samedi 24 janvier 2009

Nicolas Sarkozy : l'Etat, c'est moi !

Suite chez Jean Véronis...

Pièce en un acte et combien de législatures ?

Il y a presque deux ans, j'écrivais dans Le sens et la valeur des mots :
Voilà pourquoi des textes tels que celui-ci me dérangent profondément. Je pourrais le reprendre dans son intégralité en le démontant paragraphe par paragraphe, phrase par phrase, pour en mettre à jour les rouages manipulateurs, les incohérences flagrantes, les faussetés doucereuses, les finalités à peine masquées (mieux ferrer le gogo). Peut-être un jour, quand ma colère retombera, si elle retombe (car impossible d'écrire objectivement sous son emprise), mais ce n'est pas pour demain.
Un texte dont Jean Véronis proposait le nuage suivant :


L'heure est donc venue de mettre mon projet à exécution, maintenant que je peux utiliser à volonté les outils de Quensis (site Web), pour procéder à un traitement statistique de ce texte et vous proposer mon analyse, très personnelle et sans aucune velléité, ni d'exhaustivité ni de rigueur scientifique.

C'est juste ce que je pense. Point, à la ligne.

En commençant par le nuage généré avec Wordle sur la base des 110 termes qui reviennent le plus dans ce discours, qui comprend 8645 occurrences une fois décortiqué.


Et une explication préalable sur ce SARKO qui trône au centre : pour une raison que je ne m'explique pas, Wordle n'accepte pas le JE ! En fait, lorsque j'ai chargé le fichier avec les 162 JE du discours, tous les autres mots apparaissaient sur le graphique, sauf le JE. Pas plus que le MOI en faisant l'essai.

Dès lors, mon choix de tester avec SARKO, qui représente précisément :
  • 129 fois le pronom JE :
    • 52 fois « je veux », 4 fois « je ne veux pas »
    • 24 fois « je propose » (dont une seule fois « je vous propose »)
    • 10 fois « je dis », 5 fois « je (vous) le dis »
    • 4 fois « je salue », etc.
  • 8 fois J' : j'affirme, j'ai proposé, j'ai envie, j'ai la conviction...
  • 8 fois MOI, dont 6 fois « La République pour moi c’est... »
  • 6 fois MON : devoir, ambition, projet, objectif (3 fois)
  • 5 fois ME + M' : je ne me résigne pas, on m'a répondu...
  • 3 fois MA : responsabilité, mission, volonté
  • 3 fois MES : mes amis, à mes yeux (2 fois)
Soit un total présidentiel de 162 occurrences ! Que j'ai toutes fondues initialement sous le JE, puis sous le SARKO que Wordle accepte volontiers en remplacement. D'où son poids disproportionné dans le graphique...

Mais ça ne s'arrête pas là, puisque nous avons 76 fois la République, 53 fois la France (dont 30 fois la France qui « veut »), 37 fois l’État, 29 fois la Nation !

Le tout pour un modeste total de 357 occurrences, dont un remarquable taux dépassant 45% d’occupation par le JE/MOI présidentiel...

Sans compter 68 fois « Elle », qui représente tantôt la Nation, tantôt la République, tantôt la France, que Sarko fait pratiquement parler à la troisième personne : « la France veut ». Ou encore, « La République, c’est… », « la République fraternelle dans laquelle JE crois. » (ça en fait au moins un...) :
Il y a bien une exception française auquel il est légitime que nous soyons attachés, non parce qu'il est la marque d'une quelconque supériorité par rapport aux autres, mais parce qu'il exprime ce que nous sommes et ce qui nous unit. Cette exception tient en trois mots : la Nation, la République, l'État. Cette exception est politique. Elle est intellectuelle. Elle est morale. Elle est culturelle.
C’est le miracle de la France...
C’est le miracle de la France...
C’est le miracle de la France...
C’est le miracle de la France...
C’est le miracle de la France...
C’est le miracle de la France...
Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé.
(J'ai mis en gras les erreurs de syntaxe, dans un tel discours, ça la fout mal...)

