vendredi 9 juillet 2010

Italie : la grande, grande, grande réforme de la justice


Lire ce billet sur l'Observatoire des médias, de Gilles Bruno...

[MàJ - 10 juillet 2010] Déclaration de Berlusconi ce matin, qui persiste et signe : « La liberté de la presse n’est pas un droit absolu »… Et d'ajouter : « La presse gauchiste bâillonne la vérité. » ! Comme si la vérité ou la liberté étaient de gauche ou de droite...

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Troisième partie de la série « Pourquoi l'Italie de Berlusconi est-elle un danger pour l'Europe ?», le premier étant consacré à la démocratie, le second à l'environnement, et ce dernier à la justice.

I. Pourquoi cette "réforme de la justice" ?
II. Bâillonner la presse, ça presse !


Aujourd'hui, vendredi 9 juillet 2010, la plupart des titres de presse n'ont pas été publiés au motif d'une grève nationale des journalistes italiens contre la Loi-bâillon : en silence aujourd'hui, pour pouvoir parler demain.


De quoi s'agit-il ? C'est difficile à expliquer en deux mots, d'autant plus que cette "loi" s'inscrit dans une stratégie globale dont le but ultime est d'assurer une immunité-impunité totale à Berlusconi et à ses ministres.

I. Pourquoi cette "réforme de la justice" ?

Une stratégie globale qui concerne la "grande, grande, grande réforme de la justice" voulue et annoncée par Silvio Berlusconi, à faire en deux temps :
  1. La Loi-bâillon
  2. La réforme constitutionnelle pour protéger définitivement de tous ses procès - passés, présents et à venir - Silvio Berlusconi (et accessoirement ses ministres)...
Disons que l'objectif final est la "réforme constitutionnelle", motivée par le fait que les lois que Berlusconi a voulu faire passer jusqu'à présent pour se protéger des procès ont toutes été déclarées inconstitutionnelles. Essentiellement parce qu'elles mettent à mal l'article 3 de la Constitution italienne :
Tous les citoyens ont une même dignité sociale et sont égaux devant la loi, sans distinction de sexe, de race, de langue, de religion, d'opinions politiques, de conditions personnelles et sociales.
Il appartient à la République d'éliminer les obstacles d'ordre économique et social qui, en limitant de fait la liberté et l'égalité des citoyens, entravent le plein développement de la personne humaine et la participation effective de tous les travailleurs à l'organisation politique, économique et sociale du pays.
Ce qui est en quelque sorte un condensé de l'article 1 et de l'article 6 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 :
Article 1

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 6

La loi est l’expression de la volonté générale.
Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation.
Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et leurs talents.
D'où le constat sans faille de Berlusconi : ce ne sont pas mes lois sur mesure, censées me protéger contre les persécutions "justitialistes et communistes" qui sont inconstitutionnelles, c'est l'actuelle Constitution italienne qui est erronée, donc je change la constitution pour rendre constitutionnel ce qui est aujourd'hui inconstitutionnel. CQFD !

Ce qui donnerait à l'Italie une primauté absolue pour un pays "démocratique", à savoir qu'au final elle aurait, pour reprendre une analyse de Giovanni Sartori, une « Constitution inconstitutionnelle », mais passons...

Ceci étant, quand bien même la procédure est déjà enclenchée, si tout va pour le mieux (pour lui et pour les autres corrompus), Berlusconi peut difficilement espérer faire aboutir sa "réforme constitutionnelle" en moins d'un an, or entre-temps il risque d'avoir du pain sur la planche, d'où une stratégie "provisoire" en deux coups :
  1. Premièrement il s'est déjà fait approuver une loi dite de "l'empêchement légitime", pour lui et pour ses ministres, qui dit que vu leurs intenses occupations gouvernementales et ministérielles, ils sont justifiés à ne pas pouvoir se présenter devant les juges...
  2. Deuxièmement la loi-bâillon qu'il essaie de se faire voter par tous les moyens et contre tous les avis...
Sur la première loi, que Berlusconi a déjà utilisée trois fois dans la foulée depuis qu'il l'a faite voter, il y a quelques mois à peine, l'anecdote d'Aldo Brancher, ministre de rien pendant 17 jours uniquement pour se soustraire à la justice avant d'être contraint de démissionner, est exemplaire de la moralité du personnage. De Berlusconi, j'entends, puisque c'est lui qui l'a nommé avant de lui demander, 17 jours plus tard, de se sacrifier !

