samedi 12 juillet 2008

Acquisitions : TechCrunch sera-t-il la prochaine cible ?

Acquisitions : TechCrunch sera-t-il la prochaine cible ?

Après les récents rachats d'Ars Technica par Condé Nast (Wired) pour 25 millions $ et de paidContent par le Guardian Media Group à hauteur de 30 millions $, TechCrunch sera-t-il la prochaine cible sur la liste des acquisitions ?

C'est en tout cas l'idée mise en avant par Kara Swisher, selon qui des négociations seraient déjà en cours avec AOL (Time Warner), pour une fourchette de prix comprise entre 20 et 30 millions $, bien que la valeur de Techcrunch soit probablement supérieure (although one might assume it is higher than that).

Sans parler des rumeurs de rapprochement entre Digg et Google, il pourrait également y avoir d'autres candidats naturels au rachat, comme Techmeme ou Search Engine Land...

Mario Asselin a bien raison : « Si les blogueurs ne sont pas des journalistes, les blogues sont des médias »...

Toutes ces histoires me rappellent un "vieux" billet : ce que les anglo-saxons nous enseignent (un enseignement que nous ne savons pas recueillir)... Je cite :
Pour autant, constituer une équipe qui gagne ne signifie pas uniquement réunir des individualités particulièrement compétentes et talentueuses, mais surtout réussir à les fédérer autour d'un projet commun. Ajoutez-y un travail acharné, j'ai compté 260 billets publiés entre le 1er décembre 2006 et ce jour, à l'heure où j'écris, soit une moyenne proche de 7 articles quotidiens si l'on tient compte des fêtes. Sans oublier la qualité et la réactivité, voir la réponse de Bill à ma question...

Si je devais choisir parmi les qualités de cette équipe, outre le grand pragmatisme anglo-saxon qui n'est plus à démontrer, je dirais compétence, sérieux, humilité, cette dernière étant probablement ce qui nous manque le plus en France pour faire quelque chose de similaire. Car parlons peu, parlons clair. Malheureusement, rien de semblable n'existe chez nous ! Ne peut exister ?
Bof ! Car dans un même temps, en France, pendant que les blogueurs se demandent toujours comment gagner quelques miettes avec leur blog, les vautours sont déjà prêts à fondre sur leurs proies...

Il n'y a pas de petits profits, disaient nos aïeux. Bel adage brillamment repris à son compte par l'État de cette douce terre de France ! Probablement douce pour Ingrid Betancourt, plutôt dirigiste tendance chiatique pour des millions d'autres français, et carrément à fuir pour d'autres encore. Dont moi.

Mais beau pays quand même.


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jeudi 10 juillet 2008

Médiatisation de la libération d'Ingrid Bétancourt sur le Web

Médiatisation de la libération d'Ingrid Bétancourt sur le Web

Suite : en 2008, l'information se cherche un contre-pouvoir...

* * *

En France, l'annonce officielle a été confirmée par l'Élysée à 21h16' le 2 juillet.

[Rectificatif - 19h] Réactif ;-), TomHtml commente qu'il a « posté un petit article sur (s)on blog... à 21h35 (d'après FeedBurner, 21h28 selon Blogger). Otto fera mieux la prochaine fois. »

Tom, il faut dire aussi que 52', ça me semblait un peu long pour une info de cette ampleur...

* * *

Sauf erreur de ma part, le premier billet que j'ai trouvé sur le Web a été publié chez Chauffeur de Buzz à 22h08', soit 52 minutes plus tard (si vous connaissez d'autres sources, merci de me les signaler). Ici aussi, une histoire de sa libération, toujours datée du 2 juillet.

Ingrid Bétancourt est libre !, à 23h14', puis à 23h30', 9 captures d'écran de quotidiens, dont seuls 6 en parlent dans leur "une" : 20minutes.fr, lemonde.fr, parisien.fr, liberation.fr, mediapart.fr et tf1.fr (ceux qui n'en parlent pas encore : bakchich.info, lexpress.fr et rue89.com, qui réagira à 23h57').

Signalons également lefigaro.fr, absent de la liste, mais très réactif entre une coupe et l'autre... pour acheter les Adwords correspondants à Ingrid Bétancourt et se positionner dans les Adsense avec ce message :
Fin de la détention pour Ingrid Bétancourt. Tout sur le Figaro

Source : Thierry Weber

À 0h15', les premières images tombent sur les écrans. Cela nous amène au lendemain, le 3 juillet, où là c'est l'explosion, en ligne et hors ligne, avec cependant un point commun : tous les articles sont rédigés autour de la libération spectaculaire mise en avant par les autorités colombiennes. Comme je l'ai lu ici, Les informations étant quasiment identiques dans les différents médias.

Il semble même qu'une catastrophe ait été évitée de justesse...

Pour autant, parmi la reprise en boucle de l'info telle quelle sur les médias "traditionnels", y compris à la radio et la télé, où partout on colle à la version "officielle", le 4 juillet, alors même que le "rassemblement du bonheur" était déserté, un premier article va faire brèche dans ce tableau huilé à la perfection, peint et repeint : il est publié chez Médiapart, sur le Web, donc, et c'est précisément un premier écart entre l'info traitée hors ligne et son traitement en ligne.

Un scoop 100% Web, intitulé « Libération d'Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle ».