Mais no problem, Sarko le thaumaturge arrive :
Dès lors, mon projet est simple : Je veux construire une nouvelle relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole donnée, de confiance. Je veux un nouvel Etat, une nouvelle nation, une nouvelle République.
C'est simple, en effet. Simple et modeste. Comme le J majuscule après les deux points, normal pour un personnage majuscule, modestement primus inter pares. Tous les problèmes de la France, ne vous inquiétez pas, JE M'en charge !

- Nous, peut-être ? Pourrions-nous faire ça ensemble ? Avec nous, les français (21 fois), nous, les citoyens (11 fois, toutes occurrences confondues), nous, le peuple (8 fois) ?

Ah ! « La parole rendue au peuple, le pouvoir redonné au peuple, ... », fausse et illusoire promesse froidement contredite par un extraordinaire total de 40 occurrences, soit neuf fois moins que pour ELLE & LUI, la France et son époux, pardon Carla !

Idem pour le triptyque NOUS (24 fois) / Nos (8 fois) / Notre (13 fois) (dont 5 fois « notre République »), dont l'utilisation plus condescendante qu’autre chose est confirmée par l’emploi parcimonieux du VOUS : 15 fois en tout et pour tout, dont 6 fois dans les dernières lignes… (mais jamais ô grand jamais, ni votre, ni vos, … ni vaches et cochons).
Vous êtes la preuve vivante du contraire.
Vous êtes l’espérance qui ne veut pas s’éteindre.
Vous êtes les témoins d’une France qui veut renaître et qui ne craint ni le changement, ni l’avenir.
Vous êtes les témoins d’une France qui n’a pas peur de la rupture.
(…)
Je vous le promets, nous allons construire une France nouvelle dont vous serez les acteurs.
Magnifique envolée finale, peut-être avec un zeste de grandiloquence, mais pas trop, juste ce qu'il faut pour amener le lecteur, que dis-je ? l'auditeur, que dis-je ? le gogo, que dis-je ? le concitoyen (en deux mots), vers la chute, engageante, impliquante, et, pour tout dire, prégnante :
Je souhaite sceller un nouveau pacte avec tous les Français.
Promesse berlusconienne s'il en est, autant dire jamais tenue, limite berlusconnerie (berlusconata)…

Sarkozy est vraiment un type formidable, le roi des discours (mais pas seulement)...

Conclusion

Qu'est-ce qui cloche dans son discours (auquel on ne reprochera certes pas de manquer de volontarisme, le bonhomme est habitué) ? Oh, pas grand chose, juste un détail, à savoir que pour résoudre tous les problèmes de la France, un seul homme suffira, le troupeau des 60 et quelques millions de concitoyens n'a qu'à ME suivre, SARKO/ZORRO est arrivé, je vais tout résoudre tout seul, j'en ai la volonté, j'en ai la conviction, donc je vous le promets. Que ma parole vous suffise. Ou iriez-vous jusqu'à penser que je ne sois pas homme à honorer ma parole, peut-être ? Demandez à Édouard, à Jacques éventuellement, il s'en porteront garants...

Donc croyez-moi, suivez-moi, et si possible fermez vos gueules.

D'ailleurs avec Obama nous allons changer le monde, et vite...

Je vous le dis haut et fort ! Du reste, vous n'avez qu'à lire son discours : là où je proclame France & République, fort à propos il rétorque Amérique & Nation. Voyez son nuage, on dirait son pays :


Mais tiens, c'est bizarre, Barack, où es-tu passé ?


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P.S. À noter que dans son discours (quatre fois moins long que celui de Sarkozy), Barack Obama utilise 3 fois le JE (répétons-le : 3 fois), contre 62 fois le NOUS, 68 fois le NOTRE/NOS et une dizaine de fois le VOUS/VOTRE/VOS !