Mais c'est sur la seconde qu'il convient de s'arrêter un instant pour approfondir, car là encore, les choses sont plus compliquées qu'il n'y paraît.

II. Bâillonner la presse, ça presse !

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, bâillonner la presse n'est pas son premier objectif. Non ! Son premier objectif, c'est de boucher les yeux et les oreilles aux enquêteurs, magistrats et policiers.

On pourrait l'appeler la loi des trois singes, qui condamne d'une part magistrats et policiers à ne pas voir et ne pas entendre, et de l'autre journalistes et citoyens à ne pas parler.


Pour autant, l'aspect le plus urgent compte tenu des tempêtes qui se profilent à l'horizon, c'est d'empêcher les journalistes et les citoyens de parler (je pense bien sûr à tous ceux qui s'impliquent sur Internet), et par là même la grande masse de l'opinion publique de savoir...

Museler ceux qui sont en mesure de parler, c'est donc l'exigence à court terme. Par contre sur le moyen terme ce qu'il faut c'est empêcher les magistrats et les policiers d'enquêter. D'où un arsenal de mesures manifestement ridicules, qui se commentent d'elles-mêmes : limite des écoutes téléphoniques à 60 jours, renouvelables une seule fois pour quinze jours. Après stop, terminé.

Devant le tollé général, après des luttes à n'en plus finir, le législateur fou a accordé un renouvellement possible, de 3 jours en 3 jours (initialement de 2 jours en 2 jours), avec à chaque fois l'autorisation indispensable signée par un tribunal collégial de 3 juges !!!

C'est tellement impensable que même le secrétaire d'état américain à la justice a déclaré qu'une telle loi rendrait impraticable la collaboration Italie-U.S. pour les enquêtes sur la mafia, aux termes de la convention bilatérale en vigueur signée par ... Giovanni Falcone.

Mais la loi ne s'arrête pas seulement aux écoutes, puisque ces mêmes mesures s'appliquent à la consultation des listes d'appels (communiquées aux juges par les opérateurs téléphoniques, et qui mentionnent tous les numéros des appels effectués et reçus) et aux reprises filmées incognito (quand vous mettez un endroit sous surveillance vidéo, par exemple).

Le ministre dit que ces mesures ne s'appliquent pas aux enquêtes sur la mafia, ce à quoi les juges rétorquent que la plupart des enquêtes sur la mafia naissent en enquêtant sur des non-mafieux...

Le 1er juillet j'étais à Place Navona pour une manifestation contre cette loi, et une dizaine de syndicats de policiers ont déclaré que 90% des policiers, je répète, 90% des policiers n'en voulaient pas. Même le très sérieux groupement d'élite pour la capture des mafieux en cavale (squadra catturandi) s'est déclaré contre !

L'Europe également s'est déclarée contre (elle serait d'ailleurs totalement incompatible avec le règlement communautaire), ainsi que d'autres organismes internationaux, dont l'OSCE.

Donc pourquoi Berlusconi la veut-il à tout prix cette loi, envers et contre tous ?

Simplement parce que l'Italie est un délicieux pays où Silvio Berlusconi est en train de se faire rattraper, voire dépasser, par procès et scandales en tout genre.

Faut dire aussi qu'il est pas prudent, et ses amis non plus. Voilà des années qu'ils se font prendre à cause des écoutes téléphoniques, mais malgré ça ils continuent de bavarder comme si de rien n'était. Du reste, ils sont tellement sûrs de leur immunité-impunité qu'on se demande pourquoi ils devraient faire attention !

Car malgré les scandales à répétition secouant l'Italie depuis des décennies, tous les acteurs sont encore fidèles au poste, qui s'abreuvent sans modération aux deux mamelles empoisonnées de la "démocratie italienne" que sont les mafias et les loges maçonniques secrètes, dont la p2 est l'infame mère-mérétrice, avec Licio Gelli dans le rôle du proxénète...

