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mercredi 28 octobre 2009

IL FATTO fait l'événement !


Arrivée fracassante d'un nouveau quotidien dans la presse italienne, qui se classe d'emblée dans le Top 10 de la PQI : IL FATTO QUOTIDIANO.

LE FAIT QUOTIDIEN. Traduit littéralement.

Né sous l'égide de deux des plus grands noms du journalisme italien, si ce n'est les plus grands : Indro Montanelli et Enzo Biagi. Qui eurent en commun d'avoir fait l'objet de l'attention la censure de Silvio Berlusconi...

Comme l'explique si bien son directeur, Antonio Padellaro, dans l'éditorial du premier numéro, paru le mercredi 23 septembre 2009, intitulé « Linea politica: la Costituzione »

Extraits :
On nous demande : quelle sera votre ligne politique ? Nous répondons : la Constitution de la République Italienne. Rien de rhétorique là-dedans, juste le constat d'une réalité dramatique. Prenez le principe de légalité consacré par l'article 1. Qu'y a-t-il de plus révolutionnaire dans un pays où chaque jour la loi est "ajustée" aux caprices de l'empereur et de ses courtisans ? Et encore, l'article 21, qui dispose que l'information ne peut être soumise à aucune autorisation ni censure ?...

On nous demande : quel besoin y avait-il de donner naissance à un nouveau journal ? Et bien nous avons tellement ressenti ce besoin que nous y avons investi notre travail et nos économies. Lorsque Indro Montanelli fut contraint de quitter "Il Giornale" qu'il avait créé pour fonder "La Voce", il raconte qu'il se jura à lui-même : « Plus jamais de patron ». Il en avait assez des porte-voix au service de Berlusconi. Nous aussi, aujourd'hui, pouvons dire que nous n'avons pas de patron.

La propriété du journal est divisée en quote-parts égales entre un petit groupe d'associés dont le seul but est de garantir l'indépendance du journal et de joindre les deux bouts. Autant de petits actionnaires auxquels nombreux sont celles et ceux qui veulent se joindre pour nous aider. Nous ne sommes pas riches, mais jamais nous ne demanderons un seul euro de subvention à l'État ou aux partis politiques. Trente mille personnes nous ont déjà soutenu dans notre choix grâce à leurs pré-abonnements. Un test de confiance sans précédent, vu qu'ils ont dû attendre aujourd'hui pour voir le premier numéro. Merci à eux.

IL FATTO sera un journal d'opposition. À Berlusconi, bien sûr, (...) mais pas seulement...

Nous l'avons intitulé ainsi en mémoire d'Enzo Biagi, qui nous a appris à distinguer les faits des opinions. Un grand journaliste et un homme honnête, expurgé, comme Montanelli, de la compagnie des serviles et des médiocres. Que leur courage nous rende courageux...
Donc dès le premier numéro, tiré à 100000 exemplaires et épuisé dans l'heure qui a suivi, le journal pouvait déjà compter sur 30000 pré-abonnements payants.

Un phénomène éditorial particulièrement intéressant à l'heure du Web, dont j'avais déjà parlé dès le 9 juin sur Médiachroniques :
Bonjour,

Je voudrais vous parler d'un nouveau journal sur le point de naître en Italie, qui s'appellera Il Fatto (le fait, littéralement, ou l'événement, transposé en langage journalistique), en hommage à Enzo Biagi, un grand nom du journaliste italien qui avait une émission quotidienne homonyme et qui fut brutalement viré par Berlusconi malgré plus d'un demi-siècle d'un professionnalisme de premier plan.
La naissance de ce journal, annoncée il y a moins de deux semaines, enregistre déjà 20000 pré-abonnements!
Une telle demande est le signe évident qu'en Italie, les gens sont vraiment affamés et assoiffés d'information saine, pour un journal qui sortira sur papier et sera naturellement décliné aussi sur le Web.
C'est une expérience passionnante, en contre-tendance totale avec tout ce qui se passe dans la presse en ce moment, et un peu dans tous les pays, et au moment voulu je ferai un billet sur mon blog pour la partager avec un lectorat francophone.
Mais en attendant, j'aimerais bien savoir ce que cette histoire vous inspire...
À vrai dire, je n'ai eu aucune réponse...

Mais peu importe. Même s'il y a eu quelques réactions en France pour souligner l'arrivée de ce nouveau confrère.

Dans le numéro 17 du dimanche 11 octobre 2009, Antonio Padellaro nous donnait quelques stats sur les trois premières semaines de publication : 100000 exemplaires vendus en moyenne, plus 36000 abonnements, 13000 par la poste et 23000 directement sur Internet.

Pour un journal qui prévoyait l'équilibre à 10-12000 expemplaires/jour, c'est évidemment un énorme succès. Même si Padellaro s'empresse d'ajouter "ce sont des chiffres qui suscitent l'enthousiasme, mais nous devons les interpréter avec une extrême prudence (effet nouveauté)". Une semaine plus tard, il déclarait dans une interview :
Notre moyenne journalière est à 85000 exemplaires, avec des pointes à 115000 lorsque l'actu s'y prête. Pour autant, j'exclus totalement que notre journal soit un quotidien à 100000 exemplaires/jour. Si on pense que notre point d'équilibre est à 10000/jours, j'irais en pèlerinage pour consolider ne serait-ce que la moitié de ces ventes. Sans compter nos 42000 abonnements actuels.
Il faudra bien sûr revoir ces chiffres dans les mois qui viennent pour suivre leur progression, mais en attendant la courbe des abonnements ne faiblit pas : de 20000 préabonnements en juin, à 36000 en septembre, qui grimpent à 42000 entre le 11 et le 17 octobre (date de l'interview) !

Donc comme je le disais, tout cela est clairement « le signe évident qu'en Italie, les gens sont vraiment affamés et assoiffés d'information saine », une tendance qui va de pair avec leur lassitude, pour ne pas dire plus, vis-à-vis de la mauvaise information et des mauvais journalistes, jugés par pratiquement plus de la moitié de la population comme des menteurs, peu ou pas du tout informés, mal ou très mal préparés, pas indépendants, partiaux et corrompus...

La totale !

Enfin, compte tenu de ce qui précède, il est clair que l'arrivée de ce nouveau journal remet à plat les (dés)équilibres de la presse en Italie, largement dopée par les subventions. Dans son numéro d'aujourd'hui, en page 5, IL FATTO fait le point sur les subventions de l'État, dont la note globale s'élève à plus de 200 millions d'euros pour le contribuable italien !


Avec le premier journal subventionné, Libero, qui encaisse presque 8 millions d'euros de subsides, alors qu'en kiosque il est talonné par IL FATTO dans le top 10 de la presse quotidienne italienne (hors journaux sportifs), selon les derniers chiffres disponibles (juillet) :


Les quatre colonnes représentant, dans l'ordre, le tirage moyen, la diffusion moyenne, les invendus et le total des ventes.