Nous appellerons ça des visions diamétralement et TOTALEMENT opposées...

[MàJ - 23h45'] Suite à de vifs échanges en commentaire avec un certain "Christophe" qui m'a beaucoup énervé (j'ai horreur qu'on mette en doute mon honnêteté intellectuelle), un heureux concours de circonstances va me permettre de faire taire ce blanc-bec. En travaillant sur le nuage sémantique du discours sur la question raciale prononcé à Philadelphie par Obama, j'ai découvert de façon tout à fait fortuite Wordle advanced, qui inclut les pronoms dans le nuage, chose que je n'avais pas réussi à faire avec la version 1.0.

En fait, si vous avez 10 fois le mot NUAGE, au lieu de saisir 10 fois NUAGE l'un à la suite de l'autre, il suffit de faire NUAGE:10 ! Idem avec les pronoms, et ça marche ! Allez savoir...

J'ai donc repris le nuage contesté, en me basant cette fois sur celui de Jean Véronis en début de billet, en gardant le même poids spécifique à chaque terme, en ôtant le mot TOUR (sans aucune pertinence dans le discours) et en ajoutant JE (137 occurrences, j'ai viré MOI, MA, MES, etc.), VEUX (56 fois) et VEUT (36 fois), là où Jean n'avait retenu que VEULENT. Et si j'ai encore laissé de côté le pronom "Elle", c'est tout simplement parce que sa valeur n'est pas uniforme : tantôt Nation, tantôt France, tantôt République, etc. Alors qu'avec JE, le problème ne se pose pas ! Voici ce que ça donne :


Donc, Monsieur l'anonyme, vous avez sous les yeux un nuage reprenant exactement les mots de Sarkozy, sans en modifier les "déterminants" selon votre propre jargon. Ma question est : est-ce que ça change quoi que ce soit à mon analyse ?

[MàJ II - dimanche 25 janvier 2009] Je viens de voir dans mes stats que ce billet a été repris en Une de Médiapart !!!


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vendredi 23 janvier 2009

Obama dans un nuage ... sémantique

Comparer avec le nuage de Sarko...

Read Write Web a comparé le nuage sémantique du discours d'investiture d'Obama avec ceux de ses prédécesseurs. Intéressant, même si sur son Twitter, Simon Talvard-Balland nous dit qu'il préfère de loin celui du New York Times :


De plus, en survolant le nuage, vous voyez le nombre d'occurrences et en cliquant les termes apparaissent en contexte.

J'ai donc voulu tenter l'expérience en récupérant une version française du discours original, et en profitant des outils statistiques de Quensis pour créer un nuage équivalent, toujours en utilisant Wordle pour le rendu graphique mais en le débarrassant de tous les mots vides (articles, possessifs, démonstratifs, etc.). De plus je n'ai sélectionné que les termes allant jusqu'à 2 occurrences, pour coller davantage avec le nuage du NYT. Voici le résultat graphique :


Il y a évidemment quelques légères différences dues à la traduction, et il faudrait que je compare chaque occurrence respectivement dans le texte source et le texte cible pour avoir une analyse plus précise. Ceci étant, voici le tableau comparatif, qui comprend 61 entrées pour l'américain et 98 pour le français. Disons que ça correspond à un coefficient de foisonnement pour faire simple...


Cela me rappelle un article récent où il est question d'Obama et du bilinguisme, avec là encore une position originale, probablement l'une des nombreuses (r)évolutions auxquelles on peut s'attendre sous sa présidence, née sous le signe de la nouveauté ... à tous les niveaux, sous l'impulsion de la nouvelle équipe !

Parenthèse : Microsoft risque d'ailleurs de perdre un client important au profit du libre...

Donc, dès son installation à la Maison Blanche, Barack Obama s'est immédiatement mis au travail, et je profite de ce billet pour vous fournir quelques liens glanés ici et là.