Et l'affaire qui s'annonce, déjà désignée par les journaux sous le titre de "nouvelle p2", promet d'arroser à profusion tout ce bel univers de ripoux. Y en aura pour tout le monde ! 44 000 conversations déjà retranscrites dans les dossiers des juges, même si aucune n'a encore filtrée. Mais ça commence...

Et hier on a eu les premières arrestations, dont Flavio Carboni, autre homme de tous les mystères en Italie, impliqué de près ou de loin dans la banqueroute du Banco Ambrosiano, dans la mort de Roberto Calvi, dans le rapt d'Aldo Moro, outre quelques accointances avec la mafia et, surtout, ami de Berlusconi de longue date : vous pensez, c'est lui qui lui a vendu la villa Certosa, en Sardaigne, désormais connue dans le monde entier pour son hospitalité (testimonial d'exception, Topolanek). Or le bougre a une moyenne de 250 coups de fil/jour (Carboni, pas Topolanek)...

Donc entre ça et l'autre sénateur PDL (parti de Berlusconi), déjà en prison, qui commence à parler à propos de l'affaire Fastweb / Telecom Sparkle, définie par les juges « une des fraudes plus colossales jamais vues dans l'histoire de l'Italie » (c'est tout dire...), vous imaginez bien que le père Berlusconi il commence à se faire du mauvais sang, comme disait ma tante.

Surtout qu'on pourrait aussi allonger la liste à démesure...

Voilà pourquoi il aimerait bien qu'on parle d'autre chose, le Silvio : du ciel bleu, de la mer, des belles femmes, de la pizza, de l'Italie magique, etc.

Et bien parlons-en : l'été sera chaud, mais l'automne s'annonce encore plus chaud...


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mardi 29 juin 2010

Procès d'appel de Marcello Dell'Utri : coupable !!!


LE SÉNATEUR MARCELLO DELL'UTRI EST CONDAMNÉ EN APPEL À 7 ANS DE PRISON POUR CONCOURS EXTERNE EN ASSOCIATION MAFIEUSE !!!


Le Parquet avait demandé 11 ans. Selon les juges, les faits reprochés à Dell'Utri successifs à 1992 sont nuls et non avenus !!! Il est donc condamné aujourd'hui pour les faits antérieurs à 1992...

Une demie victoire pour la démocratie (pour ne pas dire une franche défaite), mais j'aurai l'occasion d'approfondir ultérieurement !

La décision de la Cour d'Appel de Palerme intervient 5 ans et demi après la condamnation en première instance à 9 ans de prison pour concours externe en association mafieuse, prononcée le 11 décembre 2004 au terme de 7 ans de procès, après quelques centaines de milliers de pages d'actes déposés et l'audition de 270 témoins, dont près d'une quarantaine de repentis accusant Dell'Utri d'une série impressionnante de "collaborations" avec la mafia, dans un échange de faveurs réciproques.

Dell'Utri fut alors défini par le Parquet comme « le garant des intérêts mafieux au sein de Fininvest » (centre de l'empire berlusconien), un personnage « à la disposition des chefs mafieux depuis plus de 30 ans, à partir des années 70 et jusqu'à ce jour, dont la contribution avait aidé de façon significative Cosa nostra à se renforcer ».

Dans son intervention hebdomadaire de lundi dernier, Marco Travaglio nous rappelle en effet que toutes les accusations portées contre Dell'Utri ne viennent pas que des repentis, loin de là, et que le procès aurait également pu se dérouler sans leurs témoignages puisque ses fréquentations mafieuses sont largement documentées :
  • par Dell'Utri lui-même, puisqu'il a avoué plusieurs fois son "amitié" pour des chefs mafieux notoires tels que Vittorio Mangano, que lui et Berlusconi qualifièrent de "héros" (!), ou Gaetano Cinà, condamné avec lui en première instance, décédé depuis...
  • etc.
Je n'ai pas le temps d'approfondir aujourd'hui, mais si la chose vous intéresse, voici la version anglaise de l'intervention de Travaglio...

