vendredi 20 novembre 2009

Berlusconi et Dell'Utri, commanditaires des bombes de 1993 ?


Personnellement, je serais enclin à virer le point d'interrogation, mais la présomption d'innocence vaut encore. Même s'il y a déjà lurette que ces deux-là ne sont plus compatibles avec l'innocence et la vérité !

"Mandanti esterni delle stragi", ou "mandanti occulti", ou "mandanti politici", autant d'expressions qui font référence aux commanditaires "externes" à la mafia (qui était le bras militaire ayant effectué "physiquement" et matériellement les attentats), ou "commanditaires occultes", ou "politiques", des bombes qui ont - et auraient dû - provoqué mort et désolation entre le printemps 1992 et le printemps 1994...

Tantôt désignés sous les appellations d'Auteur 1 & Auteur 2, tantôt Alpha & Bêta, Berlusconi et Dell'Utri ont déjà fait l'objet d'enquêtes sur ces faits, mais vu la délicatesse et la complexité du sujet, jusqu'à présent leur position juridique a toujours été archivée par les Parquets de Florence et de Caltanissetta, comme je l'ai déjà raconté :
  1. Le 14 novembre 1998, le juge d'instruction de Florence, Giuseppe Soresina, observait que Berlusconi et Dell'Utri « avaient entretenu des relations pas seulement épisodiques avec les entités criminelles à qui les massacres étaient imputables ». À savoir le clan des Corléonais de Riina et Provenzano, chefs indiscutables de Cosa Nostra pendant plus de vingt ans.

    Et le Tribunal de préciser : « Il y a une convergence objective entre les intérêts politiques de Cosa Nostra et quelques-unes des orientations programmatiques de la nouvelle formation politique [Forza Italia] : sur l'article 41-bis, sur la législation des collaborateurs de justice et sur le "garantisme" dans les procès, trop négligé dans la législation du début des années 90 ».

    Et de conclure, dans sa demande d'archivage due à l'impossibilité d'avoir pu recueillir davantage d'éléments dans le délai de deux ans que la loi impose pour les enquêtes préliminaires, que non seulement l'hypothèse initiale (de l'implication de Berlusconi et Dell'Utri dans les massacres) avait conservé toute sa validité, mais qu'elle avait en outre « augmenté sa plausibilité » !

  2. Quant au juge d'instruction de Caltanissetta, Giovanni Battista Tona, il écrivait dans l'acte d'archivage, en 2002 : « Les documents versés au dossier ont amplement démontré l'existence de nombreuses possibilités de contact entre les mafieux et des représentants ou des sociétés contrôlées d'une manière ou d'une autre par Berlusconi et Dell'Utri. Une circonstance qui légitime l'hypothèse selon laquelle, compte tenu du prestige des deux comparants, la mafia pouvait les avoir identifiés comme de nouveaux interlocuteurs ».

    Toutefois, l'actuelle « friabilité des indices dont nous disposons impose l'archivage », car, « bien qu'ils soient nombreux, ils résultent incertains et fragmentaires, et par conséquent inaptes à légitimer l'action pénale ou à exiger des approfondissements ultérieurs... » (gli spunti indiziari a sostegno dell’ipotesi accusatoria, per quanto numerosi, risultano incerti e frammentari, pertanto inidonei a legittimare l’esercizio dell’azione penale e insuscettibili di ulteriore approfondimento.).

Ajoutons à cela qu'en 2001, la cour d'Appel de la cour d'Assises de Caltanissetta a consacré un chapitre entier à la question, le chapitre 14, intitulé : « Contacts entre Salvatore Riina, Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi », dans lequel il résulte "prouvé" que la mafia avait noué avec eux « des rapports d'affaires fructueux, tout au moins en termes économiques ».

Tellement fructueux qu'en 1992, « le projet politique de Cosa Nostra au plan institutionnel a tenté de parvenir à de nouveaux équilibres et de nouvelles alliances avec de nouveaux référents du monde politique et économique », ce qui a conduit la mafia à « amener l'État à négocier pour permettre des changements politiques capables, grâce à de nouveaux contacts, d'assurer à Cosa Nostra des complicités semblables à celles dont elle avait pu bénéficier dans le passé ».

Car en fait, c'est cette négociation, ce pacte état-mafia qui est la cause des attentats, la mafia ayant compris que plus elle frappait dur, plus elle était en position de force pour négocier. « Faire la guerre pour faire la paix » disait Riina.

N'oublions pas non plus le contexte : 1992-1993, c'est Tangentopoli et l'opération Mains propres, où la classe politique et économique du pays a été complètement décimée pour corruption généralisée et mise à sac de l'Italie sur le dos des citoyens.

Très exactement la même chose qui se passe aujourd'hui, sauf que hier c'était la 1ère République, aujourd'hui c'est la 2de République, mafieuse et née du sang des victimes des massacres de 1992-1993, encore plus cloaqueuse que la première ! Les politiques italiens ont vraiment une curieuse notion de ce qu'est une République...

Mais revenons au "Papello" et aux 12 exigences de la mafia à l'origine des attentats pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui.

Déjà, à partir de 1994, Provenzano disait aux autres chefs mafieux qu'ils auraient dû patienter une dizaine d'années pour que les choses s'arrangent. Et l'un des points clés à négocier était la DISSOCIATION, sur le même modèle que les terroristes (riconoscimento benefici dissociati - Brigate Rosse - per condannati di mafia) : en gros, je reconnais être un mafieux mais je me dissocie de la mafia, et vous me foutez la paix. Plus de QHS et, surtout, je ne suis plus obligé de vous raconter quoi que ce soit. Facile...

Ceci est un point crucial car au moment-même où l'opération "dissociation" aurait réussi, certaines des autres exigences, les plus graves, qui découlaient de celle-ci, n'auraient plus été à l'ordre du jour.

Or nous savons aujourd'hui que certains canaux politiques ont tenté de faire légiférer sur la dissociation, par deux fois, et qu'ils n'ont pas réussi grâce à l'obstination d'un magistrat, aujourd'hui amer et déçu : le juge Alfonso Sabella, dont la carrière a pris un sérieux coup dans l'aile à cause de ça (notamment sous les gouvernements Berlusconi), alors que certains de ses confrères moins regardants, pour ne pas dire complices, ont bénéficié de splendides progressions et promotions...

Donc ce qui se passe à présent avec les derniers repentis en date, dont Spatuzza, et maintenant Grigoli, c'est qu'apparemment les co-signataires mafieux du pacte ont décidé qu'ils avaient assez attendu sans obtenir les résultats espérés !

Raison pour laquelle ils ont commencé à parler, mais pas encore à TOUT déballer. Même s'il est clair que ce qui reste de l'ancien pacte ne tient plus qu'à un fil, désormais tellement ténu qu'il va se rompre d'un instant à l'autre.

Sous les coups de boutoir conjugués des déclarations de Gaspare Spatuzza (qui sera entendu comme témoin le 4 décembre prochain dans le procès d'appel à Dell'Utri), Salvatore Grigoli (presque 50 meurtres à lui tout seul, dont les déclarations recoupent celles de Spatuzza) et d'autres, mais surtout, surtout, des deux chefs mafieux Giuseppe et Filippo Graviano.

Filippo & Giuseppe Graviano
Il me faudrait écrire au moins trois billets approfondis pour vous dresser le cadre de la situation, donc permettez-moi d'être bref.

- Spatuzza désigne nommément Berlusconi comme l'un des pôles de la négociation, et raconte qu'en janvier 1994 Giuseppe Graviano, qui lui confirme qu'ils sont parvenus à un accord avec Berlusconi, lui dit ceci : « Nous tenons le pays entre nos mains (Ci siamo messi il Paese nelle mani)... » !!!