Donc longue vie à ce nouveau journal, dont je peux me vanter d'avoir été parmi les tout premiers à souscrire un pré-abonnement. :-)


En tout cas une expérience à méditer aussi pour le journalisme français (Médiapart, Rue89 ?), et pas seulement...


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P.S. Je signale pour être précis que le journal fait 20 pages (avec en moyenne deux de pub), et qu'il ne sort que 6 jours par semaine (pas de parution le lundi), vu l'équipe réduite à l'os...

Tous les soirs, entre 22h et minuit, je télécharge ma version PDF de l'édition du lendemain.

Enfin, pour donner un ordre d'idée, Backchich va déposer son bilan car ils ne vendent que 20 000 exemplaires au lieu des 30 000 nécessaires :
Lancé il y a bientôt deux mois, l'hebdomadaire, qui visait un seuil d'équilibre de 30 000 exemplaires, semblait avoir atteint un rythme de croisière de 20 000 copies.
Hebdomadaire vs. quotidien, mais quand même...

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mercredi 14 janvier 2009

Blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

Aliocha m'énerve :
Et le rapport avec les blogs et Internet me direz-vous ? Il est ici : prenez garde à ce que vous lisez sur Internet. Sous prétexte de faire de la contre-information et de résister à l’intoxication des médias ou encore à la pensée unique, quelques petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités. Pensez donc à évaluer les sources : qui vous parle, quelle est sa légitimité à s’exprimer sur un sujet, les propos tenus sont-ils cohérents, vérifiables, contiennent-ils des références ? Ces références sont-elles utilisées objectivement ou détournées de leur sens ? Voilà quelques réflexes journalistiques de base à mon avis utiles pour s’informer sur le web en évitant l’intoxication. Mais, me direz-vous, voilà qui milite pour la pensée officielle ! Du tout. Personne ne vous empêche de penser différemment, le tout est de de partir d’une base factuellement exacte, c’est pour cela qu’on nous impose à nous journalistes de vous présenter les faits d’actualité le plus objectivement possible et qu’on nous oblige à distinguer clairement les faits de l’analyse. Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les blogs, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables comme Eolas ou Autheuil par exemple).
Voudriez-vous un autre son de cloche : « Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les journaux, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables...). »

Bon, et maintenant ? Maintenant que toi t'as dit noir et moi j'ai dit blanc, on fait quoi ? Ce furieux acharnement à vouloir opposer à tout prix blogueurs et journalistes ne mène nulle part ! Il est stérile. Faux. Partial. Borné. J'en passe et des meilleurs (à toutes fins utiles, s'il venait à l'imagination de qui que ce soit de prétendre que je fais de même, je demanderais d'ores et déjà à cette ou ces personnes d'éviter de lancer des paroles en l'air et d'étayer leurs dires d'après mes écrits. Qu'ils aillent chercher dans les billets où je parle du journalisme et de la presse où, et pourquoi, j'oppose éventuellement blogueurs et journalistes. Après on en reparlera...).

Or donc, me direz-vous, pourquoi t'en prendre à la douce et tendre Aliocha ? Parce qu'elle est journaliste ? Non point. Parce qu'elle est femme ? Encore moins. Mais alors, pourquoi donc ?

Parce qu'elle insiste lourdement sans pour autant répondre aux arguments. Elle parle, elle parle, elle accuse à tout-va, elle lit suppression là ou vous écrivez évolution et adaptation, mais s'abstient de répliquer en fondant son argumentaire sur des faits, dont elle invoque pourtant l'impérieuse nécessité.

Voilà pourquoi je m'en prends à Aliocha : parce que sa qualité de journaliste est démentie par les faits, tout au moins sur son blog : car dire « Comprenons-nous bien, je ne qualifie pas de faux ce qui heurte mes convictions, mais bien des erreurs factuelles ou de raisonnement graves, sans compter la mauvaise foi dont certains font preuve dans leurs écrits et qui aboutit à une présentation tronquée de la réalité destinée à servir leurs intérêts ou convictions. » en faisant elle-même très exactement le contraire de ce qu'elle professe, c'est dire ce que je dis, mais faire le contraire de ce que je dis.

Ô douce et tendre Aliocha, les faits, "matière des opinions", ce n'est pas de prendre 100 ou 1000 blogueurs en démont(r)ant une par une les âneries qu'ils peuvent raconter sur leur blog (n'importe qui pourrait en faire autant avec les journalistes), ce serait plutôt de constater que la presse va mal et qu'il faut réagir, d'un côté, et que les blogs sont aujourd'hui partie prenante du paysage de l'information, que ça plaise ou non aux journalistes et aux élites, de l'autre. Voilà un fait. Irréfutable. Or ce qui est devant les yeux de tous, c'est qu'une grande partie de votre profession et des décideurs en tout genre ne font rien d'autre que de nier l'indéniable !

Il est quand même curieux que les blogueurs soient presque totalement mis à l'écart - je ne dis pas oubliés, car ils ne le sont pas, loin de là, mais délibérément mis à l'écart - des courants et rapports officiels en tous genres. Il suffit d'observer le dernier en date, à savoir le livre vert dont viennent d'accoucher les États Généraux de la Presse, qui ne mentionne en tout et pour tout que 5 fois le mot "blog" et ses déclinaisons dans ses 68 pages :
  • 2 fois en note page 41 :
    - la communauté des blogs LeMonde.fr, lancée à l’automne 2005 sur une initiative ouverte aux seuls abonnés du site. Les 6 300 blogueurs liés au site postent plus de 800 billets par jour, qui eux-mêmes génèrent plus de 2 000 commentaires au quotidien.
  • 2 fois en pages 49 et 57 :
    - Afin de nourrir leurs préconisations, les participants ont écouté le rendu d’études ... et d’une expérience de nouveaux media (le Bondy Blog) (Hanane KADDOUR, Bondy Blog).
  • 1 fois page 55 :
    Dans les Recommandations du sous-pôle « Contenu »
    *Pour améliorer la recherche d’informations :
    (...)
    • Dans le but d’améliorer le statut des correspondants locaux et des bloggeurs travaillant pour des sites d’information, il est demandé d’étudier dans quelle mesure le statut d’auto-entrepreneur pourrait être proposé aux fournisseurs de contenus non journalistes.
À noter que dans le même document, ils sont même pas foutus d'orthographier "blogueurs" de la même manière d'une page sur l'autre...

Un peu léger pour un pays qui se classe au premier rang mondial en nombre de blogs par internaute, non ?

