mercredi, juillet 16, 2008

2008 : l'information se cherche un contre-pouvoir

Tirer les leçons du scoop 100% Web de Médiapart, qui n'a été relayé ni par la presse traditionnelle ni sur Internet, pour mieux réfléchir à l'établissement et la crédibilité d'un contre-pouvoir de l'information en ligne.

* * *

N.B. Une version de cet article a été publiée dans le dossier de Contre-Feux dédié à Ingrid Betancourt, mais sous une forme un peu trop "journalisme à l'ancienne" pour mes goûts.


C'est-à-dire, pour reprendre le commentaire de François, sans lien externe ni sans rien qui facilite la lecture.

D'où la re-publication sur mon blog de ce billet tel que je l'ai conçu, plus aéré pour le rendre plus lisible, et riche en liens hypertextes comme à mon habitude, car un article sans liens est comme un jour sans pain, une véritable disette. Le jour où les médias traditionnels comprendront cela, ils feront un grand pas vers leur émancipation...

* * *

La presse exerce-t-elle aujourd'hui un contre-pouvoir de l'information ?

De catastrophe en catastrophe, la révolution Internet remet à plat le fonctionnement des cinq grands médias traditionnels, et notamment la presse.

Qui avait pourtant réussi à négocier brillamment le passage du XIXe au XXe siècle, à prospérer, même, allant jusqu'à devenir en de maintes occasions la « voix des sans-voix », ce qui lui a justement valu de recevoir le titre de quatrième pouvoir (initialement compris comme un contre-pouvoir aux trois pouvoirs traditionnels - législatif, exécutif et judiciaire).

Or, tel que le constate amèrement Ignacio Ramonet dans une brillante analyse (qui se bonifie en vieillissant, à l'instar d'un vin de qualité, un Bordeaux, par exemple ;-) (c'est moi qui graisse) :
Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce « quatrième pouvoir » a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation, en observant comment un nouveau type de capitalisme a pris son essor, non plus simplement industriel mais surtout financier, bref un capitalisme de la spéculation.
Une citation que semble aujourd'hui corroborer ... Médiapart :
L'Autorité de sûreté nucléaire dispose-t-elle des moyens d'alerte suffisants à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles?
C'est bien évidemment la deuxième partie de la phrase qui m'intéresse : « à un moment où les contre-pouvoirs en matière d'information demeurent faibles ! »

Doux euphémisme en général...

Et en particulier, probablement aussi, le constat de l'isolement de Médiapart, échaudé d'avoir constaté que même le plus gros scoop du monde peut ne rien valoir dès lors qu'il est publié sur un média ... à part !

Imaginez un instant qu'Edwy Plenel ait sorti une pareille histoire dans un édito du Monde, bien avant que ne commencent les règlements de compte...

Imaginez, oui, un seul instant : repris en boucle par toutes les agences, tous les journaux, dans la presse étrangère, sur Internet, partout, une résonance ... mondiale !

Tandis que là, rien. Un pet dans l'eau. Quelques petites bulles et puis s'en vont.

Moi cette histoire m'interpelle, pas vous ? Car ça veut dire que si rien n'est fait pour se faire entendre, l'information indépendante va avoir bien du mal à sortir la tête de l'eau. À défaut des bulles. Nous sommes en plein dans l'asymétrie de crédibilité de l'information. Permettez-moi de me citer moi-même :
Il y a asymétrie lorsque :

* la source objectivement crédible est subjectivement perçue comme non crédible
* la source objectivement non crédible est subjectivement perçue comme crédible

cas de figure auxquels s’ajoute cet autre double problème, propre à Internet et aux médias de masse :

* la source objectivement crédible est largement ignorée (il y a crédibilité sans notoriété / visibilité)
* la source objectivement non crédible est largement suivie (notoriété / visibilité sans crédibilité)
Oui, nous y sommes, en plein ! Puisque de plus en plus de gens ignorent allègrement quelques sources objectivement crédibles perdues dans la masse, en buvant crédulement les mots de maintes sources non - ou moins - crédibles mais largement surmédiatisées.

Voilà peut-être quelle serait la leçon à tirer du scoop de Médiapart, fièrement ignoré par l'opinion mainstream : « Le quatrième pouvoir médiacratique médiocratique de la presse ne joue plus aujourd'hui le rôle qui le légitimait hier » !

Cette histoire n'étant que la pointe de l'iceberg, un exemple noyé dans un océan de manigances, de compromis et de collusions avec les pouvoirs économico-politiques en place.

* * *

Existe-t-il un cinquième pouvoir, et de quoi s'agit-il ?

Idéalement, ce serait « la nouvelle mobilisation politique qui se dégage au travers d’internet, sans mettre l’accent sur internet lui-même », destinée à « bouscule(r) l'ordre établi ».

Ce serait également, toujours dans l'idéal, l'expression de l'opinion publique, en réalité manipulable et manipulée à souhait. Tous les pouvoirs le savent, à commencer par nos « démocraties », dont l'Italie est le parangon moderne...

Pour autant, concrètement, on chercherait en vain dans ce soi-disant cinquième pouvoir la voix (voie) quelconque d'un nouveau contre-pouvoir de l'information !

Rien de plus que des consciences assoupies, anesthésiées sous la coupe de l'antique stratégie « panem et circenses », et si l'on n'y veille, le sixième grand média qu'est devenu Internet empruntera le même chemin savonneux que les cinq précédents.

Donc pour répondre à la question « Existe-t-il un cinquième pouvoir ? » : en théorie, oui, dans la pratique, non !

* * *


Tel est le constat, désabusé mais point encore désespéré, qu'il convient de faire si l'on veut résolument contribuer à jeter les bases et réunir les conditions propices à l'établissement d'un contre-pouvoir crédible de l'information en ligne.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, paraît-il...


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jeudi, juillet 10, 2008

Médiatisation de la libération d'Ingrid Bétancourt sur le Web

Suite : en 2008, l'information se cherche un contre-pouvoir...

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En France, l'annonce officielle a été confirmée par l'Élysée à 21h16' le 2 juillet.

[Rectificatif - 19h] Réactif ;-), TomHtml commente qu'il a « posté un petit article sur (s)on blog... à 21h35 (d'après FeedBurner, 21h28 selon Blogger). Otto fera mieux la prochaine fois. »

Tom, il faut dire aussi que 52', ça me semblait un peu long pour une info de cette ampleur...

* * *

Sauf erreur de ma part, le premier billet que j'ai trouvé sur le Web a été publié chez Chauffeur de Buzz à 22h08', soit 52 minutes plus tard (si vous connaissez d'autres sources, merci de me les signaler). Ici aussi, une histoire de sa libération, toujours datée du 2 juillet.