Ainsi Marcello Dell'Utri, éminence noire de Silvio Berlusconi et (co-)fondateur du parti-entreprise Forza Italia, voit sa condamnation réduite, mais, surtout, les déclarations du repenti Spatuzza sur les commanditaires externes des bombes de la saison 1992-1993, et notamment sur le dernier attentat (qui n'a pas eu lieu mais qui aurait été le plus meurtrier...), apparaissent anéanties par ce jugement !

Le procès Andreotti revient immédiatement en mémoire, j'y reviendrai : la partie n'est pas finie...



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lundi 21 juin 2010

Les navires toxiques : un dossier de Greenpeace


À lire : Enfants difformes en Somalie... (en italien)

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L'Espresso de cette semaine nous parle d'un dossier de Greenpeace sur les navires toxiques qui transforment en poubelle la Méditerranée, et pas seulement.

Cette histoire de déchets radioactifs et toxiques en tous genres est en train d'exploser en Italie, aussi bien autour des épaves empoisonnées que des déchets dangereux enfouis un peu partout sous le sol italien - et hors des frontières - dans de gigantesques sarcophages d'acier ou de ciment, comme c'est probablement le cas sous le lit du fleuve Oliva ou dans les décharges de Borgo Montello (Latina, à deux pas de chez moi) ou de Pitelli (La Spezia), où auraient respectivement été enterrés scories nucléaires et déchets toxiques provenant du Jolly Rosso, du Zanoobia ou encore la dioxine de Seveso...

[Parenthèse : sous la décharge de Borgo Montello, la présence de 3 sarcophages métalliques a été constatée depuis ... 1995, deux de 20 m sur 10 et un de 50 m sur 50 sans mesure de leur profondeur, mais le rapport a disparu jusqu'en ... 2007]

Je vais pas reprendre tout le dossier (ici la version anglaise), mais juste la partie consacrée à l'assassinat de deux journalistes en Somalie, Ilaria Alpi et Miran Hrovatin.

C'était le 20 mars 1994 à Mogadiscio : 16 ans plus tard, encore aucune vérité ni justice sur cette histoire, comme toujours dans les mystères italiens où les protagonistes sont mafias, services secrets et politiques ripoux. Une affaire étouffée donc, même s'il n'est pas encore trop tard, puisque la dernière demande d'archivage a été rejetée par le juge avec cette motivation :
…un meurtre sur commission, un assassinat perpétré pour empêcher que les infos recueillies par Ilaria Alpi et Miran Hrovatin sur les trafics d'armes et de déchets toxiques … ne fussent diffusées auprès de l’opinion publique…

Il faut dire que l'avis du juge se heurte quelque peu aux résultats de la commission parlementaire d'enquête (2004-2006) présidée par l'avocat Carlo Taormina, alors membre du parti de Silvio Berlusconi, qui avait conclu en dépit d'une montagne de preuves contraires accumulées que les journalistes étaient en vacances, qu'ils avaient subi une tentative de rapt et que ça s'était mal terminé !!!

Une semaine de vacances !!! Une conclusion que la mère d'Ilaria Alpi définit "une vulgarité"...

En réalité, une piètre tentative de culpabiliser les journalistes assassinés plutôt que de rechercher la vérité, ou, comme le dit fort justement Riccardo Bocca, une tentative honteuse d'avoir voulu associer une exécution à une villégiature...

Selon un autre journaliste, Luciano Scalettari, spécialiste des questions africaines :
La Commission d’enquête sur le crime d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin fut une parenthèse, un vide dans la démocratie de ce pays. Autant pour les conclusions auxquelles elle est parvenue que pour sa façon d'opérer, en plaçant sur écoutes téléphoniques et en perquisitionnant des journalistes qui avaient enquêté sur l'affaire, qui plus est de façon totalement illégale (!), en imposant le secret défense à certains actes de la commission, sans compter les preuves qui ont disparu ou qui ont été manipulées, etc.
Or le fait qu'ils aient été exécutés le jour même où ils auraient dû transmettre leur reportage à RAI 3, la troisième chaîne italienne pour laquelle ils travaillaient, a très sûrement empêché de faire savoir aux italiens l'énorme scandale qui se déroulait en Somalie, et ce 7 jours avant les élections du 27 mars 1994, les premières élections qui furent remportées par Silvio Berlusconi...