Où le journaliste Claude-Marie Vadrot nous explique par le menu que « le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d'armes, ce qui n'est qu'une reddition d'un groupe des FARC. »

Ceci sans « remettre en cause le courage d'Ingrid Betancourt, le plaisir d'apprendre enfin sa libération, ni son extraordinaire volonté de surmonter ses souffrances. »

Face à un tel scoop (l'article est fort bien étayé, et Claude-Marie Vadrot y ajoutera de nouveaux éléments trois jours plus tard), on pourrait penser que cette version argumentée va pour le moins prendre de l'ampleur et contre-balancer un peu la version "officielle", plus "hollywoodienne" dans son essence.

Que nenni ! J'ai fait une recherche sur les liens pointant vers l'article de Médiapart, il y en a en tout et pour tout une quarantaine, la plupart venant de quelques blogs, quelques forums, quelques commentaires, autant dire un beau zéro pointé pour une information de cette valeur. Le seul titre de presse un peu important à relayer le sujet est le site suisse TSRInfo.ch, qui fait état le 5 juillet de « flou et doutes sur sa libération » !!!

Mais aucun titre de presse nationale, aucun site Web notoire, même si, le 6 juillet, on pourra lire dans un résumé sur Bakchich « les quelques informations vite diffusées sur les ondes ou dans la presse écrite » :
- L’opération aurait duré seulement 22 minutes.
- Les FARC auraient touché 20 millions de dollars pour permettre la libération d’Ingrid Betancourt et quatorze de ses compagnons d’infortune.
- Les services spéciaux colombiens n’ont été que les petites mains des Américains et des Israéliens.
Mais, en fait, rien de ce qui fait le fond de l'article de Médiapart. Tout juste si une dépêche de l'AFP fera état, trois jours plus tard, de « zones d'ombres sur l'opération »... Et pourtant, entre infiltration et reddition, il n'y a qu'un mot qui change ! Voir cet article un peu plus sérieux, en portugais, et en anglais...

* * *

[MàJ - 17h50'] En suivant le dossier de contre-feux.com, à l'origine de ce billet, j'ai découvert cet article de l'express.fr, qui signale le "scoop" de Mediapart avec ce lien perfide (cliquer ici pour lire l'article, payant), quand c'est justement l'un des seuls articles en libre accès sur Médiapart (je vous le demande : qui va cliquer sur un lien renvoyant vers un article "payant"...) !!!

* * *

Alors pourquoi ? Dans la presse traditionnelle, tout d'abord, probablement noyautée peu ou prou à différents niveaux, j'ai trouvé une explication "interne" plutôt déconcertante, venant d'un blog de journaliste, Pierre, qui reconnaît « C'est tout de même un gros scoop » (j'aimerais citer le billet en entier, mais allez plutôt le lire, je vous livre la conclusion) :
Mais des informations de MediaPart, il n’en a été question nulle part, sauf brièvement sur France Info. Je connais un moustachu qui a dû désespérer. Il a probablement appelé l’AFP, comme il doit en avoir l’habitude maintenant. J’ai moi-même mené un lobbying auprès de ma rédaction pour qu’il y soit fait mention, au moins dans l’article consacré aux informations de la RSR, dans un bloc sur les “doutes sur la version officielle”. Le responsable de service, bien qu’ayant fait l’effort de lire l’article de MediaPart, a choisi de ne pas en parler. “MediaPart, personne ne connait”, m’a-t-il dit.

Personne ne connait, donc on s’en fout.

Eeeeh ben c’est triste. Car ce conformisme, ce suivisme, cette uniformité de l’information, est le fondement de la critique formulée par les Français d’aujourd’hui à propos de leurs médias. Tout se déroule comme si nous étions des dinosaures au bord de l’éradication. On a pourtant l’avantage de voir la météorite arriver, mais on ne fait rien. En Floride, le Tampa Tribune s’apprête à licencier une bonne partie de son personnel. Dans un billet très remarqué, une stagiaire a pris la plume pour clamer que le journalisme méritait qu’on se batte pour lui. Un journaliste plus ancien, lauréat du Pulitzer, lui a répondu que seule l’innovation pourrait nous sortir de ce marasme. Une innovation qui ne risque pas d’arriver, dit-il, puisque ceux qui nous ont mis dans cette situation sont les mêmes que ceux qui sont aux commandes aujourd’hui.
Sans appel !

Cela étant, le scoop n'a pas non plus été largement repris sur la blogosphère, et pourtant c'était probablement un terreau fertile pour assurer un contre-pouvoir médiatique salutaire... Alors pourquoi ?

Je pense que cela est dû à la position ambiguë de Médiapart, dont le "modèle économique par abonnement" ne fait pas l'unanimité (je ne porte aucun jugement là-dessus, consultez plutôt l'analyse qualifiée d'Emmanuel Parody), et qui a recueilli nombre d'avis négatifs, ou pour le moins dubitatifs.

Un peu comme si l'on était face à une créature hybride, ni viande ni poisson, qu'on ne sait trop où caser. Il est d'ailleurs significatif d'observer que le fameux scoop a été publié en libre accès...

Dommage ! Puisque cet article mérite, à mon avis, et aurait dû incendier le Web francophone comme une traînée de poudre.