- Le robots.txt d'Obama
- The Obama Generation
- une conséquence inattendue de l'investiture, et les répercussions au niveau des recherches sur le Web...
- etc. etc.

Sans oublier la Twitter World Map...




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P.S. Voir également ce site, signalé par Olivier Ertzscheid.

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mardi 20 janvier 2009

Barack Obama, Change has come to WhiteHouse!

Le premier billet de blog paru sur le site de la Maison Blanche est daté 20 janvier 2009 à 12h01', soit l'instant exact où Barack Obama devient le 44e et premier Président noir des États-Unis d'Amérique !


On retrouve d'ailleurs sur WhiteHouse.gov la même usabilité simple que sur Change.gov : Change has come to America... and to the World, we hope so! And so much!



Lire l'intégralité du discours d'investiture. Je voulais juste marquer ce grand moment...




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Les 250 premiers sites du Web selon Linkscape

Linkscape vient d'être mis à jour et nous propose une sélection des 250 premiers sites du Web, calculée selon des métriques "maison" :


Voici maintenant les 20 premiers sites par nombre de liens externes pointant vers ces sites :


Première remarque, évidente : une fois confirmé le succès planétaire de Wikipedia, les quatre sites suivants appartiennent à la galaxie ... Google ! Qui totalisent à eux seuls plus de 240 millions de liens !!!

Donc en comparant avec MSN, bon dernier avec à peine plus de 7 millions de liens, on peut d'autant mieux saisir ces mots prononcés par Steve Ballmer le mois dernier :
Look, the fundamental basis for doing the search deal with Yahoo has to do with critical mass in the advertising marketplace. It doesn’t have to do with technology, or any of these other things, it really is a market phenomenon. Together we would have more advertisers….which means we’d have more relevant ads on our page. We’d have higher monetization levels possible in front of us because there would be more people bidding on more key words. Most importantly, Google would have perhaps a real credible competitor sooner.
En français : « La raison principale d'un deal avec Yahoo! Search, c'est de parvenir à une taille critique sur le marché de la publicité. Cela n'a rien à voir avec la technologie ou autre, c'est juste un problème de parts de marché. Ensemble, nous aurions plus d'annonceurs... Et par conséquent davantage de pubs pertinentes sur nos pages. D'où des niveaux de monétisation potentiellement plus élevés, grâce à un nombre accru d'enchères sur nos mots clés. Mais la chose peut-être plus importante, c'est que Google aurait enfin devant lui un véritable concurrent, crédible. »

J'y reviendrai.


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P.S. Facebook n'arrive qu'en 72e position avec 1 468 698 liens (chose plutôt normale vu l'accessibilité "fermée" du site), 10 rangs derrière Twitter (+2 millions de liens).

Parmi les français, sauf erreur de ma part, je n'ai vu que Free (47e avec près de 3 millions de liens, 3 rangs derrière google.fr), Wanadoo (146e), Xiti (193e) et publicidees.com (237e).

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dimanche 18 janvier 2009

Nous sommes tous des personnages publics !

Traditionnellement, on ne faisait plus trop de distinction entre personnage public et people, célébrité, star, etc.

Cela change désormais avec Internet, dès lors que du jour au lendemain Monsieur ou Madame Tout-le-monde peut potentiellement devenir un personnage public sans être célèbre pour autant, un Marc L. ou un Fred mis à nu de son plein gré ou contre...

Une histoire qui a suscité des vocations, des répliques, et des analyses.

Pour répondre à Szarah, cette affaire me rappelle celle d'Olivier Martinez. Mais a contrario.