En 2004, Spatuzza est dans la même prison que Filippo Graviano, et celui-ci lui communique que ce qui les intéressait, c'était d'obtenir la dissociation, mais que si rien n'arrivait de là où ça devait venir, alors il faudrait qu'ils pensent à tout raconter aux juges.

Or dernièrement, il s'est passé un fait plutôt marquant ! Lors d'un récent procès contre un sénateur de l'ex-démocratie chrétienne, Vincenzo Inzerillo, Giuseppe Graviano a déclaré durant son intervention que Spatuzza avait tout son respect !!!

Chose extrêmement étonnante de la part d'un parrain mafieux, pour qui le mot "respect" est lourd de signification, surtout employé vis-à-vis d'un repenti qui est en train de vider son sac en l'accusant (puisque dans ses témoignages, Spatuzza détaille le rôle des frères Graviano dans les attentats)...

Cela ne peut avoir qu'une seule signification, dans une culture mafieuse profondément enracinée où être repenti est synonyme d'infamie et de condamnation à mort : que Spatuzza parle avec l'aval de son chef !!!

Ce qui voudrait dire aussi autre chose : que les déclarations de Spatuzza ne font que précéder celles des frères Graviano, dont Filippo a déjà déclaré qu'il avait l'intention de faire un "choix de légalité"...

Tremblement de terre politique force 1000 assuré !


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P.S. Dans un face à face récent entre Spatuzza et Filippo Graviano (20 août), aucune animosité entre les deux, au contraire, et cette déclaration de Graviano : « Je ne te dis pas que tu mens, je dis que moi je n'ai pas dit ces choses-là, désolé. » (Non ti dico che stai mentendo, ti dico che io le cose non le ho dette. Mi dispiace).
Comme dit l'autre, tout est dans la nuance, mais le fait qu'il ne le démente pas catégoriquement en dit déjà long...

P.S. 2 - Le ton qu'on pourrait qualifier de "civil" - voire "amical" par moment - de cette "confrontation" (y compris à distance) entre parrains mafieux (Spatuzza n'était pas n'importe qui, mais un "chef de mandement" aux ordres directs des Graviano) est vraiment une première absolue dans l'histoire de la mafia !

P.S. 3 - Vu ce qui se passe, on comprend mieux pourquoi Berlusconi répète tous les jours que la réforme de la justice (dans le seul but - avoué - de lui assurer l'impunité) est extrêmement urgente !
Pour le bien du peuple, il va sans dire...

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jeudi 19 novembre 2009

Le cloaque italien


Sous l'impulsion experte de Berlusconi et du parti au pouvoir, "il Bel Paese" se transforme chaque jour davantage en cloaque, où l'air chargé des miasmes putrides et méphitiques d'un fascisme mafieux, xénophobe et corrompu est de plus en plus irrespirable (exemple : opération Noël blanc...).

Actuellement, Berlusconi n'a qu'un SEUL problème en tête : échapper aux procès qui sont sur le point de le rattraper pour ses relations avec la mafia, au côté de son éminence noire, Dell'Utri.

Cela l'obsède 24h/24 depuis la déclaration d'inconstitutionnalité de la Loi Alfano, dont le seul but était d'assurer son immunité impunité quasi-totale.

Mais enfin, cela lui donne une excuse pour poursuivre son assaut final à la justice italienne, en ayant fait mettre au point par ses avocats une "loi" destinée à devenir "la plus gigantesque amnistie masquée de l'histoire du pays", juste après avoir promulgué la plus phénoménale opération de blanchiment d'argent sale jamais effectuée par ... un État !

Sous le silence complice de l'Europe, observons-le au passage !

Son avenir politique et celui de sa coalition vont donc se jouer avant la fin de l'année autour de ce nouveau "projet de loi", avec une seule issue possible : ou ça passe, ou ça casse.

Je vais donc essayer de vous expliquer de quoi il retourne, d'autant plus que cette soi-disant "loi" (une saloperie sans nom...) est emblématique du mépris absolu qu'a Berlusconi pour son pays et ses concitoyens. Car pour éviter ses procès, il est prêt à en faire tomber plus de 100 000 d'un coup, et à démanteler totalement ce qui reste de justice en Italie (déjà qu'il n'y en a pas beaucoup).

Ce qui s'appelle œuvrer pour le bien de son pays...

Je vais donc baser ce billet sur les explications données par Marco Travaglio lundi 16 novembre (résumé en anglais), sur ce qu'il conviendra d'appeler le "procès mort-né", plutôt que le "procès court" :
Aujourd'hui la prescription s'applique à la peine, or cette "loi" introduit la prescription du procès, dont le délai commence à courir non plus à partir du moment où le crime a été commis, mais à partir du moment où il y a renvoi en justice, point de départ de la bombe à retardement qui explosera au bout de deux ans en première instance, de deux ans supplémentaires en appel et de deux ans encore en cassation.

Donc si un procès de première instance dépasse le délai fatidique de 2 ans et 1 jour, il y a mort subite du procès : la victime en est pour son argent, elle n'obtiendra jamais justice, et le coupable sera heureux et libre d'aller faire d'autres victimes. Idem en appel, et idem en cassation.

Par conséquent imaginez le désastre dans le cas de procès où il y a une pluralité de mises en examen, d'expertises, etc., surtout en première instance, où il faut procéder à l'audition de nombreux témoins, ceux de l'accusation et ceux de la défense, mais aussi les policiers, les experts, les avocats, le Ministère public, les mémoires en réplique, en réponse, les commissions rogatoires, etc.

Cette phase est la plus longue, car même si le délai de deux ans sera le même pour la première instance, l'appel et la cassation, c'est la première instance qui exige le plus de temps, les juges d'appel et de cassation n'étant amenés à se prononcer que sur le fond et la forme du jugement, s'il est correct ou pas.

Très probablement, d'après les évaluations des magistrats qui tentent actuellement de faire des projections sur les effets que produira cette "saloperie", nous aurons une fourchette de 100 à 200 000 procès destinés à s'éteindre dès la phase de première instance. Et attention ! Nous parlons de 100 à 200 000 procès qui iront s'ajouter aux 150/200 000 procès qui s'éteignent déjà chaque année au motif de la prescription de la peine.

Donc lentement mais sûrement, nous nous dirigeons vers un demi-million d'accusés qui seront libres, d'une manière ou d'une autre, vs. un demi-million de victimes par an qui n'auront plus que les yeux pour pleurer, qui auront perdu les frais engagés et verront les coupables joyeux et "innocentés"...

Par conséquent, vous comprenez bien qu'il s'agit là d'une catastrophe incommensurable, non pas une catastrophe due à des conditions météorologiques adverses, au hasard ou à la malédiction divine, mais due à la énième "loi" faite sur mesure pour éviter les procès à Silvio Berlusconi.

* * *

En outre, il s'agit d'une loi rétroactive ! Mais dont la rétroactivité ne s'appliquera qu'aux procès de première instance, pas à ceux qui sont en appel ou en cassation. Et pourquoi donc ? Simplement parce que Berlusconi a déjà des procès en première instance.

Avec cette situation paradoxale dans le cas du procès Mills, condamné par les juges d'avoir été corrompu par Berlusconi. Or la position de Berlusconi ayant été séparée de celle de Mills lors de l'adoption de la Loi Alfano par le gouvernement Berlusconi (c'est-à-dire avant qu'elle ne fût déclarée inconstitutionnelle), le procès pour corruption a maintenant commencé pour Berlusconi, il est donc en première instance, tandis que Mills est déjà arrivé en cassation.

Résultat des courses : la nouvelle "loi" sauvera Berlusconi mais ne s'appliquera pas à Mills, dont la cassation confirmera très probablement la condamnation en première instance et en appel ! (à noter pour qui ne le sait pas, que Mills a également été condamné à verser 250 000 € de dédommagements à la ... présidence du Conseil, c'est-à-dire à Berlusconi !!!)

