorquer à la belle, et c'est ainsi que la réponse de Berlusconi à sa femme a été publiée le soir même via les agences de presse :
Chère Veronica, voici mes excuses,

J'étais réticent en privé, car je suis d'une nature joviale, certes, mais aussi orgueilleuse. Maintenant, si le défi est public, la tentation de te céder est forte, si forte que je n'y résiste pas. Toute une vie que nous sommes ensemble. Trois enfants adorables que tu as préparés pour entrer dans l'existence avec le soin et la rigueur amoureuse qui distinguent la personne splendide que tu es et que tu as toujours été pour moi, depuis le jour où nous nous sommes connus et où nous sommes tombés amoureux. Nous avons fait plus de choses belles ensemble que tous deux ne sommes disposés à reconnaître en un moment de turbulences et d'essoufflement.

Mais cela finira, cela finira dans la douceur comme toutes les véritables histoires. Je vis des journées de fou, tu le sais. Le travail, la politique, les problèmes, les déplacements, les examens publics qui n'en finissent jamais, une vie constamment sous pression. Une responsabilité permanente envers les autres et envers moi-même, mais aussi envers une femme que j'aime tant dans la compréhension que dans l'incompréhension, envers tous mes enfants, autant de facteurs qui ouvrent la porte à la petite irresponsabilité d'un caractère allègre, auto-ironique et volontiers irrévérencieux.

Non, ta dignité n'a rien à voir avec ça, je la garde comme un trésor en mon cœur, même lorsque de ma bouche sort une boutade insouciante, un trait galant, une broutille d'un instant. Mais crois-moi, pas de proposition de mariage, non, vraiment, je n'en ai jamais fait à personne. Excuse-moi donc, je t'en prie, et prends ce témoignage public d'un orgueil privé qui cède devant ta colère pour ce qu'il est, un acte d'amour, un parmi tant d'autres. Je t'embrasse très fort, Silvio.


* * *

Venons-en maintenant à quelques considérations sur cette histoire. J'ai déjà eu l'occasion de m'intéresser à Berlusconi lorsqu'il était président du Conseil et aux intempérances verbales dont il est coutumier, la preuve.

Ni l'homme ni le personnage ne me sont sympathiques, c'est le moins qu'on puisse dire, mais je dois reconnaître à Berlusconi que c'est un grand communicateur, il faut croire puisqu'il a réussi à s'imposer par deux fois comme président du Conseil grâce à la puissance de ses médias, certes, mais ça n'explique pas tout.

Ce qui est nouveau dans cette affaire, d'abord c'est que le coup ne lui est pas porté par un adversaire politique, mais par sa femme ! Le voilà donc pris à son propre jeu, combattu sur son propre terrain, celui de la communication. Impossible de savoir vraiment ce qui se cache derrière, et ce n'est pas tellement ce qui me préoccupe, moi ce qui m'intéresse, ce sont les mots. On n'est pas traducteur pour rien, que voulez-vous !

Car dans une missive comme celle de Veronica Lario, chaque mot est pesé, choisi, et porté pour faire mouche. Dans la réponse aussi, c'est clair, mais nous sommes sur deux registres différents, ce que je vais m'essayer à démontrer.

Chez Veronica, en dépit de l'écho qu'elle a souhaité donner à son message, je dirais que le registre reste celui de l'intime, de l'introspection, même. Tout tourne autour de l'opposition public vs. privé, de l'espace familial vs. le dehors, des relations conjugales vs. les conflits conjugaux, avec au centre LA FAMILLE, et au sein de la famille, LA FEMME. Comme si elle voulait communiquer la chaleur d'un foyer qui se refroidit et dont j'espère pour elle que sa réaction lui sera bénéfique. Ah, la densité des mots...
famille
couple
mari
mariage
relations conjugales
contexte familial
projet familial
dignité
dignité de femme
femme exemple
enfants
filles
mère exemple
amour maternel
fils
respect de la femme
valeurs fondamentales
relations saines, équilibrées
sérieux
conviction
stabilité
Par contre elle fait totalement l'impasse sur la notion d'épouse, et si elle parle plusieurs fois du mari, elle n'utilise ni le mot « femme » (l'italien a deux mots pour femme : donna pour la femme en général, et moglie pour femme au sens d'épouse) ni le mot « épouse » (sposa). En revanche elle s'interroge et interroge (interpelle) son mari : dois-je me considérer « la moitié de rien » ?