Ce que nous y apprenons sur les blogs est pourtant riche en enseignements : les blogs font partie des nouveaux médias (mais ça, on aurait déjà pu le deviner...), et les blogueurs sont classés parmi les « fournisseurs de contenus non journalistes ». Dans mon cas, ce serait plutôt le contraire (vu que souvent c'est ce que disent - ou ne disent pas - et font - ou ne font pas - les journalistes qui nourrit ma réflexion), mais on va pas chipoter...

Nous en savons en effet à peu près autant qu'à la lecture du rapport Giazzi sur la question, c'est-à-dire pas grand chose. Mais qu'Aliocha et ses consœurs et confrères se rassurent, ce n'est pas encore aujourd'hui qu'on va mélanger les torchons et les serviettes.

Vous voulez mon avis ? C'est de la merde, tout ça. La presse traditionnelle et le journalisme n'ont plus le monopole de l'information. Ils l'ont eu, pendant longtemps, trop longtemps, mais ne l'auront plus jamais. Fini. Époque révolue. Qu'on se le dise. Que les éditeurs et les gouvernants se le disent. Et d'ailleurs ils le savent. Ils ne le savent que trop bien. Même s'ils déploient tous leurs efforts, leurs moyens, leurs réseaux et leur puissance (et ils en ont...) pour dire le contraire. Dissimuler à tout prix et faire semblant de rien.

Les blogs ? C'est quoi, ça ? Un repaire de « petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la “vérité vraie” pour soutenir des théories fumeuses, voire de franches énormités » !

Ah ! J'applaudis des deux mains Aliocha, en voilà de l'analyse. C'est pertinent. Factuel. Déontologique. Responsable. Digne d'une journaliste chevronnée qui vérifie ses sources pour être « en mesure d’apprécier l’information avec un esprit critique ». Mais qui à l'occasion oublie de répondre à ceux qui lui opposent des raisonnements argumentés, en se disant peut-être "don't feed the troll". Un peu comme votre ami Eolas, qui a souvent raison, mais parfois tort, aussi. Et quand il a tort, il évite de le souligner... Et préfère s'en tirer par une pirouette sous les applaudissements de sa -basse- cour.

Donc si vous ne voulez pas me répondre, grand bien vous fasse. Personnellement, je m'en tape. Par contre, si vous avez du respect pour vos lecteurs, alors prenez votre plume et défendez vos arguments par des faits. Vous devriez connaître, non, c'est votre métier, paraît-il.

Une petite piqûre de rappel sur ce que sont les faits ? Oh, et puis non, tiens, j'ai assez perdu de temps comme ça.

Mais si toute votre réplique tient à prétendre démontrer que les blogueurs aiment taper sur la presse parce qu'ils ont des velléités de protagonisme, alors c'est que vous n'avez rien compris. Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête. Est-ce votre cas ? À vous la réponse...

Pour avoir dérogé à ce principe de base, l'Italie n'a plus de démocratie que le nom, mais certainement pas dans les faits. La forme sans le fond. Des mots, mais vides de sens. Je le répète :
si les journaux et les journalistes qui les font disparaissent, cela ne signifiera jamais que les blogueurs auront gagné, mais que « tout le monde sera perdant ». Triste, non ?
Alors, pour moi, blogueurs et journalistes, même combat : celui de l'info !

C'est sur le terrain de l'info - et de la crédibilité de l'info - que blogueurs et journalistes doivent s'affronter, si affrontement il doit y avoir. Sinon je ne vois que des complémentarités. Le reste ? C'est de la merde. Je persiste et je signe.


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P.S. À la relecture de mon billet, je m'aperçois que j'ai écrit :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'un journalisme militant, compétent, sérieux, honnête.
là où j'aurais dû écrire :
Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se passer d'une information militante, compétente, sérieuse, honnête.
Mais n'est-ce pas là tout l'objet de ce billet ? Car au fond, qu'importe que l'on donne le nom de journaliste, de blogueur ou de machin-truc-chouette à qui produit l'information, dès lors que cette information réunirait les qualités à peine mentionnées...

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vendredi 26 décembre 2008

Ecrire pour le Web : optimiser le contenu des infos en ligne


Lee Odden, dont j’avais déjà traduit il y a 3 ans Stratégie de liens pour les blogs, vient de publier une présentation intitulée Writing for the Web: SEO for News Content, dans laquelle il prodigue quelques conseils sur la façon d’optimiser le contenu des infos en ligne, en s’appuyant notamment sur les résultats d’une étude menée en octobre 2008 par sa société, TopRank Online Marketing, sur l’utilisation que font les journalistes de la recherche dans le cadre de leur travail.

Il m’a gentiment donné l’autorisation de l’adapter en français en me fournissant le PPT. Voici ma traduction/adaptation :


Quelques précisions sur les diapos :

N° 2

SEO signifie Search Engine Optimization, une formule englobant les stratégies de référencement et de positionnement grâce à l’optimisation du contenu pour les moteurs de recherche.

Lee Odden place donc le SEO à la confluence du contenu et des liens, qui sont désormais les deux mamelles du journalisme sur Internet.

N° 3

À présent que les interactions entre les différents acteurs de l’info se modifient en profondeur, les stratégies de push-pull doivent évoluer en conséquence.

La communication « push » du journaliste doit se faire vers l’extérieur en direction des agences de presse (traditionnelles et « web natives ») et autres réseaux à l’œuvre sur le Web. Sur le pitching, approfondir avec la lecture du chapitre « The Art of Pitching » de Guy Kawasaki, riche en indications précieuses. Quant aux différentes manières d’utiliser la syndication, ce ne devrait plus être un secret pour personne.

Dans l’approche « pull », les concepts de Newsroom et de Media Coverage – récurrents dans la présentation – ne doivent pas être pris au sens de « rédactions » et « couverture médias » traditionnels, mais respectivement comme « Espace presse d’un site Web » et « couverture rich media », à l’instar des communiqués de presse 2.0 qui prennent aussi en charge les images, les podcasts, les vidéos, les documents pdf/word/ppt, etc., les nouveaux canaux de communication comme Twitter ou Seesmic, ou encore l’optimisation via les réseaux sociaux.

N° 6 et 7

À noter que le contenu des communiqués de presse est le moins recherché, alors qu’ils pullule d’infos de première main, et que le taux de 91% accordé au mode de recherche standard peut signifier deux choses :
  1. soit que les journalistes se satisfont de la recherche standard car ils y trouvent leur bonheur ;
  2. soit qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment les autres modes de recherche, qui sont pourtant largement complémentaires ;
à chacun sa réponse…

Pour le reste, la présentation fournit un mix de techniques SEO traditionnelles en les adaptant à la problématique infos – presse – journalisme/journalistes, qu’il vaudrait peut-être mieux d’éviter de balayer d’un revers de main en tombant dans la caricature superficielle, pour essayer d’en extraire la substantifique moëlle.