Et avec au final cette aberration juridique que l'on aura un corrompu sans corrupteur...

Sans entrer dans les détails techniques, plutôt compliqués, cette "loi" introduit donc des disparités de traitement évidentes entre les justiciables, y compris au sein d'un même procès !

Avec des distinctions entre les prévenus, du genre : la "loi" ne sera pas applicable à ceux qui ont déjà été condamnés, mais uniquement à ceux dont le casier judiciaire est encore vierge (au hasard, Berlusconi, grâce aux nombreuses prescriptions dont il a bénéficié jusqu'à présent, mais également Andreotti, D'Alema, etc.).

D'où cet autre paradoxe : si votre casier mentionne une quelconque peccadille, comme le téléchargement illégal, par exemple, vous êtes exclu du "procès court", alors qu'un condamné pour association mafieuse comme Andreotti mais qui a bénéficié de la prescription ne l'est pas... Or d'après vous, lequel des deux est plus socialement dangeureux ?

Idem pour les journalistes déjà condamnés pour diffamation, qui seront donc traités bien plus sévèrement qu'Andreotti ou que Berlusconi (déjà prescrit 6 fois pour corruption, financement illégal des partis politiques, fraude fiscale, faux en écritures, etc.). Comme vous l'avez vu dimanche dernier où il était question de blanchiment d'argent sale, de fraude fiscale, d'argent sorti en contrebande du pays pour payer les pots-de-vin, etc., et bien tous ceux-là qui ont réussi à obtenir la prescription pourront continuer à l'être et seront prescrits à l'infini...

Ainsi, pour les grands criminels disposant de puissants moyens économiques, prescription à vie !

Quant au choix qui a été opéré entre les catégories de délits pour dire que la "loi" s'applique à celui-là mais pas à celui-ci, les critères ont été décidés dans l'arbitraire le plus total : celui-ci me plaît, celui-là non, la Ligue du Nord veut cet autre, etc. Comme dans le cas du délit d'immigration clandestine, non pas parce que le clandestin aura commis un délit, mais par le fait même de sa situation, qui le met de facto dans un état de délinquance, délit actuellement passible d'une amende de 5 à 10 000 €, mais qui ne pourra pas bénéficier pour autant du "procès court".

Or quelle est la logique qui assimile un délit puni d'une simple amende aux crimes pour mafia, carnages, terrorisme, assassinats, enlèvements ou trafic d'armes ?

Et quelle est la logique pour dire que le délit d'immigration clandestine est plus graves que les délits & crimes contre l'administration publique, la corruption, la corruption judiciaire (affaire Berlusconi-Mills), l'escroquerie, les fraudes aux fonds communautaires, etc. ? Autant de crimes qui dérobent par millions et par milliards l'argent public, l'argent des citoyens. Idem pour la fraude fiscale, les faux en écritures, les mises en faillite, les écoutes téléphoniques clandestines, la criminalité informatique, le recel, la contrefaçon, le trafic des déchets, la prostitution, la violence privée et les lésions corporelles, les homicides par imprudence ayant entraîné la mort pour abus médicaux, les mauvais traitements en famille, l'avortement illégal, les incendies, l'inceste, les faux témoignages, la calomnie, etc., autant d'accusations auxquelles le "procès court" sera applicable !

Vous rendez-vous compte de ce que signifie une "loi ad personam", ou, pour mieux dire, "contra personas", contre les citoyens, contre les gens honnêtes ?

C'est ainsi que de nombreux procès en cours s'éteindront immédiatement de mort subite, puisque la rétroactivité de la loi implique que ces procès seront prescrits au moment-même de sa publication au journal officiel. Comme pour le crack Parmalat et Calisto Tanzi, par exemple, une banqueroute de 14 milliards d'euros avec des centaines de milliers de petits porteurs grugés, et qui auront définitivement tout perdu...

Mais aussi dans les affaires Enel Power, Eni Power, Antonveneta, HDC, des déchets à Naples (où est impliqué Bassolino), Cragnotti, Cirio, Geronzi (actuel Président de Mediobanca impliqué dans les faillites Parmalat et Cirio), etc. (...)

* * *

Idem pour le procès de la clinique Santa Rita, sur lequel je voudrais m'attarder un instant : il s'agit d'une clinique milanaise où, grâce à des écoutes téléphoniques dans le cadre d'une fraude aux subventions publiques de la Région Lombardie, les enquêteurs ont découvert que certains chirurgiens, avec la complicité de certains administrateurs et actionnaires de la clinique, charcutaient les patients en leur prélevant des organes sains (poumons, reins, etc.), et qui sont même soupçonnés d'avoir provoqué la mort de certains patients (hypothèse qui reste à confirmer dans le cadre du procès) à cause de ces opérations invasives et inutiles, dont le seul but était d'encaisser davantage de remboursements et de financements...


[Ici Travaglio détaille les délais du procès pour montrer comment cette affaire aussi, malgré toute la diligence dont les juges ont fait preuve jusqu'à présent, est à risque prescription, avant de conclure.]

Sauf miracle, il est absolument impossible que ce procès arrive à son terme avec la nouvelle loi. Et quel sera le résultat ?

En juillet 2010, le Tribunal, qui n'aura pas réussi à entendre durant les 7 mois restants les plaidoiries des 9 défenses, les interventions des 40 parties civiles, le réquisitoire du ministère public, les répliques des avocats de la défense et des parties civiles, puis la réponse du ministère public, sans compter les nombreuses expertises diligentées, sera contraint de relaxer les médecins qui ont charcuté des victimes innocentes, de saluer les parents des charcutés, les charcutés, le ministère public et les avocats, en leur disant : « Désolé, mais pour assurer l'impunité de Berlusconi, le procès s'arrête là, les accusés peuvent retourner à leurs charcutages, les victimes qui n'obtiendront jamais justice peuvent rentrer chez elles, c'est ça le "procès court", ou plutôt le "procès mort-né", qui ne sert qu'à sauver le président du conseil. Merci d'être venus. »




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P.S. Roberto Saviano a lancé un appel contre cette "loi" sur Repubblica, qui a déjà obtenu plus de 280 000 signatures à l'heure où j'écris. Si vous voulez signer...


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jeudi 12 novembre 2009

Italie : la solution finale


Un long billet pour vous proposer une brève intervention d'Antonio Ingroia, magistrat de Palerme considéré comme le successeur de Paolo Borsellino, actuellement titulaire de l'enquête sur le pacte entre l'état italien et la mafia (cf. le Papello et les 12 exigences de la mafia...).

Brève mais intense, prononcée il y a quelques jours, et centrée autour de la "solution finale" à l'assaut de la démocratie, ce que Ingroia appelle "l'emergenza democratica".

En général, le français traduit "emergenza" par "urgence", mais la portée du terme en italien est bien plus vaste : une emergenza, c'est un problème, un gros problème à résoudre marqué par une double connotation : celle de l'urgence, et celle du désastre. Donc le véritable concept derrière "emergenza", c'est celui d'une catastrophe qu'il faut affronter, vite.

Par conséquent, bien que je traduise les mots d'Ingroia par "urgence démocratique", ayez toujours présente à l'esprit cette signification : l'Italie a de gros problèmes de démocratie, qui sont en train de tourner à la catastrophe et qu'il est chaque jour plus urgent d'affronter.

Ce préambule étant fait, voici le discours d'Antonio Ingroia, et sa traduction, faite à partir de cette retranscription en italien (voir ici la restranscription complète).


Je pense que nous vivons une situation d’urgence. Une véritable urgence, réelle, et non pas une urgence fictive, créée ad hoc pour détourner l’attention de l’opinion publique. Non pas l’urgence du problème « immigration », non pas l’urgence du problème « magistrats », non pas l’urgence du problème « écoutes téléphoniques », non ! En Italie, nous vivons l’urgence du problème « démocratie », l’urgence démocratique.

