vendredi 4 avril 2008

Etude 2008 sur les réseaux sociaux

Publication de l'étude Networking Social Survey 2008 par l'Office of Communications du Royaume Uni, un rapport de 70 pages qui propose une analyse quali-quantitative des attitudes, des comportements et des usages dans les réseaux sociaux en 2007.

Le présent billet n'a pas la prétention de décrypter le rapport dans le détail, mais espère juste vous donner l'envie de consulter l'intégralité de l'étude.

C'est pourquoi je ne vous présenterai ici que quelques graphiques sur les statistiques de fréquentation des réseaux, la partie quantitative donc, en vous renvoyant à la lecture du rapport (uniquement en anglais) pour l'analyse des comportements et usages - la partie qualitative.

De 2000 à 2008, l'évolution des réseaux sociaux est ainsi présentée :


Avec la répartition qui suit par tranches d'âge :


où plus de 51% des utilisateurs ont moins de 35 ans, et presque 1/4 de quinquas en août 2007. Selon l'étude, le réseau Sagazone, qui vise les + de 50 ans, comptait plus de 30 000 profils enregistrés en janvier 2008.

Quant aux parents ayant des enfants entre 8 et 17 ans qui fréquentent les réseaux sociaux, presque tous sont conscients de la nature de ces réseaux.


Parmi les adultes inscrits, 62% utilisent Facebook avec un profil enregistré, 46% MySpace et 32% Bebo, pour les principaux.


Et ce sont à peu près les mêmes fréquentés par les enfants, bien qu'il y ait un peu plus de diversité chez les adolescents (MSN, Piczo, autres...).


L'audience est ainsi répartie :


avec aux deux extrémités de très faibles audiences : entre 2 (!) et 11 ans d'une part, et + de 65 ans de l'autre.

La fréquence d'utilisation est plutôt soutenue :


puisque 87% des utilisateurs disent ouvrir leur profil au moins une fois par semaine, et 50% pratiquement chaque jour !

La répartition par pays est également intéressante :


les plus assidus étant, par ordre d'importance, le Canada, le Royaume Uni, les États-Unis, le Japon, l'Italie, la France et l'Allemagne.

Quant aux principales fonctionnalités utilisées sur les réseaux :


nous avons d'abord l'envie de papoter avec les "amis" (concept plutôt vague sur Internet) et la famille, la recherche de contacts, écouter de la musique, etc.

Je finirai ce passage en revue par les raisons pour lesquelles les enfants/adolescents sont sur les réseaux :


Pour plus de 9 sur 10 (92%), c'est pour être en contact avec les amis et la famille, et consulter les profils/pages des autres ; 79% déclarent qu'ils souhaitent communiquer / prendre contact avec des gens qu'ils voient plus rarement, et 59% qu'ils veulent se faire de nouveaux amis.

L'étude prévient toutefois que les figures 19 et 20 ne sont pas directement comparables. La suite détaille très bien les autres fonctions sociales et les usages qui sont faits des réseaux, avec deux pages de glossaire pour terminer.

Bonne lecture. :-)


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P.S. L'Asie n'est pas suffisamment prise en compte dans l'étude, m'indique Pierrick en commentaire, en me signalant une présentation que je soumets volontiers à votre attention :



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mercredi 2 avril 2008

Que sont les blogs aujourd'hui ?

Que sont les blogs aujourd'hui ?

Réflexion suscitée par la lecture d'un billet de Narvic, dans lequel il rapporte ses commentaires au billet de Laurent Gloaguen, qui pointe lui-même vers un billet de Francis Pisani, etc.

La question que j'en retiens : qu'est-ce qu'un blog aujourd'hui ?

Pisani tente une analyse de ce que peut rapporter un blog - rien, sauf dans certains cas, jugés atypiques :
... je pense que, même s’ils utilisent la technologie de publication du blog, nous ne saurions appeler “blogs” des publications comme le Huffington Post, TechCrunch ou GigaOm. Il s’agit d’entreprises de presse qui publient exclusivement online (pour le moment en tous cas) et dont l’écriture est plus agréable à lire, plus “opinionated”, que le ton compassé, froid, hypocrite et ultra prudent de la plupart des publications traditionnelles.
C'est d'ailleurs la citation reprise par Laurent, qui a provoqué une série de commentaires très intéressants, dont ceux d'Hubert Guillaud, de Narvic (ici et ), de GreG ou de Damien B.

Mais si vous lisez déjà ces trois billets et tous les commentaires, y a de quoi réfléchir !

Pour me limiter uniquement au binôme blog/blogueur, mon point de vue est proche de celui d'Hubert Guillaud :
Jusqu'à présent on avait tendance à s'en tenir à une définition technique pour dire ce qu'était ou n'était pas un blog. Mais est-ce que cela peut être pertinent encore à un moment où tous les sites deviennent des blogs (généralisation du commentaire et du fil RSS, voir même de la navigation ante-chronologique) ?
Ceci dit, essayons de répondre à la question posée plus haut.

Pour moi, qu'est-ce qu'un blog aujourd'hui ?

Un blog, c'est d'abord ce que chacun/e en fait. Entre Chauffeur de Buzz et Huffington Post, pour citer un exemple, il y a différence de stratégie, différence de personnalité, différence de moyens, etc.

Entre Eolas et Media & Tech, il y a différence de compétences, d'intérêts, etc.

Entre Tristan Nitot et les blogs Microsoft, il y a différence de culture !

Entre Adscriptor et Search Engine Land il y a ... un océan de différence, et ainsi de suite !

Derrière un blog il y a une personnalité (qui n'est pas incluse dans la plateforme), qui va donner un ton unique, une empreinte originale, différents de ceux du voisin. Tout au moins c'est à espérer...

Donc, première chose, il n'y a pas "un blog" mais "des blogs". Et même si l'aspect technique est une composante fondamentale de notre présence sur Internet, cela n'est guère utile pour répondre à la question : « que sont les blogs aujourd'hui ? »

Des conversations ?

Ce qui est sûr, par contre, c'est que le phénomène est profond, diffus, et d'une manière générale qu'on assiste à une professionnalisation du blogging, qui va de pair avec la professionnalisation du contenu sur Internet. Moi-même, dans Adscriptor, c'est quoi ?, j'insiste un minimum sur la sphère professionnelle.