Ingrid Bétancourt est libre !, à 23h14', puis à 23h30', 9 captures d'écran de quotidiens, dont seuls 6 en parlent dans leur "une" : 20minutes.fr, lemonde.fr, parisien.fr, liberation.fr, mediapart.fr et tf1.fr (ceux qui n'en parlent pas encore : bakchich.info, lexpress.fr et rue89.com, qui réagira à 23h57').

Signalons également lefigaro.fr, absent de la liste, mais très réactif entre une coupe et l'autre... pour acheter les Adwords correspondants à Ingrid Bétancourt et se positionner dans les Adsense avec ce message :
Fin de la détention pour Ingrid Bétancourt. Tout sur le Figaro

Source : Thierry Weber

À 0h15', les premières images tombent sur les écrans. Cela nous amène au lendemain, le 3 juillet, où là c'est l'explosion, en ligne et hors ligne, avec cependant un point commun : tous les articles sont rédigés autour de la libération spectaculaire mise en avant par les autorités colombiennes. Comme je l'ai lu ici, Les informations étant quasiment identiques dans les différents médias.

Il semble même qu'une catastrophe ait été évitée de justesse...

Pour autant, parmi la reprise en boucle de l'info telle quelle sur les médias "traditionnels", y compris à la radio et la télé, où partout on colle à la version "officielle", le 4 juillet, alors même que le "rassemblement du bonheur" était déserté, un premier article va faire brèche dans ce tableau huilé à la perfection, peint et repeint : il est publié chez Médiapart, sur le Web, donc, et c'est précisément un premier écart entre l'info traitée hors ligne et son traitement en ligne.

Un scoop 100% Web, intitulé « Libération d'Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle ».

Où le journaliste Claude-Marie Vadrot nous explique par le menu que « le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d'armes, ce qui n'est qu'une reddition d'un groupe des FARC. »

Ceci sans « remettre en cause le courage d'Ingrid Betancourt, le plaisir d'apprendre enfin sa libération, ni son extraordinaire volonté de surmonter ses souffrances. »

Face à un tel scoop (l'article est fort bien étayé, et Claude-Marie Vadrot y ajoutera de nouveaux éléments trois jours plus tard), on pourrait penser que cette version argumentée va pour le moins prendre de l'ampleur et contre-balancer un peu la version "officielle", plus "hollywoodienne" dans son essence.

Que nenni ! J'ai fait une recherche sur les liens pointant vers l'article de Médiapart, il y en a en tout et pour tout une quarantaine, la plupart venant de quelques blogs, quelques forums, quelques commentaires, autant dire un beau zéro pointé pour une information de cette valeur. Le seul titre de presse un peu important à relayer le sujet est le site suisse TSRInfo.ch, qui fait état le 5 juillet de « flou et doutes sur sa libération » !!!

Mais aucun titre de presse nationale, aucun site Web notoire, même si, le 6 juillet, on pourra lire dans un résumé sur Bakchich « les quelques informations vite diffusées sur les ondes ou dans la presse écrite » :
- L’opération aurait duré seulement 22 minutes.
- Les FARC auraient touché 20 millions de dollars pour permettre la libération d’Ingrid Betancourt et quatorze de ses compagnons d’infortune.
- Les services spéciaux colombiens n’ont été que les petites mains des Américains et des Israéliens.
Mais, en fait, rien de ce qui fait le fond de l'article de Médiapart. Tout juste si une dépêche de l'AFP fera état, trois jours plus tard, de « zones d'ombres sur l'opération »... Et pourtant, entre infiltration et reddition, il n'y a qu'un mot qui change ! Voir cet article un peu plus sérieux, en portugais, et en anglais...

* * *

[MàJ - 17h50'] En suivant le dossier de contre-feux.com, à l'origine de ce billet, j'ai découvert cet article de l'express.fr, qui signale le "scoop" de Mediapart avec ce lien perfide (cliquer ici pour lire l'article, payant), quand c'est justement l'un des seuls articles en libre accès sur Médiapart (je vous le demande : qui va cliquer sur un lien renvoyant vers un article "payant"...) !!!

* * *

Alors pourquoi ? Dans la presse traditionnelle, tout d'abord, probablement noyautée peu ou prou à différents niveaux, j'ai trouvé une explication "interne" plutôt déconcertante, venant d'un blog de journaliste, Pierre, qui reconnaît « C'est tout de même un gros scoop » (j'aimerais citer le billet en entier, mais allez plutôt le lire, je vous livre la conclusion) :
Mais des informations de MediaPart, il n’en a été question nulle part, sauf brièvement sur France Info. Je connais un moustachu qui a dû désespérer. Il a probablement appelé l’AFP, comme il doit en avoir l’habitude maintenant. J’ai moi-même mené un lobbying auprès de ma rédaction pour qu’il y soit fait mention, au moins dans l’article consacré aux informations de la RSR, dans un bloc sur les “doutes sur la version officielle”. Le responsable de service, bien qu’ayant fait l’effort de lire l’article de MediaPart, a choisi de ne pas en parler. “MediaPart, personne ne connait”, m’a-t-il dit.

Personne ne connait, donc on s’en fout.

Eeeeh ben c’est triste. Car ce conformisme, ce suivisme, cette uniformité de l’information, est le fondement de la critique formulée par les Français d’aujourd’hui à propos de leurs médias. Tout se déroule comme si nous étions des dinosaures au bord de l’éradication. On a pourtant l’avantage de voir la météorite arriver, mais on ne fait rien. En Floride, le Tampa Tribune s’apprête à licencier une bonne partie de son personnel. Dans un billet très remarqué, une stagiaire a pris la plume pour clamer que le journalisme méritait qu’on se batte pour lui. Un journaliste plus ancien, lauréat du Pulitzer, lui a répondu que seule l’innovation pourrait nous sortir de ce marasme. Une innovation qui ne risque pas d’arriver, dit-il, puisque ceux qui nous ont mis dans cette situation sont les mêmes que ceux qui sont aux commandes aujourd’hui.
Sans appel !

Cela étant, le scoop n'a pas non plus été largement repris sur la blogosphère, et pourtant c'était probablement un terreau fertile pour assurer un contre-pouvoir médiatique salutaire... Alors pourquoi ?

Je pense que cela est dû à la position ambiguë de Médiapart, dont le "modèle économique par abonnement" ne fait pas l'unanimité (je ne porte aucun jugement là-dessus, consultez plutôt l'analyse qualifiée d'Emmanuel Parody), et qui a recueilli nombre d'avis négatifs, ou pour le moins dubitatifs.

Un peu comme si l'on était face à une créature hybride, ni viande ni poisson, qu'on ne sait trop où caser. Il est d'ailleurs significatif d'observer que le fameux scoop a été publié en libre accès...

Dommage ! Puisque cet article mérite, à mon avis, et aurait dû incendier le Web francophone comme une traînée de poudre.