Sur ce, bonne fêtes de nouvel an, et à la revoyure en 2009, pour une année que je souhaite heureuse et fructueuse à toutes et à tous, et plus particulièrement à Pierre Chappaz.


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vendredi 19 décembre 2008

Les dinosaures, les autruches et les lézards


On va encore m'accuser de m'acharner, mais la métaphore me semble particulièrement parlante.

Les dinosaures, ce sont les journaux et les organes de presse qui croient peut-être que leurs dimensions et leurs appuis vont les protéger encore longtemps de l'extinction s'ils n'évoluent pas.

Les autruches (les lézards, c'est pour la chute...), ce sont les journalistes qui préfèrent mettre la tête dans le sable pour nier ce qui se passe autour d'elles et d'eux en faisant semblant de ne pas le voir, comme Aliocha à qui un commentateur de son blog fait observer :
Lorsque des “bloggueurs” inconnus viennent faire la leçon aux journalistes, avec un pseudo-mépris de vainqueurs virtuels, on peut en sourire ou s’énerver. Mais lorsque c’est Alain Joannes, journaliste, qui crucifie l’ “aveuglement” de la presse, son incapacité chronique à se réinventer et à évoluer, vous en pensez quoi ?
et auquel elle répond :
la même chose, comment vous expliquer, je retrouve le même ton que je n’aime pas, le même esprit négatif, la même inexplicable rage. Soit on a des idées, on monte un projet et on n’a pas le temps de taper sur les autres, soit on se désintéresse du sujet, mais je ne m’explique pas cette agitation stérile et agressive. Franchement. Cela étant, je crois que je vais purement et simplement m’en désintéresser.
C'est moi qui graisse, car cette non-réponse témoigne avec beaucoup de clarté de l'état d'esprit de nombreux journalistes, qui préfèrent se retrancher derrière une déontologie improbable, voire introuvable, plutôt que de se remonter les manches pour affronter les problèmes à bras-le-corps.

Car mettre en avant des truismes factieux (le même ton que je n’aime pas, le même esprit négatif, la même inexplicable rage) évite surtout d'aller voir ce qu'il y a derrière : où elle pourrait découvrir, par exemple, que le soi-disant "ton qu'elle n'aime pas" ou les mêmes "esprit négatif" et "inexplicable rage" peuvent dissimuler l'amour d'un journaliste pour son métier ou d'un simple citoyen pour le sens et la valeur des mots, et que l'un se désespère de constater « L'aveuglement "radical et persistant" » de sa profession (si la presse n'aime pas Google, qu'elle fasse sans...), l'autre étant las de voir que ceux-là même qui brandissent l'écu de la déontologie à tout-va sont souvent aussi ceux qui prennent les gens pour des cons.

Et si je poursuis le raisonnement d'Aliocha, pour peu qu'elle en ait un qui se tienne, en quels termes faudrait-il lui présenter la situation désastreuse de la presse aujourd'hui pour que ses chastes oreilles ne soient point trop troublées par un ton qui dérange ou par un esprit négatif inexplicablement rageur ? Je m'interroge !

En Italie, 68% des gens pensent que les journalistes sont des menteurs ! Outre 60% qu'ils sont peu ou pas du tout informés, 55% qu'ils ne sont pas préparés à l'information (très mal préparés pour 32% et mal préparés pour 23%), 52% qu'ils ne sont pas indépendants, 48% qu'ils sont partiaux, 40% qu'ils sont corrompus, etc.

C'est la faute aux blogueurs, peut-être ? Et bien non, c'est une étude de journalistes ! Réalisée par des journalistes, pour des journalistes. Vous ne manquerez pas de me rétorquer que ce n'est pas en France, non, c'est clair, en France on en est loin, et pourtant c'est quand même en Europe, vous savez, l'Europe, là où ça va bien, pas comme aux États-Unis...

C'est pourtant aux États-Unis que je vois le plus de réactions, où des rapports nous disent que les rédactions doivent s'activer et les journaux américains tenter de s'adapter aux nouveaux usages induits par Internet (via Techcrunch) :
  • De plus en plus de journaux expérimentent le contenu généré par l'utilisateur : 58% autorisent les utilisateurs à publier des photos, 18% des vidéos et 15% des articles.
  • En 2008, 75% des sites de presse ont permis aux utilisateurs de commenter les articles, soit plus du double par rapport à l’année précédente.
  • 10% des sites de presse ont des fonctionnalités de réseaux sociaux : profils d'utilisateurs, possibilité de lier ses "amis", etc. Il est d’ailleurs surprenant que ce taux ne soit pas plus élevé.
  • 76% des journaux en ligne mettent en avant les contenus plus populaires sous une forme ou une autre (articles plus partagés par courriel, plus blogués, plus commentés, etc.). Contre 51% en 2007 et 33% en 2006.
  • Sans surprise, tous les journaux en ligne affichent des pubs : 100% ont des publicités contextuelles et 43% des annonces interstitielles.
  • Depuis deux ans, presque tous les sites de presse ont des liens d’intégration avec les sites de social bookmarking tels que Digg ou Delicious : 92% des journaux en ligne vs. 7% en 2006 !
  • Parmi les nouvelles fonctionnalités examinées cette année, l’étude constate que 57% des journaux en ligne ont une édition PDF, 20% des options de chat, 96% fournissent des infos sur la météo locale, 40% utilisent les alertes par SMS et 70% les calendriers événementiels communautaires.
  • Le nombre de sites qui exigent une inscription pour voir davantage de contenus (gratuits ou payants) a diminué depuis 2007.
  • Sur 100 journaux, tous ont une forme ou une autre de flux RSS. Ils étaient trois en 2007 !
Or donc, tendre et douce Aliocha, rendre compte de ça, est-ce faire preuve d' "agitation stérile et agressive" ? De même que proposer un modèle d'évolution aux dinosaures et aux autruches ?

Comme les lézards de la famille Podarcis sicula, dont l'on pourrait résumer la devise par l'adage suivant : s'adapter ou mourir. Extrait :
Cependant pour retourner à nos propres capacités d’adaptation, (...) j’en viens à me demander si la brillante intelligence dont l’homme est pourvu ne serait pas un simple ornement ne jouant aucun rôle dans sa capacité à s’adapter à un nouvel environnement. Car à voir l’entêtement que nous mettons à ne pas voir les changements (...), on est bien obligé de constater que notre belle intelligence et notre gigantesque culture, n’est qu’un ornement.
S'adapter, évoluer ou mourir :


Et puisqu'il faut bien conclure, la seule chose sur laquelle je suis d'accord avec vous (comme quoi...), c'est que si les journaux et les journalistes qui les font disparaissent, cela ne signifiera jamais que les blogueurs auront gagné, mais que « tout le monde sera perdant ». Triste, non ?


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P.S. En parlant de vivre ou mourir...



