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samedi 20 novembre 2010

Les répercussions prévisibles du déclin politique de Silvio Berlusconi sur son Empire…

(billet qui doit son existence à Gilles Bruno, repris sur l'Observatoire des Médias)

Il y a quelques jours, le fils de Berlusconi, Pier Silvio, a déclaré à l'occasion d'un congrès qui s'est tenu à l'Università Cattolica, à Milan, que c'est la « situation politique » et « la situation de crise générale, pas seulement en Italie », qui pèsent davantage sur la performance négative qu'enregistre en ce moment l'action Mediaset à la Bourse italienne, plutôt « que les résultats du Groupe sur les neuf premiers mois de l'année », en hausse relative.

En effet, dans la semaine qui vient de s'écouler, le titre a touché son plus bas depuis 4 mois, bien qu'il rebondisse légèrement depuis hier. Ce qui fait préciser à Pier Silvio Berlusconi : « Le yoyo quotidien du cours est difficilement déchiffrable ».

Il n'empêche ! Si l'on observe l'évolution sur les 5 dernières années, la baisse semble évidente et durable :


D'autant plus que les différentes affaires judiciaires qui s'accumulent sur le Groupe hypothèquent gravement son avenir :
  • Le procès sur les droits télévisés de Mediaset, dans le cadre duquel Silvio Berlusconi est accusé de fraude fiscale, réalisée en gonflant artificiellement le prix des droits de diffusion de films, qui auraient été acquis à travers plusieurs sociétés écrans lui appartenant pour les revendre ensuite au Groupe, lequel aurait ainsi pu constituer des caisses noires à l'étranger et payer moins d'impôts dans son pays. Sont également cités à comparaître le président de Mediaset, Fedele Confalonieri, et David Mills, déjà condamné dans un autre procès pour avoir été corrompu par Berlusconi himself. Rappelons en passant que David Mills fut l'artisan-créateur du Compartiment B de Fininvest, le secteur très confidentiel réunissant pas moins de 64 sociétés off-shore...
  • Dans l'affaire Mediatrade en revanche, qui concerne également les droits télévisés, Berlusconi se serait "approprié indûment" des fonds d'une de ses sociétés contrôlée avec le concours d'un associé, l'homme d'affaires américano-égyptien, Frank Agramo.
Commentaire à chaud de Marina Berlusconi (dont certaines rumeurs disent qu'elle pourrait se lancer en politique pour succéder à son père...) : « Si nous devions payer une telle somme, démesurée, Mediaset devrait mettre la clé sous la porte ! ». Le jour du jugement, le titre avait immédiatement décroché de 6,30% !

Berlusconi a ensuite remporté les premières manches, puisqu'il a obtenu le blocage du paiement de l'amende, jugée trop élevée : une expertise diligentée par la Cour d'Appel de Milan a d'ailleurs diminué la valeur du préjudice subi à environ 560 millions d'euros. Par conséquent, si le Tribunal de deuxième instance retient les résultats de l'expertise, il est probable que De Benedetti encaissera quoi qu'il en soit un pactole considérable en réparation...

Les avocats des parties doivent déposer leurs conclusions mardi 23 novembre, et le jugement devrait être rendu vers le mois d'avril 2011, le même mois où arrivera à échéance la caution bancaire de 806 millions d'euros déposée par Fininvest en garantie d'une "éventuelle" condamnation.

Côté presse nationale, ça ne va pas très fort non plus avec Il Giornale, le quotidien du frère de Berlusconi, prête-nom plutôt qu'éditeur pur et dur... Même si l'arrivée de Vittorio Feltri l'année dernière a boosté les ventes, vu qu'il tape sur tout ce qui bouge dans un sens opposé aux desiderata de son patron (il vient d'ailleurs d'être suspendu trois mois par l'ordre des journalistes, pour avoir violé la déontologie du métier...), les résultats financiers sont encore dans le rouge et la seule raison pour laquelle la famille Berlusconi le garde, c'est qu'il s'agit d'un formidable outil d'influence et de propagande...

Passons maintenant à la RAI, la télévision publique, dont Berlusconi réussit encore à contrôler les JT de la 1ère et de la 2ème chaînes. Le dernier exemple en date n'est pas vieux puisqu'il date d'hier, où les titres du 20 heures de la 1ère chaîne ne disent pas UN mot du jugement du Tribunal de Palerme (dont les motivations ont été rendues publiques hier, justement) qui, en juin dernier, a condamné en appel le Sénateur Marcello Dell'Utri à 7 ans de prison pour concours externe en association mafieuse, alors que Silvio Berlusconi est cité pas moins de 461 fois dans le dispositif, troisième personnage plus cité après Marcello Dell'Utri (1073 fois) et Vittorio Mangano (613 fois), le héros...