Car en fait, la blogosphère n'a pas été avare de billets sur Ingrid Bétancourt depuis sa libération, on en compte déjà plus de 35 000 sur le moteur de recherche de blogs de Google, pourtant dès que l'on approfondit un peu la teneur des billets, beaucoup partent dans des envolées anticléricales parce qu'elle a osé parler de Dieu et de sa foi, alors que selon moi cela ressort exclusivement de sa sphère privée, et qu'elle a juste dit ce qu'elle avait à dire.

C'est à elle, ça lui appartient, il y a dans ce drame une dimension personnelle et familiale face à laquelle la seule chose à faire, ô vous tous qui tirez dans tous les sens sans penser plus loin que le bout de votre plume, c'est de fermer votre gueule !

D'ailleurs j'aimerais bien en discuter avec celles et ceux qui balaient tout ça d'un revers de conscience à leur retour après 2401 jours de captivité dans la jungle colombienne aux mains des FARC...

Sans parler du trash de chez trash, mais là c'est moi qui la ferme, sans quoi je partirais dans une litanie d'insultes à n'en plus finir. Y en a d'autres à qui ça plaît, comme quoi il faut de tout pour faire un monde...

Que la lassitude de cette hypermédiatisation se fasse sentir, d'accord. Mais ça ne justifie pas tout. Je n'accepte pas qu'on se lance dans de tels outrages à la douleur et la solitude des gens, y compris lorsqu'on se permet d'évoquer les insupportables enfants d'Ingrid Bétancourt, sans penser une seconde au désarroi de deux adolescents face à une situation si atroce, et pendant si longtemps.

Mais bon, il est clair qu'il y en a qui ne font pas dans la dentelle. Pas vrai mon hiboo :-)

Enfin, tout ça pour dire que dans le cas présent, il me semble que le vrai sujet de fond n'est traité nulle part, que personne n'en a envie, et qu'on préfère faire de l'info spectacle, du kitch bien dans l'air du temps.

L'autre ombre au tableau étant bien sûr la récupération politique tous azimuts autour de L'OTAGE, plus impardonnable encore que les dérives malheureuses susmentionnées, et sur laquelle je ne souhaite pas m'étendre, sinon sur un constat consensuel de torts équitablement partagés entre droite, gauche, centre, etc., tous courants confondus.

Saluons donc dans ce brouhaha médiatique quelques trop rares accents de sincérité, un merci sobre, un regard sur les coulisses de l'info, et un billet qui dit ce qu'il en est.

J'arrête ici ma revue de presse, car c'est bien ce dont il s'agit, hors ligne et en ligne, en concluant amèrement que trop souvent la masse préfère s'entendre dire les choses qui ne fâchent point, qui n'obligent personne à trop réfléchir, surtout pas. J'espère que cela va s'améliorer dans les jours qui viennent, il n'est pas encore trop tard pour tenter d'aller à l'essentiel dans cette tempête de poudre aux yeux.

Faute de quoi ce sera une belle occasion de perdue par la blogosphère, qui devrait vite s'en saisir pour faire entendre une voix autre que le discours convenu et condescendant de la presse en place, plutôt que de continuer à se regarder complaisamment le nombril.

D'ailleurs n'est-ce pas à cette vocation que sont appelés les médias de demain : vous et moi, TOUS JOURNALISTES !?


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P.S. Un phénomène à part : la libération d'Ingrid Bétancourt sur Twitter...

Plus deux liens signalés en commentaires, qui font état d'une diffusion de la nouvelle avant même la confirmation officielle de l'Élysée, et de la mise à jour de l'article sur Wikipedia EN ... dans la minute qui a suivi !

Autres liens en rapport avec cette histoire (j'ajouterai au fur et à mesure de mes découvertes) :

- Bétancourt : le mari oublié...
- Ingrid Bétancourt vue d'ici...
- Ingrid Bétancourt, otage de nous-mêmes
- Show must go on...
- Quelques repères pour une tentative de décryptage des enjeux politiques de l'affaire Ingrid Bétancourt

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mardi, juillet 08, 2008

Versac ferme son blog : info ou intox ?

Il l'a annoncé cette nuit : fin de ce blog ! Emporté par la tempête blogueur = journaliste (ou pas), blogueur influent ou pas, to be or not to be classé sur Wikio, Challenges, etc., malentendus, trop de bruit, trop de délire :
Il est donc temps pour moi de passer à autre chose. Ça ne se passera sans doute pas ici. Oubliez "versac.net", nom et identité que je ne maîtrise plus, avatar stupide que des journalistes et des blogueurs ne veulent pas comprendre, totalement fixés sur la blogostar et le concept fumeux de blogueur influent, qui n'existe pas. Dans cette économie ridicule de la visibilité à outrance, héritée de ces media qui meurent à petit feu, devenir une star est un sport que je n'aime pas pratiquer.

(...)

En attendant, je publierai, ailleurs. Sous mon vrai nom, sans pseudo. Et avec d'autres modes d'interaction. J'ai des projets heureux de ce point de vue, qui me permettront de travailler autrement à l'expression de cette passion et cette connaissance de ce qui se passe, ici, sur le web. J'ai quelques propositions de tribunes, ici ou là, de collaborations, d'autres projets. Ça sera sous mon nom, et pas ce truc qu'est devenu versac. Il y a un livre, aussi, que je vais terminer cet été.

Me libérer de ce blog pesant m'ouvre des horizons nouveaux.
Perso, je parie pour l'info. Bon vent, Monsieur Nicolas Vanbremeersch.


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samedi, juillet 05, 2008

La tribu de la presse à un tournant

Comme l'observe Narvic (c'est moi qui graisse) :
Aujourd'hui, on tire sur les journalistes de toutes parts, et des études montrent assez l'ampleur du malaise : la crédibilité est en miette, la défiance s'est installée. Mais les journalistes eux sont les seuls à ne pas tirer sur les journalistes !

Il serait temps qu'ils s'y mettent ! Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans le journalisme et chez les journalistes.
Les journalistes me font penser à une tribu, une tribu migrante qui est à un tournant de son existence professionnelle (ce que les traducteurs vivent déjà depuis des années...), plutôt mal négocié pour l'instant. C'est ainsi qu'en lisant Migration Point for the Press Tribe, signé Jay Rosen, je lui ai demandé l'autorisation de traduire son billet, qu'il m'a gentiment accordée. Adaptation libre.
Nous assistons à la période initiale d'une montée en puissance du journalisme semi-professionnel, qui s'accompagne d'un déclin de l'ancien mode de vie de la tribu des journalistes professionnels. Je les nomme "tribu" parce qu'ils partagent une culture et un même sens du destin, et parce qu'ils s'imaginent qu'ils possèdent la presse, qui serait la leur, en quelque sorte, du fait qu'ils en dominent la pratique.