Et cela bien que la sphère personnelle semble sortir gagnante dans mon analyse des motifs pour lesquels les gens bloguent (portant sur 70 internautes ayant fourni cinq raisons pour lesquelles je blogue), où les principales raisons invoquées étaient, à :
  • 57%, le partage au sens large (35 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 38,6%, les rencontres occasionnées, virtuelles ou réelles (17 fois le verbe, 10 fois le substantif)
  • 30%, l'écriture (16 fois le verbe, 5 fois le substantif)
  • 27,1%, l'échange (15 fois le verbe, 4 fois le substantif)
  • 22,9%, le plaisir de bloguer (16 fois le substantif)
En effet, en donnant une valeur arbitraire de 100% à ces cinq raisons, la répartition était la suivante :
  1. partage, 32,5%
  2. rencontres, 22%
  3. écriture, 17%
  4. échange, 15,5%
  5. plaisir, 13%


Or l'un des principaux reproches fait à cette analyse fut que l'argent semblait absent, alors qu'en réalité de plus en plus de blogueurs auraient bien aimé retirer quelques revenus de leurs blogs. Ce qui nous renvoie au billet de Francis Pisani...

Voir également ce billet, et l'étude ci-dessous, à laquelle j'ai répondu en son temps.


Pour autant, il y a encore un différentiel notable entre ce côté-ci de l'Atlantique et l'autre, où il serait pratiquement inconcevable qu'un blogueur du calibre de Fred Cavazza ne monétise pas son blog, selon la terminologie consacrée, alors qu'ici tout le monde trouve ça normal.

Personnellement, mon blog s'inscrit dans une stratégie de présence (y compris sur les moteurs) plus que d'influence, très très loin de la conception que s'en font encore certains journalistes, tel que celui qui m'a contacté il y a deux mois en attaquant ainsi : « Je suis journaliste et aimerais vous posez (sic!) quelques questions sur les volontaires d'Internet. »

Les volontaires d'Internet ! N'importe quoi ! Je ne sais pas si c'est le ton de ma réponse qui l'a fait fuir, mais il ne s'est plus manifesté. En tout cas il m'a bien fait rire, le gueux.

Toutefois un peu moins que ce cher Amaury de Rochegonde, pour qui des « millions de sites ou de blogs » « font de l’audience en propageant rumeurs et commérages », en faisant « une concurrence un peu déloyale » aux médias traditionnels, ces « vieux habitués de la responsabilité éditoriale »...

Et de se réjouir du jugement dans l'affaire Olivier Martinez, « une très mauvaise nouvelle pour les internautes amateurs de potins » !

Ça m'a tellement énervé que je lui ai envoyé un mail que je vous livre in extenso :
Votre article est un tissu d'âneries qui fait de la superficialité vertu.
Par contre, si je comprends bien, vous êtes "journaliste". C'est bizarre, je croyais que les journalistes fouillaient un peu leurs arguments avant d'en parler. Or en lisant ce "papier", on a plutôt l'impression qu'il ne fait que colporter les potins et ragots qu'il semble vouloir dénoncer.
Il ne m'a pas répondu. Mais bon, il est pas trop tard...

En conclusion, ce qui me désole le plus de voir tant d'incompétence bornée, c'est que souvent elle émane de ceux-là mêmes qui devraient expliquer ce qu'est le Web 2.0 (ce cher Amaury est tout de même responsable du service médias du magazine hebdomadaire Stratégies et s'exprime ici sur France Info...), sa complexité, sa richesse, ses subtilités, ses enjeux, etc.

Des enjeux qui sont gigantesques, soit dit en passant. Or avec des arguments pareils, c'est pas demain la veille qu'on va aider les gens à appréhender correctement la situation...

Alors voilà, que sont les blogs aujourd'hui ? La même chose qu'hier et que demain, mais d'abord ce que chacun/e en fera. Et pour vous, c'est quoi les blogs ?


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P.S. Vous pouvez répondre en commentaire, bien sûr, mais un billet complet sur l'argument vous permettrait sûrement de développer une réflexion plus aboutie, si je puis me permettre :-)

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mardi 1 avril 2008

Partenariat Facebook - Primoscrib !!!

Partenariat Facebook - Primoscrib !!!

[MàJ - 2 avril 2008] Poisson d'avril oblige, mis à part le contrat, tout le reste est vrai... ;-)

Exclusivité ! Facebook et Primoscrib viennent de signer un partenariat de collaboration pour la localisation de Facebook !!!

Vous avez sûrement vu il y a quelques jours que Facebook avait ouvert au public son application de traduction, qui doit permettre aux internautes de localiser le site dans 22 langues !


Si vous nourrissez encore quelques doutes, consultez cette page qui donne le mode d'emploi de la localisation de la plateforme.

En parallèle, je vous annonçais il y a plus d'un mois que le compte à rebours avait commencé pour le lancement de Translation 2.0 Open Project - TOP² pour les intimes -, dont l'un des fleurons est un moteur de recherche terminologique multilingue qui scrute le Web afin de trouver des définitions et des exemples de traduction en rapport avec les termes à traduire dans différentes langues. Vous trouverez la FAQ ici.

Nous avions donc développé plusieurs widgets, y compris un pour Facebook :


Or après l'avoir testé, l'un des responsables pour la localisation du site nous a contactés pour nous féliciter sur la qualité du moteur et nous demander si nous serions d'accord pour associer notre application à la leur.

Une chance inespérée pour un projet en phase de lancement ! Et bien voilà, depuis hier, c'est fait, l'accord est signé ! Ne vous attendez pas à un montant faramineux, pour la simple raison qu'il ne s'agit point d'un partenariat financier, mais d'un accord de visibilité, puisque l'application Translation 2.0 sera installée en bundle avec l'application Translation de Facebook !

Le choix de faire appel à des professionnels de la traduction est également une réponse claire adressée à qui pense que la localisation "communautaire" pourrait signer l'arrêt de mort de Facebook.

À croire qu'ils lisent Adscriptor ! Quant à celles et ceux qui préfèrent Netvibes ou Google, nous y avons également pensé&:



Cerise sur le gâteau, nous profitons de l'aubaine pour lancer le concours Win-Win, dont l'enjeu est de créer un twin Win-Win, un moteur jumeau qui rassemblera 5 000 URL que vous nous soumettrez.