Et l’urgence démocratique que nous vivons dans notre pays découle d’une situation actuelle, concrète, liée à un assaut systématique ou, si vous me passez le terme, bien qu’il puisse paraître emphatique, à une sorte de « solution finale » - mais c’est le sentiment que provoque en moi ce qui se passe ces derniers mois -, contre les deux seuls éléments de défense, cruciaux, qui constituent les derniers remparts de protection encore debout : la magistrature et la libre information.

Or sur ces deux éléments charnières veulent intervenir, de manière lucide et systématique, les initiatives législatives actuelles et à venir : la loi sur les écoutes téléphoniques, par exemple, n’en est que le dernier maillon. Elle n’a plus été débattue pendant des mois, or voilà qu’elle vient d’être remise à l’ordre du jour au Sénat pour être rapidement approuvée, avec le même texte que celui déjà approuvé à la Chambre des Députés.

Mais ce qui se passe aujourd’hui en Italie, ce qui s’est passé au cours des dix dernières années - je le répète, c’est mon avis personnel, mais je crois qu’il est étayé par un certain nombre de faits - et qui donne à l’expression que je viens d’utiliser, celle de l’urgence démocratique, un sens pas du tout emphatique - je dirais même qu’il s'agit presque d’un euphémisme -, c’est que nous ne sommes plus seulement confrontés à un démantèlement systématique des piliers de l’État de droit, nous sommes confrontés à un démantèlement systématique de l’État tout court !

Ce qui s’est passé ces dernières années, c’est une refonte radicale et progressive de notre modèle institutionnel, où la différence entre ce que nous appelons en Italie la Première et la Seconde République, c’est que pendant la Première République la politique tenait son rôle de médiation, quand bien même parfois polluée par des intérêts privés, voire par des intérêts criminels, alors que ce rôle de médiation de la politique n’existe tout simplement plus dans cette Seconde République.

Et le problème, la façon dont nous abordons souvent le sujet « politique contre justice », la guerre entre la politique et la justice... c’est un lieu commun facile, inutile de le démonter, mais par le passé, nous l’avons souvent répété, cette image d’un clash entre la politique et la justice est erronée, tout simplement parce qu’il n’y a qu’une seule partie qui tape contre l’autre, à savoir que c’est la politique qui tape contre la justice.

Mais je vous dirais même plus : non, nous n’avons pas eu un assaut de la politique contre la justice, nous avons tout simplement perdu la politique ! Parce que les institutions et la politique sont désormais occupées par l’affairisme et les intérêts privés, dans un pays où le privé a remplacé le public !

Donc, la différence entre la Première et la Seconde République c’est que ce rôle de médiation que tenait hier la politique a complètement disparu. C’est cela qui m’inquiète et me préoccupe. En réalité, ce qui se passe en Italie... - selon mon évaluation personnelle de citoyen, et non pas en tant que magistrat impliqué dans des enquêtes et qui soutient l’accusation dans des procès, là où ce sont les preuves qui comptent, et non pas les simples considérations -, pour autant, comme nous le rappellent des hommes tels que les juges Falcone et Borsellino, la lutte contre la mafia ne se mène pas uniquement dans les palais de justice, au moyen d’enquêtes et de procès, non, dans les palais de justice on mène des enquêtes et des procès, mais pour cela il faut des preuves, car sans preuves, on ne fait ni les enquêtes ni les procès...

(En réalité, ce qui se passe en Italie...) c’est que pour lutter contre la mafia, qui n’est pas seulement une organisation criminelle, mais un système de pouvoir criminel, la magistrature ne peut gagner cette bataille seule. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un large mouvement d’opinion, un mouvement de société. Exactement ce que disait Paolo Borsellino par une phrase, une phrase pour laquelle nous serions accusés d’être engagés politiquement si nous la répétions aujourd’hui : selon Paolo Borsellino, la lutte contre la mafia est essentiellement un choix politique, car avant d’avoir une magistrature antimafia, il faut une politique antimafia !
Nous serions accusés d’être engagés politiquement...

Et bien ça n'a pas manqué !

En Italie, le passé est le présent. Hier Falcone e Borsellino, aujourd'hui Ingroia et les autres...

Cela fait déjà plusieurs jours que Berlusconi et le pouvoir politique en place ont lâché les chiens sur Antonio Ingroia. Pas un jour ne se passe sans que l'un des journaux ou l'une des télévisions à la solde de Berlusconi ne tentent de démolir Antonio Ingroia. De le démolir professionnellement, pour l'instant... De lui faire perdre toute crédibilité, toute légitimité.

Berlusconi l'a dit clairement en septembre :
C'est de la folie : il y a des morceaux de la magistrature, de Palerme à Milan, qui vont encore fouiller dans de vieilles histoires, qui remontent à 1992, 93, 94. Ce qui me fait mal, dans tout ça, c'est que ces gens-là, payés par l'argent du contribuable, conspirent contre nous, qui travaillons pour le bien commun du pays.

« E' una follia che ci siano frammenti di Procura che da Palermo a Milano guardano ancora a fatti del '92, del '93, del '94. Quello che mi fa male e' che gente cosi', con i soldi di tutti noi, faccia cose cospirando contro di noi che lavoriamo per il bene comune del Paese. »
Je ne sais pas si vous percevez bien la violence de l'attaque. Avec entre les lignes le message suivant : de simples magistrats qui conspirent contre le premier ministre (qui lui œuvre au bien commun) en volant l'argent des contribuables. De la folie pure !

Je vous rassure, ce n'est pas la première fois, bien sûr, que Berlusconi en dit de toutes les couleurs sur les juges, et sur les magistrats du Ministère public en particulier : qu'ils étaient anthropologiquement différents du reste de la race humaine, qu'ils devraient passer des tests psychologiques et de comportement avant d'être admis à la profession, que font ce métier ceux qui ont un désir profond de faire le mal (en répétant ce que lui disait son propre père...), etc.

Si besoin était d'illustrer ce que dit Ingroia, à savoir que c'est la politique qui tape contre les juges...

Voici un autre exemple, éclatant, du déséquilibre total entre les pouvoirs. Ingroia a prononcé ce discours en petit comité le 7 novembre, devant quelques centaines de participants, tout au plus.

Réponse du pouvoir, le surlendemain, 9 novembre, journal de 20h, RAI 1, la première des chaînes publiques dont le JT est le plus suivi en Italie, par je sais pas combien de millions de téléspectateurs. Le directeur de la chaîne, fraîchement et directement nommé par Berlusconi, interrompt le journal en plein milieu, en faisant une déclaration servile CONTRE Antonio Ingroia, en l'accusant nommément de ceci et de cela, et POUR réintroduire l'immunité parlementaire en Italie (dans un Parlement qui compte d'ores et déjà 19 "honorables" définitivement condamnés) !!!



Pour vous donner un élément de comparaison, imaginez un instant si dans le procès Clearstream, par exemple, Sarko enjoignait les directeurs de chaîne d'interrompre le JT de TF1 ou de France 2 pour faire démolir le juge chargé de l'affaire...

Or le même jour, un autre événement faisait aurait dû faire l'actu : le parquet de Naples avait formellement demandé l'arrestation de Nicola Cosentino, actuel secrétaire d’État à l’Économie, député et coordinateur régional du Parti des Libertés, candidat désigné comme Gouverneur de la Campanie (région de Naples et règne de la camorra) aux prochaines élections régionales (mars 2010).