Le premier amendement de la constitution américaine dit à tous les citoyens : vous avez le droit de publier ce que vous savez, de dire ce que vous pensez. Or hier ce droit n'était exercé que de façon fort abstraite, alors qu'il s'exerce aujourd'hui concrètement, depuis que la population dans son ensemble se partage le pouvoir de publier. Les projets qui amènent les gens à exercer leur droit pour une presse libre renforcent la presse, que ces projets renforcent ou non les journalistes de profession qui ont mainmise sur la presse.

La tribu de la presse professionnelle traverse une condition dramatique, où il en va de sa survie. Ces dernières années, elle a commencé à réaliser qu'elle ne pouvait plus vivre des rentes héritées d'une situation où les journalistes étaient les pourvoyeurs industriels d'infos
one-to-many, capables de dicter le consensus.

Le terrain sur lequel ont vécu les gens dans les salles de rédaction - qui était également leur modèle économique - ne suffit plus pour rémunérer leur travail, d'où le tournant qu'ils doivent prendre, en dépit de leur réticence : et pour continuer, pour maintenir la presse professionnelle sur sa voie, la tribu de l'info devra migrer, traverser la fracture numérique et se réinstaller sur de nouvelles terres, un nouveau sol, ou, comme nous l'appelons parfois : une nouvelle plateforme.

Toute migration, que les américains idéalisent facilement, est un traumatisme pour la communauté. Il est difficile de tout quitter et d'abandonner des contrées familières. Certains membres de la tribu de l'info ne veulent pas partir : les bilieux des rédactions, un groupe réactionnaire. D'autres préfèrent nier la situation, d'autres encore s'éloigner discrètement du journalisme. Beaucoup sont éjectés vu la régression des conditions contractuelles et économiques de la tribu. Quelques-uns enfin admettent que c'est la panique.

Donc à l'instar des migrants réticents partout dans le monde, les membres de la tribu de la presse doivent décider ce qu'il leur faut prendre avec eux. Quand partir. Où aller. Ils doivent choisir ce qui est essentiel à leur mode de vie, déterminer quelles sont les choses adaptées à l'ancien monde qui sont désormais inutiles, voire handicapantes dans le nouveau ; et se demander s'ils peuvent emmener avec eux ce qu'ils savent. Maintenant, que sera la vie dans l'océan numérique reste bien sûr une inconnue pour tout migrant, et génère un sentiment de crise immédiat pour les anciens de la tribu, qui ont toujours su comment vivre auparavant.

C'est déjà assez dur comme ça. Même si cela le sera encore davantage - ainsi qu'un défi toujours plus grand à relever pour la sagesse politique de la tribu - vu que le terrain sur lequel la presse devra se reconstruire est déjà occupé par des gens comme Jane Hamsher, Roger L. Simon, Arianna Huffington et Glenn Reynolds, qui eux sont occupés à construire une espèce de civilisation alternative aux infos et aux commentaires professionnalisés, ce qui ne les empêche pas de faire usage de la presse à l'ancienne et de l'industrie sous-jacente.

L'une des questions face à laquelle les journalistes sont de plus en plus perplexes aujourd'hui, c'est quoi faire des pros installés et de leurs vieilles habitudes, et comment se positionner vis-à-vis d'eux.

Dans l'actuelle fracture numérique, les conditions d'exercice du journalisme ne sont plus du tout les mêmes. Laissez-moi vous citer quelques faits marquants. La communication est bidirectionnelle,
many-to-many. Le partage horizontal de l'info est devenu aussi important que le modèle top-down de sa diffusion. Les lecteurs sont devenus rédacteurs, et les gens qu'on qualifiait hier d'audience sont aujourd'hui des producteurs de contenu, des experts qui partagent leurs opinions et des consommateurs autonomes.

Il y a une chose que la tribu de l'info n'a pas compris en 1996, lorsqu'elle s'est retrouvée en ligne, en considérant le Web comme un bon moyen de reconditionner son contenu, pris tel quel à l'ancienne plateforme ; or même si le Web peut permettre cela, l'idée de reconditionner le contenu informationnel a un coût intellectuel énorme. Cela n'a pas aidé la tribu à bien appréhender sur quel terrain elle devait reconstruire, mais a permis à la presse de retarder la date de sa migration.

De nos jours, la presse est un territoire partagé, avec des zones pro et des zones amateur, une délimitation appropriée puisque la liberté de la presse elle-même est un territoire partagé, qui appartient autant aux amateurs qu'aux pros. En ligne, les deux zones sont connectées et ont un débit commun (voir un exemple ici). Cela fonctionne toujours sur un mode vertical : de la presse vers le public. Mais ça marche aussi horizontalement : de pair à pair. Avec une partie en système fermé — les systèmes fermés étant bons pour contrôler les choix éditoriaux —, et une partie en système ouvert.

Les systèmes ouverts, en revanche, sont bons pour participer, former la communauté et identifier l'intelligence où qu'elle se trouve sur le réseau. Ils sont bons pour partager et pour faire émerger le bon contenu. Mais ces deux systèmes éditoriaux ne fonctionnent pas de la même façon. L'un ne remplace pas l'autre. Ils ne sont pas ennemis pour autant. Nous avons donc besoin de mieux comprendre comment ils peuvent travailler ensemble.

C'est de là que vient l'idée d'un journalisme pro-am. Je pense que les formes hybrides seront les meilleures - l'ouverture avec ce qu'il faut de contrôle, les amateurs travaillant au côté des pros -, mais cela signifie que nous devrons appréhender comment fonctionnent ces formes mixtes de collaboration. Arianna Huffington, Amanda Michel, Mayhill Fowler, Marc Cooper et moi-même, accompagnés par plus de 3 000 membres abonnés, sommes actuellement plongés dans une tentative de ce genre, OffTheBus.

Arianna et moi voulions unir nos forces pour couvrir les élections américaines, sans idées claires sur la manière de le faire, jusqu'à ce que nous trouvions le nom, OffTheBus. Notre sentiment était que le courant dominant de la presse n'avait réussi jusqu'alors ni à innover ni à s'ouvrir bien loin. Nous voulions donc étendre les pouvoirs de la presse couvrant la campagne présidentielle à celles et ceux qui ne faisaient pas partie du club des pros, aux non-accrédités ayant des convictions et fiers de participer à la vie politique. Ce qu'a fait l'Huffington Post en permettant à des milliers de blogueurs d'écrire dans ses colonnes, en signant avec des milliers de journalistes citoyens pour suivre la campagne.