Dans l'interview de l'internaute devenu "célèbre" malgré lui, à la question « Comptez-vous porter plainte ? », il répond :
Non, je n'ai pas grand chose à faire, toutes (c)es informations étaient accessibles.
Tout en précisant :
Toutes ces infos que j'ai publiées sur moi, elles étaient pour les gens qui m'entourent.
Or selon moi, le fait que quelqu'un collecte des données, certes accessibles, mais éparpillées, et les rassemble contre la volonté de la personne qui les a publiées, ou tout au moins sans l'informer ni obtenir son consentement au préalable, devrait être considéré comme un "traitement" de données - directement et indirectement - nominatives, à savoir des “informations qui permettent, sous quelque forme que ce soit, directement ou non, l’identification des personnes physiques auxquelles elles s’appliquent...”, qui contreviendrait ainsi aux dispositions générales de la loi n° 78-17 du 6 Janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, et ne remplirait donc pas les nécessaires "CONDITIONS DE LICÉITÉ DES TRAITEMENTS DE DONNÉES À CARACTÈRE PERSONNEL" :
Article 6

Un traitement ne peut porter que sur des données à caractère personnel qui satisfont aux conditions suivantes :
  1. Les données sont collectées et traitées de manière loyale et licite ;
  2. Elles sont collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes et ne sont pas traitées ultérieurement de manière incompatible avec ces finalités. Toutefois, un traitement ultérieur de données à des fins statistiques ou à des fins de recherche scientifique ou historique est considéré comme compatible avec les finalités initiales de la collecte des données, s’il est réalisé dans le respect des principes et des procédures prévus au présent chapitre, au chapitre IV et à la section 1 du chapitre V ainsi qu’aux chapitres IX et X et s’il n’est pas utilisé pour prendre des décisions à l’égard des personnes concernées ;
  3. Elles sont adéquates, pertinentes et non excessives au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées et de leurs traitements ultérieurs ;
  4. Elles sont exactes, complètes et, si nécessaire, mises à jour ; les mesures appropriées doivent être prises pour que les données inexactes ou incomplètes au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées ou traitées soient effacées ou rectifiées ;
  5. Elles sont conservées sous une forme permettant l’identification des personnes concernées pendant une durée qui n’excède pas la durée nécessaire aux finalités pour lesquelles elles sont collectées et traitées.
Article 7

Un traitement de données à caractère personnel doit avoir reçu le consentement de la personne concernée ou satisfaire à l’une des conditions suivantes :
  1. Le respect d’une obligation légale incombant au responsable du traitement ;
  2. La sauvegarde de la vie de la personne concernée ;
  3. L’exécution d’une mission de service public dont est investi le responsable ou le destinataire du traitement ;
  4. L’exécution, soit d’un contrat auquel la personne concernée est partie, soit de mesures précontractuelles prises à la demande de celle-ci ;
  5. La réalisation de l’intérêt légitime poursuivi par le responsable du traitement ou par le destinataire, sous réserve de ne pas méconnaître l’intérêt ou les droits et libertés fondamentaux de la personne concernée.
Donc en lisant ce qui précède, il me semble bien que cette "collecte" et ce "traitement" de données à caractère personnel sans aucun consentement préalable serait de nature à porter une « atteinte aux droits de la personne résultant des fichiers ou des traitements informatiques », c'est pour le moins ce que me dicte le bon sens...

Et à qui objecterait qu'il s'agit là de "redivulgation de faits déjà licitement publiés", d'informations "anodines" ou encore de "faits publics ou faits qui ont été portés à la connaissance de tous en toute légalité", on pourrait facilement répliquer en citant le jugement prononcé dans l'affaire O. M. c/ S.N.C. Prisma Presse :
...attendu que la divulgation antérieure par le demandeur de faits relevant de sa vie privée, à supposer qu'elle soit suffisamment démontrée, ne saurait le priver de la possibilité d'agir en référé en raison d'atteintes postérieures non autorisées...
puisqu'après tout, selon la jurisprudence, « toute personne, quels que soient son rang, sa naissance, sa fortune, ses fonctions présentes ou à venir, a droit au respect de sa vie privée » (Civ. 1ère, 23 octobre 1990, Bull. n° 222), conformément à l'article 9 du Code civil.

Cela dit, le problème de l'identité numérique étant inévitable, autant s'y préparer, ce qui ne va pas de soi, contrairement aux apparences.