Les enquêtes qui le concernent durent depuis 1996 (!) et il y a pas moins de 9 repentis qui le mettent gravement en cause pendant toutes ces années !!! Avec le panorama suivant pour l'administration régionale de Campanie : sur 50 conseillers régionaux, 35 sont déjà mis en examen ou ont déjà été condamnés ! Au point que sur l'édition de ce jour de Il Fatto, Marco Travaglio conclut son éditorial en disant :
la Région Campanie devrait être dissoute et placée sous administration judiciaire, avec un commissaire pendant 5 ans. Parce que les politiques se sont tellement infiltrés dans la camorra qu'au fil du temps, c'est la politique qui a fini par corrompre la camorra !!!

(...la regione Campania va sciolta e commissariata per cinque anni. Perché la politica s’è infiltrata nella camorra e, a lungo andare, ha finito per corromperla.)
Donc, toujours pour poursuivre notre comparaison, imaginez si le jour même où les juges français demandaient l'arrestation pour mafia de l'un/e des secrétaires d'état à l'économie, au lieu d'en parler au JT de 20h, Sarko faisait interrompre le journal de TF1 ou de France 2 pour démolir le juge chargé de l'affaire Clearstream...

Ça vous semble possible comme tableau ? Non, n'est-ce pas ? Et bien c'est exactement ce qui se passe en Italie. Aujourd'hui. Je vous parle pas des années 30 et de Mussolini, je vous parle de la première décennie du deuxième millénaire et de Berlusconi. Qui fait ainsi d'une pierre deux coups : d'un côté il dissimule l'info de son secrétaire d'état accusé d'être un mafieux, de l'autre il attaque un magistrat à la recherche de la vérité sur les origines de la Seconde République italienne, née du sang des carnages de 1992, 93 et 94...

Naturellement tous les amis politiques de Cosentino lui ont déjà exprimé leur solidarité totale, l'un allant même jusqu'à l'assurer de sa profonde solidarité "chrétienne" (!!!), l'avocat personnel de Berlusconi osant affirmer que toutes ces accusations sont fausses, qu'elles ne reposent sur rien (piqûre de rappel : plus de 10 ans d'enquêtes, 9 repentis qui racontent, et une demande formelle d'arrestation de 350 pages - lisez les 200 premières -, il faudrait pas croire non plus que les magistrats s'embarquent dans des enquêtes pareilles sans biscuits, voir plus haut la déclaration d'Ingroia sur les preuves...), et qu'elles fondront comme neige au soleil.

Berlusconi voulait d'ailleurs persister à le présenter comme candidat aux prochaines élections régionales, mais il semble pour l'instant que le veto catégorique de Fini l'ait contraint à y renoncer, nous verrons...

Or de quoi parle le ministre de la "justice" aujourd'hui ? De soutenir le travail des magistrats ? Non, mais plutôt de la possibilité de leur envoyer une commission d'enquête ministérielle. Là encore, nous verrons...

Par conséquent, ce qui est d'une gravité absolue, extrême, dans tout ça (car des épisodes de cette nature, je pourrais vous en citer une liste à n'en plus finir), c'est que non seulement la mafia en Italie ne se cache plus, mais qu'elle est au pouvoir !

Car il est clair que l'urgence démocratique dont nous parlons va de pair avec l'urgence frénétique, avec la précipitation que met Berlusconi à faire approuver des lois censées lui garantir, d'un côté, l'immunité l'impunité totale, et démanteler, de l'autre, le système judiciaire et la constitution italienne, en commençant par la plus gigantesque amnistie masquée de l'histoire du pays...

Non pas parce qu'il a peur du procès Mills ou d'autres bagatelles (il l'a déjà dit : même si je devais être condamné pour corruption dans le procès Mills, je ne démissionnerai pas pour autant), mais parce qu'il sait pertinemment que les "vieilles affaires" de 1992, 93 et 94 sont sur le point de remonter et de le rattraper, puisqu'il est nommément mis en cause par les repentis pour être l'un des "terminaux", au côté de son compère Dell'Utri, des négociations état-mafia qui ont juste commencé en 1992 mais se poursuivraient encore, selon de plus en plus d'observateurs.

Tout le monde sait cela, je parle des gens qui sont censés savoir, c'est-à-dire nos gouvernants : tous le savent en Europe, et pourtant personne ne dit rien. J'y vois un silence complice !!!

Car lorsque le Gouvernement de Berlusconi décrète le blanchiment d'état sur tous les capitaux mafieux, je me demande si les autres pays européens saisissent la portée d'un tel acte !?

Selon Tremonti, le ministre juste au-dessus de Cosentino, l'opération est d'ores et déjà un succès, qui devrait renflouer les caisses de l'état dans une fourchette de 5 à 7 milliards d'euros (pourtant, rien de comparable avec les 38 milliards d'euros d'amende, mais c'est une autre histoire...) ; or en sachant que ce chiffre ne représente que 5% des capitaux "scudati" (qui bénéficient du bouclier fiscal dans l'anonymat plus total et ne pourront plus faire l'objet d'aucune enquête à venir !), cela nous donne déjà entre 100 et 150 milliards d'euros blanchis. Légalement. Qui vont s'ajouter aux 78 milliards d'euros déjà "régularisés" en 2001 et 2003 (Gouvernement Berlusconi, il va sans dire)...

De l'argent provenant, au mieux, de fraudes fiscales, et au pire, de rapts, de la prostitution et de trafics en tous genres (drogue, armes, êtres humains, nucléaire, etc.), et ce dans le plus parfait silence de la communauté internationale.

De l'argent qui pourra être LÉGALEMENT réinvesti, donc je n'ose penser ce que peut représenter un pactole de 100-150 milliards d'euros en termes de distorsion de la concurrence, et, disons-le, de "dumping" entre les états mêmes de l'UE.

L'UE qui semble observer en silence, pendant que les mafias unanimes trinquent et se félicitent d'avoir soutenu Silvio Berlusconi dès le début...

En juin dernier, j'écrivais un billet intitulé, Berlusconi : assaut final à la justice ! J'étais trop restrictif, l'assaut est bien plus vaste que cela, c'est un assaut final à la démocratie, qui ne vaut plus rien, un assaut final à l'état de droit.

Cela me rappelle un livre de Jacques Attali, intitulé "Une brève histoire de l'avenir", particulièrement stimulant pour l'esprit, où il prévoit trois vagues successives pour le futur de notre planète :
  1. l'hyperempire
  2. l'hyperconflit
  3. l'hyperdémocratie
L'hyperempire, c'est la généralisation du marché, or « (q)uand le marché se généralise, les différences se nivellent, chacun devient le rival de tous. Quand l'État s'affaiblit, disparaît la possibilité de canaliser la violence et de la maîtriser. Les conflits locaux se multiplient, les identités se crispent, les ambitions s'affrontent, les vies n'ont plus de valeur. »

Et ce cadre peu rassurant débouche sur l'hyperconflit :
Mafias, gangs et mouvements terroristes de toutes sortes seront également de la partie dans un mouvement qui verra se développer l'économie pirate dans une plus ample mesure, sous l'effet de la déconstruction avancée des Etats, comme on le voit déjà à la périphérie de l'ex-URSS ou dans certaines régions d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine. Ces mafias renforceront leur influence ou leur contrôle sur des régions entières, des ports, des pipelines, des routes ou des zones riches en matière premières. Des mouvements politiques ou religieux sans assise territoriale déterminée, tel Al-Qaïda aujourd'hui, participeront à cette conflictualité sans loi qui sera décuplée.
Ce qu'Attali n'avait peut-être pas prévu, ou en tout cas pas si vite, c'est que ces mafias s'empareraient directement d'un État - l'un des 6 États fondateurs de la Communauté européenne - et siégeraient au Conseil des Nations. En 2009 !


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P.S. Dans un récent tweet, William Réjault me demandait pourquoi je haïssais à ce point Berlusconi et si c'était son impunité ou son ego qui me choquait le plus.