Notre idée : vous pouvez publier des sujets politiques indépendamment de votre positionnement. Vous n'avez pas besoin d'être dans la zone "presse" pour faire du journalisme sur la campagne présidentielle. Huff Post filtre les meilleurs sujets qui font la une, et, de là, sont injectés dans la conversation nationale. Nous allons ensuite tester un modèle de publication distribuée pour couvrir la campagne.

Dans la course à la narration, nous entreprenons quelque chose de “nouveau”, comme l'a observé Zephyr Teachout pour inaugurer cet événement, quelque chose en dehors des sentiers battus. Ainsi que l'a souligné Clay Shirky, l' “action collective en est facilitée”. En mettant nos idées en pratique, nous avons voulu faire, quelque part, une presse renouvelée.

Au final, je pense qu'il est temps que la presse s'élargisse, ne croyez-vous pas ? Cela signifie que nous devons étendre nos idées sur le sujet. C'est le but de ce billet.
Voilà. Je ne suis qu'un “amateur” mais c'est ma manière de contribuer au débat qui agite en ce moment les esprits sur la crise du journalisme et de la presse en général. Je laisse aux “pros” le soin d'adapter ce billet à la réalité francophone et de trouver les liens qui vont avec.

Sur le modèle de publication distribuée, voir également ici. Personnellement, je pense que ce pourrait être là un excellent laboratoire d'expérimentation pour développer une contribution communautaire “encadrée”.

Laissez-moi enfin vous signaler trois lieux de réflexion essentiels : Narvic, Journalistiques et Média Chroniques. Déjà si vous lisez tous leurs billets et suivez tous leurs liens, vous en saurez ... davantage que moi :-)

Merci encore à Jay Rosen, et si vous souhaitez suivre la campagne présidentielle américaine jusqu'à son terme, voici un lien de choix : OffTheBus !

En France, ne reste plus qu'à savoir qui et quand sera capable de sauter hors du bus...


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P.S. Juste une citation (via ABC Digital Futures) :
Journalists are too often reduced to a cross between call-centre workers and data processors.

Trop souvent le rôle des journalistes se réduit à un croisement entre les tâches d'opérateurs de centres d'appels et celles d'opérateurs de traitement des données.

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jeudi, mai 08, 2008

La plus-value d'Adscriptor

Francis Pisani titre deux billets récents Nous ne lisons pas et Quand l’actu ne vaut rien.

Dans le premier, il reprend une thèse de Jakob Nielsen selon laquelle les lecteurs se contentent de balayer les textes, en nous fournissant les chiffres suivants :
  • on ne lit que 20% du texte d’une page moyenne (page testée de 600 mots) ;
  • nous n’avons pas le temps de lire plus de 30% des mots qui s’affichent sur l’écran ;
  • on ne lit 50% de l’information que si le nombre de mots est inférieur à 111 ;
  • plus l’auteur ajoute de mots, moins nous avons de temps à leur consacrer : 4 secondes pour chaque paquet de 100 mots en plus.
Dans le second, il remarque qu'en 3 jours Google News a indexé près de 3 000 articles sur la rupture des négociations entre Microsoft et Yahoo, 3 000 articles « sur la même chose », sans compter les blogs.

Et de citer la « commoditization of news », « le fait que la valeur des articles d’actualités, plus encore que celle des produits de consommation courante, tend vers zéro. »

En ajoutant :
Conscient de ne rien avoir à dire «de plus» ou «de mieux» je n’ai rien écrit sur le sujet.
(...)
Traiter des sujets que tout le monde traite revient, pour les médias d’information, à assécher la source qu’ils exploitent.
En corrélant son discours, je suppose, au titre du billet : Quand l’actu ne vaut rien.

Donc, je partage en partie la position de Francis. Ou mieux : je partage en partie son constat. Mais je ne partage pas sa généralisation. Sans quoi je renierais tout le travail que j'essaie de faire sur ce blog.

Dont les statistiques de fréquentation tendent, d'un côté, à prouver les assertions de Francis ; et à démontrer le contraire de l'autre.

Je m'explique. Pour appuyer son hypothèse : Quand l'actu ne vaut rien, Francis prend l'exemple de la rupture des négociations (ont-elles jamais eu lieu ?) entre Microsoft et Yahoo!

Or selon moi, dans l'absolu, il y a incompatibilité entre le titre et l'exemple, puisque tout rapprochement potentiel entre Microsoft et Yahoo! serait en réalité l'une des infos les plus importantes pour le Web depuis l'arrivée de Google, un tournant décisif pour Internet.

Lorsque l'on voit la puissance d'un Google et l'impact économique démesuré que prendra probablement Internet dans les années à venir, la naissance d'un compétiteur à la hauteur est une actu de tout premier plan.

Au passage, sur ce coup, je ne suis pas d'accord avec Didier, autre blogueur qui n'est pas avare en analyses : je ne vois aujourd'hui aucune pluralité sur Internet, pas même un semblant, mais uniquement l'hégémonie toujours plus puissante et envahissante de Google.

Donc, oui, un rachat du dauphin par son suivant pourrait conduire au cartel ou à l'oligopole, mais ce serait déjà un plus par rapport au monopole actuel. On a encore très présent dans l'informatique de bureau et les suites bureautiques ce que le monopole Microsoft signifie : des dizaines centaines de millions d'utilisateurs captifs...

Et encore, avant qu'il y ait duopole, encore faudrait-il qu'il y ait une intégration digne de ce nom entre M$ et Y!, ce qui serait loin d'être acquis...

Une actu de tout premier plan, donc. Alors comment peut-on en arriver au constat que cette actu ne vaut rien ?

Je n'ai qu'une réponse : ce n'est pas l'actu en elle-même qui ne vaut rien, mais la façon dont elle est traitée. Ce qui fait une grande différence...

Car si vous prenez les 3 000 news, il est faux et simplificateur, voire caricatural, de dire que toutes ne valent rien parce que toutes répètent la même chose. Ce n'est pas vrai. Et si vous posez comme hypothèse - vraisemblable - qu'il y en a au moins 5% qui tentent de sortir du lot dans leur manière de traiter l'info, ça fait déjà 150 articles et billets (Google News n'indexe pas que les journaux, mais aussi certains blogs, ... pas Adscriptor, c'est dommage ;-) dont l'on peut aisément supposer qu'ils donnent un plus à leur lecteur.

Et je peux vous dire, moi qui passe une bonne partie de mon temps à éplucher les infos auprès des meilleures sources qu'elles existent, et de plus qu'elles sont assez faciles à repérer.

Donc il est normal qu'une actu comme un mariage Microsoft-Yahoo! fasse couler de l'encre, ce n'est pas pour rien que j'y ai déjà consacré plus d'une trentaine d'analyses - et je n'ai pas fini... -, ou, pour le moins, j'espère que mes billets seront considérés comme tels : des analyses.