Donc si vous connaissez un site Web riche en terminologie multilingue pas encore présent dans notre moteur (qui indexe déjà près de 5 000 ressources), vous pouvez nous soumettre son URL et gagner 1 $ par URL ajoutée et validée : consultez le règlement, c'est du gagnants - gagnants !

vous gagnez 5 000 $, nous gagnons 5 000 URL.

Et non, ce n'est pas un poisson d'avril !!!





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P.S. Si vous souhaitez en savoir plus sur le projet TOP², le premier billet publié sur le blog du projet est déjà en ligne (en anglais aussi). Un forum sera ouvert dès ce soir...



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vendredi 28 mars 2008

Olivier Martinez et la vieille Dame



Voir également sur l'Observatoire des médias pourquoi je trouve ce jugement critiquable...

Préambule
Le droit de la presse
Agrégateurs et blogueurs, même combat !
Conclusion : je n'aime pas Olivier Martinez

* * *

Préambule

La Justice est une vieille Dame. Séculaire. D'aucuns diront avec justesse qu'ancienneté ne signifie pas forcément obsolescence. Certes. Pour autant il est des situations, nombreuses, où l'ancienneté peut altérer la capacité de jugement, c'est le cas de dire. Et le jugement rendu dans l'affaire Olivier Martinez contre Fuzz et les autres défendeurs impliqués en est l'exemple typique.

Un jugement essentiellement motivé par l'absence de législation ad hoc que devrait pourtant garantir un droit "moderne" à ses citoyens.

Nul n'est censé ignorer la loi, paraît-il ! Prenons-en acte. Mais a contrario on ne voit pas pourquoi la loi devrait ignorer impunément les avancées technologiques qui accompagnent quasi-quotidiennement le progrès de nos sociétés en pleine évolution, perpétuelle et rapide. Et s'adapter en conséquence.

Ce serait, me semble-t-il, le corollaire obligé de l'édiction faite au citoyen lambda... qui n'a pas la plupart du temps les moyens de se payer les services d'un avocat pour suppléer aux carences du législateur, alors même qu'il serait légitimement en droit d'attendre de ce dernier qu'il fasse correctement son travail.

Or au lieu de cela, le législateur préfère transférer la responsabilité - et la charge de payer qui va avec - de ses lacunes au citoyen. C'est quand même un peu trop facile...

Inutile de vous dire que je ne suis absolument pas d'accord - mais alors PAS DU TOUT - avec ce que j'ai lu ici, , et là encore, de cette triste affaire.


En fait, j'ai repris la Une de Narvic d'hier car elle cristallisait fort bien tout ce à quoi je suis opposé, et qui ne prouve selon moi qu'une chose : qu'il est d'autant plus urgent que le pouvoir législatif légifère sur une matière particulièrement mouvante - INTERNET - que plus le législateur attend et plus les choses vont s'embrouiller.

Ce que je vais tenter de démontrer.

Avant de commencer, permettez-moi toutefois de préciser que je n'ai rien contre Narvic, nous avons souvent échangé nos avis et j'ai souvent pris le sien comme référence. Mais, dans cette affaire, il se trouve que ses opinions sont emblématiques d'un certain courant de pensée que je souhaite combattre, d'où il s'ensuit qu'en répondant à ses articles je réponds par la même occasion à celles et ceux qui avancent ou avanceront des arguments identiques ou proches des siens.

Ce préambule étant posé, entrons dans le vif du sujet. [Début]

* * *

Le droit de la presse

Maître Eolas, qui vient de consacrer coup sur coup un billet sur la responsabilité des blogueurs et un autre où il propose quelques moyens de défense, nous dit de la liberté d'expression qu'en l'espèce :
... la loi qui s'applique est notre loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, avec les adaptations apportées par la LCEN aux spécificités du support informatique.
Un droit de la presse qu'un journaliste tel qu'Emmanuel Parody trouve « moins ringard et stupide qu’on pourrait le penser », bien qu'il ait « évolué dans un sens discutable (je pense à la diffamation et justement en ce qui concerne le droit à la vie privé, passons…) ».

Un droit vieux de plus de deux siècles est donc censé s'appliquer au tourbillon Internet, ce que Narvic justifie ainsi dans son premier commentaire à mon billet Flux RSS : la jurisprudence en marche... :
Avant de monter de toutes pièces un nouveau régime juridique, qui devra attendre des années avant de se stabiliser à force de nouveaux procès et de jurisprudence, on peut regarder si une adaptation du régime qui existe déjà n'est pas suffisante, et peut se faire à moindre frais pour tout le monde.
Les condamnés apprécieront...

Pour autant, adapter le droit de la presse à Internet, ou mieux, adapter Internet au droit de la presse, signifie de facto vouloir faire entrer le Web dans un cadre juridique bicentenaire, voire le faire s'encastrer de force là où ça craque de partout. Car en réalité c'est bien de cela dont il s'agit : requalifier des faits extrêmements modernes en leur restituant leur "qualification exacte" attribuable à des catégories juridiques complètement dépassées.

Je vous rapporte la définition de ce qu'est, selon Gérard Cornu dans son Vocabulaire juridique, la "qualification" en droit :
Opération intellectuelle d'analyse juridique, outil essentiel de la pensée juridique, consistant à prendre en considération l'élément qu'il s'agit de qualifier (fait brut, acte, règle, etc.) et à le faire entrer dans une catégorie juridique préexistante (d'où résulte, par rattachement, le régime juridique qui lui est applicable) en reconnaissant en lui les caractéristiques essentielles de la catégorie de rattachement.
C'est moi qui graisse : « à le faire entrer dans une catégorie juridique préexistante », quitte à le faire entrer de force !

C'est ainsi qu'on va qualifier un agrégateur ou un blogueur d'éditeur, en forçant allègrement la requalification au seul motif que l’information est organisée en opérant un tri et une hiérarchisation des liens par catégories, ou encore en considérant que « la décision d’agencer les différentes sources permettant à l’internaute d’avoir un panorama général grâce aux différents flux choisis sur un thème bien précis » est bien un choix éditorial.