Via Martin Lessard, interview vidéo de Jean-Claude Guillebaud. De même que celle-ci, d'un journaliste, Dominique de Montvalon, qui n'a pas peur des mots...



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mercredi 17 décembre 2008

Aliocha, pourquoi tant de bêtise !?

Aliocha, pourquoi tant de bêtise !?

Réponse à un texte idiot d'Aliocha intitulé "pourquoi tant de haine ?" qui rentre bille en tête et plume au vent dans une poignée de blogueurs, dont moi, qui attendraient impatiemment, selon elle, la mort de la presse écrite et du journalisme, pour des raisons que Madame ou Mademoiselle peine encore à s’expliquer, laquelle poignée « s’agite » (normal, avec les plumes) pour démontrer elle ne sait trop quoi.

Ce qui nous a énervés ? Que la presse observe avec circonspection notre idole, Madame, ou Mademoiselle, a nommé St Google, le Grand, l’Unique, le Seul maître-étalon du web. La référence absolue, celui devant qui il convient de s’incliner et dont les règles sont les nouvelles tables de la loi. Voui.

Et de reprendre quelques-uns de "nos" arguments :
  • Internet va tuer la presse écrite
  • les éditeurs de presse se braquent contre Internet
  • les éditeurs de presse n’ont pas trouvé de modèle économique viable sur Internet
  • Internet a permis l’accès gratuit à des nouveaux canaux d’information plus riches et plus intéressants que les groupes de presse traditionnels : vaste fumisterie
  • Il faut supprimer la presse
en saupoudrant son tissu d'âneries de réflexions du genre :
- Pourquoi tant de rage ? Entre nous, je n’ai guère d’estime pour les gens qui tirent sur les ambulances.

- En réalité, ces gens ont une fâcheuse tendance à tout mélanger : le journalisme et les vecteurs de diffusion de celui-ci, leurs rêves et la réalité. Que cela vous plaise ou non le journalisme est un métier. Il consiste à se colleter aux événements et aux gens sur le terrain, pas à tripatouiller le mulot bien assis dans son fauteuil en se prenant pour Albert Londres.

- Au fond, je vais vous dire quelle est la logique qui soutend ce combat, à mon avis. Ces gens observent les difficultés de la presse et se disent “nous ferions de bien meilleurs journalistes, à nous le pouvoir”. L’information circule désormais en partie sur le web, nous écrivons sur le web, donc nous sommes journalistes. J’ai connu des syllogismes plus convaincants.

- Amis blogueurs, vos rêves de voir mourir la presse sont aberrants et je dirais même dangereux pour notre société. Je vais vous confier au fond ce qui me choque le plus : la manière dont vous niez absolument et totalement le rôle démocratique de la presse pour limiter vos analyses à des questions de plomberie. Parlons-nous de déontologie, vous hurlez au corporatisme, de fiabilité de l’information, et là vous ricanez. Entre nous, il faut être vachement gonflé pour s’opposer le plus sérieusement du monde aux tentatives actuelles d’imposer une déontologie dans l’information. Voilà qui me laisse rêveuse quant à la nature de vos motivations.
(...)
Conclusion, nous n’avons jamais eu autant besoin de professionnels de l’information et de déontologie. Ne vous en déplaise.
Je m'arrête là pour l'instant, mais il y a d'autres perles.

Donc pour résumer, la solide argumentation qui précède est écrite par une journaliste, Madame ou Mademoiselle, mais journaliste quand même, probablement habituée « à se colleter aux événements et aux gens sur le terrain, pas à tripatouiller le mulot » (elle, ce serait plutôt la plume, nous l'avions compris), et qui en connaît probablement aussi un rayon question "déontologie". D'ailleurs, ça se voit tout de suite à la manière dont elle traite un sujet.

Elle semble toutefois oublier quelques détails en chemin :

- Le déclin annoncé de la presse n'est pas un constat de blogueurs mais de la profession elle-même, ainsi que de tous les analystes qui se penchent à son chevet. Et de tous les rapports sénatoriaux, députoriaux (ça se dit pas ? ah bon !) et gouvernementaux dont j'ai tenté de dresser une liste probablement loin d'être exhaustive.

- Qu'il faille supprimer la presse, je me demande où elle a lu ça, la pauvre, là où je ne parle que d'adaptation et d'évolution. Encore une qui lit à l'emporte-pièce, convaincue de son bon droit autant que de sa mauvaise foi et pas le moins du monde intéressée par répondre aux arguments.

« Amis blogueurs, vos rêves de voir mourir la presse sont aberrants », amis, amis, c'est vite dit ! C'est quoi, ces privautés. Mes amis, je les choisis, et nous ne devons pas appartenir aux mêmes cercles.

Moi j'aime qu'on réponde à ce que je dis, pas à côté de la plaque. Ainsi lorsque vous affirmez :
Au fond, je vais vous dire quelle est la logique qui soutend ce combat, à mon avis. Ces gens observent les difficultés de la presse et se disent “nous ferions de bien meilleurs journalistes, à nous le pouvoir”
vous me faites pensez à votre confrère outre Atlantique qui invente un peu n'importe quoi (vous vous connaissez peut-être, qui sait ?) et voudrait suggérer aux blogueurs des règles sans "aucune valeur coercitive" mais interdisant par exemple « la publicité trompeuse, la diffamation, le vol du droit d’auteur, la fraude… » et l'adoption d’un guide de déontologie imposant :

- de s’assurer de la véracité des faits
- de ne pas induire en erreur avec des titres trompeurs
- de départager clairement l’opinion des faits
- de ne pas publier de rumeur
- de ne pas plagier
- de rendre compte des réalités sans préjugé
- de ne pas harceler les sources qui viennent de vivre un drame personnel
- etc.


Ah, ces blogueurs, ils font tout le contraire ! Et, de fait, je m'en rends bien compte en lisant votre texte, qui illustre la plupart de ces principes à la perfection, puisque vous les pratiquez vous-même avec tant de bonheur.

Ah que j'aurais aimé être journaliste, chère Aliocha, et comme je vous envie de n'avoir absolument rien, personnellement, « contre une redéfinition du journalisme intégrant les blogueurs au sein d’une déontologie et de règles de traitement de l’information communes. »

Oh, douce Aliocha, vous osez l'avouez : « Je l’ai déjà proposé, ça n’a interessé personne. Dont acte. », c'est tout à votre honneur, et croyez bien que je compatis, moi qui ne suis qu'un vil "harangueur de foule", "qui ricane quand les journalistes réfléchissent à leur avenir et qui se délecte des malheurs de la presse en croyant préparer mon prochain triomphe", moi, pauvre erre dont "l’inconséquence du discours le dispute à la sottise", incapable de dissimuler "la joie sadique avec laquelle j'observe le phénomène en tentant de démontrer que mon modèle non rémunérateur est drôlement plus malin que le modèle en difficultés de la presse", inapte à saisir "la nuance du problème" et tellement ignare et impardonnable de n'avoir pas encore compris que "si ça va mal aux US, ça va bien dans nombre de pays européens" !