Jugement impitoyable : pendant près de 20 ans, Berlusconi a préféré payer la mafia sans jamais dénoncer les différents chantages aux forces de l'ordre, pour protéger aussi bien sa famille que ses télévisions, et Marcello Dell'Utri, son éminence noire, a constamment fait le lien entre Berlusconi et les chefs mafieux, "en contribuant de manière efficace et consciente à consolider et renforcer l'association mafieuse". Ce n'est pas moi qui le dit, mais la Cour d'Appel ! J'aborderai bientôt aussi le chapitre des "présumés" financements mafieux à Berlusconi, dont Massimo Ciancimino raconte qu'ils ont été particulièrement fructueux, preuves à l'appui...

Quant à Vittorio Mangano, défini publiquement comme un héros par les compères Berlusconi-Dell'Utri alors qu'ils savaient pertinemment que c'était un mafieux, il était à demeure chez Berlusconi, à Villa San Martino, pour garantir sa "protection" à la famille Berlusconi, et accessoirement pour servir de tête de pont entre la mafia sicilienne et les mafieux installés dans le nord de l'Italie en vue de développer le trafic international de drogue, Paolo Borsellino dixit...



Voilà l'Italie d'aujourd'hui : un état délinquant et corrompu, un sénateur qui se permet le luxe de déclarer haut et fort qu'il n'en a rien à foutre de la politique, mais qu'il occupe les rangs du Sénat uniquement pour pas finir en prison, un président du Sénat pour le moins discutable (il fut également l'avocat de Giovanni Bontate, frère de Stefano, chef des chefs de la mafia avant d'être fait exécuter par Riina ; il s'est bien gardé d'ébruiter la chose pendant plus d'un quart de siècle, mais dès qu'un écrivain comme Antonio Tabucchi ose le questionner sur son passé il lui demande 1,3 millions d’euros en dommages et intérêts pour diffamation...), et un président du Conseil totalement imprésentable, autant pour la partie "émergée" que pour la partie "immergée"...

Et tout ça, ce n'est qu'une partie infinitésimale de ce qui se passe ici ! Mais bon, tant que le JT n'en parle pas, c'est que tout va bien...


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P.S. Jusqu'à présent, voilà plus de 16 ans que Berlusconi a réussi à endormir les italiens grâce à sa puissance médiatique, en contrôlant l'information, c'est-à-dire en désinformant par une propagande essentiellement basée sur le mensonge, la calomnie (il faudrait que je vous raconte les innombrables "dossiers" qui circulent ici...) et la déconstruction du langage.

Pour autant la politique italienne ressemble aux immenses sarcophages métalliques enfouis dans des décharges disséminées du nord au sud de la péninsule : ils sont tellement pleins à craquer de déchets toxiques que leurs déversements miasmeux commencent à déborder de partout, et l'incommensurable cloaque italien ne pourra plus rester dissimulé longtemps encore.

Il me semble d'ailleurs que, de plus en plus, l'opinion publique internationale est en train de se rendre compte que l'Italie de Berlusconi est un danger pour l'Europe. Donc il ne reste plus qu'à en convaincre les italiens eux-mêmes, mais la tâche s'annonce ardue. Et pourtant, on ne peut pas lui reprocher de ne pas y mettre du sien !

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mardi 29 juin 2010

Procès d'appel de Marcello Dell'Utri : coupable !!!


LE SÉNATEUR MARCELLO DELL'UTRI EST CONDAMNÉ EN APPEL À 7 ANS DE PRISON POUR CONCOURS EXTERNE EN ASSOCIATION MAFIEUSE !!!


Le Parquet avait demandé 11 ans. Selon les juges, les faits reprochés à Dell'Utri successifs à 1992 sont nuls et non avenus !!! Il est donc condamné aujourd'hui pour les faits antérieurs à 1992...

Une demie victoire pour la démocratie (pour ne pas dire une franche défaite), mais j'aurai l'occasion d'approfondir ultérieurement !