Je n'y vois aucun lien de cause à effet, je constate simplement la pure et dure chronologie.

Mais revenons-en au dossier de Greenpeace, qui cite en introduction :
rien qu'entre 1988 et 1994, nous avons découvert 94 épisodes de tentatives d'exportation ou d'exportations réussies de déchets dangereux vers l'Afrique, pour un total dépassant 10 millions de tonnes de déchets "traitées"...
Le chapitre du rapport que j'aborderai ici s'intitule "Somalia Connection", et il cite en introduction les déclarations faites à la presse par Nick Nuttal, porte-parole du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP), au printemps 2005 :
Les premiers rapports indiquent que l'impact du Tsunami a ouvert des conteneurs et des futs pleins de déchets toxiques - médicaux, produits chimiques, etc. -, dont le contenu s'est répandu.

Le rapport de l'UNEP documente d'ailleurs, images à l'appui (p. 135), que les futs ont été rejetés sur les plages d'une quinzaine de sites :


- Question : d'où venaient ces futs ?
- Question subsidiaire : que contenaient-ils ?

S'il est vrai que, selon les déclarations de l'époque du premier ministre somalien, M. Awad Ahmed Ashra, tenues lors d'une conférence de presse à Nairobi (Kenya) :
Le tsunami qui a frappé la côte somalienne a rejeté sur les plages de nombreux futs contenant des déchets toxiques. Suite à quoi plusieurs rapports ont fait état de problèmes de santé liés à des hémorragies abdominales et des problèmes cutanés inhabituels.
Des questions qu'il conviendrait peut-être de poser à Giorgio Comerio, voire à Giancarlo Marrocchino, nommément mis en cause par le rapport de Greenpeace comme étant le commanditaire du meurtre d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin, qui enquêtaient en Somalie sur les méfaits de la coopération italienne dans le cadre de l'opération ONU "Restore Hope", ainsi que sur le "troc" trafics d'armes contre trafics de déchets (y compris nucléaires), outre sur l'enfouissement de ces déchets le long de la route Garoe-Bosasso et sous la jetée du port de Eel Ma’aan, 30 km au nord de Mogadiscio.

Or en mars 2010, Greenpeace a été autorisée à consulter les milliers de pages du dossier n° 395/97 du Tribunal d'Asti, où les témoignages de certains des « acteurs » de cet immense désastre écologique sont sans équivoque !

- Le 25 octobre 1998, dans une écoute téléphonique, Faduma Adid (représentant officiel de la Somalie en Italie) déclarait à son interlocuteur :
La route Bosasso-Garo sera utilisée pour enfouir les déchets... Marocchino est en train de préparer le terrain… Ils ont empoisonné tout le territoire… Ils se foutent totalement du pays et des gens qui meurent. Les déchets toxiques provenant des industries italienne et européenne sont chargés sur des navires dans le port de Trieste, avant d’être répartis entre les différents pays. Il s’agit de déchets toxiques et d'uranium. Ils détruisent tout.
- Le 5 mai 1989, un autre témoin, Marcello Giannoni, déclare que des déchets (en provenance probable des États-Unis) contenant des matières radioactives (yellow cake), sont très certainement arrivés en Somalie et ont été enterrés pendant la construction du port de Bosasso et de la route Garoe-Bosasso.

- Les 11 et 15 décembre 1998, Ezio Scaglione, consul honoraire de la République somalienne, était autorisé par le président Somalien à créer une installation de stockage et de traitement des déchets :


Il déclare qu'il a été impliqué par Guido Garelli et Giancarlo Marocchino dans le “Projet Uranium” (Progetto Urano, Urano 1 pour le Sahara espagnol et Urano 2 pour la Somalie, où la 'ndrangheta côtoie la p2 par l'intermédiaire de Giampiero Del Gamba et Elio Sacchetto...), visant à exporter des déchets toxiques et nucléaires en Somalie, et que Marocchino lui avait assuré qu'il se serait servi de la construction du port de Eel Ma'aan pour y enfouir les conteneurs de déchets nucléaires dans le ciment des jetées.