En réalité, ni l'un ni l'autre, et le fait qu'il soit perçu comme ça par pratiquement toute l'opinion publique mondiale est le signe sans équivoque de combien Berlusconi est malin (voir l'étymologie du terme...), et réussit parfaitement à cacher son jeu : cela l'arrange terriblement qu'il soit perçu comme un vieux satyre un peu déjanté, genre pervers-pépère à l'italienne, ou à la rigueur comme le bouffon de l'Europe, car cela évite que les gens aillent au-delà de ces stéréotypes somme toute plutôt sympathiques, pour voir et analyser ce que dissimule véritablement le personnage, aussi pourri dans ses moëlles qu'il est rusé et intelligent, une intelligence qu'il a mis au service du mal, du mensonge et de l'injustice, et non pas du bien, de la vérité et de la justice pour son pays. Qui est également le mien...

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samedi 31 octobre 2009

Gomorrhe, est-ce une ville, un pays ?


J'ai déjà expliqué en parlant du livre de Roberto Saviano, que Gomorra est le nom italien de Gomorrhe, ville maudite de biblique mémoire, mais c'est aussi une assonance avec camorra, la mafia napolitaine.

Le titre de ce livre puise son origine dans un discours que Don Peppino Diana, prêtre de Casal di Principe assassiné par la camorra à 36 ans, n'a jamais prononcé. Exécuté le 19 mars 1994, à 7h30', ça s'est probablement passé comme à Naples, le 11 mai 2009, à 15h45'...

Une vie, une mort, le prix à payer pour la paix entre factions criminelles...

Saviano lui dédie un chapitre de son livre (p. 263 de l'édition française chez Gallimard), dans lequel il explique en quoi l'action et les mots de Don Peppino Diana étaient insupportables pour la camorra.

Parce que par sa vie et ses mots, Don Peppino fut le témoin vivant qu'un autre avenir est possible que la misère et l'ignorance dans laquelle la camorra et la politique unies contraignent les gens à vivre survivre. Pour que des jeunes qui perdent tout espoir en l'avenir préfèrent s'enrôler dans les rangs de la mafia en ayant l'illusion de "vivre", de compter...

Le déclic fut probablement la publication d'un discours de Don Diana, intitulé Par amour pour mon peuple, je ne me tairai pas...

Voici ce que dit Saviano dans son livre (p. 266-67) :
Don Peppino traça un chemin dans l'écorce des mots, il grava dans la surface de la langue cette puissance que la parole publique, clairement énoncée, peut encore avoir. Il n'eut pas la paresse intellectuelle de ceux qui croient que la parole a épuisé toutes ses ressources, qu'elle est uniquement bonne à remplir le vide des esprits. La parole comme geste concret, aussi compacte que la matière, pour intervenir dans les mécanismes, bâtir comme avec du mortier, creuser comme avec une pioche. Don Peppino voulait trouver des mots qui agiraient comme un seau d'eau sur des regards souillés. Car, sur ces terres, le silence n'est pas la banale omertà faite de têtes baissées, de regards fuyants. C'est davantage une façon de dire : « Ça ne me regarde pas. » Un comportement habituel dans ces lieux, mais pas seulement : un repli volontaire sur soi-même, le vrai bulletin de vote en faveur des choses telles qu'elles vont. La parole devient alors un cri conscient, aigu et puissant, lancée contre une vitre blindée : pour la faire éclater.
Or à la fin du chapitre, Saviano retrouve Cipriano, un ami de jeunesse de Don Peppino, qui avait écrit une oraison funèbre pour l'enterrement de son ami, inspirée par les mots de son ami, un discours qu'il n'a pas prononcé non plus, comme son ami, n'ayant pas trouvé la force d'assister à l'enterrement avant de s'enfermer définitivement dans sa douleur.

Saviano retranscrit ce discours (la traduction est de moi) :
Hommes, ne permettons pas que nos terres deviennent des lieux de camorra, deviennent une seule et immense Gomorrhe destinée à la destruction ! Hommes de la camorra, hommes comme les autres et non pas des bêtes, ne permettons pas que ce qui devient licite ailleurs trouve ici son énergie illicite, ne permettons pas que se construise ailleurs ce qui est détruit ici. Vous qui faites de vos villes des déserts, n’opposez pas uniquement entre ce que vous êtes et ce que vous voulez votre volonté absolue. Souvenez-vous. « Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahvé, depuis le ciel, et il renversa ces villes et toute la Plaine, tous ses habitants et la végétation du sol. Or la femme de Lot regarda en arrière, et elle devint une colonne de sel » (Genèse 19, 24-26). Prenons le risque de nous transformer en sel, retournons-nous pour regarder ce qui se passe, ce qui s’acharne sur Gomorrhe, cette destruction totale où la vie n’est qu’un plus ou un moins à vos opérations financières. Ne voyez-vous pas que cette terre est Gomorrhe ? Ne le voyez-vous pas ? Souvenez-vous. Ils s’écrieront : « Soufre, sel, toute sa terre est brûlée ; on n’y sèmera plus, rien n’y germera plus, aucune herbe n’y croîtra plus. Ainsi ont été changées Sodome et Gomorrhe, Adma et Çeboyim que Yahvé dévasta dans sa colère et sa fureur ! » (Deutéronome 29, 22). On y meurt pour un oui ou pour un non, on y perd sa vie pour un ordre ou pour la volonté d’autrui, vous passez des dizaines d’années en prison pour y obtenir pouvoir de vie et de mort, vous gagnez des montagnes d’argent que vous investissez dans des maisons que vous n’habiterez jamais, dans des banques où vous n’entrerez jamais, dans des restaurants que vous ne gérerez jamais, dans des entreprises que vous ne dirigerez jamais, vous commandez un pouvoir de mort pour tenter de dominer une vie que vous consumez terrés sous terre comme des rats, entourés de gardes du corps. Vous tuez et vous faites tuer dans une partie d’échecs où vous n’êtes pas les rois, mais où les rois sont ceux qui tirent leurs richesses de vos vies en vous poussant à vous dévorer les uns les autres, jusqu’à ce que plus personne ne puisse mettre l’autre en échec car il ne reste plus qu’un seul pion sur l’échiquier. Or ce pion, ce ne sera pas vous. Ce que vous dévorez ici, vous le recrachez ailleurs, loin, comme les oiselles vomissent la nourriture dans le bec de leurs petits. Pourtant vous ne nourrissez pas des oisillons mais des charognards, et vous n’êtes pas des oiselles mais des bufflesses prêtes à se détruire dans des terres où les seuls pôles de la victoire sont le sang et le pouvoir. Pour nous, l’heure est venue de ne plus être une Gomorrhe... »
Ce qui me frappe profondément, dès le début du discours, c'est qu'il n'y a pas de séparation entre eux (les camorristes) et nous (les gens du pays), il n'y a qu'un "nous", indissociable(s).

Et les "casalais" (de "casalesi", nom des habitants de Casal di Principe, qui est devenu par antonomase le nom des mafieux de ces terres, un peu comme le nom de "corléonais" est devenu synonyme de mafia sicilienne bien plus que celui des gens qui habitent Corleone...) ne désignent plus le peuple de Sandokan (chef mafieux condamné à perpétuité qui symbolise les "casalesi") OU (exclusif) le peuple qui habite ces terres, mais le peuple de Sandokan ET celui de Don Peppino Diana.

« Pour nous, l’heure est venue de ne plus être une Gomorrhe... »

Aujourd'hui Gomorrhe n'est plus seulement Casal di Principe ou la Sicile, mais l'Italie toute entière !

Et il n'y a plus "eux" ou/et "nous", mais seulement un contenant unique, "nous", qui vivons, et vivrons - et nos enfants avec nous - dans un pays dont l'avenir sera ce que "nous" en ferons.



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P.S. Naples, c'est aussi la vie...