C'est là où j'en arrive à la partie des stats : la fréquentation d'Adscriptor oscille entre 200 et 300 visiteurs par jour, très exactement 287 sur les 7 jours écoulés, avec un temps moyen de permanence - et donc de lecture - de 2 minutes 03''.


Ce qui veut dire, d'une part, que les analyses n'intéressent pas grand monde, en tout cas moins que certaines "actus" de grande consommation...

De l'autre, que les gens qui veulent s'informer sont prêts à prendre le temps de le faire, et par conséquent que les chiffres de Jakob Nielsen ne sont pas généralisables.

Car j'ai la faiblesse de croire que cette moyenne de temps de lecture, qui n'est jamais descendue en dessous d'une minute depuis le début de ce blog, pour autant que je m'en souvienne, est une reconnaissance implicite de la plus-value d'Adscriptor : ne pas faire du réchauffé en essayant de fournir des analyses et des infos utiles à mieux comprendre les évolutions du Web.

Analyses subjectives, certes, que certains pourront trouver mauvaises, voire nulles à chier, mais analyses quand même. Sinon ça sert à quoi, que Dugros il se décarcasse ?

Je vous le demande !


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mardi, avril 29, 2008

L'homme est un animal social...

Dont le propre est de communiquer. Depuis tout temps. D'abord par l'oralité, essentiellement. Puis par l'écriture.

Dès les premières lignes de son Histoire de l'écriture (Payot, réédition, 1984), James G. Février disait, en 1959 :
L'écriture est un procédé dont on se sert actuellement pour immobiliser, pour fixer le langage articulé, fugitif par son essence même. Moyen indirect d'ailleurs. Il viendra peut-être une époque où le dictaphone remplacera la plume et où nos bibliothèques se transformeront en discothèques ; la radio ne concurrence-t-elle pas déjà la presse ? Mais nous n'en sommes pas encore là.
Clairvoyant, non ? Un demi-siècle a passé, et nous sommes désormais beaucoup plus loin... À des années-lumière, même.

Avant Internet, lorsque vous communiquiez avec quelqu'un, soit vous lui parliez, soit vous lui écriviez, mais difficilement les deux en même temps.

Or dans l'Internet, non seulement l'écriture et l'oralité se fondent, mais vous pouvez y ajouter les images - statiques et en mouvement -, la musique, et toutes sortes d'autres éléments interactifs.

The live Web : le summum des possibilités communicatives, où chaque message, chaque info qui circulent peuvent passer de main en main et être pris ou laissés, traités, modifiés, élaborés, réélaborés, mixés, remixés, diffusés, repris, rediffusés, etc., à l'infini. Où chacun/e y met son grain de sel, à son gré et sa discrétion, dans l'instant ou en différé et selon son humeur.

Même la traduction s'inscrit dans ce cycle communicationnel.

Donc nous n'avons plus désormais un contenu produit d'un côté et consommé de l'autre, mais une tension continue entre ces deux pôles "production-consommation", et une commutabilité (si je dis commutativité Eolas va encore pinailler) permanente entre les deux rôles.

Qui se calquent maintenant sur un modèle de communication en réseau, où l'on est passé du point-à-point au many-to-many (multipoints-à-multipoints, où tout le monde communique avec tout le monde) : aujourd'hui, potentiellement, tout le monde produit, tout le monde consomme.


Il n'y plus le one-to-many du producteur qui vendrait son contenu propriétaire à la masse des consommateurs, mais autant de producteurs que de consommateurs et vice-versa.

Et en outre, autre révolution majeure : il y a aujourd'hui davantage de contenus librement accessibles que de contenus payants. Des contenus de même nature ! Il devient en effet de plus en plus difficile, au point de tendre à l'impossible, de trouver une info payante qui ne soit pas aussi disponible sans rien payer.

Donc pourquoi payer d'un côté ce qui est gratuitement disponible de l'autre ? Et qu'on ne vienne pas me dire que ce qui est gratuit n'est pas gratuit, que vous le payez autrement, etc., car en l'espèce c'est une question tout à fait accessoire.

Une fois ces contours tracés, les manœuvres gigantesques auxquelles se livrent les grands groupes aujourd'hui tournent autour d'un seul problème : celui du contenu. L'inventaire, comme on l'appelle sur Internet.

Plus l'inventaire les inventaires que vous pouvez proposer aux internautes sont importants, plus vous pouvez les "monétiser" d'une façon ou d'une autre. D'où les concentrations auxquelles on assiste - et ce n'est pas fini -, où chacun apporte en dot ses lots de contenus.

Et où prennent-ils ces contenus ? Sur mon blog, sur celui d'Eolas, sur les sites des autres, etc. Là où il est, quoi. Ils se servent d'ailleurs sans rien demander, et personne ne leur dit rien, car ils "donnent" en échange une certaine dose de visibilité. Or si l'on n'est pas visible sur Internet, autant dire qu'on n'est rien. Pas de visibilité, pas de présence. L'équation se résume à ça.

Il n'y a guère plus que la presse qui prétend vouloir faire payer les moteurs, et on voit où ça la mène. Encore heureux que les moteurs soient prêts à payer ! Sans quoi les groupes de presse finiraient par avoir encore moins de lecteurs sur leurs sites que pour leur édition papier, ce qui est tout dire...

Mais le jour où ils couperont les cordons de la bourse, même les sites de presse devront mettre les clés sous la porte. À moins qu'ils ne s'adaptent. Et vite. La relève est déjà là. Tous les journalistes qui se posent des questions feraient bien d'y réfléchir, voire de changer d'attitude...

Le contenu, donc. Notre contenu. Celui d'Adscriptor, par exemple. Et celui du voisin, et du voisin encore, etc.

Comment le valoriser mieux que par quelques degrés de visibilité ? Rassurez-vous, je pose la question sans vous donner la réponse, qui ne dépend certes pas de ma personne. J'ai déjà mes idées là-dessus, une foule d'idées, mais que seul je serais bien incapable de mettre en œuvre. Il y faudrait des moyens humains, une structure logistique, une plateforme technique, etc.

Toutefois on peut résumer ça en un mot : agrégateur. Avec les avalanches de procès auxquelles on assiste en ce moment, j'ai lu de tout sur les agrégateurs. Tout et son contraire. D'abord il en va des agrégateurs comme du reste : il y a les bons et les mauvais. Je crois surtout que les agrégateurs sont comme les autres, au sens où personne (à part Google) n'a encore vraiment compris comment interagir intelligemment avec les producteurs de contenus que nous sommes.

Mais ça va se mettre en place, c'est évident. Ce n'est qu'une question de temps. De tâtonnements, pour tester, modifier, ajuster les modèles.