La décision de la Cour d'Appel de Palerme intervient 5 ans et demi après la condamnation en première instance à 9 ans de prison pour concours externe en association mafieuse, prononcée le 11 décembre 2004 au terme de 7 ans de procès, après quelques centaines de milliers de pages d'actes déposés et l'audition de 270 témoins, dont près d'une quarantaine de repentis accusant Dell'Utri d'une série impressionnante de "collaborations" avec la mafia, dans un échange de faveurs réciproques.

Dell'Utri fut alors défini par le Parquet comme « le garant des intérêts mafieux au sein de Fininvest » (centre de l'empire berlusconien), un personnage « à la disposition des chefs mafieux depuis plus de 30 ans, à partir des années 70 et jusqu'à ce jour, dont la contribution avait aidé de façon significative Cosa nostra à se renforcer ».

Dans son intervention hebdomadaire de lundi dernier, Marco Travaglio nous rappelle en effet que toutes les accusations portées contre Dell'Utri ne viennent pas que des repentis, loin de là, et que le procès aurait également pu se dérouler sans leurs témoignages puisque ses fréquentations mafieuses sont largement documentées :
  • par Dell'Utri lui-même, puisqu'il a avoué plusieurs fois son "amitié" pour des chefs mafieux notoires tels que Vittorio Mangano, que lui et Berlusconi qualifièrent de "héros" (!), ou Gaetano Cinà, condamné avec lui en première instance, décédé depuis...
  • etc.
Je n'ai pas le temps d'approfondir aujourd'hui, mais si la chose vous intéresse, voici la version anglaise de l'intervention de Travaglio...

Ainsi Marcello Dell'Utri, éminence noire de Silvio Berlusconi et (co-)fondateur du parti-entreprise Forza Italia, voit sa condamnation réduite, mais, surtout, les déclarations du repenti Spatuzza sur les commanditaires externes des bombes de la saison 1992-1993, et notamment sur le dernier attentat (qui n'a pas eu lieu mais qui aurait été le plus meurtrier...), apparaissent anéanties par ce jugement !

Le procès Andreotti revient immédiatement en mémoire, j'y reviendrai : la partie n'est pas finie...



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jeudi 17 septembre 2009

Marcello Dell'Utri, éminence noire de Berlusconi



[MàJ - 29 septembre 2009] Récentes déclarations de Dell'Utri sur Mussolini : un "philantrope", sa seule erreur, sa seule malchance, ç'a été de perdre la guerre...

* * *

Je vous ai précédemment raconté l'histoire du Papello et du pacte entre l'état italien et la mafia, où je mentionnais ceci :
Suite au témoignage de Michele Riccio devant les juges Nino Di Matteo et Antonio Ingroia, qui a dévoilé que Marcello Dell'Utri était le personnage politique que lui avait indiqué Ilardo comme étant le "référent" de la mafia (circonstance qu'il n'avait jamais précisé dans ses rapports parce qu'il n'avait aucune confiance en ses supérieurs, dont Mario Mori), Dell'Utri est à présent officiellement inculpé dans le cadre de cette affaire. Rappelons que l'actuel sénateur Dell'Utri est déjà condamné à 9 ans de prison pour concours extérieur à une association mafieuse, et en attente de son jugement d'appel, dont les juges décideront, le 17 septembre, s'ils versent aussi au dossier les nouveaux éléments apportés par Massimo Ciancimino.
Le 17 septembre, c'est aujourd'hui, et les juges viennent effectivement de décider de ne pas verser de nouvel élément au dossier (une belle occasion manquée, une de plus...), dont cette lettre, saisie en 2005 à Palerme (mais officiellement remise au tribunal le 16 juillet 2009, 4 ans plus tard !), où l'on peut lire :
...posizione politica intendo portare il mio contributo (che non sarà di poco) perché questo triste evento non ne abbia a verificarsi. Sono convinto che questo evento onorevole Berlusconi vorrà mettere a disposizione una delle sue reti televisive.

Un morceau de phrase à la syntaxe décousue, où le scripteur dit qu'il aurait apporté son appui, important sans aucun doute, pour que le triste événement n'ait pas lieu (menaces de rapt ou de mort sur le fils aîné de Berlusconi), à condition que celui-ci laisse à la mafia le contrôle d'une de ses chaînes télévisées.

Entre parenthèses, observons que la mention "Onorevole" signifie que Berlusconi était déjà entré en politique, puisque le titre "Honorable" est réservé aux parlementaires (dont pour beaucoup, la moralité est inversement proportionnelle à l'honorabilité qu'on leur prête un peu trop facilement - et coupablement)...