Le tribunal considérant alors que la décision de s’abonner à des « flux et de les agencer selon une disposition précise et préétablie pour les mettre à disposition des internautes » conférait au webmaster du site la qualité d’éditeur, qui devait donc, de ce fait, « assumer pleinement la responsabilité des informations qui figurent sur son site ».

Un raisonnement pour lequel Pierre Chappaz propose le parallèle suivant :
C'est un peu comme s'ils attaquaient les kiosques à journaux sous prétexte qu'un écrit leur déplaît dans l'un des titres en rayonnage.
Poussons même plus loin l'analogie : imaginons qu'une info jugée diffamatoire ait été reprise en couverture d'un magazine people vendu en kiosque. Est-ce qu'il viendrait à quiconque l'idée d'attaquer tous les kiosquiers au motif qu'ils auraient aidé à diffuser l'actu ?

Et est-ce qu'il viendrait aux juges l'idée de donner raison au plaignant en condamnant tous les kiosquiers au motif qu'en décidant d'agencer sur leurs présentoirs lesdits magazines « selon une disposition précise et préétablie pour les mettre à disposition des » passants, ils seraient qualifiables d'éditeurs ?

Et par là même que ce choix de présentation de l'info par les kiosquiers serait un choix éditorial ? D'où il s'ensuivrait que les kiosquiers devraient donc, de ce fait, « assumer pleinement la responsabilité des informations qui figurent sur » leur présentoir ?

Absurde, n'est-ce pas ? Et bien pourtant, c'est très exactement ce que les juges viennent de décider, tant dans l'affaire Olivier Martinez contre Fuzz que dans celle d'Olivier Dahan contre lespipoles.com. [Début]

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Agrégateurs et blogueurs, même combat !

L'agrégateur agence des flux. OK. Idem pour le blogueur lorsqu'il décide d'agrémenter son blog de flux dans le seul but de fournir une information plus riche et complète à ses lecteurs.

Concrètement, les flux sont mis à jour et défilent automatiquement sans aucune possibilité pour l'agrégateur ou le blogueur d'intervenir dessus. Sauf à les supprimer, on est bien d'accord.

Donc imaginons que j'ai un blog people et que les flux qu'il affiche soient alimentés en continu et en automatique par un site qui va balancer, au milieu de centaines d'autres infos, une actu jugée diffamatoire.

Ce flux va s'afficher à un moment donné sur mon blog, et je ne le saurai ni ne le verrai car je n'ai pas l'œil rivé sur mes widgets de flux 24h/24. Par contre l'huissier qui va faire une recherche googlesque pour collecter son matériel à charge va tomber dessus et faire une belle capture d'écran.

Me voici donc juridiquement responsable de diffamation. Sans le savoir. Sans en être à l'origine. Non. Juste juridiquement responsable en tant qu'éditeur de l'info. Par quelle argutie ? Allez savoir ! Une info que je n'ai même pas vu passer, et qui ne sera affichée probablement que le temps de la capture d'écran par l'huissier, avant d'être chassée de mon blog par les mille autres infos qui poussent au portillon...

Voici pourquoi j'estime qu'est menacée la liberté d'expression formidable qu'autorise le Web 2.0.

Et que nul ne me fasse dire ce que je ne dis pas !

Car je ne dis ni ne pense que la liberté d'expression doit consister à dire n'importe quoi, mais simplement qu'il est impensable que je sois qualifié d'éditeur pour un contenu qui échappe totalement à mon contrôle.

De plus j'aimerais qu'on me dise quelle est véritablement la qualification légale de l'éditeur !? La seule définition que j'ai trouvée est énoncée à l'article 48 de la Loi n° 57-298 du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et artistique :
Le contrat d'édition est le contrat par lequel l'auteur d'une œuvre de l'esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l'œuvre, à charge pour elle d'en assurer la publication et la diffusion.
Idem pour l’article L 132-1 du Code de la propriété intellectuelle, qui reprend cette définition mot pour mot.

Or, sauf erreur de ma part, j'ai cherché la définition juridique de ce qu'est un éditeur dans la Loi n°1881-07-29 du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et je ne l'ai pas trouvée. Je l'ai également cherchée dans la Loi n°2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique, et je ne l'ai pas trouvée non plus. Voici d'autres détails.

Qu'on me dise donc où chercher ! Et qu'on me dise par la même occasion en quoi un simple flux est-il différent des « analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre à laquelle elles sont incorporées » qu'autorise explicitement, entre autres, l’article L 122-5-3° du Code de la Propriété Intellectuelle ? [Début]

* * *

Conclusion : je n'aime pas Olivier Martinez

Ce n'est ni une diffamation ni une injure, juste un état de fait. Motivé « parce qu’il est procédurier, qu’il n’attaque pas les bonnes cibles » et qu'il met en grande difficulté des gens tels que Laurent ou Stéphane Larue, dont le seul tort aura été de laisser s'afficher à leur insu le mauvais flux au mauvais moment sur leur site.

C'est d'ailleurs à eux qu'un blogueur tel que Vinvin devrait aller expliquer pourquoi il aime tant Olivier Martinez...

Et si je suis d'accord pour dire qu'il est inutile, puéril ou contre-productif et tout ce que vous voulez de s'attaquer à la personne d'Olivier Martinez, je ne pense pas non plus qu'il faille s'acharner sur les blogueurs qui l'ont fait en les traitant de débiles ou de crétins. La réponse est maladroite, certes, mais elle est à la hauteur du défi. Proportionnée, de ce point de vue.

Eric Dupin, à qui on a posé la question « On a vu sur les blogs un nombre affolant de billets appelés J'aime pas Olivier Martinez (...) mais ce genre de mouvement est-il vraiment bon ? », revient par deux fois sur le sujet dans le chat sur 20Minutes :
Je ne peux pas répondre à la place des centaines de blogueurs qui ont lancé des initiatives personnelles contre le plaignant. Je n'approuve pas forcément mais je ne peux que saluer un mouvement qui dépasse largement le cadre de l'affaire qui me concerne. Les internautes, blogueurs et tous les petits éditeurs web se sentent légitimement et indirectement visés par cette assignation et la force de l'attaque. C'est normal qu'ils réagissent de cette façon même si cela peut paraître parfois un peu excessif. Je ne leur jetterai pas la pierre quoiqu'il en soit.
(...)
C'est la réponse du berger à la bergère, le gars attaque le web, le web lui répond à sa manière en lui montrant que ce genre de comportement peut davantage nuire à son image que la protéger.
C'est très exactement le fond de ma pensée, et la conclusion de ce billet. [Début]


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P.S. Je suis sûr que les bons sentiments des âmes nobles et autres redresseurs de tort jugeant ces condamnations justifiées - soi-disant parce que les agrégateurs/blogueurs sont responsables des flux qui s'affichent sur leur site - fondraient comme neige au soleil si la même chose leur arrivait...

