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mardi 29 juillet 2008

Knol : Google juge et partie...

Knol : Google juge et partie...

Knol est généralement présenté comme une encyclopédie alternative à Wikipédia, avec trois différences essentielles : un auteur unique et non anonyme pour chaque article, plus la possibilité d'être rétribué via les AdSense.

En revanche, comme sur Wikipédia, les liens sortants sont en nofollow. Autres spécificités ici et .

Donc, Knol : Google juge et partie, pourquoi ?

Nous avons vu récemment plusieurs exemples des chiffres astronomiques de Google, qui affiche 4,3 milliards de pages vues par jour sur l'ensemble de "son" réseau de contenu, comprenant « aussi bien les milliards de pages de résultats générées par le moteur de recherche que les centaines de milliers de "partenaires" - sites et pages Web, blogs, forums, réseaux sociaux, etc. -, sur lesquels s'affichent les pubs AdSense/AdWords » :
Il n'existe pas plus grand réseau de publicité contextuelle au monde.
Or le point commun de ce réseau, jusqu'à présent, c'était que tout le contenu servant d'inventaire était créé par des tiers, hors de Google.

Une donnée fondamentale qui change avec Knol !

Avec Knol, Google crée son "propre contenu" - quand bien même rédigé par des nègres comme le soussigné -, destiné à être indexé par ... Google !

Ce que Wired qualifie de conflit d'intérêt. Tout simplement parce qu'il est facile, voire "naturel" pour Google, de favoriser le contenu maison, en le boostant dans les premières pages de recherche.

Le service est encore trop jeune pour en juger, mais des premières mesures semblent indiquer qu'environ un tiers de l'échantillon se retrouve dans la première page de résultats de Google, une performance impossible à réaliser pour tout autre site qui ne serait pas ... Google, justement !

Donc, la question est : Google devient-il un fournisseur de contenus ? Pour Jason Calacanis, la réponse est évidente : OUI !

Et au-delà de son intérêt dans Mahalo, dont le modèle économique est touché de plein fouet par Knol, son article soulève de nombreux points intéressants, sur lesquels il vaut la peine de s'interroger.

1. Il compare l'écosystème de recherches de Google au système d'exploitation du Web, de facto, dont tous les webmasters doivent tenir compte et dans le cadre duquel tous les sites sont considérés comme des applications !

2. Il rappelle une interview donnée l'année dernière par David Eun, responsable Google pour les partenariats, dans laquelle il déclarait :
La plus grosse erreur d'appréciation que peuvent faire les producteurs de contenus, c'est de craindre et de croire que Google aspire à devenir un opérateur média qui produirait lui-même ses contenus en compétition avec les leurs. C'est une erreur d'appréciation majeure. Nous ne produisons pas notre propre contenu, nous nous considérons plutôt comme une plateforme sur laquelle nos partenaires placent eux-mêmes les contenus qu'ils produisent.

The biggest misconception is that they (content companies) fear Google has aspirations to become a media company, meaning that we would produce and own content that would compete against theirs. That's a major misconception. We don't produce our own content. In fact, we see ourselves as a platform for our partners that do.
3. Entre les lignes, il dit que le problème n'est plus celui de la "propriété" du contenu mais de sa diffusion et de la capitalisation de l'inventaire ainsi créé, raison pour laquelle même si Google imagine qu'il n'est pas fournisseur de contenus puisque ceux-ci ne lui appartiennent pas, c'est totalement faux, car "ça ne marche pas comme ça" (Google believes because they don't own the content that they are not in the content business. Nice try, but no, that's not how it works).

4. Google étant une la source de trafic majeure de nombreux sites (50% du trafic de Digg, 85% pour About.com, 70% pour Wikipédia, etc.), et donc le passage quasi-obligé entre vous et ces sites, il ne gagne de l'argent qu'au deuxième clic, une fois que l'internaute arrive sur ces sites et clique sur les pubs. Des sites qui dépendent du trafic de Google et vont donc se retrouver en concurrence avec Google dès lors que celui-ci mêlera ses propres résultats aux autres dès la première page.

5. Calacanis observe en outre que la création de contenus ne s'arrête pas aux textes mais implique également la vidéo, puisque Google a récemment signé un accord avec un réalisateur connu pour produire des clips vidéo destinés à être diffusés en exclusivité sur YouTube. Une donnée à mettre en rapport avec la loi de Pareto appliquée à la vidéo sur Internet, où 96 % des revenus sont générés par les 58% de vidéos streamées "professionnelles", contre seulement 4% des recettes pour les autres.

En conclusion, comme il le constate justement, tout ça n'est pas un problème jusqu'à ce que ça devienne "votre" problème (You get the idea, it's not an issue until it's your issue).

Alors, Knol : Google juge et partie, à vous la réponse...