La lettre originale, qui était entière, aurait été écrite par un lieutenant de Riina et aurait passé de main en main selon Ciancimino Junior : de Totò Riina à Bernardo Provenzano, de Provenzano à Vito Ciancimino, de Ciancimino père à Marcello Dell’Utri, de Dell’Utri à Berlusconi.

Donc pas de nouvelles révélations, retenues trop contradictoires, pour les juges qui instruisent actuellement le procès d'appel contre Dell’Utri, condamné à plus de 9 ans de prison pour concours mafieux en première instance, à l'issue d'un jugement qui a duré plus de 7 ans, et c'est pas fini... (près de 1800 pages, témoignant de plus de 900 épisodes où Dell'Utri est pris en train de magouiller avec des mafieux...) :

sentenza dellutri sentenza dellutri cicciofrigo sentenza dellutri

Ce même Marcello Dell'Utri, à l'origine de Forza Italia dans le cadre du très secret "projet Botticelli", fort des conseils éclairés de Vittorio Mangano, un chef mafieux défini un héros par les compères Berlusconi & Dell'Utri (alors même qu'ils s'acharnent à délégitimer tous les gens courageux qui combattent VRAIMENT la mafia), encore sénateur à l'heure où j'écris et membre du conseil municipal de Turin, vient d'ailleurs de demander l'ouverture d'une commission parlementaire pour enquêter sur les massacres perpétrés par la mafia en 1992-1993 !!!

Un peu comme si Mesrine avait demandé en son temps une commission parlementaire sur le grand banditisme...

À ce stade de mon raisonnement, je suis obligé d'ouvrir une parenthèse sur la partie immergée de l'iceberg Silvio Berlusconi, puisque par deux fois, lui et Dell'Utri ont été mis en examen comme commanditaires externes de ces massacres, en plus des circonstances aggravantes de mafia et terrorisme, par les Parquets de Florence et de Caltanissetta :
  1. Le 14 novembre 1998, le juge d'instruction de Florence, Giuseppe Soresina, observait que Berlusconi et Dell'Utri « avaient entretenu des relations pas seulement épisodiques avec les entités criminelles à qui les massacres étaient imputables ». À savoir le clan des Corléonais de Riina et Provenzano, chefs indiscutables de Cosa Nostra pendant plus de vingt ans.

    Et le Tribunal de préciser : « Il y a une convergence objective entre les intérêts politiques de Cosa Nostra et quelques-unes des orientations programmatiques de la nouvelle formation politique [Forza Italia] : sur l'article 41-bis, sur la législation des collaborateurs de justice et sur le "garantisme" dans les procès, trop négligé dans la législation du début des années 90 ».

    Et de conclure, dans sa demande d'archivage due à l'impossibilité d'avoir pu recueillir davantage d'éléments dans le délai de deux ans que la loi impose pour les enquêtes préliminaires, que non seulement l'hypothèse initiale (de l'implication de Berlusconi et Dell'Utri dans les massacres) avait conservé toute sa validité, mais qu'elle avait en outre « augmenté sa plausibilité » !

  2. Quant au juge d'instruction de Caltanissetta, Giovanni Battista Tona, il écrivait dans l'acte d'archivage, en 2002 : « Les documents versés au dossier ont amplement démontré l'existence de nombreuses possibilités de contact entre les mafieux et des représentants ou des sociétés contrôlées d'une manière ou d'une autre par Berlusconi et Dell'Utri. Une circonstance qui légitime l'hypothèse selon laquelle, compte tenu du prestige des deux comparants, la mafia pouvait les avoir identifiés comme de nouveaux interlocuteurs ».

    Toutefois, l'actuelle « friabilité des indices dont nous disposons impose l'archivage », car, bien qu'ils soient nombreux, ils résultent incertains et fragmentaires, et par conséquent inaptes à légitimer l'action pénale ou à exiger des approfondissements ultérieurs... (gli spunti indiziari a sostegno dell’ipotesi accusatoria, per quanto numerosi, risultano incerti e frammentari, pertanto inidonei a legittimare l’esercizio dell’azione penale e insuscettibili di ulteriore approfondimento.).

Ajoutons à cela qu'en 2001, la cour d'Appel de la cour d'Assises de Caltanissetta a consacré un chapitre entier à la question, le chapitre 14, intitulé : « Contacts entre Salvatore Riina, Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi », dans lequel il résulte "prouvé" que la mafia avait noué avec eux « des rapports d'affaires fructueux, tout au moins en termes économiques ».