Car en fait, la blogosphère n'a pas été avare de billets sur Ingrid Bétancourt depuis sa libération, on en compte déjà plus de 35 000 sur le moteur de recherche de blogs de Google, pourtant dès que l'on approfondit un peu la teneur des billets, beaucoup partent dans des envolées anticléricales parce qu'elle a osé parler de Dieu et de sa foi, alors que selon moi cela ressort exclusivement de sa sphère privée, et qu'elle a juste dit ce qu'elle avait à dire.

C'est à elle, ça lui appartient, il y a dans ce drame une dimension personnelle et familiale face à laquelle la seule chose à faire, ô vous tous qui tirez dans tous les sens sans penser plus loin que le bout de votre plume, c'est de fermer votre gueule !

D'ailleurs j'aimerais bien en discuter avec celles et ceux qui balaient tout ça d'un revers de conscience à leur retour après 2401 jours de captivité dans la jungle colombienne aux mains des FARC...

Sans parler du trash de chez trash, mais là c'est moi qui la ferme, sans quoi je partirais dans une litanie d'insultes à n'en plus finir. Y en a d'autres à qui ça plaît, comme quoi il faut de tout pour faire un monde...

Que la lassitude de cette hypermédiatisation se fasse sentir, d'accord. Mais ça ne justifie pas tout. Je n'accepte pas qu'on se lance dans de tels outrages à la douleur et la solitude des gens, y compris lorsqu'on se permet d'évoquer les insupportables enfants d'Ingrid Bétancourt, sans penser une seconde au désarroi de deux adolescents face à une situation si atroce, et pendant si longtemps.

Mais bon, il est clair qu'il y en a qui ne font pas dans la dentelle. Pas vrai mon hiboo :-)

Enfin, tout ça pour dire que dans le cas présent, il me semble que le vrai sujet de fond n'est traité nulle part, que personne n'en a envie, et qu'on préfère faire de l'info spectacle, du kitch bien dans l'air du temps.

L'autre ombre au tableau étant bien sûr la récupération politique tous azimuts autour de L'OTAGE, plus impardonnable encore que les dérives malheureuses susmentionnées, et sur laquelle je ne souhaite pas m'étendre, sinon sur un constat consensuel de torts équitablement partagés entre droite, gauche, centre, etc., tous courants confondus.

Saluons donc dans ce brouhaha médiatique quelques trop rares accents de sincérité, un merci sobre, un regard sur les coulisses de l'info, et un billet qui dit ce qu'il en est.

J'arrête ici ma revue de presse, car c'est bien ce dont il s'agit, hors ligne et en ligne, en concluant amèrement que trop souvent la masse préfère s'entendre dire les choses qui ne fâchent point, qui n'obligent personne à trop réfléchir, surtout pas. J'espère que cela va s'améliorer dans les jours qui viennent, il n'est pas encore trop tard pour tenter d'aller à l'essentiel dans cette tempête de poudre aux yeux.

Faute de quoi ce sera une belle occasion de perdue par la blogosphère, qui devrait vite s'en saisir pour faire entendre une voix autre que le discours convenu et condescendant de la presse en place, plutôt que de continuer à se regarder complaisamment le nombril.

D'ailleurs n'est-ce pas à cette vocation que sont appelés les médias de demain : vous et moi, TOUS JOURNALISTES !?


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P.S. Un phénomène à part : la libération d'Ingrid Bétancourt sur Twitter...

Plus deux liens signalés en commentaires, qui font état d'une diffusion de la nouvelle avant même la confirmation officielle de l'Élysée, et de la mise à jour de l'article sur Wikipedia EN ... dans la minute qui a suivi !

Autres liens en rapport avec cette histoire (j'ajouterai au fur et à mesure de mes découvertes) :

- Bétancourt : le mari oublié...
- Ingrid Bétancourt vue d'ici...
- Ingrid Bétancourt, otage de nous-mêmes
- Show must go on...
- Quelques repères pour une tentative de décryptage des enjeux politiques de l'affaire Ingrid Bétancourt

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mercredi 9 juillet 2008

Les marques et les nouvelles extensions

Sous-titre : dès 2009, chaque marque aura-t-elle intérêt à prendre sa propre extension en .MARQUE ?

Je vous rassure tout de suite, personne n'en sait rien, pas plus l'ICANN que moi. L'ICANN l'espère, et moi je m'interroge, car le flou qui s'annonce n'est pas une bonne raison pour tenter d'éviter l'analyse... ;-)

Ceci dit, la situation n'est pas simple !

* * *


Le 26 juin dernier, l'ICANN a annoncé deux changements majeurs pour les extensions génériques de premier niveau (gTLD) :
  1. it is possible to implement many new names to the Internet ... as well as generic strings like .brandname...
  2. the expanding system is also being planned to support extensions in the languages of the world.
Dans l'absolu, il sera donc possible de créer un dot.anything, dans le respect des recommandations de l'ICANN, même si cela restera vraisemblablement réservé aux organisations plutôt qu'aux particuliers, sauf à ceux qui auront suffisamment d'argent à mettre dans l'aventure, vu les nombreuses contraintes, notamment opérationnelles, juridiques et financières.

Il est d'ailleurs probable que cette possibilité ouvrira un nouveau marché pour quelques-uns des registres actuels, qui pourront ainsi louer leurs services et leur savoir-faire afin que les candidats aux nouvelles extensions puissent se faire aider dans le montage du dossier de préparation, voire en externaliser la gestion une fois l'extension autorisée.