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vendredi 30 octobre 2009

Gomorra, 11 mai 2009, 15h45'


[MàJ - 31 octobre 2009] Grâce à la diffusion du vidéo après 5 mois d'enquêtes sans résultat, le tueur a été identifié...

[MàJ - 21 novembre 2009] Le tueur aurait été (conditionnel parce que "présumé" pour l'instant) arrêté avant-hier. Je vous tiendrai au courant quand on en saura davantage...

[MàJ - 24 novembre 2009] Deux des parents (oncle et cousin) du tueur, Costanzo Apice (28 ans), ont été assassinés aujourd'hui...

Suite : Gomorrhe, est-ce une ville, un pays ?

ATTENTION, IMAGES VIOLENTES !!!

Exécution en direct de la camorra, les derniers instants de la vie d'un homme, ça va très vite (24 secondes : à 3'17'' le tueur rentre dans le bar, à 3'41'' l'homme est mort), deux balles dans la nuque plus le coup de grâce en pleine tête, et tout semble se passer dans une "tranquille sérénité", pour reprendre les mots de Saviano, qui rêve de voir le quartier se rebeller...







L'autorisation de diffuser le vidéo a été donnée par le Parquet de Naples, pour tenter de briser l'omertà, ce mur de silence et de peur qui fait que personne ne parle, dans l'espoir que quelqu'un dénonce le tueur dont le visage reste parfaitement reconnaissable, ainsi que son ou ses complices.

On ne le voit pas là, mais ce qui se passe ensuite est étonnant, très étonnant ! En fait, il ne se passe rien ! Si ce n'est une dame qui vient soulever la tête du mort pour voir si c'est un proche, puis laisse retomber la tête et s'en va, soulagée de ne pas le connaître. D'autres personnes continuent de rentrer dans le bar, en jetant juste un œil curieux ou en enjambant le cadavre allongé au sol, la tête dans son sang.

Pourquoi je publie ça sur Adscriptor ? J'en sais trop rien ! En fait, je suis las de vivre dans ce pays que j'aime tant, depuis près de 28 ans, et de le voir s'enfoncer jour après jour dans un déclin moral sans fin, à l'image de sa classe dirigeante mafieuse, las de dénoncer autant que je le peux, y compris sur mon blog italien ou sur Facebook, sans voir de résultats tangibles, y compris en termes de dialogue.

Pas ou peu de commentaires, pas ou peu de participation, une apathie générale dans un pays de lobotomisés. Exactement comme dans le vidéo. Un mort assassiné sur le trottoir, en plein jour, dans une rue passante - pleine de vie, voudrait-on dire -, juste devant un espace de jeux pour enfants (d'ailleurs à la fin du vidéo on voit un père partir avec sa fille dans les bras), sous les yeux de tous, et tout le monde continue de vaquer à ses occupations comme si de rien n'était.

Je me sens totalement impuissant et ça me rend fou !

Pas que les mafieux crèvent, comme disait Coluche, un parrain mort c'est bien, mais deux par deux, ça irait plus vite, mais de pas réussir à comprendre quel est l'avenir que ce pays tragique réserve à mon fils et aux nouvelles générations...

Je me sens totalement impuissant et ça me rend fou !


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P.S. Commentaire de Saviano, en italien (il faudrait que je le traduise pour faire comprendre aux francophones ce que les images ne racontent pas)...



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mercredi 28 octobre 2009

IL FATTO fait l'événement !


Arrivée fracassante d'un nouveau quotidien dans la presse italienne, qui se classe d'emblée dans le Top 10 de la PQI : IL FATTO QUOTIDIANO.

LE FAIT QUOTIDIEN. Traduit littéralement.

Né sous l'égide de deux des plus grands noms du journalisme italien, si ce n'est les plus grands : Indro Montanelli et Enzo Biagi. Qui eurent en commun d'avoir fait l'objet de l'attention la censure de Silvio Berlusconi...

Comme l'explique si bien son directeur, Antonio Padellaro, dans l'éditorial du premier numéro, paru le mercredi 23 septembre 2009, intitulé « Linea politica: la Costituzione »

Extraits :
On nous demande : quelle sera votre ligne politique ? Nous répondons : la Constitution de la République Italienne. Rien de rhétorique là-dedans, juste le constat d'une réalité dramatique. Prenez le principe de légalité consacré par l'article 1. Qu'y a-t-il de plus révolutionnaire dans un pays où chaque jour la loi est "ajustée" aux caprices de l'empereur et de ses courtisans ? Et encore, l'article 21, qui dispose que l'information ne peut être soumise à aucune autorisation ni censure ?...

On nous demande : quel besoin y avait-il de donner naissance à un nouveau journal ? Et bien nous avons tellement ressenti ce besoin que nous y avons investi notre travail et nos économies. Lorsque Indro Montanelli fut contraint de quitter "Il Giornale" qu'il avait créé pour fonder "La Voce", il raconte qu'il se jura à lui-même : « Plus jamais de patron ». Il en avait assez des porte-voix au service de Berlusconi. Nous aussi, aujourd'hui, pouvons dire que nous n'avons pas de patron.

La propriété du journal est divisée en quote-parts égales entre un petit groupe d'associés dont le seul but est de garantir l'indépendance du journal et de joindre les deux bouts. Autant de petits actionnaires auxquels nombreux sont celles et ceux qui veulent se joindre pour nous aider. Nous ne sommes pas riches, mais jamais nous ne demanderons un seul euro de subvention à l'État ou aux partis politiques. Trente mille personnes nous ont déjà soutenu dans notre choix grâce à leurs pré-abonnements. Un test de confiance sans précédent, vu qu'ils ont dû attendre aujourd'hui pour voir le premier numéro. Merci à eux.

IL FATTO sera un journal d'opposition. À Berlusconi, bien sûr, (...) mais pas seulement...

Nous l'avons intitulé ainsi en mémoire d'Enzo Biagi, qui nous a appris à distinguer les faits des opinions. Un grand journaliste et un homme honnête, expurgé, comme Montanelli, de la compagnie des serviles et des médiocres. Que leur courage nous rende courageux...
Donc dès le premier numéro, tiré à 100000 exemplaires et épuisé dans l'heure qui a suivi, le journal pouvait déjà compter sur 30000 pré-abonnements payants.

Un phénomène éditorial particulièrement intéressant à l'heure du Web, dont j'avais déjà parlé dès le 9 juin sur Médiachroniques :
Bonjour,

Je voudrais vous parler d'un nouveau journal sur le point de naître en Italie, qui s'appellera Il Fatto (le fait, littéralement, ou l'événement, transposé en langage journalistique), en hommage à Enzo Biagi, un grand nom du journaliste italien qui avait une émission quotidienne homonyme et qui fut brutalement viré par Berlusconi malgré plus d'un demi-siècle d'un professionnalisme de premier plan.
La naissance de ce journal, annoncée il y a moins de deux semaines, enregistre déjà 20000 pré-abonnements!
Une telle demande est le signe évident qu'en Italie, les gens sont vraiment affamés et assoiffés d'information saine, pour un journal qui sortira sur papier et sera naturellement décliné aussi sur le Web.
C'est une expérience passionnante, en contre-tendance totale avec tout ce qui se passe dans la presse en ce moment, et un peu dans tous les pays, et au moment voulu je ferai un billet sur mon blog pour la partager avec un lectorat francophone.
Mais en attendant, j'aimerais bien savoir ce que cette histoire vous inspire...
À vrai dire, je n'ai eu aucune réponse...

Mais peu importe. Même s'il y a eu quelques réactions en France pour souligner l'arrivée de ce nouveau confrère.

Dans le numéro 17 du dimanche 11 octobre 2009, Antonio Padellaro nous donnait quelques stats sur les trois premières semaines de publication : 100000 exemplaires vendus en moyenne, plus 36000 abonnements, 13000 par la poste et 23000 directement sur Internet.