Ô Aliocha, merci de m'avoir ouvert les yeux sur la grandeur du journalisme, vous voyez, finalement, même les blogueurs les plus crasses sont capables de faire amende honorable. Allez, sans rancune...


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dimanche 14 décembre 2008

Jurassic Presse et Google

Jurassic Presse et Google

Réaction inspirée par la lecture de trois billets :
  1. Vive la gougueulitude !
  2. États Généraux : Google en position d’accusé
  3. Google sous le feu des États généraux
Selon moi toute l'histoire de l'opposition presse / Google repose sur un gigantesque malentendu, entretenu à l'envi par les tenants de monopoles et de modèles qui ne tiennent plus la route, mais qu'il importe de préserver le plus longtemps possible et par tous les moyens, vu ce qu'ils rapportent - moins encore par leur pouvoir économique déclinant que par leur pouvoir d'influence toujours vital pour le pouvoir tout court...

Commençons par le billet d'Aliocha, qui trouve opportun de préciser :
Heureusement que je n’ai pas lu cette merveille sous la plume réjouie d’un blogueur anti-journaliste et pro-web, sinon je crois que ce blog se serait instantanément auto-détruit sous l’effet de la colère.
Sous la plume d'un blogueur certainement pro-Web mais en aucun cas anti-journaliste (quand bien même il faudrait s'entendre sur le sens et les implications du terme "journaliste" en 2008...), elle aurait peut-être pu lire avec plus grand profit une "vieille" réflexion sur certains changements de paradigme et l'émergence de la règle G + 2H + 5W.

Car en fait, donner dans la caricature tant dans les propos rapportés (« déformer la langue française pour répondre aux exigences d’un algorithme de langue anglaise c’est tout de même un peu gênant ») que tenus (« je ne serais pas non plus webesquement correcte, et je m’insurge contre l’internetitude », ..., « quel respect devrais-je à un système qui encourage toutes les dérives orthographiques, grammaticales et autres, simplement pour faire plaisir aux publicitaires ? »), ça fait certainement sourire le gogo, mais ça ne donne en rien une idée du "vrai" problème, qui est celui d'adapter aux nouveaux usages ce que devraient être une presse et un journalisme modernes. Et donc ça enlise le débat plutôt que de la faire avancer.

Car personne ne saurait sérieusement nier que le Web induit de nouveaux usages d'un côté, et que l'on a une impérieuse nécessité de voir l'émergence d'une presse et d'un journalisme modernes de l'autre.

Et si vous me demandez ce que devraient être "cette presse et ce journalisme modernes", je vous renverrais à différents billets que j'ai écrit sur la question, sans pour autant me prétendre exhaustif : Etc.

Car comme l'observe si justement Narvic, s’attaquer à Google, « c’est s’attaquer à des conséquences, pas à des causes ».

Remarquez, il n'y a pas de quoi s'étonner : s’attaquer aux causes, cela voudrait dire prendre acte des vrais problèmes, parfaitement identifiés (ce ne sont pas les rapports qui manquent...), pour les résoudre. Or il est bien plus facile de cacher tout ça derrière la grande mascarade des états généraux de la presse, pour au final faire cracher le contribuable au bassinet et le traire à volonté afin de perpétuer des rentes de privilèges...

Pourtant, lorsque l'on a des dialogues avec d'un côté Josh Cohen, patron de Google News :
- « Chaque page est désormais une Une »
- « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
- « Personne, pas même Google, ne peut renverser cette tendance. Votre modèle d’affaires doit changer »
et de l'autre des arguments tels que :
- « Et actuellement, avec la crise, des gens sont en train de mourir. Nous ne faisons pas assez d’argent pour vivre en ligne ».
- « Et ce que nous entendons aujourd’hui signifie que nous sommes donc livrés à nous-mêmes, malgré les déclarations d’Eric Schmidt. Vous acceptez donc la fin des news comme nous les avons connues ».
- « Vous avez une responsabilité sociale à assumer vis-à-vis des organes de presse. Vous devez prendre cela au sérieux »
il est clair que les interlocuteurs ne sont pas sur la même longueur d'onde...

L'un parle d'évoluer et de s'adapter, les autres de mourir et d'assistanat (les grabataires de l'info :-). Tout prêts à invoquer l'ombrelle souveraine de l'État-Providence d'un côté, et de l'autre la responsabilité sociale de Google vis-à-vis de qui va mourir. De suite les grands mots. Je vous dis pas, ils en rigolent encore à Mountain View : - « qu'est-ce qu'ils sont cons, ces français ! »

En anglais dans le texte.

Qu'il y ait un problème de partage des revenus publicitaires, c'est évident. Mais comme l'observe justement Vanch, la situation est tout à fait comparable à celle de la distribution en France et des grandes centrales d'achats, et c'est juste un rapport de force entre différents acteurs de la chaîne. Il y en a d'autres...

Du reste il n'y a pas que Google dans la pub : outre les différentes régies établies par pays, Microsoft, AOL et Advertising.com, Yahoo!, Federated Media, Commission Junction, Glam Media, etc.

L'histoire et l'exemple de Glam Media, qui continue d'évoluer et de s'adapter, seraient d'ailleurs très riches d'enseignements pour nos quémandeurs de profession...

Pour autant, si vous n'êtes pas contents de Google, allez chez les autres. Ou créez la vôtre (votre propre régie publicitaire, j'entends), ce ne sont ni les moyens qui vous manquent, ni les chiffres, ni les ressources, ni les contacts, ni les appuis... Et lorsque Bruno Patino constate : « L’écosystème des news est en train de mourir », c'est tout simplement faux !

C'est juste un écosystème dépassé qui refuse de s'adapter et d'évoluer qui est en train de mourir. Ce n'est pas la même chose. L'autre écosystème, l'écosystème des news sur Internet, est en pleine croissance. Avec des budgets pubs qui ne cessent d'augmenter.


Voir également ici, puisqu'on parle d'écosystème...

Donc face à des monopolistes mastodontes sans la moindre agilité ni inventivité, d'autres acteurs et alternatives voient le jour pour créer de toutes pièces de nouveaux écosystèmes de news : Wikio et Techmeme, Aaaliens et Publishing 2.0, Drudge Report ou Huffington Post, des réseaux de blogs nouveaux médias (Techcrunch, Read Write Web, etc.), une concurrence jeune, qui en veut et ne va pas manquer d'asseoir et consolider ses positions pendant que les autres pleurent...