Si les délais prévus par l'ICANN sont respectés, cela voudrait dire que les premières candidatures pourront être soumises dès la moitié du second trimestre 2009, après une campagne massive de communication de l'ICANN pour vanter les mérites des nouvelles extensions, dès le début de l'année prochaine.



Toutefois, il y a dans les deux points signalés en début de billet deux aspects différents :
  1. les extensions en caractères romains (37 en tout, les 26 lettres de notre alphabet, le trait d'union et les chiffres de 0 à 9),
  2. les extensions en IDN (noms de domaine multilingues).
Ainsi que le soulignait Caroline Perriard de chez Nestlé Suisse SA, lors de l'atelier New gTLDs - Shaping the Future of the Internet? qui s'est tenu à Paris le 23 juin dernier dans le cadre de la réunion de l'ICANN :
En fait, si nous pouvons choisir la partie de l'URL avant le point, et la partie après le point, nous aurons deux choix à faire. (If you have to choose the first part before the dot and then the second part, you have two choices to make)
Ce qui n'est pas tout à fait vrai, car dans son cas elle n'a pas deux options, mais quatre possibles :

1) non-IDN.non-IDN

2) IDN.non-IDN

3) non-IDN.IDN

4) IDN.IDN

Puisque Nestlé pourra désormais se décliner en .NESTLE ou .NESTLÉ !

Au-delà de telle ou telle marque, cela veut donc dire que des extensions pourront être créées dans toutes les langues, avec des centaines de milliers de caractères. Pour autant, est-ce souhaitable ?

* * *


Pour garder notre exemple, quel intérêt aurait Nestlé à passer du .COM (et/ou de toutes les autres extensions que vous voulez) au .NESTLE (ou .NESTLÉ) ?

En fait, dans l'état actuel des connaissances en la matière, un intérêt plutôt limité ! Puisque la nouvelle extension n'a pas vocation (pour l'instant...) à remplacer toutes les autres, mais seulement à s'ajouter à toutes les autres.

D'où d'énormes coûts supplémentaires en vue, cela va de soi. Or on a beau dire que les grand groupes mondiaux sont riches, ils ont déjà fort à faire pour protéger leurs marques (car la plupart du temps ils n'en ont pas qu'une mais toute une ribambelle) avec les quelque 264 extensions existantes (21 gTLD + 243 ccTLD), qui pourtant sont toutes peu ou prou disponibles à des prix accessibles.

Et en fait je partage l'avis de J. Scott Evans qui trouve extrêmement basses les estimations selon lesquelles les sociétés du club Fortune 500 dépensent un demi-million $ par an pour la protection de leur domaine.

D'autant plus qu'une étude sur la localisation en français de 18 d'entre elles (4,56 Mo) m'a montré qu'elles étaient loin de toujours être cohérentes dans leur charte de nommage et leur politique mondiales de visibilité sur Internet.

Donc tout cela ne fera qu'ajouter à la confusion et rebutera les sociétés d'investir des chiffres énormes (je pense qu'on peut avancer sans grande crainte de se tromper une fourchette entre 100 000 et 500 000 $ par extension personnalisée, sans compter ensuite les coûts annualisés de leur exploitation). Ce qui va vite devenir rédhibitoire, même pour des multinationales qui en fait n'en auront pas besoin, pour plusieurs raisons dépassant le seul aspect financier :
  1. tous les grands groupes ont aujourd'hui une présence Internet consolidée ;
  2. une nouvelle extension .MARQUE les obligera à communiquer massivement vers les internautes avant que la "commutation" ne se mette en place naturellement ;
  3. cela risque de générer une bonne dose de confusion chez les utilisateurs/consommateurs qui perdront leurs marques (c'est le cas de dire ;-) et ne sauront plus où aller, sauf à rendre visite à la concurrence ;
  4. il n'est pas du tout certain que les multinationales souhaitent regrouper des portefeuilles de marques parfois énormes sous un seul domaine (par exemple, Montblanc.NESTLE, et ainsi de suite) ;
  5. le choix d'une extension IDN (.NESTLÉ) coupe automatiquement des centaines de millions d'internautes qui n'ont pas de é (e accent aigu) sur leur clavier, ce qui serait très mauvais pour le commerce, etc.
Ce qui, au final, ferait quand même cher pour pas grand chose. Mais bon, je ne suis sûrement pas dans la tête de leurs dirigeants...

Par contre, il y a selon moi une mesure à laquelle l'ICANN n'a pas pensé (ils n'avaient qu'à me le demander ;-), ce serait d'offrir aux marques une nouvelle extension qui ne s'ajoute pas à toutes les autres, mais qui les remplace !

Après tout, puisque c'est l'ICANN qui signe les accords avec tous les registres, il suffirait de prendre des accords collectifs pour que le .MARQUE soit packagé avec les 264 extensions existantes, et le tour est joué.

Utopique ? Vous croyez ? Ah bon, peut-être !

* * *


Il n'empêche que ce serait LA solution pour les marques, mondiales, évidemment. Pour les autres, ce serait plus compliqué. Sans compter les innombrables cas de litiges possibles, à commencer par le fameux principe de spécialité des marques.