Des mots que je trouve terribles, tragiques, même, de par leur gravité. Autant par ce qu'ils disent explicitement que par ce qu'ils taisent explicitement : en italien, « La metà di niente » est le titre donné à la traduction (j'ignore s'il a été traduit en français) du roman de Catherine Dunne, originalement intitulé In the beginning, qui raconte l'histoire d'une femme avec trois enfants abandonnée par son conjoint après vingt ans de mariage...


Quand on parle de pots cassés...

Qui paiera ? Peut-être Veronica, femme mère, mais non pas (ou non plus) femme épouse, blessée dans sa dignité. Qui dit nous à quelqu'un qui lui répond moi.

Car que lui rétorque son mari ? « Ma la tua dignità non c'entra », « Non, ta dignité n'a rien à voir là-dedans » ! Un peu comme s'il voulait nier le sens des paroles qu'il a prononcées la veille ou l'avant-veille, la tactique habituelle qu'il emploie lorsqu'il cherche à minimiser la signification des mots qui sortent de sa bouche chaque fois qu'il dit une connerie ! Et il en dit souvent... Mais ce ne sont que boutades insouciantes, traits galants, broutilles d'un instant, qui en eût douté ?

« Eccoti le mie scuse », une façon de parler qui pourrait même être grossière pour peu qu'on y mette l'accent juste, des mots qui donnent l'impression que la personne qui les prononce les concède de mauvais gré, voire de mauvaise foi, vraiment parce qu'elle ne peut pas faire autrement ! « Eccoti le mie scuse », « Tiens, prends-toi mes excuses », j'étais réticent en privé...

On s'en doute. Car malgré le choix des mots, dont il n'est très certainement que co-auteur, sa prose lui ressemble, l'égocentrisme à son apogée : « Je vis des journées de fou, tu le sais. Le travail, la politique, les problèmes, les déplacements, les examens publics qui n'en finissent jamais, une vie constamment sous pression. Une responsabilité permanente envers les autres et envers moi-même, mais aussi envers une femme que j'aime tant dans la compréhension que dans l'incompréhension, envers tous mes enfants, autant de facteurs qui ouvrent la porte à la petite irresponsabilité d'un caractère allègre, auto-ironique et volontiers irrévérencieux. »

C'est moi qui traduis « mais aussi envers une femme que j'aime tant dans la compréhension que dans l'incompréhension », or en fait dans son message Berlusconi ne parle pas à la première personne mais à la troisième : « anche verso una moglie che si ama nella comprensione e nell'incomprensione », dont la traduction littérale serait : « mais aussi envers une femme qu'on aime tant dans la compréhension que dans l'incompréhension ». De facto, on dirait qu'il fait tout ce qu'il peut pour être impersonnel, pour éviter de s'adresser directement à elle, même s'il finit par ne plus pouvoir l'éviter : « Scusami dunque, te ne prego, e prendi questa testimonianza pubblica di un orgoglio privato che cede alla tua collera come un atto d'amore. Uno tra tanti. »

« Excuse-moi donc, je t'en prie, et prends ce témoignage public d'un orgueil privé qui cède à ta colère comme un acte d'amour, un parmi tant d'autres. »

Chaque fois que j'entends Silvio Berlusconi parler d'amour, je ne peux m'empêcher de penser qu'il ne sait vraiment pas de quoi il cause. On a beau être l'homme le plus riche d'Italie, il y a encore des choses en ce bas monde qui ne s'achètent pas, c'est bien connu.

Ardea, 1er février 2007, 23h54'


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mardi 30 janvier 2007

Global Warming Awareness 2007

Global Warming Awareness 2007

Scoop Adscriptor : téléchargez le résumé, la synthèse technique et les graphiques du quatrième rapport du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui ne sera rendu public à Paris que ... dans deux jours. :-)


* * *

Ou l'urgence de prendre conscience du réchauffement climatique planétaire en 2007, une vérité qui dérange, et comment !

An inconvenient truth est le titre du documentaire choc réalisé par Davis Guggenheim, un pamphlet rappelant le J’accuse de Zola, qui filme Al Gore proclamant inlassablement dans les conférences qu'il donne partout dans le monde, qu'aujourd'hui le réchauffement global a une composante anthropique indubitable, en clair qu'il est accéléré par les activités de l'homme. Et qu'on pourrait donc intervenir en faisant ce qu'il faut pour ralentir ou infléchir cette tendance inarrêtable. Il propose d'ailleurs des solutions...