Donc à celles et ceux qui pensent comme les 57% de votants que la chose est sans intérêt :


je conseillerais de suivre attentivement la présentation par Me Olivier Itéanu du livre « L'identité numérique en question » :



En conclusion, cette affaire montre bien que, sur Internet, plus besoin d'être une vedette pour être livrés en pâture aux internautes, ce qui fait désormais de nous tous des personnages publics !


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samedi 17 janvier 2009

LTI - La langue du berlusconisme

« Il règne en ce moment quelque obscurcissement qui influe vraiment sur tout le monde. »

Victor Klemperer
LTI - Lingua Tertii Imperi, la langue du IIIe Reich


Né du journal tenu clandestinement par le philologue juif berlinois entre 1933 et 1945, les douze années de l'hitlérisme, ce livre est un "manuel de résistance", selon Alain Brossat, une réflexion sur le langage totalitaire qui va au-delà du nazisme, ce fruit mortellement vénéneux de la rhétorique impudente d'un Führer qui "ne mentait jamais" ! Car la langue ne ment pas...

Nous connaissons la suite de l'Histoire ! Or malheureusement les hommes n'ont jamais été capables d'en tirer les leçons, ou sinon nous aurions un aujourd'hui meilleur qu'hier et un peu moins bon que demain. Ce qui est loin d'être le cas. D'ailleurs certains aimeraient bien la réécrire...

Du reste ce qui se passe depuis 15 ans en Italie est la preuve accablante de ce constat funeste, un véritable acte d'accusation que brandiront les générations futures en demandant à leurs aînés pourquoi ils ne firent jamais rien pour arrêter Silvio Berlusconi !

Oui, pourquoi ? Je me le demande.

Pourquoi le peuple italien dans sa majorité est-il comme hébété, pantelant sous les coups de boutoir de ce charlatan qui passe ses jours et ses nuits à vendre de la merde au peuple ahuri en lui faisant croire que ce sont des bouchées au chocolat, de ce fanfaron crâneur et manipulateur de mots et de consciences qui a mis toute son intelligence au service de ses seuls intérêts et de ceux qui se prosternent devant lui ou devant qui lui se prosterne, de ce diseur de bonne aventure qui poursuit avec un entêtement acharné son incessant travail de sape de la démocratie, lentement mais sûrement mise à mal, au point qu'elle risque bien de ne jamais s'en relever de ce côté des Alpes ?

Oui, pourquoi ? Et pourquoi personne dans les soi-disant démocraties environnantes ne dénonce jamais les incommensurables méfaits de cet énergumène ?

Qui a déjà la mainmise sur trois des quatre pouvoirs de l'État. Et qui s'apprête à faire fondre incessamment son emprise sur le quatrième : la "Justice", ou ce qu'il en reste, seul pouvoir dont des pans entiers lui échappent encore, mais pour combien de temps ?

Petite piqûre de rappel sur Wikipédia :
La séparation des pouvoirs dans les États "modernes" est un principe de répartition des différentes fonctions, confiées à différentes composantes de ce dernier. On retient le plus souvent la classification de Montesquieu, appelée Trias Politica :
  1. le pouvoir législatif, confié au parlement ;
  2. le pouvoir exécutif, confié au gouvernement, à la tête duquel se trouve un chef d'État et / ou de gouvernement ;
  3. le pouvoir judiciaire, confié au juge.
Le quatrième pouvoir étant bien évidemment l'information. Or Berlusconi noyaute déjà la grande majorité des médias, presse et télés, mais pas uniquement (puisqu'il noyaute également une grande partie du capitalisme italien, d'Alitalia a Mediobanca...), comme l'explique fort bien Marco Travaglio dans son "passaparola" hebdomadaire, nouvelle forme de samizdat numérique :


Retranscription intégrale en italien et en anglais.