Rassurez-vous, j'ignorais tout de cela il y a quelques mois encore, mais c'est en collaborant avec Quensis, société spécialisée dans la création de marques juridiquement disponibles, que petit à petit je vais devenir incollable. Consultez leur brochure ou leur blog, vous verrez que c'est génial. Petit clin d'œil au passage à Delphine et Jean-Philippe ;-)

En clair, si deux marques ne sont pas déposées dans les mêmes classes (il y en a 45), elles peuvent cohabiter : Hermès / éditions Hermès, Montblanc / crème Montblanc / Mont Blanc, Apple / Apple et producteurs de pommes, etc.

Donc déjà que la jurisprudence est loin d'être constante dans l'application du principe de spécialité aux noms de domaine (c'est moi qui souligne) :
Lorsque le contentieux des noms de domaine est apparu, on a pu constater de nombreuses divergences, tant doctrinales que jurisprudentielles, sur le point de savoir si ces nouveaux signes distinctifs étaient soumis au principe de spécialité.
et cela sur UN seul pays, alors imaginez la cacophonie mondiale, dans toutes les classes et toutes les langues, ce sera à proprement parler ingérable.

De plus par l'ICANN, qui, jusqu'à présent, nous a souvent donné des preuves manifestes de son incohérence, voire de son inconséquence, notamment dans des dossiers comme le domain tasting ou dans l'affaire du .XXX, ce qui présage bien d'une gestion saine des nouvelles extensions, convenons-en...

D'où une myriade de litiges en perspective, et des coûts démultipliés pour les entreprises.

Autre exemple bref : imaginez le déposant de .GAMING, comment seront gérées les marques à gauche du point (XBOX, SONY, NINTENDO, etc.) ?

Voilà. Il y a d'autres aspects à aborder, mais ce sera pour une autre fois. Donc pour répondre à ma question : « dès 2009, chaque marque aura-t-elle intérêt à prendre sa propre extension en .MARQUE ? », disons que pour l'instant le plateau de la balance penche largement en faveur du NON plutôt que du OUI.

J'emprunterai ma conclusion à Cédric Manara :
Plus il y a d’extensions, plus cela fortifie la valeur des .COM.

Plus on habite le centre-ville, plus on est heureux d’y être quand la banlieue s’étend.
Dans cette affaire, je crois surtout que l'ICANN a confondu vitesse et précipitation, tout accaparée par sa quête forcenée de générer des recettes supplémentaires. Nous verrons.



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mardi 8 juillet 2008

Versac ferme son blog : info ou intox ?

Versac ferme son blog : info ou intox ?

Il l'a annoncé cette nuit : fin de ce blog ! Emporté par la tempête blogueur = journaliste (ou pas), blogueur influent ou pas, to be or not to be classé sur Wikio, Challenges, etc., malentendus, trop de bruit, trop de délire :
Il est donc temps pour moi de passer à autre chose. Ça ne se passera sans doute pas ici. Oubliez "versac.net", nom et identité que je ne maîtrise plus, avatar stupide que des journalistes et des blogueurs ne veulent pas comprendre, totalement fixés sur la blogostar et le concept fumeux de blogueur influent, qui n'existe pas. Dans cette économie ridicule de la visibilité à outrance, héritée de ces media qui meurent à petit feu, devenir une star est un sport que je n'aime pas pratiquer.

(...)

En attendant, je publierai, ailleurs. Sous mon vrai nom, sans pseudo. Et avec d'autres modes d'interaction. J'ai des projets heureux de ce point de vue, qui me permettront de travailler autrement à l'expression de cette passion et cette connaissance de ce qui se passe, ici, sur le web. J'ai quelques propositions de tribunes, ici ou là, de collaborations, d'autres projets. Ça sera sous mon nom, et pas ce truc qu'est devenu versac. Il y a un livre, aussi, que je vais terminer cet été.

Me libérer de ce blog pesant m'ouvre des horizons nouveaux.
Perso, je parie pour l'info. Bon vent, Monsieur Nicolas Vanbremeersch.


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lundi 7 juillet 2008

Microsoft - Yahoo! : pression sur Jerry Yang

Microsoft - Yahoo! : pression sur Jerry Yang

[MàJ - 17h50'] Yahoo! vient de répondre :
Si Microsoft et M. Ballmer veulent réellement faire l'acquisition de Yahoo!, nous les invitons à nous soumettre immédiatement leur proposition. Et si M. Icahn a un plan pour Yahoo! qui aille au-delà du seul espoir d'un rachat par Microsoft - rachat que Microsoft a refusé à plusieurs reprises -, nous serions très intéressés par en savoir davantage.

* * *

If Microsoft and Mr. Ballmer really want to purchase Yahoo!, we again invite them to make a proposal immediately. And if Mr. Icahn has an actual plan for Yahoo! beyond hoping that Microsoft might actually consummate a deal which they have repeatedly walked away from, we would be very interested in hearing it.
Ceci dit, même si Yahoo! voulait encore négocier (ce dont il est permis de douter), Ballmer est très clair : plus avec l'actuel CdA. Ça se comprend :-)

Yahoo! va probablement encore chercher de l'aide du côté d'AOL. Retour à la case départ...

* * *

Dans mon dernier billet consacré à cette affaire, je disais ceci :
Il était pourtant clair que Google craignait plus que tout une fusion entre Microsoft et Yahoo!, à laquelle Ballmer n'aurait JAMAIS dû renoncer !