- Le 24 mai 1999, les enquêteurs observent dans une note confidentielle :
Des témoins se rappellent que des conteneurs pleins de déchets (boues, terreaux contaminés provenant d'aciéries et cendres de filtres électriques, etc.) ont été enterrés dans le port de Eel Ma'aan. Cela est d'ailleurs indiqué dans un fax que Marocchino transmet à Scaglione le 19 août 1996 (à noter que l'autorisation donnée à Scaglione par le président somalien est datée du même jour...).

Des photos prises secrètement en février 1997 ... montrent l'enfouissement des conteneurs lors de la construction du port.
Ces photos, les voici :
 


Et Greenpeace de conclure :
Sur la base des conclusions de ce rapport, Greenpeace estime que :
  • L'ONU doit procéder à une évaluation indépendante sur le commerce des déchets toxiques et radioactifs en Somalie, en particulier dans le port de Eel Ma'aan ;
  • L'UE doit renforcer les mesures préventives sur le commerce des déchets toxiques et en faire l'un des piliers de la politique de l'UE sur les déchets ;
  • L'Italie doit...
L'Italie devrait faire beaucoup de choses, et de facto elle fait très exactement le contraire de ce qu'elle devrait faire...

L'Italie telle qu'elle est actuellement gouvernée est un grave danger pour l'Europe, notamment en matière d'environnement, de justice et de démocratie, mais pas seulement. Si vous suivez Adscriptor, j'espère que vous pouvez déjà commencer à vous forger votre propre opinion sur la question.

Suite des aventures italiennes au prochain épisode...


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vendredi 18 juin 2010

Google teste Newspass


[MàJ - 21 juin 2010] Faible démenti de Google France...

Scoop de Repubblica, qui annonce être partenaire de Google pour le lancement de Newspass d'ici la fin de l'année, une plateforme destinée à faire se rencontrer éditeurs et internautes autour des contenus payants de Google News (tout ou partie, c'est pas encore très clair...).

Le système de micro-paiements sera bien sûr Google Checkout (voir ici, même si Google semble disponible à accepter d'autres méthodes de paiement choisies par les propriétaires des sites), et les éditeurs pourront monétiser leurs contenus (articles, vidéos, audio, photos, etc.) aussi bien pour le Web que pour les mobiles, les tablettes ou les e-books, etc.

La plateforme Newspass serait déjà en phase de test et, selon Repubblica, Google serait en train de contacter les éditeurs pour voir s'ils sont disponibles pour participer à la phase d'expérimentation.

Selon ce blog, l'offre ne serait pas réservée qu'aux journaux traditionnels, mais également aux pure players et, pourquoi pas, aux blogs qui le souhaiteraient. Ceci dit, à l'heure où s'annonce la concurrence des fermes de contenus, je me demande quelle sera la viabilité financière d'une telle offre.

Qui semble arriver après des années de lutte entre éditeurs de contenu et Google, un peu dans tous les pays...

L'article laisse également filtrer que Google indexe déjà les contenus derrière paywall et que Newspass permettrait à l'internaute d'acheter l'article ou le clip voulu en un clic, via son compte Google. Les contenus payants apparaîtront également dans les pages de résultats de Google, signalés avec un symbole Checkout (je suppose) ou autre.

En outre, toujours dans le souci de transparence que Google veut mettre en avant pour écarter d'ores et déjà les objections sur sa position dominante, la société de Moutain View accepterait de partager avec les participants au système toutes les informations découlant de l'utilisation de Newspass (stats de fréquentation et, selon Repubblica, profil des utilisateurs).

Gageons donc qu'il sera bientôt fortement question de la confidentialité des données, autre bataille à venir...

Enfin, en supposant que les coûts de la plateforme seront pris en charge par Google, la société laisserait entendre qu'au niveau du partage des revenus, la part la plus importante irait aux producteurs des contenus.

Dans une interview au créateur du service Google News, Krishna Bharat déclare :
Google veut devenir une media company, nous ne serons jamais éditeur, notre réussite est aussi celle des éditeurs, nous voulons juste être un intermédiaire de confiance entre les lecteurs et les producteurs de contenus.
Et d'ajouter que ce n'est pas la fin du tout gratuit, mais plutôt l'émergence d'un modèle hybride, où tout ce qui peut être unique, exclusif, à forte valeur ajoutée, peut sortir du lot et être monétisé en tant que tel.