Pour un journal qui prévoyait l'équilibre à 10-12000 expemplaires/jour, c'est évidemment un énorme succès. Même si Padellaro s'empresse d'ajouter "ce sont des chiffres qui suscitent l'enthousiasme, mais nous devons les interpréter avec une extrême prudence (effet nouveauté)". Une semaine plus tard, il déclarait dans une interview :
Notre moyenne journalière est à 85000 exemplaires, avec des pointes à 115000 lorsque l'actu s'y prête. Pour autant, j'exclus totalement que notre journal soit un quotidien à 100000 exemplaires/jour. Si on pense que notre point d'équilibre est à 10000/jours, j'irais en pèlerinage pour consolider ne serait-ce que la moitié de ces ventes. Sans compter nos 42000 abonnements actuels.
Il faudra bien sûr revoir ces chiffres dans les mois qui viennent pour suivre leur progression, mais en attendant la courbe des abonnements ne faiblit pas : de 20000 préabonnements en juin, à 36000 en septembre, qui grimpent à 42000 entre le 11 et le 17 octobre (date de l'interview) !

Donc comme je le disais, tout cela est clairement « le signe évident qu'en Italie, les gens sont vraiment affamés et assoiffés d'information saine », une tendance qui va de pair avec leur lassitude, pour ne pas dire plus, vis-à-vis de la mauvaise information et des mauvais journalistes, jugés par pratiquement plus de la moitié de la population comme des menteurs, peu ou pas du tout informés, mal ou très mal préparés, pas indépendants, partiaux et corrompus...

La totale !

Enfin, compte tenu de ce qui précède, il est clair que l'arrivée de ce nouveau journal remet à plat les (dés)équilibres de la presse en Italie, largement dopée par les subventions. Dans son numéro d'aujourd'hui, en page 5, IL FATTO fait le point sur les subventions de l'État, dont la note globale s'élève à plus de 200 millions d'euros pour le contribuable italien !


Avec le premier journal subventionné, Libero, qui encaisse presque 8 millions d'euros de subsides, alors qu'en kiosque il est talonné par IL FATTO dans le top 10 de la presse quotidienne italienne (hors journaux sportifs), selon les derniers chiffres disponibles (juillet) :


Les quatre colonnes représentant, dans l'ordre, le tirage moyen, la diffusion moyenne, les invendus et le total des ventes.

Donc longue vie à ce nouveau journal, dont je peux me vanter d'avoir été parmi les tout premiers à souscrire un pré-abonnement. :-)


En tout cas une expérience à méditer aussi pour le journalisme français (Médiapart, Rue89 ?), et pas seulement...


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P.S. Je signale pour être précis que le journal fait 20 pages (avec en moyenne deux de pub), et qu'il ne sort que 6 jours par semaine (pas de parution le lundi), vu l'équipe réduite à l'os...

Tous les soirs, entre 22h et minuit, je télécharge ma version PDF de l'édition du lendemain.

Enfin, pour donner un ordre d'idée, Backchich va déposer son bilan car ils ne vendent que 20 000 exemplaires au lieu des 30 000 nécessaires :
Lancé il y a bientôt deux mois, l'hebdomadaire, qui visait un seuil d'équilibre de 30 000 exemplaires, semblait avoir atteint un rythme de croisière de 20 000 copies.
Hebdomadaire vs. quotidien, mais quand même...

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dimanche 25 octobre 2009

Un attentat au stade Olympique de Rome


Cet attentat, qui fut le dernier de la série des 9 attentats qui ont ensanglanté l'Italie en 1992-1993, est le plus méconnu de tous pour la bonne raison qu'il n'a provoqué aucune victime.

Simplement parce que, par un hasard "providentiel", le détonateur n'a pas fonctionné.

Dans le cas contraire, il aurait fait au bas mot une centaine de victimes chez les forces de l'ordre, puisqu'une Lancia Thema bourrée de 120 kilos d'explosif, de ronds d'acier et de ferraille, devait exploser au passage de deux cars de carabiniers chargés d'assurer la sécurité pour un match dominical de l'équipe de Rome au stade olympique.

Je vous laisse imaginer l'impact qu'aurait eu un tel carnage dans l'opinion publique.

Toute la préparation et l'évolution des événements ont été méticuleusement reconstituées par la première Cour d'Assise de Florence (pages 91 à 97 du jugement n° 2/2000, déposé le 20 avril 2000), qui conclut qu'est largement prouvée la certitude que l'attentat a bien eu lieu (la Corte di Assise di Firenze ha affermato di poter concludere esservi ampia e sicura prova che allo Stadio Olimpico di Roma, tra la fine del 1993 e gli inizi del 1994...).

Y compris l'identification des mafieux qui y ont participé, dont Gaspare Spatuzza, le chef mafieux actuellement repenti après plus d'une décennie de QHS, qui est en train de raconter aux juges quantité de détails sur cette époque...

Or Spatuzza était le chef du "mandement" de Brancaccio, d'abord "régenté" par les frères Graviano (voir le jugement ci-dessus, pages 118 à 155) avant qu'ils ne fussent arrêtés le 27 janvier 1994, et ce qu'il raconte aujourd'hui fait froid dans le dos...

Mais voyons d'abord quelques faits, à commencer par la date de cet attentat manqué, pas vraiment simple à identifier puisque plusieurs dates circulent, toutes comprises entre le dernier trimestre 1993 et janvier 1994, dont les deux plus souvent citées sont : Spatuzza lui-même semble dater l'attentat à début janvier 1994, en précisant qu'il a ensuite rencontré Giuseppe Graviano à Rome, à la mi-janvier, rencontre durant laquelle Graviano lui aurait confirmé que les négociations impliquaient directement ... Silvio Berlusconi !

Or le fait que l'attentat n'ait pas été "répliqué" a toujours été l'une des questions cruciales restées sans réponse, même si c'est probablement à mettre en relation avec l'arrestation des frères Graviano quelques jours plus tard.

En gros, certains pensent que Riina et les frères Graviano, qui étaient pour la ligne dure, ont été vendus par Provenzano dans le cadre des négociations État-mafia, d'abord menées par l'intermédiaire de Vito Ciancimino, puis reprises par Marcello Dell'Utri, que Spatuzza désigne nommément comme étant le "référent" politique de Cosa Nostra, et qui aurait "couvert" l'attentat au stade olympique : Giuseppe Graviano mi disse che per quell'attentato avevamo la copertura politica del nostro compaesano.

Et toujours selon Spatuzza, les négociations avec Berlusconi se seraient poursuivies sur plus d'une dizaine d'années, puisqu'elles auraient duré jusqu'en 2004...

Déjà, dans une lettre de chantage écrite par Vito Ciancimino (comparer l'écriture) à Berlusconi :


il s'adressait à lui en tant que président du Conseil (même si celle-ci remonte probablement à 1994, lors du premier gouvernement Berlusconi).

Une menace de parler à peine voilée, qui pourrait bien être reprise aujourd'hui par d'autres mafieux, dont les frères Graviano, maintenant qu'ils ont pratiquement perdu tout espoir de bénéficier des avantages initialement revendiqués par Totò Riina, dont certains ont été réalisés, mais pas suffisamment au goût de tous ceux qui purgent encore perpétuité...

Enfin, pour Dell'Utri, toutes ces accusations ne sont qu'un gros tas de conneries qui le font bien rire, même si à mon avis il rit plutôt jaune :


Rira bien qui rira le dernier...


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P.S. Je précise que les "accusations" de Spatuzza remplissent 75 pages, et qu'en parallèle il est jugé fiable par les magistrats puisque sa version des faits sur l'attentat de Via D'Amelio va permettre de réécrire complètement une histoire totalement bancale...




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