Toutefois une chose est sûre : ce n'est pas en défendant à outrance le pré carré de l'information propriétaire qu'on va dans le bon sens. Pas plus qu'en menaçant de procès un blogueur pour avoir osé reproduire un dessin tout pourri. Et encore moins en condamnant à tort et à travers pour des infos tellement anodines qu'elles ne méritent pas même d'être qualifiées d'infos...

L'homme est un animal social. Qui a autant besoin de communiquer et d'échanger que d'air. Vouloir l'en empêcher, c'est aller contre nature. Vouloir enfermer l'information et son libre-échange dans des règles juridiques trop strictes, aveugles et rétrogrades (en fait, ne servant qu'à maintenir certains privilèges le plus longtemps possible), c'est comme vouloir retenir de l'eau dans ses mains. Ça fuit de tous les côtés.

Je ne suis pas seul à le dire, c'est dans ce film (45 minutes).


Steal This Film II - FR from Nicolas Cynober on Vimeo.

L'information est liquide. Dans l'océan de l'info, soyons tous des pirates. Libérons les données...

Billet excellentissime auquel je dois la réflexion qui précède. Merci Nicolas.


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P.S. Adaptation de la première capture d'écran du film :

Ne demandez la permission à personne pour copier ce contenu. Quiconque ne reproduira pas ce contenu, ou empêchera les autres de le faire, sera mis au ban.
Tous les dispositifs techniques potentiellement utilisables pour partager ce contenu devront être déployés. Nous vous le demandons : assurez-vous avec vigilance de la promotion de ce contenu, et informez les tenants de la propriété intellectuelle que sa “consommation” doit être favorisée, et non combattue. Merci !
Voilà au moins une capture pour laquelle je ne risque aucune menace.
Eolas, si vous visionnez ce film, grand bien vous fasse ! (tiens, ça rime ;-)

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dimanche, avril 27, 2008

L'affaire Martinez - Gala

ou pourquoi il n'y a, selon moi, qui ne suis pas avocat mais simple citoyen concerné par ce que je considère être de graves dérives juridiques et des "torsions brutales" du système judiciaire, aucune atteinte à la vie privée dans cette affaire.

[MàJ - 21 mai 2008] Et ça continue...

Suite à la menace à peine voilée d'Eolas, en proie à un énorme coup de colère, j'ai écrit dans la foulée un billet enflammé que je renonce à publier pour mettre un terme à cette polémique stupide, qui n'a jamais été mon but.

Comme nous y invite sobrement Frédéric Dard : "Il est parfois bon d'abaisser un débat", ... ce qui ne veut pas dire y renoncer.

Voilà pourquoi je poursuis mon analyse de cette triste affaire, qui n'est certes pas un honneur pour la Justice française. C'est mon avis. Motivé par de gros efforts de compréhension pour essayer de faire la part des choses. S'il ne vous plaît pas, ou si vous n'êtes pas prêt à examiner objectivement un point de vue différent du vôtre, passez votre chemin.

* * *

Dans Eolas – Adscriptor : riposte, Pierre Borbon me dit en commentaire :
Vous montrez du doigt comme quelque chose d'énorme le fait que la Cour de cassation parle de dérives jurisprudentielles. Il n'y a là, absolument rien d'étonnant ou de choquant.
Ce n'est pas tout à fait exact. Ce que je veux montrer du doigt, c'est que la Cour de cassation parle de dérives jurisprudentielles en matière d'atteinte à la vie privée !

C'est ça qui m'a étonné. Car il me semble deviner que dans l'affaire Martinez contre Fuzz et les autres, aucun avocat défenseur n'a soulevé d'exception sur ce point.

Apparemment il règne en l'espèce un consensus général chez les avocats sur cette dictature de l'atteinte à la vie privée, une matière dont Emmanuel Parody nous dit : « c'est le droit à l'image et la législation protégeant la vie privée qui est notre spécificité nationale. »

Eolas lui-même, dans son billet sur la condamnation de Gala, conclut ainsi : « Le reste de la décision n'appelle aucun commentaire particulier de ma part, elle est très classique en matière de protection de la vie privée. »

Un avis que je ne partage absolument pas, non point parce que c'est Eolas qui le dit, cela ne changerait pas ma position d'un pouce qu'il fût prononcé par Machin ou Trucmuche. Ainsi, celles et ceux qui seraient amenés à penser que ce billet est issu d'une rancune malsaine se trompent. Lourdement.

Je vais donc analyser cette affaire avec mon "bon sens", c'est tout ce que j'ai. Aucune formation juridique, on me l'a assez reproché, mais je ne considère pas cela comme une excuse suffisante pour éviter d'essayer de comprendre. Par moi-même dès lors que je n'accepte pas cette apparente passivité générale autour d'un principe injustement érigé en absolu.

Ce qui m'a conduit à rechercher les exceptions à ce principe. Je les ai trouvées ici (c'est moi qui souligne) :
II . Exceptions

1) Les exceptions au droit à la vie privée et à l’image

1ère exception : "La redivulgation de faits déjà licitement publiés" [4] et informations "anodines"

Faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité

Il est normal qu’un journaliste ou tout autre professionnel chargé de faire connaître et d’étudier les faits puisse se référer à des événements qui ont déjà fait l’objet d’une divulgation, ces faits étant en principe connus de tous. Cependant, Me A. Bertrand constate que de nombreux jugements continuent de sanctionner la republication dans des journaux d’informations dont le public avait par le passé eu connaissance. Il cite à l’appui une décision du TGI de Nanterre en date du 15/02/1995 "Seule la personne concernée est habilitée à décider de faire ou de laisser publier la relation des faits relatifs à sa vie privée dans les termes, le support et le contexte choisis par elle, de sorte qu’une nouvelle publication ne peut être faite sans son autorisation spéciale".

Ce genre de décisions contrarie l’esprit de l’article 9 du code civil qui n’est censé protéger que l’intrusion illicite dans la sphère privée. En effet, la divulgation de ces faits par la personne protégée écarte toute idée d’atteinte à la vie privée.

Le droit exclusif et absolu sur sa vie privée : la fin d’un règne ?

Un arrêt de la cour de cassation, plus récent, en date du 3 avril 2002 semble vouloir atténuer cette sévérité des juges du fond. La cour affirme que la simple relation d’un fait public n’est pas de nature à porter atteinte à la vie privée et rappelle que certains faits, qu’elle qualifie d’"anodins", ne peuvent, en raison de cette nature, constituer une atteinte à la vie privée. Ainsi, alors même qu’aucun contexte d’actualité ne vient couvrir l’absence d’autorisation, il semblerait que la cour de cassation ait décidé de mettre un terme à certaines dérives jurisprudentielles.
Une première exception - "La redivulgation de faits déjà licitement publiés" et informations "anodines" - qui semble s'appliquer comme un gant à l'affaire Martinez - Gala !!!