Je vous tiendrai au courant au fur et à mesure que j'en apprendrai davantage.

Liens connexes en français :
Liens connexes en anglais :


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P.S. Au-delà du seul aspect "News", cette stratégie du single sign-on déployée par Google pourrait mettre le moteur en position de force, puisque potentiellement tous les abonnés aux services de Google pourront utiliser ce système d'authorisation unique (Google Checkout) pour le micro-paiement du téléchargement à la carte de films, de livres, de logiciels, de musique, etc. etc.

Alors, après moteur du Web, Google banque du Web ?

De cette interview de Marc Simoncini (Meetic), Gilles Bruno nous signale (voir les commentaires) : Marc Simoncini dit que Google n’a pas le billing, mais ça arrive ;-)

C'est dans les deux dernières minutes de l'interview, où Simoncini évoque le système de facturation précurseur d'Apple, très instructif...



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vendredi 11 juin 2010

Italie : quand la loi viole le droit


Depuis hier l'Italie est en deuil, tout comme la démocratie. L'aspirant dictateur Silvio Berlusconi a fait passer une loi par un "vote de confiance" du sénat italien qui menace et viole le droit constitutionnel plus élémentaire et foule aux pieds les principes du droit communautaire européen, dont l'Italie est l'un des membres fondateurs encore faudrait-il le rappeler à cet énergumène.

Aujourd'hui la une du journal La Repubblica est une grande page blanche, ornée d'un post-it qui dit ceci :
la loi-bâillon dénie aux citoyens le droit d'être informés

Pour le quotidien Il Fatto, il s'agit d'une loi criminelle pour les criminels, dont le seul but est de dissimuler à l'opinion publique les innombrables corruptions et complicités mafieuses dont se rendent coupables les politiques de tous bords, droite, gauche et centre confondus, qui "esclavagisent" le pays sous leur emprise.


Un seul exemple (parmi des centaines...) : Nicola Cosentino, coordinateur régional du parti de Berlusconi pour la région Campanie (Naples), est l'actuel secrétaire d'état à l'économie et aux finances, en charge du CIPE, le Comité Interministériel pour la Programmation Economique, pratiquement l'organisme qui tient les cordons de la bourse pour tous les grands chantiers de l'État.

En novembre 2009, les juges ont transmis à la Chambre des députés une demande d'incarcération pour Nicola Cosentino, accusé de favoriser la camorra décrite par Roberto Saviano dans Gomorra, demande d'incarcération confirmée par la Cour de Cassation le 28 janvier 2010, mais le parlement italien n'a pas autorisé l'arrestation de Cosentino et ses démissions ont été refusées par Silvio Berlusconi lui-même.

Il continue donc de gérer les caisses de l'Etat italien en toute tranquillité et impunité...

C'est d'ailleurs l'impunité qui est le but ultime de la loi votée hier au sénat, une loi "ad personam" de plus, pour que les corrompus puissent continuer à corrompre et à être corrompus, pour que les mafieux et leurs complices politiques puissent continuer à faire leurs magouilles et à prospérer sur le dos des citoyens honnêtes sans être dérangés par les juges, la presse et l'opinion publique.

Aujourd'hui Silvio Berlusconi n'est plus seulement un danger mortel pour la démocratie en Italie, il y a lurette que l'Italie ignore ce qu'est la démocratie, mais c'est un véritable danger pour l'Europe entière.

Non, l'Italie n'est pas un pays normal, et ce n'est pas un gag.

Il est temps que je commence à penser à l'exil...

Édito de Repubblica en italien :


(le titre du billet s'inspire de cet article)


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P.S. Le modèle le plus accompli de cette dérive politique italienne, outre Berlusconi, est celui de son éminence noire, Marcello Dell'Utri, déjà condamné à plus de 9 ans de prison pour association externe à la mafia et dont le procès d'appel est sur le point de se conclure, qui avoue dans un inhabituel élan de sincérité :
« je me fous complètement de la politique, je suis juste candidat pour ne pas finir en prison »...
Voir ici une traduction de l'interview du "sénateur" !