Quant « à civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net », soyons persuadés que les "civilisateurs" ne manqueront pas !

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jeudi 20 mars 2008

Olivier Martinez, l'acteur le plus en vue du moment

Olivier Martinez, l'acteur le plus en vue du moment

J'aime pas Olivier Martinez, et encore moins lorsque je lis des commentaires tels que celui de Laurent :
Bonjour.

Je suis le webmaster de http://www.CroixRousse.Net : un site portail sur mon quartier, avec diverses infos pratiques (horaires, pharmacies de garde, trafic routier, …) et culturelles (les expos, les concerts, …).

Je gère ce site de façon bénévole (même si j’essaie de le rentabiliser avec un espace pub, qui ne rapporte rien pour le moment).

J’ai rajouté un espace NEWS, dans lequel je récupère les flux rss d’articles de différents sites (LCI, Yahoo, Metro France, etc …) qui sont déposé automatiquement dans 4 catégories (Lyon, France, Sport et People).

Ainsi mes visiteurs peuvent en un coup d’oeil voir les dernieres news et cliquer dessus pour accéder à l’article complet (je précise que n’est hébergé sur mon site QUE le titre de l’article et la première phrase avec un bouton suite).

Ayant affiché la même news que Presse-Citron (en provenance d’un site qui affichait toujours l’article complet mercredi), j’ai reçu mercredi matin la même assignation d’un huissier (même défendeur, même montant, même date).

Mon site a moins de 1000 visiteurs/jour. La news a été vue 16 fois (dont ? fois par le huissier de la partie adverse)
Comme moi, nous sommes plusieurs milliers à utiliser des flux rss sur nos différents sites.

Je pense donc que nous sommes plusieurs centaines (peut-être milliers ?) à avoir reçu cette assignation.

Si vous connaissez des sites/blogs qui sont dans le même cas, merci de me contacter (ou Presse-Citron) : cela peut être intéressant de croiser nos expériences, voir nos buzz.

J’ai déjà trouvé 3 sites, mais il est difficile de savoir (par exemple sur mon site, il n’y a rien qui l’indique). La meilleure façon est le bouche à oreille. Je vais poster cette news sur différents sites afin d’avoir des retours d’infos. Encore merci à tous de votre soutien.

laurent@croixrousse.net
À la lecture duquel une seule question me vient à l'esprit : qui diffame qui ?

Et vous, qu'en pensez-vous ?

En tout cas, Olivier Martinez, l'acteur français le plus en vue du moment, fait l'unanimité autour de lui.

Seule conclusion possible, suivre et relayer l'idée de Lucie :
si, au lieu de faire du Google Bombing et des jeux en flash, nous allions signifier notre désaccord tous ensembles devant le Tribunal à Paris, le 26 Mars prochain ?
Depuis Rome, c'est pas trop possible, mais ce serait vraiment une occasion unique pour les blogueurs de donner voix et visibilité à leur parole, pour se faire entendre fort et loin ... IRL : in the real life, dans la vraie vie, quoi.

Que tout ça arrive aux oreilles d'Olivier Martinez et de tous ceux qui pensent comme lui, d'une part.

Des juges et du législateur, de l'autre, pour qu'ils s'interrogent enfin sérieusement sur quel sens donner à la législation et la jurisprudence en marche...




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[MàJ - 15h20'] Je ne pense pas qu'une manifestation de blogueurs devant le tribunal pourrait « engendrer une impression négative sur le juge en charge de l’affaire Fuzz… » ou qu'il s'agisse là d'une façon « vindicative de parler de ce sujet tant qu’il est encore “chaud” »…

Il s'agit plus simplement de combattre un abus, un peu comme pour l'affaire Dating Watch, même si c'était pour d'autres raisons. Voir mon commentaire sur le blog de Lucie :
Je crois plutôt qu’il faut surfer sur la vague de popularité que prend cette affaire pour saisir une occasion unique pour les blogueurs : celle de se faire entendre !

Imagine qu’il y ait ne serait-ce qu’un millier de blogueurs devant le tribunal, c’est une visibilité assurée et pas seulement sur le Net, mais aussi à la télé, dans la presse, etc.

Car comme le dit fort bien Emmanuel Parody : “Sur cette affaire, bien sûr que c’est injuste, au cas par cas, mais l’intérêt apparent des blogueurs sert des intérêts économiques plus puissants.
A l’inverse ils font les frais d’un besoin de jurisprudence qui en réalité ne les visent pas.”


Donc aujourd’hui c’est machin, demain ce sera trucmuche et d’autres blogueurs, etc.

Par conséquent profiter d’un mouvement de fond qui s’amplifie (encore 6 jours, une éternité sur Internet), c’est une occasion unique d’exprimer une présence et une position avec lesquelles il faudra compter, et cela va bien au-delà du seul Eric Dupin.

Car comme le montre le témoignage dans mon billet, de même que ça tombe sur un Eric Dupin qui est connu sur le Net, ça tombe aussi sur 10 autres blogueurs dont personne n’entendra jamais parler.

Par conséquent c’est pour ceux-là, aujourd’hui et demain, que ça vaut le coup de manifester.

Et cette fois, AMHA, mieux vaut presser le citron jusqu’à la dernière goutte…
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Commentaires anonymes sur Adscriptor

Commentaires anonymes sur Adscriptor

Une brève piqûre de rappel pour celles et ceux qui me laissent des commentaires anonymes. Chacun/e a ses raisons de préférer l'anonymat et je n'ai absolument rien à redire là-dessus.

S'ils sont élogieux ou neutres, ça ne mange pas de pain, en ce sens que je ne suis pas obligé d'y répondre.

Mais lorsqu'un anonyme a pour tout commentaire "ce billet est nul à chier" ou autre gentillesse du même acabit, qu'il ou elle ne s'étonne pas de ne jamais le voir apparaître sur mon blog.