Donc une première question que je pose aux avocats est la suivante : pourquoi dans cette affaire aucun de vos consœurs et confrères n'a soulevé cette exception ?

Sur le caractère anodin de l'information, il me semble difficile de se contorsionner dans tous les sens pour prétendre le contraire. Quoique, vu les précédents...

Reste à examiner la question des "Faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité", pour voir si la caractérisation est applicable ou pas à l'affaire Martinez vs. Gala.

Je dois pour ce faire me rapporter au jugement du tribunal (intégralité) :

À la défenderesse faisant « valoir que la notoriété du couple formé par K.M. et O.M. à laquelle les intéressés ont eux-mêmes contribué priverait ce dernier de la possibilité d'agir en référé, l'écho donné aux retrouvailles du couple n'étant pas nécessairement fautif », le juge répond :
...attendu que la divulgation antérieure par le demandeur de faits relevant de sa vie privée, à supposer qu'elle soit suffisamment démontrée, ne saurait le priver de la possibilité d'agir en référé en raison d'atteintes postérieures non autorisées, et ne peut dès lors constituer une contestation sérieuse au sens de l’article 809 alinéa 2 du Code de procédure civile ;
je note que ce jugement a été rendu presque une semaine APRÈS que la rumeur d'un mariage éventuel entre K.M. et O.M. ait fait le tour de la toile, relayée par une dépêche de l'AFP, reprise par je sais pas combien de journaux, suivie du démenti officiel de Me Emmanuel Asmar pour le compte de son client : Olivier Martinez dément un mariage avec Kylie Minogue (des milliers de résultats aujourd'hui sur Google). Je cite la dépêche :
Me Emmanuel Asmar, l'avocat de l'acteur français Olivier Martinez, a fait savoir jeudi soir dans un communiqué à l'AFP que son client démentait l'annonce d'un prochain mariage avec la chanteuse australienne Kylie Minogue.
(...)
Pour preuve de ce mariage qui alimente une rumeur depuis plusieurs mois...
Donc je me demande : dans l'échelle des rumeurs, quelle serait la plus haute pour motiver une atteinte à la vie privée ?

Celle de simples retrouvailles, ou celle d'un futur mariage ? De plus, comble de l'absurdité, cette rumeur du mariage a été lancée sur Internet le jour même, ou le lendemain, je crois, de la condamnation de Fuzz et des autres.

Or dans le cas des simples retrouvailles, nous avons une série d'assignations - toutes gagnées - au motif d'atteinte insupportable à la vie privée, alors que dans le cas du mariage annoncé - POSTÉRIEUR aux condamnations contre Fuzz et les autres et ANTÉRIEUR à la condamnation de Gala -, nous avons un simple démenti du même personnage.

Une info également reprise sur Gala, le 28 mars (lendemain de la condamnation de Fuzz et des autres, mais date antérieure au jugement) qui écrit : « Olivier Martinez met donc les choses au clair et demande une nouvelle fois, en démentant les rumeurs de mariage, qu’on cesse de parler de sa vie privée. »

Assortie d'un premier plan du beau ténébreux...

Vous allez peut-être rétorquer qu'il n'est pas trop tard pour que Martinez attaque l'AFP et compagnie, mais enfin, après avoir publié un communiqué officiel utilisant les mêmes voies, permettez-moi d'avoir quelques doutes.

Auquel cas je pose aux avocats les questions suivantes :
  1. Ces faits peuvent-ils être considérés publics ou portés à la connaissance de tous en toute légalité ?
  2. Si cette circonstance du mariage annoncé, de toute évidence plus grave sur l'échelle des rumeurs que celle des simples retrouvailles, peut être considérée comme un fait public ou porté à la connaissance de tous en toute légalité, y a-t-il une quelconque possibilité que la soi-disant atteinte ait gain de cause devant un juge du fond (car si j'ai bien compris, le référé ne préjuge en rien de l'issue d'un jugement sur le fond) ?
  3. Vu le déroulement des événements et les antécédents médiatiques du "couple", est-il possible que, pour des "infos" de même nature, d'abord il n'y a pas atteinte, et puis après il y a atteinte, ensuite il n'y a plus atteinte, et demain peut-être encore atteinte, etc.
    Un peu comme si l'atteinte pour les mêmes infos totalement anodines pouvait être décrétée selon des fenêtres temporelles décidées par une star capricieuse : hier non, aujourd'hui oui, demain non, après-demain qui sait ?
Et que dire ainsi du "préjudice subi par O.M. du fait de cette publication (...) aggravé par le fait que celle-ci a été diffusée sur Internet" ?

En effet, les moteurs fournissent des milliers de résultats sur les infos ci-dessus. Donc, doit-on considérer ces milliers de résultats publics ou portés à la connaissance de tous en toute légalité, ou constituent-ils tous une atteinte ? Ou encore certains constituent-ils une atteinte et d'autres non, alors qu'ils parlent tous de la même chose ? Et si oui, quels sont les critères juridiques retenus ? Le degré de gravité dans l'échelle des rumeurs ? Autre ?...

* * *

Mais ce n'est pas tout. Loin de là.

Selon le jugement, l'article condamné a été publié le 4 février, puis volontairement retiré du site Gala.fr le 14 mars, après avoir fait l'objet "d'environ deux milles visualisations" (sic!).

Ce qui fait que là où le plaignant demandait le "retrait immédiat de l’article litigieux sous astreinte de 5.000 euros par jour de retard", le juge constate que "le retrait des propos n'est plus sollicité eu égard au constat d'huissier produit en défense".

Plus d'article litigieux, plus de retrait. Ce qui doit être bien commode pour Gala.fr, qui publie en parallèle la même info à deux autres endroits, ENCORE EN LIGNE AUJOURD'HUI :

On ne parle que de ça | Kylie Minogue dément une nouvelle relation amoureuse avec Olivier Martinez : Certes, ils se voient régulièrement, mais uniquement par amitié...

Brève publiée le 5 février, c'est-à-dire le lendemain de l'info condamnée et volontairement supprimée par Gala.fr :


On murmure que... | Kylie Minogue flirte avec son ex ! : A Paris, elle serait retombée dans les bras d’Olivier Martinez...

Celle-ci, qui n'est pas datée (pourquoi donc ?), est placée sous la même rubrique que la brève condamnée : On murmure que..., et reprend partiellement les mêmes mots (à gauche, version actuellement en ligne) vs. (à droite, version retirée) :

- On murmure que... | Kylie Minogue flirte avec son ex ! vs. On murmure que... | K.M. et O.M. de nouveau ensemble ?

- Kylie aurait craqué de nouveau pour son french lover vs. la chanteuse australienne aurait décidé de retenter l'aventure avec son french lover...

- On pensait qu’elle s’était juste contentée de promener S., le berg