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jeudi 3 juin 2010

Rdio, réseau social spécial musique


Les créateurs de Skype et de Kazaa lancent Rdio, un twitter-like branché musique !


En clair, pour un abonnement modique, soit uniquement sur le Web (5$/mois), soit sur Web + mobile (10$/mois), vous pourrez écouter toute la musique que vous voulez, en disposant initialement d'un choix d'environ 5 millions de titres.

Au départ le service ne sera disponible qu'aux U.S. mais il devrait rapidement être déployé à l'international. Maintenant, s'il est vrai que de plus en plus d'internautes se déclarent prêts à payer pour écouter de la musique, il faudra voir si l'effet viral est au rendez-vous...

À suivre sur Twitter.


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vendredi 28 mai 2010

Roger Waters and The Wall - Poems, everybody!


Les groupes qui ont accompagné mon adolescence furent essentiellement The Doors, The Who, The Beatles, Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Janis Joplin & Rory Gallagher, entre les années 1970 (j'avais 13 ans) et 1975, année où je me suis retrouvé orphelin. C'était il y a 35 ans aujourd'hui, et ma mère entrait dans le coma après un accident de voiture auquel elle survécut moins de 24 heures. Mon père nous avait déjà quittés trois ans plus tôt.

Donc en 70 je faisais mes devoirs en écoutant tous les après-midi Here comes the sun et le reste de l'album, sans me douter que quelques années plus tard je serais passé tous les jours sur ces fameux passages cloutés, puisque du restaurant français où je travaillais, à St John's Wood, à la chambre où j'habitais je devais passer par Abbey Road.



Je n'ai jamais trop flashé sur Jagger & Co, mais les Beatles finirent par être trop sages (même si le double album blanc est un chef d'oeuvre absolu), alors je suis passé aux Who de My Generation, au sound avant-gardiste de Led Zep (surtout le III) et de Hendrix (écouter Electric Ladyland à fond la caisse avec la guitare qui te pénètre de tous les côtés est véritablement ... une expérience), à la voix en colère de Janis Joplin et, surtout, surtout, au blues de Gallagher et aux cris de bête de Jim Morrison dont le "We want the world and we want it NOOOOOOOOOOOOOW" dans Absolutely Live me transperce toujours les tripes 40 ans plus tard.



Je n'étais pas trop branché Genesis ou Pink Floyd, jusqu'à la sortie de The Wall : autre chef d'oeuvre absolu. Avec une adéquation parfaite entre le fond et la forme, le texte et la musique, le contenant et le contenu, y compris pour le film d'Alan Parker avec un Bob Geldof plus vrai que nature.

Mais ce matin, en lisant cette interview de Roger Waters dans un journal italien, j'ai eu un choc en apprenant que son père avait été tué lors du débarquement sur les plages d'Anzio (qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de chez moi), alors que lui n'était âgé que de 5 mois !

J'ai toujours ignoré cet épisode de la vie de Waters (Wikipédia en parle), mais ça change considérablement ma compréhension de The Wall !

Surtout au niveau des textes et de la progression de l'oeuvre.
Daddy's gone across the ocean,
Leaving just a memory,
A snapshot in the family album.
Daddy, what else did you leave for me?
Daddy, whatcha leave behind for me?
All in all it was just a brick in the wall.
All in all it was just the bricks in the wall.



Roger Waters précise dans l'interview :
« La peur dresse des murs », ai-je vu tagué sur un mur de Jérusalem...

« Le monde est encore plein de murs dressés : un mur pour séparer les riches des pauvres, un autre pour diviser le premier du deuxième et du tiers monde, d'autres pour dresser des divisions entre les gens à cause de leur foi ou de leur idéologie. Le moteur derrière The Wall a été la mémoire de mon père mort à la guerre, mais aujourd'hui encore de nombreux pères sont impliqués dans des conflits, beaucoup de familles, surtout aux États-Unis, ont perdu des proches au Moyen-Orient et nombre d'autres pleurent des victimes civiles... »
Il y annonce également sa dernière tournée mondiale (avec deux dates à Milan en 2011), durant laquelle il reconstituera le mur comme à Berlin en 1990 !



Pour le démolir une nouvelle fois. J'essaierai d'y être...


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