La version française du film, que j'ai pu voir sur Dailymotion la semaine dernière en compagnie de quelque 29 000 autres internautes, a été supprimée depuis, j'imagine pour des problèmes de droits d'auteur. Mais que cela ne vous empêche pas d'aller le louer, vous ne le regretterez pas.


Dommage qu'ils aient viré aussi les commentaires, loin d'être tous enthousiastes, les reproches les plus fréquents étant qu'il s'agit là de pure propagande (sic!), qu'on veut faire peur aux gens, etc. etc.

J'ai fait quelques recherches sur les raisons qui motivent un nombre considérable d'illuminés à parler de propagande, mais je crois que la palme revient à un certain Joseph L. Bast, qui nous énumère ses huit raisons de mettre fin à ce "scam" :
  1. Most scientists do not believe human activities threaten to disrupt the Earth’s climate
    La plupart des scientifiques ne croient pas que la menace anthropique pourrait bouleverser le climat de la planète
  2. Our most reliable sources of temperature data show no global warming trend
    Les sources statistiques les plus fiables sur la température ne montrent aucune tendance au réchauffement climatique
  3. Global climate computer models are too crude to predict future climate changes
    La modélisation informatique du climat planétaire est encore trop grossière pour pouvoir prédire des changements climatiques futurs
  4. The IPCC did not prove that human activities are causing global warming
    Le GIEC n'a pas prouvé que les activités humaines contribuent au réchauffement climatique
  5. A modest amount of global warming, should it occur, would be beneficial to the natural world and to human civilization
    Et même si c'était le cas, un faible taux de réchauffement climatique serait bénéfique à la nature et à l'humanité
  6. Efforts to quickly reduce human greenhouse gas emissions would be costly and would not stop Earth’s climate from changing
    Les efforts déployés pour réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre seraient coûteux et n'empêcheraient pas le climat planétaire de changer
  7. Efforts by state governments to reduce greenhouse gas emissions are even more expensive and threaten to bust state budgets
    Les efforts déployés par les gouvernements nationaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre seraient encore plus coûteux et menaceraient d'engloutir le budget des états
  8. The best strategy to pursue is “no regrets.”
    La meilleure stratégie à mettre en œuvre, c'est celle de n'avoir pas de regrets...
Et de conclure brillamment en voulant nous convaincre qu'il serait temps de faire preuve de bon sens :

Time for Common Sense

Ah le brave homme ! J'en suis tout retourné. Il devrait travailler chez Nestlé, au moins il trouverait du soutien. [Début]

* * *

En voilà au moins deux qui n'ont pas dû voir le film d'Al Gore ni lire le rapport Stern. Pourtant il est disponible, et qui plus est dans leur langue...

Si c'est le cas, ils vont pouvoir se rattraper, puisqu'on nous annonce la publication dans trois jours (c'est prévu pour le deux février) du quatrième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), qui serait pessimiste. Comme si on ne le savait pas. Pour la façade, seuls les gouvernements sont au courant et motus avant le 2 février. Qu'on prépare les peuples à la surprise. Les gouvernements, eux, savent. Puisque les décideurs, les "faiseurs de politiques" ont déjà reçu pour les commenter (30 000 commentaires ont été soumis !) un résumé et une synthèse technique un peu plus étoffée de l'ébauche du fameux rapport.

Je dois ce scoop pour les lecteurs d'Adscriptor à un journaliste italien, Alessandro Farruggia, qui a déjà sorti rapports et graphiques il y a plus d'une semaine, et ce sont les seuls exemplaires qu'on trouve sur Internet ! Le constat est accablant.

D'une part, l'impact des activités humaines ne fait plus aucun doute :
Il riscaldamento del clima (...) è indubbio ed è ora reso evidente dall’aumento della temperatura dell’aria e degli oceani, dallo scioglimento di neve e ghiacci e dall’innalzamento del livello del mare. Le concentrazioni in atmosfera di Co2 e di metano sono oggi le più alte degli ultimi 650 mila anni.
(...) è molto probabile che l’aumento dei gas serra determinato dalle attività umane abbia causato la maggior parte del riscaldamento registrato nel ventesimo secolo e che nel periodo 1906-2005 assomma a 0,73 gradi...