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8 commentaires:

So Chouette a dit…

Oui juge et partie!

Les conflits d'interets semblent devenir une habitude
Deja les relations Google / G trends / Google Analytics (où les donnees de frequentation du site n'appartiennent pas au site etudie) sont louches

Ce sera interessant de voir si la rupture des negociations de rachat de Digg aura un impact sur la quantite de trafic apporté par Google a Digg (car cela doit etre un gros moyen de pression lors d'une nego)

Reste que l'offre de Google est une fois encore puissante et que leurs projets font mouche presque a chaque coup

lebosstom a dit…

Google est juge et partie depuis longtemps déjà sur l'actu (GGnews) et la vidéo(Youtube).

Google souhaite s'attaquer à l'encyclopédie.

d.durand a dit…

Salut Jean-Marie,

Ce problème restera éternel, j'en ai bien peur pour google: ils veulent depuis toujours être à la fois aiguilleur et destination.

Donc, conflit permanent avec les autres destinations.

[merci pour le lien]
didier

Martin Lessard a dit…

Hé bien, on pense effectivement de la même façon: il est bon d'avoir parfois le même soupçon. Ça confirme que l'on est pas seulement parano ;-)

Je ne m'y connais pas côté juridique, mais on dit en cours "justice et apparence de justice".

On n'a pas nécessairement les preuves, mais au niveau des apparences, il y a effectivement matière à se poser des questions.

Loran Bernardi a dit…

Bonjour Jean-Marie,
au cas ou, je me suis aussi un peu essayer à la prospective knollienne ici

Rubenxela a dit…

Je sors un petit peu du sujet, mais ce que tu dis concernant la loi de Pareto me remet en tête un questionnement concernant la véracité ou tout du moins la temporalité de la véracité de la théorie de la longue traine de C.Anderson, largement relayé pour
les francophones par M.Crouzet.
Ils la présentent , et je ne m'attarderais pas là dessus, comme une "loi" anti Pareto ou effectivement "tout le monde" dispose de la capacité d'être exposé, de vendre ... Je crois que tu dois en avoir aussi largement parlé sur adscriptum.
Ce qui me gène en fait au final c'est le "tout le monde", qu'en idéalistes les théoriciens de la longue traine ont promu, tout démocrates qu'ils doivent être.
Au final, on remarque qu'effectivement beaucoup plus de produits, vidéos, informations, livres, musiques .... sont mis en avant et représentent avec Internet une proportion non négligeable du marché, contrairement à la loi de Pareto qui dit substantiellement que 20% des produits génèrent 80% des recettes. C'est vrai cet équilibre ancien, semble bousculé avec Internet mais le problème c'est à qui cela profite ??? Je ne vais pas jouer mon gauchiste de base, mais au final, l'ouverture "culturelle", économique, sectorielle, géographique ... qu'offre la longue traine, profite toujours à des minorités de plus en plus puissantes qui concentrent des capitaux et des pouvoirs colossaux. Les redistributions substantielles (économique,culturelles ...) que peuvent proposer des Google ou autre éditeurs 2.0 et Cie, me font penser aussi à ce que certains appelaient le nouveau moyen age. Mais là c'est encore autre chose !!
Bref ! Je ne suis pas fanatique des scénarios science fiction, des big brothers et autres spéculations fantasmagoriques (qui en tous cas me divertissent mais ne me paranoïent pas l'esprit) et je reste, comme les théoriciens de la longue traine (théorie que j'admire beaucoup) animé par le sentiment que les libertés individuelles restent un enjeux majeur, un combat qui avance chaque jour et que nous en sommes maitre et patatipatata. Mais je remarque aussi que comme beaucoup de choses aujourd'hui, ces idées sont également récupérées comme théories marketing ... Bon j'arrête là car quoi qu'il en soit je ne sais absolument pas où ça mènera et n'étant pas parano pour le moins du monde ;), je préfère laisser ouverte ma reflexion, car c'est bien mon sentiment de l'instant et je ne suis bien entendu pas à l'abri d'avoir dit ou penser de belles conneries ! ça arrive aussi ;)

Jean-Marie Le Ray a dit…

Ruben,

Non, non, pas de conneries :-)
J'aime bien ton analyse, je suis d'accord avec toi sur "...profite toujours à des minorités de plus en plus puissantes qui concentrent des capitaux et des pouvoirs colossaux" et d'autres points, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai tenté de secouer un peu le concept de longue traîne, mais sans grand succès (aucune réaction sur ma version anglaise :-(

amavi a dit…

slt, bon analyse, mais que voulez vous c'est du pure capitalisme.
internet pour moi devrait être égale au gratuit. c'est pas le cas ,
le pire reste à venir!
kel est la solution?
à quand la guerre des 3 entre wikipédia larousse et knol?