Faute de quoi « Google gagnerait sur tous les tableaux, et, de façon inversement proportionnelle, Microsoft perdrait sur tous les tableaux. »
Or, en réponse à la lettre de Karl Icahn aux actionnaires de Yahoo!, il semble bien que Ballmer n'ait pas renoncé :
Ces dernières semaines, nous avons discuté avec Carl Icahn des perspectives d'un accord possible entre Microsoft et Yahoo!

Malgré nos efforts depuis le 31 janvier, ainsi qu'au début de l'année passée, nous n'avons jamais pu parvenir à un accord dans des délais et des conditions acceptables avec l'actuel Conseil d'administration de Yahoo! Nous en avons conclu qu'il était impossible de passer un accord avec eux. Nous confirmons toutefois qu'après les élections du nouveau Conseil
(1er août), Microsoft serait prêt à discuter d'une acquisition majeure de Yahoo! avec le nouveau CdA, portant soit sur le volet "Search" soit, dans l'alternative, sur l'ensemble de l'entreprise.

Comme M. Icahn l'observe dans sa lettre d'aujourd'hui, il serait pour l'instant prématuré de discuter des points importants tels que le prix ou d'autres conditions pour une éventuelle transaction. Nous respectons le droit des actionnaires de Yahoo! de déterminer le destin de leur entreprise, tout comme nous n'avons nullement l'intention de commenter ces questions avant que ne se soit déroulée l'assemblée générale de Yahoo!

Tel que nous l'avons expliqué le 12 juin, lorsque Yahoo! a annoncé un accord avec Google, nous pensons que la valeur de nos propositions d'acquisition du Search de Yahoo! et de partenariat est supérieure pour les actionnaires de l'entreprise et pour le marché dans son ensemble. Nous n'avons pas changé d'avis, même si nous continuons de notre côté sur les volets "recherche" et "publicité" sur le Web. Nous encourageons donc M. Icahn à poursuivre ces discussions et d'autres.

Bien que nous ne puissions garantir la moindre certitude d'une transaction future, nous serons prêts à engager des discussions immédiatement après la prochaine Assemblée générale de Yahoo! si un nouveau Conseil d'administration est élu.

* * *

In the past week we have had the opportunity to discuss with Carl Icahn the prospects for a possible agreement between Microsoft and Yahoo!.

Despite working since January 31 of this year, as well as in the early part of last year, we have never been able to reach an agreement in a timely way on acceptable terms with the current management and Board of Directors at Yahoo!. We have concluded that we cannot reach an agreement with them. We confirm, however, that after the shareholder election Microsoft would be interested in discussing with a new board a major transaction with Yahoo!, such as either a transaction to purchase the “Search” function with large financial guarantees or, in the alternative, purchasing the whole company.

As Mr. Icahn notes in his statement today, it would be premature to discuss at this time important details such as the price or other terms of a possible transaction. We respect the right of Yahoo!’s shareholders to determine the destiny of their company, and we do not intend to engage in ongoing commentary on these issues in advance of Yahoo!’s shareholder meeting.

As we explained on June 12 when Yahoo! announced an agreement with Google, we believe that our proposed search acquisition and partnership would have delivered superior value to Yahoo!’s shareholders and the marketplace as a whole. We have not changed our position, even as we continue to move forward with our own online search and advertising offerings. We therefore welcome interest by Mr. Icahn in pursuing this and other discussions.

While of course there can be no assurance of a future transaction, we will be prepared to enter into discussions immediately after Yahoo!’s shareholder meeting if a new board is elected.
Voilà qui va bien mettre la pression sur M. Yang et le CdA de Yahoo! (que les analystes attendent au tournant dès le 22 juillet), et du beurre dans les épinards de M. Icahn...


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P.S. Dans sa lettre, M. Icahn envisage très exactement l'ordre inverse : d'abord négocier avec Microsoft l'acquisition de toute la société, et, dans l'alternative, juste la branche “Search” de Yahoo!, avec d'amples garanties... (Immediately start negotiation with Microsoft to sell the whole company or, in the alternative, sell “Search” with large guarantees).

Pour autant il est clair qu'Icahn se fout totalement de Yahoo!, qu'il veut tout vendre et empocher une énorme plus-value au passage...

D'ailleurs le cours remonte déjà et les mouvements d'actions sur le titre repartent de plus belle !

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Condamnation d'un blogueur espagnol pour des commentaires sur son blog

Condamnation d'un blogueur espagnol pour des commentaires sur son blog

On en parle beaucoup en Espagne, Julio Alonso, cité en jugement par la SGAE (équivalent espagnol de la SACEM) a été condamné à verser 9 000 euros, en plus des dépens, au motif de commentaires jugés attentatoires à l'honneur de la SGAE, postés sur ce billet.

Chose bizarre, la SGAE a d'abord demandé le retrait du billet, posté en avril 2004 (!), ... 3 ans plus tard !

Julio Alonso annonce son intention de ne pas en rester là et de se pourvoir en recours devant des instances supérieures : Audiencia Provincial de Madrid, Tribunal Supremo, Tribunal Constitucional et Tribunal de Justice de l'Union européenne.

Peut-être Eolas se penchera-t-il sur la question, en tout cas il semble qu'il n'y ait pas prescription sur les commentaires en Espagne, puisqu'en France :
Aucune poursuite ne peut être intentée pour injure ou diffamation trois mois après la publication.
En Espagne, ce ne serait donc pas trois mois, mais trois ans ? Autant dire qu'il n'y a jamais prescription !