Le réchauffement du climat (...) est indubitable et rendu plus évident encore par l’augmentation de la température de l’air et des océans, par la fonte des neiges et des glaciers et par l’élévation du niveau de la mer. Aujourd'hui, les concentrations de Co2 et de méthane dans l'atmosphère sont les plus élevées des 650 000 dernières années.
(...) il est fort probable que l'accroissement des gaz à effet de serre dû aux activités humaines ait provoqué la plupart du réchauffement climatique enregistré au vingtième siècle, une hausse de 0,73 uniquement sur la décennie 1906-2005...
Et si vous en doutiez encore, l'été qui s'annonce sur la terre risque d'être long et chaud :
Scenari, non previsioni. Ma sono scenari che mettono i brividi quelli fatti dall’Ipcc nella bozza finale (sommario tecnico e sommario politico) del suo quarto rapporto, che anticipiamo. Tra il 2040 e il 2080, quando le concentrazioni in atmosfera avranno raggiunto livelli quasi doppi (550 parti per milione) a quelli che esistevano prima del 1750 (275 ppm) e del 45% superiori agli attuali (380 ppm) la temperatura media del pianeta salirà da 2 e 4.5 gradi rispetto ai livelli preindustriali, con una stima più probabile di 3 gradi.
(...)
Secondo molti degli scenari Ipcc entro il 2100 la calotta polare sarà sgombra dai ghiacci in estate. Secondo altri la copertura si ridurrà fino al 90% durante l’estate ma non scomparirà.

Des scénarios, pas des prévisions. Mais des scénarios qui vous mettent froid dans le dos (si vous me passez la traduction :-) ; dans l'ébauche finale de son quatrième rapport (synthèse technique et résumé à l'intention des politiques), que nous vous révélons en avant-première, le GIEC avance qu'entre 2040 et 2080, lorsque les concentrations dans l'atmosphère auront pratiquement doublé de taux (550 parties par million) par rapport aux valeurs antérieures à 1750 (275 ppm) et dépassé de 45% les valeurs actuelles (380 ppm), la température moyenne du globe montera de 2 à 4,5 degrés par rapport aux niveaux pré-industriels, l'estimation la plus probable étant de 3 degrés.
(...)
Selon plusieurs scénarios GIEC, d'ici à 2100 la calotte polaire n'aura plus de glaciers en été. Selon d'autres, jusqu'à 90% de sa surface pourra se réduire durant la saison estivale sans disparaître...
La suite sur le blog d'Alessandro Farruggia, Il Pianeta azzuro !

Ah ! Notre chère terre, bleue comme une orange, toute petite planète vue de là-haut, de là-bas, de loin, de très loin dans le ciel, si petite qu'on dirait un grain de poussière...


... un pixel tout pâle enfoui aux fins fonds de la voie lactée :

Je m’en irai donc, seul, un pied près de mon coeur
Lançant l’autre dans une céleste marelle
Sautant de case en case et d’étoile en étoile
Poète somnambule en quête du bonheur

Pèlerin de l’univers franchissant par bonds
Les cieux dans la chevelure ailée des comètes
Courant après la folle errance des planètes
Et portant leur traîne aux reines des vagabonds

Oui ! pour toujours allant ma route de bohème
Semant dans le grand champ lacté là un poème
Ici un pleur ou deux, là une pluie de mots

J’écouterai parfois, assis sous la grande arche
– Chemineau blessé ôtant ses lourds croquenots –
Lentement s’avancer « la douce nuit qui marche »…


Sonnet intitulé « la Voix lactée », extrait de l'Île, recueil publié aux Éditions de moi-même... [Début]



P.S. Merci à Jérémy Leparoux (Jy Space), qui m'a mis sur la voie...

Liens connexes :
Quelques titres destinés aux optimistes :
La suite ici et ...


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jeudi 25 janvier 2007

Medias sociaux : les nouveaux moteurs de recherche

Médias sociaux : les nouveaux moteurs de recherche

Hier, Danny Sullivan a publié un article intitulé « Beyond Google: Social Media Engines First, Other Search Engines Second » (du genre : Après Google arrivent les moteurs des médias sociaux, et en dernier les autres moteurs de recherche), dont l'écriture a probablement été déclenchée par un billet de Michael Arrington rapportant les 11 principales sources référentes qui ont acheminé du trafic vers TechCrunch en décembre 2006.