Non, la réponse se dissimule en partie dans les propos de Josh Cohen :

- « Chaque page est désormais une Une »
- « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
- « Votre modèle d’affaires doit changer »


Et j'ajouterais :
- Apprenez les nouveaux usages, ne croyez plus que vos journaux-marques sont le centre du monde, car le nouvel écosystème de news se met en place et évoluera avec ou sans vous. Donc soit vous prenez le train, soit vous le ratez, or il me semble que vous avez déjà loupé pas mal de gares... Mais de grâce ne vous trompez plus de sens, ni l'info ni le lectorat ne vous attendront davantage !
Prenez-en acte ou mourrez ! Un avenir que vous semblez appeler de tous vos vœux et de toutes vos ultimes forces. Honte à vous !


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P.S. Si vous souhaitez une formation ou un coaching, contactez-moi :-)

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mardi 2 décembre 2008

Du futile au futur : l'avenir de la presse est-il écrit ou à écrire ?

Le 20 novembre 2008 a été déposé au Sénat l'avis numéro 100 du Tome VI de Projet de loi de finances pour 2009, signé par M. David ASSOULINE et consacré aux médias, aux avances à l'audiovisuel et à la presse.

On y apprend des choses, bien sûr. Et notamment qu'un avis favorable a été donné à l'adoption des crédits pour 2009 du programme 180 « Presse » de la mission « Médias », avant même que ne se concluent les légendaires États Généraux de la Presse écrite...

Pour autant, même si l'avenir de la presse n'est pas écrit, les chèques sont signés !

Parmi les critères qui rendent la situation économique de la presse écrite particulièrement préoccupante, selon le rapport, citons notamment :
  • Un lectorat en déclin
  • Une concurrence accrue sur le marché publicitaire
  • L'intérêt croissant des annonceurs pour Internet et la presse gratuite
  • Une évolution en ciseaux des recettes publicitaires de la presse (...) à craindre sur la longue période
  • Le maintien de coûts fixes élevés
  • La progression du prix du papier (...) fortement corrélée à la demande internationale
  • Des coûts de fabrication plus élevés que la moyenne européenne
  • Des modes de diffusion en profonde mutation
  • Un besoin de rénovation à tous les niveaux, etc.
Ça fait quand même beaucoup... D'où le constat d'une rénovation indispensable du dispositif d'aides à la presse, directes et indirectes, adapté aux défis du secteur :
  1. Les aides à la diffusion : à la recherche de nouveaux circuits et modes de distribution
  2. Les aides au pluralisme : consolider l'assise financière des entreprises de presse tout en renforçant la confiance des lecteurs dans l'indépendance de la presse
  3. Les aides à la modernisation : aider la presse à ne pas manquer le rendez-vous du numérique
  4. La nécessité d'accompagner l'Agence France-Presse dans ses mutations technologiques
Ça fait beaucoup là encore...

Mais face à une presse écrite payante française, qui « devrait être globalement déficitaire dès 2010-2011 et enregistrer une perte de 700 à 800 millions d'euros à l'horizon 2015 » (source : OC&C Strategy Consultants), le tout s'accompagnant d'une « réduction drastique des recettes de la presse d'information politique et générale », au point de reculer de 15 ans en tombant en 2008 au plus bas niveau de 1993 :


il me semble logique de compenser les pertes par l'argent du contribuable. La péréquation, ça s'appelle, ou égalité dans la répartition...

Alors allons-y gaîment avec le programme 180 :
Dans ce contexte extrêmement morose pour la presse quotidienne payante, les crédits alloués au programme 180 « Presse » de la mission « Médias » s'élèvent, en 2009, au même niveau que ceux inscrits en loi de finances initiale pour 2008, soit 284,6 millions d'euros en autorisations d'engagement (AE) et 279,6 millions d'euros en crédits de paiement (CP). Dans le cadre de la programmation triennale, ils seront ensuite ramenés à un montant de 279,6 millions d'euros en AE (274,6 millions d'euros en CP) en 2010, puis à 274,6 millions d'euros en AE (269,6 millions d'euros en CP) en 2011.

Le programme 180 se compose de deux actions :
- une action relative aux « Aides à la presse », dotée de 175,2 millions d'euros ;
- une action consacrée aux « Abonnements de l'État à l'AFP », dotée de 109,4 millions d'euros.
Ajoutez ça aux aides perçues pendant ces quinze dernières années, depuis 1993, justement :


et vous verrez que nous ne sommes pas loin d'une pilule globale de 20 milliards d'euros ! Oui, vous avez bien lu : 20 MILLIARDS D'EUROS.

On comprend parfaitement que le modèle est à perpétuer. Surtout pour ceux qui encaissent... À quand l'aide pour les blogueurs, je me demande !

Bon, rassurez-vous, cela n'empêchera pas le prix des journaux d'augmenter, faut pas exagérer non plus. L'évolution tarifaire au 1er janvier de chaque année est d'ailleurs déjà programmée jusqu'en ... 2015 (oui, vous savez, quand les pertes devraient s'élever à 700 ou 800 millions d'euros, ne chipotons pas, nous ne sommes quand même pas à 100 millions d'euros près) :


Sans compter que ces différentes subventions ne sont pas exemptes de dégâts collatéraux...

Mais bon, une fois encore, soyons assurés que la gestion des finances de l'état sera conforme à ce qu'on attendrait d'un bon père de famille, comme toujours...

Voilà pour le futile (clin d'œil). Passons au futur.


Premier prix : un contrat d'embauche !

Mais le futur, c'est également ça : le Huffington Post vient de lever 15 25 millions de dollars de fonds publics privés !

Ainsi pendant que les américains réinventent leur journalisme en tentant d'innover à 360°, en France on collectionne les rapports :
  1. Rapport Spitz - Les jeunes et la lecture de la presse quotidienne d'information politique et générale (octobre 2004)
  2. Rapport Muller - Garantir le pluralisme et l'indépendance de la presse quotidienne pour assurer son avenir (juin 2005)
  3. Rapport Lancelot - Les problèmes de concentration dans le domaine des médias (décembre 2005)
  4. Institut Montaigne - Comment sauver la presse quotidienne d'information ? (août 2006)
  5. Rapport Tessier - La presse au défi du numérique (février 2007)
  6. Rapport de Broissia - Presse quotidienne d'information : chronique d'une mort annoncée ? (octobre 2007)
  7. Rapport Giazzi - Les médias et le numérique (septembre 2008)
Etc. etc. Plus d'un rapport par an, et avec tout ça ces cons de décideurs qui sont pas foutus de décider autre chose que la perpétuation de rentes de privilèges ! Mais c'est toujours nous qu'on paye, il va sans dire...

Et pourtant, il y aurait des solutions. Prenons l'exemple des petites annonces :
(2) Vers la disparition des petites annonces des colonnes de la PQN ?