Chacun/e a le droit d'être con, et je n'entends certes pas vous nier ce droit. Ou cette liberté, si vous préférez. Les intéressé(e)s se reconnaîtront.

Mais sachez que pour pouvoir lire un commentaire du genre "ce billet est nul à chier" sur mon blog, il vous faudra réunir deux conditions sine qua non :
  1. Signer votre message, sans quoi vous me réfutez par avance mon droit de réponse. Or si je dois répondre à quelqu'un, je prétends savoir à qui !
  2. Argumenter votre message : dire d'un article qu'il est nul à chier, c'est bien beau, mais encore faut-il expliquer pourquoi, étayer son avis par des arguments... convaincus (ce qui ne devrait pas vous être très difficile...).
Donc celles et ceux qui penseront ça de mes billets sans motiver leur opinion ni assumer nommément la responsabilité de leur propos n'ont qu'à aller chier seuls dans leur coin, c'est pas moi qui irais les déranger. J'ai un bon milliard de choses plus constructives à faire.

Mais je peux vous certifier que ma prose a d'excellentes propriétés laxatives. À tel point que la lecture de ce blog devrait être prescriptible, voire remboursable. Ça ferait même un bon slogan : Adscriptor, le blog qui favorise le transit intestinal... :-)


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P.S. Je viens de découvrir par le plus grand des hasards qu'Additious est totalement OUT ! Quelqu'un a de plus amples détails ? Est-ce temporaire ou définitif ?

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mardi 18 mars 2008

Flux RSS : la jurisprudence en marche...

Flux RSS : la jurisprudence en marche...

Mais où et jusqu'où va-t-elle aller, c'est une autre affaire ! À suivre...

En attendant, je voudrais essayer :
  1. de dégager les conceptions qui s'affrontent
  2. d'expliquer ce que sont les flux RSS
  3. de donner mon avis sur la question
Pour conclure...


1. Les conceptions qui s'affrontent

En gros, je les résumerais par deux citations provenant "des camps opposés".

L'une de Pierre Chappaz :
Nous assistons en ce moment à la multiplication des actions en justice contre les services Internet de diffusion de flux RSS. Certaines "stars", peu au fait de la technologie, et conseillés par des avocats sans doute plus habitués à s'attaquer à la presse people, s'en prennent aux aggrégateurs et moteurs de recherche Internet à qui ils reprochent de véhiculer des rumeurs publiées dans le flux RSS de tel ou tel site indexé. C'est un peu comme s'ils attaquaient les kiosques à journaux sous prétexte qu'un écrit leur déplaît dans l'un des titres en rayonnage.
L'autre de Guillaume Narvic :
La loi ne reconnaît en revanche aux blogueurs, éditeurs, journalistes, et à tous les autres qui publient en ligne, aucun droit de publier n’importe quoi et de le laisser en ligne tant que personne ne demande gentiment de le retirer. C’est tout de même pas aux victimes que revient le boulot de faire le ménage après coup ! C’est à l’éditeur de ne pas publier des choses condamnables.

Dans cette affaire, je n’entends personne rappeler qu’il y a quelqu’un qui se plaint d’avoir été victime qu’on a colporté des ragots à son sujet sur internet.

M... à la fin ! Que ceux qui colportent des ragots assument leur responsabilité ! Car c’est bien d’un colportage de ragots qu’il s’agit à l’origine, non ?
[Début]


2. Que sont les flux RSS ?

Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans des explications oiseuses, mais comme je voulais approfondir la question, j'ai été voir chez les anglo-saxons ce qu'ils en pensent. Et j'ai déniché un texte fort intéressant, signé Jonathan Bailey et publié le 13 mars sur le site European Journalism Center, qui m'a gentiment accordé l'autorisation de le traduire. Ça s'intitule tout simplement ... Really, simple syndication :
Really Simple Syndication, ou RSS

Le RSS est à double sens. En mettant votre contenu au format RSS, les internautes peuvent accéder plus facilement à votre travail et être au courant de vos actus et vos derniers articles. De même, les autres contenus en forme de flux RSS vous simplifient la vie pour incorporer ces flux sur vos pages.

Toutefois, le simple fait qu’une chose soit facilement réalisable au plan technique ne signifie pas pour autant qu'elle soit éthique, voire légale.

Car si le geste de prendre les contenus RSS de quelqu'un pour les coller dans votre site sans son autorisation peut vous sembler futile, cela n’en soulève pas moins des questions juridiques, voire des clameurs de protestation du côté du public.

Heureusement, il y a des manières à la fois éthiques et légales d'intégrer un flux RSS sur son site, et si cela est fait correctement, les fils RSS peuvent s’avérer un outil précieux pour aider au développement de votre site et fournir à vos lecteurs des informations précieuses. Il suffit d’être attentif à ne pas franchir la ligne jaune.

Pourquoi le RSS peut-il être dangereux ?

La syndication est problématique car s'il est facile de republier du contenu, la plupart de ceux qui mettent à disposition un flux RSS le font sans intention de voir leur contenu republié sur d'autres sites. Les fils RSS étant essentiellement destinés à être utilisés par les internautes de façon privée, qu’ils consulteront dans un lecteur RSS tel que Newsgator.

Ces lecteurs sont conçus pour permettre aux utilisateurs d'afficher de manière organisée du contenu en quantité, d’où collecter du matériel provenant d'un grand nombre de sites.

Cependant, la plupart des lecteurs ne prévoient pas de mettre tout ce contenu à la disposition des autres internautes sur le Web. À l’opposé, en règle générale les contenus d’un flux RSS ne sont disponibles qu’aux abonnés à ce flux.

Or certains sites font ce qu’on appelle du râtissage, en s’accaparant les contenus RSS pour les republier ; ils sont souvent désignés comme des sites à spam ou des splogs (spam blogs).

Il n’y a pour l’instant ni législation ni jurisprudence sur la question. Même si l’on estime généralement que cette republication est une violation des droits d'auteur. Des milliers de slogs sont fermés chaque année pour ce motif. Les webmasters, et en particulier les journalistes, tolèrent rarement ce genre de râtissage, qui permet de crée une copie quasi-parfaite du contenu original. Ce qui peut également pénaliser le site original autant en termes d'audience que de positionnement dans les résultats des moteurs de recherche.