Or, mise à part la primauté absolue de Google, les premières sources sont Digg, StumbleUpon, Reddit et Techmeme, Yahoo n'arrivant qu'en 10ème position, et encore, via sa déclinaison personnalisable et non pas via son moteur de recherche.

Danny s'interroge donc :
Je n'ai jamais encouragé les « search marketers » à ne s'intéresser qu'à Google en négligeant les autres. Au contraire, j'ai toujours insisté sur le fait que tous les canaux de recherche pouvant faire confluer du trafic vers vous sont importants.
(...)
Mais pourquoi TechCrunch a-t-il tant de visiteurs grâce à Google et pas via les autres moteurs de recherche principaux ? Est-ce parce que Google fédérerait à lui seul 70% des parts de marché de la recherche sur Internet, en générant l'essentiel du trafic "moteurs" sur vos sites (une tendance qui se reflète également sur les stats de Search Engine Land) ?
D'où la nouvelle notion de « moteurs de recherche des médias sociaux » (Social media search engines), en parallèle avec l'expression de « Social media optimization » forgée par Rohit Bhargavat, dont j'ai eu le plaisir de traduire les règles en son temps.

Une opinion qui résume un billet paru la veille sur le nouvel alphabet des médias sociaux : DNRS (Digg, Netscape, Reddit, StumbleUpon). Une belle revanche de Netscape sur Microsoft...

Avec deux absents de taille : Technorati et Delicious (en dépit des priorités affichées, autre revers pour Yahoo!)...

Au mois d'août dernier, j'avais traduit un article de Chris Sherman, compère de Danny Sullivan, sur la recherche sociale, qu'il critiquait tout en reconnaissant :
Malgré les questions évoquées ci-dessus, la recherche sociale reste prometteuse pour améliorer nos recherches d'informations et toutes nos activités chronophages sur le Web. Au final, il est probable que c'est un mix de recherche algorithmique et des différentes formes de recherche sociale qui nous donnera un système hybride, capable de véritablement satisfaire une large gamme d'exigences informationnelles.
Donc en six mois à peine, les choses semblent prendre tournure et donner aux médias sociaux le statut de moteurs de recherche à part entière. De nouveaux influenceurs, en quelque sorte...

Que pensez-vous de cette approche ?



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vendredi 19 janvier 2007

La professionnalisation du contenu sur Internet


Le contenu, kesako ?
L'UGC, kesako ?
Mr Mojo risin'
Consultant en contenu : kesako ?

En commentant mon dernier billet sur ce que les anglo-saxons nous enseignent, Serge me pose la question suivante :
...je ne sais pas ce qu'est un "consultant en contenu" pourrais-tu me le définir? Que fait-il? Quels sont ses clients? Que leur apporte-t-il en terme de rentabilité? Quel prix pratique-t-il?...
Dans un premier temps, je lui ai donc répondu par un commentaire succinct (au passage, dommage que Blogger ne permette pas de générer un lien direct). En fait, je n'avais jamais songé à détailler ce qu'est le métier d'un consultant en contenu, en donnant naïvement pour acquis que ça coulait de source. Grave erreur en apparence, puisque même Manuel Diaz, un orfèvre en la matière, a souligné le côté un peu abstrait de la terminologie.

Pourtant je me demande : si je vous avais dit "consultant financier", immédiatement vous auriez eu une idée assez précise de quoi je parlais. Par contre, "consultant en contenu" semble soulever un certain flou. Alors pourquoi ? Ce n'est sûrement pas le mot "consultant" qui pose problème, mais plus probablement le deuxième terme de l'équation, "contenu", désormais devenu, tout au moins sur Internet, un mot-valise où l'on peut fourrer tout et n'importe quoi.

Donc avant de donner ma propre réponse aux interrogations posées par Serge, il me paraît bon de tenter une définition de ce qu'est le contenu sur le Web, vaste besogne  !

* * *

Le contenu, kesako ?

Contenu, 124 millions d'occurrences sur Google, et sa déclinaison en anglais, content, près de 1 milliard 400 millions de résultats ! Une notion extrêmement répandue, même à défaut de vraiment savoir ce dont il s'agit...

Il est vrai qu'Internet révolutionne le sens d'un nombre considérable de termes, en marquant une ligne de démarcation nette. Pour rester dans notre exemple, il y a le contenu AVANT et APRÈS Internet.