De là à penser que le droit français est plein de mansuétude...

Via Pandemia. Les suites de l'affaire sur Delicious.

Le jugement en vidéo :




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P.S. Sur le délai de trois ans entre la date de publication de billet et la demande de retrait de la SGAE, Google y est peut-être pour quelque chose ! En effet, le billet incriminé s'appelait SGAE = Ladrones (voleurs en espagnol), or lorsqu'on tape "ladrones" sur le Web espagnol :


Où l'on voit d'ailleurs que la SGAE a créé ad hoc une page "ladrones", ce qu'on appelle de la gestion de réputation :-)

Source

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samedi 5 juillet 2008

La tribu de la presse à un tournant

La tribu de la presse à un tournant

Comme l'observe Narvic (c'est moi qui graisse) :
Aujourd'hui, on tire sur les journalistes de toutes parts, et des études montrent assez l'ampleur du malaise : la crédibilité est en miette, la défiance s'est installée. Mais les journalistes eux sont les seuls à ne pas tirer sur les journalistes !

Il serait temps qu'ils s'y mettent ! Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans le journalisme et chez les journalistes.
Les journalistes me font penser à une tribu, une tribu migrante qui est à un tournant de son existence professionnelle (ce que les traducteurs vivent déjà depuis des années...), plutôt mal négocié pour l'instant. C'est ainsi qu'en lisant Migration Point for the Press Tribe, signé Jay Rosen, je lui ai demandé l'autorisation de traduire son billet, qu'il m'a gentiment accordée. Adaptation libre.
Nous assistons à la période initiale d'une montée en puissance du journalisme semi-professionnel, qui s'accompagne d'un déclin de l'ancien mode de vie de la tribu des journalistes professionnels. Je les nomme "tribu" parce qu'ils partagent une culture et un même sens du destin, et parce qu'ils s'imaginent qu'ils possèdent la presse, qui serait la leur, en quelque sorte, du fait qu'ils en dominent la pratique.

Le premier amendement de la constitution américaine dit à tous les citoyens : vous avez le droit de publier ce que vous savez, de dire ce que vous pensez. Or hier ce droit n'était exercé que de façon fort abstraite, alors qu'il s'exerce aujourd'hui concrètement, depuis que la population dans son ensemble se partage le pouvoir de publier. Les projets qui amènent les gens à exercer leur droit pour une presse libre renforcent la presse, que ces projets renforcent ou non les journalistes de profession qui ont mainmise sur la presse.

La tribu de la presse professionnelle traverse une condition dramatique, où il en va de sa survie. Ces dernières années, elle a commencé à réaliser qu'elle ne pouvait plus vivre des rentes héritées d'une situation où les journalistes étaient les pourvoyeurs industriels d'infos
one-to-many, capables de dicter le consensus.

Le terrain sur lequel ont vécu les gens dans les salles de rédaction - qui était également leur modèle économique - ne suffit plus pour rémunérer leur travail, d'où le tournant qu'ils doivent prendre, en dépit de leur réticence : et pour continuer, pour maintenir la presse professionnelle sur sa voie, la tribu de l'info devra migrer, traverser la fracture numérique et se réinstaller sur de nouvelles terres, un nouveau sol, ou, comme nous l'appelons parfois : une nouvelle plateforme.

Toute migration, que les américains idéalisent facilement, est un traumatisme pour la communauté. Il est difficile de tout quitter et d'abandonner des contrées familières. Certains membres de la tribu de l'info ne veulent pas partir : les bilieux des rédactions, un groupe réactionnaire. D'autres préfèrent nier la situation, d'autres encore s'éloigner discrètement du journalisme. Beaucoup sont éjectés vu la régression des conditions contractuelles et économiques de la tribu. Quelques-uns enfin admettent que c'est la panique.

Donc à l'instar des migrants réticents partout dans le monde, les membres de la tribu de la presse doivent décider ce qu'il leur faut prendre avec eux. Quand partir. Où aller. Ils doivent choisir ce qui est essentiel à leur mode de vie, déterminer quelles sont les choses adaptées à l'ancien monde qui sont désormais inutiles, voire handicapantes dans le nouveau ; et se demander s'ils peuvent emmener avec eux ce qu'ils savent. Maintenant, que sera la vie dans l'océan numérique reste bien sûr une inconnue pour tout migrant, et génère un sentiment de crise immédiat pour les anciens de la tribu, qui ont toujours su comment vivre auparavant.

C'est déjà assez dur comme ça. Même si cela le sera encore davantage - ainsi qu'un défi toujours plus grand à relever pour la sagesse politique de la tribu - vu que le terrain sur lequel la presse devra se reconstruire est déjà occupé par des gens comme Jane Hamsher, Roger L. Simon, Arianna Huffington et Glenn Reynolds, qui eux sont occupés à construire une espèce de civilisation alternative aux infos et aux commentaires professionnalisés, ce qui ne les empêche pas de faire usage de la presse à l'ancienne et de l'industrie sous-jacente.

L'une des questions face à laquelle les journalistes sont de plus en plus perplexes aujourd'hui, c'est quoi faire des pros installés et de leurs vieilles habitudes, et comment se positionner vis-à-vis d'eux.