En outre, les utilisateurs préfèrent largement voir le contenu sur son site d'origine et soutenir l'auteur original.

En bref, republier un flux RSS sans autorisation est non seulement un moyen d’aller au devant d’ennuis juridiques, mais également d’irriter les lecteurs.

Les Unes régulièrement mises à jour

Donc, pour utiliser le RSS de manière efficace et sécurisée, il est important d’observer que la puissance de la technologie RSS réside moins dans le contenu ainsi redistribué que dans son pouvoir d’alimenter constamment le lecteur en nouveautés.
En gardant cette problématique à l’esprit, la façon la plus sûre d'inclure des contenus RSS sur votre site est de les embarquer dans un widget n’affichant que les Unes.

Ces widgets sont de petites “boîtes” généralement situées dans la partie latérale de navigation de la page, ne reprenant que les titres provenant des sites ciblés.
Cette liste est régulièrement mise à jour en cours de journée, au fur et à mesure que le site cible fournit de nouveaux contenus.

Donc, en n’utilisant que les titres, qui ne sont pas protégés par le droit d'auteur dans la plupart des pays, ces widgets évitent bon nombre de problèmes légaux – liés aux droits d'auteur – que soulève en revanche la republication totale ou partielle de contenu dans les flux RSS. De plus, en ne fournissant qu’un lien vers le site originel, les lecteurs sont redirigés en toute transparence vers la source de l’article.

D’une manière générale, les webmasters sont plutôt contents que leurs flux RSS soient ainsi utilisés.

Cela crée des liens actifs vers leur site et encourage les utilisateurs à cliquer pour aller voir l'intégralité du contenu.

Parmi les principaux organes de presse, certains acteurs majeures, dont Reuters et Associated Press, préconisent activement cette forme d'utilisation, tandis que d'autres, comme le New York Times, fournissent même le code HTML pour faciliter le processus.

Cela ne veut pas dire que tous les sites approuvent ou encouragent ce type d'utilisation de la syndication de contenu. Mais il s'agit d'une pratique largement acceptée sur le Web, ayant l’aval de nombreux acteurs concernés. Certains sites individuels peuvent encore s'opposer à cette utilisation des flux d’abonnement, aussi est-il toujours préférable d'obtenir une autorisation préalable.

Et même si bon nombre de problèmes juridiques sont déjà résolus, un conflit avec d’autres journalistes ou des organes de presse ne débouchera jamais sur rien de bon.

Contrôler le contenu

Un autre problème lié à la publication des Unes provenant de flux RSS, c'est que le contenu affiché sur votre page passe entièrement sous le contrôle du site « partenaire ».

Ce qui pourrait conduire votre site à promouvoir sans le savoir du matériel répréhensible ou douteux. Voilà pourquoi beaucoup souhaitent mieux contrôler le contenu qu'ils syndiquent, soit en sélectionnant manuellement les articles soit en puisant à des sources multiples.

Pour faire le tri des Unes à mettre en avant dans votre widget, il vous faudra d'abord utiliser un lecteur de flux tel que Google Reader, qui vous permet de sélectionner ce que vous aller publier dans le flux. Vous pouvez ainsi vous abonner à toutes les sources que vous voulez, pour ne sélectionner ensuite que celles que vous souhaitez partager.

À partir de là, le widget de votre site n’affiche que les éléments choisis, de même que pour n'importe quel autre flux RSS.

Le résultat est que vous contrôlez les articles et billets affichés sur votre site, en veillant à ce qu’ils soient pertinents et pas hors sujet par rapport à votre ligne éditoriale.

Pour combiner les flux provenant de sources multiples, vous devez utiliser un outil comme RSS Mix ou Feedroll, capable de fusionner en un seul des flux multiples.
Ensuite, n'importe quel parseur RSS vous permet de lire les flux mixés et votre site inclura automatiquement les titres de toutes les sources que vous aurez choisies.

Et bien que ces deux options soulèvent encore moins de questions éthiques ou légales que d'autres formes de syndication, gardez à l’esprit qu’il est toujours préférable de demander ou d'obtenir l'autorisation avant d'utiliser le contenu d'un autre site. Heureusement, ce faisant, rares sont les cas où vous risquerez une contestation, s’il y en a.

Conclusion

La syndication de contenu, lorsqu’elle est faite comme il se soit, peut s’avérer un excellent moyen de présenter du contenu relatif à votre site sans devoir l'écrire. C’est aussi un service rendu au lecteur, en lui permettant d'en savoir plus sur votre site, et un soutien apporté aux organes d'information en faisant la promotion de leur travail en direction d’un nouveau public.

En clair, tout le monde en bénéficie.

Et bien que vous n'aimeriez sûrement pas qu’un flux RSS concurrent apparaisse sur votre site, il reste certainement des marges de manœuvre pour coopérer avec les journalistes, en particulier pour les publications de niche dans des domaines pointus  : les flux RSS offrent un excellent moyen de capitaliser sur ce type de contenu.

Donc si vous ou votre entreprise ne mettez pas encore cet outil à disposition, il est l’heure d'en envisager l'utilisation. De même, si vous n'êtes pas encore abonné à des services de syndication, c'est le moment idéal de rechercher des partenaires avec qui collaborer dans ce domaine.
Jonathan Bailey, que je remercie, a 27 ans et vit en Nouvelle-Orléans. Webmaster du site Plagiarism Today, il est diplômé avec mention en journalisme et mass médias de l'Université de Caroline du Sud. Il est également concepteur-rédacteur, spécialisé dans la pub, le graphisme et « tout ce qui lui sert à payer ses factures ». Il s'intéresse de près au plagiat, qu’il traque et combat depuis qu’une proportion importante de sa création littéraire a été plagiée. Adscriptor aussi a déjà abordé la question du plagiat... [Début]


3. Mon avis sur la question

Ce billet fait naturellement suite aux affaires qui se succèdent depuis quelques semaines, et dont tout le monde a déjà eu l'écho ici ou .

Réflexion relancée par l'affaire Fuzz d'Eric Dupin, dont le jugement en référé est attendu demain.