AVANT, selon le petit Robert :
  1. Ce qui est dans un contenant.
  2. Ce qu'exprime un texte, un discours (cf. teneur).
  3. Ce que signifie un signe (cf. signifié)
Donc, pour tenter un parallèle avec la linguistique, où la signification est le rapport réciproque qui unit le signifiant et le signifié, sur le réseau des réseaux le sens est donné par la conjonction/adéquation du contenant (Internet) et du contenu (tout ce qu'il y a dedans).

APRÈS, le contenu sur la toile, pêle-mêle, c'est l'ensemble des informations linguistiques et graphiques, cartographiques, multimédias (vidéo, voix, données, ...), visibles ou non, structurées ou non, interactives ou non, libres ou propriétaires, etc., qui revêtent des significations/portées différentes en fonction des émetteurs/destinataires :
  1. pour l'internaute lambda, de même que pour la grande majorité des (très) petites entreprises, ce sont toutes les données, lato sensu, qui forment leur présence sur le Web ;
  2. pour les moyennes et grandes entreprises, ce peut être un site/portail de e-commerce, un catalogue sophistiqué en ligne, un intranet, etc. ;
  3. Pour les moteurs et les grands acteurs du Web, c'est de plus en plus l'eldorado de l'UGC, à savoir le contenu généré par l'utilisateur de façon plus ou moins librement consentie, plus ou moins licite, à travers lequel les principaux intéressés bâtissent leurs "inventaires", à savoir des référentiels de données planétaires ayant pour double ambition de rendre accessible toute la connaissance de l'humanité d'une part, et de monétiser/marchandiser ce vieux rêve encyclopédiste de l'autre... Il faut bien vivre :-)
En outre, le contenu ça se gère à différents niveaux, citons entre autres : la saisie, le stockage, l'archivage, la sauvegarde, la sécurité/confidentialité, le contrôle/audit, la recherche, la diffusion, la préservation, la destruction/perte, la syndication, etc.

Sans oublier la cerise sur le gâteau, le multilinguisme et toutes les (non-) stratégies possibles de localisation (PDF, 4,7 Mo) du contenu, quel qu'il soit...

Enfin sur Internet le contenu se doit d'être riche, un nouveau concept, une extension du "rich content" (marquant initialement la combinaison de fonctionnalités d'animation, graphiques, audio et vidéo pour offrir de la musique, des jeux, des films, etc.), aussi bien qualitativement que quantitativement...

Et ce n'est qu'un début. Car avec l'explosion prévisible à court terme du mobile (à ce propos, les observateurs ne manqueront pas d'observer que les grandes manœuvres sont déjà en cours dans la téléphonie mobile, où les alliances se multiplient entre moteurs et pure players, pour ne citer qu'eux), et, bien plus inimaginable encore, de l'Internet des choses, le contenu généré par l'utilisateur a de beaux jours devant lui.

Notion assez emblématique de la génération 2.0 du Web participatif (blogs, wikis, forums, podcasts, réseaux sociaux, votes, recommandations, partages de ressources - liens, photos, vidéos, etc.), de l'intelligence collective, de la sagesse des foules, du peer review (auto-régulation, si vous voulez), ou encore, last but not least, du journalisme citoyen, l'User-Generated Content est défini par Didier Durand comme « le contenu - massif - créé par Mr Tout le Monde et publié sur l'Internet à disposition (gratuite) de la planète entière ».

Mais la question est plutôt délicate à appréhender, aussi voudrais-je m'arrêter un instant sur l'UGC, qui est probablement l'un des enjeux majeurs de l'Internet aujourd'hui. [Début]

* * *

L'UGC, kesako ?

Le contenu généré par l'utilisateur, c'est "Tu bosses et je ramasse", selon Emmanuel Parody, grâce à qui j'ai le mieux compris les tenants et les aboutissants de la production de contenus sur Internet. C'est dans ce billet, qu'il faudrait que je cite dans son intégralité, commentaires inclus, mais autant vous encourager à le lire, lentement et attentivement.