C'est d'ailleurs pour ça qu'en ce début d'année Berlusconi et sa troupe n'ont eu de cesse d'annoncer la (très) prochaine "réforme de la justice", dans l'intérêt exclusif du bon peuple, il va sans dire,et même s'il semble avoir fait marche arrière sur les écoutes téléphoniques, après s'être fait coincer en train de magouiller avec Sacca, ex-directeur de la RAI, pour placer ses soubrettes et que sais-je encore... Répugnant !



Innombrables sont les témoignages irréfutables de combien la langue de Silvio Berlusconi est une langue fourchue, capable d'affirmer dans un rictus, mais sans rire, qu'il fera de la lutte contre la fraude fiscale une de ses priorités (lorsque son empire comptait déjà des dizaines de sociétés off-shores qui n'avaient aucun autre but...), qu'il a fait tout ce qui était en son "pouvoir" pour sauver Enzo Biagi, qu'il est à l'œuvre pour construire une classe politique "irrépréhensible", ou encore de hurler sans sourciller que les juges sont un cancer et les magistrats des fomentateurs de coups d'état, voire des métastases de la démocratie, etc. etc., je pourrais dérouler à n'en plus finir l'inventaire de ses mensonges et de ses écarts de langage...

Mais tout ça n'est qu'un début. Car le triste sire met déjà en place ses pions pour son prochain objectif : la présidence de la République. Dernier rempart contre ses assauts pour démanteler la constitution italienne, une fois qu'il réussira à s'emparer de la Présidence en s'appuyant sur son courant politique dominant (ce qui, d'ailleurs, donne actuellement lieu à un furieux marchandage avec Bossi, fédéralisme contre présidentialisme...), l'Italie sera définitivement à sa botte. Et soyez sûrs qu'il l'utilisera, sa Botte, pour mettre son pied au cul à plus de 60 millions d'italiens et de stranieri qui habitent le Bel Paese !

Même Gelli - dont la vieillesse maudite se réjouit encore de voir tout le chemin parcouru par l' « apprenti maçon » (qualification "prophétique" s'il en est, puisque sur les listes de la Loge Propaganda 2 la profession de Berlusconi était "apprendista muratore"), réalisant à marche forcée son Plan de Renaissance démocratique -, n'aurait pu ni su rêver mieux que de voir un jour l'avènement de cette "dictature démocratique", de ce "régime légitimement élu", non plus par des électeurs responsables, mais par une majorité de télélecteurs sous influence...

[À lire sur le langage berlusconien ce passionnant billet de Martin Rueff : « Ceux qui croiront parler leur langue parleront la mienne »]


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P.S. Ce billet est le premier d'une série de deux, dont le deuxième s'intitule "Le messianisme de Berlusconi", écrit à partir de l'analyse sémantique de deux ouvrages "signés" Berlusconi, L'Italia che ho in mente et Discorsi per la democrazia (soit un corpus d'environ 158 000 mots), qui ne sont que la compilation de discours rédigés par ses nègres. Je ne sais pas encore quand je le publierai, car c'est plutôt long et délicat (voir mon analyse en italien : Il discorso messianico-mendace di Silvio Berlusconi)...

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jeudi 15 janvier 2009

Quensis, concepteur de noms de marques

La création de noms de marque est un monde que je découvre, et chaque fois que je peux, je parle de Quensis, société concepteur de noms (de marques, de domaines, de produits, de tout ce que vous voulez) à laquelle je collabore.

Cette fois, l'occasion m'en est donnée par une interview de Delphine Parlier et Alban Nérot parue sur Décideurs.tv. Très instructif :
How to create an available drug name? Find out by watching Quensis in a video with Bouchara-Recordati, interviewed by Décideurs TV
En revanche si vous préférez lire, vous consulterez avec profit le communiqué de presse publié à l'occasion du lancement d'Isimig, l'antimigraineux des Laboratoires Bouchara-Recordati (où Alban Nérot est Chef de Produits) dont Quensis a signé la création du nom.