Dans l'actuelle fracture numérique, les conditions d'exercice du journalisme ne sont plus du tout les mêmes. Laissez-moi vous citer quelques faits marquants. La communication est bidirectionnelle,
many-to-many. Le partage horizontal de l'info est devenu aussi important que le modèle top-down de sa diffusion. Les lecteurs sont devenus rédacteurs, et les gens qu'on qualifiait hier d'audience sont aujourd'hui des producteurs de contenu, des experts qui partagent leurs opinions et des consommateurs autonomes.

Il y a une chose que la tribu de l'info n'a pas compris en 1996, lorsqu'elle s'est retrouvée en ligne, en considérant le Web comme un bon moyen de reconditionner son contenu, pris tel quel à l'ancienne plateforme ; or même si le Web peut permettre cela, l'idée de reconditionner le contenu informationnel a un coût intellectuel énorme. Cela n'a pas aidé la tribu à bien appréhender sur quel terrain elle devait reconstruire, mais a permis à la presse de retarder la date de sa migration.

De nos jours, la presse est un territoire partagé, avec des zones pro et des zones amateur, une délimitation appropriée puisque la liberté de la presse elle-même est un territoire partagé, qui appartient autant aux amateurs qu'aux pros. En ligne, les deux zones sont connectées et ont un débit commun (voir un exemple ici). Cela fonctionne toujours sur un mode vertical : de la presse vers le public. Mais ça marche aussi horizontalement : de pair à pair. Avec une partie en système fermé — les systèmes fermés étant bons pour contrôler les choix éditoriaux —, et une partie en système ouvert.

Les systèmes ouverts, en revanche, sont bons pour participer, former la communauté et identifier l'intelligence où qu'elle se trouve sur le réseau. Ils sont bons pour partager et pour faire émerger le bon contenu. Mais ces deux systèmes éditoriaux ne fonctionnent pas de la même façon. L'un ne remplace pas l'autre. Ils ne sont pas ennemis pour autant. Nous avons donc besoin de mieux comprendre comment ils peuvent travailler ensemble.

C'est de là que vient l'idée d'un journalisme pro-am. Je pense que les formes hybrides seront les meilleures - l'ouverture avec ce qu'il faut de contrôle, les amateurs travaillant au côté des pros -, mais cela signifie que nous devrons appréhender comment fonctionnent ces formes mixtes de collaboration. Arianna Huffington, Amanda Michel, Mayhill Fowler, Marc Cooper et moi-même, accompagnés par plus de 3 000 membres abonnés, sommes actuellement plongés dans une tentative de ce genre, OffTheBus.

Arianna et moi voulions unir nos forces pour couvrir les élections américaines, sans idées claires sur la manière de le faire, jusqu'à ce que nous trouvions le nom, OffTheBus. Notre sentiment était que le courant dominant de la presse n'avait réussi jusqu'alors ni à innover ni à s'ouvrir bien loin. Nous voulions donc étendre les pouvoirs de la presse couvrant la campagne présidentielle à celles et ceux qui ne faisaient pas partie du club des pros, aux non-accrédités ayant des convictions et fiers de participer à la vie politique. Ce qu'a fait l'Huffington Post en permettant à des milliers de blogueurs d'écrire dans ses colonnes, en signant avec des milliers de journalistes citoyens pour suivre la campagne.

Notre idée : vous pouvez publier des sujets politiques indépendamment de votre positionnement. Vous n'avez pas besoin d'être dans la zone "presse" pour faire du journalisme sur la campagne présidentielle. Huff Post filtre les meilleurs sujets qui font la une, et, de là, sont injectés dans la conversation nationale. Nous allons ensuite tester un modèle de publication distribuée pour couvrir la campagne.

Dans la course à la narration, nous entreprenons quelque chose de “nouveau”, comme l'a observé Zephyr Teachout pour inaugurer cet événement, quelque chose en dehors des sentiers battus. Ainsi que l'a souligné Clay Shirky, l' “action collective en est facilitée”. En mettant nos idées en pratique, nous avons voulu faire, quelque part, une presse renouvelée.

Au final, je pense qu'il est temps que la presse s'élargisse, ne croyez-vous pas ? Cela signifie que nous devons étendre nos idées sur le sujet. C'est le but de ce billet.
Voilà. Je ne suis qu'un “amateur” mais c'est ma manière de contribuer au débat qui agite en ce moment les esprits sur la crise du journalisme et de la presse en général. Je laisse aux “pros” le soin d'adapter ce billet à la réalité francophone et de trouver les liens qui vont avec.

Sur le modèle de publication distribuée, voir également ici. Personnellement, je pense que ce pourrait être là un excellent laboratoire d'expérimentation pour développer une contribution communautaire “encadrée”.

Laissez-moi enfin vous signaler trois lieux de réflexion essentiels : Narvic, Journalistiques et Média Chroniques. Déjà si vous lisez tous leurs billets et suivez tous leurs liens, vous en saurez ... davantage que moi :-)

Merci encore à Jay Rosen, et si vous souhaitez suivre la campagne présidentielle américaine jusqu'à son terme, voici un lien de choix : OffTheBus !

En France, ne reste plus qu'à savoir qui et quand sera capable de sauter hors du bus...


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P.S. Juste une citation (via ABC Digital Futures) :
Journalists are too often reduced to a cross between call-centre workers and data processors.

Trop souvent le rôle des journalistes se réduit à un croisement entre les tâches d'opérateurs de centres d'appels et celles d'opérateurs de traitement des données.

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