La dimension clé pour comprendre de quoi l'on parle, c'est que dans l'optique des acteurs qui font le Web, l'UGC est une industrie. Écoutons Emmanuel :
(M)on propos consiste à aborder la question sous un angle industriel. Je n’ai aucun doute que l’aventure individuelle d’un blogueur talentueux puisse permettre l’éclosion d’un projet ou d’une success story. D’un point de vue industriel l’histoire se raconte autrement et ce n’est pas contradictoire. Le partage des revenus ou la perf ne suffisent pas à produire le contenu du moins pas celui que l’on attend d’un media d’information.

Sur la crédibilité, c’est une autre question, je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle se gagne avec le temps et que chacun à sa chance, c’est probablement le meilleur du phénomène du blog. Pour cette raison je crois volontiers aux trajectoires individuelles mais ca ne fait pas une industrie…
Avec une généralisation du haut débit qui tend à générer une croissance mécanique de la consommation et la création des contenus par les utilisateurs, dont la rémunération devra tôt ou tard être abordée, comme l'observe Francis Pisani en rapportant les propos d'un de ses commentateurs :
[…] les utilisateurs prendront conscience qu’actuellement ils ne bénéficient pas de l’exploitation commerciale des contenus qu’ils produisent. Les services qui permettront de rémunérer les producteurs de contenus l’emporteront sur ceux qui ne rémunèrent pas leurs utilisateurs.
Ça me donne envie de comparer les grands moteurs à des banques, peut-être pas au sens propre (quoique...), qui deviennent des mastodontes de la finance grâce à VOTRE argent, et chez qui vous allez emprunter ce qui n'est finalement que l'argent des autres. Idem pour les moteurs qui capitalisent VOS données pour mieux les monétiser ensuite, la seule contrepartie étant que, de temps en temps, ils vous envoient quelques visiteurs, ce qui est bien gentil de leur part, mais ne nous empêche pas de rester des utilisateurs captifs !

Donc, après les flux monétaires, voici arriver à la vitesse grand V les flux de contenus... [Début]

* * *

Mr Mojo risin'

En fait les premiers signes sont déjà là, avec l'éclosion d'un nouveau "profil professionnel", comme en témoigne cet article du Washington Post sur un MoJo (mobile journalist), un journaliste itinérant, en quelque sorte, pour certains une version plus modeste du grand reporter, qui sillonne les rues de nos quartiers pour fournir en abondance de l'info de proximité, toujours fraîche, voire instantanée.

(à noter en marge du papier du Washington Post cet encadré Technorati qui propose un lien vers tous les billets de blog pointant soit vers cet article - 165 liens à l'heure où j'écris -, soit vers le journal, à mon avis un bon exemple de "coexistence win-win", du collaboratif gagnant-gagnant, quoi...)


Pour autant, va-t-on vers une déclinaison journalistique de la règle des 1% ? Car si le journalisme citoyen est un peu le parangon de ce qu'est l'UGC, cette notion est de plus en plus questionnée, tout comme en général la qualité "communautaire" de ce qui est produit par les utilisateurs, où bien souvent trolls et bilieux se mélangent joyeusement dans la masse.

Comme nous le rappelle Joël Ronez :
Il est surtout mauvais de manière générale d’accoler sans préavis les productions maison faites par des journalistes avec des contenus individuels. Je crois fermement au média participatif, mais pas à l’égalitarisme universel des contenus. Chacun a un statut, un usage, mais ils n’ont certainement pas la même valeur. C’est à l’éditeur à “éditorialiser” les contenus collectés, ou à organiser le débat et les échanges, en mettant à disposition d’une communauté des outils.
Le final cut a de l'avenir...

Alors, demain, tous journalistes ? Disons plutôt une évolution probable du "generated-content" vers le "cogenerated-content", une "co-génération" impliquant une production accompagnée par des professionnels comme ... le consultant en contenu. CDFD :-) [Début]

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Consultant en contenu : kesako ?

Maintenant que j'ai tenté de cerner d'un peu plus près ce qu'est le contenu sur Internet, il est temps que j'essaie d'approfondir les interrogations soulevées par Serge :
  1. Qu'est-ce qu'un consultant en contenu ?
  2. Que fait un consultant en contenu ?
  3. Qui sont les clients d'un consultant en contenu ?
  4. Qu'apporte à ses clients un consultant en contenu en terme de rentabilité ?
  5. Quels sont les prix que pratique un consultant en contenu ?
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1. Qu'est-ce qu'un consultant en contenu ?