Précisons tout d'abord que ce billet n'est pas QUE de la publicité, mais aussi une tentative d'explication sommaire pour présenter quelques-uns des enjeux généralement méconnus - marketing, juridiques et techniques - que cache la conception de noms.

Et sur ce marché, c'est l'industrie pharmaceutique qui a les exigences les plus poussées, et donc, les plus difficiles à satisfaire. Extrait du communiqué :
Par ailleurs, Quensis a développé un outil complémentaire - le « Similar2 » - destiné à répondre aux contraintes spécifiques de l’AFSSAPS en matière de sélection de noms de médicaments. Le champ des vérifications automatiques des noms créés est élargi aux similitudes à 2 lettres.

L’algorithme est complexe car si les similitudes à une lettre près se comptent en centaines seulement (5x25 + 2x26 = 177 combinaisons pour un nom de 5 lettres : 5 X 25 + 26x2 pour les lettres avant ou après ce nom de 5 lettres), les vérifications des similitudes à 2 lettres près imposent des calculs hautement plus complexes. Il y est question de plus de 125 x 125 combinaisons différentes pour un simple nom de 5 lettres, soit plus de 15.625 combinaisons pour un seul nom, à vérifier par rapport à plusieurs dizaines de milliers de marques enregistrées. L’outil « Similar2 » a été testé avec succès. Il constitue une réponse concrète aux problématiques de création de noms dans l’industrie pharmaceutique.
Tout ça pour vous donner une idée de ce que peut cacher la conception d'un nom de marque.

Autre exemple : lorsque vous citez des noms de marques notoires - Google, Kodak, Hermès, L'Oréal, LVMH, etc. -, savez-vous que chacun de ces noms est définissable ?

On dira par exemple que Google est un logatome ou qu'Isimig est une trace signifiante, une double trace d'ailleurs, puisque le nom reprend à la fois la racine "mig" de migraine et la trace phonétique "isi" (easy), etc.

C'est d'ailleurs un peu le même modèle qu'Adscriptor, où l'on a une superposition d'Ad - ou Ads - (Advertisement en anglais, l'équivalent de notre "pub") et de Scriptor, mot latin qui a la même racine que Scriptum (comme dans P.S., l'écrit) ou Scriptura (écriture) et a plusieurs sens en latin : secrétaire, copiste, écrivain, auteur, rédacteur, et même législateur, ou encore historien (celui qui rédige...). Ceci dit Adscriptor a encore d'autres caractéristiques, puisque c'est également un mot qui existe en espagnol (où il qualifie la fonction spécifique d'un professeur, malgré mes recherches je n'ai jamais très bien compris de quoi il s'agit vraiment), formé à partir de deux autres morphèmes existants, un mot et un préfixe latins.

Je vous expose ça de façon simpliste, sans dévoiler les secrets du savoir-faire de Quensis, qui sont le fruit de plus de 20 ans de travail et de réflexion de Jean-Philippe Hermand, scientifique et linguiste.

Pour ma part, donc, je me contenterai de scripteur :-) Toutefois, lorsque j'ai trouvé ce nom de tête, j'ignorais absolument tout de ce que je vous raconte aujourd'hui !

Ainsi, on peut décomposer n'importe quel nom de marque pour l'inclure ensuite dans une catégorie plus généralisable où l'on aura telle ou telle caractéristique, sans compter les modèles de dénomination mixtes, etc.

Moi qui m'intéresse depuis toujours aux mots, de leur formation à leurs sens et leur évolution à travers les étymologies successives, je peux vous dire que travailler avec Quensis c'est un peu le nirvana : je suis émerveillé par leurs outils, c'est comme si vous mettiez le plus beau joujou du monde entre les mains d'un gosse...

J'en ai déjà parlé ici, mais si vous souhaitez approfondir, je vous conseille cette autre interview parue sur YouVox.

Et surtout, si vous devez créer un nom de marque, n'allez pas chercher plus loin. :-)


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