Avant tout, il y a une infinité de billets et de commentaires à lire sur la question, qui fait couler beaucoup d'encre, et ce n'est pas fini. Je me limiterai à vous signaler ceux d'Emmanuel Parody et de Guillaume Narvic. Mais déjà, si vous suivez les liens de ce billet et les liens de ceux vers lesquels il pointe, ça va vous faire de la lecture...

Dans ces affaires de flux RSS, je vois quatre aspects formels :
  1. le titre du billet/article repris dans le flux 
  2. le contenu présenté dans le flux, extrait ou totalité 
  3. la nature de ce contenu 
  4. comment et par qui est relayé ce contenu.
1. Le titre du billet/article repris dans le flux

Il me semble que l'article de Jonathan est suffisamment clair sur ce point : « En n’utilisant que les titres, qui ne sont pas protégés par le droit d'auteur dans la plupart des pays, ces widgets évitent bon nombre de problèmes légaux – liés aux droits d'auteur – que soulève en revanche la republication totale ou partielle de contenu dans les flux RSS.
(...)
Cela ne veut pas dire que tous les sites approuvent ou encouragent ce type d'utilisation de la syndication de contenu... aussi est-il toujours préférable d'obtenir une autorisation préalable.
 »

2. Le contenu présenté dans le flux, extrait ou totalité

Republier un contenu in extenso est clairement assimilable à une violation du droit d'auteur. Mais quid des snippets, ces extraits d'une ou deux lignes qui ont fait la fortune des pages de résultats selon Google ?

Pourquoi ne pas les assimiler simplement à de "courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration", chose qu'autorise le code de la propriété intellectuelle, aux termes de l'article L. 122-5, (2° et 3°a) ?

Ce qui ferait que la publication d'un flux ne reprenant que le titre et une courte citation d'un billet/article serait tout à fait légale.

Encore mieux après demande et obtention d'une autorisation préalable, certes.

3. La nature du contenu

Narvic est particulièrement remonté contre le colportage de ragots et se range du côté de la loi, « qui ne reconnaît en revanche aux blogueurs, éditeurs, journalistes, et à tous les autres qui publient en ligne, aucun droit de publier n’importe quoi et de le laisser en ligne tant que personne ne demande gentiment de le retirer. C’est tout de même pas aux victimes que revient le boulot de faire le ménage après coup ! C’est à l’éditeur de ne pas publier des choses condamnables. »

OK. Toute la question étant alors de savoir si un agrégateur tel que Wikio ou Fuzz est un éditeur. Or que je sache, l'éditeur est celui qui est censé "éditer" un contenu, intervenir dessus et prendre par conséquent la responsabilité de son intervention au moment-même où il intervient.

4. Comment et par qui est relayé ce contenu ?

Ce qui précède ne me semble être ni le cas de Wikio, qui référence chaque mois "4 millions de résumés d'articles", ni celui de Fuzz, à qui seule la présence d'un lien semble être contestée.

Or les Conditions générales d'utilisation de service du site (qui ne sont pas en ligne aujourd'hui mais que j'avais sauvegardées) paraissaient très claires à ce sujet :
Article 2 : Champs d'application

En s'inscrivant sur le site FUZZ.FR et en utilisant les services offerts, Le Membre déclare utiliser les services de FUZZ.FR en accord avec le droit applicable et les présentes conditions générales.

Article 4 : Description du service

FUZZ.FR met à la disposition gracieuse des Membres le site FUZZ.FR, spécialisé dans l'agrégation de liens internet d'informations générales,...

Article 6 : Obligations / Responsabilité de l'Utilisateur / Utilisation du Service

En particulier il est interdit sur les pages de FUZZ.FR :

- d'utiliser des œuvres qui sont protégées par des droits d'auteur sans autorisation expresse de l'auteur ou de la personne qui en possède le droit d'exploitation...
- de diffamer, d'insulter ou de menacer autrui;
- d'insérer des bannières publicitaires autres que celles affichées par FUZZ.FR;
- de diffuser des pages dont le contenu est illégal;
- de diffuser des pages dont le contenu ou la forme est pornographique;
- d'inciter à commettre des crimes et délits ou à y participer;
- d'atteindre au droit à l'image ou à la personne de qui que ce soit;
- de faire la promotion de services à but lucratif;
- d'insérer des liens hypertexte pointant vers des sites en vue d'en faire ouvertement et délibérément leur publicité...
[Début]


Pour conclure...

Vu tout ce qui précède, je ne peux que répéter ici mon commentaire d'utilisateur lambda qui raisonne uniquement à l’intuition :
Comment peut-on appliquer le soi-disant “droit de la presse” à Internet ?

C’est-à-dire : pourquoi appliquer sans aménagements un droit qui doit remonter à deux siècles (je dis ça au pif, mais disons qu’il est plus tout jeune) à Internet et au Web, qui n’ont absolument plus rien à voir avec la presse telle qu’elle a existé ?
Tous ces procès me paraissent d’un autre âge, dépassés, tout ce que tu veux, à l’instar de ce qui se passe pour l’industrie musicale qui voudrait bien pouvoir faire comme avant…

Je sais que très probablement les choses ne sont pas si simples que ça, tout n’est pas noir ni blanc, mais en l’espèce, pourquoi ne pas prévoir un mécanisme en vertu duquel la personne s’estimant lésée adresse un avis préalable, pour n’engager une procédure qu’en cas de refus de retirer la source du problème.

Je suppose que si les personnes concernées avaient dit à lespipoles ou à Eric Dupin d’enlever ces liens, ils l’auraient fait volontiers à l’instant même.

Donc tout ça, de la part des plaignants, ça se résume très probablement à saisir l’occasion - sans vergogne ni scrupules - de se faire un max de blé sur le dos de deux blogueurs, ou, pour reprendre les mots d’Eric, à écraser une puce avec un marteau.
La réponse d'Emmanuel est très pertinente, certes, mais je persiste à penser que le "droit de la presse" en l'état n'est adapté ni à Internet ni aux spécificités techniques introduites par le Web, et encore moins au Web 2.0, dont le lien hypertexte et la circulation de l'information sont la lymphe vitale.

Espérons donc que la jurisprudence destinée à se mettre en place ira dans le bon sens, sous peine de régresser au lieu de progresser. Ce qui ne serait pas la première fois en droit...

Dès demain, nous aurons un signe de la sensibilité des juges en matière de Droit Internet ! [Début]


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