Avant tout, c'est quelqu'un qui a une vision globale du paysage Internet (sixième grand média, rappelons-le) sous ses différents aspects et rouages, alimentée par une veille permanente, une vision adaptative, réactive, capable d'anticiper et/ou de rebondir en temps voulu, mais aussi d'isoler un secteur dans une démarche marketing, pour en segmenter les tendances et analyser le positionnement évolutif (en progression ou en régression) de son client sur le Web, tant à l'échelle nationale qu'internationale (pays par pays).

C'est également quelqu'un en mesure de favoriser une réflexion commune sur votre identité numérique, afin de déployer un registre de langue en phase avec votre style de communication, en le basant sur l'adage « la réputation c'est la répétition », ou comment réinventer constamment le même message dans la continuité et réussir à l'affirmer dans cet univers hyperconcurrentiel, hypercompétitif, qu'est le Web. Reputation is repetition...

Enfin c'est un animateur, capable de réunir une équipe cohérente, où compétence rime avec pertinence, pour couvrir « l'ensemble des informations linguistiques et graphiques, cartographiques, multimédias (vidéo, voix, données, ...), visibles ou non, structurées ou non, interactives ou non, libres ou propriétaires, etc. », qui émanent d'une entreprise.

2. Que fait un consultant en contenu ?

Sa tâche essentielle consiste à partager cette vision en la mettant au service d'un projet, qu'il s'agisse de formation, de conseil au développement d'une présence qualifiée sur le Web ou autre.

Personnellement, je transpose à chaque projet la règle G + 2H + 5W que j'applique généralement au discours, en remettant au goût du jour la vieille recette de Quintilien (ça ne nous rajeunit pas)...

Se poser ces questions et y répondre de manière détaillée est indispensable dès lors que chaque action de communication doit être pensée EN COHÉRENCE avec la politique globale existante et EN AMONT du développement de toute forme d'expression/de présence en ligne : qui communique, à qui, quoi, comment, avec quels résultats, etc.

Si vous parlez avec un référenceur, si vous parlez avec un traducteur, si vous parlez avec un graphiste, si vous parlez avec un ..., chacun vous dira que les impératifs liés à chaque métier doivent être pris en compte A PRIORI plutôt qu'A POSTERIORI : AVANT on décide en connaissance de cause, APRÈS on fait ce qu'on peut, mais ça s'apparente davantage à du rapiéçage qu'à une stratégie bien pensée !

3. Qui sont les clients d'un consultant en contenu ?

Du particulier à la multinationale, quiconque a conscience que présence ne signifie pas forcément visibilité, et que le temps de l'improvisation est révolu pour se faire connaître en intégrant tous les paramètres utiles. Sur le réseau, faire savoir/faire valoir ses produits/services nécessite donc de faire appel à des professionnels, sauf avoir de telles ressources en interne.
Et s'il est vrai qu'une entreprise est reconnaissable à sa signalétique autant qu'à sa manière de communiquer, aucune communication corporate ne peut plus faire l'impasse sur la nature du contenu qu'elle produit à l'intention des internautes (qui ont par ailleurs de fortes chances d'être aussi ses clients dans la "vraie vie").

4. Qu'apporte à ses clients un consultant en contenu en terme de rentabilité ?

Je ne pense pas que la question soit suffisamment ciblée pour lui donner une réponse satisfaisante, tant sont nombreux les critères susceptibles d'impacter le ROI. Comme pour tout accompagnement d'un projet, cela dépend des actions envisagées.

Toutefois, juste à titre d'exemple, ça me fait penser à la traduction : aujourd'hui encore, beaucoup trop d'entreprises s'imaginent qu'il suffit de savoir plus ou moins bien deux langues pour traduire, et font appel à leur secrétaire "bilingue" ou à n'importe qui pour rédiger leur correspondance d'affaire ou d'autres documents commerciaux sensibles, en ayant comme seul critère qualitatif de payer le moins cher possible, voire rien du tout. Idem sur Internet, où les sites multilingues traduits par BabelFish et consorts sont légion.

Le résultat, désastreux en termes d'image et de réputation, est à la hauteur de l'investissement. Autant essayer de solutionner la quadrature du triangle... Donc, faire appel à un traducteur professionnel est-il rentable ? That is the question !

5. Quels sont les prix que pratique un consultant en contenu ?

Variables :-) [Début]



P.S. Rien à voir, mais les observateurs attentifs auront compris que je suis un fan de Jim Morrison...

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