Tellement fructueux qu'en 1992, « le projet politique de Cosa Nostra au plan institutionnel a tenté de parvenir à de nouveaux équilibres et de nouvelles alliances avec de nouveaux référents du monde politique et économique », ce qui a conduit la mafia à « amener l'État à négocier pour permettre des changements politiques capables, grâce à de nouveaux contacts, d'assurer à Cosa Nostra des complicités semblables à celles dont elle avait pu bénéficier dans le passé ».

Par conséquent, ces gens-là doivent être pris très, TRÈS au sérieux ! Car comme Dell'Utri l'avait annoncé dès le mois d'août, il a formellement demandé l'ouverture d'une commission parlementaire, immédiatement appuyé par des membres de son camp (mais pas trop...), dans la tentative évidente de mettre son nez dans les enquêtes ultra-secrètes qui le concernent au premier chef, puisque la commission aurait forcément accès au travail des juges...

Car un nouveau repenti (Spatuzza) désigne nommément Dell'Utri, et ça les rend forcément nerveux (pour ne pas dire qu'ils ont carrément peur, très peur...) : même les dossiers archivés peuvent être rouverts à n'importe quel moment en présence de nouveaux éléments...

Moins d'une semaine avant, Berlusconi avait déclaré sur ces nouvelles instructions : « C'est de la folie pure. Je sais qu'il y a de nouveaux ferments, dans les parquets de Palerme et de Milan, qui ont repris les enquêtes sur les événements de 1992, 1993 et 1994. Ça me fait mal de voir que ces personnes, payées avec l'argent des contribuables, conspirent contre nous qui travaillons pour le bien du pays »...


Donc juste pour voir la manière dont ce couple infernal œuvre pour le bien du pays, il convient de s'arrêter un instant sur le jugement de première instance qui a condamné Dell'Utri à plus de 9 ans de prison, avec interdiction à vie d'exercer une charge publique...

Ça vaut le détour !

Dans sa dernière intervention hebdomadaire du lundi, Marco Travaglio consacre une section intitulée Nous avons les preuves qu'il commence en disant, quand bien même les nouvelles enquêtes feraient surgir de nouveaux éléments : « Je doute que les juges puissent découvrir quelque chose de plus grave que ce qui est déjà écrit dans le jugement de première instance ! ».

Un jugement qui parcourt quand même plus de trois décennies de contacts entre la mafia, Dell'Utri (au point d'avoir valu à Dell'Utri le titre d'ambassadeur de la mafia) et Berlusconi (comme durant la rencontre qui eut lieu à Milan à la fin des années 70, que les juges ont considéré "prouvée", réunissant autour d'une même table Stefano Bontate, Mimmo Teresi, Silvio Berlusconi et Marcello Dell'Utri, entre autres).

À noter qu'à l'époque, Bontate (ou Bontade) était pratiquement le chef des chefs de la mafia, fortement impliqué dans la maçonnerie secrète, un personnage terrible qui n'a franchement rien à envier à Liggio, Riina ou Provenzano.

Inutile de lire l'intégralité du jugement original, il suffit de consulter les pages 2 à 6 du document ci-dessus (je vous les traduirai probablement un jour, mais je pense que ça peut suffire pour aujourd'hui :-), où sont énumérés les chefs d'accusation de A) à D) dont Dell'Utri et Cinà ont été reconnus coupables.


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P.S. J'oubliais : Dell'Utri a déjà été définitivement condamné pour extorsion, transformée en appel en "menace grave", d'où l'inévitable prescription...

Le brave homme, à l'époque président de Publitalia '80, la régie publicitaire de l'empire Berlusconi, avait exigé d'un sénateur, Vincenzo Garraffa, qui présidait une association sportive, 800 millions de lires (environ 400 000 euros) pour la sponsorisation d'une marque de bière, soit 50% de la valeur du contrat. Au noir, bien sûr. Face au refus de Garraffa, Dell'Utri l'avait menacé : « Je te conseille de revoir ta position. Nous avons les hommes et les moyens pour te forcer à changer d'avis ». Après quoi il lui avait envoyé la visite d'un chef de la mafia, Vincenzo Virga, lieutenant de Provenzano.

Preuve supplémentaire, si besoin était, des excellentes et durables relations entre Marcello et Cosa Nostra...

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