L'évolution des recettes de petites annonces est plus contrastée entre les différentes catégories de presse quotidienne d'information politique et générale.

S'agissant de la presse quotidienne nationale, les résultats de l'enquête statistique annuelle sur la presse écrite menée par la Direction du développement des médias révèlent que les recettes de petites annonces se sont contractées de 4,6 % en 2006. Si celles-ci comptaient pour 320 millions d'euros dans les recettes de la presse nationale d'information en 1990, elles ne représentent plus aujourd'hui que 70 millions d'euros soit à peine 5 % du chiffre d'affaires total de cette catégorie de presse.

A contrario, les résultats obtenus par la presse locale incitent à l'optimisme. Celle-ci a su en effet maintenir et même renforcer la part des petites annonces dans ses recettes commerciales. Ces annonces ont progressé de 42 % depuis 1990 et représentent désormais près de 17 % de ses recettes.

On peut en conclure que le support des journaux locaux est mieux adapté aux petites annonces que les quotidiens nationaux généralistes. Les petites annonces publiées autrefois dans ces derniers ont massivement migré vers les journaux gratuits et internet, ce qui conduit à s'interroger sur l'avenir de cette catégorie d'annonces et de recettes dans les pages et les bilans de la presse quotidienne nationale payante.
Or il y a un moyen radical de renverser la tendance ! Alors pourquoi personne ne le fait ?

Enfin, heureusement qu'il y a chez nous des journalistes qui savent encore de quoi ils parlent :

AFP Media Watch Automne Hiver 08 09
Après la tempête, le beau temps revient, paraît-il... Alors, l'avenir de la presse : écrit ou à écrire ? Qu'en pensez-vous ?


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samedi 29 novembre 2008

La question du sens

La question du sens

Réflexion initiée à la lecture de ce billet de Narvic, dans lequel il relève qu'on assiste à une productivité d' "information" à grande échelle, « sans que jamais la question du sens ne soit injectée à aucun moment dans les procédures de traitement. », et où le journaliste se trouve « surclass(é) sur bien des aspects décisifs : efficacité, production, coût, bref... productivité. » Et d'ajouter :
Reste le terrain du sens, si cette question a encore un sens...
Une problématique qui dépasse largement les seuls journalistes, selon moi, et que l'on peut tranquillement étendre à l'ensemble des internautes.

Et même hors Internet, puisque n'oublions pas qu'il y a encore, "out there", cinq fois plus de gens que la population des internautes, qui ne se sont jamais connectés au Web...

Or la question du sens est, à mon sens, si je puis dire, LA question à se poser, en tout cas celle que je me pose depuis le début : Quel est le sens de ma présence sur Internet ?

Le sens étant, toujours selon moi, la première des trois composantes de notre présence sur Internet.

C'est d'ailleurs pour cela que j'ai souhaité faire d'Adscriptor un lieu de sens, un lieu d'analyse et de contextualisation de l'info brute, où je préfère me taire quand je n'ai rien à dire et que je tourne en rond.

Inutile de participer à l'amoncellement de strates bloguesques où seule compte la superficie, qui ont pour unique intérêt de se substituer les unes aux autres à la vitesse de la lumière, frappé par crainte d'une désertion répressive des "abonnés" dès que vous arrêtez d'enfiler les actus kleenex comme des perles sur un collier.

Pour autant les agences de presse telles l'AFP et autres ne sont-elles pas des canons à dépêches dont se nourrissent bon nombre de journaux sans trop se demander ce qui se passe derrière...

Donc avec Internet, à part amplifier le phénomène vu la puissance inouïe de ce nouveau média, dans l'absolu quelle serait la différence avec avant ?

Om Malik voit se dessiner un avenir divisé en deux courants : d'un côté, un déferlement ininterrompu d'infos brutes provenant de sources diverses - Twitter, téléphonie mobile véhiculant messages, photos et vidéos, ou encore témoignages directs d'un événement obtenus via les réseaux sociaux -, et de l'autre les médias traditionnels, qui seraient chargés d'analyser et de contextualiser l'info en y apportant de l'intelligence ! Le tout en temps réel :
And that’s when I realized that the future of media is being split into two streams: one that consists of raw news that comes like a torrent from sources such as Twitter, mobile messages and photos, the other, from old media. The eyewitness dispatches (and photos) via social media are an adjunct to the more established media — which needs to focus on providing analysis, context, and crucially, intelligence — in real time.
Approche séduisante mais presque totalement contredite dans les faits, puisque de plus en plus les journalistes "traitent" l'info un peu n'importe comment (voir ici, , et là encore...), en caressant le public dans le sens du poil et des intérêts de leurs éditeurs. Je ne dis pas tous, mais beaucoup, inutile de le nier. L'indépendance des journalistes a fait long feu, même s'il existe encore quelques journalistes indépendants et fiers de l'être, heureusement !

Toutefois ils sont plutôt l'exception qui confirme la règle que le contraire. Cela dit, je ne partage pas vraiment l'analyse de Narvic lorsqu'il pense :
J’en suis au point d’estimer que sur internet se joue l’affrontement de deux approches, deux visions, deux théories de l’information, incompatibles et alternatives l’une de l’autre. Elles avaient évolué avant internet dans des sphères séparées, mais elles se rencontrent aujourd’hui sur ce terrain d’internet. Et l’une est en passe de supplanter l’autre.
Franchement, je ne vois pas pourquoi l'une devrait supplanter l'autre. Je ne crois pas au "celle-ci tuera celle-là". Je les imagine plutôt forcées de cohabiter et d'évoluer ensemble. Une vision personnelle que j'ai déjà tenté d'expliciter :
Dans cette ère nouvelle du one-to-one (ou many-to-many, ou many-to-one, ou one-to-many...), l'information ne se bâtit plus sur un modèle vertical, top-down qui plus est, mais horizontal, transverse, de liaisons (liens).

Par agrégation/associations d'idées, d'infos, de liens, de billets, de vidéos, de pages de résultats de moteurs, de micro-messages, de fils de discussion, de présentations, de documents partagés, etc. En clair : de tout ce qui peut faire sens. Indépendamment du support.

Et pour terminer sur un parallèle, de même qu'un organe de presse commet une erreur évidente et grossière en pensant que "son" site pourrait être assimilable à TOUT le Web, ainsi en va-t-il de l'article, que personne ne peut plus sérieusement considérer aujourd'hui comme un tout, qui ferait le tour de l'info.

L'heure est donc venue pour les journalistes d'écrire des articles - s'ils tiennent à conserver le terme -, qui feront sens plus par leurs connexions avec le reste de l'infosphère que par leur exhaustivité, une utopie à jamais révolue.

Dans l'infosphère, l'info n'a plus de centre.
Elle n'a plus de centre, mais elle a encore un sens : celui que chacun/e lui donne...


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